REYUE
D’HY&IÈNE
ET DE POLICE SANITAIRE
1918
COLLABORATEURS DE LA REVUE D’HYGIENE
COLLABORATEURS FRANÇAIS
MM.
Fhançois-Franck, professeur au Collège de France, membre de l'Académie de médecine.
— Gahiel, ingénieur des Ponts et Chaussées, professeur honoraire à la Faculté, membre
de l’Académie de médecine. — Marty, membre de l’Académie de médecine. — Du Cazal,
ancien médecin principal de l’armée. — Richard, ancien médecin-inspecteur de l’armée.
— Drouineab, inspecteur général honoraire des hôpitaux et établissements de bienfai¬
sance. — A. Lacassagne, professeur de médecine légale à la Faculté de Lyon. —
Clément, médecin des hôpitaux de Lyon. — Pottevin, secrétaire générai de l’Office
internatiopal d’hygiène publique.
COLLABORATEURS ÉTRANGERS
Rr Huebner, secrétaire de la Société de salubrité publique de Russie. — Rr Raücheuss,
médecin en chef de l’hôpital des , Enfants, à Saint-Pétershourg. — Rr G. Bergman,
professeur agrégé d’hygiène à l’Université d’Upsai (Suède). — Rr Félix, professeur
d’hygiène à la Faculté de médecine de Bucarest. — Rr Klas Linroth, directeur général
de l’administration médicale de. Suède. — Rr Pagliani, professeur d’hygiène à l’Université
de Turin. — R’’ Van Ermenoem, directeur du laboratoire de bactérioiogie et d’hygiène de
Gand. — Rr Ra Sylva Amado, professeur d’hygiène à la Faculté de médecine de
Lisbonne. — Rr Ch. A. Cameron, professeur d’hygiène i l'Université de Rublin. —
Rr Axel Holst, professeur d’hygiène à i'Université de Christiania.
La Revue d’Hygiène est l’organe officiel de la Société de Médecine publique, et d%
Génie sanitaire, qui y publie ses mémoires et les comptes rendus de ses séances. Un
exemplaire de la Revue est servi par la Société à chacun de ses membres titulaires.
— Prière d’envoyer tout ce qui concerne la rédaction à M. le Rf A.-J. Martin, 3, rue
Gay-Lussac, Paris.
REVUE
D’HYGIÈNE
HTOE .
POLICE SANITAIRE
Fondée par E. VALLIN '
DIRIGÉE PAR
A.-J. MARTIN A. CALMEtTO*^
Inspecteur général des Services I Directeur de l’Institut Pasteur
d’Hygiène de la Ville de Paris. | de Lille.
COMITÉ DE RÉDACTION
MM. Ed. FUSTER, professeur au Collège de France.
IMBEAUX, ingénieur en, chef des Ponts et Chaussées.
Û'' LETULLE, médecin des Hôpitaux, professeur à la Faculté.
D'’ E. MARCHOUX, chef de Service à l’Institut Pasteur de Paris.
D'’ L. MARTIN, directeur de l'Hôpital Pasteur.
PETSCHE, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées.
REY, membre du Conseil supérieur dés habitations à bon marché.
D'' ROUX, de l’Institut, directeur de l'Institut Pasteur.
TRELAT, directeur de l'Ecole spéciale d’Architecture.
VINCENT, professeur au Val-de-6râce.
la Bédaction.^
ORGANE OFFICIEL
DE LA SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
ET DE GÉNIE SANITAIRE
QUARANTIÈME ANNÉE. — 1918
0OiiS PARIS
MASSON ET C‘% ÉDITEURS
LIBRAIRES DE l’aCADÉMIE DE MÉDECINE
120, BOULEVARD SA
■ INT-GERMAIN
REVUE
D’HYUIÈNE
ET DE
POLICE SANITAIRE
ds.
MÉMOIRES
LA CHLORATION ‘
.PROCÈDE DE STÉRILISATION DES EAUX
PAR LE CHLORE LIQUIDE
par M. le major EDWARD BARTOW,
Sanilary Corps, National Army, U. S. A.,
Professeur à rUniversitô d'Illinois,
Directeur du Service d’Eaux de l’État d'Illinois,
et M. RENÉ LESENDRE,
Chef du Laboratoire
et Membre de la Section d’IIygiùne de la Direction dos Inventions.
Cette guerre a démontré, d'une manière définitive, que les
maladies coiüagieuses d’origine hydrique, et notamment les
épidémies typhoïdiques, peuvent être supprimées par les.
vaccinations préventives et par la stérilisation des eaux de
boisson.
Jamais encore, on n’avait vu une telle concentration
d’hommes de toutes provenances sur un espace aussi limité,
ni leur séjour aussi prolongé sur les mêmes lieux, avec toutes
1. Les Américains <lisent « Chlorination •>, mais appellent le clitoie
<( Chlorine ■>. Nous proposons le mot chloration, malgré sa nouveauté,
comme expression exacte en français.
■1 la
EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
les pollutions qu’ils apportent à la nappe d’eau oii ils s’abreu¬
vent. Jamais non plus, on n'avait constaté un état sanitaire
aussi constamment bon. Les épidémies des guerres antérieures,
plus meurtrières que l’ennemi, ne sont^plus qu’un souvenir ;
cette guerre est la première où la maladie ne décime pas les
armées combattantes.
On le doit, certes, pour une bonne part, à la pratique de la
vaccination antityphique. Mais, ainsi que le faisait récemment
observer le major 'William Lyster*, comme une réaction de
fièvreUyphoïde n’immunise pas toujours sûrement contre une
seconde attaque, comme les armées actuelles sont composées
d’hommes de tous âges, dontcertainspeuventêtre àun moment
ou fatigués, ou dans un état de santé médiocre, et que le
nombre des porteurs de germes est plus grand parmi les
hommes mûrs, surtout ceux provenant des villes, que parmi
les jeunes campagnards qui formaient autrefois les armées de
métier, il faut certainement attribuer aussi une part des heu¬
reux résultats obtenus aux précautions prises pour alimenter
les troupes uniquement en eau potable, débarrassée par la sté¬
rilisation des germes pathogènes qu’elle peut contenir.
De tous les procédés d’épuration bactériologique de l’eau,
le plus simple, le moins coûteux, et par suite le plus communé¬
ment employé dans toutes les armées, est la javellisation.
Les propriétés antiseptiques des hypochlorites alcalins sont
connues depuis longtemps, puisque c’est en 1822 qu’un phar¬
macien français, Labarraque, üt connaître la liqueur qui porte
son nom, quand elle n’est pas improprement appelée eau de
Javel® et qu’il la préconisa pour la désinfection et la prévention
des épidémies.
Nous empruntons à Joseph W. Ellms l’historique suivant
de la javellisation.
L’hypochlorite de calcium, encore nommé chlorure de chaux,
fut employé, dès ISoJ-, en Angleterre, pour la désinfection et la
désodorisation des eaux d’égout et recommandé en 1885 par
1. Lyster (William). — Présent Status of Artificially Treated Drinkinf<
Waterin the Field. Mililary Surgeon, vol. XL, p. 401, aprit 1917-.
2. L’eau de Javel est une solution d’hypochlorite de potassium. Le
liquide employé pour la javellisation de l’eau est de l’hypochlorito de
sodium auquel convient seule la désignation de liqueur de Labarraque.
LA CHLOHATION
l’American Public Health Association comme le désinfectant le
plus efficace et le moins cher. Son action stérilisante sur l’eau
était déjà bien établie en i892, par de nombreuses recherches
de laboratoire; mais sa première application à un service
public date seulement de 1897, quand- la ville de Maidstone.
(Angleterre) se servit du chlorure de chaux pour désinfecter
ses conduites d’eau, au cours d’une épidémie de fièvre
typhoïde.
En 1905, Houston* employa une solution alcaline d’hypqchlo-
rite de soude, dénommée « Chloros », pour la stérilisation des
eaux de Lincoln (Angleterre).
Le traitement systématique des eaux par les hypochlorites
alcalins ne se généralisa qu’après 1908. A ce moment, Johnson
additionna de petites quantités de chlorure de chaux, les
eaux très polluées du Bubbly Creck, à l’Union Stock Yards
de Chicago; Johnson et Leal traitèrent de même les eaux de
Jersey City. Les bons résultats obtenus montrèrent toute la
valeur du procédé, qui se vulgarisa en Amérique et de là se
répandit en Europe.
D’une statistique établie par Francis F. Longley,en 1914, il
résulte que, rien qu’aux Etats-Unis, 2 milliards de gallons
(7,5 millions de mètres cubes) d’eau sont traités chaque jour,
soit par les hypochlorites, soit par le chlore liquide dont nous
allons parler tout à l’heure.
En France, la javellisation était peu pratiquée avant la
guerre. Tout àu plus, sur les conseils du D" Roux, Directeur
de l’Institut Pasteur, la Ville de Paris avait-elle suppléé en
août 19il à une pénurie temporaire d’eau de source par une
utilisation partielle d’eau de rivière javellisée. Son exemple
n’avait été suivi que par quelques municipalités et avait d’ail¬
leurs soulevé les craintes et les critiques de certains hygié¬
nistes.
Les nécessités nouvelles apparues depuis 1914 : l’invasion,
au début de la guerre, de certaines régions de sources où la
Ville de Paris s’approvisionne; l’accumulation des troupes
dans toutes les localités situées à l’arrière du front ; en 'quelques
cas, la pénurie du combustible nécessaire aux usines d'épura-
1. Houston (A. G.). Sludies in Waler Supply, Macmillan, London, 191;!.
EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
tio0 d’eau, ont obligé de recourir, en beaucoup de lieux, à la
javellisation.
Aux armées, tous les postes d'eau, de quelque importance
qu’ils soient, depuis les canalisations urbaines jusqu’aux plus
simples récipients des lignes et des cantonnements, sont soumis
au même traitement ; on a même vu paraître divers systèmes
de javellisateurs automatiques destinés à débiter l’hypochlo-
rile sans surveillance, selon le débit des divers points d'eau.
Les innombrables analyses bactériologiques, répétées pen¬
dant ces trois années sur les points les plus divers, ont toutes
prouvé l’efficacité de la javellisation. A leur défaut, l’état
sanitaire suffirait à témoigner de la valeur de ce procédé, le
plus simple et le moins coûteux de tous les moyens de purifica¬
tion bactériologique de l’eau.
L’immense expérience ainsi réalisée, sous la pression des
circonstances, suffit, croyons-nous, pour donner droit de cité
en France à la javellisation et à faire disparaître toutes les
objections qu’on opposait à son emploi.
La victoire est d’importance. En etFôt, si les très grandes
villes sont assez riches pour aller chercher au loin leur eau
potable et la capter à des sources suffisamment protégées pour
qu’aucun traitement ne soit nécessaire; si les centres impor¬
tants peuvent tout au moins construire des usines d’épuration
et assurer leur fonctionnement régulier par une surveillance
technique de tous les instants, il ne faut pas oublier que ce sont
là des opérations onéreuses que seuls permettent un riche bud¬
get, des ressources abondantes. Pour les agglomérations plus
petites, de tels travaux, des services aussi complexes sont inter¬
dits et le seront toujours ; ou bien elles se contentent d’usines
d’eau, insuffisamment entretenues et dirigées, tout en obérant
leurs faibles disponibilités financières, ou bien elles ne font
rien pour assurer à leurs habitants une eau potable et elles sont
trop souvent alors des centres endémiques de fièvre typhoïde.
La pratique de la vaccination, gébérale dans l’armée, n’est
pas encore suffisamment répandue dans la population civile
pour qu’on puisse tarir de sitôt ces foyers d’épidémie.
La pratique de la javellisation peut le faire immédiatement, et
il faut espérer que parmi les enseignements de celte guerre,
LA CHLORATION
celui-ci ne sera pas oublié, que partout où l’eau est suspecte,
partout où elle peut être polluée, les municipalités, petites ou
grandes, interviendront et organiseront l’épuration systéma¬
tique par le chlore, sous l’une quelconque de ses formes.
On préviendra ainsi, à coup sûr et sans grands frais, les
épidémies d’origine hydrique.
Aux Etats-Unis, où un grand nombre de villes n’ont à leur
disposition que des eaux de rivière, de Lacs ou de réservoirs,
cette question de l’épuration bactériologique de l’eau a un inté¬
rêt capital; elle y est l’objet de recherches nombreuses et
importantes. C’est de là, nous l’avons dit, que s’est propagée la
javellisation qui se répand actuellement en France. Or, au
moment où nous commençons à l’adopter, les hygiénistes amé¬
ricains tendent de plus en plus à la remplacer par un autre pro¬
cédé de stérilisation chimique, la chloration, auquel ils recon¬
naissent différents avantages. C’est à cette chloration, encore
inconnue ici, à son principe, à ses dispositifs, à ses résultats que
nous voulons consacrer cette étude.
On admet généralement que tous les hypochlorites sont des
composés de chlorure et d’hypochlorite; au contact d’une eau
ordinaire, conlenhnt des bicarbonates, une partie de l’hypo-
chlorite serait décomposée; l’acide hypochloreux serait déplacé
par l’acide carbonique et deviendrait libre ; les matières orga¬
niques de l’eau pourraient alors le fixer et le décomposer en
s’oxydant. C’est là l’explication qu’on donne le plus souvent
de l’effet destructeur des hypochlorites pour les microorga-'
nismes et le mécanisme de la stérilisation de l’eau.
.\ vrai dire, la stérilisation est probablablement produite
non seulement par oxydation, mais aussi par des processus
d’addition et de substitution de chlore.
Le chlore libre peut remplacer les hypochlorites pour
l’épuration bactériologique de l’eau; il a les mêmes elfets et
l’efficacité reconnue à la javellisation doit être évidemment
accordée aussi à la chloration.
Les nombreuses analyses bactériologiques effectuées aux
États-Unis le démontrent abondamment. Potts et Tiernan ne
ÉDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
trouvent plus de colibacilles dans l’eau de Bound Brook (New-
Jersey) traitée par le chlore liquide à la dose dp 0,12 pour un
million. Wagner observe, pour l’eau de Buifalo, que la chlora¬
tion à moins de 0, 36 pour un million réduit le nombre des
germes entre S et 56 par cent. cube. Avery constate que le
chlore ou le chlorure de chaux contenant la même dose de chlore
actif ont exactement le même effet sur l’eau. Saville trouve dans
l’eau brute de Hartford (Connecticut) 39.000 germes par
cent, cube et des colibacilles ; la chloration à 0,95 par
million fait disparaître complètement les coli et 98,8 p. 100
des germes. Sherman compte dans l’eau de Wakefield (Massa-
chusset) 30 à 1.400 germes avant et 1 à -56 après chloration.
Phelps, étudiant comparativement les propriétés germicides
du chlore et de l’hypochlorite de soude sur des eaux usées
contenant un million de bactéries par cent, cube arrive aux
résultats suivants :
Cl
GERMES APR
WÊ
millioDiùmes
30
..eî.
M
Chlore libre .
3
6o0
390
Hypochlorite de soude . . . .
3
SOO
270
Chtore libre . .
2
n.ooo
13.000
H^^pochlorite de soude électro-
Hypoâilorite de soude (du
chlorure de chaux) .
■ 2
13.000
6.000
JÊÊ
2-
4.600
2.100
Nos propres expériences, dont nous donnerons les résultats
plus loin, sont tout aussi concluantes.
Certes, on pourra discuter, et trancher par l’expérience, la
question de l’action du chlore — qu’il soit liquide ou sous
forme d’hypochlorite — sur certaines bactéries à enveloppe
cireuse telles que le bacille tuberculeux, ou sur les spores de
quelques espèces ; B. antkracis, B. sporogenes, etc. Mais si la
javellisation est admise comme suffisante, la chloration devra
l’être également.
Les avantages et les inconvénients que peut présenter
LA. CHLORATION
l'emploi du chlore liquide au lieu des solutions d’hypochlo-
rites ont été longuement examinés aux États-Unis, et la majo¬
rité des hygiénistes y est aujourd'hui favorable au premier
dont les installations dans les services d’eaux se multiplient.
Nous examinerons ici cette question de préférence, aux
divers points de vue de la fabrication, du transport, de l’encom¬
brement des produits, de l’installation et du coût de la stérili¬
sation, .de la qualité de l’eau traitée.
Au point de vue de la fabrication, il ne semble pas y avoir
plus de difficultés à obtenir du chlore que des hypochlorites.
Si, avant la guerre, la France ne s’était guère préoccupée de la
fabrication du chlore liquide, elle possède aujourd’hui suffi¬
samment d’usines, créées pour des besoins militaires, qui
pourront, la paix revenue, continuer de produire et satisfaire
à tous les besoins. Le matériel spécial pour la liquéfaction, le
chargement et le transport de ce produit existe également.
L’eau de Javel est obtenue, soit, dans quelques installations
importantes, par électrolyse de solutions de chlorure de
■sodium, soit le plus souvent par traitement du chlorure de
chaux au moyen de carbonate de soude. Le chlorure de chaux
est lui-même fabriqué en faisant passer un courant de chlore
sur de la chaux éteinte. la base de toute l’industrie des
■ hypochlorites, il y a donc une production de chlore. Par consé¬
quent, aucune difficulté ne se présente pour livrer direc¬
tement du chlore liquide au lieu de le transformer en hypo-
clilorites.
11 est vrai que les hypochlorites se manipulent, se chargent
et se transportent sans grandes précautions, tandis que le
chlore exige des cylindres métalliques, dont la moindre fuite
peut être cause d’accidents. Par contre, le chlore liquide est un
produit beaucoup moins encombrant que les hypochlorites et
dont on use en moindres quantités. Son emmagasinement
exige moins de place. Les installations qui l’utilisent sont tou¬
jours d’un faible volume, comparées à celles nécessaires pour
la javellisation; elles ne dégagent aucune odeur quand elles
sont en bon |tat,
La pureté des produits est tout à l’avantage du chlore
liquide. Tandis que celui-ci est absolument pur et n’apporte à
l’eau aucune substance étrangère, tes hypochlorites renferment
EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
toujours une forte proportion de sels et de chaux, sans parler
de leurs impuretés fréquentes.
Tandis que le chlore liquide sec se conserve indéfiniment
dans les récipients de fer où on le place, les hypochlorites
manquent de stabilité et perdent peu à peu leur chlore actif,
d’où la nécessité d’un emploi assez rapide après leur fabrication
et l’obligation de titrer fréquemment ces produits au moment
de s’en servir.
La chloration semble un peu moins économique que la javel¬
lisation, mais elle l’est beaucoup plus que l’ozonisation. Elle
est surtout d’un emploi plus simple et plus régulier que ces
dernières, quand elle est pratiquée au moyen d’appareils bien
construits et bien réglés. Elle exige alors un personnel et une
main-d’œuvre réduits au minimum, puisque l’opération est
automatique et peut suivre exactement les variations du débit,
de l'eau.
Les hygiénistes américains admettent qu’il faut employer :
AUTEURS
vn.,KS
DOSE DE CHLORE
Milne ....
Wagner. . .
Williamson .
Saville . . .
Sherman . .
Bohmann . .
Wall ....
Soners\vorth(N.-H.).
Philadelphie . . . .
Niagara Palis. . . .
BuUalo
2 Ib.pour 500.000 gallons.
1 Ib. pour 1 million gai..
1/2 Ib. pour 1 million gel.
1,65-3 Ib. pour 1 million g.
0,5
0,12
0,06
0,2-0,36
0,36
0,35
0,65
1,24
0.24-0,2
0,24
Sacramento (Cal.) .
Hartford (Conn.) . .
Wakefield (Mass.) .
2,9 Ib. pour 1 mi’lion gai
5,4 Ib. pour 1 million gai.
Milwankee (Wisc.) .
Sainl-Louis . . . .
1,96 Ib. pour 1 million gai.
Les quantités nécessaires varient, comme pour la javelli¬
sation, selon la pureté de l’eau, et notamment selon sa teneur
en matières organiques et sa limpidité.
On admet qu’un poids donné de chlore liquide a la même
efficacité qu’un poids de chlorure de chaux trois fois plus
grand (Bohmann), six ou sept (West), sept (Haie) et même
huit fois plus grand (West) dans les petites installations où la
manipulation de l’hypochlorite se fait trop souvent sans soins.
LA CHLORATION
Il est difficile d'établir un devis comparatif des dépenses de
deux installations de chloration et de javellisation . Il y entre¬
rait trop de facteurs : coût de l’emplacement, des appareils,
des produits chimiques, de la main-d’œuvre, impossibles à
estimer à une juste valeur en ce moment. Aux États-Unis, les
avis sont d’ailleurs partagés à ce sujet: tandis que Dutfon
admet que la stérilisation d’un million de gallons d’eau par du
chlorure de chaux à 7 cents la livre revient à $ 1,07 et seule¬
ment à 28 cents par du chlore liquide à 20 cents la livre,
d’autres auteurs considèrent que le bénéfice est mil ou même
en faveur de l’hypochlorite. On conçoit d’ailleurs qu’il en soit
ainsi, sçlon les conditions locales d’utilisation.
Par contre, presque tous les auteurs sont d’accord pour
reconnaître que le chlore liquide est plus commode à employer,
qu’il donne_ plus de sécurité d’épuration, qu’il nécessite une
plus petite installation, un personnel moindre et qu’il ne'dégage
aucune odeur.
Il ne semble donc y avoir aucune objection à la substitution
de la chloration à .la javellisation, et les deux procédés
méritent d’être connus et attentivement examinés quand il
s’agit de décider d’une nouvelle installation d’épuration d’eau.
La première application du chlore à l’épuration bactériolo¬
gique de l’eau, sous une forme gazeuse entièrement active,
est probablement celle que réalisèrent, en 1898, MM. Bergé ‘
en Belgique, à Ostende et à Middelkerke, puis en France, à
Lectoure, par réaction de l’acide sulfurique sur le chlorate de
potasse. Les essais, contrôlés chimiquement et bactériologi-
quement, furent considérés comme très favorables, mais ils
n’eurent aucune suite.
Ce n’est qu’en 1910 que le major C.. R. Darnell, de l’armée
des États-Unis, imagina le premier appareil pour le traitement
de l’eau par le chlore liquide. En 1912, la chloration fut essayée
à Philadelphie par S. M. Van Loan, à Wilmington par John
1. luBEAüx (Ed.). L'alimentation en eau ef l'assainissement des villes à
l'Exposition universelle de 19.00, 1. 1, Paris, 1901.
EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
A. Kienle, à Brooklyn par D. D. Jackson et à Niagara Falls
par H. F. Huy. Les résultats furent satisfaisants et l’appli>
cation du nouveau procédé s’étendit: à de nombreuses villes,
en même temps que de nouveaux appareils voyaient le jpur.
En 1913, Somersworth, Philadelphie, Niagara Falls; en 1914,
NeW’Haven, New-Brunswick, Hudson Falls, ^ubblyCreek, étc;,
appliquèrent la chloration. D’autres villes suivirent et, en
avril 1916, New-York inaugura la plusigrande usine du monde
pour la chloration de l’eau, à Dunwoodie ; 340 millions de gal¬
lons (1 .287;000 mètres cubes) d’eau y sont traités journel¬
lement. D’ailleurs, sur 525 millions de gallons (1.987 .000 mètres
cubes) d’eau consommés par jour à New-York, 85 p. 100 sont
des eaux de surface dont 99;8 p. 100 sont çhlorées.
La chloration a été adoptée également dans un certain
nombre des camps de l’armée nationale qui viennent d’être
organisés aux Élats-Unis : Camp Grant, Camp Meade, Camp
Lee, Camp Jackson, Camp Sherman, Camp Custer, Camp
Kearny, Monmouth Park, etc.
Les divers appareils imaginés emploient tous le chlore
liquide provenant de cylindres en acier semblables aux diffé¬
rentes bouteilles utilisées pour les gaz comprimés ou liqué6és.
Leur contenance peut être variable; aux États-Unis, elle est
communément de 100 livres, soit 45 kilogrammes ou 34 litres
de chlore liquide. Il est inutile de les munir d’un tube plon¬
geur. Elles sont fermées par un robinet à pointeau sur lequel
on visse un tube métallique de petit calibre pour conduire le
gaz'aux appareils. ;
La pression y varie de 54 livres par pouce carré à 32“ F.,
jusqu’à 216 livres à 122“ F., soit de 3 kil. 8 par centimètre
carré à 0“ C. jusqu’à 15 kil. 1 à 50“ C. Il ÿ a avantage à placer
les cylindres dë chlore dans un endroit à température à peu
près constante pour éviter les grandes variations de' pression.
Le premier appareil fut, nous l’avons dit, celui-de Darnell.
Le brevet américain le concernant (n“ 1.007.647) date du
31 octobre 1912.
L’appareil de Darnell (fig. 1) consiste essentiellement en un
réservoir de chlore I et en un régulateur de pression G. Ce
dernier agit sur la valve, H réglant l’admission du gaz dans un
tube M qui l’envoie à l’eau passant dans la conduite D, de
LA CHLORATION
façon à maintenir un rapport déterminé entre lep débits de
gaz et d’eau. Le régulateur est une boîte enferme de disque,
formée de deux compartiments séparés par un diaphragme
mobile. Ce diaphragme est relié par un levier au robinet H; il
le ferme qpand il se déprime et l’ouvre quand il se soulève. Le
chlore arrive dans le compartiment supérieur du régulateur et,
par sa pression, tend à fermer le robinet et à diminuer l’arrivée
de gaz. Le compartiment inférieur est relié à une chambre à
air O où la pression est réglée par la vitesse d’écoulement de
Fio. t. — L’appareil de Harnell (d’après Havard).
l’eau; plus la ppmpe à eau tourne vite, plus elle accroît le débit
d’une petite pompe, auxiliaire E à air ou à eau et par elle aug¬
mente la pression sous le diaphragme, le soulevant et ouvrant
le robinet de gaz. La pompe à eau A, centrifuge, pompe l’eau
dans un puits ou dans un réservoir B, par le tuyau d’aspiration C,
et l’envoie dans la conduite Doù débouche le chlore.
Les essais ofOciels effectués sur cet appareil fournirent cette
conclusion qu’il est efQcace autant que les dispositifs de javel¬
lisation ou d’ozonisation et plus sûr comme fonctionnement;
qu’il est très simple, presque automatique, peu encombrant
et qu’il peut fonctionner sur n’importe quelle installation d’eau.
L’appareil de Leavilt-Jackson (fig. 2) fut breveté le 24 février
1914 (U. S. Patents 1.087.958 et 1.088.232). Le débit du chlore
y est réglé par un tout autre dispositif.
12 EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
La bouteille de chlore liquide est suspendue à un crochet à
l’extrémité d'un des fléaux d’une balance très sénsible. L’autre
fléau, plus long, porte un contrepoids, telle une romaine. Ce
poids peut être entraîné lentement le long du fléau, soit à une
vitesse constante, soit à une vitesse proportionnelle au débit
de l’eau à traiter, par un dis¬
positif approprié.
Le fléau est relié par une
série de leviérs au robinet de
la bouteille de chlore, de telle
façon que le moindre trouble
apporté à l’équilibre de la ba¬
lance par le déplacement du
poids ouvre ou ferme automa¬
tiquement le départ du gaz
jusqu’à ce que le régime soit
rétabli.
Un modèle, destiné au trai¬
tement des eaux d’égout, com¬
porte un cylindre de 2.000
livres de chlore liquide ser¬
vant à recharger le cylindre
de 100 livres qui ne quitte
Jamais le crochet de la ba¬
lance.
L’appareil de Darnell et
celui de Leavilt-Jackson, ne
sont pas actuellement dans le
commerce.
L’appareil de Leavitt-Jackson. L’appareil construit par
l’Electro Bleaching Gas Com¬
pany, de New-York, est celui qui fut employé à Philadelphie,
au début de l’application de la chloration aux usines d’eau des
villes; il -est en usage actuellement dans certaines villes amé¬
ricaines.
Il comprend (fig. .'3) une nourrice reliée par des tubes
flexibles en cuivre à 2, 4 ou 8 cylindres de chlore. Sur celte
nourrice est fixé un manomètre qui indique la pression à l’ori¬
gine. Elle aboutit à une valve de détente qui réduit la pression
LA CHLORATION
à enviroo lo livres par pouce carré (1 kilogramme par centi¬
mètre carré) et la maintient ainsi constante pendant la détente
du gaz des réservoirs. Une deuxième valve réglable laisse
passer le gaz à la pression qu’on désire dans la conduite d’eau.
Au delà de celte valve, se trouve un deuxième manomètre
indiquant la pression restante et iine jauge graduée de façon
à indiquer le débit de chlore en livres par heure. Le gaz est
conduit par un tuyau de caoutchouc
vulcanisé au bas d’une tour d’ab¬
sorption de même substance rem¬
plie de coke, au sommet de laquelle
s’écoule un filet d’eau. En descen¬
dant, l’eau, en contact étendu et
prolongé avec le chlore gazeux, le
dissout et l’eau de chlore ainsi
produite est dirigée par un tuyau
de caoutchouc vers l’eau à traiter.
L’Electro Bleaching Gas Company
construit deux modèles de ces
appareils, l’un automatique pour
les grandes installations d’eau,
l’autre réglable à la main destiné
surtout à la désinfection des eaux
d’égout. Ce dernier est muni de
valves spéciales pour éviter un
trop brusque et trop grand dégage- Appareil de l'Eiectro
ment de chlore, si les robinets Bleachmg Gas Company,
étaient maniés maladroitement.
Le dernier type d’appareil à chloration dont nous parlerons
est celui que construit la Wallace and Tiernan Company, de
New-York. C’est actuellement le plus employé. Des appareils
de cette marque ont été utilisés par l’État américain au
Mexique, aux Philippines, à Panama, etc. Ce sont eux qui
fonctionnent à Dunwoodie (New-York) et dont va se servir
l’armée américaine en France. C'est sur l’un d’eux qu'ont
porté nos essais.
Les appareils sont de divers modèles, selon qu’ils fonc¬
tionnent à la main ou automatiquement et selon qu’ils dégagent
le chlore gazeux directement dans l’eau à traiter ou qu’ils le
14 EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
dissolvent dans une petite quantité d’eau qui se mélange
ensuite à la masse à épurer.
Tous comportent : une arrivée pour le gaz, raccordée par un
tube souple au cylindre de chlore liquide ; un manomètre indi¬
quant la pression dans ce cylindre ; un détendeur assurant un
débit constant, indépendant des
variations de pression dans la bou¬
teille; un robinet réglant ce débit;
un manomètre à la sortie et une
chambre d’absorption ou un. mesu¬
reur de débit et un diffuseur.
L’appareil est fourni monté sur
une planchette ou dans une boîte
en bois de 35 centimètres sur 60.
Il n'y a qu’à le relier au cylindre de
chlore et au tuyau ou au réservoir
d’eau. L’installation en est donc
très rapide. Toutes les surfaces en
contact avec le chlore sont argentées
pour éviter la corrosion; le, tube
conduisant à la chambre d’absorp¬
tion ou au diffuseur est en argent.
Les appareils de mesure fonction¬
nent hydrauliquement et ne. com¬
portent aucun mouvement méca¬
nique, susceptible de sa gripper.
Tous les robinets-pointeaux sont
J, argentés et glycérinés ; ceux qui sont
Appareil Wallace et Tiernan usage à notre laboratoire sont
à eau de chlore. encore d’une rotation très douce après
plus de trois mois d’usage continu.
L’appareil A à eau de chlore (Qg. 4) est destiné aux petites
installations telles que piscines, maisons de campagne, etc.,
ayant à traiter moins dé 7.000 mètres cuhes par jour. Il com¬
porte un seul cylindre de chlore A qu’un tube flexible relie à
un manomètre F et au détendeur E. Celui-ci est constitué par
un cylindre divisé en deux compartiments par une membrane,
ouverte seulement au niveau et au moyen du pointeau S. Par
construction, ce robinet assure une chute de pression d’envi-
LA CHLORATION
ron une livre par pouce carré (soit 0,07 kilogramme par cen¬
timètre carré) il peut donc rester largement ouvert pour un
faible débit, ce qui évite les risques d’encrassement et de blo-
quage. Le chlore est alors conduit à un manomètre R indiquant
la pression à la sortie et à une chambre d’absorption I où il
rencontre un mince filet d’eau venant du tuyau V. Il s’y dissout
et l’eau de chlore formée s’écoule vers la masse d’eau à épurer
par le tube K et la canalisation ü. Quand le débit de chlore est
très faible, on utilise la pression du gaz pour déplacer par
pulsations un volume défini d’eau dans un siphon J qui s’ouvre
directement dans la chambre d’absorption contenant l’eau
chlorée.
L’appareil B à eau de chlore est destiné à traiter l’eau circu¬
lant sous pression dans une conduite; il diffère du précédent
uniquement en ce que la chambre d’absorption est close et
résistante et que la dissolution s’y fait sous pression. Elle est
reliée par un tube résistant à la conduite.
L’appareil (fig. 5) destiné à envoyer le chlore gazeux direc¬
tement dans la masse d’eau présente un certain nombre de par¬
ticularités. Le chlore peut y arriver de deux cylindres simulta¬
nément ou alternativement par un tube à trois voies, ce qui
permet le remplacement des cylindres pendant la marche. Le
gaz agit comme précédemment sur un manomètre et est con¬
duit à un détendeur identique à celui des modèles précédents,
puis il arrive par un tube sur lequel est branché un deuxième
manomètre à un orifice fin en verre enfermé dans une chambré
de verre qui sert de deuxième détendeur et qui permet de voir
le courant du chlore. Il va ensuite à un mesureur formé par
une éprouvette cylindrique en verre dans laquelle on a versé
4 cent, cubes de tétrachlorure de carbone ; deiix tubes fins d’égal
diamètre y plongent; l’un court sert à marquer le zéro de la
graduation, l’autre long débouche près de l’orifice fin en verre,
avant la deuxième détente. La dénivellation du liquide qui s’y
produit est graduée empiriquement en débit de livres de chlôre
par heure. La graduation est marquée sur une planchette
mobile dont on peut faire affleurer le zéro au niveau du tétra¬
chlorure dans le tube court. Le gaz arrive alors à une nou¬
velle valve qui, lorsqu’elle est fermée, le dirige normale¬
ment vers le diffuseur ou, exceptionnellement, quand elle est
EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
ouverte, vers un tuyau de purge s’ouvrant dans l’atmosphère
extérieure, lorsqu’on veut démonter l’appareil. Le difiuseur est
constitué par une chambre extérieure à l’eau, fermée par une
soupape supérieure destinée à empêcher les rentrées d’eau dans
l’appareil. Le chlore y arrive latéralement. Cette chambre se
continue par un tuyau d’argent qui plonge dans Teau et aboutit
à un cylindre de carborundum d’où le gaz sort en très fines
bulles. La dissolution se fait rapidement.
L’appareil qui fonctionne à notre Laboratoire est de ce type;
il est tout pntier contenu dans une boite de bois qui en permet
le transport (fig. 6).
Les appareils automatiques, dont le débit de chlore est pro¬
portionnel au débit de l’eau, sont commandés par des appareils
de mesure du débit de l’eau tels que flotteurs, manomètres, et
particulièrement par des tubes de Venturi qui semblent donner
LA CHLORATION
toute satisfaction. Le graphique ci-contre (fig. 7) obtenu le
Fie. 6. — L appareil Wallace e., Tiernaa à cti o-e sec, dans sa boite.
31 mars 1915 par la Stamford Waler Company, de Slamford
(Connecticut) est remarquable à ce point de vue.
RKV.
— 2
EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
Les armées anglaise et belge ppssèdent, l’armée américaine
et l’armée française vont recevoir des camions installés pour la
chloration de l’eau en campagne.
Ces camions (Bg. 8), du poids de trois tonnes, peuvent trai¬
ter 54450 litres par heure. Ils se composent d’une pompe rota¬
tive, actionnée par un moteur à pétrole indépendant du moteur
tracteur, qui aspire l’eau d’une source, d’un puits ou d’une
rivière quelconque. L’eau traverse;,un' filtre à sable et arrive au
contact du diffuseur d’un appareil Wallace et Tiernan, débitant
le chlore en proportion convenabler L’eau chlorée passe dans
un réservoir où elle séjourne le temps nécessaire à l’épuration,
après quoi elle est déchlorée au moyen d’un appareil à anhydride
sulfureux dont nous parlerons tout à l’heure, puis envoyée par
des tuyaux aux réservoirs où l'on viendra la prendre pour la
consommation. Une solution de sulfate d’alumine, contenue
dans un petit récipient accessoire, peut être mélangée à l’eau
brute pour la clarifier avant filtration, au moyen d’une connec¬
tion établie avec la pompe.
Dans la pratique de la javellisation, on a proposé d’employer
LA CHLORATION
de préférence de fortes doses d’hypochlorites et, une fois la
stérilisation obtenue, de détruire l’excès de chlore libre par
addition d'un autre produit chimique. L’eau oxygénée, le bisul¬
fite de .soude, l’hyposulfite de soude, l’ammoniaque ont été
essayés dans ce but. L’eau oxygénée est trop coûteuse pour
que son emploi se généralise. L’hyposulfite est généralement
uitlisé à cause de son abondance, de son faible prix, de sa
ds égal ([ue celle du bisulfite. L'ammoniaque est peu
ployée, bien qu’elle ait l’avantage de n’ajouter aucun sel à
lu et de pouvoir être versée en même temps que l’hypochlo-
î .sans gêner son action. Elle a pourtant été préconisée
dcureusement par Rideal qui trouve ijue la chloramine
si formée, bien que n’ayant plus de propriétés oxydantes,
’ependant une efficacité microbicide plusjmarquée, et par
ce qui obtient la même stérilisation avec 0,22 à 0.25 mil-
niémes de chlore actif et O.Il à 0.1,3 d’ammoniaone
EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
qu’avec 0,9 à 1,1 millionièmes de chlore actif seul provenant
du chlorure de chaux.
Race recpmmande l’addition d’ammoniaque aux hypôclrlo-
rites comme très efficace, mais la considère comme contre-
indiquée dans le cas où l’on se sert du chlore liquide.
Dans ce cas, on peut employer un procédé imaginé par
Menzies et breveté le 12 juin 1917 (U. S. Patent 1.229.30i}) qui
utilise l’anhydridp sulfureux gazeux. 11 es^ applicable surtout
aux eaux très polluées qui exigent une très forte dose de chlore
et gardent ensuite un goût et une odeur de ce produit. L’anhy¬
dride sulfureux, contenu dans un cylindre sous pression, est
mélangé à l’eau, après un temps suffisant de contact avec le
chlore, au moyen d’un appareil semblable à celui employé pour
le chlore. Le gaz arrive dans l’eau par un diffuseur et détruit
instantanément le chlore en excès. Il permet les chlorations
énergiques et ne laisse à l’eau aucune odeur et aucune saveur,
quand il est bien réglé. Ce procédé, annexé à une installation
de chloration, est connu sous le nom de Menzie’s Dual Cas
System.
Dans le but^e contrôler l’efficacité de la chloration et de
juger de son utilisation possible aux armées, nous avons
installé au Laboratoire de Physiologie Générale du Muséum
un appareil du type Dual Gas System qui y fonctionne sans
arrêt depuis le 8 décembre dernier (fig. 9).
L’eau à épurer est de l’eau de Seine brute, non filtrée. Elle
est constamment trouble et a. atteint une couleur café au lait
pendant la crue du mois de janvier dernier. Les conditions
d’épuration sont donc des plus sévères.
L’eau arrive par un tuyau de plomb de 5 centimètres de dia¬
mètre à un tube de fonte de 10 centimètres de diamètre sur
73 de haut, dans lequel plonge le diffuseur à chlore ; elle s’en
échappe par un tuyau d’arrosage en caoutchouc entoilé, fixé au
bas du diffuseur, qui la conduit à une série de trois réservoirs
placés en cascade. Les deux premiers sont des futailles de
300 litres; le troisième est une^cuve parallélipipédique en bois
de 700 litres. Dans chacun, le tuyau d’amenée plonge jusqu'au
LA CHtORATIUN
Jbas et la sortie se fait. par un trop-plein placé à la partie supé¬
rieure.
Le débit d’eau est constamment de 3 à 4 mètres cubes à
l’heure. La durée du contact est donc d’environ une demi-heure.
L’eau sort du troisième réservoir par un dernier déversoir qui
la conduit à un tube de fonte de 10' centimètres de diamètre où
se trouve un diffuseur à anhydride sulfureux identique à celui
à chloré.
La quantité de chlore ajoutée varie selon la turbidité de
l’eau; elle est toujours en léger excès et l’eau du troisième
réservoir possède constamment un faible goût et même parfois
Fig. 9. — Schéma de l’installation d’expérience du Laboratoire
de Physiologie du Muséum.
une faible odeur de chlore; elle se colore en bleu par addition
d iodure de potassium amidonné. Le chlore en excès est détruit
dans le diffuseur à anhydride sulfureux et il sort de celui-ci une
eau rigoureusement inodore et n’ayant plus d’autre goût que
la légère saveur de terre que possède l’eau de Seine du fait des
particules qu’elle tient en suspension.
Le chlore gazeux parvient' au diffuseur d’un appareil
Wallace et Tiernan contenu dans une boîte accrochée au mur;
celui-ci la reçoit d’un cylindre de chlore liquide placé
au-dessous. L’anhydride sulfureux provient d’un autre appareil
identique, accroché à côté, avec son cylindre pjacé également
sur le sol au-dessous.
Du lo décembre i917 au 4 février 1918, les observations
suivantes ont été faites journellement sur l’installation: débit
de 1 eau ; débit du chlore ; débit de l’anhydride sulfureux; indi¬
cations des manomètres à l’entrée et à la sortie des appareils.
22 EDWARD 'BARïOW ET RENÉ LEGENDRE
Le débit de l’eau s’est sensiblemeat maintenu constant à
3,5 mètres cubes par heure.
Le débit du chlore, de 5 millionièmes jusqu’au 31 décembre,
a été alors réduit à 4, puis à 3 le 3 janvier; l’eau devenant de
plus en plus trouble, on l’a reporté à 3 le 15, puis à 7 le 17,
pour ne le ramener à 5 que le 1®" février. Ces proportions sont
beaucoup plus fortes que celles employées communément aux
États-Unis, parce que l’eau est très trouble et très chargée de
matières organiques.
L’appareil à anhydride sulfureux n’est entré en fonction¬
nement que le 19 décembre. Il a été maintenu à 3,2 jusqu’au
16 janvier, puis porté à 4 en même temps qu’on forçait la dose
de chlore; on l’a ramené à 3,2 le l®® février en même temps
qu’on réduisait le débit de chlore.
Pendant tout ce temps, la pression à l’entrée dans les appa¬
reils a varié sel'on la température, mais celle à la sortie vers
les diffuseurs est restée remarquablement constante : 25 livres
anglaises par pouce carré pour l’appareil à -chlore; 6,75 pour
l’appareil à anhydride sulfureux ; aucune perturbation n’a été
constatée jusqu’à présent. ^
Sur l’eau ainsi traitée, nous avons fait des séries d’analyses
bactériologiques pour contrôler l’épuration.
Les analyses ont été faites par les méthodes officielles des
États-Unis, telles qu’elles sont indiquées dans les «Standard
Methods for the Examination of Water and Sewage » publiées
par l’American Public Health Association (3® édition, 1917).
Ces méthodes sont les suivantes : Les échantilloiis d’eau,
placés dans des flacons stériles, sont agités 25 fois au moment
d’en prélever les quantités nécessaires aux ensemencements.
Ceux-ci se font d’une part dans du bouillon additionné de
12 p. 1.000 de gélose, d’autre part dans du bouillon lactosé
à 1 p. 100.
Le mélaiige bouillon-gélose est liquéfié dans un bain-marie,
puis versé dans une boîte de Pétri; on y ajoute 1 centimètre
cube de l’eau à analyser. Après gélification, les boîtes sont
portées à l’étuve à 37®. On compte les colonies développées
après vingt-quatre heures et visibles à l’aide d’une loupe gros¬
sissant deux fois et demie. Si l’eau e.st très polluée, on emploie
plusieurs boîtes dans lesquelles on ensemence des quantités
LA CHLORATION
variables d’eau, de façon à obtenir après vingt-quatre heures
des milieux contenant de 25 à 250 colonies.
Les numérations de colonies sont données exactement entre
i et. 50, en arrondissant à 5 jusqu’à 100, à 10 jusqu’à 250, à 25
jusqu’à 500, à 50 jusqu’à 1.000, à 100 jusqu’à 10.000.
La recherche des bactéries du groupe colibacille est prati¬
quée au moyen d’une série de tests qui sont considérés comme
donnant, soit une présomption, soit une probabilité, soit une
certitude.
Des quantités d’eau croissantes (0;1, 1, 10 centimètres cubes),
sont versées dans des tubes à essai contenant du bouillon
laclosé. Un petit tube renversé plouge dans le bouillon et
forme cloche à gaz. On place les tubes dans l’étuve à 37“ et on
les examine après vingt-quatre et après quarante-huit heures.
La production en vingt-quatre heures d’une quantité de gaz
occupant plus du dixième de la cloche est considérée comme une
présomption positive. La production en vingt-quatre heures de
moins d’un dixième de gaz est considérée comme douteuse.
L’absence de gaz après quarante-huit heures indique l’absence
de bacilles du groupe coli.
Pour obtenir une probabilité plus grande, on ensemence sur
milieu d’Endo ou sur gélose lactosée tournesolée, à partir du
tube qui, après quarante-huit heures d’étuve, a présenté du gaz
dans sa cloche. On examine après dix-huit à vingt-quatre
heures passées à 37". Si les colonies obtenues sont rouges et
typiques, le résultat\j)eut être considéré comme positif, sinon
le doute reste permis et peut être levé par une troisième
épreuve qui consiste à prélever à la 48“ heure les colonies les
plus typiques développées sur le milieu d’Endo ou sur la gélose
lactosée tournesolée et à les ensemencer, d’une part sur de la
gélose inclinée, d’autre part dans du bouillon lactosé. La pro¬
duction de gaz dans ce dernier, l’aspect des colonies et
l’absence de spores dans le premier donnent la certitude.
Pour permettre de comparer ces résultats à ceux auxquels on
est habitué en France, les mêmes échantillons d’eau ont été,
dans ùn certain nombre de cas, examinés également par
d’autres procédés, de pratique courante dans les laboratoires
français. Ils ont consisté : 1" à ensemencer une goutte et
1 centimètre cube d’eau en boîte de Pétri sur gélatine, et à
EDWARD BARTOW ET RENÉ LEGENDRE
compter les colonies développées après 1, 2, 3 et 4 jours
de séjour à. 20", pour estimer le nombre total des germes;
2" à rechercher le colibacille par ensemencement de 1 goutte,
1 et 10 centimètres cubes d’eau dans du bouillon .phéniqué de
Vincent, puis à transporter les cultures, obtenues après
vingt-quatre heures, sur gélose glucosée au rouge neutre, sur
gélose lactosée tournesolée et en eau peptonée pour la recherche
de l’indol.
Chaque série d’analyses a porté sur ;
I. Eau de Seine avant traitement -,
II. La même, à la sortie du diffuseur à chlore',
III. La même, après trente minutes de contact',
IV. La même, à la sortie du diffuseur à S 0’;
V. Eau de source de la canalisation de la Ville.
Les tableaux suivants résument les résultats obtenus.
Comme on le voit, la stérilisation est satisfaisante quand
l'eau est seulement louche, bien qu’il s’agisse alors d’une eau
non filtrée et beaucoup plus polluée que celles emplpyées ordi-
nairernent pour la boisson. Elle ne devient insuffisante, même
en forçant les doses de chlore que lorsque l’eau est trop trouble
et trop chargée de grumeaux de matières de toutes sortes en
suspension. Mais alors, aucun autre moyen d’épuration chi¬
mique ne serait efficace.
Nous nous sommes placés volontairement dans les condi¬
tions les plus défavorables, pour mieux juger de la valeur du
procédé. Les résultats rassemblés dans les tableaux précédents
ne nous en paraissent que plus intéressants à considérer.
11 reste certes encore à faire pour contrôler la sécurité de la
chloration, «ainsi que des autres moyens de traitement chi¬
mique, en présence de telle ou telle espèce bactérienne de
caractère particulier. Le temps nous manque pour entreprendre
une telle étude.
Dès maintenant, on peut cependant affirmer, avec les
hygiénistes américains dont nous avons cité les analyses, que
la chloration diminue très notablement le nombre des germes
et fait disparaître le colibacille quand l’eau ne contient pas
trop de matières en suspension. Elle est donc applicable aux ,
eaux limpides ou seulement filtrées, à peu près exclusivement
utilisées pour la consommation.
EDWARD BAKTOW ET RENÉ LE&E^DRE
Il nous a semblé utile de faire connaître en France le nou¬
veau procédé qui nous arrive des États-Unis, afin de permettre
de l’essayer. et de le juger.
Après contrôle suffisant — et la guerre en se prolongeant
nous le fournira aisément — il serait susceptible, croyons-
nous, de rendïe service aux municipalités qui ne dispo¬
sent pas d’eau de source absolument pure ou qui ne peuvent
organiser une surveillance suffisante de leurs eaux d’alimen¬
tation.
LA CHLORATION
B.”— Uéthodes d’analyses françaises.
Son installation, peu encombrante et peu coûteuse, la sim- 1
plicité et l’automaticité de son fonctionnement, le minimum de
personnel technique qu’il exige, pourront en faire, surtout pdur
les petites villes, un précieux moyen de prophylaxie contre les
épidémies transmises par l’eau.
45 février 4918.
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
I. — OUVRAGES TRAITANT DE LA CHLORATION
Havard (Valéry). Manual of Mililary Ihjgiene. 2« édition, William Wood
et C», New^York, 4944.
Metcalf (Leonard) et Eddy (Ilarrisson P.). — American Sewerage Practice,
vol. 111. Mc Graw-Hill Book C», New-York, 1915.
Hason (William P.). — Waler-Supply, 4' édition. John Wiley et Sons,
New-York, 1916.
Ellms (Joseph W.). — Water Purification. Mc Graw-Hill Book C®, New-
York, 1917.
EDWARD BARTÜW ET RENÉ LEGENDRE
H. — ÉTUDES RELATIVES A LA CHLORATION «
1912.
Darnell (C. R.). — Purifying Water çr Sewage by introducing piinule
quantities of Dry Chlorine inio il. U. S, Patent 1.007.647,
31 oct. (C. 4., 6, 130) *.
1913.
.... Sterilizing wllh Liquid Chlorine. Hfunic. J., vol. XXXIV, p. 810.
(C. A., 7, 2813).
.... The Use of Liquid Chlorine in Water Sterilization, Eng. Conlr.,
vol. XL, p. 137 (C. A., 7, 3179).
1914.
PoTTS (Cltde) et Tiernan (M. F.). — Water Filtration and Liquid Chlorine
Plant, Round Brook, N. J. Eng. News. vol. LXXI, p. 1036 (C. A.,
8, 2207).
West (F. D.). — Use,of ChlèVine in Philadelphia and other Places. Canad.
Eng., vol. XXVI, p. 8S6; Munie. J., vol. XXXVI, p. 771 ; Journ. of
the Amer. Waler Works Assoc., vol. I, p. 403 (C. A., 8, 3336).
Leavitt (F. M.). — Purifying Water with Cl Gas. U. S. Patents 1.087.958,
et 1.088.232, 24 février (C. A.. 8, 1477)^
RtDEAL (E. K.). — Chlorine or Hypochlorites for«> Disinfection of Waler.
Wasser und Abwasser, Bd VH, p. 346 (C. A., 8, Si).
Tiernan (M. F.). — A small Incubator for testing Water. Chlorine Rcsulls
at Hudson Falls. N. Y. Eng. News, vol. LXXH, p. 1221 (C. A., 9,
495).
Hale (Frank). — Relative Efficiency of Chlorine and Hypochlorite of
Lirne. 40 th Ann. Meeting of the New Jersey Sanitary Ass.,
11 décembre; Eng. Conlr., vol. XLHI, p. 173. (C. A., 9, 1207).
1915.
Milne (A.). — Liquid Chlorine Sterilization of the Water Supply of St
Catherines, Ont. Eng. Contr., vol, XLlll, p. I88(C. A., 9, 1519).
Jennings (C. A.). — Famous Bubbly Creek Filter Plant adopts Liquid
Chlorine Treatment. Eng. Conlr., vol. XLIII, p. 276: Eng. .\ews.
vol. LXXIII, p. 555; A. W. W. A., vol. Il, p. 401 (C. A.,
9, 2681).
.... Chlorine Controll Apparatus for Water and Sewage Purification.
Canad. Eiig., vol. XXIX. p. 276 (C. A., 9, 2957).
PiiELPS (Earle b.). — Chemical Disinfection of Water. Public IJesllh
Reports, vol. XXIX, p. 2709 (C. A., 9, 341).
PiiELPS (Earle B.). — Water Supply. Paper 229, U. S. Geological Survey.
Wagner (H. F.). — Use of Liquid CÜorine at Buflalo Water Works intake.
Eng. News, vol. LXXllI p. 856 (C. A., 9, 1954)4
Avery (C. R.). — Comparison between Bleach and Liquid Chlorine Disin¬
fection, ylnn. Hep. Prov.Bd O f Health, Oùta.Tio, vol. XXXIII; Canad.
Eng., vol. XXIX, p. 661 (C.' A., 10, 241).
1. C. A. Chemical Abstracts.
LA CHLORATION
JViLUAMSON (N. E.). — Water borne Typhoid in Sacramento, Cal. BuU.
Cal. S. B. of Health., July; Eng. Conlr., vol. XLIV, p. 314 (C.À.,
10, 2317).
Sherman (E. C.). — Efficiency of-Liquid Chlorine Sterllization Plant at
VVakefield (Mass.). Eng. Conlr., vol. XLIV, p. H0{ Munie. Eng.,
vol. XLIX, p. 210 ; Munie. J., vol. .XXXIX, p. 811 : N. E. W. W.
.issoe., vol. XXX, p. 135 (C. A., 10, 1388).
Boiimanx (E. P.). — Water Purification, Milwaukee. Ann. Report Mil-
waukee VV. W., p. 9 (C. A., 10, 2489).
1916
OuNSTEiN (G.). — Liquid Chlorine. 3/e<. Chem. E?ig., vol. XIV, p. 215 (C. A.,
10, 854).
Saville (C. M.). — Hartfoi-d (Conn.) Waterworks Notes. Report Bd Waler
Commissioners; Munie. J., vol. XL, p. 333 (C. A., 10, 1062).
Longley (F. F.). — Considérations in determining the Point ol Application
of Liquid Chlorine in lhe Disinfection of Water Supplies. Eng.
Conlr., vol. XLV, p. 481 (C. A., 10, 2486).
Johnson -(C. O.). — Chlorine Gas reduced Water Sterilizing Costs. Eng.
Record, vol. LXXlll, p. 140 (C. A., 10, 2489).
Wall (E.E ). — Operation of Saint Louis Piliers, Waler Depart¬
ment',' Munie. J., vol. XLl, p. 563; Eng. Conlr., vol. XLVl, p. 318
(C. A., 11, 508).
Hoopes (E. M.). — Some Data on the Operation of the Purification Plant at
Willmington, Del. Ann. Report Waler Department-, Eng. Conlr.,
vol. XLVl, p. 322 (C. A., 11, 508).
1917
Manheimeh (W. A.). — Coniparison of Methods for Disinfecting Swimming
Pools. J. Infect. Dis., vol. XX, p. 1, (C. .A.. 11, 678).
Race (J.). — Chlorination of Water. Survegor. vol. L, p. 252 (C. .\., H,
851).
.... — Chlorine Disinfection in Water Works Plants. Munie. ,/.,
vol. XLll, p. 493 (C. A., 11, 2li06).
Aoams (F.). — Water Chlorination Expériences at Toronto. Am. J. Publ.
Health, vol. VI, p. 861 (C. A., 11, 1222).
Tiiohnell (J. B.). — Treatment of Missouri River Water at Conncil Bluli’s,
lowa. J. Am. IV. W. .4ssoc., vol. IV, p. 70 (C. A., 11, 1505).
.luDY (W. IL). — Chlorination and Coagulation in San Diego. .Munie. J.,
vol. XLl'l, p. 442 (G. A., 11, 2006).
Roby (H. G.). — Liquid Chlorine Treatment of the Alpena Water Supply.
Putilic Health {Mich. S. B. of Health Bull.], vol. V, p. 113 (C. A.,
11, 21211.
Race (J.). — Water Sterilization by nieans of Chloramine. Eng. Conlr.,
vol. XLVIl, p. 251 (C. A., 11, 2121).
Dltton (M. S.). — Comparative Costs of Sterilization by Hypo and Liquid
Chlorine. J. A. IV. W. A., vol. IV, p. 228; Eng. Conlr., vol. XLVIl,
p. 358 (C. A., 11, 2126).
Messer (R.). ^ Report of the Sanitary Engineer. Ann. Report Virginia
State Board of Health (C. A., Il, 2244).
Mexzies (S. IL). — Treating Water or Sewage with Chlorine. U. S. Patent.
1.229.305. June 12 IC. A. 11, 22181.
30
D” ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
. . Canal Zone Water Purification Plants meet Tropical Conditions.
Ann. Report Governor Panama Canal. Appendii A, p. 120; Enr/.
News, vol. LXXVII.p. 389; Enp. Record, vol.LXXV,p.33i; Munie.}.,
vol. XLII, p. 533; Eng. Contr., vol. XLVII, p. 263 (G. A., U, 2515).
Leisek (T. A.). — The Detroit Water Works. J. A. W. W. A., vol. IV,
p. 206 {C. A., H, 2703).
Gbeeley (S. A.). — Theatment of Public Water Supplies from Lake
• Michigan. J. A. W. W. A., vol. IV, p. 231 (C. A., H, 2703).
OnxsTEis ;G.). — Apparatus forTreating Water with Chlorine. U. S. Patent
1.233.371, Julyl7{C.A., 11, 2704).
R.^ce (J.). — Chlorination and Chloramine. Eng. ■ News, vol. LXXVIII,
p. 606. '
Dailt (C. M.). — Operating Methods at Chain of Rocks Filter Plant, St
Louis, Mo. Eng. Contr., vol. XLVIII, p. HO (C. A., 11, 3073).
. . ; .— Liquid Chlorine a used at Cincinnati, Ejïÿ. Con/r., vol; XLVIII,
p. 286 (C. A., 11, 3357).
Water Su'pply at Fort Benjamin Harrison nears completion.
Eng. News Bec., vol. LXXIX, p. 231 (C. A., 11. 3333).
Tomlix (R. K.). — New Jersey’s Big Gantonmant City will hâve Surface
Water Suppiy. Etig. News Rec., vol. LXXIX, p. 436 (C. A., Il,' 3073).
NOTE SUR
QUELQUES CAS DE TYP.HUS EXANTHÉMATIQUE
A PARIS
Difficulté du diagnostic pour un médecin non prévenu.
Efficacité des mesures préventives.
Existence d’un typhus endémique bénin,
par M. ARNOLD NETTER, avec la collaboration de M. BLAIZOT.
Les manifestations du typhus exanthématique depuis le
début de la guerre ont à maintes reprises appelé l’attention.
Nous connaissons notamment ses ravages parmi ,1a popu¬
lation civile et militaire de la vaillante Serbie,, et nous n’igno¬
rons pas que le concours héroïque des médecins alliés a su,
sur place et ailleurs, enrayer les progrès d’un mal qui sem¬
blait défier leurs efforts.
Nous savons aussi comment en Allemagne le mélange, de
propos délibéré, des prisonniers français et anglais aux prison-
QUELQUES CAS DE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE A PARIS 31
niers russes a favorisé l’éclosion du fléau dans plusieurs camps.
Si nos compatriotes militaires et civils lui ont payé un trop lourd
tribut, les geôliers en ont été à leur tour les victimes, et des
camps le mal se répandit dans la population civile. Le corps
médical allemand perdit de ce fait quelques-uns de ses membres
éminents, tels notamment que Cornet, Prowazek, Jochmann et
Romer.
On sait moins, en revanche, que sur divers points du globe
des manifestations d’importance bien moindre, sans lien apparent
avec les précédentes, ont été notées. Notre pays même ii’a pas été
absolument indemne.
Quelques cas, relevés par nous dans une famille de chiffon¬
niers à Paris et dont la nature a été établie, d’une façon indiscu¬
table, seront le point de départ de la communication que je
désire faire à l’Académie.
Leur publication nous paraît indispensable. Il importe, en
effet, que les cas de typhus soient reconnus de bonne heure et ils
ne sauraient l’être si le corps médical n’est pas prévenu.
Peut-on redouter que cette divulgation éveille l’inquiétude du
public? L’expérience de 1893, année où le typhus a déjà été
observé à Paris et dans nombre de localités en France (21), nous
a montré que nous sommes bien armés pour arrêter les progrès
d’une épidémie à condition d’être informés. Dès cette époque, la
surveillance des nomades, le nettoyage à fond des malades, la
désinfection des objets d’habillement, de literie, des locaux
s’étaient montrés efficaces.
Je commencerai par exposer dans quelles conditions j’ai pu
reconnaître le typhus exanthématique en décembre dernier chez
deux de mes malades, et rapporter à la même cause? cas soignés
par d’autres médecins.
Je montrerai comment le diagnostic est difficile et, par suite,
l’intérêt qui s’attache à la divulgation des faits actuels. Après
avoir rappelé l’efficacité des moyens dont nous disposons pour
combattre le fléau, je rechercherai l’origine de ces cas et, sans
répousser absolument l’importation récente possible, je mon¬
trerai l’existence antérieure d’autres cas qui n’ont pas été sui¬
vis d’épidémie. Je les rapprocherai de ceux qui ont été ob¬
servés dans divers pays et notamment aux Etats-Unis, cas qui
32 D'» ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
avaient perdu les caractères classiques et essentiels du typhus
exanthématique : la gravité et la contagiosité, et qu’en dépit de
leur masque l’expérimentation a révélés être du typhus bénin
endémique.
I
Le 6 décembre 1917, je trouvais dans mon service deux frères
entrés la veille au soir avec température élevée et qui m’étaient
présentés par mon interne avec le diagnostic de fièvre
typhoïde.
Leur aspect Hébété, la sécheresse de la langue, l’hyperther-
mie, les sibilances à l’auscultation, la tuméfaction de la rate,
débordant largement les fausses côtes, rendaient ce diagnostic
très vraisemblable. On invoquait d’ailleurs en sa faveur l’exis¬
tence sur la paroi abdominale du plus jeune des deux garçons,
Eugène, âgé de 12 ans, de 3 taches rosées s’effaçant sous la
pression. Cependant, ces taches ne revêtaient pas l’apparence
typique de la roséole typhoïdique. Elles étaient plus larges.
' Chez le frère aîné, Auguste, 14 ans et demi, on notait en'
revanche sur le tronc, sur les bras, sur les cuisses des taches
plus petites, un peu plus nombreuses, un peu plus foncées que
les taches rosées, ne s’effaçant que partiellement. Je songeais à
l’éruption de typhus exanthématique et je n’hésitais pas à con¬
sidérer qu’il s’agissait' vraisemblablement de cette maladie.
J’apprenais que les enfants, d’une saleté repoussante, étaient
•arrivés couverts de poux. La mère et une amie qui les, avaient
conduits à l’hôpital étalent dans un état d’ébriété absolu et
n’avaient pu fournir aucun renseignement précis sur la daie et
les manifestations du début. Nous savions seulement qu’il
s’agissait d’une chiffonnière. L’adresse fournie à l’hôpital était
fausse, ce qui entrava quelques jours notre enquête.. Sans
retard nous procédâmes aux recherches nécessaires pour établir
le diagnostic: ensemencement du sang des deux enfants dans un
bouillon additionné de bile pour la recherche du bacille de la
fièvre typhoïde; inoculation dans le péritoine d’un cobaye du
sang du frère aîné. Une ponction lombaire chez le frère aîné, qui
présentait un signe de Kernig très net, ramenait un liquide clair
normal. Le lendemain 7 décembre, M. Blaizot voulait bien à son
QUELQUES CAS DE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE A PARIS 33
tour inoculer deux cobayes avec le sang de chacun des deux
enfants.
Jour par jour, notre présomption se justifiait. Les ballons du
bouillon ensemencés avec le sang, restant stériles, permettaient
d’éliminer dès le 9 le diagnostic de fièvre typhoïde.
L’entrée, le 11 décembre dans le service de notre collègue ïri-
boulet, d’un 3® frère de 9 ans, qui présentait des caractères ana¬
logues à ceux des premiers sujets, attestait grande contagiosité .
D» ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
Le 13 décembre, le 1" cobaye, inoculé avec le sang de l’enfant
Eugène, présentait une ascension thermique, 6 jours après l’ino¬
culation; semblable ascension était relevée le lendemain chez le
2' cobaye. Ces ascensions marquaient l’apparition du typhus
expérimentçtl transmis le 20 décembre à deux nouveaux cobayes
chez lesquels la fièvre se manifestait 7 et 9 Jours après. Les ino¬
culations se poursuivent. Les trois cobayes, inoculés avec le
sang du frère plus âgé, Auguste, restèrent indemnes. D’après
Eugène, la maladie d’Auguste était antérieure de 8 jours à la
sienne. Le sang des typhiques est de moins en moins virulent à
mesure que la maladie est plus ancienne. La maladie d’Auguste
remontait à 9à 10 jours au moins au moment des inoculations.
Le 15 décembre, chez les 3 malades de l’hôpital Trousseau, la
température baissait brusquement. Ces abaissements à peu près
. simultanés se poursuivaient le lendemain. En 24 heures, l’abais¬
sement est de 1°8 chez Auguste; en 48 heures de 3° chez Eugène ;
• en 12 heures de 2° chez René. Ces chutes sont tout à fait carac¬
téristiques du typhus et ne se voient pas dans la typhoïde. '
Le 19 décembre, mes enquêtes jusque-là infructueuses arri¬
vaient enfin à établir qu’un frère plus âgé était déjà soigné à
l’hôpital Tenon, salle Trousseau, dansle service de notre collègue
et amiCarnot. Celui-ci, mis au courant dé mes recherches, n’h'ésila
pas à désigner le malade dont l’histoire l’avait d’ailleurs intrigué.
QUELQUES CAS DE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE A PARIS '35
bien qu’il n’ait pas soupçonné le typhus. Voici la lettre qu’il
m’écrivait le lendemain.
Mon cher maître,
Voici les renseignenïents que je puis .vous donner sur Lee..., mal¬
heureusement la feuille de température a été introuvable, jusqu’ici.
Il est entré salle Trousseau, le II novembre, malade depuis quel-
ques jours chez lui, dans un état de saleté lamentable, couvert de
poux. Faciès typhique, air hébété (mais ce malade est à peu près
innocent), température 40'’-4I“. Pas d'éruption. Langue sèche. Bron¬
chite généralisée avec râles vifs. Rate palpable. Constipation (lave¬
ments), pas d’albuminurie, pas de raideur de nuque, pas de Kernig.
Ponction lombaire ; liquide clair non hypertendu sans éléments
anormaux, crachats tuberculeux négatifs. Hémoculture négative en
bile et en bouillon. Séro négatif à l’Eberth, A et B.
Le malade est isolé et a cpiatre bains par jour. Pendant neuf jours
les phénomènes sont stationnaires : température en plateau à 40-41“,
malgré les bains; pas d’éruption. Constipation. Râles abondants.
Agitation nocturne (le malade crie comme un chien). Un nouveau
séro et une nouvelle hémoculture sont négatifs.
Le 9' jour après l’entrée (18' jour de la maladie), défervescence
brusqué en deux jours, 39“ le 1" jour, 38“ te 2'). Depuis, apyrexie défi¬
nitive sans accroc.
Pas d’épisode à la convalesceoco, sauf prolongation de la toux et
de l’agitation nocturne. Reprise rapide de la nutrition. Reconduit
chez sa grand’mère, à Bagnolet, 207, avenue du Général-Galliéni, le
la décembre en très bon état. Tout cadre donc bien avec votre hypo¬
thèse. ^
S’il peut vous être utile que nous hospitalisions à nouveau ce
malade pour telle ou telle raison, nous le ferons très volontiers.
Votre affectueusement dévoué,
Paul Car.not.
Le 24 décembre, la mère des enfants se décidait ù venir à
l’hôpital Trousseau et me donnait quelques renseignements sur
l’emploi de son temps et celui des enfants. La nuit était surtout
consacrée à la récolte des chiffons, et celle-ci se pratiquait ordi¬
nairement dans le quartier MoutTetard : rue Mouffetard, boule¬
vard de Port-Royal, et parfois aussi du côté de la rue Pastou¬
relle où chiffonnait de préférence sa mère, veuve Pic..., âgée de
soixante-douze ans, chez laquelle habitait généralement le fils
D'» ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
aîné Lee..., entré le H novembre chez Carnot. Depuis plus de
deux mois la femme B... avait été expulsée de la chambre
où- elle était logée, rue des Lyonnais. Elle couchait fréquem¬
ment aveé ses trois enfants, ou avec un ou deux au poste du Pan¬
théon où nous trouvons son passage signalé les 25 et 27 novem¬
bre e,t 2 décembre. D’autres fois chez une sœur, dans un hôtel
rue Gracieuse, où les enfants couchaient avant l’admission
à Trousseau, ou chez la grand’mère, avenue du Général-Galliéni,
207, à Bagnolet, où logeait Lee... Les enfants m’ont depuis
signalé quelques autres gîtes. J’espéraj^s pouvoir faire prendre
un ^in à. la femme B... et profiter de l’occasion pour faire
une cueillette de poux qui aurait servi à une inoculation. Elle
s’y refusa. Le fait est d’autant plus regrettable qu’elle tomba
malade le lendemain et fut amenée le 4 janvier à l’hôpital Tenon
avec une température de 39“8avec prostration extrême et délire.
On crut dans le service, les premiers J ours, à une pneumonie. Le
hasariiapprit à M. Carnot, le *7 janvier, l’existence de la malade;
il l’isola dans son service le 8 janvier. J’avais de mon côté
appris, le 7, son entrée salle Axenfeld , où je la trouvais encore, le 8,
prostrée, la langue sèche, présentant des pétéchies nombreuses,
mais la température était tombée de 40°, le 7 au soir, à 38“ le len¬
demain. Elle baissait, le 10, de 38”5 à 37“5. On lui avait trouvé
quantité de poux et le 9 janvier on récoltait encore sur ses draps,
à mon intention, les cadavres de 5 poux de corps qui serviront
QUELQUES CAS DE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE A PARIS 37
aux inoculations. La malade fut pendant quelques jours encore
très sérieusement atteinte. La tension artérielle était très basse
11 à 6, le 8; 11 1/2 à 6, le 9; 12 à 8. A l’heure actuelle la veuve
B... est complètement remise.
Le 9 janvier, en me rendant pour la seconde fois avenue du
Général-Galliéni, dans la petite baraque de la grand’mère, veuve
Pic..., j’y trouve une jeune femme de vingt ans, la veuve Nass...,
sœur des enfants Bout... Elle avait une mine très fatiguée,
ayant été malade elle-même en même temps que le frère aîné
Lee...
La femme Nass... a séjourné dans un liêpital qu’elle n’a
pu ou voulu me désigner et que nous n’avons pu retrou¬
ver. Elle a été soignée également chez une « copine » de
Gentilly, et sur ce point encore nos enquêtes n’ont pas encore
abouti. Sans en avoir la preuve aussi sûre que pour la mère et
les frères nous admettons qu’elle a constitué un sixième cas de
typhus.
Le sérum de nos malades après guérison, comme celui de
Lee..., de sa mère, n’a agglutiné ni les bacilles typhiques ni les
para typhiques.
Le 29. décembre, M. Blaizot inoculait une série de 10 cobayes
avec 3 gouttes de virus exanthématique tunisien de passage.
Deux cobayes reçurent le virus pur, deux cobayes le même virus
après contact de 30 minutes avec 1 c. c. S du sérum de chacun
des convalescents, Lee... Auguste, Eugène et René.
Trois cobayes, un témoin et deux cobayes qui avaient reçu
le sérum, succombent les premiers jours et ne peuvent -être
utilisés.
Le cobaye qui a reçu le virus ^lur est pris d’un typhus grave
le 12' jour. Sa température dépasse 40°. Elle monte graduelle¬
ment. L’animal est sacrifié le 18° jour pour des inoculations
ultérieures.
Deux cobayes qui ont reçu le virus mélangé au sérum de
Lee... et d’Eugène n’ont rien.
Quatre autres cobayes ont une ascension de courte durée.
3 jours, pour le virus mélangé au sérum de René, début
le 10;
Di- ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
3 jours et demi, pour le virus mélangé au sérum de Lee...,
début le 12;
6 jours, pour le virus mélangé au sérum d’Augu.ste, début
le 10;
7 jours, pour le virus mélangé au sérumi d’Àuguste, début
le 14.
Ces animaux sont actuellement apyrétiques.
L existence d'anticorps dans le sérum des convalescents est
établie. — Chez les uns, elle a suffi à prévenir, chez les autres
à atténuer les effets du virus.
On ne saurait, ce nous semble, établir plus catégoriquement
QUELQUES CA.S DE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE A PARIS 3!i
qu’il s’agissait, dans cette famille, du typhuâ exanthématique.
Nous en avons donné, en effet, les preuves qui sont :
Clinique :
a) la durée de la maladie ;
b) défervescence typique ;
c) l’éruption de l’enfant B.
Épidémiologique :
a) contagiosité extrême;
malades sur 6 membres de la famille (si.x);
b} milieu social, vagabonds couverts de poux.
Expérimental :
a) infection des cobayes injectés avec le sang recueilli
pendant la période aiguë ;
b) atténuation du virus typhique après contact avec le
sérum des convalescents.
d'o
indirect ;
Si, dans notre service, le diagnostic a été établi de bonne
heure, il ne l’a pas été chez les malades de l’hôpital Tenon ;
aucun de ces malades, soumis à l’épouillage et isolés impar¬
faitement, n’a donné naissance à des cas de contagion hôspi-
talière.
Au faisceau de preuves que nous avons réunies manquent
encore deux arguments. Nos six malades ont guéri et le typhus
est souvent mortel; Les renseignements fournis par l’autopsie
démontrent en ce cas l'absence de lésions de l'intestin. Une autre
épidémie familiale, dont je dois la connaissance à mon collègue
et ami Boulloche, nous apporta ces précisions nouvelles.
Le 12 novembre, à l’hôpital Bretonneau dans le service du
D'' Boulloche, entraient deux sœurs dont l’affection avait débuté
récemment. Le père des fillettes était tombé brusquement
malade le 31 octobre et était mort le 5 novembre. Le médecin
avait attribué la mort à une congestion cérébrale. Les filles
étaient malades depuis le 7. Marguerite, la plus jeune, âgée de
six ans, entrée le 12 avec 40°, meurt le 16, après une température
de 41°6. A l’autopsie, on ne constate aucune lésion de l’intes¬
tin. Jeanne, l’aînée, âgée de neuf ans, a 38°6, le 12 au matin ;
1. Hémocultures négatives chez 4 maladçs;
2. Séro-diagnostic négatif.
Df» ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
la température monte, le 14 et le 15, à 40“8. Le 17, elle est de
40"; le 18 au matin, de 38"o; le 19 au matin, de 38". Ces enfants
étaient couverts de poux. La mère, qui vient les voir, héberge
ces parasites en quantité telle qu’après chacune de ses visites on
trouve des poux sur le lit et sous le lit de Isa fille. L’hémoculture
pratiquée le 17 novembre n’a pas donné naissance aux^bacilles
d’Eberth. Les séro-diagnostics. sont restés négatifs.
Bien que nous ne puissions invoquer pour les cas de Breton¬
neau des arguments aussi probants que pour nos malades de
l’hôpital Trousseau, la nature d’une maladie qui a frappé trois
membres d’une même famille ne nous paraît pas douteuse. (Nous
n’hésitons pas à substituer le nom du typhus à celui de conges¬
tion cérébrale porté après décès du père.) Décès de deux sujets.
Absence de lésions à l’autopsie de Marguerite. Résultats négatifs
de l'hémoculture et de l’agglutination. Marche de la maladie ;
rapidité de la défervescence.
Alors que les membres de la famille Boul... sont tombés
malades à Bagnolet et dans le V' arrondissement, la famille
Roi... habitait à Clichy.
QUELQUES CAS DE TYPHUS EXANTHEMATIQUE A PARIS 41
II
Nous ne doutons pas qu’à la suite de notre communication on
ne signale de nouveaux cas et que l’on ne rapporte au typhus l’af¬
fection de malades encore en traitement dans les hôpitaux, en
ville, ou même snrtis des hôpitaux. Le diagnostic du typhus, en
règle générale, n'est porté que si l'on est prévenu de la possibilité
d'une a/feriion qui semble avoir disparu de nos préoccupations. Si
nous y avons pensé au premier moment chez nos deux malades,
c’est que les deux enfants avaient été reçus le même jour, qu’ils
appartenaientàune catégorie particulière, qu'ils étaient couverts
de vermine- C’est surtout parce que nous avions gardé le sou¬
venir de nos observations en 1893, à Paris et dans les localités
de la Somme, de Seine et Oise, de l’Eure, de la Seine-Inférieure,
du Calvados, etc., où nous avaient amené, nos enquêtes et, enfin,
que notre attention avait été maintenue en éveil par la connais¬
sance de l’existence du typhus endémique en Bretagne et surtout
dans les grandes villes américaines (6, 7, 12, 14).
S’il en avait été autrement, nos deux cas auraient été ignorés
comme les sept autres el qualifiés de fièvre typhoïde, pneumo¬
nie, septicémie, congestion cérébrale, grippe ou encore de mala¬
dies non classées.
On n'aurait prononcé le nom de typhus qu’au jour où la mani¬
festation de la contagion sur un membre du personnel hospitalier
aurait ouvert les yeux (16).
En dépit des traités classiques, le typhus ne présente pas de
signes pathognomoniques. L’éruption qui lui vaut son nom est
\facileinent méconnue et ne diffère pas essentiellement des
taches rosées lenticulaires. Elle peut d’ailleurs être fugitive et
môme manquer complètement. Dans la fièvre typhoïde, d’autre
part, on peut voir des taches rosées très nombreuses, el nous
avons, dans ces derniers temps, noté maintes constatations de
ce genre.
§i, en revanche, les soupçons sont éveillés, on tiendra grand
compte du mode de début brutal, de la rapidité avec laquelle la
température atteint son maximum, delà faiblesse des écarts entre
les températures matinale et vespérale, de la durée relativement
courte, 12 à 14 jours, du peu de temps mis au retour à la tempé-
D« ARNOLD NETTER ET BLAIZOT .
rature normale, chutes de 2, 3, 4 degrés en 1 ou 2 jours
(13, 20).
L’accentuation des phénomènes nerveux, la rareté habituelle
des déterminations intestinales, la fréquence relative de cer¬
taines complications : parotidites suppurées, gangrènes, éveille^
ront les soupçons. En cas de décès, on relèvera la date relati¬
vement précoce de la mort, l’absence de lésions intestinales à
l’autopsie.
On tiendra grand compte de l’apparition du mal en hiver ou
nu printemps, de la multiplicité des cas dans une famille, de la
participation des services hospitaliers, de la profession ou mieux
du manque de profession régulière des malades, de leur exis¬
tence nomade, de leur état de malpropreté (18, 19).
On ne négligera pas le concours que pourront fournir les
recherches de laboratoire, et, notamment l'hémoculture, l’agglu¬
tination, l’inoculalion de sang, de sérum aux cobayes qui pourra
mettre en évidence tour à tour la virulence du sang pendant la
période aiguë, l’apparition de propriétés immunisantes après
guérison (22, 24).
Nous n’avons pas fait chez nos malades de cultures en anaéro¬
bies qui ont permis à Plolz, Olitzki et Baehr, de'mettre en évi¬
dence le bacille qu’ils considèrent comme spécifique et en faveur
de la spécificité duquel ils ont apporté des arguments dignes de
nous arrêter (3, 4, 5, 25, 26, 27).
Nous n’avons pas non plus eu recours à l’examen microsco¬
pique des coupes des lésions cutanées qui, d’après Eugène
Fraenkel, peut donner d’utiles enseignements.
Nous n’avons d’ailleurs pas eu besoin de ces éléments de
contrôle.
Nos malades ont séjourné dans des hôpitaux généraux sans
qu’il ait été, pour la plupart, soupçonné la nature et pris de pré¬
cautions spéciales. Ils nont cependant pas été le point de départ
de nouveaux cas. Cette immunité tient incontestablement à
l’attention prise pour débarrasser tes malades de leurs parasites.
Les recherches de Charles Nicolle, de Tunis, ont prouvé le rôle
prédominant des poux et surtout des poux de corps dans la pro¬
pagation du fléau (23). Nous avions, dès 1893, pressenti le rôle
des parasites; et les mesures de nettoyage des malades, de
QUKLQUES CAS UE TYPHLS EXANTHÉMATIQUE A PARIS 41^
désinfection de vêtements, objets de literie, locaux, avaient
suffi, dès cette époque, pour enrayer l’épidémie (18, 19, 20).
On savait déjà que le tijplim ne frappe qu exceptionneUement
les personnes de classes aisées, que la propreté est le meilleur
moyen de préservation. 11 n’y a donc pas lieu d’être inquiet.
111
A quoi faut-il attribuer ces cas de typhus de la fin de l’an¬
née 1917, à Paris ? On a naturellement tendance à supposer une
importation récente, à incriminer les Algériens, Tunisiens,
Marocains, etc., attirés en grand nombre dans nos usines, et
même utilisés pour le nettoyage des voies publiques, les contin¬
gents serbes ou russes, les prisonniers et rapatriés tevenus des
camps ennemis. Tous ces immigrants sont soumis A une surveil¬
lance méticuleuse, au départ et à L'arinvée. Ils sont dépouillés, et
leurs effets sont désinfectés. L’Administration ne se désintéresse
d’ailleurs pas d’eux, une fois entrés en France, et leur contrôle est
relativement aisé.
On ne saurait évidemment nier la possibilité d’arrivée de
sujets en état d'incubation, sur lesquels des parasites pourront
se charger de contage qu’ils auront antérieurement transmis à
ceux que les rencontres exposent à leur contact.
Cette intervention n’est nullement indispensable.
Gestin et ses collaborateurs avaient déjà signalé, dans le
Finistère, la persistance de quelques foyers susceptibles de
réveils, et j’ai montré comment, selon toute vraisemblance, le
typhus de 1893 a été apporté dans le bassin de la Seine et de la
Somme par des individus venus de Bretagne (17).
Mais il n’est pas même besoin de songer à une importation.
Le typhus na sans doute jamais complètement disparu, même de
Paris. Comme d’autres maladies, particulièrement fréquentes et
dangereuses au Moyen âge, il s'est progressivement atténué, au
point de perdre les caractères qui en faisaient te principal danger,
et notamment la gravité et la contagion.
11 y a vingt ans, un médecin américain, Aathan Brill(6), attirait
l'attention de ses confrères de New-York sur une maladie jusque-
D” ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
là non décrite, frappant de préférence les sujets de vingtà trente
ans, et que l’absence de la réaction de Widal permettait de dis¬
tinguer de la fièvre typhoïde avec laquelle, toutefois, elle présen¬
tait certains points d’analogie : notamment 4a fréquence des
taches rosées lenticulaires, 13 fois sur 17 ; de la céphalée, 16; de
la tuméfaction.splénique, 13; de l’anorexie, 14; de la prostration,
13; du tympanisme, 10.
En 1910 (7), Brill revient sur le sujet. Les 17 cas du début sont
maintenant montés à 221. En déceinbre 1910(8), ils sont 253. Des
cas de maladie de Brill sont signalés dans, plusieurs villes amé¬
ricaines. Brill insiste plus qu’en 1898 sur ja durée de 12, 13 ou
14 jours, pouvant être exceptionnellement réduite à 5 jours, et
aller jusqu’à 22 jours, sur le mode de terminaison de la maladie
dans laquelle, en 12 à 36 heures, la température tombe de 40® à
la normale, en même temps que disparaissent tous les sym¬
ptômes. Eh 1911-, il peut, pour la première fois, rapporter les
résultats d’iine autopsie. Celle-ci ne montre aucune lésion intes¬
tinale. Les viscères sont congestionnés et offrent les mêmes
caractères que dans une maladie infectieuse (8).
Divers observateurs, et notamment Louria (14), Friedman (12,
13), Goodall de Londres, émettent l’idée qu’il s’agit d’un typhus
bénin. Ils montrent que dans certaines régions, et notamment-
en Pologne, en Chine, le typhus, en dehors des épidémies, est
bénin et peu contagieux.
Brill avait, dès le début, agité la question. Du typhus, en effet,
la maladie avait l'allure générale, la durée, le mode de termi¬
naison, l'éruption. On la notaitsurtout chez des sujets d'originerusse
ou roumaine, d'ailleurs acclimatés depuis longtemps, mais suscep¬
tibles, du fait de leur origine, d'une réceptivité spéciale. Si des cas
de ce genre étaient observés au cours d’une épidémie de typbus
reconnu, le doute serait impossible. Mais comment imaginer unie
modification du typhus telle qu'elle lui aurait fait perdre ses
caractères essentiels, et notamment la contagiosité, la mortalité^
Comment penser que les progrès de l'hygiène et de C assainissement
sont susceptibles de transformer à ce point le typhus (7, 9).
Brill s’était d’ailleurs efforcé de trancher la question par des
expériences, des inoculations de singes avec le rsang de ses
malades et avec des émulsions d’organes recueillis à l’autopsie.
Ces inoculations étaient restées sans effet (8).
QUELQUES CAS DE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE A PARIS iS
Il était réservé, à Anderson et Goldberger (i), de donner la
preuve expérimentale. Le 2 février 1912, ils montraient que des
singes, inoculés avec le sang de sujets atteints de maladie de Brill,
contractent un typhus expérimental transmissible.
Des singes, qui ont guéri d'un typhus provoqué par le 'virus de
Brill, sont devenus réfractaires au virus exanthématique de Mexico,
et réciproquement.
L’existence d’un typhus endémique à New- York était établie,
sans discussion possible.
11 n’y a pas lieu d’exagérer la menace que de tels faits portent
à la santé publique, puisque la maladie a été bénigne et a montré
peu de tend^ince à se généraliser. Il faut cependant admettre que
la maladie peut devenir plus virulente, et prendre le caractère
épidémique.
En attendant, l’Office sanitaire de New-York, si rigoureux
vis-à-vis des émigrants atteints de typhus, n’a prescrit aucune
mesure de quarantaine ou autre, dans les cas de typhus endé¬
mique; il autorise leur séjour dans les salles générales d’hôpi¬
tal ’. Il demande seulement que les effets de ces malades soient
débarrassés de vermine (poux, etc.).
Ainsi, comme la réalisait dans le laboratoire notre grand Pas¬
teur, l’atténuation des virus s’effectue ici sous l’influence des
progrès de l’hygiène et de la propreté.
La maladie de Brill a été retrouvée dans nombre de villes et
de localités des États-Unis. Elle ne semble pas y être rare.
Roger Lee, en compulsant les observations de 1.404 sujets soignés
pour des fièvres continues à Massachussets General Hospital, de
1902 à 1912, a trouvé 28 cas rappelant la maladie de Brill. 11 y a
donc, à Boston, une maladie de Brill pour 47 cas qualifiés de
lièvre typhoïde. Si la proportion s’appliquait aux diverses villes,
cela donnerait, en 1912, 72 cas à New- York, 34 à Philadelphie,
22 à Chicago, 22 à Baltimore, 10 à Boston. Dans la clientèle de
.lewish Hospital de Brooklyn, la proportion a été de 1 maladie
de Brill, pour 2,3 fièvres typhoïdes.
Ayant .suivi très attentivement ces travaux de Brill, je ne doutais
i. Lettre de Brill, du la seplembre 191G.
D » ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
pas que des cas de même ordre dussent exister dans toutes les
qrandes villes européennes, et notamment à Pai'is. J’examinais
donc, avec un soin tout spécial à ce point de vue, les malades de
mon service de l’hôpital Trousseau, dont beaucoup ont la même
origine que ceux du Mount Sinaï Hospital *.
Pendant très longtemps mes, recherches furent infructueuses.
Les cas se présentant 4 mon examen étaient atteints de typhoïde
ou de paratyphoïde. Elles finirent cependant par aboutir, et je
suisàmême de citer quelques cas antérieurs à décembre 1917,
cas pour lesquels J’ai eu recours, au point de vue expérimental,
à la collaboration de M. Mcolle, à Tunis,- et de M. Blaizot, à
Paris.
Je citerai d’abord un enfant de treize ans ; Marcel Charl...
entre dans mon service le 27 .juillet 1917, au 6® jour de sa
maladie, avec une température de lO®-!, avec l’apparence d’une
lièvre typhoïde qui nous frappait par l’importance de la fièvre'et
delà stupeur, la sécheresse marquée de la langue, la faiblesse
et les intermittences du pouls, l’abondance de l’éruption.
1. Goodall de Eastern Hospital, à Londres, cité par Louria, en 19H,
admet l’identité du typhus dans la maladie de Brill. 11 a vu dans la popu¬
lation russe de Londres des cas de typhus familiaux et isolés. A deux .
reprises il a trouvé dans un hôpital général de Londres un cas de typhus
traité comme une üèvre typhoïde.
QUELQUES CAS DE TYPHUS EXANTIIÉJIATIQUE A PARIS 47
Le 1" août, on constatait une parotidite suppurée double per¬
mettant l’issue du pus par les orifices-des canaux de Stenon.
La température présente du 15® au 16® jour un écart de près de
3 degrés et revient vite à la normale. Le malade se rétablit avec
une rapidité surprenante. Le résultat négatif de l'hémoculture pra¬
tiquée le 12” jour des agglutinations, joint à tous ces caractères,
éveille en août l’idée de la possibilité du typhus. Le 10 septembre,
M. Blaizot inocule à un cobaye un mélange de sérum du conva¬
lescent et du virus exanthématique. Deux cobayes témoins
prennent le typhus expérimental, auquel succombe l’un d’eux.
Le cobaye qui a reçu le sérum ne présente pas d’élévation ther¬
mique. Le sang de Charl... renfermait donc des anticorps et il
s’agissait fort vraisemblablement du typhus.
Plus étrange, et cependant se rapportant vraisemblablement
encore au typhus exanthématique, une' petite épidémie s’était'
développée, en avril 1916, chez 9 enfants qui avaient séjourné en
même temps dans un pavillon de notre service de la scarlatine.
Ces enfants étaient entrés à l’hôpital du 12 février au 12 mars, et
le typhus survint chez eux du 3 au 17 avril, soit après un isole¬
ment de près d’un mois.
■1 de -ces enfants, Lucien Lepar..., Louis Boudo..., Franci.s
Peti..., Pierre Men... ont présenté les premiers signes de la
maladie nouvelle dans le pavillon les 3, 11, 12 et 13 avril. Chez
D'» ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
QUELQUES CAS DE TYPHUS EXANTHÉMATIQUE A PARIS
lion à l’hôpital de Brévannes où ils avaient été envoyés le
10 avril, en même temps qu’un enfant Pfort..., seul resté
indemne et entré directement dans le vpavillon le 7 mars 1916.
Les tracés de ces enfants montrent une fièvre d’une durée
moyenne de 14 jours, à début brusque, à effervescence rapide,
et rappelant bien le typbus. On note dans plusieurs observa¬
tions l’abondance des éléments éruptifs, la faiblesse, les inter¬
mittences du pouls, la tendance au collapsus. L’hémoculture
pratiquée chez Lepa... et Peti... est restée négative, les aggluti¬
nations vis-à-vis des bacilles typhiques et paratyphiques se sont
comportées comme suit :
9 mai et 31 mai.
Eberth Paratyphlque A Faratyphique B
0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 0
Leparg .
Boudi .
Hing .
Petio .
Leparg . 0 0
. i “
Bigo . 0 0
Ham . 0 0
Laro . 0 0
11 ne s’agissait pas de typhoïde ni de paratyphoïde A ou B.
Nous avons envoyé 2 échantillons de sérum à M. Charles
Nicolle, à Tunis. Us sont arrivés dans un état qui ne lui a pas
permis de les utiliser, pour les recherches, non plus que ceux de
deux autres cas isolés observés pendant l’été 1916.
J’ai donc eu dans mon service en avril 1916 des cas de typhus
bénin analogues à ceux de Nev>- York. Leur nature n'a été déter-
minéeque rétrospectivement et cependantils n’ont provoqué aucune
contagion dans le.personnel, non plus que d’autres cas contem¬
porains qui n’ont pas dû manquer dans d’autres services. La
raison en est qu’if n'y avait pas d'agent de transmission. 11 n’y a
pas plus de raison, dit très sagement Anderson, de contracter le
typhus au contact de typhiques s’il n’y a pas de poux, que la
D« ARNOLD NETTER ET BLAIZOT
fièvre jaune en l’absence d’anophèles, la malaria en l’absence
de moustiques (2)i
C’est par ces preuves rassurantes que je pus terminer la troi¬
sième partie de ma communication.
Nous ne croyons pas que les faits portés à la tribune de l’Aca¬
démie puissent alarmer le public. Celui-ci a heureusement
montré, depuis le début de la guerre, qu’il est moins sensible
qu’on ne l’imagine, et demande avant tout la vérité.
Celle-ci n’a rien qui doive décourager. 11 est très facile d’en¬
rayer le typhus. Il suffît de mesures de propreté qui ri’ont rien
de vexatoire et sont avantageuses pour ceux à qui elles sont
imposées.
Nous avons d’ailleurs pu montrer que des cas de typhus sur¬
venus depuis près de deux ans n’ont été le point de départ
d’aucune épidémie à Paris, qu’il y en a eu plusieurs centaines à
New-York depuis vingt ans, et que les autorités américaines,
dont le zèle et la sagacité sont bien connus, ne jugent pas que ce
typhus endémique nécessite des mesures de quarantaine ou
autres.
AUTEURS CITÉS
1. Anderson et Golduehger. The relation of so called Brill’s disease to
typhus lever. An experimental démonstration ol their identity. Public
HealUi lieporls, XXVII, 2 février 1912.
2. Anderson. Typhus lever, its Etiplogy and the Methods ofits Prévention.
Public Ileallh lieporls, 30 avril 1915.
3. B.aerr et Plotz. Culture sludies in Typhus exanthematicus in Serbie,
Bulgarie and Russie. The Journ. of Inf. Dis., XX, février 1917.
■4. Raehr. Agglutination in Typhus lever. The .louim. of Inf. Dis.. XXI,
juillet 1917.
.5. — Development of Antibodies for hacillus typhi exauthematici in
typhus lever contacts. Journ. of. Inf. Dis., X.X, décembre 1917.
(i. Brill. a Study ol seventeen cases of a disease clinically ressembling
typhoïd lever but without the Widal Reaction. New York medical
Journal, 8 et la janvier 1898.
7. — An acute infections disease of unknown origin. A clinical study
base on 221 cases. American Journal of medical Science, avril 1910.
8. — Pathological and experimental data derived froma further Study
of an acute infectious disease of unknown origin. American Journal
nf medical Science, août 1911.
9. — So called BrilTs disease. A correction. J.'of lhe Am. med. Associa-
lion, 2 décembre 1911.
10. — ., Congrès international de médecine de Londres de 1913.
LA TUBEIICLLOSE PULMONAIRE CHEZ LES UÉEUGIÉS SEBILES “.1
11. — Etiology of typhus exanlhematicus. Pvoceedings of ihe Neio York
palkological Society , avril 191.').
li. Fr.iEDjiAN. Brill’s Symptomcomple.x. Typhus fever and Mandchoiirian
Typhus. Medical liecord, la septembre 1911.
19. — Id. Archives of Int. Med., la octobre 1911.
14. Loubia. Brill’s Disease. ilfedical Record, 2G août 1911.
1.'). Netteei. Diagnostic du typhus exanthématique. Soc. me'd. des Hôp. de
Paris, 14 avril 1899.
Ifi. — Un cas de typhus méconnu. Soc. taéd. des llôp. de Paris,
23 juin 1893.
n — Origine bretonne de l'épidémie typhique de 1892-1893 en France.
Comité consultatif d’hygiène publique de France, 12 juin 1893.
18. — Etiologie et prophylaxie du typhus exanthématique. Soc. méd.
des Ilâp. dé Paris, 1 juillet 1893.
19. — Etiologie du typhus. Leçon faite à la Faculté, recueillie par le
Df Josué, Paris, 1894.
20. — Typhus exanthématique. Traité de médecine et de thérapeutique
de Brouardel et Thoinot, II, décembre 1895. — Id. 2' édition, 190a.
■il. Neïteb et Thoinot. Rapport général sur le typhus en France de 1892 à
1893. Rec. de Iran, du Comité consultatif d'hygiène publique de
France, 1896.
22. Charles Nicolle. Reproduction expérimentale du typhus exanthéma¬
tique chez le singe. Comptes rendus de l'Acad. des Sciences,
12 juillet 1909.
23. Nicolle, Comte et Conseil. Transmission expérimentale du typhus
exanthématique par le pou de corps. Comptes rendus de l’Acad.
des Sciences, 6 septembre 1909.
24. Nicolle, Conseil et CoNoa. Le typhus expérimental du cobaye. Comptes
rendus de l’Acad. des Sciences, 6 juin 1911.
2a. Pi.OTZ. Journ. of Am. med. .Issoc., 1914.
20. Pi.otz, Olitzky et Baehr. The Etiology of typhus exanlhematicus. Journ.
of Inf. Dis., juillet 1910.
27. Olitzky. Baehr et 1Io.sk. The Etiology of typhus exantliematicus in
Mexico. Journ. of Inf. Dis., décembre 1916.
LA TLiBKKCLLOSE PULMONAIRE
CHKZ LES IIKFÜGIÉS SERBES EX FR.XNCE
par M. le D'- PÉTROVITCH.
Depuis le lî> lévrier 191G, c’esl-à-dire depuis la retraite de
Serbie, j’ai eu à examiner, tant à Paris que dans différentes
'maisons de convalescents en France, 7.500 réfugiés serbes, et
j’ai été frappé du grand nombre de tuberculeux et de la pro¬
gression constante de la tuberculose pulmonaire parmi eux. J’ai
D-- PÊTROVITGH
:i2
recherché les causes des ravages que fait celte maladie dans ce
milieu spécial, et j’apporte ici les résultats de ces recherches.
J’ai pensé utile d’y ajouter un aperçu sur la tuberculose en
Serbie, avant les guerres balkaniques, et de rapporter quelques
remarques ayant trait à la tuberculose, empruntées aux notes
que j’ai recueillies en Serbie durant la guerre actuelle.
Je serais heureux si ce travail pouvait provoquer et hâter
l’organisation de la lutte contre ce nouveau fléau du peuple
.serbe.
' Statistiques.
En dehors de ma statistique personnelle, je donne aussi le
résumé des statistiques qui concernent la proportion des décès
dus à la tuberculose des réfugiés serbes dans les hôpitaux de
France, la proportion approximative des cas de tuberculose
constatée par le D'' Soubotitch, président de la Commission de
recrutement serbe à Paris de 1916 à 1917, et la fréquence de
cette maladie parmi les grands blessés rapatriés en France.
A ces statistiques est ajouté l’extrait du Bulletin statistique
du Royaume de Serbie (onzième tome) concernant la progres¬
sion des décès par la tuberculose de 1900 à 1905.
Enfin, nous donnons, de plus, l’extrait pris dans le même
Bulletin, de l’année 1906, concernant le nombre d’habitants,
d’après le recensement de 1900, les nombres absolus des
décès suivant l’âge, les proportions pour 100 décès de tout âge,
les décès pour cause de phtisie, de méningite et de maladies
des voles respiratoires.
Population serbe en France
et dans le Nord de l’Afrique (Algérie et Tunisie).
LA TUBERCUL
Statistique personnelle : pour 100 malades examinés.
PÉÏROVIÏCIl
Décès des réfugiés serbes dans les hôpitaux de Frange.
Cas de tuberculose pulmonaire parmi les rapatriés serbes en France
(grands blessés, prisonniers de guerre, en Autriche-Hongrie).
Extrait du Bullelin statistique du royaume de Serbie (Xl“ tome)'
montrant la progression de la tuberculose, de 1902 à 1906.
Mobt.kuté. — Proportion pour 1.000 habitants.
LA lüBLUCLLOSE PULMONAIRE CHEZ LES RÉptjGIÉS SERBES 3o
Les chiffres que nous venons de donner sont suffisamment
éloquents pour que nous ayons besoin de les commenter. Rele¬
vons néanmoins le fait que les renseignements fournis par
quatre sources différentes, à savoir par notre statistique, par la
Commission de recrutement, parla Commission qui a rapatrié
nos grands blessés d’Âutriche-Hongrie, et par la statistique des
décès des réfugiés serbes dans les hôpitaux de France, nous
donnent la même notion de la grande fréquence de la tuber¬
culose parmi les Serbes, hors de leur patrie, et que la propor¬
tion de 15 p. 100 doit être dépassée.
Cependant, en face d’un tableau aussi sombre, la résistance
de la race serbe ne parait pas mise en défaut par l’infection
tuberculeuse. En effet, outre les formes atténuées, inactives et
latentes de tuberculose pulmonaire, qui ne sont pas rares et qui
s’acheminent d’elles-mêmes vers la guérison, la phtisie fibreuse
est assez fréquemment observée. La fréquence de cette forme de
l’affection, créée par la défense de l’organisme, peut s’expliquer
peut-être, parle fait que lesSerbessontpresque tous des rhumati¬
sants; on a admis, en effet, un quasi-antagonisme entre lerhuma-
tisme et la tuberculose. C’est, sans doute, aussi à cette tendance
cicatricielle prononcée que, chez les Serbes, la tuberculose
pulmonaire, sous toutes ses formes et à toutes lespériodes, offre
moins de résistance au traitement hygiénique. Voilà pourquoi les
sanatoria suisses, agissant favorablement sur nos tuberculeux,
étaient très appréciés en Serbie.
Contrairement à ce qui s’est passé au début de la guerre
actuelle, alors que les conditions nouvelles de l’existence et la
vie én plein air ont eu un effet heureux pour la santé du
citadin mobilisé, et que les anémiques, les débilités et les
neurasthéniques sont devenus des gens bien portants et même
des robustes, et que les candidats de la tuberculose, les sujets
avec des bronchites suspectes, voire même avec des lésions
confirmées sont revenus à la santé ou tout au moins ont vu
leur état amélioré ; la continuation de la campagne a amené un
état de choses différent, et on a pu constater, en ce qui concerne
la tuberculose pulmonaire, le réveil des lésions éteintes,
l’aggravation des lésions existantes et l'éclosion de nouveaux
cas dont les victimes ont été appelés à juste titre des blessés
de la tuberculose.
Dr PÉÏKOVIÏCn
Les dures nécessités de la guerre moderne créent des
conditions favorables à la tuberculose et multiplient ses
ravages. i
Ces ravages sont particulièrement sensibles, ainsi qu’il
ressort de nos statistiques, pour la population des réfugiés.
L’histoire des réfugiés serbes est digne d’intérêt. Ces réfu¬
giés sont ceux qui ont pris part ou assisté aux guerres balka¬
niques et à la guerre actuelle, et qui ont été les témoins des
exactions et des atrocités commises par l’ennemi. Ce sont les
quelques fugitifs de l’exode général que la faim, la fatigue et
le froid ont épargnés et qui ont pu franchir le col du Tchacor
et les montagnes de l’Albanie. Bien rares sont ceux d’entre
eux qui n’ont pas été atteints de typhus exanthématique, de
fièvre récurrente ou de fièvre typhoïde. La France, noble et
généreuse, a tout fait pour les secourir et les réconforter,
mais leurs souffrances morales, encore peintes sur leur visage,
ont été terribles; la nostalgie et le souci pour les femmes et
enfants laissés sans ressources entre les mains de l’ennemi
suffisent amplement à les expliquer. Quoi d’étonnant à ce que
la tuberculose ait frappé, dans ce milieu, ses coups les plus
redoutables! .
En dernier lieu, c’est la non-acclimatation aux conditions
nouvelles de l’existence, c’est l’état moral — la plupart des
réfugiés ont laissé entre les mains de l’ennemi, sans res¬
sources, leurs femmes et leurs enfants — qui font office de
causes déprimantes, après les privations et les maladies épi¬
démiques supportées avant et après la retraite!
La proportion de mortalité par la tuberculose, déjà si
élevée en Serbie, avant la guerre (22,7 p. 100 décès dans les
villes et 10 p. 100 dans les villages), a monté, hélas! chez les
réfugiés, à 36,5 p. 100.
D’après notre statistique, sur 7.500 réfugiés examinés,
il y a eu 1.105 tuberculeux, soit une morbidité de 14,6 p. 100.
De plus, dans ce nombre, ne sont pas compris les cas, aussi
nombreux pour le moins, qu’on désigne sous le nom de pré¬
tuberculeux, de candidats à la tuberculose. De sorte que,
si celte progression des ravages de la tuberculose pulmo¬
naire continue, ce ne sera bientôt plus un sixième de cette
population qui en sera frappé, mais bien un tiers et peut-être
LA TUBERCULOSE PULMONAIRE CHEZ LES RÉFUGIÉS SERBES 57
La population serbe en France se compose de toutes les
classes sociales. La plus grande partie travaille dans les usines
de guerre ou est employée dans les compagnies de chemins
D-- PÉTROVIÏGll
58
de fer. Beaucoup d’entre eux sont astreints à des travaux
manuels auxquels ils ne sont pas habitués. Au chiffre de
13.000 réfugiés menlionné plus haut, il faut ajouter 2.100
grands blessés, prisonniers de guerre, rapatriés et venant
principalement d’Autriche-Hongrie.
On conçoit aisément que nous ne pouvons pas donner ici le
chiffre des soldats serbes actuellement en France et dans le
Nord de l’Afrique.
Aperçu sur la tuberculose en Serbie
AVANT LA guerre ACTUELLE.
Il n’existe pas une étude d’ensemble sur la tuberculose en
Serbie avant la guerre actuelle. Quelques rares publications,
d’ailleurs incomplètes, ne sont pas de nature à nous donner
une documentation suffisante sur l’importance, la modalité et
la prophylaxie de celte maladie.
Nous savons, cependant, que la Serbie est l’un des pays les
plus ravagés par la tuberculose.
C’est à celte très grande fréquence de la tuberculose qu’est
due cette opinion que la race serbe serait particulièrement
prédisposée à cette maladie. Erreur profonde : ce qu’il aurait
fallu incriminer, en réalité, ce sont les facteurs étiologiques
puissants qui sévissaient en Serbie avec une intensité parti¬
culière, à savoir : habitations défectueuses et surpeuplées
durant de longs mois d’un hiver très rigoureux, régime ali¬
mentaire irrationnel, tantôt surabondant, tantôt insuffisant
(on fait maigre en Serbie, avec prohibition même du lait et
des œufs, durant plus de la moitié de l’année) et, en général,
l’absence d’hygiène générale et corporelle.
L’ignorance est la base de cet état de choses, et le paysan
serbe, à qui on a inculqué quelques notions politiques, n’a
reçu, par contre, aucune éducation hygiénique.
Non, la race serbe n’est pas spécialement prédisposée à la
thberculose. Nous en appelons au D'' Jaubert, au D'' Strong, au
D’BertW. Caldwell, D' Ryan et à tous les membres des mis¬
sions médicales en Serbie. Ils sont unanimes à dire que le sol¬
dat serbe est robuste, sobre et résistant, et que ce qui pour¬
rait inenacer la santé publique, ce serait uniquement l’igno-
LA TUBERCULOSK PULMONAIRE CHEZ LES RÉFUGIÉS SERBES 59
rance et l’inobservation des règles hygiéniques et prophylac¬
tiques.
Il n’en est pas moins vrai que la tuberculose atteint sévère¬
ment le peuple serbe, qui, cependant, consomme peu d’alcool.
Ainsi qu’on peut se rendre compte, d’après l’extrait du Bulle¬
tin statistique du Royaume de Serbie, la tuberculose était en
progression avant les guerres balkaniques : de 20,5 cas de
décès pour 10.000 habitants en 1900, elle passe à 30,3 en 1906.
A Belgrade, le chiffre de 83 est atteint '.
En fait, il n’a existé, en Serbie, aucune organisation pour la
lutte contre la tuberculose. Les masses sont ignorantes du dan¬
ger de la contagion; l’amélioration des conditions du loge¬
ment n’a pas été entreprise ; l’enquête n’a pas été faite sur les
facteurs locaux, sur les professions, et, en général, sur les con¬
ditions sociales et économiques qui favorisent la maladie ; on
n’a nullement tenté de faire l’éducation antituberculeuse du
public, etc.
11 est néanmoins réconfortant de penser que nos réfugiés,
en contact avec les peuples alliés, combleront cette lacune, et
qu'en rentrant dans leur patrie, libérée et agrandie, ils feront
l’éducation générale et hygiénique de ceux qui ont bravé l’en¬
nemi en gardant leurs foyers, etcontribueront, comme jadis les
Croisés, à la Renaissance de la Grande Serbie.
Cette maladie cause moins de victimes à la campagne, où lés
habitants, durant la bonne saison, vivent dehors. Les habita¬
tions sont presque toujours surpeuplées, durant l’hiver, quoique
moins dans les villes que dans les villages, mais le cubage est
partout rarement suflisant. Les règles d’hygiène n’ont guère
présidé à la construction des maisons qui sont humides etman-
quent de lumière.
Cependant, la Serbie est douée d’une atmosphère limpide
qui retient peu les rayons solaires, nuisibles à la vitalité des
bacilles.
Les formes chirurgicales de la maladie sont très répandues,
et la scrofulose est une des maladies courantes, principalement
chez les jeunes filles'. .Ces formes locales (tuberculose osseuse,
1. Jovanovitcii-Batut. — La tuberculose. Belgrade, 1912.
2. JiVAA'OviTCH. — La ville de Nich. 1916, Lausanne.
D' PÉTROVITCII
ganglionnaire, etc.) seraient même plus fréquentes que la tu¬
berculose pulmonaire, ainsi que le cas se présente pour l’An¬
gleterre, alors que c’est le contraire qui a lieu en ce qui concerne
l’Allemagne *.
Il est intéressant, croyons-nous, de noter que la tuberculose
est rare d'ans la race bovine, constamment en pâturage. Cette
race bovine, du reste, fortement réduite, hélas ! à l’heure ac¬
tuelle, est autochtone, de taille moyenne, mais très résistante,
et adaptée aux conditions climatériques très sévères, au terrain
souvent très accidenté et aux multiples besognes du paysan
dont elle constitue une partie de son avoir. L’intendance mili¬
taire a, d’ailleurs, su tirer grandement parti de l’endurance de
cette race, de sorte qu'un expert militaire français a pu dire
que tes facteurs des victoires de la Serbie étaient : le paysan
et son boeuf.
La tüberculosiî depuis le début de la guerre actuelle.
Ici encore, nous sommes loin d’être à même d’apporter une
documentation rigoureuse. Les publications médicales récentes
portent presque exclusivement sur les épidémies, dont la Ser¬
bie a été le théâtre, et notaminentsur l'épidémie du typhus exan¬
thématique, qui a fait périr 135.000 personnes.
Les renseignements que je donne sur le sujet sont emprun¬
tés uniquement aux notes que j’ai pu recueillir, lors de mon
séjour en Serbie, durant cette guerre, jusqu’à la retraite. Je
dois cependant ajouter que mon attention aussi a été portée
surtout sur les épidémies qui ont fait tant de ravages et qui ont
menacé l’existence même du peuple serbe.
Pour plus de clarté dans l’exposition, nous considérerons
séparément la tuberculose dans l’armée et la luberculose dans
la population civile.
^ Tuberculose dans l’armée.
Ce qui frappe tout d’abord c’est la rareté de cas de tubercu¬
lose dans l’armée jusqu’à la retraite de Serbie. Après cette
d. Gottstein. — Loc. cit., p. 448.
LA TUBERCULOSE PULMONAIRE CHEZ LES RÉFUGIÉS SERBES 61
retraite, rafTection est devenue beaucoup plus fréquente, sans
que, cependant, elle ait atteint la proportion qu’a présentée la
tuberculose dans la population civile.
Jnsqu’à la retraite de Valjevo, c’est-à-dire jusqu’au commen¬
cement de novembre 191S, les hôpitaux militaires, quoique
déjà encombrés, n’ont guère présenté de cas de tubercu¬
lose.
A la suite de cette retraite, et par suite de l’évacuation d’un
grand nombre de blessés et malades de Belgrade, et d’autres
villes du Nord de la Serbie, constamment bombardées par les
Autrichiens, les hôpitaux des régions centrale et méridionale
de la Serbie devinrent extrêmement encombrés, et les cas de
tuberculose firent leur apparition. Néanmoins, les tuberculeux
étaient rares et leur petit nombre contrastait avec celui des
malades atteints de maladies épidémiques, typhus exanthéma¬
tique, fièvre typhoïde, dysenterie, diarrhée épidémique, etc, et
aussi avec la fréquence plus grande de la tuberculose, dans les
hôpitaux civils et dans la population.
La tuberculose, parmi les troupes, a été rare dans l'année
1915, et durant la retraite de Serbie, de même qu’étaient rares
les maladies dites a frigore et aussi les maladies épidémiques.
Les troupes, quoique ayant subi des conditions extrêmement
défectueuses : fatigue d’une marche forcée à travers les sen¬
tiers des montagnes d’Albanie et du Monténégro, froid excessif,
difficultés de ravitaillement, etc., durant trois mois qu’a duré
cette retraite, n’étaient du moins pas soumises aux agents d’in¬
fection des centres d’habitations, et à une atmosphère confinée
des logements malsains, et avaient la compensation d’une vie
en plein air. Ce fait a été relevé par nous, à propos de noire
étude sur l’épidémie de typhus exanthématique '.
L’aspect sanitaire des troupes changea dès que celles-ci
furent concentrées à Scu\ari et pendant la longue attente
d’embarquement sur la côte d’Albanie : Saint-Jean-de-Médua,
Durazo, Vallona. L’encombrement, la fatigue, les privations
firent éclore les maladies épidémiques : le choléra, le typhus
1. Considérations épidémiologiques et cliniques sur l’épidémie de
typhus exanthématique, au cours de la guerre actuelle en Serbie. In
Revue d'Bygiène et de police sanitaire, 20 octobre 1916. — Voy. aussi
Rullelin de l'Académie de Médecine, séance du 19 septembre 1916.
D-' PÉTROVITCH
exanthématique, les maladies dites inflammatoires et la
tuberculose. Cette dernière a continué à sévir parmi lés
troupes évacuées à Gorfou, sur les côtes de Tunisie, d’Algérie,
ainsi qu’e_n France.
Le nombre des militairès tuberculeux actuellement hospita¬
lisés en France est de 600 ; celui des hospitalisés dans le Nord
de l’Afrique peut être évalué à 1.000 environ.
' Tuberculose dans la population civile.
La marche de la tuberculose dans la population civile a
suivi celle de l’armée, avec cette différence que la recrudescence
de la maladie à été beaucoup plus accentuée. Soumis à un
bombardement continu, les habitants de Belgrade et des villes
du Nord de la Serbie ont al^flué, en même temps qu’ont été
évacués les blessés et les malades des hôpitaux, vers le Centre et
le Midi du pays durant les mois de septembre et octobre 1914. De
plus, sous la poussée des Autrichiens, vers la fin d’octobre de ia
mêmeannée, les populations entièrès des régions Ouest et Nord-
Ouest ont abandonné leurs foyers se dirigeant vers le Sud.
Elles n’ont pas craint d’affronter tous les aléas d’une fuite
précipitée, pour se soustraire aux atrocités commises aupa¬
ravant par l’ennemi à Ghabatz et autres villes du Nord-Ouest de
la Serbie. Les villes et les villages étaient désertés, alors que
les régions du Qentre et du Midi étaient surpeuplées. Il est
nécessaire ici de faire observer que, en temps normal, les
maisons d’habitation sont insuffisantes pour loger convena¬
blement les habitants, et que les constructions et les locaux
disponibles sont inexistauts. On peut donc se rendre compte
de l’état de surpeuplement qui régnait à Nich et autres lieux
de refuge. Si l’on considère, en outre, les facteurs étiologiques
qui accompagnent une émigration en masse précipitée, on
conçoit aisément que la misère physiologique consécutive, plus
grande parmi les civils, abandonnés à eux-mêmes, que dans
les troupes, ait offert un terrain favorable à la' genèse de toutes
les épidémies qui ont ravagé la Serbie, et aussi de la tuber¬
culose qui a alors sévi avec intensité.
Dans la retraite de Serbie, il s’agissait, en fait, d’un exode
LA TUBERCULOSE PULMONAIRE CHEZ LES RÉFUGIÉS SERBES 6»
général. Bien peu de Serbes étaient décidés à attendre un
ennemi barbare. Un cortège ininterrompu de fugitifs de tous
les âges et de toutes les] conditions sociales sillonnait toutes
les routes et les sentiers qui menaient vers Prigrand, et, de là, à
travers les montagnes d’Albanie et du Monténégro, vers
Scutari et les côtes adriatiques! Mais combien sont restés en
route, incapables d’avancer; combien ont repris le chemin de
retour à leurs foyers, où le plus grand nombre n’y est jamais
parvenu ; combien d’autres sont restés en route, ensevelis
dans une tourmente de neige, noyés dans la boue sur les côtes
albanaises, ou morts de faim ! Ceux qui sont parvenus à
Scutari ont vu, avant de s’embarquer, leurs rangs s’éclaircir
par des atteintes, de plus en plus nombreuses, d’épidémies de
choléra et de typhus exanthématique.
La tuberculose a sévi parmi les fugitifs arrivés à Scutari et
sur la côte albanaise, alors que les épidémies def choléra et de
typhus exanthématique ont fait tant de ravages dans leur
milieu.
Mais ce n’est que plus tard qu’on a pu se rendre réellement
compte du nombre de victimes qu’a faites cette maladie parmi
les émigrés arrivés à Corfou, en Italie et en France.
Conclusions.
La tuberculose pulmonaire est en augmentation constante
parmi les réfugiés serbes. Cette augmentation prend, par
moment, une allure plus intense, ainsi que le cas s’est
présenté à l’approche de l’hiver dernier.
Rien ou presque rien n’a été fait jusqu’ici pour combattre le
mal. Ne doit-on pas craindre que dans quelques mois, dans
quelques semaines peut-être, nos préluberculeux, nos candi¬
dats à la tuberculose présentant des bronchites simplement
suspectes ou de l’anémie, de l’amaigrissement des troubles
digestifs, ne deviennent des tuberculeux avérés. Déjà, sur les
exilés serbes, nOus comptons 1 tuberculeux sur 6. N’en comp¬
terons-nous pas bientôt 1 sur 3 ou m^me 1 sur 2, comme c’est
déjà le cas parmi nos jeunes élèves? C’est une calamité
D>' PÉTROVIÏCH
-Ci
publique, c’est un nouveau désastre à l’horizon, ajouté à tant
d’autres. C’est donc un cri de détresse que nous adressons à nos
alliés, pour sauver le restant de nos réfugiés, hélas I déjà si
décimés par la tuberculose.
Nous sommes encouragé par l’accueil qui a été fait à notre
appel, au début de -1913, pour la lutte contre le typhu.s
exanthématique, mais déjà ce vœu semble avoir été pressenti,
et l’œuvre antituberculeuse, pour les réfugiés serbes, est en
train d’être fondée par les soi ns du Gouvernement français etde
la Croix-Rouge américaine, avec le concours du Comité des
Femmes écossaises et de la mission Rockefeller.
Faisons une remarque qui ne manque peut-être pas
d’intérêt : durant la retraite, l’état de la population des fugitifs,
qui, en fait, représentaient le peuple serbe tout entier,
entraîné par l’exode général, était lamentable; pendant les
3 mois qu’a duré la retraite, cette population était abandonnée
à elle même et privée de tout; or, malgré cela, elle restait
exempte de toute maladie épidémique et inflammatoire, et on
n’y constatait que de rares cas de tuberculose ; celle-ci a
commencé à sévir seulement sur les émigrés arrivés à Scutari,
à Saint-Jean-de-Médua, Vallona, Durazo, et plus tard, à Corfou
et en France.
Faisons aussi une remarque que la Serbie, même en temps
habituel, est un des pays les plus ravagés par la tuberculose
(30,3 pour 10.000 habitants en 1903). C'est à cette grande fré¬
quence qu’est (Jue l’opinion que la race serbe serait particu¬
lièrement prédisposée à la tuberculose; mais, ce qu’il aurait
fallu incriminer, en réalité, ce sont les facteurs étiologiques
puissants qui sévissaient en Serbie avec une intensité parti¬
culière, à savoir ; habitation défectueuse et surpeuplée durant
de longs mois d’un hiver très rigoureux, régime alimentaire
irrationnel et, en général, l’absence d’hygiène générale et
corporelle.
Prendre les mesures prophylactiques et pourvoir aux soins
appropriés des tuberculeux chez les réfugiés, c’est évidem¬
ment la chose la plus urgente à faire. Mais notre lâche ne serii
pas pour cela terminée.^ Nous devons penser à la population
restée sous la domination ennemie. Les conditions écono-
LA TUBERCULOSE PULMONAIRE CHEZ LES RÉFUGIÉS SERBEÉ 65
miques et morales que subissent nos compatriotes, actuelle¬
ment en Serbie, ne peuvent qu’aggraver le mal. Il est, croyons-
nous, du ressort des Pouvoirs publics serbes de poser, dès
maintenant, les bases d’une organisation pour la lutte contre
la tuberculose, dans la Serbie libérée et agrandie. Nous
croyons, en effet, faire œuvre utile, en faisant l’appel à l’ini¬
tiative du Gouvernement serbe comme nous avons fait l’appel
à nos alliés, lesquels ne nous ont jamais ménagé leur concours
quand il s’est agi du bien du peuple serbe.
L’ignorance étant l’une des causes des conditions défec¬
tueuses où vit le peuple serbe, c’est donc le premier devoir de
l’éclairer sur le danger et les modes.de contagion de la tuber¬
culose et de faire un enseignement antituberculeux, en établis¬
sant des écoles de plein air, des colonies agricoles, des insti¬
tutions, des dispensaires et des sanatoria.
Le Gouvernement serbe s’inspirera des mesures prises dans
la lutte antituberculeuse par nos alliés et notamment par la
France et la Grande-Bretagne, et aussi, après enquête faite dans
le pays, des mesures particulières qui répondraient aux néces¬
sités d’ordre local.
Mais la prophylaxie antituberculeuse n’est qu’une partie de
la prophylaxie générale et d’hygiène publique et, pour celle-ci,
il y a tout à faire en Serbie! En effet, les guerres qui se sont
succédé depuis 1912, ont amplement démontré l’insuffisance
et la défectuosité sanitaires en Serbie. Le Gouvernement
serbe aura donc, devant lui, à faire une organisation entière
du Service de Santé, suivant les données de la science
moderne, et en tenant compte des expériences et de l’ensei¬
gnement précieux que nous fournit la guerre actuelle.
D’- PEIGNEY
LE TRAVAIL DU, CUIVRE
OBSERVATIONS RECUEILLIES CHEZ LES OUVRIERES
-FABRIQUANT LES CORPS DE FUSÉES
par M. le Dr PEIGNEY,
Médecin aide-major.
{Service médicaUde la Place de •Paris.'
II y a une dizaine d’années, j’ai eu l’occasion d’étudier
minutieusement l’intoxication saturnine chez des peintres
employant la céruse, des ouvrières fabriquant des accumula¬
teurs, des plombiers manipulant chaque jour le métal, des
fabricants de jouets en plomb.
Cette étude a donné lieu à quelques articles :
1“ Conlribulion à l'élude du syndrome hémaiologique de l'in-
toxicalion saturnine. Archives des maladies du cœur et des
vaisseaux, août 1909.
2“ Evolution des globules rouges au cours de la colique de
-plomb. Thèse de Paris.
Aujourd’hui, placé dans des circonstances très favorables,
j’ai cru devoir faire le même travail au sujet du cuivre, métal
honni, accusé des pires méfaits durant les derniers siècles,
réhabilité peut-être trop aujourd’hui, déclaré inoffensif, oublié
même dans les traités récents de pathologie.
Depuis quelq'ues mois, j’ai eu l’occasion d’examiner, de
suivre nombre d’ouvrières travaillant le cuivre pour les besoins
de l’Armée, notamment à l’usine M..., à S..., et à l’usine A...,
à C... La première de ces usines, qui s’est spéciali.sée dans la
fabrication du corps de fusée en cuivre 22/31, occupe près de
2.000 ouvrières, 700 ouvriers et s’accroît chaque jour.
La production y est intense, plus de 20.000 fusées par jour.
Cette usine est très recherchée par les ouvrières, parce que le
travail n’est pas trop pénible : c’est plutôt une besogne
d’adresse qu’un travail de force et le corps de fusée est moins
lourd à manipuler qu’un obus — même de 7o. Les tours et
LE TRAVAIL DU CUIVRE
machines-outils, vu la légèreté des pièces, sont de dimensions
réduites, faciles à mettre en marche et à conduire. Et chose
capitale, la plus appréciée des ouvrières, celle qui est réclamée
à grands cris par toutes les femmes dans les usines, les
ouvrières travaillent presque toutes assises.
Les salaires sont bons : de 8 à 10 francs par jour, aussi la
majorité des ouvrières sont anciennes et travaillent à la maison
depuis un ou deux ans et plus. Elles sont contentes de leur
sort, malgré une installation matérielle parfois médiocre: elles
apprécient l’usine. Celle-ci parait le reconnaître. En un mot,
l’esprit y est bon, le travail meilleur encore.
En général les ouvrières ne cherchent pas à esquiver le tra¬
vail, même le travail de nuit, cauchemar des femmes, sous
prétexte de maladie, de bobo au doigt, d’accident de ti-avail ;
ordinairement, lorsqu’une femme vient consulter, demande du
repos, c’est qu’elle est réellement souffrante, peine trop à sa
tâche. Les maladies ou malaises les plus fréquemment con¬
statés sont les troubles digestifs, les laryngo-trachéites aigues,
les angines, les bronchites.
« Rien d’étonnant à ce que nous ayons mal à l’estomac, des
coliques, c’est le cuivre qui noua vaut cela, '> me dit-on à
chaque instant, réflexion que se font les ouvrières entre elles
Il y a trois jours, une ouvrière m’a confié sérieusement que
le cuivre lui avait fait faire une fausse couche de trois mois. 1
y a quelque temps l’une d’elles m’a dit en rentrant du travail
après une absence, qu’elle venait de faire « une colique de
cuivre » et elle m’a présenté un certificat de son médecin men¬
tionnant en toutes lettres qu’elle avait fait « une colique de
cuivre durant quarante-huit heures ». Souvent, j’entends la
réflexion suivante à propos d’un panaris ou d’un phlegmon :
« Cela ne m’étonne pas, je me suis piquée avec du cuivre. » Je
pourrais multiplier les accusations portées contre le métal par
les ouvrières, le commun des gens.
Médicalement parlant, les opinions les plus contradictoires,
les plus fantaisistes également au sujet de l’intoxication
cuprique professionnelle, ont été émises. Un médecin émi¬
nent écrivait : « Après plusieurs mois d’absorption des pous¬
sières de vert de gris, apparaissent les premiers symptômes
Dr PEIGNEY
d'intoxication, digestions difficiles, maux d’estomac, coliques
<:réquèntes. On observerait ensuite l’ulcération des gencives,
des douleurs articulaires et une toux que n’expliqueraient pas
les signes d’auscultation; et les malades tombant dans le
liiarasme succomberaient après un temps plus ou moins long;
la colique de cuivre serait l’analogue de la colique de plomb. »
(Tardieu.) Un médecin légiste, Taylor, poussait la cuprophobie
assez loin pour considérer comme symptomatiques d’une
intoxication locale, les accidents inflammatoires : abcès,
phlegmons, consécutifs aux piqûres faites avec des épingles
de laiton. Blandet décrivait plus récemment une colique de
cuivre avec des symptômes graves. Combàluzier, Desbois de
Rochefort ont tracé un tableau des plus sombres sur la santé
des ouvrières travaillant le cuiVre. Maisonneuve, qui a étudié
les suites de l’absorption du cuivre chez les ouvriers des arse¬
naux maritimes, a constaté avec solides observations à l’appui,
qu’il pouvait en résulter des malaises sérieux. U écrit : « Dans
les ateliers où les molécules d’oxyde ou de sel de cuivre vol-
. tigent plus ou moins abondamment, leur pénétration dans les
voies respiratoires détermine de l’oppression, une dyspnée
très intense avec spasme bronchique et laryngien, symptômes
jamais constatés avec une telle violence à l’absorption d’autres
poussières métalliques. De même, Tingestion des molécules
cuivreuses détermine assez souvent des troubles digestifs
sérieux. » Bailly,, médecin d’une grande usine où l’on travaille
le cuivre, a décrit également divers troubles gastriques ou res¬
piratoires chez les ouvriers. L’imprégnation lente de l’orga¬
nisme, selon lui, « se traduit par un liséré gingival bleu ver¬
dâtre d’autant plus foncé qu’il est plus ancien, très marqué au
niveau des molaires, très adhérent et composé d’un acide
organique combiné au cuivre ; on reconnaîtrait facilement la
présence de ce dernier métal dans le liséré par la réaction au
cyano ferrure, de potassium ».
Voyons maintenant l’opinion opposée : la plupart des
auteurs contemporains sont optimistes, peut-être trop même.
En tout cas, ils font justice, à l’unanimité, de cette cuprophobie
exagérée du siècle dernier. La colique de cuivre de Tardieu est.
oubliée. Galippe, qui a réhabilité le cuivre, Burcq nient au
cuivre et à ses composés toute propriété toxique. Allant plus
LE TRAVAIL Dü CUIVRE
loin même, ces auteurs affirment n’avoir jama^is rencontré
un trouble pouvant être attribué fermement au cuivre. Les
idées contemporaines semblent avoir prévalu puisque les
traités de pathologie et de thérapeutique les plus complets, les
plus récents ignorent le cuivre et ne parlent même pas de
troubles susceptibles d’être attribués à ce dernier métal. Nier
au cuivre toute propriété , toxique? Passe encore, mais en
affirmer l'innocuité absolue? Peut-être y aurait-il là une exa¬
gération.
Sans prendre parti dans cette discussion, je crois devoir
produire les faits suivants rigoureusement contrôlés, étudiés,
et il me semble plausible d’en tirer certaines conclusions.
Une constatation qui me paraît admise par tous les auteurs,
même par les plus intransigeants contemporains, c’est l’ab¬
sorption réelle du cuivre, sa diffusion dans l’organisme.
Le li‘éré gingival bleu 'verdâtre, décrit par Tardieu, Bailly
avec force détails, traduirait l’imprégnation cuprique comme
le liséré bleuâtre de Burton traduit la présence du plomb dans
l’économie. Nombre d’auteurs, médecins légistes surtout, ont
constaté qu’une partie du cuivre introduit dans l’organisme
reste fixé dans le foie (Bergeron et l’Hotte), les reins, les os
même. Toutefois la plus grande partie de ce métal ingéré est
éliminé par la bile et par l’intestin, par les urines, par la
salive, les larmes, la sueur même. La constatation du cuivre
dans les diverses excrétions, l’urine en particulier, a été faite
à maintes reprises, par maints auteurs; les traités de patho¬
logie rédigée il y a vingt ans renferment de nombreuses obser¬
vations probantes.
A ce sujet, je crois devoir citer les constatations fort intéres¬
santes de l'abbé Houlés qui a écrit l’histoire du village de
Durfort (Tarn) ; les habitants de cette localité, à peu d’exceptions
près, travaillent tous le cuivre.
Us martellent à froid le métal, le liment, le polissent, tra¬
vaillent dans de petits ateliers entièrement clos durant l’hiver;
ils y respirent dônc une poussière qui renferme près de sept
dixièmes de cuivre, d’oxyde et de carbonate de cuivre.
Les avant-bras, la portion de la gencive qui entoure les
dents, les cheveux, la barbe et les sourds prennent une colora-
70
PEIGNEY
tion verte. Tous les accidents observés se réduisent à des
troubles gastro-intestinaux chez les jeunes ouvriers.
La mortalité, la durée moyenne de la vie est la même chez
les chaudronniers que chez les ouvriers agricoles des environs.
Et l’auteur apporte le' fait suivant : « Le cimetière de Durfort
ayant dû être déplacé, oh a du transporter les ossements ;
grâce à la coloration verte des os, on pouvait dire s’ils avaient
appartenu à un chaudronnier ou à un ouvrier agricole de la
région. '
Nombre d’auteurs sont tout aussi affirmatifs,- l’absorption
du cuivre, sa fixation sur certains organes, son élimination
sont dés faits acquis.
Etudions alors le genre de travail et surtout les conditions
dans lesquelles s’effectue le travail pour fabriquer le corps de
fuséfe.
Le laiton est livré aux usiniers en barres de deux à trois
mètres, avec un calibre variable et irrégulier, dont la surface
est couverte toujours d’une couche plus ou moins épaisse
d’oxyde et d’hydro-carbonate de cuivre.
Ce laiton est titré de la façon suivante :
Cuivre . 60 p. 100, aveC;Uüe tolérance de
1 p. 100 en plue ou moins.
Zinc . . . 39 p. 100 environ.
On y décèle en outre du plomb, du fer', des traces d’arsenic
parfois et en quantité ^négligeable d’ailleurs. De inême, la
proportion de plomb est si minime qu’elle ne compte pas et
ne peut entraîner de troubles saturnins.
Gomment et dans quelles conditions les ouvrières tra¬
vaillent-elles ce laiton pour obtenir le corps de fusée? Le
travail est compliqué.
1” opération. — Dressage des barres, meulage des extrémités et
tronçonnage en cylindres de 0“80 à 1 mètre.
2' opération. — Les 'cylindres obtenus sont chauffés au rouge et
passés au calibrage. Remarquons que sous l’influence de la chaleur
en présence de l'air, le cuivre se couvre d’une couche d’oxyde cui¬
vrique GuO, noirâtre', couche relativement épaisse. Cet oxyde est
LE TRAVAIL DU CUIVRE
très facilement attaqué même par les acides faibles pour former des
sels souvent solubles.
3“ opération. — Les cylindres sont découpés en tronçons ayant la
forme grossière du corps de fusée, puis décapés à l’acide sulfu¬
rique et au bisulfate de soude.
4= opération. — Vérification de la fusée brute.
5' opération. — Décolletage île la pièce brute sous l’huile, puis
alésage. Ces opérations se font au tour Gridley de 45. Remarquons
que les ouvrières ont les. mains enduites d’huile pendant toute la
durée de cette opération ; ajoutons que les matières grasses en pré¬
sence de l’air attaquent le cuivre et le transforment en sels solubles,
hydrocarbonate en particulier; nous reviendrons sur ce sujet. Cette
opération se termine par le débavurage à la main avec une lime.
Pour distinguer les défauts ou les irrégularités souvent très minimes
du métal, l’ouvrière est obligée de se pencher sur son travail, et
rien ne protège le visage des fines poussières produites par la
6* opération. — Vérification. Les fusées ainsi manipulées sont
plus ou moins enduites d’huile.
7» opération. — Au tour Gridley 45. Chariotage d’ébauche puis de
finition du cône de fusée; alésage définitif, mise en place et cen¬
trage du corps de fusée. Ces travaux qui se font sous l’huile
donnent lieu à des limailles de grosseur moyenne, enduites de
matières grasses; ils sont suivis, du débavurage à la lime dans les
conditions citées précédemment.
8” opération. — Vérification et dégraissage.
9' opération. — Tafaudage du cône de fusée au tour revolver
« Aciera », travail fait sous l’eau de savon et donnant une pous¬
sière line et humide.
tO' opération. — Vérification, cuivre humide.
11' opération. — Perçage du plateau de la fusée à la perceuse
« Venot » donnant lieu à des limailles fines et sèches.
12' opération. — Chambrage du trou de la chambre à poudre et
du trou du lenon. Cette opération se fait à sec avec poussière fine.
13' opération. — Vérification à sec.
14' opération. — Débavurage du plateau grossièrement d’abord
au tour « Aciera » puis terminé à la lime avec production de
limailles fines et sèches.
15» opération. — Vérification à sec.
16' et 17' opérations. — Taraudage du trou du tenon et du trou de
la chambre à poudre : limailles très fines et sèches.
18' opération. — Vérification à sec.
• 19' opération. — Vissage du tenon : poussière moyenne et sèche-
PEIGNEY
20" opération. — Fraisage du tenon, donnant lieu à des pous¬
sières métalliques sèches de grosseur moyenne.
21® opération. — Vériflcation.
22® opération. — Perçage et fraisage du tenon de communication
avec limailles fines et sèches.
23® opération. — Vérilication è sec.
24® opération. — Traçage et marque.
25® opération. — Fraisage de la sphère hélicoïdale donnant lieu à
des poussières sèches de grosseur moyeane.
26® opération. — Vérification.
27® opération. — Fraisage de l’extrémité de la spire avec, produc¬
tion de limailles fines et sèches.
28e opération. — Fraisage de l’origine de la spire : même remarque
que précédemment.
29” opération. — Fraisage de l’échancrure de la spire ; même
remarque.
30® opération. — Vérifioaüon, métal sec.
31' opération. — Contrôle militaire et marque.
32® opération. — Perçage du trou d’échappement des gaz' avec
production de limailles fines et sèches.
33® opération. — Taraudage du trou d’échappement des gaz, même
remarque que précédemment.
34® opération. — Vérification, métal sec.
35' opération. — Filetage de la queuej donnant lieu à des limailles
de grosseur moyenne, sèches.
opération. — Vérification,, métal sec.
En résumant cette fastidieuse énumération et en nous
plaçant au point de vue hygiène professionnelle, nous pourrons
classer les diverses phases de la fabrication de la manière
suivante :
1° Opérations qui se font à la machine sous l’huile ou l’eau
de savon, qui donnent lieu à des limailles de moyenne gros¬
seur et humides ; décolletage et taraudage.
2“ Opérations qui se font à sec, à la machine, et donnant lieu,
la plupart du temps, à des poussières fines et sèches.
3" Opérations qui se font à la main à l’aide de la lime : le
débavurage, le finissage, produisant des poussières sèches,
extrêmement ténues. Puis la vérification qu’il y a lieu d’envi¬
sager à deux points de vue, suivant que le cuivre manipulé est
plus ou moins graisseux ou sec.
LE TRAVAIL DC CUIVRE
Mon étude a porlé sur 600 ouvrièi^s envifon que j’ai pu exa¬
miner, interroger durant leur travail, à riufirmerie de leur
usine où j’ai l’occasion de passer souvent, au Dispensaire des
ouvrières de guerre où elles viennent nombreuses.
Règle générale, elles se sont prêtées de fort bonne grâce
aux interrogatoires que j’ai cru devoir faire et les rensei¬
gnements fournis me paraissent dignes de foi : soit dit en
passant, l’ouvrière, beaucoup plus que l’ouvrier, aime qu’on
s’occupe d’elle, de son travail, des conditions hygiéniques dans
lesquelles elle vit.
Autant que possible mon examen a poété sur des ouvrières
paraissant robustes, bien constituées, sans passé pathologique
érieux, de dix-huit à quarante ans, travaillant le cuivre dans
diverses conditions depuis dix-huit mois au moins, avec un
travail journalier de dix heures au minimum.
Dans l’usine qui nous a procuré la majorité des observations,
à côté des atelifers du cuivre, il existe un autre atelier travaillant
l’aluminium dans les mêmes conditions, en vue de fabriquer
une fusée destinée à l'armée russe; j'ai pu faire ainsi d’utiles
comparaisons.
Chez les ouvrières observées, je n’ai pu remarquer le fameux
liséré gingival bleu verdâtre traduisant la présence du cuivre
en quantité notable danp l’organisme; chez deux femmes tra¬
vaillant le cuivre depuis 4 et 3 ans, j’ai remarqué toutefois
un soupçon de liséré à peine verdâtre, mais sans valeur
diagnostique, pouvant être dû à maintes causes étrangères. Et
coïncidences à retenir, ces ouvrières n’accusaient aucun trouble
actuel, malgré des malaises assez graves durant leur première
année de travail.
L’examen des urines a été plus probant au point de vue
absorption du cuivre. Un ami, directeur d’un laboratoire des
Hôpitaux, a bien voulu se charger de 10 examens d’urine pré¬
levée au hasard des consultations, lorsque les malades venaient
me consulter pour troubles gaslro-inteslinaux susceptibles
d’être attribués aux sels cupriques.
Sa technique était la suivante : L’urine est incinérée, le
résidu est redissous en le faisant bouillir quelques instants
avec une petite quantité d’une solution faible d’acide azotique.
La solution étendue donne avec la potasse un précipité bleu
74
D' PEIGNEY
devenant noir par l’ébullilïion ; l’anamoniaque donne un préci¬
pité analogue bleu céleste très soluble dans un excès de
réactif. Ces deux réactions sont caractéristiques des sels de
cuivre. Sur 10 examens, un seul cas a été négatif. Avec moins
de précision j’ai pu faire moi-mêmé quelques examens d’urine;
les résultats ont été aussi probants. Et, détail intéressant, ces
urines étaient parfaitement claires, sans la moindre trace
d’albumine ; les malades accusaient simplement un peu de
ténesme vésical, des envies fréquentes d’uriner.
Certains auteurs ont reconnu la présence du cuivre dans les
larmes, la sueur, la salive surtout ; mes moyens d’examen trop
réduits, le manque de loisirs surtout,, n^’ont empêché d’aborder
celte étude.
Là encore, la présence du cuivre me paraît indiscutable.
Ceci dit, par quels symptômes se manifeste l’absorption, la
fixation ou le passage du cuivre dans l’organisme?
Dans pn atelier de taraudage où toutes les opérations se font
sous l’huile, à la machine, j’ai pu examiner ou interroger
30 ouvrières, 7 se sont plaintes de troubles digestifs fréquents,
d’intensité variable, mais toujours identiques comme symp¬
tômes, troubles que je crois pouvoir attribuer à l’absorption
cuprique.
Je citerai à ce sujet les deux observations suivantes, qui me
paraissentlespluscaractéristiques et pouvoirrésûmer les autres.
L... (Jeanne), vingt-trois ans, fleuriste avant la guerre, tarau-
deuse à l’usine depuis onze mois. A part les maladies d’enfance, n’a
aucun passé pathologique. Elle est bien réglée, n’a pas de pertes
Planches. Elle paraît robuste. Elle prend ses repas chez ses parents
qui habitent près de" l’usine, dans des conditions toujours iden¬
tiques. En un mot, l’usine n’a rien changé à ses habitudes d’hygiène
et d’alimentation. Elle*est propre et soignée.
Depuis huit mois, tous les 20 bu 30 jours environ, elle ressent
d’abord un état nauséeux avec langue chargée, soif intense, inap¬
pétence, douleurs légères à l’épigastre, l’hypocondre droit et
surtout autour de l’ombilic. Puis brutalement elle a une diarrhée
profuse durant deux jours, sans douleur réelle, sans fièvre, sans
ballonnement du ventre'. Elle se met au régime lacto-végétarien,
prend un laxatif à l’huile de ricin vers la flu de la crise et tout rentre
dans l’ordre.
LE TRAVAIL DU CUIVRÉ
Elle reconnaît que ces crises deviennent de moins en moins
violentes et tendent à s’espacer. Jusqu’^ son entrée à l’usine, elle
n’avait pas eu le moindre trouble gastro-intestinal; comme son
alimentation, son hygiène n’ont pas varié sensiblement, il me
semble tout à fait légitime d’incriminer le cuivre. D’ailleurs la pré¬
sence du métal a été décelée dans ses urines par les procédés déjà
indiqués.
Dans un atelier de décolletage où le travail se fait également
sous l'huile ou l’eau savonnéuse, j’ai pu examiner ou interroger
21 ouvrières : 6 se sont plaintes de troubles digestifs analogues
aux précédents, que l’on est en droit d’attribuer au cuivre.
Je citerai l’observation suivante, qui me semble caracté¬
ristique et qui concerne l'une d’elles.
D... (Marie), trente ans, célibataire, sans profession avant la
guerre, vivant dans sa famille, sans le moindre passé pathologique
à part une crise d’anémie vers dix-huit ans, guérie après quelques
mois de soins. Elle est bien réglée, n’a pas de pertes blanches,
paraît fort robuste. Elle prend son déjeuner au restaurant ouvrier,
elle dine dans sa famille. Durant le travail dé nuit qui ne la fatigue
pas trop, dit-elle, elle consomme un repas, léger préparé dans sa
famille et qu’elle fait chauffer au réfectoire de l’usine.
Tous les 25 à 30 jours environ, en dehors de l’époque menstruelle,
sans motif, sans cause apparente, elle fait brusquement une crise
de constipation opiniâtre, rebelle aux laxatifs salins, à une dose
ordinaire d’huile de ricin, et qui s’accompagne d’inappétence, d’état
nauséeux, de douleurs sourdes dans tout l’abdomen, mais sans
ballonnement, sans fièvre : au bout de 3 ou 4 jours, cette constipa¬
tion fait place brusquement à une diarrhée profuse qui dure une
journée; très abondante, et tout rentre dans l’ordre.
L’ouvrière reconnaît que les crises tendent à être moins fréquentes
et beaucoup moins fortes. Examinée deux jours après une crise,
cette malade présentait uniquement une langue un peu chargée,
l’appétit était revenu, elle digérait bien, avait deux selles par jour.
Le foie était très légèrement perceptible sous le rebord costal; la
rate était normale. L’abdomen n’était pas douloureux. L’exatnen de
son urine a décelé la présence du cuivre, sans la moindre trace
d’albumine.
Pourquoi celte ouvrière qui se soumet volontairement, j’en
ai la preuve, au régime des viandes grillées, des pâtes, des
D' PEIGNEY
infusions chaudes, a-t-elle de semblables crises qu’elle ne
connaissait pas avant son entrée à l’usine? Il me semble que
l’on peut attribuer ces troubles au cuivre, en grande partie du
moins.
Je pourrais citer quelques autres observations prises dans
ces deux ateliers, elles ne diffèrent des précédentes que par des
variantes de détail.
Comment se fait l'absorption du cuivre dans les cas p^-écé-
dents ?
Lorsqu’elle arrive à l’ouvrière, la fusée brute vient d’ètre
portée au rouge pour être calibrée à la presse. Grâce à celle
haute température, en présence de l’oxygène de l’air, elle se
couvre d’un oxyde cuivrique. Cet oxyde, peu résistant, forme
avec l’huile du décolletage une pâte s’attachant aux mainS\ se
logeant dans les moindres replis de la peau.
De même, les fines particules de cuivre mises en liberté par
le décolletage ou le taraudage, forment avec l'huile une pâle
plus ou moins solide qui se loge sous les ongles, dans les com -
missures, envahit même les pores où elle se maintient malgré
les lavages ordinaires.
Dans cette pâle, les acides gras de l’huile attaquent l’oxyde
cuivrique, de même que les acides gras de la sueur pour former
des hydro-carbonates ou autres sêls de cuivre qui sont absorbés
peu à peu par lapeaù et diffusent ensuite dans tout l’organisme.
11 me semble que la peau est un agent important d’absorption
des sels de cuivre.
A l’appui de cette assertion, je citerai le fait suivant :
Une ouvrière, après sa journée, se lave les mains au savon,
se rince les mains à l’eau pure, s’essuie soigneusement. Elle
met alors les mains dans une solution acide très faible, et les y
laisse quelques instants. On verse alors dans ce dernier liquide
une solution très étendue de ferro- cyanure de potassium; on
constate bientôt une légère coloration rouge, réaction caracté¬
ristique des sels de cuivre.
Occupons-nous maintenant des ouvrières travaillant le
cuivre à sec, pour le perçage, le fraisage et le débavurage. Ces
opérations produisant des limailles plus ou moins fines, très
fines même dans le finissage à la lime, une poussière de cuivre
très ténue flotte dans l’atelier, se dépose sur les habits, pénètre
LE TRAVAIL DU CUIVRE
dans le cou, s’attache à la figure et aux mains. J'ai constaté
chez les ouvrières de nombreuses blépharites plus ou moins
aiguës, des conjonctivites plus ou moins chroniques, qu’il
; paraît logique d’attribuer à l’action irritative des poussières.
Mais ces accidents sont constatés dans tous les ateliers où l’on
produit des poussières fines et sèches. A l’atelier voisin où l’on
travaille l’aluminium, les mêmes symptômes sont observés,
mais, détail à retenir, en moins grand nombre toutefois.
L’opération du débavurage à la lime me semble particuliè¬
rement néfaste à ce sujet.
Pour finir certaines opérations de fraisage, de laraudage,
pour supprimer les irrégularités du métal, l’ouvrière lime la
fusée avec un outil fin qui donne lieu à des limailles très
ténues. L’ouvrière est obligée de se pencher sur son travail
pour en surveiller la finition, distinguer les irrégularités sou¬
vent minimes du métal; les* yeux, les voies respiratoires et
digestives sont à proximité des poussières qui sont absorbées
en grande quantité.
Ces particules métalliques, en se déposant sur les voies
respiratoires, y déterminent une vive irritation. Il en résulte
une congestion des muqueuses éminemment favorables aux
cultures microbiennes. C’est ce. qui expliquerait nombre
d’angines fréquentes et rebelles, de laryngo-trachéiles aiguës.
11 en résulte une pneumokoniose due à l’accumulation des
poussières cuivreuses dans le parenchyme pulmonaire, pneu¬
mokoniose qui expliquerait une toux sèche, rebelle à tout
traitement et nullement en rapport avec les symptômes pulmo¬
naires.
Mais il faut convenir que ces accidents ne sont pas spéciaux
au cuivre, qu’ils sont observés dans tous les ateliers où l’on
produit des poussières sèches.
J’ai constaté toutefois que les angines, les laryngo-trachéites
sont plus, fréquentes dans les atelier.s où l’on travaille le
cuivre, plus violentes, à symptômès plus bruyants, surtout
chez les nouvelles ouvrières. L’accoutumance s’établit, c’est
entendu, mais le cuivre me semble plus irritant pour les
muqueuses conjonctivales, nasales, buccales ou laryngiennes
que tout autre métal.
Lorsque je conslale 10 laryngo-trachéites dans l’atelier de
D‘- PEIGNEY
l’aluminium ou du fer, j’en reconnais 15 ou 20. au cuivre.
L’usine qui nous occupe m’a donné au dispensaire, toutes
porportions gardées, un nombre de laryngo-trachéites plus
nombreuses d’un tiers que dans toute autre usine. Cette dispro¬
portion peut tenir à d’autres causes évidemment, mais il est
permis d’incriminer également l’action plus irritante du cuivre.
Les particules du métal peuvent, en outre, suivre les voies
digestives et être absorbées directement.
J’ai remarqué à ce sujet une pratique qui semble favoriser
singulièrement l’introduction du cuivre dans l’organisme.
Beaucoup de fraiseuses, de perceuses ont la mauvaise habi¬
tude de grignoter du chocolat, des bonbons, des gâteaux durant
le travail de la machine, durant leurs loisirs, sans laver leurs
mains, sans préserver les friandises du contact des poussières
cuivreuses. Je n'ai pu vérifier si les troubles digestifs étaient
plus fréquents chez ces dernières ouvrières, mais je suis en
droit de le présumer. Enfin, les poussières sèches qui se
déposent sur la peau, sur les mains en particulier, en contact
ave# les acides gras de la sueur, donnent lieu à une absorption
cuivreuse, absorption plus lente, moins importante, toutefois,
il me semble, qu’avec les limailles graisseuses, mais qui n’en
existe pas moins.
A l’appui de ces assertions, je citerai les observations sui¬
vantes :
Dans un atélier de perçage et d’ébavurage occupant
29 ouvrières, 8 accusent des troubles digestifs revenant de
temps à autre par périodes plus ou moins irrégulières,
symptômes qui n’ont jamais été constatés avant l’entrée à
l’usine, ou entièrement différents des troubles qu’elles ont pu
avoir précédemment. En un mot, 8 accusent des maladies
qu’il est plausible d’attribuer à l’absorption du cuivre.
Je citerai les cas les plus typiques :
M... L..., trente-deux ans, travaille le cuivre depuis treize mois
comme perceuse. Mariée, elle a 2 enfants bien portants. Ses parents
sont âgés, sans infirmités graves. Elle n’a aucune maladie sérièuse ;
quelques crises d’anémie entre seize et vingt ans seulement. Pou¬
mons et cœur normaux. Foie un peu gros toutefois, perceptible
sous le rebord costal. Règles normales, pas de pertes blanches.
LE TRAVAIL DU CUIVRE
79
Durant les quatre premiers mois d’usine, elle n’a ressenti aucun
malaise. Dans la suite elle a eu 7 crises débutant brutalement, sans
prodromes véritables, sans cause apparente, loin de l’époque mens¬
truelle. Le matin, la malade avait la bouche mauvaise, la langue
chargée, n’avait aucun appétit. Puis brusquement, à l’ingestion de
la première nourriture, la malade se mettait à vomir ; ces vomisse¬
ments duraient toute la soirée, 'se prolongeaient plus ou moins
durant la nuit, et pour rendre presque sans douleur un liquide
mousseux, incolore et légèrement teinté en brun, parfois strié de
sang. La malade dormait ensuite et le lendemain il ne persistait
qu’un léger état nauséeux, puis tout rentrait dans l’ordre.
Cette crise ne s’accompagnait d’aucune céphalée, évoluait sans
fièvre, sans le moindre malaise. Le ventre, la région épigastrique en
particulier n’étaient même pas ballonnés, un peu douloureux
toutefois.
Cette femme suit un régime sain, comme elle l’a toujours fait,
elle mène' une vie de famille fort régulière, rien n’explique une telle
crise à part l’absorption cuprique. Les poussières sèches absorbées
par la peau, les voies respiratoires, la voie digestive surtout, trans¬
formées ou non en sels, irriteraient fortement la muqueuse gas¬
trique. Celle-ci réagirait en sécrétant du mucus et en provoquant
les vomissements qui la débarrasseraient des liquides nocifs.
Cette opinion me semble plausible, malheureusement Je n’ai
pu examiner le liquide vomi. Je reste convaincu qu'il renfer¬
mait des sels cupriques en abondance. En tou cas, l’urine de
cette femme en contenait notablement quatre jours après la
crise. Détail à noter — celte femme m’a dit avoir l’habitude de
croquer du chocolat vers 4 heures en travaillant, ou démanger
quelques gâteaux à la même heure, dans l’atelier près de sa
machine, sans se laver les mains.
C... (Marie), dix-huit ans, parents bien portants, deux sœurs en
bonne santé. A eu les maladies banales de l’enfance, quelques
troubles et symptômes d’anémie à la formation, mais pas la
moindre maladie depuis l’âge de seize ans. Elle travaille à l’usirie
depuis dix mois environ, au décolletage d'abord, puis fait actuelle¬
ment le débavurage. L’examen du cœur, des poumons, de l’état
général ne décèle' pas la moindre lésion organique.
J’ai vu l’ouvrière le soir à 17 h. 30, en pleine crise. Le malin, sans
cause apparente, sans avoir rien changé à ses habitudes, à son
régime, sans imminence de règles, elle a été prise brusquement de
D>’ PEIGNEY
vomissements, et peu -après de diarrhée profuse. Et tout cela sans
douleur vive, uniquement une hyperesthésie de l’abdomen, de l’épi¬
gastre en particulier. A midi, elle a pris du lait chaud, de l’élixir
parégorique; les vomissements ont cessé, la diarrhée s’est atténuée.
A 17 h. 30, je l’examine : elle est pâle, semble fatiguée, elle ne
souffre pas, mais par exemple elle transpire en abondance, extrê¬
mement même. L’examen de la sueur eût été intéressant, mes
moyens réduits ne le permettaient pas. Elle n’a pas de fièvre, le
ventre n’est pas ballonné, rien au cœur, aux poumons; le foie n'est
pas gros, la rate n’est pas perceptible. Par contre, la gorge, l’arrière-
pharynx sont rouge vif et la muqueuse paraît très congestionnée.
La malade a déjà eu quatre crises tout à fait semblables qui ont
cédé au régime lacté, aux tisanes chaudes. Des pilules d’opium
ayant été données par un médecin lors d’une précédente crise, la
diarrhée s’est arrêtée, mais les vomissements ont persisté et l’état
nauséeux s’est prolongé durant plusieurs jours avec ténesme
vésical, envies très fréquentes d'uriner.
Pour terminer, je crois devoir citer l’observation suivante ;
M... (Jeanne), quarante-deux ans, travaille le cuivre depuis
treize ans. Pendant plusieurs années, elle a travaillé à la cartou¬
cherie de l’arsenal voisin, puis au cerclage des obus dans une autre
usine et finalement, depuis un an et demi, elle fabrique le ôorps de
fusée. Elle paraît robuste, elle a chaque année une bronchite légère,
dit-elle. A l’examen, on ne constate qu’un léger emphysème, le
cœur est normal, ainsi que le foie, la rate. Elle a'deux enfants bien
portants. Aucun signe de spécificité.
Elle me cite les faits suivants : durant la première année de
travail âu cuivre, elle a eu de nombreux troubles digestifs, vomis¬
sements et diarrhée, qui survenaient sans cause apparente et qui
pouvaient êtreattribués au cuivre. Durant la seconde année les crises
ont diminué d’un tiers environ, et leur intensité s’est atténuée.
Durant la troisième année, elle n’aurait eu qu’une seule crise.
Actuellement, elle travaille au déhavurage, opération la plus dange¬
reuse si l’on peut dire — en tout cas celle qui me paraît déterminer
le maximum de troubles; elle ne ressent aucun malaise. Elle boit
du lait chaque soir et se purge souvent. 11 y a deux mois, après une
quinzaine de nuit particulièrement fatigante, elle a eu toutefois
quelques malaises rappelant les crises d’autrefois. La malade ne me
paraît pas exagérer ses dires et me semble digne de foi. C’est
pourquoi je cite cette observation qui, ne pouvant être contrôlée,
n’a qu’une valeur relative.
LE TRAVAIL Dü CUIVRE
Je pourrais multiplier les observations semblables, les
quatre précédentes me paraissent résumer les divers troubles
que j’ai observés.
11 nous reste à parler d’une dernière opération mise volon¬
tairement à l’écart : la vérification dès fusées.
Chez Ici ouvrières qui pratiquent cette opération, les troubles
digestifs, les malaises mentionnés précédemment sont rares.
J’ai pu interroger 33 vérificatrices, une seule m’a avoué des
troubles digestifs suspects que rien ne paraît expliquer dans
son état général, ses habitudes, troubles qu’elle n’avait jamais
eus avant son entrée à l’usine et qui semblent dus au cuivre.
Cette ouvrière manipule du cuivre graisseux sortant du décol¬
letage. Les vérificatrices s’occupant de la fusée non enduite
d’huile n’accusent aucun malaise, — celles que j’ai pu inter¬
roger du moins.
Résumons par un tableau et en chilfres les constatations
pathologiques qui peuvent être attribuées au cuivre durant les
diverses opérations ;
Ouvrières ayant eu des troubles digestifs ;
OPÉIIATIONS
OPÉRATIONS
VÉRIKIOATION
32 malades
pour dOO
ouvrières.
30 malades
pour 100
ouvrières.
24 malades
pour 100
ouvrières.
30 malades
pour 100
5 malades
pour 100
ouvrières.
En résumé :
31 pour 100.
En résumé :
29 pour 100.
En résumé :
5 pour 100.
En résumé, les opérations sous l’huile sont plus nocives que
les opérations faites à sec ; et parmi ces dernières le débavurage
REV. n'HYG. XL - 6
82
D>- PEIGNEY
est particulièrement dangereux. Les troubles constatés à
propos des opérations faites à sec, s’ils sont moins nombreux,
sont plus soudains et plus violents. La présence de l’huile des
matières grasses paraît faciliter singulièrement l’absorption du
cuivre.
Kst-ce que le cuivre absorbé agit comme toxique à l’instar du
plomb, du mercure, de l’arsenic, du phosphore, lésant le
parenchyme noble des organes, détruisant les globules rouges,
amenant une anémie profonde et une cachexie finale?
Chez la plupart des ouvrières travaillant le cuivre, suscep¬
tibles d’absorber beaucoup de particules métalliques, ayant eu
ou non des troubles digestifs d’origine cuprique, j’ai fait les
constatations suivantes :
Le foie est normal comme volume, ou eSt à peine perceptible
sous le rebord costal; ses fonctions paraissent normales.
La rate est parfojs perceptible surtout chez les jeunes
ouvrières ; mais ajoutons que cette hypertrophie peut tenir à
maintes autres causes.
Le filtre rénal ne semble nullement atteint, même lorsque
l’urine renferme du cuivre en quantité notable.
J’ai pu établir huit formules sanguines chez de jeunes
ouvrières de vingt à. trente ans, travaillant le cuivre depuis .un
an ou deux, ayant eu la plupart des troubles digestifs pouvant
être attribués au cuivre. J’ai adopté la technique suivante :
Le taux de l’hémoglobine a été déterminé à l’hématoscope
d’Hénocque ; la numération des globules rouges et des leuco¬
cytes a été faite à l'hématimètre de Hayem et suivant la
technique de cet auteur.
J’ai obtenu les chiffres moyens suivants :
Hémoglobine . 14 à 16 p. 100.
Globules rouges par millimètre cube . . 4.500.000 à 5.200.000
Leucocytes par millimètre cube . 15.000 à 19.000
avec légère prédominance des polynucléaires.
Je n’ai pas constaté les nombreuses hématies granuleuses
décrites par les auteurs contemporains et caractéristiques,
selon epx, des anémies graves, des intoxications profession¬
nelles chroniques déterminées par le plomb et le mercure, etc. . .
En regard de ces résultats, je crois devoir produire les chiffres
LE TRAVAIL DU CUIVRE
suivants que j’ai obtenus autrefois lors d’une étude sur la for¬
mule sanguine dans le saturnisme ;
H... (Jules'i, vingt-six ans, peintre en bâtiments depuis quatorze
ans, a eu trois crises de coliques saturnines. x
Liséré net avec gingivite, légère albuminurie.
Cœur et poumons sains, foie et rate un peu gros ; état général
médiocre.
Passé pathologique nul; ne semble ni spécifique ni éthylique.
Examen du sang.
AVANT
LA. COLIQUE DE PLOMB
Oxyhémoglobine ....
10 p. 100
Il pour 100
Globules rouges .
3.000.000
3.500.000
Globules blaucs ....
9.300
31.000
Hématies granuleuses .
14 pour 100
4 pour 100
Polychromatophilie . .
Légère.
Intense. '
Anisocytose .
Légère.
Très prononcée.
Si nous adoptons comme normale la formule suivante :
Hémoglobine . 13 à 14 p. 100,
Globules rouges . 4.200.000 à 4.300.000 chez la femme.
Leucocytes . 8.000
Hématies granuleuses, . 0,b p. 100 ou absence totale,
nous sommes en droit de conclure que le cuivre, à l’encontre
du plomb, n’est pas nocif pour l’organisme, ne détermine pas
d’anémie grave comme ce dernier métal Nous dirons que le
cuivre produit, non une destruction, mais une irritation de
l’organisme.
En l’espèce, il détermine chez les jeunes ouvrières une irri¬
tation suivie de réaction vive des organes hématopoïétiques :
foie, rate, moelle osseuse, etc..., se traduisant chimiquement
par une légère hypertrophie des organes, et au point de vue
fonctionnel par une légère hyperglobulie et leucocytose
marquée.
D-- PEIGNEY
La formule sanguine de notre ouvrière travaillant le cuivre
depuis treize ans ne diffère pas sensiblement de la normale.
J’ai fait deux autres constatations identiques, et j.e me crois en
droit de conclure que les organes s'accoutument très vite au
cuivre, non au plomb.
Que pourrons-nous conclure de l’eiirsemble de cette étude?
Les troubles que nous sommes en droit d’attribuer au cuivre,
I roubles digestifs surtout, existent; on paraît trop les oublier
après la cuprophobie du siècle dernier.
L’intoxication cuprique professionnelle analogue à l’intoxi¬
cation saturnine, mercurielle, phosphorée, arsenicale h’exisle
pas; les sels de cuivre absorbés au cours du travail déter¬
minent une irritation suivie d’une vive réaction des organes.
L’accoutumance s’établit relativement assez vite.
' Les troubles observés sont en raison directe de la finesse des
limailles, des particules de cuivre absorbées. L’emploi d’une
matière grasse dans le travail du cuivre en facilite beaucoup
l’absorption.
Les mesures suivantes seraient à préconiser pour éviter ces
troubles : plusieurs fois dans la journée, laver soigneusement
les mains au savon à -la brosse, et surtout passer ensuite les
mains dans une solution faibiemefit acidulée.
Dans les ateliers où les molécules de cuivre voltigent, tamiser
l’air respiré en plaçant devant la bouche, le nez, un bandeau
de gaze 'fine ou même un simple mouchoir attaché à la manière
d’un cache-nez.
L’ingestion d’un bol de lait chaud, le soir au coucher,
préviendra les troubles en facilitant l’élimination des sels
cupriques. Ceux-cL pouvant être réduits partiellement au
moins, par le sucre; l’ingestion chaude d’une tisane bien
sucrée, d’un sirop, durant le travail sera d’un heureux effet.
On préviendra ainsi les troubles digestifs ainsi que les
angines, les laryngo-trachéites attribuées indirectement au
cuivre.
La plupart des ouvrières ont des idées préconçues au sujet
du cuivre et ont une tendance à lui attribuer beaucoup trop de
leurs maux. Il me semble bon, par des causeries, des affiches,
de leur faire comprendre que le cuivre n’est pas toxique, qu’il
ne peut déterminer que des malaises légers, évitables en grande
UN MODÈLE DE CUACHOIR INDIVIDUEL 8!i
partie grâce à certaines précautions faciles et une hygiène plus
minutieuse.
ESSAI DE BIBLIOGRAPHIE
I. — A. Chevalliek et Boys de Loury : Des accidents qui peuvent sur¬
venir chez les ouvriers qui travaillent le cuivre. Annales d'hygiène
(IS47-1856).
Beandet : Mémoires sur la colique de cuivre (Journal de Médecine
de Beau, 1845).
Pictra-Sakta : De la non-existence de la colique de cuivre (Annales
d'hygiène, 1858). . z'
PiERRON : Des maladies des horlogers produites par le cuivre (Bid-
lelin de la Société médicale de Besançon, 1860).
Pechoubb et Saint-Pierre : Étude sur l’hygiène des ouvriers
employés à la préparation du verdet (Montpellier médical, 1864).
Maisonneuve : Ouvriers en cuivre (Archives de médecine navale, 1865).
II. — Bailly : L’intoxication cuprique (Société des Ilôpilaus , 1873).
Tardieü : Clinique médicale.
Houles (abbé) : Histoire^du village de Durfort (Tarm).
Galipee : Étude toxicologique sur le cuivre et, ses composés, 18 Ï5.
Du même auteur :
1» Contribution à l’étude du syndrome hématologique de l’intoxica¬
tion saturnine (Archives des maladies du cœur, des vafsseaifx et
du sang, août 1909).
2» Évolution des globules rouges au cours de la colique de plomb
(Thèse de Paris).
UN MODÈLE DE CRACHOIR È^DIVIDUEL
A OUVERTURE ET FERMETURE AUTOMATIQUES
par M. le D'- CATHOIRE,
Médecin-major.
Nous avons déjà antérieurement* proposé un modèle de cra¬
choir collectif, à chemise de papier étanche et combustible, per¬
mettant la désinfection aisée des crachats par incinération.
Le modèle que nous proposons aujourd’hui est un crachoir
individuel d’hôpital ou familial, basé sur le même principe.
L’ayant établi en vue des malades, nous avons cherché un
maniement commode, l’aspect le moins répugnant possible et,
1. Nouveau modèle de crachoir hygiénique. Revue d’/iyytène, avril 1911.
D'’ CATHOIRE
pour que l’hygiène soit respectée, l’ouverture et la fermeture
automatiques. Ce dernier point est d’un intérêt trop capital
contre le danger des mouches, pour qu’il soit besoin d’insister.
Afin de réaliser l’ouverture et la fermeture automatiques,
nous avons utilisé l’action d’un conti*epoids (A), accolé latéra¬
lement au corps du crachoir (B), et relié au couvercle (C), sur
lequel il agit par l’intermédiaire d’un doigt (D), situé en arrière
de la charnière (E). Dès qu’on soulève le crachoir, le contre¬
poids glisse dans son logement (F), ouvert à la partie inférieure,
et relève le couvercle par traction sur le doigt ; quand le cra¬
choir est reposé, l’appui du contrepoids sur la tablette le fait
rentrer dans son logement et le couvercle est rabattu par la
transmission de ce mouvement jusqu’aux butoirs où il repose.
Le mécanisme est assez simple pour assurer à l’appareil un
prix de revient modique et une robustesse assez grande. il
n’exige du malade aucun effort, aucune habileté, l’usage
REVUE DES JOURNAUX
d’une seule main est nécessaire; ce crachoir semble donc bien
devoir remplir le rôle hygiénique en vue duquel il a été conçu.
Nous rappellerons que la chemise en papier que nous avons
préconisée est une caissette plissée faite d’une seule pièce, sans
encollage, imperméabilisée par l’huile de lin cuite, garnie à
moitié pour l’usage d’un absorbant léger, non pulvérulent
quelconque, destiné à diviser les crachats et aider leur com¬
bustion (les copeaux courts des raboteuses mécaniques sont
recommandables pour cet usage). Ces garnitures sont légères,
peu encombrantes puisqu’tïlles s’emboîtent les unes dans les
autres; leur prix de revient est minime (il ne dépassait pas avant
la guerre 0 fr. 005 la pièce), le remplacement en est aisé et
peut être effectué au moyen d’une pince.
REVUE DES JOURNAUX
Le IraUement local des porteurs de bacilles diphtériques, par Jacques
UosKAM, médecin adjoint, assistant à l’hôpital Saint-Idesbald, Bel¬
gique {Archives médicales belges, 1917, p. 406).
L’importance de débarrasser hâtivement les convalescents de
diphtérie, ou les porteurs sains de germes diphtériques, des bacilles
peuplant leur rhino-pharynx n’a fait que croître depuis la guerre.
L’hôpital de Saint-ldesbald, construit dans la zone des opérations
et affecté à la populalion civile, a reçu de nombreux diphtériques.
Le chiffre des lits, à eux réservés, étant peu considérable, il impor¬
tait de renvoyer, le plus rapidement possible, les convalescents de
diphtérie. D’autre part, le bombardement des villages voisins de la
ligne de feu entraîna leur évacuation et la création de plusieurs
centres scolaires. Il fallut débarrasser de leurs germes les enfants à
diriger sur ces centres; le manque de place et le voisinage du front
imposaient cette o^iération sans retard.
Dans ce but, les malades, les convalescents de diphtérie, les por¬
teurs sains 4ie bacilles de Lœffler furent soumis à un traitement
local après la sérothérapie. Jusqu’en août 1916, ce traitement con¬
sista, matin et soir, en un grand lavage de gorge au phénosalyl à
20 p. 100, suivi d’un badigeonnage des amygdales et du pharynx
à la glycérine iodée et d’une instillation nasale d’huile résorcinée
mentholée.
Chaque semaine, après une interruption du traitement pendant
REVUE DES JOURNAUX
une journée, l’examen bactériologique des mucosités était pratiqué;
il était considéré colnme négatif lorsque, après 24 heures d’étuve
à S?», le raclage des tubes de sérum ensemencé ne ramenait pas de
bacilles diphtériques longs, moyens, courts, à granulations polaires,
ni de colonies confluentes de bacilles courts. Après deux examens
négatifs successifs, le sujet était considéré comme indemne et
évacué. 33 diphtériques furent débarrassés de leurs germes en
moyenne après 41,4 jours. 28 porteurs sains de bacilles de Lœfller
conservèrent ceux-ci 51,3 jours.
A partir de juillet 1916, la désinfection fut pratiquée par insuffla¬
tion de la poudre, de sérum antimicrobien Martin : 45 diphtériques
conservèrent les germes en moyenne 28 jours; le temps moyen né¬
cessaire à la- stérilisation de 65 porteurs de germes fut dq 18,3 jours.
La comparaison de ces différents résultats est suffisamment
démonstrative : si on fait égal à l’unité le temps nécessaire pour
stériliser les porteurs de bacilles de Lœffler par la méthode antisep¬
tique, on voit que ce temps pour la méthode Martin est de 0,67
quand il s’agit de malades et 0,41 quand il s’agit de porteurs sains.
La stérilisation des portéurs de germes diphtériques est donc beau¬
coup plus rapidement obtenue par les insufflations de sérum anti¬
microbien; le gain de temps réalisé est de 33 p. 100 quand il s’agit
de convalescents, de 59 p. 100 quand il s’agit de porteurs sains.
La méthode sérothérapique joint aussi l’avantage de diminuer le
nonïbre de ces cas de diphtéries aiguës, survenant parmi les por¬
teurs de germes en traitement : elle est donc la méthode de choix
pour la stérilisation des porteurs de bacilles diphtériques.
F.-H. Renaut.
Rapport sur le fonctionnement du Service de la vacHnation de la
Ville de Paris au cours de l’année 1946, par le D' Guiluaud {Compte
rendu des séances du Conseil d'hygiène publique et de salubrité du
département de la Seine, 1917, p. 228).
En 1914 et 1915, les vaccinations antivarioliques pratiquées à
Paris ont atteint le chiffre global de 843.537. Le chiffre des opéra¬
tions effectuées au cours de l’année 1916 est revenu au chiffre nor¬
mal des années qui ont précédé la guerre et s'est élevé à 148.931.
Le total des inoculations pratiquées pour les trois années de guerre
1914, 1915, 1916 a donc atteint le chiffre considérable de 1.005.468.
Ce nombre est suffisant à lui seul à donner la mesure de l’activité
du service.
Dans les Bureaux de Bienfaisance, les séances ont fonctionné très
régulièrement, malgré la réduction progressive du nombre des
médecins libres de toute obligation militaire.. On y a inoculé 17.108
personnes, ce qui est approximativement le chiffre normal en temps
de paix. Dans ce nombre, il faut compter 3.162 primo-vaccinations
pratiquées chez des enfants de 0 à 1 an et 2.518 tevaccinations chez
des enfants de 10 à 11 ans. Le pourcentage d’énsemble des succès
n’a pu être établi, faute de constataiion de beaucoup de résultats.
REVUE DES JOURNAUX
Dans les divers hôpitaux parisiens, les séances hebdomadaires
ont fourni un contingent de 26.180 opérations. Celchiffre est inférieur
à la moyenne normale et s’explique par le fait général qu’un grand
nombre de militaires blessés ou malades sont soignés dans les hôpi¬
taux civils et ont été revaccinés aux armées, peu de temps avant leur
admission. Dans les séances des consultations externes qui sont
tenues hebdomadairement dans 12 hôpitaux de Paris, b. 259 per¬
sonnes ont été soumises à l’inoculation, dont 478 primo-vaccina¬
tions. A l’hôpital des Enfants-Assistés, les opérations s’élèvent à
4.808 dont 1.486 primo-vaccinations. Dans les Maternités des hôpi¬
taux parisiens, 17.299 primo-vaccinations ont été effectuées. Ce
fléchissement du chiffre traduit fidèlement la réduction de la' nata¬
lité qui est une des conséquences de la guerre. La stalistique muni¬
cipale n’accuse en efl'et, pour 1916, que 28.271 naissances. Le relevé
des primo-vaccinations effectuées par le service ^élève au chilfre
de 22.913.
Dans les asiles d’aliénés et dans les établissements départemen¬
taux d’assistance dépendant de la Direction des Affaires municipales,
1;848 revaccinations ont été pratiquées. Dans les asiles et refuges
municipaux de la'Ville de Paris, 4.456 personnes ont été soumises à
la revaccination.
Dans les établissements scolaires de la Ville de Paris, le total des
revaccinations s’est élevé à 57.415. Le pourcentage des succès a été
de 50,27 pour les enfants de 7 ans, de 39,82 pour ceux de 10 à 11
ans et de 29,68 pour les élèves âgés déplus de 13 ans. Le pour¬
centage, constaté cette année encore dans les écoles maternelles et
enfantines, tend à montrer l'intérêt tout particulier qu’il y a à
revapciner''les enfants avant le stade légal de la onzième année,
puisque la moitié a déjà perdu dans la septième année l’immunité
conférée par la primo-vaccination.
Il, faut ajouter que dans les'lycées et collèges 4.653 opérations
ont été effectuées. L’Académie de Médecine et l’Inslitut Pasteur ont
prêté leur collaboration coutumière avec 791 et 5.862 revaccinations.
L’anqbulance de l’Ecole polytechnique a fourni également un con¬
tingent de 224 opérations.
La revaccination, pratiquée dans divers refuges et établissements
de secours, au Dépôt et à la Conciergerie, a permis d’elTectuer 4.150
inoculations. 143 séances, organisées à domicile, dans les rues et
maisons insalubres de 5 arrondissements, ont donné 7.591 opéra¬
tions, dont 291 primo-vaccinations.
A côté de ce service spécial, les opérations faites à domicile, à
l’occasion de la déclaration de maladies varioliformes, se sont éle¬
vées au chiffre de 1.277.
Ce chiffre est particulièrement faible, mais il traduit la rareté
exceptionnelle de la variole à Paris, en 1916, puisque, fait unique
dans les statistiques, un seul cas a été constaté. 11 s’agit d’un Arabe,
non vacciné dans son enfance, habitant le XLX." arrondissement.
REVUE DES JOURNAUX
qui, arrivé d’Algérie eu pleine période d’incubation, a succombé à
l’hôpital Claude-Bernard.
L’excellence de cette situation sanitaire,, en face d’une maladie
particulièrement redoutée en temps de guerre, semble pouvoir être
attribuée à l’effort vaccinal réalisé par la Ville de Paris et à l’im¬
munité de la popu^lation parisienne, proportionnelle en quelque
sorte au chiffre considérable des opérations effectuées, malgré les
difficultés relatives de l’heure présente.
F.-H. Renaut.
L'hygiène dans la reconstruction des usines après la guerre. Les pous¬
sières inertes, par L. Bargeron, Inspecteur du travail à Lille (Annales
d’hygiène publique, I9n, g. ^1).
Au début de leur action, les poussières inertes ne sont jamais
pathologiquement danger^ses; elles peuvent provoquer chez celui
qui les subit par hasard une gêne passagère qui disparaît, si l’indi¬
vidu cesse de rester dans l’atmosphère chargée de particules solides.
Il semble même qu’il y ait accoutumance assez rapide; c’est à ce
moment que la poussière devient plus particulièrement dangereuse,
car on ne se défend plus contre elle.
Lavoie respiratoire étant celle dont l’accès est le plus facile aux
poussières, qui y sont entraînées par l’inspiration, on s’explique
aisément que les rhino et les pneumoconioses soient les plus fré¬
quentes des maladies à poussières. Viennent ensuite les lésions des
paupières et du globe oculaire, puis celles de la peau. Toutes les
poussières sont nocives; par suite, il y a lieu de les empêcher de se
répandre dans l’atmosphère de l’atelier.
Cette preuve de l’influence pernicieuse des poussière? se trouve
dans les statistiques de morbidité et de mortalité. La population
industrielle meurt davantage que la population rurale. La tubercu¬
lose pulmonaire donne unpourcentage de 121 décès chez les ouvriers
contre 73 chez les paysans.
La seule méthode pour empêcher la poussière de souiller les
locaux occupés est de la prendre au- point de production pour la
conduire directement au dehors. Quelle que soit l’industrie à laquelle
elle s'applique, une installation de dépoussiérage par l’air comporte
toujours un organe de captation de la poussière, une tuyauterie des¬
tinée à l’évacuer de l’atelier, un ventilateur, organe de pi-opulsion
mécanique, le générateur du courant d’air devant entraîner la pous¬
sière, un collecteur destiné à la recevoir, à la recueillir momen¬
tanément et même à l’empêcher de se répandre à l'extérieur.
Les ventilateurs mécaniques peuvent être hélicoïdaux ou dépla¬
ceurs d’air, transversaux, centrifuges ou à haute pression, ou rota¬
tifs. Les installations de réception des poussières sont constituées
par des filtres, des chanibres avec pulvérisation d’eau, des appareils
dits « cyclones >>.
Il importe aussi d’assurer la propreté générale des ateliers pour
RKVLE DES JOURNAUX
empêcher l’accumulation des souillures du sol ; il faut que le parquet
ou le pavage présente les meilleures conditions d’étanchéité afin de
faciliter le nettoyage et le lavage. Il convient de mouiller les pous¬
sières sans mouiller le sol; pout ce faire, on a recours à des procédés
d’humectation, pulvérisation d’eau, sciure de bois humide, enro¬
bage des poussières,
Le sytème de nettoyage par le vide est le seul qui soit à prévoir
au moment de l’installation d’un atelier moderne. Si l’usine com¬
porte déjà des appareils de dépoussiérage nécessités par la fabri¬
cation qu’on y effectue, tout devra être disposé pour que le venti¬
lateur aspirateur de poussières des machines puisse être mis en
route avant le commencement du travail général. On pourra alors
se servir de la canalisation ordinaire d’enlèvement des poussières.
Il suffira de disposer des bouches d’aspiration sur lesquelles on
branchera un tube flexible avec saceur approprié.
Si l’usine n’a pas d’installation préalable, il faut recourir à un
ventilateur du type centrifuge avec des saceurs de forme spéciale
suivant les industries. Il va de soi que la puissance de l’appareil de¬
vrait croître, pour une usine déterminée, avec la rapidité du trava,il
de nettoyage, rapidité qui sera d’ailleurs grandement accrue du fait
même de l’installation. Les poussières pourront même ultérieure¬
ment être, sans grand danger, soumises à un triage qui permettra
d’en retirer toutes les parties utilisables par l’industrie en présentant
une valeur commerciale.
F.-H. RK.NAUT.
Histoire sanitaire du Creusât depuis la mobilisation. Comment la ville
s'est défendue contre de multiples dangers de contagion, par le
D'' Briaü, Directeur du Bureau municipal d’hygiène du Creuset
{Annales d'hygiène publique, 1917, p-. 41, 2“ semestre).
Le Creuset, depuis la mobilisation, est devenu un centre cosmo¬
polite. Les exigences de la main-d’œuvre dans les grandes usines
ont absorbé non seulement 10.000 mobilisés, mais encore des
ouvriers venus des pays les plus divers. Asiatiques, Kabyles, et un
millier de prisonniers autrichiens.
La ville abrite aussi de nombreux réfugiés de la zone des armées.
Les hôpitaux militaires comptent environ 800 lits qui ont été in¬
stallés en grande partie dans les locaux scolaires, d’où l’obligation
d’entasser les enfants dans des classes trop exiguës ou dans des
salles improvisées.
Il avait pu résulter de cette promiscuité un apport de contagions
des plus diverses ; l’appréhension bien légitime qu’on pouvait con¬
cevoir s’est trouvée heureusement jusqu’ici à peu près non justifiée,
grâce aux précautions prises.
Les réfugiés français, belges et surtout les Serbes sont arrivés
dans un état de misère physiologique et d’épuisement qui en
auraient fait des proies faciles pour les épidémies. Les Serbes, pro-
92 REVUE DES JOURNAUX.
venant de milieux'in/ectés,. subirent tous la triple^vaccination contre
le choléra, la typhoïde et la dysenterie ; la plupart purent repartir pour
l’armée; les 120 qui restent sont de bons ouvriers. Les Espagnols,
ayant présenté peu après leur arrivée un cas de variole, furent
soumis à une vaccinatiou générale. La gale des Chinois fut rapide¬
ment éteinte par des moyens appropriés. Quant aux poux dqs
Kabyles, ils ne prirent pas d’extension.
Chez tous ces exotiques, quelques cas de syphilis furent isolés et
traités; il ne semble pas que la ^syphilis ait fait plus de Victimes
qu’en temps de paix. Les Chinois sont robustes et n’ont fourni
qu’une proportion très minime de cas hospitalisables. 11 en est
-autrement des Kabyles qui, supportant difficilement les grands
froids, ont présenté beaucoup, d’affections pulmonaires aiguës, avec
6 décès. Les Portugais, égalethent très sensibles aux rigueurs de
l’hiver, ont dû être rapatriés en grande partie.
Tous ces étrangers sont installés dans des baraquements Adrian,
élevés en dehors de la ville. Ils forment des camps isolés les uns
des autres, sans mélange de races; on leur fournit des vivres qu’ils
peuvent accommoder eux-mêmes à leur goût. Tous les matins, une
visite médicale a lieu dans chaqiie camp, et toute maladie sérieuse
est hospitalisée de suite. D’ailleurs l’exposé de la morbidité épidé¬
mique pour chaque maladie infectieuse montre l’innocuité, pour la
santé générale locale, de la présence de cette population étrangère.
Les chiffres démographiques sont assez difficiles à préciser, en
raison des grandes fluctuations des arrivants et partants. 'Eu juillet
1914, il y avait près de 12.000 ouvriers aux usines; il n’y en avait
plus que 6.000 le mois suivant. La rentrée des spécialistes, l’arrivée
des mobilisés étrangers à la ville, enfin l’apport de la main-d’œuvre
exotique ont donné les chiffres suivants : 9.000 en janvier 1915,
14.000 en janvier 1916, 20.000 en janvier 1917, plus 1.800 femmes
environ. Les logements sont surpeuplés en ville et en banlieue ; aux
35.58.7 habitants d’avant-guerre, il faut substituer le chiffre actuel
approximatif de 43.000.
I.es décès, de 497 en 1913, sont montés à 597 en 1916; cette pro¬
gression de 10 p. 100 est bien au-dessous de l’augmentation de la
population qui atteint certainement 35 p. lOQ. Les naissances, de '
615 en 1913, sont descendues à 415 en 1916. Cette baisse considérable
n’esf pas suffisamment expliquée par l’absence des mobilisés ; dans
les trois années de guerre, il y a eu plus de 120 avortements. La
proportion annuelle des décès d’enfants au-dessous d’un an par
rapport aux ^naissances reste à un chiffre satisfaisant : 6 én 1913,
6,5 en 1916. Cet heureux résultat ne suffit pas à compenser la fai¬
blesse croissante de la natalité.
F. -H. Renaut.
Il] 93
SOCIÉTÉ
DE MÉDECINE PUBLIQUE
ET DE GÉNIE SANITAIRE
Reconnue d’utilité publique par décret du 8 mars 1900.
Séance du 26 décembre 1917.
Présidence de M. le D'' Granjux, vice-président.
Assemblée générale
(l(i h. 45)
Absents excusés : MM. les D''* Borne, Kern, Livache, Richou, Vincey.
Présents : MM. Bechmann, Bordas, Bruère, Faivre, P. Gonin,
N. Gonin, D'' Granjux, Kohn-Abrest.
M. LE Pbéside.nt a réuni la Société en assemblée générale et donne
lecture de l’article 11, relatif au renouvellement du Bureau et du
Conseil d’administration :
Art. 11. — « A la fin de chaque année, l’Assemblée générale,
composée des membres titulaires et honoraires, entend les rapports
du Président, sur les travaux de ses membres, du secrétaire général,
sur la gestion du Conseil d’administration, et du trésorier, sur la
situation financière.
« Elle approuve les comptes de l’exercice clos, vote le budget de
l’exercice suivant, et pourvoit au renouvellement du Bureau et du
Conseil d’administration. Ces décisions sont prises à la majorité
des voix quel que soit le nombre des membres présents. »
94 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [2]
M. LE Président rappelle qu’en 1917 l’assemblée avait décidé de
maintenir le statu quo.
11 donne lecture d’un vœu émis p^r le Conseil d’administration
dans sa séance du mercredi 19 décembre 1917 :
« Le Conseil émet l'avis qu’il n’y a pas lieu de faire en 1918 des
élections générales, mais dans l’intérêt de la Société de remplacer
les membres du Bureau décédés. Dans ce cas le Conseil présenterait
à l’assemblée de janvier 1918 une liste de candidature. »
M. Bruère. ' — Les années précédentes une circulaire informait
trois semaines à l’avance tous les membres de la Société de la ques¬
tion des élections et de la résolution prise par le Conseil; or, cette
année, il n’en est pas ainsi. 11 lui paraît impossible de prendre une
décision étant donné le nombre restreint des membres présents. En
outre, il estime que la décision prise antérieurement de ne pas faire
d’élections pendant la durée de la guerre doit être maintenue. Il
demande qu’une circulaire posant la question à l’Asserpblée soit
envoyée au préalable.
M. Bechuann. — Le vote par correspondance étant admis par les ,
statuts, chacun pourrait ainsi donner son avis.
M. LE D'' Faivre expose que les avis donnés aux séances du Con¬
seil proposaient le remplacement des membres du Bureau décédés.
M. le D’’ Bordas propose de joindre à la question de ces remplace¬
ments l’indication des candidats.
M. LE Président estime que cette proposition de consultation de
tous les membres et de l’envoi d’une liste de candidats est tout à fait
conforme au texte et à l’esprit des statuts. De plus son adoption ne
retarderait en rien la solution qui serait prise dans la séance de
janvier comme le Conseil l’a demandé. Cette proposition, mise aux
voix, est adoptée à l’unanimité, et le Président proposera au Conseil,
dans la séance du 7 janvier 1918, de vouloir bien envoyer une lettre
demandant si l’on est d’avis que les membres décédés soient rem¬
placés, et d’y joindre la liste des candidatures proposées par le Con¬
seil conformément à l’article 19 du réglement.
L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 5 heures.
[3]
DÉCÈS DE MM. LEPAGE ET SCHNEIDER 9;i
SÉ.'VNCE mensuelle
(n heures)
Décès de MM. Lepage et Schneider.
M. le Président prononce l’éloge funèbre . de deux membres
décédés.
Le D'" Lepage appartenait depuis 1890 à noire Société. Il avait
été membre du Conseil d’administration de 1893 à 1900. Accou-
, cheur des hôpitaux, il possédait à fond l’hygiène de la mère et
de l’enfant. Sa mort est cruelle pour la Société de Médecine
publique, d’autant que le D' Lepage jouissait dans le corps
médical d’une autorité incontestable en raison de l’œuvre
charitable qu’il avait remplie, pendant de longues années,
comme secrétaire général de l’Association générale desMédecins.
Aussi nous exprimons à sa famille tous nos regrets pour le
deuil qui la frappe.
Le médecin inspecteur Schneider comptait dans notre
Compagnie depuis 1888. C’était un médecin militaire accom¬
pli, car il joignait à l’esprit militaire l’amour de la médecine.
Ce fut un vrai chef du Service de Santé. A Nancy, où il fut
Directeur, il sut conquérir l’affection de ses subordonnés et
l’estime de ses confrères civils, qui lui confièrent la présidence
de leur Société. L’hygiène étaitson étude de prédilection. 11 sut
l’appliquer dans son corps d’armée, de même qu’il l’avait mise
en lumière, lorsqu’il représentait en Perse la France médicale.
Sa mort est une perte considérable pour notre Société, où il ne
comptait que des sympathies, et je vous demande l’autorisation
de le dire en votre nom, à son fils, le Dr Schneider, un glorieux
mutilé de la guerre actuelle.
9fî SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE . [4]
DISCUSSION DU RAPPORT
de M. le D-' PAUL FAIVRE \
SUR LA PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
M. Graxjüx. — Dans son intéressante communication,, que j’ai
plaisir à louer à nouveau, le Df Faivre a envisagé la prophylaxie des
maladies vénériennes à trois points de vue ; médical, administratif,
moral
de dernier chapitre,. pour être court, n’eà est pas moins complet.
Quant au rôle administratif, il a été exposé avec une pleine con¬
naissance du sujet, une nette vision du rôle social de l’autorité, et
une grande élévation de pensées. C’est un document qui restera et
auquel il faudra, pendant longtemps, se reporter, quand on voudra
traiter la question.
Pour ce qui est des moyens thérapeutiques indiqués par notre
collègue, nous y applaudissons, d’autant plus qu’ils sont préconisés,
depuis un certain temps, par le Corps médical. Toutefois, je dois
faire remarquer que nos confrères se séparent complètement de
notr^ côllègue pour la désignation des médecins qui doivent assu¬
rer le fonctionnement 'des dispensaires antisyphilitiques. Le
D'' Faivre a dit ;
« Il a 'paru à quelques personnes que la désignation des médecins,
comme l’organisation des consultations, voire même de la lutte
antivénérienne, envisagée dans son ensemble, devrait être assurée
par les Syndicats médicaux. Si utile et si importante que soit l’action
des Syndicats, elle a un objet précis qui est la défense d’intérêts
corporatifs, et il n’a pas à se substituer à celle de l'Administration.
A chacun son rôle. C’ést seulement si l’Administration était défail¬
lante (ce qui se voit d’ailleurs quelquefois), qu’il conviendrait de lui
rappeler le sien ou de chercher à le remplir à sa place. Il ne semble
pas que ce soit actuellement le cas. »
Je ne saurais laisser passer cette théorie administrative, sans faire
remarquer tout d’abord, que TUnion cfes Syndicats médicaux et la
Commission d’Hygiène publique de la Chambre sont. d’un avis
diamétralement opposé, ainsi que le montrent les documents
ci-joints.
[3] SüB LA PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 97
Le 22 mars 1917, le Conseil d’administration de l'Union des Syn¬
dicats médicaux a adopté, à l’unanimité, le voeu suivant :
<( Considérant l’importance de la lutte antisyphilitique, au point
de vue de lai dépopulation du pays et de la santé de la -race ;
» Considérant que cette lutte ne peut être organisée sans la col¬
laboration du Corps médical et des techniciens dans lesquels celui-
ci ait pleine confiance, et que ces techniciens ne peuvent être
désignés que par les Syndicats médicaux ;
« Décide de saisir de la question le ministre de l’Intérieur, le
Groupe médical parlementaire et la Commission d’Hygiène de la
Chambre. »
Ainsi fut fait, et le D' Leredde, qui a pris une part si active à la
lutte antivénérienne an Maroc, quand il était mobilisé, fut délégué
et entendu par la Commission d’Hygiène delà Chambre.
A la suite, le Président, notre Confrère, le D'' Doisy, lui demanda
de soumettre à la Commission une étude relative au mode de
recrutement des médecins qui seront chargés, à la fin de la guerre,
de la direction des dispensaires antisyphilitiques.
Ce rapport a été présenté, le 7 décembre, au Conseil de l’Union
qui l’a adopté à l’unanimité. Je ne veux pas vous lire ce document
que je dépose sur le bureau, et je me conlenterai de vous faire
connaître les deux premières phrases et la conclusion. Le travail
débute ainsi ;
« La Commission d’Hygiène publique a compris, d’une manière
unanine, que le succès de la lutte aùtisyphilitique, après la guerre,
et lorsque les médecins qui dirigent actuellement les formations
vénérologiques seront rentrés dans leurs, foyers, dépendra de la
valeur morale et technique des praticiens placés à la têledes dispen¬
saires où seront traités les malades atteints de syphilis, en outre de
la collaboration du Corps médical qui doit prendre part à l’œuvre de
prophylaxie, aussi urgente dans la clientèle du praticien, que dans
les milieux pauvres où s’exercera l’action des dispensaires.
« La Commission a paru résolument opposée à la nomination des
chefs de dispensaires faite directement par les autorités adminis¬
tratives locales, et reconnu que les projets, élaborés dans ce sens
par l’Administration de l’Assistance publique, ne peuvent satisfaire
- aux conditions fondamentales que je viens d’expoSer. »
Et voici la conclusion qui montre que les Syndicats ne cherchent
pas, comme le pense le D'' Faivre, à se substituer à l’Administra'ion
« Les Syndicats médicaux, saisis par l’Uuion, accepteront de
présenter, au choix de l’Administration non un praticien désigné par
eu.x, mais une iiste sur laquelle les préfets pourront choisir. Ainsi
REV. d’hvo. XL — 7
98 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [6]
le prestige de l’Administration, les « principes » qu’elle veut faire
respecter seront saufs. » *
A cette deuxième thèse, je'me rallie complètement, d’autant que
je trouve des arguments en sa faveur dans le texte même du
D'' Faivre. Il a rappelé que les Syndicats médicaux avaient pour
objet la défense de leurs intérêts corporatifs, mais ceux-ci ne sont-
ils pas en jeu dans l’organisation d'établissements de cure graluile
pour tous, y compris les personnes aisées, et qui, en se disant
destinés aux maladies de la peau et des muqueuses, feront appel à
toutes les affections externes et internes !
D’autre part, la nécessité de la collaboration du Corps médical est
reconnue par le D'’ Faivre lui-même, puisqu’il écrit à propos de la
publicité discrète :
« La circulaire du S juin énumère différents moyens, parmi les¬
quels nous citerons l’information, portée à la connaissance des
médecins qui pourront diriger, sur la consultation, les malades
qu’ils ne croiraient pas devoir soigner eux-mêmes. »
L’indispensabilité de cette entenie, entre l’Administration et les
médecins, est encore affirmée par les deux exemples d’opposition
faite par des médecins, au fonctionnement des services hospitaliers
annexes, rapportée par notre collègue.
^ En somme, de cette question, on peut dire : et adhuc sub judice
lis est. flotre Société n’est pas le juge qui tranchera le litige ; il sera
solutionné par le Parlement. Mais comme « qui n’entend qu’une
cloche n’entend qu’un son », j’ai voulu faire retentir la cloche
médicale après celle de l’Administration. De cette façon, chacun de
vous d’une part pourra se faire, en connaissance de cause, une
opinion sur une organisation d’importance capitale dans la mise en
action de la lutte antivénérienne, et, d’autre part, saura que les
médecins praticiens ont été les premiers à poursuivre la création de
dispensaires anlivénériens, faisant ainsi marcher leurs intérêts [iro-
fessionnels après la défense de la race.
Ceci dit, je voudrais envisager un côté de la question mis inten¬
tionnellement de côté par M. Faivre, « la prophylaxie des maladies
vénériennes dans l’armée », parce que cette question va être traitée
dans quelques jours au Sénat par M. Louis Martin, en vue de mettre
à néant la campagne tendancieuse menée en Amérique par les jour¬
naux progermains. J’ai, du reste, exposé il y a un mois, à la Société
de prophylaxie sanitaire et morale, cette partie du problème de la
défense antivénérienne, et je vais vous résumerles propositions que
!7J sur la prophylaxie des maladies vénériennes 99
j’ai faites, et qui seront probablement acceptées dans la prochaine
séance de cette Société.
L’envahissement du front par des femmes de mauvaise vie et de
mauvaise santé constitue un danger pour nos soldats-, qui ne peut
être conjuré que par l’entente entre l’autorité militaire et l’autorité
civile, en vue de réaliser la police hygiénique des cantonnements.
En second lieu, il est nécessaire de créer dans les cantonnements
de repos des Maisons du soldat, plus ou moins sommairement
installées, soit par l’initiative privée, soit par les coopératives régi¬
mentaires, où le troupier, bien chez lui, pourra écrire, se reposer,
jouer avec ses camarades, consommer des boissons hygiéniques, etc.
Enfln, il faut le garantir des pires sollicitations, en empêchant,
dans les gares, le racolage des permissionnaires. Ce nettoyage, qui
a été opéré à Paris à la suite d’une démarche de la Société de
prophylaxie sanitaire et morale, devrait s’effecluer partout.
Sur le territoire, les soldats qui sont dans les dépôts se divisent
en deux catégories : ceux qui ont déjà payé l’impôt du sang et
attendent, soit d’kre rétablis pour retourner au front, soit la
réforme. 11 convient de les protéger contre les fréquentations dan¬
gereuses à tous égards par la création de Foyers du soldat, c’est-
à-dire de cercles tenus eu général par des femmes au cœur maternel,
qui s’ingénient à remplacer la famille absente. A l’heure actuelle, il
ne doit pas y avoir de garnison sans son ou ses Foyers du soldat.
Ils constituent aussi une protection puissante pour la deuxième
catégorie de soldats, les recrues que l’on entraîne pour les combat
futurs. Mais pour ces jeunes, il y a plus encore à faire ; il faut leur
donner l’enseignement antivénérien* faciliter par des permissions le
contact si réconfortant de la famille, et s’efforcer — comme l’a pro¬
posé M. le Sénateur Strauss — de trouver dans la localité des
« Correspondants » aux recrues qui ne connaissent personne.
A la Société de prophylaxie j’ai terminé ma communication, en
demandant qu’elle se mette en rapport avec vous et avec la-Xigue
antialcoolique, puisque nous avons tous le même but. .Aujourd'hui,
je ferai de même, et je propose que nous prenions contact avec ces
deux Sociétés, pour grouper nos elîorts en vue de la réalisation de
la prophylaxie pratique antivénérienne.
M. le D'' Faivhe. — Dans le passqge de ma communication que
veut bien relever M. Granjux, je me suis proposé, non certes de
repousser le concours des syndicats médicaux, mais de combattre la
tendance de ceux qui en voudraient faire les organisateurs exclusifs
de la lutte anlivénérienne.
Pour mener ce combat, tous les concours sont nécessaires, celui
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[8]
des médecins en premier lieu, et c’est, ainsi que le fait observer
M. Granjux, l’idée essentielle de mon travail, qui tend précisément,
en matière de prostitution, à faire passer l’action prophylactique,
du terrain policier, sur le terrain médical, et dans lequel je me suis
attaché à faire ressortir aussi la part dévouée et agissante prise par
les médecins en ce qui concerne les consultations fonctionnant à
ce jour.
Que les syndicats médicaux en créent de leur côté, ce sera parfait
— plus on mettra de moyens de traitement à la portée des
malades, mieux cela vaudra — mais on ne saurait contester à
l’administration le droit d’organiser la lutte antivénérienne, car
c’est non seulement pour elle un droit, mais un devoir. Ce devoir
elle l’a rempli, et elle continuera à le remplir, avec, espérons-le, le
bon concours des syndicats, qu’il ne faut pas chercher à lui opposer
dans un esprit d’exclusivisme contraire à l’intérêt général.
J’ajouterai un mot touchant le moyen d’assurer pratiquement la
pi'épondérance de l’action sanitaire vis-à-vis des prostituées. Ce
moyen consisterait à rattacher aux bureaux d’hygiène le service des
mœurs. Dans un très intéressant article, publié en janvier 1913 par
la Revue municipale, et qu’ont bien voulu me communiquer ses
auteurs, MM. le D'' Robin, directeur du bureau d’hygiène de Nantes,
^et Paul Caillaud, chef de division à la mairie de cette ville, il est
^demandé que « l’action administrative soit substituée à celle de la
^ipolice, qui ne s’exercerait plus sur les prostituées que d’une façon
't' ' <^^i?énérale et non à raison de leur condition » ; et. que « cette action
s’exerce, non contre la prostitution qui n’est pas un délit, mais
contre ses dangers qui sont d’ordre sanitaire. La surveillance des
femmes serait orientée dans ce sens «.
Ce sont les idées que j’ai soutenues, réserve faite quant à l'action
de la police qui ne saurait être supprimée, mais à laquelle il faut
associer celle du bureau d’hygiène, presque toujours dirigé par un
médecin. Cette solution paraît excellente, en ce qu’elle rattache une
œuvre de prophylaxie à un organisme dont la prophylaxie est pré¬
cisément la raison d’être; en ce qu’elle associe pratiquement deux
services municipaux, fonctionnant l’un et l’autre sous l’autorité du
maire. (Il en est du moins ainsi dans toutes les villes qui possèdent
un bureau d’hygiène, sauf à Lyon et à Marseille, Paris étant hors
de cause.)
Ce n’est pas à dire que la réalisation de celte conception sera,
obtenue sans difficultés, à commencer par celles qui proviendront de
l'action conjuguée du directeur du bureau d’hygiène et du commis¬
saire de pôlice. Le ministère de l’Intérieur devra, par ses instruc¬
tions, chercher à les prévenir. Il en sera de cela comme des rapports
[9] SUR L.V PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES lût
rûciproques de l’administration et des syndicats médicaux ; il faudra
envisager le but, qui est l’intérêt général, et s'efforcer de l’at-
teinlre en négligeant les côtés secondaires.
En terminant, je signalerai que la ville de Saint-Brieuc vient
d’organiser un dispensaire d’hygiène sociale destiné à combattre la
tuberculose et les maladies vénériennes. Le directeur du bureau
d’hygiène, M. le D’’ Violette, a bien voulu m’adresser son rapport
très documenté concernant cette importante création, qui s’ajoute à
celles dont j’ai donné l’énumération, et qui est un nouveau témoi¬
gnage d’un effort qu’jl importe de poursuivre avec le concours de
toutes les bonnes volontés.
M. Granjüx. — Le désaccord entre M. Faivre et moi-provientde ce
que mon confrère croit que les syndicats médicaux veulent luxer
l’administration. Rien de pareil. Le texte voté par l’union, et que
j’ai lu précédemment, demande simplement le droit de présentation
du chef de dispensaire antivénérien. Quoi de plus juste. Les méde¬
cins ne sont-ils pas les plus compétents pour juger de la valeur pro¬
fessionnelle de l’un des leurs. Bien mieux, pette présentation est le
plus sûr moyen de mettre à couvert la responsabilité de l’admi¬
nistration. A l’heure actuelle, les nominations des médecins dans
les situations administratives sont faites, le plus souvent, par la
politique; Elles seront assainies du fait de la présentation des can¬
didats par leurs confrères. '
D’autre part, l’expérience a démontré qü’il est impossible dp
faire aboutir une affaire médicale quand on a les médecins contré
soi, tandis que sa réalisation est facile quand le corps des praticiens
l’a adoptée.
En tout cas, je le répète, nous n’avons point qualité pour trancher
la question de savoir comment seront nommés les chefs des dispen¬
saires antivénériens. Elle vient d’être portée devant le Conseil
général de la Seine par le syndicat des médecins de la Seine. Qui
vivra verra.
M. CuASSEVANT. — Il faut, comme le propose M. Faivre, que la
lutte contre les maladies vénériennes devienne une question médicale
de prophylaxie contre une maladie contagieuse et que l’on fasse dispa¬
raître les mesures purement policières qui ne répondent pas aux
nécessités du traitement.
L’idée de M. Bordas, d’interner toute prostituée malade jusqu’à
guérison est excellente. C’est une mesure générale qui devrait être
de règle pour toutes les maladies contagieuses et pour tous les
malades; mais il faudrait peul-êire une loi. La femme n’est pas
102 SOniÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE flOi
seule propagatrice du spirochète, l’homme atteint de syphilis est
un propagateur aussi redoutable que la prostituée.
11 devrait être mis dans l’impossibilité de nuire, par une
mesure prophylactique identique, surveillance à l’hôpilal et
Iraitement.
Malheureusement, la loi prescrivant l’hospitalisation obligatoire
de tous les malades contagieux n’est pas prête d’être votée par les
Chambres. En attendant, la proposition de M. Bordas me paraît
devoir être appliquée partout où il serait possiblé, mais elle sera
insuffisante pour enrayer le fléau qui menace la race, car les prosti¬
tuées ne sont pas de beaucoup les seules propagatrices du spirochète,
beaucoup de nobles et Aonnesles dames leur font une concurrence
intensive, et surtout les hommes contaminés, qui semblent se faire
un plaisir sadique à propager la dissémination de leur mal au hasard
des rencontres amoureuses.
L’organisation de la lutte antivénérienne doit être faite par
l’administration, en accord avec les syndicats médicaux, pour éviter
tout froissement et l’intrusion des recommandations politique's dans
le choix des médecins des dispensaires. Le directeur du bureau
d’hygiène doit être, toutes les fois que cela est possible, le chef
technique du service.
M. le D' Ribot. — A part les soins gratuits donnés aux marins du
commerce par quelques grandes compagnies de navigation, la plu¬
part des marins c^ans les ports sont livrés à eux-mêmes sans con¬
trôle sanitaire.
Les armateurs et les capitaines laissent à la charge des marins
les frais médicaux et pharmaceutiques. 11 les débarquent purement
et simplement en les laissant dans les ports aux soins plus ou
moins attentifs des consuls quand ces marins sont étrangers. — Le
marin français est laissé à lui-même; actuellement il est repris par
l’inscription maritime, s’il est d’âge mobilisable. Mais il n’en est
pas mieux soigné pour cela, car souvent il ne déclare pas sa maladie
et continue à naviguer. Les armateurs n’hospitalisent pas les
marins pour maladies vénériennes. Le marin qui entre à l’hôpital y
séjourne à ses frais; il n’y reste pas jusqu’à guérison faute de res¬
sources, et sort la plupart du temps non guéri et par conséquent
dangereux.
Le marin français ou étranger, livré à lui-même, ne peut pas pro¬
fiter des progrès de la science et du blanchiment rapide par les
méthodes modernes; il court à l’officine du pharmacien, demande
parfois une consultation médicale, mais ne peut pas, pour divérses
• raisons, négligence ou faible salaire, faire les frais de plusieurs
lU] SUR LA PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 103
injections consécutives de Novarsénobenzol ou Galyl, qui agissent'
rapidement sur une syphilis en évolution.
11 faut donc soigner les marins des ports pour éteindre un foyer
latent et permanent de maladies vénériennes. Peut-être pourrait-on
élargir dans ce but les attributions du service sanitaire maritime
qui paraît tout indiqué pour cpllaborer avec l’Inscription maritime,
en organisant le service médical, dont la marine marchande est
totalement dépourvue. Le médecin sanitaire maritime embarqué,
les médecins de la santé et les directeurs de la santé dans les ports
pourraient concourir à ce service médical.
Le service sanitaire maritime est actuellement cristallisé dans la
lutte contre le choléra, la peste, la fièvre jaune qui sont rares en
■raison des mesures prophylactiques réglementaires prescrites et
qui, lorsqu’elles se déclarent, évoluent pour ainsi dire en vase clos,
sur les navires où il est encore assez facile de les juguler. Il n’en
est pas malheureusenient de même pour les maladies vénériennes
et pour la tuberculose dont les germes se répandent facilement sur
le territoire dans les ports où le danger est constant et renouvelé.
Le service sanitaire maritime pourrait surveiller l’état sanitaire
des navires pour toutes les aflections, et contribuer à réaliser la pro¬
phylaxie des maladies vénériennes en procurant des soins aux
marins atteints.
Avant tout embarquement le marin devrait passer une visite obli¬
gatoire à la santé.
A l’arrivée, la visite sanitaire devrait être complète et individuelle.
Pendant le séjour dans le port cette visite devrait être hebdoma¬
daire. Les marins malades pourraient être soignés dans les
services annexes spéciaux et à défaut chez des médecins désignés :
f“ Pour les urétrites simples sans complications;
2“ Pour les récidives d’urétrites sans complications;
3° Pour les syphilis antérieures sans accidents;
4» Pour les traitements d’entretien.
Il serait désirable de soigner à l’hôpital jusqu’à complète guérison
ou stérilisation les autres accidents vénériens aigus ou compliqués.
■ M. le Président. — Cette question si importante pourrait être
traitée au sein d’une commission qui pourrait être composée de
MM. les D” Bordas, Chassevant, Colin, Faivre, Granjux, J. Renault,
Siredey. Si l’Assemblée est de cet avis, conformément à l’article 35
du règlement, cette proposition sera soumise au bureau et au con¬
seil dans su prochaine séauce ?
Cette proposition est adoptée à l’unanimité. i
104 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [12]
COmMUNICATION
CONTRIBUTION
A L’ÉTUDE DE LA POMME DE TERRE
SA VALEUR ALIMENTAIRE
SON UTILISATION POUR LA PANIFICATION
par M. le D-' E. MAUREL.
La pomme de terre occupe une place de plus en plus impor¬
tante dans notre alimentation. Peu de jours se passent sans
que, sous une forme quelconque, nous la voyions figurer sur
nos tables. Mais, de plus, et-surlout dans ces derniers temps,
il a été question de l’utiliser pour suppléer à l’insuffisance de
notre froment'; et, dans ce but, reprenant l’idée de Parmen¬
tier, j’ai fait, dans ce sens, une série d’essais qpi ont été suivis
de résultats, sous certains rapports, des plus satisfaisants.
J’ai donc cru qu’il y avait un réel intérêt, d’abord à rappeler
les travaux de Parmentier et ensuite à faire connaître les
résultats de mes essais.
Mais, en outre, pour permettre de mieux apprécier «e que
peut donner son utilisation, j’ai cru utile de réunir dans ce
travail, la production de la pomme de terre, sa valeur nutritive,
les modifications que leur font subir les différents modes de
préparation et surtout de préciser les conditions dans lesquelles
elle pourrait entrer dans la panification.
Quelques mots d'historique. — La pomme de terre, originaire
des Andes, du Chili et du Pérou, n’est arrivée en Europe, par
l’Espagne, que vers 1534. Elle fut importée en Angleterre peu
après, en 1585; puis en Autriche, en 1588. Elle passa de là
1. Sur l’ordre du ministre du Ravitaillement, 7 août 1917.
[13] CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 105
. dans la Suisse et dans l’est de la France, et enfin en Belgique,
en 1620.' En France, c’est donc en Alsace et en Lorraine qu’elle
paraît avoir pris le plus tôt l’importance dans l’alimentation.
C’est du moins ce qu’il faut conclure de ce qu’écrivait Parmen¬
tier en 1786. Après avoir exhorté tous les cultivateurs fran¬
çais à la culture de ce précieux tubercule, il leur promet la
même récompense de pouvoir dire : « Regardez nos enfants,
nos gens, nos bestiaux, qui se nourrissent de pommes de
terre, ne sont-ils pas aussi sains, aussi vigoureux, aussi con¬
tents et aussi multipliés que dans vos pays à grains*. »
Avant cette époque, quelques essais avaient été faits égale¬
ment dans le Poitou. M. F. Rambaut, dans une courte note,
nous apprend que, dès 1775, Scevolle de Sainte-Marthe, pro¬
cureur du roi à Argenlon, en Berry, publia dans les Archioes
du Poitou un article pour recommander au public la fabrica¬
tion du pain de pommes de terre. En 1778, dans le numéro du
'26 février, Gallot, médecin à Saint-Maurice-le-Girard, en bas
Poitou, rappelle, dans le même journal, la manière de préparer
la fécule de pomme de terre, très connue, dit-il, en Allemagne
et en Alsace; et, le 25 février 1779, le même journal explique
le rare usage de celte fécule par la difficulté de la préparer.
Enfin, en 1782 (14 novembre), les Affiches du Poitou, poussant
toujours à l’ulilisalion de la pomme de terre, donnent une
recette pour en obtenir un fromage d’un goût agréable et qui
se conserve très bien. Toutefois, malgré les efforts de quelques
philanthropes, la pomme de terre fut peu répandue dans le
Poitou; et ce n’est qu’en 1789 quelle aurait apparu sur le
marché de Poitiers.
Quelques essais furent aussi faits en Normandie. Néanmoins,
il résulte de ces recherches que ce sont les deux provinces de
l’est, la Lorraine et l’Alsace, qui, les premières, firent entrer
la pomme de terre largement dans leur alimentation; et ce ne
fut surtout que grâce aux effttrts de Parmentier qu’elle se
répandit dans toute la France.
11 y consacra son temps, ses écrits, toute son activité et son
influence; et, en réalité, si les résultats de tous ces efforts
1. Recherches sur les ve'gélriux uourrisscmts qui, clans les temps de
disette, peuvent remplacer les aliments ordinaires. Imprimerie royale,
Paris, 1786, p. 92.
-106 . SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [14]
ont été un peu tardifs, ils n’en ont pas moins été considé¬
rables, et de nature à satisfaire sa noble ambilion. •
Je dois ajouter, à sa louange, que ces efforts étaient inspirés
seulement par sa philanthropie. Parmi ses écrits, sans chercher
à être complet, je dois citer : Atis aux bonnes ménagères des
villes et des campagne^ sur la meilleure manière de faire leur
pain-, Ses Recherches sur les végétaux nourrissants qui, dans tes
temps de disette peuvent remplacer les aliments ordinaires, de
1781, et surtout son Mémoire sur les avantages que la province
du Languedoc peut relirer'de ses grains. (Imprimerie des États
du Languedoc, en 1786.)
Outre ces travaux et de nombreux articles dans les journaux,
il chercha à répandre l’usage de la pomme de terre, d’abord
en la cultivant*, puis en la faisant apprécier par les personnes
infllienles.^ et même en pétrissant lui-même devant ces per¬
sonnes les pains de pomme de terre qui leur étaient servis
chez elles ou dans des banquets" organisés dans ce but-
M. Guilard a su réunir, dans un article court, mais très sub¬
stantiel, les efforts faits dans ce sens par Parmentier. « En
novembre 1778, écrit M. Guitard^ suivant Bachaumont,
M. d’Espagnac donna un grand repas auquel participèrent M. le
• prince de Montbarrey, M. Amelot, M. IS'ecker, M. Le Noir,
M. Franklin, enfin beaucoup de grands, des académiciens,
des économistes et autres amateurs; on y servit à table d’un
pain fait de ce farineux, et tout le monde l’a trouvé aussi beau,
aussi léger,, aussi blanc, aussi excellent que le meilleur pain
mollet; chacun en a pris et emporté... »
Parmentier fit, à l’Hôtel royal des Invalider dont il était
pensionnaire, une démonstration « avec une sorte d’appareil,
dit aussi M. Guilard, et en présence de M. Le Noir, de M. Fran¬
klin, de M. le baron d’Espagnac, de M. de la Ponce et de plu¬
sieurs officiers de l’état-major ». « Ce pain, ajoute M. Guitard,
fut présenté à Louis XVI. » *
Parmentier sut aussi intéresser les municipalités des grandes
villes à son idée de faire entrer la pomme de terre dans la
1. Louis XVI autorisa Parmentier à cultiver la pomme de terre dans
la plaine des Sablons, située au nord-ouest de Paris, entre Neuilly et
les Ternes.
2. Le paiu K en France au xviiie siècle, par Guitard. bibliothécaire de
la ville de Toulouse, dans le journal La Nature, 1015, 2' semestre, p. 152.
[15] CONTHIBUTION A L’ÉTüDE DE LV POMME DE TERRE 107
fabrication' du pain. Le 16 nivôse an II (5 janvier 1794), le
conseil municipal de Marseille fit établir, chez tous tes bou¬
langers de la ville, les machines propres à la manipulation de
ce nouveau pain.
Un an après, en février 4795, il intéressait à la ‘même ques¬
tion le Comité de Salut public; et celui-ci fit publier le procédé
pour la fabrication du pain avec la pomme de terre, par voie
d’affiches dans toutes les communes de France. M. Guitard
a pu retrouver la reproduction de cette affiche dans un journal
de Toulouse, L' antiterroriste ou Journal des principes du
24 février 1755*.
Une grande partie des efforts de Parmentier furent donc faits
en faveur de l’utilisation de la pomme de terre pour la panifi¬
cation; c’est ce mode d’utilisation qui exigea de lui le plus de
démarches et la plus active propagande. Mais, dans sa pensée,
ce ntétait là qu’un des modes d’emploi de la pomme de terre,
et sûrement ce n’était pas celui qui devait être le plus fréquent.
C’est surtout bouillie ou cuite sous la cendre qu’elle devait être
consommée le plus souvent; et ce n’était qu’à défaut des
céréales, et surtout du blé, que la pomme de terre devait servir
à la panification. Mais, (j^s cette époque, l’usage de la pomme
de terre bouillie ou cuite sous la cendre, ou autrement pré¬
parée, avait déjà triomphé des premières résistances qu’offre
la routine à toute idée nouvelle. La difficulté était seulement
de la faire entrer dans la panification en cas de disette de fro¬
ment, et ce fut pour ce mçde d’utilisation que Parmentier
trouva le plus de résistance. Si, en effet, il put obtenir quelque
satisfaction à voir son pain être jugé avantageusement par
quelques notabilités du monde politique et de la science, il
fut en butte à de nombreuses critiques, qu’il eut, du reste, le
mérite de mépriser. Il le dit nettement dans l’avertissement de
son volume contenant les recherches sur les végétaux nourris¬
sants. « Mais quoique les hommes pour qui on s’occupe le plus
utilement, écrit Parmentier, ne soient pas toujours les plus
reconnaissants, il faut être assez courageux pour braver leur
1. Le pain K en France, au xviir siècle. La Jiature, Revue des Sciences
et de leurs applications aux Arts et à l'Industrie. Guitard, bibliothécaire
de la bibliothèque publique de Toulouse. Masson, Paris, année 1915,
2« semestre, p. 152.
108 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [16j
injusliçe et leur ingratitude. Quand on est enflammé réelle¬
ment du désir de servir ses semblables, on ne doit pas être
arrêté par la crainte d’encourir leur censure; quiconque cache
à la société une vérité précieuse, lui fait un larcin. » El un peu
plus loin : « Au reste, toutes les critiques.,dirigées sur mes tra¬
vaux n’ont pu tempérer le désir que j’avais d’en perfectionner
l’objet; si quelque chose est capable de désoler leurs auteurs,
c’est l’impuissance où ils sont de prouver que mes recherches
aient eu d’autre but que les progrès de l’art et le bi.en général. »
Il ajoute : « Quel autre motif pouvait m’animer? Je ne suis
dans aucune entreprise et ne fais aucun commerce; je ne solli¬
cite ni place ni pensions; je n’ai point d’hypothèse à établir ou
à défendre; ayant entrevu une vérité précieuse, j’ai tâché de
l’appliquer à nos premiers besoins ; en un mot, j’ai proposé ce
que j’avais fait et ce que je croyais qu’il conviendrait de faire ;
ma tâche est remplie. » »
C’est donc seulement dans une pensée philanthropique que
Parmentier s’est fait le vulgarisateur de la pomme de terre
dans ses différents modes d’utilisation, et l’histoife impartiale
lui a depuis longtemps rendu justice. Il a compris et prévu les
immenses services qu’elle pouvait rendre, surtout aux classes
pauvres; et les chiffres que je vais donner prouvent surabon¬
damment que -quelques grandes que fussent ses espérances
pour elle, elles ont encore été dépassées.
En 1781, il^ écrivait, en effet : « Les pommes de terre, comme
mets, se dégustent de mille manières diflérentes et perdent,
dans les accommodages, le goût sauvage qu’on leur reproche.
Elles font partie de la Soupe des pauvres de la Charité de
Lyon, et la base du riz économique qui se distribue chez
les Sœurs-Grises de la paroisse Saint-Roch, à Paris. On pré¬
pare, avec ces racines, des beignets, des gâteaux et des tartres,
qui imitent tellement les tartres d’amandes, qu’elles en
imposent aux plus grands connaisseurs. On en fait différentes
sortes de fromages, une boisson caféiforme, des pâtés de
légumes, des hachis, des boulettes, de la purée et de la
bouillie; elles sont excellentes en salade, à l’étuvée, au roux,
a la sauce blanche, avec la morue et la merluche, eu friture,
à la maître d’hôtel et sous les gigots; on en farcit les dindons
[17] CONTRIBUTION A LÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 109
et les oies rôties; enfin, je ne cesserai de le dire, la pomme de
terre est une sorte de pain que la nature ofifre tout fait aux
hommes, et qui n’a besoin que d’être cuite dans l’eau ou sous
la cendre pour devenir un aliment digestible et très nourris¬
sant*. »
Après 137 ans, il n’y a rien à retrancher de ce qu’a écrit
Parmentier sur les divers modes d’utilisation de la pomme de
terre, et sur les éloges qu’il en a fait. 11 faut, au contraire, y
ajouter que depuis d’abord elle a pris une place des plus impor¬
tantes dans l’industrie et ensuite qu’elle a conquis à sa culture
et à son usage le monde entier.
L’utilisation de la pomme de terre pour la panification était
donc liée, dansla pensée de Parmentier, à celle d’insuffisance du
froment et des autres céréales. Mais tant que l’on avait du fro¬
ment, c’est avec lui que l’on devait préparer son pain; car,
écrit Parmentier*, « le pain (de froment) n’est pas seulement
l’aliment le plus facile à fabriquer, le plus commode à trans¬
porter et le plus économique dans son usage, il est encore le
plus analogile à la constitution humaine, il renferme les dififé-
rentes parties qui constituent essentiellement la nourriture... »
Mais le froment et les autres céréales servant à la fabrication
du pain peuvent manquer; et, comme une partie de la popu¬
lation a tellement l’habitude de manger du pain, qu’elle ne
peut pas s’en passer, pour satisfaire ses goûts, on pourra s’adres¬
ser à la pomme de terre qui permet de faire un pain qui, au-
moins, pir son aspect et son goût peut remplacer celui de
froment. Mais, de plus, cherchant à remédier aux affreuses
conséquences de la disette, conséquences qui frappent surtout
sur la classe pauvre, Parmentier, toujours inspiré par ses idées
philanthropiques, s’est livré à un travail des plus méritoires, en
indiquant les nombreuses plantes qui, dans ces pressantes
conditions, pourraient à la rigueur être utilisées pour l’ali men ta-
tion. Partant de ce principe, en partie resté vrai, que la partie
la plus nutritive des céréales et des légumineuses est l'amidon,
1. Recherches sur les végétaux nourrissants gui, clans les temps de
disette, peuvent remplacer les aliments ordinaires, p. 107. Imprimerie
royale. Paris. 1781.
2. Page 397, des Recherches sur les végétaux nourrisseurs.
no SOCIÉTÉ DÉ MÉDECINE PUBLUJÜE [18]
il considère comme pouvant servir à l’alimentation toutes les
plantes qui en contiennent.
« Après avoir démontré par tout ce que l'expérience et
l’observation nous apprennent que la partie principalement
nutritive deS farineux est l’amidon, et que cet amidon séparé
du corps où il se trouve contenu, réuni souvent à des matières
pulpeuses, glulineuses, muqueuses, passe à la fermentation et
se change en véritable pain, je ne dois plus m’occuper que de
chercher dans les végétaux qui en fournissent de quoi suppléér
à la disette des grains et autres substances alimentaires dont
l'usage est le plus ordinaire et sera toujours préférable. »
« On a été longtemps dans l’opinion que les semences étaient
le seul réceptacle de l’amidon, et qu’elles appartenaient à la
grande famille des graminées; mais il n’est plus permis de
douter maintenant qu’il ne se rencontre également dans les
légumineuses, dans uneintînitéd’autressernences etde racines
de différentes classes. J’oserais presque avouer qu’il n’y a point
de parties de la fructification des plantes où il ne se trouve
contenu, qu’il est le même quel que soit le corps d’où on
l’extrait, que l’amidon des semences n’est pas plus atténué que
celui des racines et que les marrons d’inde en fournissent
d’aussi doux que le froment*. »
Après avoir consacré une étude spéciale au marron d'inde et
au gland pour en faire ressortir l’utilité que nous pourrions en
.tirer pour notre propre alimentation, il passe en revue les dif¬
férentes plantes que nous pouvons utiliser dans le même ca<.
Il les divise en trois groupes : 1° celui des plantes incultes dont
la racine contient de l’amidon, qu’il faut extraire pour faire de
la bouillie ou du pain”; 2“ celui des plantes incultes dont la
1. Pap 167. Même traité.
2. Aristoloche ronde, Astragale grimpante, Bardane cotoneuse, Bella¬
done, Grande Bistorte, Bistorte moyenne, Bryone, Concombre sauvage.
Colchique des montagnes. Colchique ordinaire, Filipendule, Fuiiielerre
bulbeux, Glayeul, Hellébore noir, Imperatoire, Iris sauvage. Iris jaune,
Iris puant, Jusquianie, Mandragore, Menanthe, Patience sauvage. Patience
aquatique. Patience des Alpes, Persil des montagnes, Pied-de-Veau com¬
mun, Pied-de-Veau courbe, Pied-de-Veau serpentaire, Pied-de-Veau des
marais. Pivoine, Renoncule bulbeuse, Saxifrage des prés, Scrofu'ciire
noueux, grand Sureau, petit Sureau.
[19] CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 111
semence ou la racine farineuse peuvent servir en totalité à la
nourriture*, et 3° celui des plantes incultes dont la racine
sans être farineuse peut servir en totalité à la nourriture'.
Comme on le voit, d’après l’énumération que je viens de
reproduire, les végétaux auxquels, d’après Parmentier, nous
pourrions demander au moins un peu d’amidon sont nom¬
breux; et peut-être, dans le nombre, y en a-t-il qui sont encore
trop dédaignés. Peut-être quelques-uns pourraient déjà être
utilisé.s tels que nous les offre la nature sans culture, et peut-
être d’autres seraient cultivés avec avantage. Ces deux idées de
Parmentier, dans leur généralité, restent bien établies que
toutes les plantes contiennent de l’amidon, et que cet amidon
extrait et débarrassé de tout produit toxique doit pouvoir être
utilisé pour l’alimentation. Mais jusqu’à présent, je crois que
malgré les indications de Parmentier, toutes sont restées des
plantes incultes, comme il les avait trouvées. La pomme de
terre, au contraire, a conquis le monde entier. En France, les
jours sans pomme de terre sont rares; et sa consommation est
encore plus considérable en Allemagne et en Angleterre.
En France, pendant que vingt ans avant la fin du xviii' siècle,
en 1780, elle n’était encore utilisée largement que par les pro¬
vinces de l’est, elle se répandit rapidement à la fin de ce siècle
et au commencement du xix®, si bien que déjà en 1813 sa pro¬
duction dépassait 16 millions de quintaux métriques et que dans
les cinq années qui suivirent cette production fut doublée. En
1821, élle était de 32.597.988 quintaux et sa culture occupait
déjà 364.340 hectares. Depuis, du reste, comme on peut le voir
par les quantités que je reproduis, les surfaces que la France
1. Averon, Blé-de-Vache, Carotte sauvage, Châtaigne d’eau, Créte-de-Coq,
Drone, Espargoulle, Eéverolle', RomÀital, Jacinthe des bois. Manne de
Prusse, Marcusson, Narcisse, Nielle des blés, Orobe tubéreux. Panais
sauvage, Pied-de-Lièvre, Pois des champs, Bronouée continida, Saoguineüe,
Sarrasin grimpant. Sonchet rond. Terre-noix, Trèfle ailé, Tulipe sauvage.
2. Acbe des marais, Ache des montagnes, Argentine, Asphodèle blanc,
Asphodèle fisluleux, Campanule ganlelée. Chardon argentin. Chardon
cummun, Chervi, Chicorée sauvage, ^Cirse des marais. Grande Gonsoude,
Petit Laurier-rose, Maceron, Nénuphar blanc, Onogra, Orchis femelle,
Orchis mâle, Orchis ordinaire, Orchis palmé, Orchis pyramidal, Orchis
fatignon, Ornathogale jaune, Ornathogâle ordinaire. Scorsonère des prés.
Trèfle aquatique.
m SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [20]
lui a consacrées sont toujours augmentées et avec elles les pro¬
ductions.
SUPERFICIE PRODLXTIOH
1815 . )■ 16.314.4'38
1821 . 564.340 32.597.588
1831. .... 635.085 52.116.450
1841 . 970.453 85.257.778
1851 . 922.177 53.010.405
1861 . 1.042.730 70.513.212
1871 . 1.127.191 84.717.692
1881 . 1.343.246 101.345.350
1891 . 1.492.736 111.672.583
1901 . 1.545.992 120.1Q5.930
1911 . 1.559.130 127.747.300
1913 . 1.548.070 135.839.652
Ainsi, depuis les efforts de Parmentier et les vingt années
qui les suivirent, la pomme de terre s’était répandue àun point
que sa production dépassait déjà 10 millions de quintaux, et
que plus de 200.000 hectares étaient déjà consacrés à sa cul¬
ture. Parmentier put jouir de cet immense succès dû en
grande partie à son inlassable propagande; et dans lequel il
dut trouver une grande satisfaction, récompense des mieux
méritées de ses persévérants efforts.
Mais les heureux résultats de ces efforts ne se sont pas seu¬
lement fait sentir en France. Comme je l’ai dit, la pomme de
terre a conquis le monde entier, et l’on peut en juger par le
tableau suivant dans lequel j’ai réuni la production de la
presque totalité des pays européens. Il manque à ce tableau
la Grèce, la Suisse, l’Espagne et le Portugal, qui, cependant
doivent la produire; mais leai autres réunis arrivent à une pro¬
duction totale de 1.429.293.312 quintaux métriques. Or, en
admettant, pour la population approximative de l’Europe, le'
total de 400 millions, on voit que la production de la pomme
de terre en assure à chacun de ses habitants plus de 3 quintaux.
Cette proportion est, du rester depuis le commencement de ce
siècle, dépassée pour la France qui, pour moins de 40 millions
d’habitants de tous âges, en récolte 134 millions de quintaux.
t21J CONTRIBUTION -A L’ÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 113
Je n’ai pas d’une manière complète les productions des autres
pays ; mais elle est aussi cultivée dans de nombreuses régions
de l’Asie, de l’Amérique dont elle est originaire et aussi de
l’Australie. J’ai réuni quelques-unes de ses productions dans le
tableau suivant. On peut y voir que le Japon en récolte plus
de 7 millions de quintaux, la République Argentine 10 millions
de quintaux, le Canada 21 millions et les Etats-Unis 116 mil¬
lions.
Culture et production de la pomme de terre,
en 1912 et 1913.
1
SUPERFICIE
SURFACE
SURFACE
m
Russie d’tiirope. .
1913
303.693.970
201.751.370
3.377.060
Suède .
1911
41.035.360
3.339.611
132.201
Norvège ....
191U
30.963.300
1.137.811
42.06(
Danemark . . .
1912
3.897.114
2.747.184
61.141
Turquie d’Europe .
22.285
Bulgarie ....
1912
9.634.550
3.385.09c
3.484
Serbie .
1912
4.830.260
4.304
Roumanie . . .
1912
13.017.700
6.131.127
36.106
Allemagne . . .
1913
54.064.787
26.557.313
3.412.201
Hollande ....
1913
3.262.709
. 2.444.530
169.998
Autriche-Hongrie .
1912
60.493.060
32.609.193
1.966.481
Angleterre . . .
1913
31.370.826
18.911.300
479.511
Belgique ....
1913
2.945.557
1 885.357
159.871
Italie .
1913
28.661.037
14.718.900
292.300
France ....
1913
j 53.640.800
39.960.649
1.531.150
Japon 1
As
1 ”
U.
1 6.817.692
1 73.895|
Canada . |
1913 1
Amérique.
191.600
|H|
Etats-Unis . . .1
1913 1
»
1.484.000
Rép. Argentine. 1
1913 (
112.330
BH
D’après ces quelques chiffres, il semble donc que c’est en
Europe que la culture de la pomme de terre est la plus répan¬
due, et qu’en tenant compte de la superficie totale de ses
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
lU
nations, c’est l’Allemagne qui tient le premier rang avec une
production de 541 millions de quintaux. La Russie d’Europe
vient après avec 336 millions, et l’Autriche-Hongrie avec
164 millions. La France, malgré sa grande production n’occupe
que le rang.
En ne tenant compte que de son poids, la pomme de terre
est donc au moins un des végétaux dont la production est la
plus élevée. Seuls le froment et le, riz peuvent rivaliser avec
elle à ce point de vue. Mais nous verrons bientôt que ces deux
céréales l’emportent beaucoup sur elle par leur valeur nutri¬
tive.
Composition de la pomme de terre. — Quel que soit le pays de
sa production, la pomme de terre conserve sensiblement la
même composition. Elle est toujours riche en eau, pauvre en
azotés et en corps gras, assez riche en matières salines et elle
doit sa valeur alimentaire surtout à ses hydrates de carbone, ,
qui représentent environ le cinquième de son poids. Je réunis
dans le tableau suivant les moyennes données par Konig,
d’après Siderski, par Molescholt et par Balland. J’y ajoute
l’analyse de quelques variétés empruntées à Balland et citées
par A. Gautier et par Alquier.
Composition des diliérentes pommes de terre.
|23] CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 115
Sauf pour les deux dernières analyses dues à Alquier, les
autres ont été faites sur la pomme de terre crue. Elles donnent
sûrement des indications utiles, parce qu’elles nous fixent sur
la composition dans cet état et qu’elles nous permettront
d'apprécier les modifications que lui font subir les différents
modes de cuisson. Ces analyses, faites dans des régions diffé¬
rentes, et par conséquent ayant porté sur les pommes de terre
récoltées dans ces différentes régions font bien ressortir ce
point important que, quelle que soit leur pays de production,
leur composition varie réellement bien peu., En s’en tenant aux
moyennes, on voit, par ce tableau, que l’eau reste dans les
proportions de 70 à 78 p. 100, les azotés de 1 à 2 grammes, les
corps gras de 0 gr. 10 à 0 gr. 15 ; les hydrates de carbone de
20 à 25 grammes; les matières salines 1 gramme environ ; enfin
on peut estimer les calories entre 100 à 125.
La culture a multiplié les variétés, on peut citer parmi les
plus importantes, la Early rose, celle d’Hollande, d’Auvergne,
de Bourgogne, Hâtive Saint-Jean, Royale bleue. Saucisse
rouge. Mille yeux, Vitelotte, rosace d’Allemagne. Mais quelle
que soit la variété, je reviens sur ce point, la composition
reste sensiblement la même; et si l’analyse fait constater des
différences, ces dernières portent surtout sur les quantités
d’eaü et dépendent du terrain plus que de la variété.
J’ai dit que les matières salines sont dans les proportions de
1 p. 100; et d’après les analyses rapportées par M. Gautier, on
peut voir que ces matières sont composées pour plus de
*50 p. 100 de sels de potasse combinés surtout avec l’acide
citrique et l’acide malique. L’acide phosphorique n’arrive pas
à 10 p. 100, l’acide sulfurique à 3 p. 100, et la soude n’y figure
qu’à l'état de traces.
Modifications subies par la pomme de terre suivant ses divers
modes de cuisson.
Comme Parmentier l’avait déjà fait ressortir à la louange de
la pomme de terre, celle-ci peut être consommée de bien des
manières. Mais quelle que soit la forme dernière de sa consom¬
mation, elle y est préparée par un de ces trois modes de cuis-
116 ■ . SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE 124]
son. 1° Cuisson dans l'eau; 2® cuisson dans les corps gras;
3“ cuisson sous la cendre.
La cuisson dans l'eau leur laisse leur poids. Elles peuvent
augmenter ou diminuer, néanmoins toujours dans de très fai¬
bles proportions. Mais pendant ce mode de cuisson, elles per¬
dent une partie notable de leur matière saline. D’après les
expériences que j’ai faites avec Carcanague, sur 1 gr. 25 de
matières salines que contenaient 100 grammes de pommes de
terre crues, cette quantité était déjà ramenée à O gr. 78 après
vingt minutes d’ébùllition, à 0 gr. 53 après trente minutes et à
O gr. 34 après trois heures, correspondant à la cuisson com¬
plète. Comme on pouvait le prévoir, les pertes salines pendant
la cuisson dans l’eau, même de courte durée portent sur la
potasse. Tandis que nous en avions trouvé 0 gr. 382 pour
100 grammes de pommes de terre crue. Cette ébullition n’en
laissait que 0 gr. 183, soit sensiblement la moitié après trente
minutés et seulement 0 gr. 098 après la cuisson complète, soit
à peu près un quart. La cuisson dans l’eau diminue donc beau¬
coup les matières salines de la pomme de terre et surtout ses
sels de potasse. Mais nos habitudes, après leur cuisson, et
même pendant celle-ci, nous font ajouter du chlorure de
sodium, dans une proportion qui le plus souvent dépasse celle
des sels de potasse.
Cette modification des matières salines est la même pour
tous les modes de consommation de la pomme de terre qui
exigent la cuisson dans l’eau : en purée, en croquettes, et
aussi dans son emploi pour la panification. Mais cette modifi¬
cation est à peu près la seule ; sa valeur alimentaire reste la
même à poids égal.
Cuisson dans les corps gras. — Mais il en est bien autrement
quand on les fait frire. Ce mode de préparation d’abord exige
l'épluchage; et confié à des bonnes, il fait perdre, d’après
mes observations, 20 p. 100, ce qui constitue une perte réelle
considérable. La friture diminue également leur poids ; mais
celle diminution porte surtout sur l’eau sans abaisser leur
valeur alimentaire. Après leur épluchage, la friture leur fait
jterdre, comme poids, 48 p. 100; mais à poids égal leur valeur
alimentaire, ainsi que le prouve l’analyse donnée par Alquier,
[25] CONTRIBUTION A LÉTUDE UE LA POMME DE TERRE ÎIT
est sensiblement augmentée. L’eau est ramenée à 43 p. 100, les
azotés sont portés à 4 p. 100 environ, les hydrates de carbone
à 44 p. 100 et la valeur en calories à 336, au lieu de 100 à 125.
Enfin, fait digne de remarque, les matières grasses qui, à l’état
cru et après la cuisson dans l’eau sont dans les environs de
0 gr. 10 p. 100, arrivent après la friture à dépasser 6 grammes.
La pomme de terre pendant ce mode de cuisson absorbe donc
les corps gras qui servent à la faire cuire.
Il en est de même probablement pour les pommes de terre
nouvelles qui sont frites sans être soumises à l’épluchage.
Elles perdent également 43 p. 100 de leur poids, mais cette
perte porte surtout sur leur eau; et, par conséquent, ^ans
diminuer leur valeur alimentaire, celles-ci comme pour les
pommes de terre frites doivent même absorber les corps gras
dans lesquels on les fait cuire.
Mes recherches faites avec Carcanague nous ont montré ces
autres faits intéressants :
1“ Que tandis que la cuisson dans l’eau diminue, nous l’avons
vu, la potasse de la pomme de terre, la cuisson dans les corps
gras ne les modifie que beaucoup moins. Le tableau suivant
donne nos résultats après la cuisson dans l’huile, la graisse et
le beurre '.
Pertes des matières salines totales et du potassium
pendant la cuisson dans l'eau et les corps gras.
Gomme on le voit, les sels de potassium fortement diminués
dans l’ébullition dans l’eau le sont beaucoup moins dans les
1. Quatrième votume démon Traité de l'alimentation et de la nuMtion
à Tétai normal et pathologique. Doin, Paris, 1912, p. 153.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[261
corps gras. La différence existe aussi pour les autres matières
salines, mais beaucoup moins prononcées.
11 faut donc retenir que la cuisson de la pomme de terre
dans les corps gras diminue peu sa richesse en potasse.
Mais, de plus, nos recherches avec Carconague nous ont fait
constater un autre fait intéressant en ce qui concerne les sels
de chaux. Tandis que dans la cuisson dans l'eau les sels de
potassium sont très diminués, et que les sels de chaux le sont
moins, dans la cuisson dans l’huile ce sont ces derniers qui le
sont le plus. Le tableau suivant va faire ressortir cette diffé¬
rence*.
Modifications subies par le calcium des pommes de terre,
pendant leur cuisson dans Teau ou dans l'huile.
modes de cuisson. . .
Sels totaux et calcium . <
moy. de 5 expériences • 1,290| 0,U5
0,57 0,069
0,750 0,020
Comme on le voit ;
1“. D’une part les sels totaux perdent davantage dans la
cuisson dans l’eau que dans celle dans les corps gras ;
2“ Au coütraire, le calcium perd beaucoup plus dans les corps
gras que dans l’eau.
Ces différentes constatations conduisent à des applications
pratiques que l’on peut résumer dans les propositions sui¬
vantes ;
1“ Il y a une économie environ de 2o p. 100 à consommer les
pommes de terre bouillies, parce que ce mode de cuisson évite
l’épluchage.
2° La cuisson dans l’eau ne modifie pas sensiblement le poids
1. Modifications apportées par la cuisson dans les sels de calcium nor¬
malement contenus dans les végétaux par Carconague (Société i!e méde¬
cine de Toulouse, juillet 1910).
[27J CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 119
des pommes de terre. Elle leur laisse intacte leur valeur ali¬
mentaire. Elle ne diminue que leurs matières salines, notam¬
ment les sels de potasse, qui, dans leur préparation sont rem¬
placés par le chlorure de sodium. Elle ne diminue que
beaucoup moins les sels de chaux.
La friture et le rissolage leur enlèvent une partie impor¬
tante de leur eau. Ces préparations ne diminuent que peu leurs
sels de potasse et beaucoup leurs sels de chaux. Elles augmen¬
tent les corps gras; et, pour le même poids, elles triplent leurs
azotés et aussi leur valeur en calories.
A poids égal la pomme de terre frite ou rissolée a donc
environ une valeur alimentaire au moins Irois fois supérieure
à celle de la pomme de terre bouillie.
Cuisson sous la cendre. — Ce mode de cuisson est depuis
quelque temps le moins employé des trois. Quoique ces
résultats* n’aient pas été soumis à l’analyse, les conditions
dans lesquelles elle s’opère ne laissent aucun doute sur ces
points qu’elle doit diminuer la quantité d’eau et que, par con¬
séquent, à poids égal, elle rend la pomme de terre plus nutri¬
tive. Il est probable aussi qu’elle modifie une partie de
l’amidon en le transformant en dextrine. Quant aux matières
salines elles ne sont pas modifiées, mais la diminution de
l’eau augmente leur concentration, et rend la pomme de terre
plus sapide.
Poussée un peu loin, la cuisson sous la cendre ou au four
diminue le poids de la pomme de terre au moins d’un quart et,
par conséquent, les 100 grammes ainsi cuits doivent donner
dans les environs de 2 grammes d’azotés et arriver entre l2o et
ISO calories.
De ces trois modes de cuisson, c’est celui dans l'eau qui est
de beaucoup le plus fréquent. C’est lui qui prépare la pomme
de terre au plus grand nombre de ses modes de consommation
tels que les salades, les purées, les croquettes, les beignets et
aussi son utilisation pour la panification. La cuisson dans les
corps gras est aussi assez fréquente par son emploi dans les
ragoûts, et aussi à l’état de friture. C’est principalement à ce
mode de cuisson que se préparent les pommes de terre jeunes.
120 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [28]
les pommes nouvelles. On les fait rissoler. Il en est de même
assez souvent de ces mêmes pommes de terre qui servent de
garniture aux viandes rôties, notamment au gigot, aux côte¬
lettes et aux bifleacks.
Ce mode de cuisson donne, en général, plus de sapidité à la
pomme de terre. D’une part, en effet, comme son eau est dimi¬
nuée, ses matières salines se trouvent plus concentrées. Celles-
ci, de plus, sont augmentées par le chlorure de sodium qui
leur est ajouté pendant leur cuisson. En outre, une partie de
leur amidon est transformée en dextrine; et enfin, je l’ai dit,
en cuisant dans les corps gras, elles en absorbent une partie.
Or, ces corps gras, soit par leur origine, soit par suite de leur
cuisson sont toujours chargés d’arome. Aussi d’une manière
générale, les pommes de terre rissolées sont-elles préférées à
celles servies seulement bouillies. Au point de vue de la sapi¬
dité cette préférence est tout à fait justifiée; mais je trouve à
la cuisson dans l’eau l’avantage de débarrasser la pomme de
terre d’une partie importanle de ses sels de potasse; et il me
semble que l’hygiène des organes digestifs et des reins ne peut
qu’y gagner au moins chez les personnes qui ont à ménager
ces organes; notamment les dyspeptiques, les néphrétiques et
en général toutes les personnes âgées.
Quant à la cuisson sous la cendre, elle devient de plus en
plus exceptionnelle, par l’usage de plus en plus répandu du
charbon et du gaz pour la préparation de nos aliments.
Après ces. indications d’abord sur la composition chimique
de la pomme de terre et ensuite sur les modifications que font
subir à cette composition les procédés de sa cuisson, nous
pouvons aborder avec fruit la question de son utilisation pour
la panification.
Des différents pains de Parmentier avec la pomme de terre *.
— Parmentier a conseillé trois pains dans lesquels la pomme
de terre entre dans des proportions différentes ; et il les a lui-
même distingués sous les noms suivants ; « Le pain de pom¬
mes de terre tel qu’on l’a composé jusqu’à présent ne mérite
1. La description de ces procédés aurait pu être abrégée, mais j’ai
préféré les donner tels que Parmentier les avait décrits.
[29] CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 121
nullement qu’on le qualifie de ce nom, puisque ce SQnt tou¬
jours les farines avec lesquelles on le prépare qui y dominent ;
mais celui dont il s’agit est tout le contraire. On peut donc les
distinguer par ces nuances : du pain de froment mélangé avec
des pommes de terre, du pain de pommes de terre mélangé
avec du froment; enfin le pain de pommes de terre sans mé¬
lange «
Ce sont donc là trois qualités différentes de pain de pommes
de terre ; et Parmentier, après les avoir tous fabriqués, a décrit
plusieurs fois les procédés pour les bien préparer.
Pain de froment mélangé avec la pomme de terre. « Pour pré¬
parer du bon pain de pommes de terre *, il faut que ces racines
s’y trouvent dans les proportions de parties égales avec la
farine des autres grains.
« Pour cet effet, on fera cuire les pommes de terre dans l’eau ;
on en ôtera la peau, on les écrasera bouillantes avec un rou¬
leau de bois, de manière qu’il ne reste aucuns grumeaux et
qu’il en résulte une pâte unie, tenace et visqueuse; on prendra
la moitié de la farine destinée à la pâte, dont on préparera
le levain d’une part; de l’autre les pommes de terre écrasées
et broyées sous un rouleau de bois; on mêlera l’un et l’autre
avec le restant de la farine, et ce qui est nécessaire d’eau
chaude... Quand la pâte sera suffisamment levée, on l’enfour¬
nera, en observant que le four ne soit pas autant chauffé que
de coutume, et on aura soin de le laisser cuire plus longtemps.
Ce pain est bon, savoureux, bien levé, se lient frais longtemps
et est de bonne digestion. »
Pain de pommes de terre sans mélange''. — « Avant de
transformer les pommes de terre en pain, écrit Parmentier,
il faut les rendre propres par des opérations préliminaires qui
mettent leurs parties constituantes en élat de se combiner avec
l’eau et d’acquérir, par ce moyen, une mollesse et une flexi¬
bilité favorables au pétrissage ainsi qu’au mouvement de fer¬
mentation panaire qui doit s’y établir.
1. Beeltfrches sur le.',- végétaux nourrissants, p. 142.
2. Mémoire sur les avantages que la province du Languedoc peut
relirer de ses grains. Imprimerie des États du Languedoc. Paris, nSS,
p. 370.
3. -Même mémoire, p. 3Sü.
122 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [30]
Oa divise les pommes de terre lavées à l’aide d’une râpe
montée sur un châssis; et ces racines, ainsi râpées, offrent une
pâte liquide qu’ûn délaie dans l’eau avec les mains; on verse
le tout dans un tamis placé aü-dessus d’un autre vase. L’eau
passe trouble au travers et entraîne avçc elle l’amidon, qu’on
trouve déposé à la partie inférieure. On jette l’eau et on en
ajoute de nouvelle, jusqu’à ce qu’elle cesse d’être teinte; on
décante le précipité et on l’expose par morceaux au soleil ou
â, l’étuve; à mesure qu’il se sèche, il prend l’élat blanc et
brillant. C’est un amidon qui, tamisé à travers des bluteaux
d’un tamis serré, acquiert une ténuité qui le rend comparable
au plus bel amidop de froment.
D’un autre côté, on prend les pommes de terre cuites et
conservées en pâte, comme on l’a déjà dit; on en mêle une
demi-livre, autant de leur amidon; quatre onces d’eau et un
peu de levain ordinaire; le mélange est mis dans un endroit
pendant trois heures; au bout de ce temps, on ajoute ce
levain à un même poids d’amidon et de pulpe, et un demi-
gros de sel; on pétrit le tout, on divise la pâte, on la façonne,
an la distribue par pains d’une demi-livre qu’on met dans des
pannetiers pendant deux ou trois heures; on les met au four
et on les y laisse encore une heure et demie.
Le pain de pommes de terre est donc composé de moitié
4’amldon et de moitié de pulpe, d’un demi-gros de sel par
livre de mélange. L'eau, qui forme le cinquième environ de la
masse générale, se dissipe en entier durant la cuisson; en
sorte que, pour obtenir une livre de ce pain, il faut trois livres
et demie de pommes de terre, c’est-à-dire neuf onces d’amidon
et autant de pulpe ; mais il est important de remarquer que,
dans ce déchet, nos racines n’ont perdu que leur humidité
surabondante, la matière nutritive qu’elles renferment, loin
d’avoilf été affaiblie dans ces effets, n’a pu que beaucoup gagner
par la fermentation panaire qui, comme l’on sait, améliore
tous les farineux indifféremment, en augmentant leur volume
et leur dissolubilité dans l’estomac. »
Après la description qu’il avait donnée de ce procédé dans
son ouvrage sur les végétaux nourrissants, Parmentier, pour
favoriser la fermentation de ce pain, avait conseillé d’ajouter
à la pâte un peu de levure de bière délayée dans l’eau (p. 139).
[31] Contribution a l’étude, de la pomme de terre 123
Pain de pommes de terre mélangé de froment. — Ce pain ne
diffère du précédent que par l’addition d’une faible quantité
de farine de froment ou d’une autre céréale, addition qui
a pour but de favoriser la fermentation. Je reproduis le pas¬
sage que lui a consacré Parmentier dans sou livre sur les
végélaux nourrissants* (p. 141).
« Quoique la fabrication du pain de pommes de terre ait été
exécutée avec succès par différentes personnes, je ne discon¬
viens pas qu’elle ne soit encore au-dessus de l’intelligence des
gens de la campagne, pour lesquels j’écris; mais, on la
rendrait bientôt plus aisée avec une poignée de farine de fro¬
ment, de seigle ou d’autres grains; la pâte alors prend plus
de consistance et de viscosité; elle lève mieux et plus parfai¬
tement; enfin, le pain a plus de qualité. 11 me semble déjà
entendre mille voix s’élever contre ce moyen et crier qu'il
n'est pas nouveau, puisque c'est là précisément ce que tout le
monde fait. Je demande, avant qu’on ne prenne un parti, de
vouloir bien faire attention à l’éclaircissement qui suit :
La plus grande dose de pommes de terre qu’on soit par¬
venu à introduire dans la pâte des différents grains, c’est
parties égales; or, je crois avoir démontré que ces racines ne
fournissent tout au plus un tiers de leur poids de matière
substantielle, et que, pour produire une livre de nourriture
comparable ^ celle d’une même quantité de pain de froment,
il fallait employer trois livres de pommes de terre au moins,
de manière que si un seul homme consommait par année
environ 300 livres de blé, le supplément en question ne pour¬
rait en épargner qu’un quart au plus. Mais ici, la chose est
absolument différente; une pâte de pommes de terre est presque
aussi solide que celle qui résulte des meilleurs farineux, et
une livre donne communément trois quarterons de pain qui
nourrit très bien. Or, un douzième de farine, que je propose
d’ajouter, deviendrait toute la dépense, et il arriverait qu’avec
cinquante livres de grains, suffisant à peine pour la subsis¬
tance d’un mois, on aurait du pain toute l’année. »
1. J’ai pris les procédés des deux autres qualités de pain de poinmes
de terre dans son mémoire sur les avantages que le Languedoc peut
tirer de ces groins, parce que ce mémoire a été fait cinq ans après. Mais,
dans ce dernier travail, Parmentier ne donne pas ce troisième procédé.
124 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [32]
Telles sont, d’après Parmentier, les trois procédés pour
utiliser la pomme de terre pour la panification. Or, voyons
qu’elle est la valeur approximative des pains qui résultent de
chacun de ces trois procédés, en se basant sur la quantité de
farine de froment et la quantité de pommes de terre qui entrent
dans leur composition.
Composition de 100 grammes de ces pains *.
seul celui contenant SO p. 100 de farine de froment a une
valeur alimentaire appréciable comme azotés et comme calo¬
ries. L,a valeur alimentaire des deux autres, surtout de celui ne
contenant que de la pomme de terre, est négligeable. Ils
contiennent encore une certaine quantité de fécule, mais
presque pas d’azotés. Le kilogramme du pain de pommes de
terre sans mélange ne contient que 18 grammes d’azotés; il
faudrait donc plus de o kilogrammes de ce pain pour trouver
les 100 grammes d’azotés que l’on attribue généralement à
l’adulte. Avec le pain à 30 p. 100 de pommes de terre, il faudrait
1. Cette composition est celie de ia farine et de la pomme de terre.
Mais ceiie du pain qui en résulterait contiendrait en plus i’eau mise
pour le pétrissage. Ces mélanges donnent 130 grammes pour 100 grammes.
On voit que la valeur nutritive de ce pain devrait être diminuée environ
d’un tiers.
[33] CONTRIBUTION. A L’ÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 125
encore plus d’un kilogramme et demi, pour trouver environ
90 grammes d’azotés. 11 faut donc savoir que les pains préparés
par Parmentier ainsi, du reste, que tous ceux dans lesquels la
pomme de terre enire en notable proportion, sontpeu nutritifs.
Pour ne pas faire trop baisser la valeur alimentaire de notre
farine en y mettant de la pomme de terre, cette dernière ne
doit pas dépasser la proportion de 20 p. 100. Cette proportion
laisse au kilogramme de ce pain une valeur en azotés de
83 grammes, soit de 42 gr. 23 pour les 500 grammes. Si l’on
adoptait le pain de pommes de terre avec 50 p. 100, dont les
500 grammes ne donnent que 30 grammes d’azotés, il faudrait
avoir soin de faire entrer dans le régime des aliments pouvant
établir la compensation; on l’obtiendrait, du reste, facilement
avec les légumes secs. Peut-être, comme je vais le proposer,
cette compensation pourrait être faite dans le pain lui-même,
en faisant entrer dans sa fabrication une certaine porportion
de farine de fèves qui contient dans les environs de 25 p. 100
de substances azotées.
En mélangeant 50 p. 100 de farine de froment, 20 p. 100 de
farine de fèves et 30 p. 100 de pommes de terre bouillies, on
obtiendrait un mélange contenant, pour 100 gr., 10 gr. 60
d’azotés, et donnant 282 calories. En admettant que ces
100 grammes de mélange, après le pétrissage et la cuisson
donnent 130 grammes de pain, les 100 grammes de pain con¬
tiendraient 84 grammes d’azotés et donneraient 216 calories,
quantités assez rapprochées de celles fournies par nqtre pain
habituel pour que la pratique puisse s’en contenter.
Procédé suivi dans mes essais. — Mes essais ont été faits à la
boulangerie du Bureau de bienfaisance de Toulouse ; et j’ai
trouvé dans son personnel l’intelligence et la bonne volonté.
Il s’est intéressé à ces essais et il a ainsi fortement contribué
à ces heureux résultats.
Au début, j’ai employé la farine de froment blutée à 83 p. 100
additionnée de 20 p. 100 de farine de maïs, elle-même blutée
à 80 p. 100. Pour 80 p. 100 de ce mélange, j’ai ajouté 20 p. 100
de pommes de terre bouillies. Mais, dans la suite, grâce à
SOCIÉTÉ , DE MÉDECINEi. PUBLIQUE
[34] ‘
l’obligeance de M. le Préfet, j’ai pu avoir de la farine de
froment blutée à85 p. 100 sans mélange ; et c’est à cette farine
que la pomme de terre bouillie a été réunie successivement
aux proportions de 20, 30, 40 et 50 p. 100.
Les quantités de pain faites à chaque essai ont varié de 5 à
10 kilogrammes. En même temps que l’on faisait des pains
avec de la pomme de terre, on fai.sait, comme termes de com¬
paraison, du pain de même forme avec la farine pure de
froment/blutée à 85 p. 100.
Les pommes de terre, après avoir été soigneusement bouil¬
lies, étaient débarrassées de leur pellicule et mise en pulpe en
les écrasant avec soin, et aussitôt mêlées avec l’eau qui dévait
aussi recevoir la farine.
C’est le levain provenant de lapâte faite avec lafarine blutée
à 85 p. lOÜ et additionnée de 20 p. 100 de farine de maïs blutée
elle-même' à 80 p. 100, qui a servi à faire mes essais. En géné¬
ral on a laissé le levain agir un peu plus longtemps.
Le pétrissage a été fait à la main, en se servant pour délayer
la farine dé l’eau contenant la pomme de terre, je l’ai dit,
soigneusement mise en pulpe. ,
La pâte a été mise en flûtes de 500 grammes environ.
La cuisson a dû être surveillée; elle exige un four peu
chauffé ; et à la fin de la cuisson la porte du four doit être
laissée- ouverte. '
Caractères organoleptiques de ces pains. — Grâce aux soins
qu’ont mis les ouvriers pour préparer la pâte, surveiller la
fermentation et la cuisson, tous ces essais, ont complètement
réussi; et je peux résumer leurs résultats dans les conclusions
suivantes :
1° La comparaison des pains faits par le même procédé avec
la farine pure de froment, blutée à 85 p. 100, avec ceux addi¬
tionnés de pommes de terre bouillies dans les proportions de
20, 30, 40 et 50 p. 100, m’a fait constater que les derniers
étaient mieux levés, qu’ils étaient plus élastiques à la sortie
du four et qu’ils le restaient 48 heures et OO heures après.
2” L’addition delà pomme de terre ne donne pas un pain
plus brun. Avec la proportion de 30 p. 100, il l’était même
[35] CONTRIBUTION A TÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 12T
un peu moins. Du reste, d’après des expériences destinées à
rechercher la cause de la couleur bise du pain, j’ai reconnu que
sa cause principale est le blutage.
3° La dessiccation marche lentement. Le poids de ces pains
ne diminue pas de 1 p. 100 dans 48 heures.
4“ Même avec les porportions de 40 à 50 p. 100, le pain con¬
serve une bonne odeur de pain de froment.
5“ Ces pains absorbent plus facilement les liquides que ceux
faits avec le froment pur bluté à 85 p. 100. C’est probable¬
ment pour cette raison qu’ils s’insalivent mieux, qu’ils sont
moins rudes à la langue et qu’en somme ils sont trouvés de
meilleur goût..
6® Enfin, comme conclusion générale, il résulte de ces essais
que les pains contenant de la pomme de terre bouillie sont,
au point de vue organoleptique, préférables à ceux faits avec
la farine pure de froment blutée à 85 p. 100.
Valeur nutrilive de ces pains. — Quant à la valeur alimentaire
de ces divers pains, elle ressortira du tableau suivant, conte¬
nant également la composition de la farine de maïs et du
mélange de 80 p. 100 de la farine de froment avec 20 p. lÜO
de farine de maïs, blutée à 80 p. 100, qui est celui adopté par
le département de la Haute-Garonne.
Ce tableau nous donne la composition des farines, celle de la
pomme de terre bouillie et celles des mélanges. Or, les essais
que j’ai faits m’ont permis de constater que l’introduction de
la pomme de terre ne modifie pas sensiblement le rendement
de ces mélanges en pain. Les 100 grammes de ces mélanges
donnent toujours environ 130 grammes de pain. Quand on
met des pommes de terre dans le pain, on est naturellement
conduit à ajouter moins d’eau pour donner à la pâte sa consis¬
tance habituelle et nécessaire. La pomme de terre bouillie, en
efl'et, apporte avec elle de 14 grammes à 30 grammes d'eau à
ce mélange. Pour avoir la valeur alimentaire de 100 grammes
des pains résultantde ces mélanges, il faut multiplier la com¬
position des mélanges par 100 et diviser le produit par 130.
La valeur en azotés du mélange n" 4 devient ainsi 4 gr. 50
au lien de 5,97, et celle des calories seulement 170 au lieu
de 234.
L'examen de ce tableau permet donc de conclure que
l’introduction de la pomme de terre bouillie dans notre pain
dans la proportion de 20 p. 100 à celle de 50 p. 100 : 1° diminue
d’une manière marquée les azotés et, quoique dans des pro¬
portions un peu plus faibles, la valeur en calories. Les
100 grammes de pain fait avec 50 p. 100 de pommes de terre
bouillies ne contiendront que 4 gr. 59 d’azotés, tandis que
100 grammes de notre pain ordinaire en contiennent 8 gr. 25.
L'addition de 50 p. 100 de pommes de terre diminue donc tes
azotés de moitié. Tandis que les 100 grammes du pain de
froment donnent 250 calories, celui avec la pomme de terre en
donne 176. C’est une diminution encore très marquée, mais
qui, cependant, n’arrive qu’à 80 p. 100.
[3*] CiiNTRIBUTION A LETÜDE DE LA POMME DE TERRE 129
On ne saurait donc faire entrer les pains de pommes de terre
dans notre alimentation, sans tenir compte de leur valeur
alimentaire sensiblement moindre.
C’est là une modification importante à apporter aux pains
de Parmentier. Aussi, depuis quelque temps, j’ai cherché à
remédier à cette valeur nutritive moindre des pains faits avec
la pomme de terre en y mêlant une certaine quantité de farine
de fèves, qui déjà est autorisée par la loi sur les succédanés.
Dans ces essais, je me suis arrêté à une proportion de
30 p. 100 de pommes de terre bouillie, de 10 p. 100 de farine
de fèves et de 60 p. 100 de farine de froment.
Le pain fait dans ces conditions conserve les meilleurs
caractères organoleptiques et acquiert, au point de vue des
azotés ef des calories, une valeur qui se rapproche beaucoup
de celle du pain fait avec le froment pur. C’est donc ce pain
qui me paraît devoir être préféré à tout autre.
Conditions dans lesquelles on peut utiliseï' le pain de pommes
de terre. — Même si l’on se contentait de mêler la pomme de
terre bouillie à la farine de froment, il me paraît difficile de
généraliser l’usage de ce pain. Pour l’obtenir de bonne qua¬
lité, il faut, en effet, d’abord choisir, des pommes de terre au
moins parmi les marchandes, les faire bouillir à point, les peler
et surtout les mettre en pulpe fine de manière à éviter tous les
grumeaux. Mais, de plus, il faut établir une proportion entre
la farine à employer et la pomme de terre. Notre boulan¬
gerie est en partie désorganisée par la mobilisation, et il est
à craindre que toutes les précautions ne soient pas prises avec
le soin voulu. Or, ces difficultés .seraient encore augmentées
par l’addition de la farine de fèves dans les proportions
indiquées. Ces proportions pourraient donner lieu à des
erreurs.
J’estime donc que, vu ces difficultés, la généralisation du
pain de pommes de terre présente de grands obstacles pra¬
tiques. Mais, au contraire, ce pain me paraît pouvoir rendre
des services dans les boulangeries de l’État, dans celles des
départements et des municipalités, qui toutes ont un chef
boulanger ou un fonctionnaire capable de surveiller la manu¬
tention et de calculer les mélanges. 11 en est de même des bou-
130 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [38]
langeries coopératives et aussi des familles qui feraient elles-
même leur pain.
Or, même réduite à ces proportions, cette utilisation peut
encore conduire à des économies de froment appréciables. On
peut s’en rendre compte par les calculs suivants, que je fais
pour un million de rationnaires.
En accordant 300 grammes de pain de froment à chacun de
ces rationnaires, il faudrait, dans l'année, 1.403.230 quintaux
de farine et, en admettant que celle-ci soit blutée à 82 p. 100,
il faudrait 1.713.719 quintaux de froment.
En donnant à ces mêmes rationnaires un pain ne conte¬
nant que 00 p. 100 de cette même farine, il ne faudrait que
839.500 quintaux de farine, soit 1.022.363 quintaux de fro¬
ment. Ce serait donc une économie de 691.136 quintaux de
froment, ce qui, on le voit, a son importance.
Voyons maintenant quelles seraient les dépenses pour la
farine de fève et pour les pommes de terre.
En mélangeant la farine de fèves dans la proportion de
10 p. J 00, ce serait 7 gr. 69 de cette farine qui entreraient dans
100 grammes de pain, et 32 gr. 43 pour les 300 grammes con¬
stituant la ration. Pour l’année, ce serait donc 14 kilogr. 134,
et pour un million de rationnaires, 140.340 quintaux de cette
farine, quantité facile à trouver, vu notre production, qui,
avec celle de la féveroUe, dépassé 1.300.000 quintaux.
Quant à la pomme de terre, un mélange de 30 p. 100
ferait entrer 23 grammes pour 100 grammes de ce pain et
113 grammes pour les 300 grammes, soit 41 kilogr. 973 par
an, par rationnaire et 419.750 quintaux pour leur totalité.
De nouveau, cette dépen.se serait facilement couverte par
notre récolte qui, même cette année, dépasse 100 millions de
quintaux.
De ce qui précède, on peut donc conclure :
1° Que l’utilisation de ce pain, entraînant une économie
de 40 p. 100 de froment, même appliquée seulement aux
rationnaires que je viens d’indiquer, aurait encore une réelle
inapor tance ;
2“ Qu’elle laisserait à ces rationnaires un pain ayant au
moins les mêmes avantages organoleptiques que celui fait
[39] CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE LA POMME DE TERRE 131
avec la même farine et aussi la même valeur aussi bien au
point de vtie des azotés que des calories.
3“ Que la quantité de farine de fèves nécessaire pour la fabri¬
cation de ce pain, même admettant qu’il fût préparé pour un
million de rationnaires, serait facilement fournie par notre
production actuelle, sans trop gêner les autres emplois de la-
fève et de la féverolle.
4* Enfin, qu’il en serait ainsi et à plus forte raison pour les
30 p. lOOde pommes de terre. Les quantités entrant dansnolre
pain pour ces rationnaires n’arriveront pas à’ 500.000 quin¬
taux, quand même naaintenant notre production dépasse
encore 100 millions de quintaux.
Conclusions. — Je puis résumer ce qui précède dans les
conclusions suivantes :
A. En ce qui concerne les travaux de Parmentier . — 1® Par¬
mentier a eu une influence considérable sur rutilisation de la
pomme de terre, et il a. eu la satisfaction de le constater avant
sa mort.
2® En cas de disette du froment et des autres céréales, lia
conseillé de faire entrer la pomme de terre dans la fabrication
du pain ; mais cette utilisation dans sa pensée était liée à celle
de disette. Dans les conditions ordinaires, il a toujours consi¬
déré que le meilleur pain est celui de froment, et que la
pomme de terre doit être consommée bouillie, frite, ou cuite
sous la cendre.
3® C’est au mélange de S0 p. 100 de farine ei 50 p. 100 de
pommes de terre bouillies que Parmentier donnait la préfé¬
rence.
B. En ce qui concerne la production de la pomme de terre. —
Cette production est considérable. Elle avoisine un milliard
cinq cent millions de quintaux pour l’Europe. Elle est déjà de
plus de 100 millions de quintaux pour la France et dépasse
cinq millions de quintaux pour l’Allemagne.
La pomme de terre a conquis le monde entier.
C. En ce qui concerne sa valeur nutritive. — Elle est relati¬
vement faible. Mais la pomme de terre s’impose par sa pro¬
duction. Elle n’arrive pas à 2 grammes d’azotés p. 100 et ne
dépasse guère 100 calories.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[40]
D. — En ce qui concerne ses modes d’utilisation. — Ils sont
restés les mêmes que ceux indiqués par Parmentier ; 1* elle
doit être consommée bouillie dans l’eau, et c'est là son utilisa¬
tion la plus fréquente, parce qu’elle est indispensable pour
beaucoup d’autres ; 2“ elle est aussi souvent servie frite ; et
3“ sa préparation sous la cendre existe encore dans les cam¬
pagnes, mais elle devient plus rare; 4“ enfin, elle peut, dans
certaines conditions données, entrer dans la fabrication du
pain.
E. En ce qui concerne la panification. — 1° L’utilisation de
la pomme de terre bouillie dans la fabrication du pain peut
être faite au mains jusqu’aux proportions de 50 p. 100.
2® Cette introduction améliore les pains faits avec les farines
d'un blutage élevé, environ 85 p. 100, au point de vue des
caractères organoleptiques ; mais dès les proportions de
30 p. 100, elle diminue trop la valeur élémentaire du pain,
pour qu’on puisse la considérer comme équivalent à celui du
froment.
3“ Mais à la condition d’ajouter au pain de la farine de fève,
dans la proportion de 10 p. 100, on peut faire entrer dans le
pain la pomme de terre bouillie dans la proportion de 30 p. 100,
en laissant au pain la valeur de celui de froment pur.
F. En ce qui concerne son application pratique. — 1“ Vu les
difficultés pour le choix, la préparation et la fixation des pro¬
portions à mettre dans le pain, il me paraît difficile de géné¬
raliser l'utilisation de la pomme de terre pour la panification.
Mais cette utilisation me paraît facile pour les boulangeries de
l'État, des départements, des villes, des coopératives et pour
les familles pétrissant elles-mêmes leurs pains.
2® Pour ces cas particuliers, les dépenses en pommes de
terre et en farine de fèves seraient peu importantes, vu leur
production, et cépendant l’économie de froment s'élevant à
40 p. 100 serait encore très appréciable.
La séance est levée à 18 h. 40. .
141]
SÉANCE DU 23 JANVIER 1918
133
SÉANCE DU 23 JANVIER 1918.
Présidence de M. Granjux, vice-président.
Assemblée générale.
(16 h. 43)
Présents : MM. Bechmann, Bezault, Borne, Bruère, Cameseasse,
Oage, Gariel, Granjux, Kern, L. Martin, Parenty et G. Risler.
Absents excusés : M. le D»' Faivre et M. Vincent.
M. Granjox développe la lettre qui fut adressée, le 7 janvier 1918,
par le Conseil, à tous les membres de la Société.
M. Broère n’est pas partisan des élections; la Société avait pris,
à la suite du décès de M. Launay, la résolution de ne pas faire
'd’élections; quel motif nouveau s’est-il présenté, pour revenir sur
une telle décision ?
M. LE D'^ Granjux. — La résolution, qui avait été prise un peu
rapidement par le Conseil, en l’absence du plus ancien Vice-Prési¬
dent, de faire présider les séances de la Société, tantôt par l’un,
tantôt par l’autre, des Vice-Présidents, était contraire aux statuts;
en effet, l’article 25 dit que les Vice-Présidents, dans l’ordre
d’ancienneté de leur nomination, remplacent le Président dans
toutes ses attributions, quand il est empêché; or, le plus ancien
Vice-Président était le D” Granjux lui-même; il était nécessaire de
rentrer dans la légalité ; d’autre part, pour renforcer l’organisme du
Bureau et du Conseil, les propositions qui ont été faites, le 7 jan¬
vier 1918, ont été longuement discutées.
MM. Granjux et Borne donnent lecture des réponses reçues de
différents membres : MM. Blanchard, Vincent, L. Collin, Maunonry,
Ribot, Parizot, Fère, Grosseron, Sedan, Grollet, Henrot, Gandy,
Doizy; tous sont d’avis de faire des élections partielles.
M. Bechuann, qui était présent aux séances précédentes du Con¬
seil d’administration, explique que ces élections partielles auront
SOCIÉTÉ »E MÉDECINE PDBLIQUE [42]
pour but de boucher les vides, un grand secours sera, de la sorte,
apporté aux membres actifs du Bureau.
M. Dage fait remarquer que peu de membres sont présents à
rassemblée, et qu’ils ne peuvent pas engager la Société.
M. Borne fait remarquer que, dans les cas analogues, le Buteau et
le Conseil ont toujours considéré comme une approbation le fait de
ne pas répondre aux propositions formulées; dans le cas particulier
d’aujourd’hui, aucune objection n’ayant été faite par écrit, il y a
lieu de conclure que le silence des membres consultés équivaut à
leur adhésion.
M. Bezault trouve naturel que les vides soient comblés; il
approuve la proposition du Conseil et se demande comment des
membres la combattent, quand elle est Mite dans l’intérêt de la
Société.
M. Cauescasse est tout à fait de cet avis et approuve entièrement
le Conseil.
M. Granjux met aux voix la proposition du Conseil de faire des
élections partielles. Cette proposition est acceptée à l’unanimité des
membres présents.
La liste de candidature sera préparée par le Burequ et le Conseil,
dans la séance du 4 février, et soumise au vote de l’assemblée du
27 février.
SÉANCE MENSUELLE.
(17 h. 20)
Présidence de M. Granjux, vice-président.
Décès de MM. Mareschal et Périssé.
M. le D'' Gn.ANJUx annonce le décès, de deux membres de la
Société : MM., Mareschal et Périsse; il adresse à la famille de
M. M<a<reschal, au nom de la Société, ses sentiments de vives condo¬
léances.
M. Kern. — M. Sylvain Périssé, notre regretté collègue, qui vient
de mourir, a eu une existence très laborieuse comme ingénieur
13]
REMISE DE MÉDAILLE
et hygiéniste. Il débute comme constructeur-mécanicien^ devient
directeur de la Société générale de métallurgie et participe aux
Expositions de 1878, 1889 et 1900 comme secrétaire, membre du
Jury, rapporteur ou président des classes de mécanique générale. Il
est arbitre près le tribunal de Commerce et expert près le tribunal
civil. Il s’intéresse encore à diverses questions sociales et d'hygiène
telles que participation aux bénéfices, lutte contre la tuberculose,
enfin de tout ce qui concerne le bien-être et la santé des collec¬
tivités. Conseiller municipal de Saint-Cloud, il réalise d’importants
progrès dans l’hygiène municipale. 11 imagine un système de fosse
septique, qu’il construit, pour laquelle il fait une propagande
désintéressée. Nous le voyons aussi président de l’Association des
industriels de France contre les accidents du travail, et, à cette
occasion, il fonde un prix de 3.o0 francs de rente, destiné à récom¬
penser les inventions d’appareils ou les initiatives prises pour
appliquer des procédés pouvant diminuer les accidents du travail,
ou améliorer l’hygiène des ateliers ou des usines. 11 est vice-pré¬
sident de la Société des ingénieurs civils de France, vice-président
de la Société de médecine publique, et officier de la Légion d’hon¬
neur. Enfin, sous le titre de Sciences et Religions, il publie un
important ouvrage qui est son testament philosophique. Beaucoup
de nos collègues se rappellent encore la façon documentée avec
laquelle il savait rendre ses communications instructives et intéres¬
santes. C’est un de nos bons et chers collègues, qui avait su gagner
l’affectueuse estime de tous, qui s’en va suivi par nos plus vifs
regrets.
M. Grakjüx. — Selon l’usage, nous avons décidé de remettre à la
famille de notre regretté Président, M. Launay, la médaille de la
Société de médecine publique ; si vous le voulez bien, nous por¬
terons ce souvenir à M"*' Launay, au nom de la Société.
Ordre du jour.
L’ordre du jour appelle la communication de M. G. Rislbb'.
[44]
136 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
COMMUNICATIONS
LES HABITATIONS A BON MARCHÉ
PENDANT ET APRÈS LA GUERRE
par M. Georges RISLER.
Messieurs, ce n’est pas devant une Assemblée d'hygiénistes
et de philanthropes comme la vôtre, qu’il est nécessaire de
reprendre les détails de cette grande question des habitations
à bon marché dont vous vous êtes tant de fois et si utilement
occupés.
Permettez-moi donc de vous rappeler simplemen t en quelques
mots très brefs pourquoi l’œuvre des habitations à bon marché
a été créée.
Le taudis est indubitablement le pourvoyeur principal de
toutes les misères et de toutes les déchéances sociales et,
j’ajouterai, des haines sociales.
Vous êtes tous convaincus, j’en suis persuadé, que, toute
action sociale sérieuse doit avoir à sa base un effort énergique
contre le taudis, et doit viser à le supprimer et à le remplacer
par la maison modeste, mais salubre, digne et avenante.
L’initiative privée paraissant insuffisante pour la réalisation
de ce progrès, quelques philanthropes, et à leur tête M. Jules
Siegfried, ont estimé que c’était un devoir national d’y aider.
De là, l’élaboration des lois sur les habitations à bon marché.
Elles s’appliquent à trois modalités de l’habitation populaire;
les maisons collectives, les maisons individuelles et lès cités-
jardins, formées naturellement de maisons individuelles, mais
agglomérées dans des conditions spéciales, qui permettent
l’institution de services généraux fort utiles.
La première loi, celle de 1894, dont M. Siegfried avait pris
l’initiative, a surtout aidé à la construction de maisons collec¬
tives dans les grands centres.
[45] LES HABITATIONS A BON MARCHÉ 137
La loi de 1906 a élargi et amélioré celle de 1894. Eu6d, celle
de 1908, sur la petite propriété, loi d’une très haute portée
sociale (justement nommée loi Ribot, car c’est à ce grand
honame d’État et patriote qu’elle est due), est venue mettre à
la portée de tous les travailleurs économes et désireux d’amé¬
liorer leur situation, la possibilité de devenir propriétaires
d’une petite maison salubre, digne et confortable. Des
retouches heureuses y ont été apportées en 1912, sous le minis¬
tère de M. Léon Bourgeois. Le législateur, en accordant' des
avantages aux Sociétés qui allaient entreprendre la création de
maisons à bon marché, leur a naturellement imposé aussi des
conditions. Celles-ci résident surtout dans des prescriptions
spéciales assurant une réelle salubrité.
Des maxima de prix des loyers sont également 6xés et
varient suivant l’importance de la population des villes qui
entraîne naturellement des conditions de vie plus ou moins
onéreuses.
A ces prix établis pour les loyers, correspondent des minima
comme nombre de pièces et de superflcie et hauteur de celles-ci.
11 ne faut pas que le travailleur puisse être exploité; il est
indispensable, au contraire, que l’aide accordée pair l’État aux
Sociétés d’habitation à bon marché se traduise, pour lui, par
un sérieux bénéfice.
Les dividendes distribués aux actionnaires ne pieuvent pas
dépasser 4 p. iOÛ, et je dois vous dire qu’il est presque impos¬
sible, avec les difficultés de toutes sortes auxquelles il faut
faire face, d’arriver à donner 4 p. 100 et même 3 1/2 p. 100;
très peu de Sociétés dépassent 3 p. 100. Voilà, très résumées,
les principales conditions que le législateur a imposées aux
Sociétés.
En regard de celles-ci, il a bien fallu qu’il leur confère
quelques avantages, et il leur a concédé l’exemption de certains
impôts : de l’impôt foncier et de l’impôt des portes et
fenêtres. Il a aussi accordé quelques faveurs touchant l’enre¬
gistrement des actes, le timbre des actions, leur transfert, et
l’impôt sur le revenu. Un avantage très important a été con¬
cédé aux travailleurs propriétaires de maisons individuelles
à bon marché. Si l’un d’eux meurt, sa famille hérite de
l’immeuble sans payer tous les droits qui grèvent en général
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[46]
ces petites successions, et les héritiers peuvent en outre rester
dans l'indivision pendant ua certain nombre d’années sur
simple déclaration faite devant le juge de paix par l’époux
survivant..
Un autre avantage accordé aux sociétés d’habitations à bon
marché est la faculté de pouvoir obtenir des prêts à des condi¬
tions spécialement avantageuses, à des taux de faveur, sur le
fonds commun des Caisses d’Épargne, à 3 et 3,25 p. 100, et sur
les fonds de la Caisse de retraites pour la vieillesse à 2 p. 100.
Telles sont, très succinctement résumés, d’une part, les
obligations que l’État a imposées, de l’autre, les avantages
qu’il a conférés aux Sociétés d’habitations à bon marché.
Je vous l’ai dit tout à l’heure; la loi de 1894 a surtout aidé à
édifier des habitations collectives, c’est-à-dire les habitations
nécessaires, indispensables aux travailleurs des villes.
Vos préférences, comme les miennes, sont probablement
pour la petite maison avec le jardinet, acquis par le travailleur,
et tout particulièrement sous la forme de cité-jardin, où,
entouré d’autres travailleurs comme lui, ils peuvent tous
ensemble profiter de services généraux et d’organisations
sociales collectives. Ensuite vient la maison individuelle
entourée du jardinet, puis la grande maison colleclive indis-
pensableaux travailleurs obligés d’habiter tout près de l’endroit
où ils sont occupés. Mais que ce soient des habitations collec¬
tives, individuelles ou des cités-jardins, toutes sont bienfai¬
santes, car, ce qu’il faut, par-dessus tout, c’est la suppression
du taudis.
Je tiens à dire que la loi de 1894 avait permis de bâtir
quelques maisons individuelles; elles furent construites sur¬
tout par les soins de Sociétés coopératives dont les organi¬
sateurs ont fait preuve, dans maintes circonstances, d’un
admirable et bienfaisant dévouement; cependant, c’est la loi
Ribot de 1908, qui a donné vraiment l’essor au développement
de la petite propriété.
Je résume très brièvement les éléments de cette loi.
Une somme de 100 millions, prélevés sur les capitaux de la
Caisse nationale des retraites pour la vieillesse, a été mise à la
disposition des Sociétés de crédit immobilier, à charge par
elles de consentir, à des travailleurs peu fortunés, des prêts
[47] LES HABITATIONS A BON MARCHÉ 139
remboursables en dix, quinze, vingt ou vingt-cinq ans, et leur
permettant d’acquérir la propriété, dans des limites fixées par
la loi, de champs et jardins et de petites maisons.
Pour obtenir un prêt, il faut que l’acquéreur donne la
preuve de son esprit d’ordre et d’économie, en apportant à la
Société le cinquième du prix de l’immeuble qu’il veut faire bâtir.
Si un ouvrier vient trouver la Société de crédit immobilier
en disant : « Je, désire une petite maison avec un jardinet pour
un prix total de 5.000 francs j», il devra apporter 1.000 francs
et la Société lui prêtera les 4.000 francs qui lui sont nécessaires,
au taux maximum de 3 1/2 p. 100. Cette différence de
I 1/âp. 100 entre le taux du prêt consenti aux Sociétés et celui
auquel la Société prête aux travailleurs, constitue une marge
qui semble considérable; mais elle est indispensable, au début,
étant donné que l’organisation d’une Société decrédit immobi¬
lier exige un travail et des dépenses relativement importantes.
II faut vérifier les plans, les devis, les matériaux employés; puis
signer les bons d’acomptes au fur et à mesure de l’avancement
des travaux; il faut donner des e.xplications et des conseils aux
emprunteurs, .réunir les pièces exigées par les différentes
administrations; tout cela représente beaucoup de bon vouloir,
mais aussi du temps et de l’argent.
Par contre, quant une Société de crédit immobilier a consenti
de nombreux prêts, elle se trouve dans des conditions beau¬
coup plus favorables, et si les administrateurs sont conscien¬
cieux, ils doivent réduire la marge, et offrir à leur clientèle si
intéressante, des conditions plus avantageuses.
A la Société dont j’ai eu l’honneur d’être, avec M. Ribot, l’un
des présidents et fondateurs, nous prêtons, à :
2 1/4 p. 100 aux familles des travailleurs ayant O enfants;
2 1/2 p. 100 aux familles de 4 enfants ;
2 3/4 p. 100 à celles de 3 enfants ;
et 3 p. 100 à tous les autres emprunteurs.
11 reste à peu près, en moyenne, une marge de 0,90 p. lOO
qui ne nous a pas été absolument suffisante pendant la pre¬
mière année, mais qui, après trois ans, lorsque nous consen¬
tions 70 prêts par mois, juste avant la guerre, nous laissait une
marge très suffisante pour payer tous nos frais et servir un
dividende de 3 p. 100 à nos actionnaires.
140 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [48]
Rendre les travailleurs propriétaires de leur maison a une
portée sociale très considérable et j’estime que la loi llibot
mérite la place d’honneur dans cet ensemble de lois sociales
qui forment la plus belle couronne de notre troisième Répu¬
blique.
Nous n’avons malheureusement aucun texte législatif suscep¬
tible d’aider à établir des cités-jardins, je regrette d’avoir à
vous dire qu'une Société de cilés-jardins qui se fonde ne peut
même pas emprunter sur le prix du terrain qu’elle a acquis et
je vais vous citer un cas particulièrement intéressant et que je
connais bien.
Une cité-jardin a été fondée par 400 travailleurs : maçons,
charpentiers, terrassiers, employés de commerce, garçons de
bureau, facteurs, etc... Ces 400 travailleurs s’étaient réunis et
avaient déclaré qu’ils mettraient en commun leurs économies,
tous les mois, jusqu’à ce qu’ils aient leur petite maison. Ils
m’ont fait l’honneur de me convier à leurs réunions et j’ai
rarement assisté à de plus attachantes.
En quelques années ils réunirent environ 250.000 francs, avec
lesquels ils achetèrent une propriété de 43 hectares; c’était un
ancien et magnifique domaine de la famille de Rohan-Chabot,
situé à Dravejl, près Paris.
Ils se présentèrent à la Caisse des Dépôts et Consignations
et sollicitèrent de cette Administration un prêt de 50 ou de
100.000 francs. Celle-ci déclara qu’il lui était impossible de
prêter sur des terrains et il fallut à ces si braves gens employer
des moyens détournés pour arriver quand même au résultat
voulu.
Ces travailleurs ayant formé une Société coopérative ont
prélevé sur leur terrain 400 lots de 500 mètres au minimum.
Chacun des sociétaires est venu trouver ensuite la Société de
crédit immobilier en lui apportant son terrain qui constituait le
1/5® de la valeur totale de l’immeuble, et celle-ci put lui prêter
les 4/5° complémentaires, aux conditions que je vous ai indi¬
quées plus haut.
Mais il fallait aussi que les routes fussent tracées, que l’amé¬
nagement hygiénique fût exécuté suivant les principes les plus
stricts; ces nouveaux propriétaires l’ont fait dans des condi¬
tions absolument remarquables et en respectant toutes les
[ül] LES HABITATIONS A BON MARCHÉ 141
beautés du domaine. Les magnifiques futaies sont restées en
l’état, ainsi que les cloîtres de verdure, les pièces d’eau, les
belles pelouses, sur lesquelles on a installé les jeux et les
sports ; même les percées de vues sont restées intactes.
A l’origine, certains associés projetaient d’abattre les arbres
existant sur leur terrain; il a suffi de quelques conférences
pour leur faire apprécier les beautés qu’il allaient détruire et
les persuader de n’en rien faire. Si, aujourd’hui, l’un d’entre
eux parlait d’abattre un arbre, il serait honni par ses col¬
lègues. Il y a là une preuve de ce qu’on peut obtenir lorsqu’on
se donne la peine d’aider à l’éducation morale des travailleurs.
Vous pouvez juger d’après ces quelques traits des conditions
dans lesquelles se développe, au point de vue pratique, l’oeuvre
de l’habitation à bon marché.
Et maintenant, quels ont été les résultats obtenus?
Résultats au point de vue moral, extraordinairement
importants.
L’ascension morale du travailleur qui habite une habitation
convenable se révèle en même temps que se produit l’amélio¬
ration des conditions matérielles de son « home ». Il ne peut
subsister, sur ce point, aucune espèce de doute pour ceux qui
sont à même d’observer cette évolution.
J’ai parcouru des centaines de ces modestes maisons, dans
les Bouches-du-Rhône, en Savoie; tous les ans, je faisais quel¬
ques mille kilomètres en auto, dans les Vosges, dans le Doubs,
et sur le territoire de Belfort pour voir ce qui avait été réalisé
de nouveau; et, d’une année à l’autre, je constatais dans cet
Est, si Français, de grands changements. J’ai vu ce qui a été ,
réalisé dans le Nord; j’ai vu ce que la société de M. Ribot a
créé à Saint-Omer; j'ai vu tout ce qui s’est fait en Normandie,
à Nantes, à Bordeaux, dans le centre, et ainsi sur bien des
points de la France.
Parmi tous ces modestes propriétaires, je n’ai pas rencontré
un mécontent; tous étaient les gens les plus heureux du
monde; pas une fois, je n’ai entendu une plainte. Et je vais
vous dire pourquoi; c’est que toutes les femmes étaient satis¬
faites de cette accession à la propriété, et des avantages moraux
et matériels qu’elle apportait à leurs enfants et à elles-mêmes.
Des preuves du relèvement moral; je vais vous en donner.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
A une Société, sise dans Paris, dont j’ai l'honneur d’être l’un
des administrateurs, nous avons pu, grâce à la science, à l’ingé¬
niosité et au dévouement de l’architecte, M. Louis Peine,
arriver à donner un grand balcon sur lequelles enfants jouent,
une large cuisine, et deux chambres par derrière, parfaitement
claires et aérées pour 240 francs par an.
Or, j’ai vu, dans cette maison où nous abritons la catégorie
de travailleurs la plus difficile à loger sainement dans Paris
(puisque nous n’admettons que des ouvriers gagnant au maxi¬
mum 5 francs par jour et ayant au moins quatre enfants), une
grave question se poser un peu avant la guerre devant notre
Conseil d’administration : n’allions-nous pas être obligés de
prier quelques-uns de nos locataires de chercher un autre
logement, non parce qu’ils ne payaient pas, mais parce que ces
mêmes ouvriers, qui gagnaient d’abord 5 francs par jour, tou¬
chaient maintenant 7, 8 et 9 francs dans la même usine, étant
devenus de très bons ouvriers, attachés à leur travail et ne fai¬
sant plus le lundi.
Si de semblables résultats sont obtenus dans des maisons
collectives, vous pouvez imaginer ceux que donnent les petites
maisons avec jardin dont les travailleurs sont propriétaires.
Permettez-moi de vous citer un cas :
C’était dans une région du Nord. Deux ouvriers travaillant
dans une usine nationale, imbus des idées assez peu sociales
qui y régnent souvent, dont l’un était en outre un véritable
pilier de cabaret, vinrent un jour trouver la Société de crédit
immobilier voisine.
Nous voudrions, dirent-ils au Secrétaire, que vous nous
prêtiez à chacun 2.S00 francs pour faire bâtir une petite mai¬
son. Ils ajoutèrent qu’ils avaient un terrain. On alla le voir, et
l’on se trouva en présence d’un talus crayeux en pente à 4o”,
qui avait été payé 15 francs et qui ne valait pas sensiblement
plus.
Le secrétaire de la Société leur fit observer qu’il était impos¬
sible de construire sur une pareille base, et que l’apport était
vraiment insuffisant.
— Bien, dirent les ouvriers, nous repasserons.
Us achetèrent pioches, pelles et brouettes et se mirent à
dresser le terrain, rejétant à droite, la craie qu’ils*prenaienl à
[ül] LES HABITATIONS A BON MARCHÉ 143
gauche; ils creusèrent, en outre, un puit de 30 naètres de
profondeur. Lorsque le sol fut complètement aplani ils
revinrent.
La Société, après nouvelle visite, leur prêta à chacun les
2.S00 francs qu’ils demandaient et ils firent construire leur
petite maison.
Eh bien ! l’ivrogne ne met plus les pieds au cabaret et lorsque
j’ai visité cette petite maison entourée d’un charmant et pro¬
fitable Jardin, la femme m’a dit ; « Monsieur, Je n’aurais
Jamais cru qu’on pouvait être aussi heureuse. » Les deux
ménages voisins vivaient, en outre, en parfaite harmonie.
Au point de vue matériel, les chiffres de mortalité me
paraissent les plus sûrs pour vous fournir les preuves
indéniables de l’action favorable de l’habitation à bon
marché.
Trois grandes sociétés : la fondation Rothschild, la fondation
dite « Groupe des maisons ouvrières », et la Société « Le Pro¬
grès », publient tous les ans des statistiques fort bien faites,
sur les maladies, la mortalité, la natalité, etc., dans leurs
immeubles.
A la fondation Rothschild, la mortalité, en général, ne
dépasse pas 8 p. 1.000, à la Fondation dite « Groupe des
maisons ouvrières », elle est enyiron de 7,7, et au Progrès elle
est de 7,2 p. 1.000.
Acceptons comme moyenne 8 p. 1.000; le progrès réalisé
reste énorme puisque la mortalité moyenne dans ces mêmes
quartiers est de 19, 20, 21, 23, et 23 p. 1.000. Et ne croyez pas
que ces maisons abritent une population spécialement triée ;
car la moyenne des salaires était, avant la guerre, de 6,73 par
Jour pour les habitants des maisons de la Fondation Roth¬
schild, ce qui représente bien sensiblement les conditions
ordinaires.
Que d’autres avantages cependant!
L’homme qui aide à créer tout ce bonheur ne travaille pas
seulement pour les autres ; il réalise pour lui-même ce qu’il y
a de meilleur dans la vie; il sent qu’il travaille à une oeuvre
bonne et utile qui peut i’éiever moralement tout comme ses
intéressants clients.
Le travailleur qui possède sa petite propriété a d’abord
141 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [S2]
l’avantage considérable de la gérer lui-même ; mais ce n’est pas
tout; s’il est copropriétaire dans une cité-jardin, ou s’il fait
partie d’une Coopérative, il gère aussi sa Société. Il s’habitue
à administrer quelque chose, et il se forme, ainsi, une véri¬
table pépinière d’électeurs certainement conscients.
Et maintenant, quels résultats financiers a produit le mou¬
vement en faveur de l’amélioration du logement ouvrier?
Le capital des Sociétés d’Habitation à bon marché atteignait
à la veille de la guerre 70 millions.
Pendant le courant de la dernière année, 1914, si la guerre
n’avait pas été déclarée, les Sociétés de crédit immobilier
auraient certainement emprunté 30 millions, rien que pour le
fonctionnement de la loi Ribot, qui permet d’acquérir la petite
maison et le jardin ; cette loi n’a commencé à produire ses
effets qu’en 1910.
On peut mesurer, d’après ce qui a été réalisé en quatre ans,
à quel développement elle était appelée.
A côté de ces données, il y a lieu de tenir compte du
mouvement de construction d’habitations populaires réalisé
par l'initiative privée. Des sociétés industrielles, des sociétés
minières, en particulier, ont fait un effort considérable, et une
enquête même rapide et incomplète a montré qu’on pouvait
évaluer approximativement et d’une manière modérée à
400 millions environ la valeur des habitations construites par
ces entreprises.
Ne nous illusionnons pas ; tout cela est très modeste en face
de l’effort qui s’impose; il y a encore un grand nombre de
millions à dépenser. Cependant, la charge n’est pas aussi
considérable qu’elle peut le paraître au premier abord, car
elle est susceptible d’être répartie ; un capital de 5 à 600 mil¬
lions y suffirait comme capital roulant sur lequel, remarquez-le,
rien ne serait aliéné. Il s’agit uniquement d’avances; tout ce
qui a été prêté jusqu’ici a été scrupuleusement restitué à
l'Etat, et les remboursements se font avec une telle conscience,
que je puis vous dire qu’une Société, dont les prêts en cours
atteignaient près de 3 millions, n’avait, avant la guerre,
comme mensualités en retard à recouvrer que 123 francs sur
18.000 francs environ, montant des remboursements qu’elle
recevait mensuellement.
i53] LES HABITATIONS A BON MARCHÉ UB
Soyez-en persuadés, le travailleur qui veut conquérir sa
maison est le débiteur le plus sûr qui existe.
Admettez donc qu’on consente à intensifier, comme c’est
indispensable, l’oeuvre de la réforme du logement des travail¬
leurs sur les larges bases qui .s’imposent au point de vue
moral et social ; on arrivera, avec ce capital roulant de
600 millions environ, à réaliser, dans un temps pas trop
éloigné, et avec des résultats visibles et encourageants, qui
feront prendre patience aux intéressés, la dépense de 7, 8 ou
9 milliards qui est nécessaire. Alors, les travailleurs auront
à leur portée un « home » salubre', digne, confortable, et nous
n’aurons plus à rougir des conditions d'habilation qui leur
sont offertes dans notre pays. Les remboursements s’effectue¬
ront concurremment avec les nouveaux prêts, et réduiront
considérablement les nouvelles sorties de capitaux chaque
année.
Voulez-vous me permettre de vous faire observer, en outre,
que, de ces sommes, absolument rien n’aura été perdu.
Ce n’est pas moi qui blâmerai la fabrication de tant d’engins
de guerre indispensables pour repousser hors de France et
amener à merci l’envahisseur, dont la victoire serait
synonyme de régression morale et de renoncement à tout
progrès réel ; mais les canons, les fusils, les cuirassés, une
fois détériorés ne laissent rien ; tandis que tout l’argent
dépensé pour l’habitation à bon marché est un capital assis et
permanent qui acquerrera même, dans plus d’un cas, une
valeur supérieure, et qui n’est amortissable, même avec pru¬
dence, qu’en 70 ou 80 ans, comme le capital immobilier en
général. C’est de l’argent avancé, prêté, mais non perdu.
.l’ai cherché à vous présenter en peu de mots un aperçu de
la situation de] l’œuvre de l’habitation à bon marché dans
notre pays. J’ai l’impression que nous sommes tous d’accord
sur son utilité ; en tout cas. les pouvoirs publics sont certaine¬
ment d’avis que cette œuvre essentielle doit être développée.
Peut-être .ne lisez-vous pas tous les discours officiels
Presque partout, vous verriez qu’on y préconise l’habitation à
bon marché. On y déclare que c’est l’œuvre essentielle, que
c’est le carrefour de toutes les œuvres sociales qui mènent la
lutte contre la dépopulation, contre la mortalité infantile, contre
XL — 10
146 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [54]
la mortalité tout court, contre, l’immoralité, contre la tuber¬
culose, contre l’alcoolisme ; et il est parfaitement vrai que tout
cela revient toujours à la base.: la lutte contre le taudis,.
Mais alors, que fait-on en ce moment au point de vue de
l’habitation à bon marché, de cette œuvre proclamée, reconnue
par tout le monde comme primordiale?
On est en train de la laisser s’écrouler purement et simple¬
ment; et c’est pour ce motif que j’ai cru de mon devoir d’ac¬
cepter l’offre aimable de notre Conseil d’ Administration qui m’a
demandé de vous en entretenir aujourd’hui.
Le décret du moratorium a produit ses effets au point de vue
des immeubles des sociétés d’Habitations à bon marché,
comme de ceux de tous les autres propriétaires. Nos Sociétés
d’Habitations à bon marché, propriétaires de maisons collec¬
tives, touchent entre 1/4 et 1/3 des loyers qui leur sont dus.
Une enquête très consciencieusement faite par mon collègue
M. Schneider, et que, pour ma part, je considère comme rigou¬
reusement exacte, a prouvé qu’un autre tiers eût été payé sans •
la moindre difficulté, si le moratorium n’avait pas été proclamé
dans les termes où il l’a été.
Ce tiers eût été fourni en partie par bon nombre de fonction¬
naires de l’Etat, qui forment souvent dans nos immeubles,
grâce à leurs appointements plus considérables que ceux de
la moyenne de nos locataires, une catégorie favorisée, et qui
en outre ne craignent pas d’engager énergiquement leurs
voisins à ne pas nous payer.
Quant au tiers qui porte sur les mobilisés, ou qui comporte
des situations particulièrement intéressantes, nous sommes
naturellement les premiers à vouloir venir en aide à cet ordre
de locataires, de la manière la plus cordiale et la plus frater¬
nelle; il ne viendrait à l’idée d’aucun de nous, bien certai¬
nement, de les inquiéter en quoi que ce soit.
Telle est la situation pour les immeubles collectifs.
Qu’a-t-on fait jusqu’ici pour la solutionner?
La loi Chéron adoptée par le Sénat, et à laquelle paraît s’être
ralliée la commission de la Chambre des Députés, propose que
tolis les propriétaires n’ayant pas 10.000 francs de revenus et
louant des logements ouvriers d’un loyer ne dépassant pas
[53] LES HABITATIONS A BON MARCHÉ 147
600 francs à Paris, avec une proportion décroissante en
province, suivant le nombre d'habitants, des diverses localités,
reçoivent 50 p. 100 du montant des loyers qui ne leur ont pas
été payés, à condition qu’ils donnent quittance du reste.
Mais nos Sociétés d’habitations à bon marché, bien qu’ayant
du mal à servir 3 p. 100 à leurs actionnaires, ont plus de
10.000 francs de revenus. Elles ne toucheront donc absolu¬
ment rien. TV’y a-t-il pas là une injustice criante ?
J’ai insisté en toutes circonstances auprès de tous les
ministres du Travail qui se sont succédé depuis la guerre. J’ai
trouvé auprès de chacun d’eux un accueil très bienveillant. Ils
m’ont répondu que j’avais mille fois raison, qu’il fallait à tout
prix venir en aide aux Sociétés d’habitations à bon marché ;
quelques-uns m’ont promis de déposer un projet spécial.
Aucun, malheureusement, ne l’a fait; et nos Sociétés
d’habitations à bon marché, comme beaucoup de Sociétés de
crédit immobilier, risquent tout simplement, en tant qu’œuvres
philanthropiques, de se voir acculés à la faillite.
Oh ! Si elles voulaient renoncer à leurs buts, à leurs devoirs
sociaux, leur situation serait aisée, car elles loueraient
aisément pour 800, 900 ou 1.000 francs, les logements qu’elles
donnent pour 600 francs.
Mais ce serait une épouvantable faillite morale, encore plus
triste que l’autre ; elles ne veulent pas s’y résigner.
Voyons maintenant quelle est la situation des travailleurs
propriétaires de petites maisonsqui bénéflcientde la loi Ribot?
Ici, Messieurs, prenons un exemple concret :
L’ouvrier A... habite à Bois-Colombes un taudis qu’il loue
500 francs par an, à un propriétaire. Il travaille à Puteaux
dans une usine où il gagne 10 francs par jour. Depuis la
guerre il n’a pas payé un centime de loyer, et personne ne lui
réclamera quoi que ce soit.
L’ouvrier B... habite à côté de lui une petite maison saine,
propre, qu’il a fait bâtir avecle concours d’une société de crédit et
dont sa femme et ses enfants profitent tout autant que lui; il
paie à la société de crédit immobilier 500 francs par an qui
représentent l’intérêt de la somme qu’il a empruntée et l’an¬
nuité nécessaire à l’acquisition de sa propriété en 15, 20 ou
■148. SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBI.IQUE ’ [561
25 ans. Il travaille dans la même usine à Puteaux et gagne
aussi, de même, iO francs par jour.
Quelle sera la situation de ces deux ouvriers?
Le projet de loi sur les loyers, volé par le Sénat sur le rap¬
port de M. Chéron, nous l’avons dit, accorde aux propriétaires
d’immeubles composés de logements d’un loyer inférieur à
600 francs et ayant moins de 10.000 francs de revenu (projet
accepté par la Commission des loyers de la Chambre des
députés et qui sera sûrement voté) une indemnité se montant
à 50 p. 100 des loyers qui ne leur ont pas été payés, à condition
qu’ils donnent quittance des 50 p. 100 restants.
Le propriétaire de l’ouvrier A... va, d’après cela, toucher,
pour le taudis qu’il lui loue, 50 p. 100 des loyers que l’ou¬
vrier A... n’a pas payés pendant la guerre et lui donnera
quittance de tout l’arriéré. Donc l’ouvrier A..., au lieu des
500 francs par'an qu’il avait à verser, ne paiera pas un centime
de loyer.
L’ouvrier B..., qui a procuré à sa famille cette maison saine
et les avantages hygiéniques qu’elle comporte, va être obligé
de payer toutes ses annuités et l’intérêt, soit 500 francs par an,
auxquels s’ajouteront même les intérêts de retard et cela,
pendant toute la durée de la guerre.
N’y a-t-il pas là une criante injustice?
Et rien n’a été faijpour y remédier. Il me semble cependant
qu’il suffit de l’indiquer pour <jue tout le monde comprenne
qu’il y a là une iniquité impossible à admettre et que personne
ne peut vouloir laisser subsister.
Vous me direz : « Il faut la faire connaître ».
C’est exactement ce que je fais depuis 3 ans. Comme prési-.
dent de l’Union des Sociétés de crédit immobilier de France et
d’Algérie, titre qui m’accréditait auprès d’eux, j’ai été voir tous
les ministres du Travail qui se sont succédé et ils m’ont tous
répondu :
« Vous avez cent fois raison, il y a là une injustice criante,
je vais faire préparer de suite un projet de loi pour y remédier. »
Aucun projet n’a été déposé.
Voilà, messieurs, la situation, et vous comprendrez aisément
que' si tel est le traitement réservé, tant aux Sociétés d'Habita-
tions à bon marché, qu'aux Sociétés dè Crédit immobilier, c’est
[57] LES HABITATIONS A BON MARCHÉ 14»
l’œuvre des Habitations à bon marché qui s’écroule tout
entière.
Or, je crois vous avoir montré son utilité primordiale.
Encore n’a-t-elle agi jusqu’ici, qu’en faveur des Iravailleurs
urbains.
Il y a longtemps aussi que je demande qu’on établisse des
statistiques et qu’on fasse une ehquête sur la mortalité à la
campagne, comme cela s’est fait en Allemagne. Je suis malheu¬
reusement certain que l’on se trouvera, là aussi, en face d’une
mortalité effrayaute, au moins égale pour les taudis ruraux à
celle des taudis urbains.
Dans le grand rapport annuel présenté au Président de la
République au nom du Comité permanent du Conseil supérieur
des Habitations à bon marché, dont je suis chargé depuis la
.mort de mon cher et regretté ami Cheysson, l’un de vos
anciens et éminents présidents, j’ai demandé, dès 1911, cette
enquête sur le logement du travailleur rural, et j’ai insisté à
nouveau dans ceux de 1912 et de 1913.
Il est Indispensable que ce soit fait et que l’habitation à bon
marché se développe dans nos campagnes; les lois nécessaires
existent; elles sont excellentes et contiennent des avantages
spéciaux ajoutés en 1912 sous le ministère Léon Bourgeois, en
faveur des artisans et des Iravailleurs agricoles. Si l’on n’agit
pas énergiquement dans ce sens, je crains que nos -Braves
paysans ne réclament guère et que le mépris de l’hygiène
gardant sa puissance acquise, le taudis rural continue ses
méfaits.
Les ouvriers de Paris et ceux des grandes villes sont dans
d’autres dispositions d’esprit; ils en ont assez du taudis. Ils
veulent tous l’habitation saine et digne; ils la veulent et ils
l’auront. S’ils ne peuvent l’obtenir de l’initiative privée ils
l’exigeront des municipalités par les Offices publics d’habita¬
tions à bon marché.
La loi a très bien fait de les établir. Je suis profondément
reconnaissant à M. Léon Bourgeois, dont le passage au minis
tèredu Travail en 1912 a été véritablement la période de réali¬
sations, d’avoir pris cette initiative; en quelques mois il a fait
le maximum de bien possible. Cette création des Offices publics
d’habitations à bon marché était utile; l’œuvre à accomplir
150 ■ SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [58]
est tellement considérable que toutes les initiatives ne seront
jamais assez nombreuses et assez énergiques pour faire dispa¬
raître la lèpre du taudis: Mais est-çe une raison ppur détruire
les Sociétés d’habitations à bon marché?
Est-ce une raison pour négliger toutes ces bonnes volontés,
pour laisser se tarir cette source du progrès social aussi consi¬
dérable et bienfaisante pour ceux qui s’y consacrent que pour
ceux à qui elle vient en aide.
Ce qui sera fait administrativement coûtera beaucoup plus
cher et sera moins bienfait que par l’initiative privée, véritable
initiatrice de tout progrès.
Je crois vous avoir convaincus, mes chers collègues, que
l’œuvre de l’Habitation ù, bon marché court de graves dangers.
Des savants, des hygiénistes et des philanthropes comme vous
doivent contribuer à la sauver, puis à la fortifier et à la déve
lopper.
Je suis absolument persuadé que vous n’y faillirez pas.
M. Albert Parenty. — Je me joins à notre collègue M. Risler,
pour demander que notre Société signale aux pouvoirs public» la
situation poignante des Sociétés d'habitations à bon marché, dont
l’œuSre, devenue indispensable, sera brutalement arrêtée, si la loi
sur lesjpyers est votée telle qu’on la propose en ce moment. ‘
Permettez-moi aussi d’étendre un peu la question, car le logement
ouvrier en général est en cause, avec toutes les conséquences de
salubrité et de moralité qui s’y rattachent directement.
Les Sociétés d’habitation à bon marché, d’abord, méritent d’êtré
protégées.
Ensuite, les particuliers qui, sur les sollicitations des hygiénistes,
ont édifié des immeubles salubres, en se soumettant au règlement
du Comité de patronage.
Puis, les œuvres et les particuliers qui se sont donné la mission
d’assainir le taudis, mission éminemment opportune, bien que peu
connue.
En.elfet, on ne peut remplacer instantanément, ni même en un
nombre limité d’années, toutes les maisons insalubres par des
immeubles populaires neufs; c’est nne œuvre de très longue haleine.
Et puis, la construction va être extraordinairement coûteuse ; la
main-d’œuvre rare. Des philanthropes avisés ont conçu l’idée
d’utiliser ce qui est bon dans les vieilles maisons, d’assainir celles-
[59J
LES HABITATIONS A BON MARCHÉ
ci largement en y entreprenant de grands travaux, incompara¬
blement moins coûteux, cependant, que des maisons neuves.
Ces œuvres ne s’opposent pas à celles des habitations à bon
marché : elles leur sont parallèles.
Enfin, il y a les propriétaires ordinaires des maisons à petits
loyers, ceux qui font l'industrie du logement, et que la mentalité
nouvelle tend à montrer comme des parias exclus de tout droit.
Depuis la guerre, parmi les gens qui fournissent les choses néces¬
saires à l’existence, ils sont seuls frappés ; on les considère comme
exerçant un métier plus honteux que les plus honteux métiers.
On passe légèrement sur ce fait que les propriétés de Paris
n’appartiennent, le plus souvent, que pour 40 ou 50 p. 100 de leur
valeur, à celui qu’on appelle propriétaire, le vendeur étant resté
créancier du surplus, ou un prêteur ayant parfait la somme d’achat.
Actuellement, le propriétaire nominal ne touche pas les loyers, et
l’on ne l’indemnisera jamais s’il a un petit revenu. Il doit cependant
payer intégralement les intérêts au prêteur, véritable copropriétaire
en fait, qui ne doit pas perdre un décime.
Le montant de la créance, auquel s’ajoutent les intérêts accu¬
mulés, dépasse déjà le prix où la maison est descendue, par suite de
la dépréciation énorme que la loi apporte aux immeubles ouvriers.
Tel citoyen qui, à la veille de la guerre, a mis dans l’achat d’une
maison les économies d’une vie de travail, va se trouver, à la fin,
avec un passif.
Eh bien! le législateur a-t-il pensé que cette industrie du loge¬
ment est indispensable, et qu'elle ne peut être intégralement
remplacée, ni par l’initiative privée, ni par la construction officielle
de maisons à bon marché.
Les uns de bon gré, les autres poussés par le Bureau d’hygiène,
ces propriétaires transforment et assainissent peu à peu leurs mai¬
sons, quand ils en ont les moyens.
La loi veut indemniser, et encore partiellement, les seuls proprié¬
taires ayant un tout petit revenu. L’expérience prouve au contraire
que, seuls les propriétaires ayant quelque surface, peuvent faire
œuvre utile et notable, en matière d’assainissement. Ceux-ci, qu’on
brime et qu’on dépouille, ne voudront plus jamais s’intéresser à cette
industrie maudite.
Le résultat fatal, mais qu’on semble ne pas voir, c’est, d’une part
la faillite des Sociétés d’habitations à bon marché et des (Euvres
d’assainissement de l’habitation ; d’autre part, la ruine des proprié¬
taires de maisons à petits loyers (à dessein, je ne dis pas « petits
propriétaires «), et l’abandon de cette industrie nécessaire. Enfin,
vu l’insécurité de cette industrie, la démolition systématique des
Iü2 SOeiÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE , [60]
maisons modestes pour en édifier de plus riches, avec une crise
grave du petit logement, surpeuplement des taudis, campements
insalubres, etc...
Je suis heureux de profiter de la faveur que nous fait un membre
éminent du Parlement, en assistant à notre séance, pour lui sou¬
mettre ces quelques réflexions.
Après une discussion à laquelle prennent part MM. Georges
Risleb, Kern, Çhassevant, le vœu suivant est rédigé ; il sera com¬
muniqué à MM. les Ministres du Travail, des Finances et au Prési¬
dent de la Commission d’hygiène de la Chambre :
« La Société de médecine publique et de génie sanitaire, con¬
vaincue que, de l’amélioration du logement du travailleur dépen¬
dent toutes les autres œuvres sociales édifiées par la République
pour son plus grand honneur, émue de la situation inquiétahte où
se trouvent les Sociétés d’habitations à bon marché par suite des
conséquences de la Guerre,
« Emet le vœu que le Parlement vote d’urgence les lois qui accor¬
deront aux Sociétés d’habitations à bon marché des indemnités au
moins égales à celles qui sont stipulées par la loi sur les loyers en
faveur des propriétaires de petits.logements loués aux mêmes prix
que les habitations à bon marché, mais bien inférieurs, quant aux
conditions d’hygiène, de moralité et de confort,
« Et que les modifications nécessaires soient apportées à la légis¬
lation sur les habitations à bon marché afin d’encourager et de faci¬
liter rCEuvre de l’habitation è bon marché dont l’action risque
d’être annihilée, alors qu’il est indispensable qu’elle soit ardem¬
ment développée et intensifiée. «
L’ENSEIGNEMENT ANTIALCOOLIQUE
DANS LES ÉCOLES
M. le Dr Granjux donne lecture d’un « vœu >> de MM. Gilbert Lau¬
rent et Merlin, députés, concernant l’enseignement antialcoolique
dans les écoles.
Le 4 octobre 1917, le Conseil général de la Loire a adopté à l’una¬
nimité le vœu suivant présenté par M. le Dr Gilbert Laurent, député :
Le Conseil général de la Loire exprime le vœu que :
« Tous les livres scolaires admis dans les écoles primaires
[61] L’ENSEIGNEMENT ANTIALCOOLIQUE DANS LES ÉCOLES 133
publiques ou privées portent, entre la page de garde et la
couverture, une feuille simple ou double contenant quelques
conseils pratiques sur l’usage du vin, de la bière, du cidre, et
signalant les dangers de l’alcoolisme pour la famille, l’indi¬
vidu, la Société. »
Ce vœu était précédé du court exiiosé ci-après :
« Messieurs,
« Je ne m’attarderai pas à développer devant vous la ques¬
tion si grave pour notre paj’S de l’alcoolisme et de ses dangers
pour notre patrie ; nous sommes tous d’acpord à ce sujet. Mais,
je voudrais vous rappeler combien les premières notions acqui¬
ses à l’école restent profondément gravées dans nos mémoires.
Ces premières lectures s’impriment dans nos cerveau.x d’une
façon indélébile; elles ont une influence considérable sur la
direction future de notre vie, de notre conduite, de notre façon
de penser. Cette influence de l’école primaire sur la direction '
et la mentalité de l’homme est si grande qu’elle suffit à expli¬
quer, à justifier les luttes si âpres, si passionnées qui se sont
élevées à propos de l’école laïque et de la liberté de Rensei¬
gnement.
« Mais, pour le vœu émis, il ne peut y avoir ni lutte, ni
agitation, ni discussion. Tous, quelles que soient nos opinions
politiques ou religieuses, nous sommes d’accord pour essayer
d’enrayer par tous les moyens possibles le terrible fléau de
l’alcoolisme.
« Si notre action sur les hommes mûrs, et ceux que d’invé¬
térées habitudes d’alcoolisation ont enlisé dans cette mauvaise
voie, est nulle ou peu efficace, nous avons la certitude que
cette action donnera les meilleurs résultats lorsqu’elle s’adres¬
sera à l’enfance. Bien plus, nous croyons que, souvent, par
l’enfant, on arrivera aux parents. Le livre remis à l’élève est,
vous le savez, souvent lu, commenté par le père, par la mère,
et cet enseignement indirect sera souvent utile à toute la
famille.
« Nous espérons qu’on ne nous répondra plus que la liberté
du choix des livres scolaires sera entravée par la demande que
nous avons formulée. La courte petite notice qui précédera et
loi SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE. [62]
s’ajoutera à chaque volume ne modifiera aucunement soit la
forme, soit le fonds de l'ouvrage lui-même; et, les instituteurs,
les inspecteurs primaires ou inspecteurs d’académie con¬
serveront toute leur liberté à laquelle nous ne retranchons
rien.
« Si l’on nous dit que ce sera une grosse dépense à imposer
aux éditeurs et que le Ministre n’a ni le droit, ni la possibilité
de la leur imposer, nous lui répondrons que nous sommes
persuadés qu’il lui suffira de témoigner son désir aux éditèurs
pour que ceux-ci s’empressent d’y répondre et de faire le
nécessaire dans le sens demandé. Ce sera, du reste, leur inté¬
rêt, car l’ensemble du corps enseignant est si profondément
acquis à la lutte contre ralcoolisme, que nous avons la certi¬
tude qu’il choisira de préférence, parmi les livres édités, ceux
qui renfermeront la notice en question ; ce qui encouragera les
éditeurs à accepter ce léger sacrifice.
« D’ailleurs, l’Etat ne s’est pas désintéressé de la question
d’instruire le public sur les dangers de l’alcool. Dans les
chambrées des casernes, on a placé de .magnifiques affiches
sur l’absinthe qui conduit à la folie ou sur des sujets ana¬
logues. Mais, en faisant campagne dans ce sens, on a souvent
forcé la note. Le public a pu croire qu’on voulait lui persuader
de se priver de tout, et il a préféré se priver de rien. La
rigueur des formules contre l’alcoolisme a excité bien souvent
l’ardeur des gens qui aiment la contradiction, et de ceux qui
ont intérêt à l’abus des spiritueux.
« IL ne s’agit donc nullement de redire que l’alcool est dan¬
gereux, mais d’expliquer clairement comment et dans quelles
conditions il devient dangereux.
« Les conseils qu’on leur donnerait ne devraient pas viser à
transformer les hommes en saints, ce qui n’est peut-être nulle¬
ment désirable, mais à leur faire sentir comment on fait du
mal à soi et aux siens par l’abus de l’alcool. Il faudrait les
amener à comprendre qu’il s’agit d’une question non de priva¬
tion, mais de juste mesure.
« Beaucoup de gens s’alcoolisent sans le vouloir et sans le
savoir. Ils ne se font aucune idée de la quantité d’alcool qu’un
homme peut absorber sans danger.
« Trop de parents, buvant du vin pur à leurs repas, croient
[63] L’ENSEIGNEMENT ANTIALCOOLIQUE DANS LES ÉCOLES 3;
ne pas devoir traiter leurs enfants autrement qu eux-mémes
ils ignorent que ce qui est acceptable pour les grandes per¬
sonnes ne l’est plus pour les enfants.
« Pour bien mettre en relief les. conseils donnés, on pourrait
faire ressortir qu’il n’est pas désirable de s’abstenir complète¬
ment de vin ou même d’alcool, que l’abstinence n’est guère
plus raisonnable que l’abus, que le vin pris en quantités modé¬
rées est plutôt bienfaisant; qu’enfin on pourrait dire de l’alcool
et du vin ce qu’Esope disait de la langue : que c'est la meilleure
OM /a ptVe dei cAoies, suivant l’usage qu’on en fait.
« La seule difficulté semble résider dans la forme et le
contenu de la notice à encarter dans les livres scolaires. Elle
doit être courte, claire, rédigée de façon à frapper l’imagina¬
tion de l’enfant; elle ne devra pas être une attaque contre le
vin, la bière, le cidre, les boissons naturelles, lesquelles sont
excellentes lorsqu’on en use raisonnablement; elle ne devra
pas être une œuvre de polémique violente, mais une œuvre de
bonne foi, de sincérité, de vérité. Le Ministre saura facilement
trouver des hommes capables d’écrire cette œuvre de vulga¬
risation, de propagande, d’hygiène sociale. »
Après l’adoption de ce vœu, le Conseil général de la Loire a
adopté une motion du Dr Merlin, député, conseiller général, deman¬
dant à M. le ministre de l’Instruction publique de « rétablir dans
tes programmes de l’enseignement primaire et secondaire renseigne¬
ment antialcoolique qui a disparu depuis quelques années de ces pro¬
grammes ».
La Société de médecine publique se joint aux D” Gilbert Lau¬
rent et Merlin, députés de la Loire.
11 semble qu’un bon moyen de rendre cet enseignement
particulièrement efficace serait de réaliser le vœu de M. le
D"" Gilbert Laurent.
La Société charge son bureau de transmettre cette résolu¬
tion à M. le Ministre de l’Instruction publique.
M. le D'' Borne donne lecture d'une lettre de M. Schmit, député des
Vosges, qui s’excuse de ne pas assister à la séance et qui approuve
vivement la proposition de ses deux collègues en reconnaissant
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[64]'
qu’il faut employer des mesures extrêmement énergiques pour
enrayer le fléau. ‘
M. le D' CAHESC.4SSE annonce que cet enseignement antialcoo¬
lique n’a pas disparu des programmes scolaires de Seine-et-Oise, où
la lutte est toujours poursuivie.
, M. le D'. Fernand Merlin déclare qu’offîciellement cet enseigne"
ment n’a pas été supprimé des programmes scolaires, mais en réa¬
lité, il n'est pratiquement pas donné aux enfants.
Dans le département de la Loire, où les œuvres sociales ont pris
un sérieux développement dans un milieu d’usines de grande impor¬
tance l’enseignement antialcoolique est négligé, il a paru de haute
nécessité d’en demander l’application.
Le problème de l’alcool et de l’alcoolisme doit entièrement être
posé à nouveau et résolu.
Avant la guerre, sur 40 millions d’habitants la France possédait
6S0.000 femmes de plus que d’hommes; après les pertes formi¬
dables en hommes de la guerre actuelle, une situation nouvelle est
créée dans le pays; quel sera le' chiffre des Temraes qui de 20 à
45 ans risqueront de ne pouvoir fonder de famille? c’est un immense
problème de la dépopulation en présence duquel la nation va se
trouver. Il faudra de longues années 'pour rétablir l’équilibre. Nous
aurons besoin de cerveaux, de muscles, de bras, de main-d’œuvre,
et c’est dans notre pays, où ces cerveaux, ces bras sont usés par
l’alcool. Il y aurait- en Framce 500.000 marchands de vins et débits,
c’est-à-dire 9 fois plus qu’aux États-Unis, i fois plus qu’en Angle¬
terre, 5 à 6 fois plus qu’en Allemagne. Si l’on veut bien faire la sta¬
tistique, ces 500.000 débits immobilisent 4 à 5 personnes par débit,
2 millions 1/2 d’individus dans une profes.iion négative et nuisible
Il est temps de mettre un terme à ce scandale ; en récupérant toute
cette main-d’œuvre poUr le bien-être et l’intérêt général de la
nation.
Sans inconvénient, il serait facile de supprimer la moitié et même
les deux tiers des débitants.
Evidemment, il est impossible d’aboutir immédiatement; il faut
pour arriver au résultat avoir pour soi l’opinion publique.
Quelle est la vérité ? La main-d’œuvre après la guerre sera
très rare, difficile à trouver, les autris pays conserveront à tous
prix leurs nationaux pour êti’e prêts à lutter sur le terrain com¬
mercial, industriel.
L’argument nouveau à envisager dans le pi’oblème de l’alcoo¬
lisme est l’argument économique ; il faut en France faire revenir
[65] L ENSEIGNEMENT ANTIALCOOLIQUE DANS LES ÉCOLES 157
aux professions utiles, agricoles, commerciales, industrielles, scien¬
tifiques, le plus grand nombre d’éléments.
Quelles sont les solutions pratiques? Jusqu’ici les lois et les
décrets ont élé inopérants. La loi récente de février 191b visant la
limitation des débits de boissons serait illusoire. La situation reste
et resterait la même.
11 n’existe qu’une solution rapide, radicale par la suppression par
le rachat systématique des débits.
D’une enquête il résulte que le prix moyen d’un débit ordinaire,
dans les villes, c’est-à-dire de celui où l’on s’alcoolise le plus, varie
de 500 à 1.200 francs. 11 serait facile de racheter ces débits, leurs
propriétaires ne s'y opposeraient pas; dans le cas où l’on arriverait
à racheter la moitié des débits, la dépense serait de 250 à 300 mil¬
lions. Les syndicats de débitants consultés à cet égard, non seule¬
ment ne font pas d’obstruction, mais paraissent vouloir étudier
sérieusement la question.
Reste à savoir dans quelles conditions ce rachat serait opéré, avec
la garantie qu’aucun débit nouveau ne pourrait être ouvert, et que
les établissements existants ne pourraient pas être agrandis; car
n’oublions pas que l’Allemagne dans les régions du Nord et de l’Est
avait son influence pernicieuse sur le développement de l’alcoo¬
lisme dans ces provinces.
M. le D' Faivre, serait d’avis de nommer une sous-commission
chargée d’étudier de très près toutes ces questions du plus haut
intérêt, développées par M. le D' Merlin; la nomination de cette
Commission est confiée aux soins du Conseil, et M. le D*' Merlin
accepte d’en faire partie.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[60]
DISCUSSION
SUR L’USAGE DU SAVON
EN CHIRURGIE SEPTIQUE
M. le D'' Camescasse. — En demandant la parole à la Société de
Médecine publique j’ai, ce soir, un double but.
Je tiens tout d’abord à m’excuser auprès de M. Bonjean de n’avoir
cité son travail que dans une note, ajoutée au dernier moment à
l’édition de' la brochure que voici*. ■
La vérité est que mon manuscrit, qui fut de longues années sur le
chantier, a prissa forme actuelle dès décembre 1916 et qu’il a atten¬
du depuis tout ce temps. son tour d’impression'.
J’aurais été beaucoup plus à mon aise pour rédiger mon chapitre
■1 vue théorique » si j’avais connu auparavant le travail, si complet
au point de vue chimique, de notre collègue.
J’ai toujours cru reconnaître, en effet, dans l’action du savon, _
soit sur les plaies souillées et septiques, soit sur les muqueuses in¬
fectées, — ^ deux parts :
Une action chimique et physique locale, qui se traduit par la
fluidification des excréta; fluidification in situ des productions mor¬
bides. Or l’étude de M. Bonjean nous donne l’explication de ce phé¬
nomène, de telle sorte qu’il n’y aura pas à y revenir.
Mais il y aà côté. de cela, dans le domaine chimique lui-même,
une action locale sur les tissus sains, — action indéniable qui
pourrait à elle seule expliquer l’intolérance à la répétition, n’était
que cette intolérance peut aussi résulter de l’épuisement du réflexe
provoqué par le savon, dès le premier contact.
C’est que, en effet, au cours des tentatives inégales que j’ai faites
pour employer le savon un peu partout — en chirurgie septique
ou bien comme agent prophylactique, j’ai crudiscernerquece contact
assurait autre chose qu’une fluidification chimique (et physique). Je
veux parler d’un ordre, venant en réflexe, aux éléments sains de
sécréter abondamment au voisinage — et au niveau — des tissusenvahis
ou menacés.
1. Le savon en chirurgie septique (O. Doin et fils).
2. liull the’rap., septembre-octobre 1917.
[611 L’USAGE DU SAVON EN. CHIRURGIE SEPTIQUE d.W
J’en viens, ainsi, au second but de ma communication qui est de
faire- hommage à la Société d’un exemplaire de cette brochure sur
l’usage du savon en chirurgie septique. Je me suis efforcé de mon¬
trer combien ce que j’ai observé dans la bouche, dans les fosses
nasales, ressemble à ce que j’ai observé dans un vagin infecté — et
combien cela resemble à ce que l’on peut observer quand on intro¬
duit un morceau de savon dans un abcès chaud insuffisamment
ouvert.
Je ne veux pas abuser; j’en suis arrivé, depuis beaucoup d’années
(beaucoup trop, puisque cela fait de moi un des anciens en cette
assemblée), tout en utilisant le savon comme pansement, à me
servir exclusivement de lui, comme préservatif à toute infection,
dansles accouchements — et, ce, avec un succès qui ne se dément
point.
U est bien évident que, ici, la fluidification n’est pas seule enjeu ;
le glissement plus facile, l’action physique qui empêche l’amateur
de monter au mât de cocagne, doit être mise en cause.
Mais j’ai trouvé une limite : quand cela dure trop longtemps, les
mucosités naturelles — agents de glissement non négligables —
viennent à manqueret il faut autre chose que du savon pour que ça
ne grippe point.
Sous cette réserve d’une intolérance à provenir soit du contact
local, soit de l’épuisement du réflexe salutaire, j’étais plus que
préparé aux pansements permanents au savon du 0“- Ratinski, — et
je ne puis que féliciter mon Confrère d’avoir obtenu une ratification
de ses dires grâce au concours de l’éminent directeur du labora¬
toire d’hvgiène.
I.a séance est levée à 19 heures.
Le Secrétaire f/e’nérat adjoint,
D'- Borne.
Le Vice-Président,
0“- Granjux.
Le Gérant : Pierre Auger.
Paris. — L. Mabethbux, impriii
Cassette.
REVUE
D’HYGIÈNE
ET DE .
POLICE SANITAIRE
QUELQUES PRINCIPES PHYSIOLOGIQUES
POUR UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT ‘
M. le D' LOUIS tAPICQUE
Professeur au Muséum,
Président de la Section d’Hygiène de la Direction des loventions.
Par ravitaillement, j’entends uniquement, au sens propre du
mot, notre nourriture. C’estsufflsant pour en faire une question
de première importance.
Le problème du ravitaillement nécessite d’abord la connais¬
sance des besoins. Les besoins alimentaires sont une grandeur
physiologique parfaitement déterminable, et non un ensemble
de fantaisies individuelles susceptibles de s’adapter par décret
aux approvisionnements existants.
Le problème a été posé depuis longtemps, et de haut.
En 1791, dans un recueil imprimé par ordre de l'Assemblée
nationale, sous la direction de Lavoisier et les auspices de
l’Académie des Sciences, Lagrange, le célèbre géomètre,
1. Conférence faite devant la Commission supérieure des Inventions le
13 mars 1918.
REV. d’hyg. XL — 11
N'iyVd
162
Dr LOUIS LAPICQUE
publiait un travail intitulé Arithmétique poKHque sur les pre¬
miers besoins intérieurs de la^épublique. Mais il ne pouvait pas,
à cette époque, arriver à une solution précise; ainsi, il se
demande en vain selon quelle équivalence conapter les légumes
et les fruits. « Le prix qu’on les paye, dit- il, n’est pas ia mesure
de leur valeur alimentaire, la gourma,ndise y prend trop de
part.»
La physiologie peut fournir la réponse aujourd’hui ; nôus
avons une mesure extrêmement simple et nette dé la valeur
alimentaire de tous les aliments, quels qu’ils soient, et récir
proquement la môme mesure permet d’exprimer le besoin de
nourriture. C’est l’énergie empruntée aux aliments qui con¬
stitue cette commune mesure.
A vrai dire, les besoins physiologiques sont infiniment com¬
plexes. Indépendamment de l’énergie, il nous faut un nombre
considérable de corps simples, un nombre bien plus considé¬
rable encore de composés organiques définis. La liste en serait
très longue, et en regard de chacun de, s articlés il faudrait
porter la quantité nécessaire. Nous ne sommes ^pas en état
d’établir cette liste, mais l’intérêt en serait simplement théo-
, rique.
A l’exception d’un petit nombre de substances extraites par
l’industrie sous forme presque pure, par exemple le sucre,
l'amidon, la caséine, tous nos aliments sont des parties d’êtres
vivants, animaux ou végétaux, et tous, à côté d’une proporr
tion diverse des trois grands aliments simples : albumine,
graisse et hydrates de carb.one, contiennent les divers
matériaux qui sont nécessaires à la vie. De sorte qu’une
alimentation variée couvrant les besoins, généraux de l’orga¬
nisme couvrira certainement aussi tous les besoins particuliers.
Même pour l’albumine, ou matière azotée, à laquelle on
faisait naguère une place à part, au premier rang des préoccu¬
pations alimentaires, il, n’y a qu’exceptionnellement ■ lieu
d’accorder une attention spéciale.
L’évolution des idées sur ce point est remarquable. Avec
Liebig, la substance azotée était l’aliment par excellence ;
puis on a vu que les autres aliments pouvaient la remplacer,
et permettaient d’en réduire , l’apport quotidien jusqu’à un
minimum qui, pour l’homme, fut fixé par Voit à 120 grammes.
UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 163
M’appuyant essentiellement sur des observations ethnogra¬
phiques, qui ont l’avantage de représenter des expériences
naturelles portant sur plusieurs générations et sur des
millions de sujets, j’ai montré que le minimum ne s’élevait
.pas au-dessus de 1 gramme par kilogramme et par jour.
Ghittenden, dans des expériences artificielles, mais pro¬
longées une année entière, réduisit encore ce chiffre à peu
près de moitié.
D’ailleurs, les progrès de la chimie des matières albumi¬
noïdes nous avaient montré celles-ci constituées par des
groupements divers ü acides aminés; la digestion dissocie
ces groupements, et les besoins alimentaires spécifiques por¬
tent en réalité sur ces acides aminés; de sorte qu’une matière
albumidoïde n’est pas équivalente à une autre, en particulier
les albumines végétales ne sont point équivalentes aux albu¬
minés animales.
Il n’y a donc plus aucun sens à çhercher un chiffre expri¬
mant le minimum d’albumine nécessaire, si cette albumine
est évaluée par l’azote dosé en bloc dans les aliments. Le
besoin d’albumine s’éparpille en une effrayante complexité de
besoins spéciaux, dont chacun est inexorable, quand même
il se chiffrerait seulement par quelques centigrammes quoti¬
diens. Heureusement la difficulté n’est pas de satisfaire ces
besoins, mais bien de les faire sentir, de produire, comme
l’on dit, une carence, en constituant un régime alimentaire
dépourvu d’une substance nécessaire.
Les vitamines, dont on parle beaucoup depuis quelques
années et dont on exagère parfois l’importance, sont un
petit paragraphe de cette liste. Si vous nourrissez des pigeons
abondamment, mais exclusivement avec des grains de riz soi¬
gneusement dépouillés de leurs parties périphériques, vous
les verrez, au bout de quinze jours ou trois semaines, pré¬
senter des phénomènes de paralysie, puis mourir rapidement ;
c’est la carence. Mais si, dès l’apparition des symptômes para¬
lytiques, vous ajoutez à leur riz décortiqué quelques parcelles
d’écorce de riz, ils guériront presque instantanément. On
obtient de même la guérison avec une quantité minime d’une
substance azotée particulière extraite de celte écorce de riz ;
cette substance a été appelée vitamine et elle est incontes-
164 ' D‘’ LOUIS LAPICQUE
tablement nécessaire. Mais si vos pigeons mis au régime du riz
décortiqué ne sont pas enfermés et leur nourriture bien sur¬
veillée, s’ils peuvent attraper deux ou trois graines quel¬
conques, un peu de mauvaise herbe, plus de carence! La
vitamine ou les vitamines se sont retrouvées en quantité,
suffisante.
On voit que cette question, d’un vif intérêt physiologique,
n’a rien à voir avec aucun problème pratique de ravitaille¬
ment.
L’ensemble des matières azotées se trouve dans le même
cas lorsque le ravitaillement s’opère au moyen de nos matières
alimentaires usuelles. Tout mélange est bon. Et même le blé
seul, c’est-à-dire le pain sec, serait suffisant pour tous ces
besoins chimiques, à condition toutefois que ce pain soit,
sinon complet, du moins bis. Le pain blanc tout seul mènerait
sans doute à la carence. Mais on ne voit pas quelle espèce de
disette pourrait réduire une population à un régime exclusif
de pain blanc.
Le riz est, à ma connaissance, la seule céréale qualitati¬
vement insuffisante pour des adultes ; mais des populations
considérables vivent de riz, en y ajoutant seulement quelques
grammes de poisson sec.
Lorsqu’il s’agit d’enfants, dont la croissance consiste prin¬
cipalement dans l’augmentation de la matière albuminoïde de
leur organisme, les besoins en substances azotées sont plus
considérables et plus précis. Même avec le blé, les albuminoïdes
d’une alimentation végétale ne fourniraient peut-être pas
tous les éléments d’une bonne croissance. Mais, une fois
passées du moins les premières années, où de toute façon un
régime spécial est nécessaire, il suffit, pour assurer l’appoint,
d’une très légère addition de quelque nourriture animale, un
verre de lait ou la moitié d’un œuf par jour.
Pour les hommes qui se livrent à des travaux de force et
qui ont besoin d’une ration alimentaire plus élevée, il est
bien démontré aujourd’hui qu’il ne serait nullement néces¬
saire de leur fournir un supplément d’albumine ; mais, en fait,
le supplément de ration sera constitué, comme la ration de
repos elle-même, avec des aliments plus ou moins azotés.
En résumé, comme le disait ces temps derniers le physio-
UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 165
logiste anglais Bayliss : «Assurez la fourniture d’énergie, et
la fourniture de l’albumine sera assurée par là même. »
Cette considération de l’énergie comme unique grandeur à
faire entrer pratiquement en ligne de compte est une con
quête relativement récente de la physiologie. Après avoir
donné lieu, depuis vingt-cinq ans, à de très vives discussions,
elle ne rencontre plus aujourd’hui, je crois, un seul opposant.
Proposée par Rubner sous le nom de loi de « l'isodynamie »
(c’est-à-dire que les aliments peuvent se remplacer les uns
par les autres, dans la mesure où ils fournissent une égale
quantité d'énergie), cette théorie a été entièrement confirmée
par les expériences les plus précises, notamment par les
fameuses recherches d’Atwater.
Un homme était enfermé pendant plusieurs jours consé¬
cutifs dans une chambre spéciale permettant de mesurer
toute la chaleur dégagée, et en même temps les échanges
gazeux delà respiration. Tous les aliments et tous les excreta
étaient analysés. C’était comme une petite usine avec une
vingtaine de personnes constamment occupées chacune à
suivre un point de l’expérience. On a pu ainsi établir un bilan
complet de la vie considérée comme phénomène chimique et
mécanique. Le résultat a été la vérification parfaite du point de
vue de Lavoisier, développé durant un siècle par la physiologie
française, et finalement ramené par Berthelot à la forme rigou¬
reuse d’une série de théorèmes, à savoir que la vie est une
combustion et que les lois de la chimie s’appliquent intégrale¬
ment à l’organjsme vivant. Les transformations de nos aliments
dans notre corps y dégagent exactement la même quantité de
chaleur que lorsqu’ils passent dans un appareil de laboratoire
du même état initial au même état final. Nous pouvons donc,
en toute sécurité, partir de mesures effectuées sur nos aliments
dans la bombe calorimétrique et conclure à l’énergie qu’ils
peuvent nous fournir.
L’isodynamie n’était pas une conséquence nécessaire de
cette analyse chimique de la vie, mais elle existe en fait;
démontrée par Rubner, elle a été vérifiée par Atwater dans des
conditions qui ne laissent pas place au doute. D’ailleurs, les
objections théoriques, qui de toute façon auraient dû céder
devant le fait, ont pu être résolues d’une façon satisfaisante.
166
Di’ LOUIS LAPICQUE
J’ai dû insister sur l’isodynamie pour la bien établir
d’abord, car, dans tout ce qui va suivre, mon raisonnement
repose sur cette considération. Nous exprimerons la nourriture
comme les besoins alimentaires, exclusivement en unités
d’énergie, c’est-à-dire en calories (grandes calories).
Les besoins alimentaires d’un homme adulte sous nos cli¬
mats, menant une existence active, sans travail de force, peu¬
vent être fixés à 2.400 calories par 24 heures.
C’est le chiffre qu’on retrouve avec une bonne approximation
toutes les fois qu’on mesure et qu’on analyse des régimes ali¬
mentaires, même quand ces régimes semblent, à l’observation
superficielle, très différents les uns des autres. Contrairement
à ce qu’a fait conclure cette observation, il n’y a pas, sauf
exceptions, de petits et de gros mangeurs ; il y a seulement des
gens qui mangent plus ou moins de plus ou moins de
■ dessert, etc. Le calcul en calories montre, sous les fantaisies
individuelles, un instinct très sûr qui emprunte à des aliments
divers toujours une même somme d’énergie. Les physiolo¬
gistes japonais ont trouvé chez leurs compatriotes (à égalité
de grandeur du corps) la même ration en calories que les
physiologistes français, allemands ou anglais chez les leurs.
D’autre part, quand on mesure la perte de chaleur- que le
combustible alimentaire doit couvrir pour conserver à la fois le
poids corporel et la température constante, on trouve réguliè¬
rement les mêmes chiffres. Ainsi Atwater a observé chez trois
sujets maintenus complètement au repos, et par conséquent
dépensant un peu moins que notre type, un dégagement de
chaleur variant seulement de 2.100 à 2.3o0 calories. La déper¬
dition est sensiblement la même si l’on ne mange absolument
rien pendant plusieurs jours. On l’a constaté, notamment, chez
les jeûneurs professionnels qui s’exhibaient il y a quelques
années. Dans ce cas, c’est le corps lui-même du sujet qui four¬
nit à la dépense; on maigrit de ce qu’on aurait dû manger.
Après avoir maigri, on dépense moins, parce qu’on est dimi¬
nué d’autant. Si, au lieu du jeûne absolu, on est soumis à une
inanition relative, c’est-à-dire à une ration insuffisante, on mai¬
grit aussi, et on s’adapte à une sorte de vie réduite; c’est ce
que l’on appelle la misère physiologique. 11 est possible, à la
< UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 167
rigueur, de réduire l’apport quotidien jusqu’à 1.600 calories;
mais si cela suffit pour ne pas mourir, cela ne suffit pas pour
vivre réellement. C’est le chiffre minimum auquel pourrait se
rationner la garnison d’une forteresse assiégée ou l’équipage
d’un vaisseau naufragé. Pour une nation qui veut continuer
son existence normale, il faut compter 2.400 calories pour un
homme sans travail manuel.
Si l’homme produit un travail mécanique important, forge¬
ron, terrassier, coltineur, etc., ce chiffre augmente notablement;
il s’élèvera facilement à 4.000 et atteindra même parfois 5.000.
Mais, d’autre part, dans une population, il y a des femmes
et des enfants, dont la dépense énergétique est moindre.
Quand on le croira nécessaire, on pourra prendre des statis¬
tiques détaillées, avec des coefficients possibles à préciser pour
chaque catégorie d’individus.
Pour le moment, comme nous ne cherchons qu’à montrer la
méthode et à fixer simplement des ordres de grandeur, nous
-admettrons provisoirement que les écarts par excès compensent
les écarts par défaut, et nous traiterons ce chiffre type de
2.400 calories comme s’il était une moyenne.
Pour passer de l’individu à la nation, nous n’avons qu’à mul¬
tiplier par le chiffre de la population. Ce chiffre est actuelle¬
ment difficile à connaître. Supposant que les étrangers et les
réfugiés compensent la diminution de territoire et les excédents
de morts, nous en resterons (comme le fait d’ailleurs, pour ses
statistiques de consommation, l’Institut international d’agricul¬
ture de Rome) au chiffre d’avant la guerre, 39.600.0(X), soit, en
nombre rond, 40 millions d’individus.
40 millions multipliés par 2.400, cela fait 96 milliards. Arron¬
dissant encore une fois par excès, disons 100 milliards. 100 mil¬
liards de ca^o?’?es, telle est, en première approximation, la nour¬
riture nécessaire à -la France pour vivre un jour. Nous
raisonnerons désormais avec cette unité, « le lourde France ».
Voilà pour les besoins. Il faut compter les ressources avec
la même mesure. 11 est entièrement vain d’évaluer la nourriture
en kilos ou en livres, s’il s’agit d’une ménagère, en tonnes ou
en quintaux s’il s’agit d’une nation. Pas plus que la valeur en
argent, le poids de la nourriture ne représente sa valeur réelle.
168
Dr LOUIS LAPICQUE
Un ravitaillement donné, que ce soit le panier d’une cuisinière
qui revient du marché ou le paquebot chargé de vivres qui tra¬
verse l’Océan, peut contenir, sous un même poids et pour un
même prix, des quantités de nourriture effective variant dans
le rapport de 1 à 10, et les opinions traditionnelles ou les indi¬
cations de nos sens sont le plus souvent erronées. Seule la
mesure en calories utilisables par l'organisme peut servir de
guide. Dans les exemples qui suivront, vous aurez sans doute
l’occasion de constater combien, sans ce guide, notre sentiment
intuitif s’égare facilement.
Tout le monde a bien l’idée d’un certain poids mort accora-
pagnant la nourriture réelle dans la plupart de nos aliments :
les os de la viande, les épluchures des légumes, lé son du blé,
les coquilles des buitres, les noyaux des fruits, etc. Ces déchets,
assez variables d’ailleurs suivant la discrétion du boucher, le
blutage du meunier ou le doigté de la cuisinière, sont de con¬
naissance vulgaire; ils n’en sont pas moins compris dans le
poids de la marchandise achetée et transportée.
Mais il y a une autre non-valeur bien plus importante, dont
on tient rarement un compte suffisant, si même on y pense :
c’est l’eau. Dans les matières organiques considérées comme
sèches, graines, farines, légumes secs, etc., il y en a 10 à
15 p. 100; il y en a de 50 à 70 p. 100 dans la viande, de 60 à
80 p. 100 dans le poisson ; il y en a un peu moins de 80 p. 100
dans les pommes de terre, 90 p. 100 dans les carottes, les
navets, les choux, 95 p. 100 dans lès asperges, les concombres,
les salades.
Or l’eau ne nous apporte aucune énergie; celle que nous
achetons et faisons transporter avec nos aliments n’a pas plus
de valeur que celle qui coule de notre pompe ou de notre robi¬
net de concession. Seule peut entrer en ligne de compte pour
la nourriture la substance sèche qui reste quand cette eau est
déduite; on voit que 100 parties des aliments ci-dessus men¬
tionnés se ramènent, cette déduction faite, à 80 ou 85 pour le
premier numéro de la liste; à 40, 30, 20, 10 ou 5 parties seule¬
ment, pour les numéros suivants.
De cette substance sèche, il faut encore retirer les matières
minérales qui ont quelquefois leur utilité, mais ne doivent pas
plus qqé l’eau entrer ici en ligne de compte, puis les matières
UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 169
organiques, commèla cellulose, qui sontpour nous indigestibles.
Enfin, la partie utilisable qui reste après toutes ces déduc¬
tions est loin d’être toujours équivalente à elle-même. Elle est
constituée par un mélange en proportion quelconque des trois
aliments simples, et ceux-ci' dégagent dans l’organisme des
quantités d’énergie assez difiTérentes : 4 calories, en chiffre
rond, pour 1 gramme de sucre, sensiblement le même chiffre
pour 1 gramme d’albumine, mais 9 calories au moins pour
1 gramme de graisse. La valeur énergétique s’élèvera donc
notablement avec la proportion de graisse. Quand on connaît
par l’analyse chimique la composition d’un aliment, sa teneur
en graisse, en albumine, en hydrates de carbone, il est facile
de calculer la quantité d’énergie qu’il peut livrer àl’organisme,
c’est-à-dire sa valeur alimentaire en calories. On peut aussi
mesurer directement la quantité de chaleur qu’il dégage en
brûlant dans un appareil de laboratoire et, moyennant quelques
corrections, théoriquement claires et pratiquement simples,
déduire de cette mesure la quantité de chaleur que dégagerait
sa combustion dans l’organisme.
Nous avons pour tous les aliments un grand nombre de
déterminations obtenues par l’une ,et l’autre méthode, entre
lesquelles il y a un bon accord. Nous connaissons donc la valeur
moyenne de nos aliments; les écarts autour de cette moyenne
sont peu importants pour le lait, les œufs, la chair des ani¬
maux sauvages et les poissons ; ils sont plus marqués pour la
viande des animaux domestiques, dont la teneur en graisse est
très variable.
Mais, forts ou faibles, ces écarts n’interviennent pas dans un
ravitaillement national, où la loi des grands nombres donne
une signification pratique aux moyennes. Il faudra seulement,
si l’on désire une grande précision, dans les conditions actuelles
qui ont entraîné des modifications profondes delà main-d’œuvre
agricole, des engrais des champs, des aliments du bétail et du
cycle des importations, vérifier si les valeurs moyennes des
aliments n’ont pas changé d’une façon notable.
D’autre part, il y a lieu de reviser le calcul de la valeur des
aliments végétaux en général. Les analyses classiques n’ont
pas suffisamment fait le départ entre les hydrates de carbone
assimilables, comme l’amidon que le travail de la digestion
170
D‘- LOUIS LAPICQÜE
transforme en sucres, et les hydrates de carbone inassimilables,
comme la cellulose et le ligneux qui traversent le tube digestif
inaltérés, constituant un résidu inerte.
J’ai fait cette révision pour le blé, qui est de beaucoup le plus
important de nos alifnents végétaux, et par conséquent de tous
nos aliments, car nous empruntons beaucoup plus de nourriture
aux produits végétaux qu’aux produits animaux.
On ne se fait pas, en général, une idée exacte de l’impor¬
tance relative des diverses denrées alimentaires. Dans la vie
individuelle, les diverses viandes, par la variété des sebsations
savoureuses qu'elles procurent, se po,sent au premier plan de
l’imagination, et rejettent dans l’ombre le monotone pain
quotidien. Dans l’économie politique, les nombres maniés par
le calcul dépassent l’imagination, et d’ailleurs on ne transforme
d’ordinaire les chiffres de nourriture exprimés en tonnage,
pour les ramener à une commune mesure, que dans leur
valeur argent ; mesure qui est faite pour égarer dans le même
sens que l’impression sensorielle.
Nous allons effectuer le calcul en valeur physiologique suivant
la série des principes que nous venons d’établir, et nous
prendrons comme unité le « Jour de France ». L’importance
de chaque denrée apparaîtra ainsi par le nombre de jours de
vivres qu’elle peut assurer au pays.
Il est bien entendu que si nous disons loO jours de pain et
40 jours de viande, cela ne suppose nullement qu’on se nourrira
exclusivement de pain pendant cinq mois et de viande pendant
six semaines. Mais nous apercevrons tout de suite, sous une
forme usuelle de nos préoccupations, dans quelles proportions
l’une et l’autre des nourritures nous amènent à nouer les deux
bouts du ravitaillement annuel.
A la tâche du physiologiste, qui est d’établir d’une part les
besoins alimentaires, d’autre part les coefficients nutritifs des
denrées, devrait s’unir maintenant la tâche du statisticien qui
est d’établir les quantités de denrées sur lesquelles doit porter
le calcul. Par exemple, les ressources de l’agriculture ' natio¬
nale, pour chifl’rer par différence les quantités à importer.
Cette tâche n’est plus de ma compétence.
A l’heure actuelle, je la crois plus difficile que jamais. Mais,
UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 171
encore une fois, je ne cherche qu’à montrer la méthode, à
attirer l’attention sur des principes', pour que'd’autres paissent
arriver à des données. Nous prendrons comme base, sans
chercher si elle aurait besoin d’être critiquée, la dernière
« Statistique agricole annuelle » de la France, publiée par le
ministère de l’Agricnlture. C’est celle de 191S. Cela nous
donnera, en même temps qu’un exemple, l’ordre de grandeur
des choses, si nous notons que 191S a été une année franche¬
ment déficitaire, et que l’importation a contribué à la vie du
pays par un appoint très important.
Le « Jour de France », avons-nous dit, c’est une consomma¬
tion de 100 milliards de calories. La statistique, suivant une
règle courante, s’exprime en quintaux. Nous nous contenterons
de lire les millions de quintaux et le calcul sera extrêmement
simple. En effet, 1/ million de quintaux, c’est milliards de
grammes. Les données physiologiques fournissent la valeur
énergétique de 1 gramme de substance en calories ; il n’y a
qu’à multiplier les deux chiffres l’un par l’autre pour obtenir
immédiatemen», sans kyrielle de zéros, le nombre de « Jours
de France » ( un verts par la quantité de denrées dont il est
question.
A tout seigneur, tout honneur ! commençons par le froment.
En 1915 ; Production, 60 millions de quintaux. Nécessaires
aux semences, 5 millions. Disponibles pour la consommation,
55 millions.
Valeur alimentaire du gramme de blé pour l’homme, si nous
le consommions en totalité : 3 cal. 3 (c’est un nombre que je
peux affirmer comme moyenne avec une très bonne approxi--
mation et une grande sécurité, résultant de l’accord de multi¬
ples expériences).
Il n'est pas question, en France, de consommer le blé en
totalité, mais il n’est pas dépourvu d’intérêt de chiffrer com¬
bien de nourriture représenterait, ainsi considérée, la moisson
de 1915 :
00 X 3, 3 = 181 « Jours de France ».
Soit sensiblement la moitié de l’année, la moitié de la nour¬
riture nécessaire à la France pour vivre un an.
Mais, en fait, du blé total on extrait une certaine proportion
172 D>^ LOUIS LAPICQUE
de farine (taux d’extraction) dont on a rejeté une certaine pro¬
portion de son (taux de blutage). La farine, ainsi débarrassée
de tout ou partie de l’enveloppe indigestible du blé, présente
une valeur nutritive plus élevée, soit 3 cal. 6 par gramme pour
la farine blanche.
Si on veut avoir de la farine tout à fait blanche, les procédés
de la meunerie la plus perfectionnée ne permettent pas de
dépasser une extraction de 66 p. 100. Mais à 70 p. 100 on a
encore de la farine qu’on peut appeler blanche.
À ce taux, on aura en farine à 3 cal. 6 par gramme, les
70 centièmes de la qualité de blé :
55 X 0, 70 X 3, 6 = 138 « Jours de France ». -
Par rapport à la consommation du blé en totalité, nous avons
donc abandonné, pour avoir du pain blanc, 43 jours,
6 semaines, de ravitaillement exclusif en pain. Si nous admet¬
tons que le pain fait la moitié de la ration journalière, c’est
deux mois et demi à rattraper pour la soudure.
Mais, en deçà de l’extraction à 100 p. 100, que je me garde¬
rai bien de recommander (nous n’en sommes pas là ; les Alle¬
mands eux-même n’extraient qu’à 94 p. 100), il y a bien des
nuances.
En passant de 70 à 80, le pain devient un peu bis, la valeur
alimentaire de la farine ne baisse pas du tout (si même elle
n’augmente légèrement).
En passant de , 70 à 85 (avec de bons moulins bien réglés
dans ce but), la valeur alimentaire de la farine ne subit qu’une
dépréciation insensible, au sens strict du terme ; dans des
expériences spéciales, je n’ai pu observer cette dépréciation,
qui atteint peut-être le centième. Au lieu du coefficient 3,6,
faudrait-il prendre le coefficient 3,57? La différence serait
insignifiante et bien au-dessous de l’incertitude des statistiques
et de l’approximation où nous opérons. (J’arrondis tous ces
chiffres, et j’ai négligé, pour débuter, un bon demi-million de
quintaux qui couvriraient juste cette différence.) Nous pou¬
vons, jusqu’à 85, compter toutes lesfarines avec la même valeur.
Voici alors ce que donnent les extractions à 80 et 85 ;
55 X 0,80 X 3,6 = 158 jours.
55 X 0,85 X 3,6 = 168 jours.
UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 173
Le blutage à 85 perd seulement treize jours sur la consom¬
mation du blé complet ; cette perte est bien payée par la dilfé-
rence de qualité.
Il donne 30 jours de plus que le blutage à 70, un mois de
ravitaillement exclusif; pratiquement, deux mois de pain!
La différence avec le blutage à 80 est encore de 10 jours,
soit trois semaines de pain effectif. Au moment de la soudure,
c’est énorme, trois semaines!
Ün voit bien l’importance que prennent les questions de
blutage. Et les calculs ci-dessus portent sur un chiffre très
déficitaire. La consommation considérée comme normale n’est
pas de 55, mais de 90 millions de quintaux. Les différences
que nous examinons étant proportionnelles à ces chiffres, il y
aurait lieu de les augmenter de moitié.*
Les petites céréales, comprises aujourd’hui sous l’étiquette
de succédanés, quand on envisage leur emploi dans le pain en
remplacement d’une certaine proportion de farine de froment,
n’atteignent ensemble, qu’un tiers de la valeur du blé, soit
l’ordre de grandeur des questions .de blutage pour ce grain pri¬
mordial.
Leur valeur alimentaire est connue avec moins de précision;
on peut, en bloc, leur attribuer provisoirement une valeur
totale de 3 calories.
Les quantités portées pour 1915 sont :
Seigle, 8 millions de quintaiix; méteil, 1 million; orge,
6 millions; sarrasin, 4 millions; maïs, 4 millions. Dans
l’ensemble (en négligeant de menues récoltes comme le millet),
23 millions de quintaux. D’où il faut bien retrancher 5 mil-,
lions pour les semences et le blutage.
Restent 18 millions X 3 = 54 jours.
Les légumes secs ne sont produits chez nous qu’en petite
quantité : 1,4 million de quintaux pour les haricots secs;
1 million de quintaux pour les pois, les fèves et les féveroles
réunis. A 3 cal. 3 par gramme (valeur approximative), on a au
total 8 jours.
Les pommes de terre sont portées pour 94 millions de quin¬
taux ; semences déduites, restent 85 millions pour la consom¬
mation. Valeur alimentaire, 0 cal. 7 seulement (en raison de
la proportion d’eau) : 85 X 0,7 = 60 jours.
174 Dr LOUIS LAPICQUE
13 millions de quintaux de topinambours à 0 cal. 6 font
8 jours.
11 millions de quintaux de betterave à sucre fournissent,
un sucre (à 12 p. 100), 5 jours.
Ici, il faut souligner, par parenthèse, un déficit extraordi¬
naire par rapport à la production normale qui atteint 70 mil¬
lions. La plupart de nos terrains à betterave sont dans la zone
de guerre, ou occupés par l’ennemi. En temps normal, notre
sucre, qui est encore loin d’être négligeable, fournirait à lui
seul plus d’un mois de vivres.
2 millions de quintaux de châtaignes, à 1 cal. 5, font 3 jours.
Les noix avec 1 demi-million de quintaux seulement, mai.s
d’une valeur relativement très élevée, 3 cal. S par gramme, en
raison de leur teneur en graisse, font près de 2 jours.
En passant, je note que pour ces deux fruits, les récoltes,
il y a trente ans, atteignaient plus du double et se sont
réduites progressivement. Il y a lieu actuellement de le
regretter.
Les graines et fruits proprement oléagineux, colza, navette,
■œillette, olives, font environ 3 jours, dont 2 pour les olives
seules.
Nous n’avons pas encore fini avec nos aliments d’origine
végétale. Il nous manque les légumes frais, et les fruits.
Pour l’ensemble de la France, la Statistique nous fait ici
défaut.
Mais nous y trouvons les arrivages aux Halles centrales de
Paris. L’indication est assez peu précise, car il y a d’autres
arrivages et, en seüs inverse, une partie de la banlieue
s’approvisionne aux Halles. Comme la statistique de la viande
nous fait aussi défaut pour la France, et que la consommation
de la viande à Paris est donnée dans son ensemble, comme je
n'ai également que pour Paris des chiffres relatifs aux œufs,
aux poissons et à la volaille, nous allons prendre provisoire¬
ment pour unité la « Journée de Paris ».
2.800.000 habitants, à 2.500 calories par tète et par jour,
font un besoin alimentaire de 7 milliards de calories.
Il a été apporté aux Halles, en 1915, 22.000 tonnes de
légumes frais; la valeur alimentaire moyenne nette ne peut
pas être fixée à plus de 0 cal. 3, de sorte que celte grande
L'NE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 115
masse de denrées donne seulement 6,6 milliards de calories :
sensiblement 1 « Jour de Paris ».
18.000 tonnes de fruits, à, 0 cal. 6 font 11 milliards de calo¬
ries, soit environ 1 jour 1/2.
La réunion ^e ces deux articles fait ainsi 2 jours 1/2 seule¬
ment, de sorte que l’erreur possible, même si elle est relati¬
vement forte, n’aura jamais grande importance sur l’ensemble
du tableau de ravitaillement que nous sommes en train de
construire.
Passons maintenant aux aliments d’origine animale.
Les viandes de toute espèce réunies, soit sorties des abat¬
toirs, soit entrées par les portes et chemins de fer, se sont
montées en 1915 à 140.000 tonnes.
Une moyenne très générale, établie sur les diverses viandes,
et en faisant la déduction des ^déchets, s’établit, pour la
valem^ alimentaire du gramme de viande vendue en boucherie,
à 2 cal. 2. Multipliée par 140 milliards de grammes, cette
valeur donne au total 310 milliards de calories. En divisant
par 7, on obtient 45 jours.
Pour une grande ville, où la viande joue dans l’alimentation
un rôle plus important qu’ailleurs, on voit que ce rôle effectif
est encore bien peu de chose par rapport à l’ensemble : un
mois 1/2 sur une année entière.
Les autres nourritures animales donnent encore des chiffres
plus surprenants par leur petitesse.
15.000 tonnes de volailles, auxquelles on ne peut attribuer
plus de 1 calorie utile par gramme, cela fait 15 milliards de
calories, soit seulement 2 jours. 11.000 tonnes d’œuf, à 1 cal. 5
par gramme, 17 milliards de calories, 2 jours 1 /2.
Viennent enfin 25.000 tonnes de poissofis divers ; la valeur
énergétique de la chair de poisson est particulièrement faible,
et le poisson comporte d’abondants déchets ; la moyenne,
entre des valeurs assez variables, mais'toujours au-dessous de
I calorie, s’établit, je pense, à environ 0 cal. 0 par gramme.
Ce qui nous donne 15 milliards de calories, soit 2 jours de
vivres.
Reste une dernière matière alimentaire, beaucoup plus
importante, le lait.
La statistique ne nous fournit malheureusement rien sur ce
ne Dr LOUIS LAPICQUE
chapitre; mais, pour l’étude d’une autre question, j’avais
recueilli au ministère du Ravitaillerfient des renseignements
que nous allons utiliser.
La production annuelle normale (pour la France entière)
peut être évaluée à 8 milliards de litres.
Actuellement, elle est moindre.
Quoi qu’on en ait dit, je ne crois pas que notre cheptel bovin
présente une diminution notable comme nombre de têtes, mais
il y a une plus forte proportion de jeunes bêles jqui ne donnent
pas de lait. Avec une certaine marge d’arbitraire, nous estime¬
rons la production actuelle à 6 milliards de litres; le litre
de lait donne environ 700 calories. Cela fait 42 centaines de
milliards de calories, 42 « Jours de France ».
Pour dresser maintenant le tableau d’ensemble qui mette
sous les yeux la part contributive .de chaque denrée., nous
sommes obligés, pour certains articles, de conclure du jour ali¬
mentaire de Paris au « Jour de France ».
L’identification n’est évidemment pas possible, la ration du
Parisien contient une part de viande, de volaille et de poisson
plus forte que. la ration moyenne. Mais, pour ne pas favoriser
la conclusion que je crois voir ressortir des chiffres, nous ferons
seulement une réduction de b jours sur la viande, réduction
manifestement au-dessous de la vérité.
Le tableau des ressources de pays en jours de vivres s’établit
alors comme suit :
Aliments végétaux.
Froment (à 85 p. 100) . 168 jours.
Autres céréales . 54 —
Pommes de terre . 60 —
Légumes secs . ; . 8 —
Légumes divers et fruits (y compris betterave à
sucre) . 24 —
Total pour les aliments végétaux . . . 314 jours.
Aliments animaux.
Lait . 42 jours.
Viande . 40 —
OEufs, poisson, volaille . 6 —
Total.
88 jours.
UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 177
D’après les chiffres ci-dessus, les aliments végétaux four¬
nissent les 78 centièmes du total général.
A titre de recoupement, j’indiquerai ici qu’ayant fait au mois
de janvier 1917 le relevé de l’alimentation de ma famille, ali¬
mentation qui n’a rien de particulier et rentre, je pense, dans
la règle générale des ménages parigiens, j’ai trouvé que les
aliments végétaux en fournissaient les 76 centièmes.
Les aliments végétaux sont donc de beaucoup les plus impor¬
tants. Voilà le premier fait sur lequel je désire attirer l’atten¬
tion. 11 est d’ailleurs bien^connu des physiologistes, et il, n’y
a ici de nouveau que la forme sous laquelle ce fait est pré¬
senté.
Mais en voici un autre qui ressort facilement de cette forme
d’exposition.
Bh faisant le total général de toutes nos ressources en ali¬
ments utilisables pour l’homme, nous trouvons 402 jours,
presque un mois de plus que l’année entière.
Or 1915 a été une année nettement déficitaire.
Les chiffres de notre tableau sont sujets à révision; mais
l’écart tient à tout autre chose : j’ai provisoirement laissé de
côté une énorme consommation que nous allons traiter à
part..
Ce n’est pas la mobilisation; celle-ci, évidemment, con¬
stitue une sérieuse perturbation. Un dixième de la popu-
'lation vit dans des conditions anormales. Les besoins ali¬
mentaires des mobilisés sont-ils accrus? Dans une certaine
proportion, oui ; mais pas de façon à renverser un bilan,
comme celui-là.
Le citoyen de profession sédentaire, au front dans un régi¬
ment actif dépense plus de forces et doit manger davantage;
mais le laboureur, mobilisé comme territorial et occupé à
réparer les routes à l’arrière, fournit moins de travail que sur
sa ferme. 11 est vrai que Ce ne sont plus les intéressés qui
choisissent, mesurent et paient leurs rations; une providence
administrative, dont les décrets sont insondables, fournit en
abondance une nourriture peu plaisante, qui semble sans
valeur; ainsi, ce ravitaillement des armées a, en pratique, peu
de rapport avec le sujet de cette conférence, à savoir les prin¬
cipes physiologiques.
REV. d’hyg.
XL — 12
178
D-- LODIS LAPIGQUE
Du moins en était-il ainsi en t9t5 ; depuis, on a prononcé
tant de sages paroles conte' le gaspillage!
A.dmetton^ que l’armée ait mangé ou tout au inoins coûté en
nourriture le double de la quantité nécessaire aux mêmes hom¬
mes en temps de parix, l’excéden t trouvé ferait à peu près le
compte.
Mais, en cettfe année 1915, la France a importé (déduction
faite des exportations) : 34 millions de quintaux de céréales et
farineux, soit 94 jours de virvres ; 2 millions de quintaux de
viande, soit 4 jours de vivres-; 4 millions de quintaux de sucre,
soit 16 jours de vivres; au total, sans parler d’autres articles
moins importants, 114 jours de vivres*.
D’ailleurs, en année normale, la France consommait :
90 millions de quintaux de blé, soit 276 jours de vivres;
120 millions dé quintaux de pommes de terre, soit 8-4 jours
de vivres ; 30 millions de quintaux de petites céréales, soit
90 jours.
Nous voilà déjàà 450 jours', rien qu’avee ces trois article.s.
C’est que ces denrées ne sont pas- réservée aux seuls êtres
humains. Nous avons une quantité d'’ animaux domestiques qui
sont, pour une bonne part, no» commensaux.
La Statistique agricole de 1915 indique en France 2 millions
de chevaux (sans parler de la cavalerie militaire), plus de 12
millions de bêtes à cornes, 5 millions de porcs, 12 millions- de
moutons et 1 million de chèvres.
Les chevaux sont là' comme moteurs : tout travail coûte de
l’énergie ; c’est une question de ravitaillement particulier, sans
relation directe avec les subsistances humaines ; d’autant que
les chevaux ont leur céréale propre, l’avoine, dont nous ne tire¬
rions pas commodément notre nourriture.
Nous mettrons encore hors de cause les moutons et les chè¬
vres qui ne consomment aucun aliment dont nous pourrions
nous servir ; il n’y a entre eux et nousaucune concurrence pour
l’alimentation ; si leur pâture a des inconvénients, déforestation
ou autres, la physiologie ne fournit aucune commune mesure
1. Par parenthèse, on peut calculer qu’au prix de ces importations, le
« Jour de France » est revenu : en céréales et farineux, à 12 millions de
francs, — en sucre à 21 millions — en viande, à 110 millions.
UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT
avec la viande que nous en retirons, il n’y a aucun rendement
possible à calculer.
Il en va tout autrement pour le cheptel bovin et pour les
porcs. Les bœufs sont bien aussi des moteurs, mais, avant tout,
les vaches sont des productrices de lait et de veaux, les bœufs
sont de l’approvisionnement de boTicherie.
Si ces herbivores se nourrissaient exclusivement d’herbe,
l’appoint que leur chair et leur lait apportent au ravitaillement
serait bénéBce net (à condition, bien entendu, qu’on n’ait pas
transformé, comme en Angleterre, des terres à blé en pâtura¬
ges); mais les agriculteurs réclament pour leur bétail des- «ali¬
ments’ concentrés », et ces aliments concentrés, ce sont, pour
une grande part, nos propres alimenta.
En temps dé paix, les petites céréales par exemple, telles que
l’orge, ne passaient que d’une façon insignifiante dans notre
consommation. Et puis-, quand on nous faisait du pain arclii-
blanc, avec unp extraction de farine à 66 p. 100, il restait dans
le son un bon quart de la nourriture que nous aurions pu tirer
du blé. Sur 90 millions de quintaux, c’était 86 jours de nourri¬
ture humaine qu’on- abandonnait aux animaux.
La routine • agricole et l’intérêt commercial, plus âpre que
jamais, tendent à considérer ces usages comme légitimes, même
dans les circonstances actuelles. On met les besoins des ani¬
maux en balance avec les nôtres et, plus, largement qu’on ne
pourrait croire, dans ce conflit étrange entre l’humanité et son
bétail, c’est l'humanité qui est sacrifiée.
Naturellement, on ne pose pas la question ainsi: on dit que
les animaux nous rendent avec avantage en viande ce que nous
leur abandonnons en nourriture dont nous pourrions directe¬
ment nous sustenter. Ceci peut se chiflrer. Chifî'rons-le pour
quelques exemples.
A un travail que j’ai fait, avec le Chevalier, sur le rende¬
ment en subsistance des produits de laiterie donnés aux veaux
et aux porcs, j’emprunte d’abord le cas particulièrement frap¬
pant de l’élevage du veau de lait. La mode, une simple mode,
exige que la chair du veau soit blanche; pour qu’il en soit
ainsi ; il faut que le jeune animal soit nourri avec du lait et des
farines, c’est-à-dire avec nos aliments, avec des aliments
180
D' LOÜIS LAPICQÜE
humains excellents, à l'exclusion de tout fourrage. 1 kilogramme
de veau, poids vif, représente environ 630 grammes de viande
de boucherie, laquelle, bien qu’on l'appelle viande nette, com¬
prend les os. 1 kilogramme de cette viande peut être évaluée
comme puissance nutritive à 1.200 calories, cequi fait 700 calo¬
ries par kilogramme dé poids vif.
Or, pour obtenir un accroissement de 1 kilogramme, tous les
traités d’agriculture s’accordent à dire qu’il faut 12 litres de
lait entier, soit 8.400 calories. Le rendement est donc de 9 p. iOO
seulement.
Sur une expérience faite avec du lait écrémé et de la fécule,
nous avons calculé un rendement de 10,6 p. 100. Autrement dit,
on donne à un veau 10 parties de nourriture entièrement assi¬
milables pour l’homme, et on en retrouve une partie seulement;
il y en a 9 de perdues.
Devant un pareil déficit, toute considération du cinquième
quartier (peau, abats, etc.) devient négligeable.,
Même avec une alimentation mixte, partie fourrages, partie
aliments concentrés, on ne retrouve en général, dans la' chair
du veau, qu’une fraction de la nourriture humaine consommée
par l’animal; de sorte qu’en comptant le fourrage, .foin, luzerne,
tourteau, cossettes, etc., pour zéro, l’opération est encore en
déficit.
En déficit au point de vue subsistances. 11 est bien évident
qu’il doit y avoir bénéfice en argent pour qu’on fasse celte
opération. Mais; en ce moment, le rendement en subsistances
doit seul compter pour la nation.
Le rendement du porc est meilleur. 11 atteint environ
25 p. 100 dans les conditions les plus favorables. C’est
encore une opération déplorable si le porc est engraissé
avec des aliments que nous aurions pu consommer,
puisque chaque unité de nourriture en viande de porc nous
en coûte quatre.
Si, au contraire, le porc vit de résidus domestiques ou indus¬
triels, de choses immangeables pour nous, eaux grasses, tour¬
teaux, auxquels s’ajouteront dans une faible mesure des
produits naturels tels que les orties et les glands, le bénéfice
est net. Mais ce serait un terrible gaspillage que celui qui
laisserait en résidu d’alimentation humaine (le porc ne digé-
UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 181
rant que ce que nous pouvons digérer nous-mêmes) de quoi
engraisser 5 millions de porcs.
Un porc à l’engrais rapide consomme 10.000 calories par
jour, soit la nourriture de quatre hommes.
5 millions de porcs consommeraient donc dans ces condi-
tionsautant que20 millions de personnes, la moitié de la France.
On peut les engraisser moins rapidement, mais alors le ren¬
dement baisse pour atteindre zéro au moment à peu près où le
porc serait réduit à la ration d’un homme; dans ce cas, pour
l’animal comme pour nous, toute la nourriture est dépensée à
l’entretien de la vie.
L’élevage de la volaille entraîne également, si on le fait avec
du grain, du bon gxain, des pertes déplorables. Le rendement
en subsistance peut être en moyenne fixé à un quinzième. C’est-
à-dire que la volaille reçue à Paris, et qui lui fournit 2 jours de
vivres, coûte 30 jours de ravitaillement de la capitale. Quand
on a ce calcul dans la tête, la vue d’un étalage de volaille en ce
moment est autrement choquant que ne le serait une pâtisserie
bien garnie. Les gâteaux n’occasionnaient aucune perte en
subsistance.
Si on laisse les poulets picorer autour des fermes, ils pour¬
raient vivre des grains d’avoine échappés à la digestion du
cheval, des vers du fumier, de mauvaises herbes, ici encore
bénéfice net ; mais on n’aura que peu de volailles, et point de
belles volailles. Tous les règlements. et toutes les exhortations
du monde n’empêcheront pas la fermière de jeter du grain à
ses poules, même si les citadins manquent de pain. 11 est vrai
que ce sont les citadins qui poussent à l’élevage de la volaille
ep la payant un prix élevé.
Je vois un remède si simple que je l’indique en passant)
quoique ces questions ne soient point de ma compétence’
Taxez la volaille, le porc, le veau; fixez un prix maximum de
vente, tel que l’élevage avec les matières sans valeur, élevage
avantageux pour le pays, puisse seul être rémunérateur,
tandis que l’élevage avec le lait, avec le grain, comporte un
déficit pécuniaire. Vous aurez supprimé la prime en argent
que la gourmandise alloue à une transformation désavanta¬
geuse, el vous laisserez le champ libre aux récupérations
182
D'' LOUIS LAPICQUE
La question du pain, qui est primordiale, et qu’en paroles
on traite comme telle, est en fait dominée par la question du
son. Dans.la discussion très ybe et 'encore pendante de savoir
quel est le taux de blutage le plus avantageux, l’argument
auquel s’attachem avec le plus de force les partisans d’nne
extraction modérée, c’estla néoessitéide nourrir notre troupeau.
Faut-il extraire SO, faut-il extraire 85? C’est, par quintal de
blé, 5 '-kilogrammes de farine que nous .mangerons ou que le
bétail mangera. Qn dit : le bétail nous rendra largement en
viande ou en -lait cette farine que nous lui cédons. Ceci est
faux. Même en tenant compte de la différence de puissance
digestive pour les matières végétales, nous ne retrouverons
qu’une partie, une faible partie de la nourriture que nous
abandonnons. Je travaille en ce moment à préciser ce ren-"
dement, mais je puis affirmer quUl est inférieur au cinquième ;
il y aurait donc au moins, par quintal de blé, 4 kilogrammes
de farine perdue. Sur une consommation telle que la nôtre en
temps de paix, ou celle des États-Unis, d’environ 100 millions
de quintaux, cette perte représente 14 « Jours de France ». Je
parle de lé substitution du taux de 80 au taux de 85. Mais les
Américains, autant que je sache, font de la farine blanche.
Admettons qu'ils blutent à 70, en moyenne ; la perte est triple.
C’est un mois et demi de la nourriture de la France que les
Américains donnent à leurs bestia«x, pour en retirer à peine
de quoi lui vendre une semaine de nourriture en viande.
Mais, sans même examiner les questions de rendement en
subsistance, on s’est contenté so.utvent de poser la nécessité de
conserver notre cheptel.
Qu’est-ce à dire?
Pourquoi ce capital seul serait-il intangible, quand, ^avec
raison, on sacrifie tous les autres capitaux de la Nation aux
nécessités de la Défense? Le capital humain, le plus précieux
de tous, est offert en de vaillants holocaustes; le capital
financier est engagé dans une proportion qui eût été naguère
inconcevable ; le capital forestier, si lent A reconstituer, est
entamé sans pitié.
Pourquoi ce capital d’animaux, le cheptel vif, pour
reprendre l'expression traditionnelle tout entière, jouirait-il
seul de l’immunité, quand le pays doit, dans la lutte à mort
UNE POLITIQUE DE RAVITAILLEMENT 1S3
OÙ nous sommes •en^eugés, user jusqu’à ses dernières res¬
sources?
Chose étrange ; c’est le capital qui se reconstituerait le iplus
vite, et c’est le seul capital qui coûte,à conserver.
La forêt s’accroissait toiite seude.; l’argent que nous sommes
obligés d’emprunter exige de lourds intérêts aussitôt qu’il
est dépensé. L’amoindrissement du cheptel serait une éco¬
nomie.
Je ne veux pas cobseiller ide le détruire, mais je demande
qu’on l’exploite rationnellement, sans préjugés, et sans égard
aux intérêts particuliers des ■, producteurs et marchands de
viande.
Parmi les préjugés, il en est un encore qu’on rencontre
comme dernière objection. Mais le fumier? nous dit-on. Sans
bétail, pas de fumier; pas de fumier, pas de récoltes.
Cet argument s’effondre dès qu’on veut le préciser physio¬
logiquement. Les matières fertilisantes sont minérales ; c’est
ce qui reste quand l’organisme animal a utilisé pour sa vie
toute l’énergie contenue dans les aliments. Avec les sels
minéraux et l’ammoniaque qu’il rejette, les plantes vont recon¬
struire de nouveaux édifices organiques où s’accumulera
l’énergie solaire, c’est-à-dire fabriquer de nouveaux aliments.
Ne considérer dans ces àliments que l’engrais, ce serait brûler
du bois uniquement pour avoir les cendres. La cendre néces¬
saire au travail par lequel se recréent sans cesse de nouvelles
possibilités de vie peut être rendue à la nature aussi bien
après l’usage par notre organisme que par la consommation
animale.
Ce qui eSt précieux, c’estTénergie, dont nous faisons de la
flamme quand il s’agit du bois, dont nous faisons notre vie
et notre pensée quand il s’agit de nos aliments. C’est là-
dessus qu’il faut faire porter l’effort de l’économie, sans
recourir à une restriction qui signifierait amçindrissement de
la vie humaine.
'Les calculs sont faciles; quand il s’agit de prendre une
mesure, les avantages peuvent en être chiffrés avec autant de
sûreté que le bénéfice financier d'une affaire. D’autres consi¬
dérations pourront intervenir, de même qu’on ne base pas
184 M. BRULÉ ET R. HAZARD
toute sa conduite sur la question d’argent. Mais on ne peut
pas plus, en mati,ère de ravitaillement, négliger de tenir ses
comptes en calories qu’on ne pourrait, dans le commerce,
s’afifranchir de la comptabilité. Là est la seule base ration¬
nelle, la seule base scientifique d’une politique de ravitail¬
lement.
VALEUR COMPARÉE
DES ANALYSES BACTÉRIOLOGIQUES ET CHIMIQUES
DES EAUX DE BOISSON *
par MM.
M. BRULÉ, I R. HAZARD,
Médecia-major de classe. I Pharmacien aide-major de l*** classe.
Parmi toutes les mesures d’hygiène et de prophylaxie qui
ont été prises depuis le début de la guerre et qui valent actuel¬
lement à nos troupes l’absence presque totale de maladies
contagieuses, Iq surveillance des eaux de boisson n’aura pas été
une des moins importantes. Des laboratoires nombreux ont
été créés qui, par leurs examens, pouvaient signaler les points
d’eau potable et surveiller l’épuration des eaux suspectes. La
plupart des analyses d’eau ainsi pratiquées dans les formations
de l’avant devaient être faites rapidement et avec un matériel
essentiellement portatif ; elles ne pouvaient donc être que des
analyses chimiques, les analyses bactériologiques ne pouvant
être entreprises que dans des laboratoires plus importants et
plus fixes comme les laboratoires d’Ârmée. Chargés nous-
mêmes d’un de ceux-ci, nous avons pu comparer, au cours de
nombreux examens, la valeur des deux modes d’analyse, chi¬
mique et bactériologique, qui permettent d’appréciér la qualité
d’une eau ; nous avons été frappés de voir que ces deux
méthodes d’examen ne fournissent nullement des résultats
ideqtiques; lorsque nous confrontions les conclusions que l’un
l. La Presse Médicale, p. 211, 1918.
ANALYSES DES EAUX DE BOISSON
185
de nous tirait des analyses bactériologiques avec les conclu¬
sions que l’autre tirait de ses analyses chimiques, nous nous
trouvions souvent en face d’appréciations absolument diver '
gentes. De tels faits se sont répétés dans des proportions telles
qu’ils méritent, croyons-nous, d’attirer l’attention.
Nous avons, pendant l’été 1917, i)ratiqué l’analyse bactério¬
logique et chimique de 882 eaux différentes ; ces eaux ont été
prélevées à peu près également dans toutes les parties d’un
secteur étendu et dont les points extrêmes étaient distants de
60 à 70 kilomètres ; la région correspondait géologiquement aux
terrains tertiaires du bassin de Paris; la nappe d’eau y est le
plus souvent superficielle et par suite aisément polluée; presque
tous les puits et une grande partie des sources, mal protégées,
fournissent des eaux impures. Pour ne faire entrer dans notre
statistique que des résultats homogènes, nous ne tablerons ici
que sur celte récente série d’examens. Or, sur ces 882 examens
les indications fournies par l'analyse bactériologique ont été
258 fois en contradiction formelle avec les conclusions de l'analyse
chimique; c’est donc là une divergence considérable atteignant
la proportion de 29 p. 100 et encore en ne tenant compte que
des cas où la contradiction est absolue, l’une des analyses con¬
cluant que l’eau est bonne, tandis que l’autre la déclare
mauvaise. Dans 21 p. 100 des cas l’analyse chimique faisait
croire l’eau mauvaise, tandis que l’analyse bactériologique la
trouvait bonne; dans 8 p. 100 des cas les conclusions étaient
inverses.
Les analyses de ces eaux ont été effectuées par les méthodes
classiques sur lesquelles il nous semble superflu d’insister : au
point de vue bactériologique, numération des germes en géla¬
tine, recherche et numération du colibacille selon la technique
de II. Vincent; au point de vue chimique, évaluation du degré
hydrotimétrique, recherche des nitrites, de l’ammoniaque,
dosage de l’oxygène consommé en milieu alcalin, dosage des
chlorures, des nitrates, des sulfates. L’analyse bactériologique
fournit des données précises sur l’interprétation desquelles
tout le monde s’accorde et permet de juger de la valeur de l’eau
d’après sa richesse en germes et la nature de ceux-ci. Les
résultats de l’analyse chimique sont souvent moins faciles à
interpréter : les diverses données fournies par les dosages peu-
186
M. BIÏÜIÆ ET R. Tï'aZARD
TeM^e Gambtner dB façon si iwsHJÎable qu’aucune rè^le fixe n’ust .
et 'neqpeüt être donnee quanfl aux oonclusions pratiques à tirer
des BxamenB'efFectuéB. Il est presque iné^italble que différents
chimistes interprètent délaçons différentes leBimêmes résultats
analytiques, au moins lorsqu’il s’agit d’eaux de valeur dou¬
teuse.
Aussi e^t-il in tépessant de comparer certains'types'd’analyses
chimiques avec les analyses bactériologiques corrèspondantes.
Bans lies conclusions que nous tirions des analyses chi¬
miques, nous nous sommes inspirés des données 1^ plus
généralement admises et, yjar exemple, des principes posés
dans le 'Formulaire rpharrnaveUtique des hôpitaux militaires :
pour juger de la valeur d’une eau, nous tenions compte mon
seulement de la présence de nitrites, d’ammoniaque,, d’une
quantité élevée de matières organiques (iaus éléments'dont la
valeur est universellement admise comme indice d’une pol¬
lution), mais encore nous ttenions grand compte de là teneur de
l’eau en chlorures et en nitrates vunepropcuPtion lanorinalement
élevée de cesideux sels ou de l’un •d’entre euxnous faisait con¬
sidérer une edu -comme mauvaise, même lorsque les autres
éléments (ôtaient peu abondants ou absents. ‘Une telle règle de
conduite se justifie par la comparaison des analyses chimique
etibactéridlogique;: si nous n’avions déclaré une eau mauvaise
que lorsqu’elle contenait des nitrites, de l’ammoniaque ou
beaucoup de matières organiques, dans 24p. i OO des examens
nous aurions déclaré une eau chimiquement bonne, alors qu'elle
était en réalité bactënologiquement mauvaise ; dans 6 p. 100 des
cas c’eût été Traverse. -Par contré, si l’on lient grand compte
dans l’appréciation chimique de la teneur d’.une eau en nitrates
et en chlorures, on voit 'bien persister les divergences entre
conclusions chimiques et conclusions 'bactériologiques, mais
les proportions de divergences sont inversées : dans 8 p. 100
des cas seulement on déclare une eau chimiquement bonne,
taudis qu’elle est bactériologiquement mauvaise ; dansStl p. 100
desicàs les conclusions de l’analyse chimique fsont au contraire
plus «évères que ‘Celles de l’analyse -(baolëriologique et l’eau
semble chimiquement mauvaise, tandis qu’elle est ibactériolo-
giquement ihonne. 'Or, un excès de sévérité dans les conclusions
des analyses chimiques est hien-évidemment préférable quand
® ANALYSES DES EAUX BE BOISSON ISl
on est réduit à celles-ci ; le dosage des chlorures et des nitrates
doit donc toujours intervenir dans l’appréciation, quelque
rapide qu’elle soit, de la valeur d’une eau.
Nous avons d’ailleurs observé fréquemment (238 fois eur
882 examens) ces eaux qui renferment peu de matières orga¬
niques, au maximum i. milligr. 5 en oxygène, peu ou pas de
nitrites et d’ammoniaque, mais dans lesquelles nitrates et
chlorures existent en quantités -anormailes r plus de 20 à 25 mil¬
ligrammes de nitrates avec une quantité au moins égale de
chlorures. En se basant sur ce que l’on sait du pouvoir nitrifiant
du sol etde la transformaîtiion progressive de l’azote des matières
organiques, on pourrait, théoriquement, considérer lés -ana¬
lyses chimiques de ce type comme rindice d’une pollwtion .
ancienne du point d’eau, desmatières organiques l’ayant souillé
ijuelqnB temps auparavant, mais s’étant ensuite transformées
en nitrates. Mais l’analyse bactériologique montre bien ce
qu’une telle conclusion aurait de trop absolu ■; dans 34 p. 400
des eaux de ce type on trouve du colibacille et des germes
liquéfiants en abondance, ce qui prouve que la pollution de ces
eaux n’est pas ancienne et terminée, mais bien actuelle et per¬
sistante. Dans 46 p. 400 des cas, par contre, les eaux de ce
même type se montrent bactériologiquement pures. L’examen
chimique ne permet donc pas, alors, de conclusions utiles
-puisque des eaux de composition chimique sensiblement ana¬
logue sont dans la moitié des cas -exemptes de germes et dams
l'autre moitié des cas très riches en microbes.
Dans quelque -sens qu’on les interprète, des analyses chi¬
miques de ce type interviendront donc toujours pour une
grande part dans les discordances que l’on observe avec les
analyses bactériologiques; encore n’expliquent-élles que la
moitié à peu près des divergences que nous avons pu noter.
Il est, en effet, des cas plus graves dans lesquels les résul¬
tats fournis par l’analyse chimique ne prêtent ni à discussion,
nia interprétation et dans lesquels cependant les conclusions
fermes que posent les chimistes se trouvent en contradiction
absolue avec les conclusions des bactériologistes. Nous avons
rencontré des eaux riches en ammoniaque, en nitrites et en
matières organiques qui cependant étaient et restaient ‘bacté¬
riologiquement pures; inversement, des eaux chimiquement
188 M. BRULÉ ET, R. HAZARD »
très pures renfermaient plus de 1.000 colibacilles par litre.
'^Sans être toujours aussi accentuées, les discordances de cet
ordre nous ont paru relativement fréquentes; nous -les avons
observées en analysant des échantillons d’eau prélevés en des
régions très diverses du secteur et la proportion en est restée
la même, qu’il s’agisse d’eau de puits ou d’eau de source.
Il importe de noter cependant qu’une concordance presque
absolue reparaît entre appréciations chimiques et bactériolo¬
giques lorsqu'il s’agit ou bien d’eaux de puits profondément
souillés ou bien d’eaux très pures et bien captées comme les
eaux de concessions ; encore est-il que certaines eaux distri¬
buées dans de petites cominunes ont été trouvées plus ou
. moins iinpujes bactériblogiquement, tandis que l’analyse chi¬
mique les aurait fait juger excellentes.
De tels faits, qui semblent mettre en conflit les deux grandes
méthodes d’analyse des eaux Vie boisson, ne laissent pas que
d’être troublants au premier abord. Des résultats sembla¬
bles transmis sans explications pourraient faire douter ou
de l’exactitude des analyses ou de la valeur des méthodes
employées. C’èst qu’en réalité, les deux modes d’analyse, bac¬
tériologique et chimique, sont de très inégale valeur. L’analyse
bactériologique arrive directenient au but cherché qui est de
savoir si une eau est ou non dangereuse à boire ; si nous ne
pouvons que rarement et difficilement déceler dans l’eau des
microbes pathogènes comme le bacille typhique ou le bacille
dysentérique, nous y pouvons par contre isoler et dénombrer
aisécnent le colibacille ; sa présence en quantité notable est
l’indice certain d’une souillure de l’eau par des détritus d’ori¬
gine organique. Par contre l’analyse chimique ne peut rensei¬
gner qu’indirectement sur la valeur des eaux : les conclusions
qu’elle tire des dosages effectués' sont basées implicitement
sur des raisonnements qui peuvent parfois se trouver en défaut;
si une eau est riche en matière organique ou en ses dérivés
azotés, on suppose que ces produits anormaux sont d’origine
animale et qu’un apport de microbes a pù se faire parallèle¬
ment, ou bien encore on admet qu’une eau riche en matières
organiques étant un meilleur milieu de culture, les microbes
incomplètement filtrés par le sol pourront s’y développer abon¬
damment. Ce rie sont là, bien évidemment, que des prob^bi-
ANALYSES DES EAUX DE BOISSON 189
lités ; les matières organiques peuvent filtrer seules dans la
nappe souterraine, tandis que les microbes sont retenus dans
le sol, ou encore les microbes peuvent disparaître secondaire¬
ment soit par suite d’une température défavorable, soit par
oxydation ou par quelque autre processus d’épuration biolo¬
gique ; est-il utile de rappeler en exemple qu’une eau garde
très sensiblement même composition chimique avant et après
Javellisation, tandis que celle-ci a détruit tous les microbes?
Inversement on sait qu’une eau très peu chargée de sels ou de
matières organiques peut cependant suffire à la longue survie
des microbes les plus dangereux. On doit aussi se rappeler
que les méthodes chimiques d’analyse n’ont qu’une sensibilité
restreinte et, d’autre part, on peut aisément calculer qu’une
source à gros débit devrait être souillée par une quantité
considérable d’urine pour qu’on y pût voi^ le chlore augmen¬
ter de 1 milligramme*. Enfin, pour interpréter les résultats
d’une analyse chimique, encore faut-il éviter certaines causes
d’erreur dont on ne peut pas toujours aisément s’abstraire :
les nitrates trouvés en excès dans certaines eaux peuvent pro¬
venir des engrais épandus dans les champs; une proportion
anormale de chlorures peut, comme dans un secteur auquel a
été affecté notre laboratoire, n’être due qu’à des infiltrations
marines.
Il est bien évident que l’analyse chimique et l’analyse bacté
riologique d’un point d’eau ne peuvent être considérées comme
absolument probantes que lorsqu’on a le loisir de répéter les
examens et én outre d’étudier le terrain avoisinant, tant au
point de vue de son pouvoir filtrant et nitrifiant qu’au point
de vue de sa composition géologique. Peut-être dans une
étude ainsi conduite verrait-on céder ou s’expliquer une’
partie des divergences que nous relevons entre appréciations
chimiques et appréciations bactériologiques ; encore ces diver¬
gences ont-elles toujours persisté dans certains points d’eau
dont nous avons pu répéter l’analyse. Mais nous ne voulons
nouà placer ici qu’à un point de vue strictement pratique et
nous ne pouvons parler que des examens d’eaux rapides que
l’on est amené à pratiquer pendant la guerre.
1. F. Dibneht. — Eaux douces et
minérales (1912), p. 11.
190
M.. BRUL^f. ET R. HAZA.RD
Les chifCues qiue. mouS: rapportons ici:, et qui traduisent la
proportion et la nature des- divergences' entte analyses chimi¬
ques et bactériologiques, n'onL évidemment que la- valeur d’une
indication;. ils- s’appliquent exclusivement à un. choix de points
d’cEau dans: un secteur relativement' restreint et les proportions
de divergenees doivent, sans doute, varier selon les régions.
Dans, un secteur auquel a été précédemmenh affecté notre labo¬
ratoire, les concordances entre analyses chimiques et bacté¬
riologiques étaient beaucoup plus fréquentes; ce fait peut être
attribué à ce que nous avions- surtout' à examiner ou bien des
eaux très pures, provenant de forages dans le sable>.ou. bien
des eaux, de puits très mauvaises provenant de- régions où
l’eau; affleure au sol.
Dans d’autres secteurs que les nôtres ces divergences entre
appréciations chimiques et bactériologiques ont dû être obser¬
vées;. nous savons qulelles ont été notées, et parfois en pro¬
portions très- élevées, dans d’autres laboratoires- de la zone
des- armées.. D’ailleurs des constatations de cet ordre ne sont
nullement nouvelles : déjà en 1887 Chantemesse et Widal
signalaient la présence de bacilles typhiques dans une eau
de puits ne renfermant que des proportions très Afaibles de
matière azotée; Macé dit avoir isolé le bacille typhique en
abondance d’eaux données comme très pures à l’analyse' chi¬
mique.
SL nous avons cru devoir à nouveau attirer l’ attention sur
ces faits, c’est qu’ils prennent une grande importance alors
que se multiplient dans l’armée les analyses chimiques, et
souvent exclusivement chimiques,, des eaux de boisson. Lors¬
qu’on est obligé de préciser rapidement les ressources en eau
■potable d’un nouveau secteur, c’est à l’analyse chimique que
l’on a habituellement recours; seuls d’ailleurs l’analyse chi¬
mique peut permettre avec un matériel essentiellemeat res¬
treint de. fournir'en quarante-huit heures la. réponse aux nom¬
breux examens demandés; l’analyse bactériologique nécessite
un matériel encombrant et un délai plus long, puisque les
cultures en plaques de gélatine ne peuvent être arrêtées avant
huit à douze jours. On en est donc souvent réduit à l’analyse
chimique, mais encore convient-il de connaître la précision
que l’on est eu droit d’attendre de ce mode d’examen.
APPAREIL IMPROVISÉ POUR LA DÉSINFECTION 191
Il permet évidemment de faire un tri' rapide parmi; les-eaux
d’un sec teur eu' éliminant les plus' mauvaises', mais il peut faire
considérer comme non potables des; eaux qui, en réalité,, sont
bactériologiquement pures : ceci n’est pas sans importance d’ans
les' endroits où les points d’eau sont rares. Il faut savoir,
d’autre part,, que L’analyse chimique peut déclarer bonnes des
eaux que l’exanren Bactéiiiarogique prottve en réalité mau¬
vaises : quelque sévère qufir L’om soit dans l’appréciation chi-^
mique d’une eau,. oUi ne peut espérer éviter entièrement de
telles erreurs qui. peuvent être particulièrement préjudiciable.s.
On ne pent méconnaître L'intérêt pratique" des analyses chi¬
miques d’eanx qmv tout en pouvant' être pratiquées dans les
installations lies plus prééaires,, permettent' dxapprécier rapi¬
dement la valeur appp.oximatSîve d’im grandj nombre' d’échan¬
tillons d’eau;: mais Ifknaiîjae" chimique, dfait. rester, croyons-
nous, une méthode- de.- fioEtune;. un. examen d'urgence ; les
conclusionsqjuiélle airaurniHsdfevrontVtnutes les'ftoiset aussitôt
qu’on le pourra,, être cunhÈmées ou. révisées' par l’analyse
bactériologiqjifi.
APPAREIL IMPROi^TlSÉ TOCR LA DÉSINFECTION
PAEi m. TAPEUR
par le médecin aide-major de 2° classe ÉMILE ARBINET
Médecin-chef de l’hôpital complémentaire n® 24', à Meinn,
Médecin vaccinateur,
Médecin inspecteur des usines travaillant pour la Défense nationale.
Cinq appareils construits sur ce modèle ont été mis en: usage
dans les Infirmeries du Centre d’instruction d’Estissac (Estis-
sac, Fonlranne, Neuville-sur-Vanne, Aix-en-Ollie, Pâlis) , trois
autres dans les Infirmeries du Centre d’instruction de Ver-
menton-Cravant (Vermenton, Cravant, VinceloLtes). Un cer¬
tain nombre a été mis en usage- dans les hôpitaux d’Orléans,
Sens, .âuxcrre, Melun, etc.
192 ÉMILE ARBINET
La chaleur humide produite par la vapeur à lOO” ou au-des¬
sus est le plus efficace des agents de désinfection ainsi que
' de destruction de la vermine. Il convient d’y recourir de préfé¬
rence vis-à-vis de tous les objets qu’une température élevée ne
Fig. 1. — L’appareil en marche (cuve et générateur de vapeur).
détériore pas, et notamment les vêtements de drap, couvertures
de laines, matelas, etc.
A défaut d’étuves à vapeur proprement dites, appareils coû¬
teux et qui ne sauraient exister partout, on peut réaliser un
étuvage très satisfaisant à l’aide d’un des dispositifs de fortune
dont on trouvera ci-après la description.
Ces dispositifs sont susceptibles d’être improvisés avec des
éléments faciles à se procurendans presque toutes les localités
et à peu de frais. Ils rendront d’excellents services à condition
APPAREIL IMPROVISE POUR LA DÉSINFECTION 193
que leur fonctionnement soit régulièrement surveillé : l’essen¬
tiel est de s’assurer que la totalité des effets ou des fournitures
de literie exposés à la vapeur atteint bien une température
de 100°, ou du moins une température très peu inférieure et
cela pendant une vingtaine de minutes (CircM/aire ministérielle,
n» 35.333, «/I du 23 septembre- 1915).
Un appareil à désinfection par la vapeur, pour pouvoir être
improvisé partout, sur le front aussi bien que dans les plus
petites campagnes de l’intérieur, doit être à la fois très simple,
facile à réaliser avec les matériaux qu’on peut se procurer sur
place, et très rapide. 11 doit, en outre, permettre une désinfection
complète sans que les effets traités soient mouillés, il faut pour
cela éviter toute condensation dans l’appareil provenant d’un
échauffement lent des diversès parties dudit appareil.
Description.
L’appareil'se compose de 2 parties :
1° Un générateur de vapeur, formé d’une grande chaudière
à fond plat et à grand foyer permettant une ébullition rapide;
2“ Une cuve à désinfection aménagée intérieurement de telle
façon que la vapeur puisse se répandre dans toutes les parties
et à toutes les hauteurs à la fois, déterminant un rapide équi¬
libre de température et évitant ainsi toute condensation ;
Construction.
Pour la construction d’un appareil moyen, on doit se
procurer ;
1“ Une buanderie en fonte (chaudière de 60 litres et
foyer) ;
2“ Un tonneau en bois de 220 litres (bordelaise);
3" Quelques lattes de chêne de 3 centimètres de largeur;
4“ 2 tuyaux en zinc de 5 centimètres de diamètre et 0"'73 de
longueur;
5“ 2 poignées pour le tonneau ;
6“ 2 poignées et 18 crochets à vis pour le plateau porte-
effets ;
EL — 13
194
' ÉMILE ARBINET
7? 4 mètres de bandes de feutre de 2 centimètres de lar¬
geur (bourrelet) ;
8® 1 thermomètre gradué 150.
Fio. 2. — Coupe de l’étuve .
(cuve et générateur de vapeur).
On fait alors retirer l’un des fonds du tonneau et percer
l'autre de trois rangs concentriques de trous de 25 millimètres
de diamètre environ. Sur un même diamètre et aux deux
extrémités, le plus près possible des parois, on fait faire deux
trous plus grauds, de 5 centimètres.. Ceux-ci recevront les
colonnes montantes. On fait pratiquer dans les tuyaux de
APPAREIL IMPROVISÉ POUR LA DÉSINFECTION 195
zinc des ouvertures de 1 centimètre, espacées de 7 à 8 centi¬
mètres et disposées sur 2 parallèles opposées le long du tuyau.
Ceci fait, on engage l’un des bouts de chaque tuyau dans l’un
des deux trous plus larges, on les fixe par une pointe, et le
bout supérieur est alors fixé à la paroi du tonneau par un petit
collet retenu par deux pointes.
Avec les lattes de chêne on fait confectionner une claie en
Fig. 3. — Fond du tonneau, percé de trous dont 2 de 5 centimètres,
les autres de 25 millimètres de diamètre.
lattes croisées, distantes de 5 centimètres l’une de l’autre, qui
reposera dans le fond de l’étuve mais en sera séparée par
4 tasseaux de 4 centimètres d’épaisseur.
Avec le fond du tonneau primitivement enlevé on confec¬
tionne un plateau dont les lames sont espacées de 1 à 2 centi¬
mètres et retenues par quelques lattes clouées transversale¬
ment. Ce plateau est alors retaillé pour s’emboîter à la partie
ouverte de l’étuve; on le fait reposer sur quatre tasseaux
cloués après les parois de celle-ci. On dispose en dessous une
quinzaine de crochets à vis pour suspendre les objets à désin¬
fecter, et à la face supérieure deux poignés qui en faciliteront
le maniement.
196
ÉMILE ARBINET
Le bord supérieur du tonneau est scié à 1 cent. 1/2 et raboté
pour obtenir un bord plat. On cloue dessus deux épaisseurs de
bande feutrée.
Enfin, le couvercle de fonte de la chaudière devant servir de
couvercle à l’étuve çst percé d’un trou pour y mettre un bou¬
chon de liège que traversera le thermomètre, et 2 poignées
sont fixées sur la face externe du tonneau pour en faciliter le
déplacement.
-. ri.n n .
U
J
J]
1 II II il
J
n
□
1 ,11 II II
P
L
JO
OL .Ji, Il
II
n
□
n
□
□
1 II II II
1
Q
D
1 II ii'ii
P
r
n
□
n
□pj
T] U
Fig. 4. — Claie en lattes de chêne, de 30 millimètres croisées à 5 cen¬
timètres l’une de l’autre, et supportée par 4 tasseaux de 4 centimètres
de hauteur.
Les appareils prêts à fonctionner reviennent à 80 francs
environ. Dans les grands centres on peut utiliser des tonneaux
de 550 litres et des chaudières de 150. Il y a alors avantage à
mettre 4 colonnes montantes au lieu de 2 dans l’intérieur du
tonneau. Le prix de revient ne dépasse guère 150 francs.
Mise en marche.
Pour procéder à l’étuvage, on verse dans la chaudière envi¬
ron 50 litres d’eau et on entretient dans le foyer un feu de bois
assez vif. On place l’étuve sur le bord plat de la chaudière et
on lute avec des chiffons mouillés la partie vide, entre le
APPAREIL IMPROVISÉ POUR LA DÉSINFECTION 197
rebord de la chaudière et l’étuve, pour éviter toute déperdition
de vapeur. On dispose alors la claie au fond du tonneau : elle a
pour but d’empêcher les étoffes à étuver de boucher les trous
d’arrivée de vapeur. On ferme l’étuve avec le couvercle — que
traverse le thermomètre — qui s’enfonce dans le feutre.
L’échappement de la vapeur est suffisant entre les deux parties
du couvercle.
Fio. O. — Plateau porte-effets confectionué avec le fond du tonneau,
dont les planches sont écartées et retenues par quelques lattes de
chêne.
Au bout de 20 minutes, l’eau entre en ébullition et moins
de 5 minutes après le thermomètre accuse une température
de 85 à 90°. On retire alors le couvercle de fonte, on met
en place le plateau porte-effets aux pitons duquel on a préala¬
blement accroché les vêtements à désinfecter, on referme
l’étuve avec le couvercle.
Pendant cette manœuvre qui ne dure que quelques minutes,
la température, tant du fait de l’ouverture de l’étuve que de
l’introduction de vêtements froids, baisse d’une dizaine de
degrés. Mais, grâce au dispositif des colonnes montantes, la
vapeur afflue partout d'ans l’étuve et en moins de 2 minutes la
198
ÉMILE ARBlNEf
température dépasse 90°. II a’y a pas de condensation dans
l'étuTe, condition importante puisqu’elle évite le mouillage des
vêtements.
On note alors cet instant et on maintient le feu très vif pen¬
dant 20 minutes. La température dans l’étuve dépasse 100°.
On enlève alors le couvercle, on retire le plateau porte-effets
et on expose au grand air les vêtements qui ne sont nullemen
mouillés, à peine humides. Ils peuvent être endossés une demi-
heure après.
Résultats.
Au point de vue bactériologique, ces appareils donnent toute
satisfaction puisque, après iO minutes, des cultures de
bacille typhique et bacille diphtérique ne cultivent plus et les
poux sont complètement détruits, même à l’intérieur de vête¬
ments ficelés en paquets.
L’emploi de la chaudière de fonte permet d’utiliser l'eau
additionnée ou non de produits tels que formol, acide sulfu¬
reux dissous, qui ajoutent encore à l’efficacité de l’étuvage.
Lorsque les effets à désinfecter sont nombreux, il importe
d’éviter toute perte de temps. On peut activer la désinfection
en évitant le refroidissement de l’étuve occasionné par l’ouver¬
ture trop prolongée de celle-ci pendant la manœuvre qui con¬
siste à retirer le plateau porte-effets, à décrocher les vêtements
et à en accrocher d’autres, ,à remettre le plateau dans l’étuve.
Pour cela on fait confectionner deux plateaux identiques.
Pendant que l’un est dans l’étuve on prépare le second en lui
accrochant des vêtements. Quand on ouvre l’étuve, il suffit
alors de retirer le premier et de le remplacer aussitôt par le
second, et ainsi de suite de vingt en vingt minutes.
Nous avons compté qu’on peut ainsi désinfecter les -vête¬
ments d’une vingtaine d’hommes à l’heure (avec un appareil
moyen) et que la dépense est minime, environ 2 centimes par
homme.
INTOXICATIONS ALIMENTAIRES
PRESCRIPTIONS GÉNÉRALES DE SALUBRITÉ
TENDANT A PRÉVENIR
LES ACCIDENTS D’INTOXICATION ALIMENTAIRE
par M. 6. BARRIER >.
Vers le milieu de juillet 1917, des accidents assez graves,
d’intoxication alimentaire étaient constatés sur les élèves et le
personnel de la cantine du Pré-Saint-Gervais.
De recherches bactériologiques, directes et expérimentales,
effectuées par M. Martel sur deux fragments de viande cuite à
point, prélevés le 24 juillet à cette cantine, il résulte que la
viande suspecte était envahie par le bacille paratyphique B,
cause déterminante des accidents constatés.
Où la contamination avait-elle pu se produire ?
La jeune taure dont provenait la viande avait été achetée en
parfait état de santé, le 12, au marché de La Villette, abattue
cinq jours après, puis régulièrement admise à la consomma¬
tion le 17 par le Service vétérinaire sanitaire.
Les ouvriers de l’échaudoir, qui avaient procédé à l’habil¬
lage, en avaient mangé impunément ; rien d’anormal non plus
ne fut signalé concernant les consommateurs des abats.
En ces conditions, il n’apparaissait guère vraisemblable que
l’abattoir pût être incriminé.
Par contre, la viande, arrivée le 17, à 7 heures du soir, à la
cantine du Pré-Saint-Gervais, fut abandonnée sur une table
pendant seize heures, puis mise en glacière humide à -f 5 ou
6° jusqu'au 19, jour où l’on en consomma une partie après
trois heures seulement d’ébullition, le reste n’ayant été utilisé
que le 21 juillet, soit quatre jours après l’abatage.
Pour tout esprit non prévenu, il y a une très forte pré¬
somption que l’infection s’est produite au Pré-Saint-Gervais,
où les manipulations contaminantes, effectuées avec des mains.
1. Rapport au Conseil d’hygiène publique et de salubrité du départe¬
ment de la Seine, séance du 15 mars 1918.
G. BARRIER
instruments, ustensiles, linges, tables accidentellement souillés
de bacilles paratyphiques, ont dû être grandement favorisées
par la température et les procédés tout à fait défectueux de
conservation et de réfrigération mis en œuvre.
Quoi qu’il en soit, M. Martel a pris prétexte de ses constata¬
tions pour appeler l’attention du Conseil d’hygiène sur l’état
de malpropreté de la plupart des échaudoirs de La Villette et
du personnel qui y travaille, sans lui celer non plus que les
cuisines des restaurants, même des plus réputés, étaient bien
loin aussi d’être tenues d’une façon irréprochable. D’où cet
avis judicieux que la surveillance sanitaire des abattoirs devait
être complétée par l’inspection permanente des cuisines au
triple point de vue de la salubrité des locaux, de la propreté du
personnel et de l’hygiène des matières premières d’origine
carnée employées par les restaurateurs.
Comme cela était à prévoir, le Conseil d'hygiène s’est ému
de ces révélations, qui ne pouvaient d’ailleurs surprendre
beaucoup de ses membres avertis. ,
M. Laveran a demandé qu’un vœu fût émis tendant à sou¬
mettre les abattoirs et les cantines scolaires à une surveillance
plus étroite. .
M. Raphaël Blanchard a fait ressortir le contraste de cette
fâcheuse situation et de celle que révèle, aux États-Unis, le
bon état sanitaire de tous les établissements, de nature quel¬
conque, où l’on prépare, vend ou consomme des denrées ali¬
mentaires ; et ce,, grâce à l’application rigoureuse des lois et
ordonnances réglementant la matière.
Aussi, pour inciter l’assemblée à s’engager résolument dans
la voie de l’hygiène basée sur les données scientifiques les
plus certaines, notre collègue a-t-il à son tour déposé le vœu
suivant :
« Que toute personne employée à un titre quelconque dans
les conditions susdites (manipulation, préparation, cuisson des
viandes et de tous autres aliments offerts en vente au public)
soit soumise périodiquement à un examen parasilologique, en
vue de déceler les porteurs de germes pathogènes pouvant être
la cause d’infections variées (dysenterie, syphilis, blennor¬
ragie, pneumonie, diphtérie, tuberculose, fièvres typhoïde.
INTOXICATIONS ALIMENTAIRES 201
paratyphoïde, etc.) qui revêtent souvent le caractère de graves
épidémies ;
« Que tout porteur de germes, reconnu comme tel, soit sou¬
mis à une surveillance médicale rigoureuse et à un traitement
méthodique ;
<r Que lui soient interdites l’entrée des locaux où il exerçait
ses fonctions et la continuation de ces dernières ou de toute
autre fonction similaire, tant que le contrôle parasitologique
démontrera qu’il continue à porter des germes pathogènes. »
Votre rapporteur ne put s’empêcher d’objecter à M. llaphaël
Blanchard que l’exécution d’un tel vœu lui paraissait à peu
près irréalisable, sans méconnaître cependant qu’il y eût quel¬
que chose à tenter dans l’ordre pratique : codifier,' par exem¬
ple, les prescriptions générales de salubrité à imposer à tout
établissement préparant ou manipulant des matières alinien-
taires, en vue d’assurer l’innocuité de celles-ci.
Et, avec M. Martel, il demanda la nomination d’une Commis¬
sion spéciale, chargée précisément d’étudier cette question,
ainsi que les propositions de MM. Laveran et Blanchard.
Le Conseil d’hygiène, se ralliant à celte procédure, constitua
cette Commission comme suit :
M. Armand Gautier, président', membres : MM. Laveran,
Blanchard, Chantemesse, Letulle, Navarre, Rébeillard, Sellier,
Barrier, Martel, Juillerat, Marc Honnorat.
En raison de l'absence prolongée de M. Armand Gautier,
M. Laveran a été investi des pouvoirs de la présidence; M. Bar¬
rier a été désigné comme rapporteur.
Le premier soin de votre Commission fut d’examiner le vœu
de M. Raphaël Blanchard.
Tout en pensant, avec son auteur, qu’il serait souhaitable de
pouvoir déceler les porteurs de germes pathogènes parmi les
ouvriers qui manipulent ou préparent des denrées alimen¬
taires, elle a dû cependant l’écarter, comme inapplicable, pour
les raisons suivantes :
1° En l’absence de faits dénonçant formellement les produits
d’un établissement comme ayant déterminé des intoxications
alimentaires, et sur la seule présomption qu’ils en pourraient
202
G. BABRIER
causer, notre législation sanitaire actuelle ne permet pas d’im¬
poser périodiquement au personnel ouvrier intéressé des inves¬
tigations cliniques intimes, indiscrètes et compliquées ;
2° Une prophylaxie basée sur des mesures aussi inquisito¬
riales ne manquerait pas de montrer l’hygiéniste comme un
ennemi, alors que son rôle est avant tout' d’éclairer, de con¬
vaincre, de conseiller et de ne porter une telle atteinte à la
liberté individuelle que s’il y a vraiment danger immédiat et
certain pour la collectivité, ce qui n’est pas le cas ;
3“ Même en admettant l’adhésion sans réserve des pouvoirs
publics et de la population à l’examen parasitologique imposé
— dont il n’y a pas à se dissimuler les lenteurs et les diffi¬
cultés techniques, — on ne voit pas comment ni par qui, dans
la pratique, on pourrait sûrement et rapidement l’appliquer et
l’étendre aux nombreux personnels visés ;
4“ Les infections paratypho'idiques en particulier, à évolu¬
tion si soudaine, auraient depuis longtemps frappé leurs vic¬
times avant que les recherches et enquêtes bactériolo¬
giques aient eu le temps d’en définir les germes et la prove¬
nance.
D'autre part, il faut se garder de recourir à des mesures
vouées à prendre presque fatalement un caractère tracassier
et vexatoire.
Par voie d’affichage, par exemple, les chefs d’exploitation ne
peuvent-ils informer leur personnel qu’en raison du danger
que présentent, pour la salubrité de la fabrication, les ouvriers
reconnus atteints de maladies transmissibles, ceux-ci devront
momentanément suspendre leur travail et ne seront admis à
le reprendre que sur présentation d’un certificat médical attes¬
tant l’innocuité de leurs manipulations.
Exiger avec fermeté que le personnel, les locaux et le maté¬
riel techniques soient constamment tenus en bon état de pro¬
preté est une condition légitimement imposable et d’une réali¬
sation possible, qui, à elle seule, suffirait, dans la plupart des
cas, à prévenir toute contamination.
Telle est la voie pratique où a préféré s’engager votre Com¬
mission.
En vue de procéder méthodiquement, elle décida que ses
INTOXICATIONS ALIMENTAIRES
203
éludes s’appliqueraient d’abord aux industries et établissements
qui préparent, manipulent, exposent en vente ou colportent des
viandes fraîches (abattoirs publics et privés, saucissonnenes,
éçhaudoirs'pour la préparation des parties d’animaux propres
à l’alimentation, ateliers de fumaison, de salaison, de prépa¬
ration des viandes, étaux de boucherie, de charcuterie, débits
de triperie,, ateliers de découpage de viandes, resserres des
bouchers et des charcutiers dans les marchés, locaux destinés
à la vente ou à la conservation des denrées alimentaires, etc.) ;
ensuite, aux établissements où se confectionnent des plats cui¬
sinés, livrés sur place à la consommation publique (cuisines de
restaurants, cantines populaires, crémeries, pâtisseries, confi¬
series, etc.).
1“ Abattoirs publics.
En exécution de ce programme, votre Commission s’est
préoccupée en premier lieu des conditions de salubrité et de
propreté à appliquer aux locaux, au matériel et au personnel
des abattoirs publics, dans la mesure où les arrêtés d’autori¬
sation ne les auraient pas suffisamment prévues déjà.
A. — Abattoirs de La Villette.
Elle a choisi comme type d’abattoir le plus mal conçu, le
.plus mal agencé, le plus malpropre et le plus difficile à amé¬
liorer, l’abattoir général de La Villette, qu’elle a visité en détail
le 18 septembre 1917.
Rappelons que cet établissement a été autorisé en 1867, sans
avoir été jamais soumis à l’enquête légale, ni l’objet d’un arrêté
d’autorisation régulier, et constatons avec regret que même
les services techniques ont toujours hésité à y prescrire des
modifications, de peur de porter atteinte aux revenus qu’en
tire la Ville de Paris.
213 échaudoirs sombres et trop exigus, de 10 mètres sur
5 mètres, répartis enlO agglomérations, le constituent. Chacun
d’eux s’ouvre par deux portes opposées, d’une part, sur la
voie publique desservant l’agglomération, d’autre part sur une
cour de travail toujours malpropre, et possède :
204
G. BARBIER
Une auge cimentée, sorte de réservoir à sang, creusée en
contre-bas du dallage ;
Un treuil avec poulie de renvoi, des pentes et tinets en bois,
des chevilles d’accrochage en fer; ,
Une prise d’eau dépourvue de robinet à raccords;
Trop fréquemment encore, une sorte de baraque intérieure
qui sert à la fois de vestiaire et de bureau; ,
Un tonneau à nivets, une boîte à dégras, un escabeau, des
paniers d’osièr et autres objets encombrants.
Dans cette cellule d’abatage, et à proximité des viandes
habillées, les usagers n'hésitent pas, aussi bien que dans la
cour de travail, à opérer la vidange des panses et le lavage des
intestins.
Pendant l’après-midi, toutes les viandes préparées y sont
suspendues et exposées en vente par les bouchers en gros (che-
villards); les bouchers de détail viennent les y acheter pour les
transporter, au moyen de voitures le plus souvent malpropres,
en leurs étaux particuliers où on les découpe en morceaux à la
convenance de la clientèle. Dans ces véhicules, les viandes
sont mal protégées contre leS poussières de la voie publique
etaccumulées en quantité telle qu’une partie dépasse au dehors,
reposant sur les brancards.
On ne compte, au total, à La Villette que 20 -waler-closets,
à 2 ou 3 stalles chacun, alors qu’en temps ordinaire 1.286 ou¬
vriers ou» patrons ont besoin de s’en servir, et que les qiardis
et vendredis, jours de grande vente, ce nombre s’augmente,,
l’après-midi, de 16 ù 1.600 personnes. La triperie en grand,
.située au fond de l’abattoir et fréquentée par 128 ouvriers et
ouvrières, en est privée. Nulle part, rien n’est prévu pour y
séparer les deux sexes.
Votre Commission s’est trouvée péniblement impressionnée
par sa visite, qui, de tout point, a confirmé les critiques for-
muléeS'devant vous, le 18 août dernier, par M. Martel :
« Le local servant à abattre les bovidés est mal compris, mal
éclairé. Là lumière ne pouvant pas y pénétrer abondamment,
certains recoins servent d’abri à des détritus organiques sur
lesquels les bactéries poussent en colonies nombreuses et
riches. L’eau chaude n’arrivant jamais à l’échaudoir, les graisses
INTOXICATIONS ALIMENTAIRES 203
restent adhérentes aux murs et au sol, surtout, au niveau du
sol, aux intersections avec les parties en élévation. Le& ouvriers
urinent trop souvent dans les puisards qui collectent le sang
et les eaux rousses de l’atelier. Les corps durs et pesants, en
•tombant, dégradent le fond et' le pourtour de ce réservoir et
les rèndent spongieux. Les bactéries vivent dans ces cavités
d’où le sang et les détritus organiques divers ne peuvent être
enlevés chaque jour; des odeurs désagréables s’échappent de
ces puisards plus ou moins dégradés, et créent un milieu puis¬
samment insalubre. Des baraques, en planches disjointes et
non peintes, retiennent derrière elles des détritus organiques
qui rendent difficile le nettoyage complet du local.
« Le matériel des ateliers de travail est tel que la désinfection
en est quasi impossible. Les barres de levage sont de grandes
pièces de bois de sapin percées de trous plus ou moins chargés
de crasse (graisse, sang) : on n'arrive à les avoir un peu moins
malpropres qu’en les faisant gratter au couteau et frotter à la
brosse dure. Ces tinets sont introduits entre le tibia et le tendon
d’Achille pour permettre de, suspendre les animaux par les
jarrets. Il suffit que l’un d’eux soit souillé par la viande d’un
animal atteint de maladie paratyphoïdique pour que des
viandes saines puissent être polluées. Nous avons entendu du
personnel d’échaudoir déclarer que, si l’on nettoyait trop sou¬
vent ces tinets, on éprouverait trop de peine à les faire péné¬
trer par glissement, entre les os et la viande. La crasse sert
ici de lubrifiant. Les papiers à abats sont en osier, l’escabeau
du maître garçon, chargé de fendre les bœufs, est en bois et
presque toujours encrassé de sang et de boue. Les gaines ou
« boutiques », qui reçoivent les couteaux, sont couvertes de
sang desséché et imprégnées de graisse, les manches en bois
des couteaux se prêtant d’ailleurs mal à une désinfection
efficace. Les cordages des treuils de levage sont en chanvre.
Les billots qui servent à tamponner les demi-bœufs, de ipanière
à leur donner un aspect avantageux, sont en bois. Les crochets
qui permettent de réunir les demi-bœufs ainsi préparés sont
reliés par des Ocelles que l’on ne nettoie pas.
« Le linge en usage à l’échaudoir laisse souvent à désirer,
surtout depuis la crise du charbon. Les bouchers font un peu
de lessive à l’échaüdoir même; ils rincent des torchons maculés
206
G. BARRIER
de saog, de manière à les faire servir à nouveau. Cette lessive
sans eau chaude ni savon laisse beaucoup à désirer. La façon
de comprendre la propreté est subordonnée àl’éducation reçue :
un ouvrier boucher, maître garçon dans un atelier de La Vil-
lette, n’hésitait pas à nous dire que les torchons étaient ainsi
nettoyés « jusqu’au moment où ils n’étaient pas trop gras ».'
« Dans le hut de préparer la pitance des chiens de bouviers,
il arrive que des tripes de mouton sont lavées à l’atelier d’aba¬
tage, et mises à égoutter aux chevilles qui serviront, le len¬
demain, à accrocher dèl^ moutons. Aussi ne faut-il pas être
surpris de voir que les viandes et les abats que l’on pique à ces
chevilles s’altèrent vite, en été, aux points qui ont été ense¬
mencés.
« Les vêtements de travail et les chaussures (sabots) des
bouchers sont souvent remisés avec le linge maculé dans des
vestiaires de fortune que l’on tolère à l’échaudoir. L’odeur qui
se dégage de ces hardes est indéfinissable. Que dire de l’ou¬
vrier nommé « sanguin », qui assiste à toutes les saignées et
qui, se trouvant, éclaboussé de sang des pieds à la tête, ne
nettoie jamais ses vêtements de travail?
« Ajoutons que les water-closets communs, où vont les bou¬
chers travaillant aux échaudoirs, sont dans un état de malpro¬
preté épouvantable : excréments jonchant le sol en divers
endroits, jusque dans l’allée qui dessert, d’un côté, une série
de cases avec sièges à la turque, et de l’autre, une série d’uri¬
noirs; maculationa aux parties en élévation, attestant des
habitudes répugnantes, autant que dangereuses, conservées
par une partie du personnel dans ce milieu sordide, incom¬
mode ét essentiellement insalubre qu’est l’abattoir de La Vilr
lette; absence totale de papier hygiénique, de poste d’eau et
de savon rendant impossible la rigoureuse propreté des mains
qu’on est en droit d’exiger de ceux qui « habillent » les
viandes. »
Il nous paraît superflu d’insister sur les dangers que créent
pour la santé publique de telles défectuosités matérielles, de
telles habitudes corporelles du personnel ouvrier. « S’il fallait
refuser l’estampille sanitaire aux viandes qui ne sont pas
préparées et manipulées d’une façon irréprochable, ajoute
INTOXICATIONS ALIMENTAIRES
207
M. Martel, aucune des viandes vendues à Paris ne devrait être
estampillée. »
On ne saurait prétendre que la situation soit meilleure dans
la presque totalité de nos abattoirs de province, souvent encore
beaucojip plus mal agencés.
Les conséquences les plus directes de cet état de choses
portent heureusement plus atteinte à la conservation des
viandes qu’à la santé et, encore moins, à la vie des consom¬
mateurs. Une viande polluée par les germes de la putréfaction,
évidemment nombreux, qu’elle reçoit au cours du travail,
« tournera » vite par les temps chauds et orageux et prendra
une odeur, un aspect qui la feront rejeter de Ja consommation ;
sa perte sera le principal préjudice qu’elle aura causé. Mais la
viande infestée de bacilles paratyphiques B menace la vie de
celui qui l’ingère, ainsi que viennent d’en témoigner encore
lès accidents classiques observés à la cantine du Pré-Saint-Ger-
vais, sans que l’odeur et le bel aspect de la chair musculaire
puissent le mettre en garde contre le péril.
Néanmoins, hâtons-nous de le dire, si les risques d’infection
paratyphoïdique sont réels à l’abattoir et d’autant plus redou¬
tables qu’on ne peut les déceler par les procédés courants de
l’inspection sanitaire, il faut reconnaître que les intoxications
alimentaires de cette nature y sont tout à fait exceptionnelles.
S’il en était autrement, les affections paratyphoïdiques sûre¬
ment justiciables de cette provenance seraient légion, alors
qu’elles constituent, au contraire, des accidents extrêmement
rares. ^
Il n’est d’ailleurs d’autre moyen de les éviter que de réaliser
des conditions méticuleuses de propreté dans les diverses
manipulations qu’exige l’habillage des viandes, propreté qui
en assurera tout à la fois l’innocuité et la bonne conservation.
C’est de cette vérité que doivent se bien pénétrer les usagers
et les administrations.
Si de part et d'autre, les efforts étaient moins platoniques, si
le désir d’aboutir se heurtait à moins de faiblesse et d’ater¬
moiements, si l’on savait oser dans le sens des réalisations
nécessaires, un résultat acceptable, quoique provisoire, serait
vite obtenu.
Le personnel ouvrier peut et doit s’abstenir de nombre de
208
G. BA.RR1ER
pollutions évitables, de pratiques condamnables et inutiles, de
négligences dangereuses.
La Ville de Paris se doit de lui fournir les moyens de se
laver, de nettoyer et de désinfecter ses locaux, son matériel,
ses instruments, de resserrer ses vêtements de travail ;
d’empêcher la divagation de ses cbiens, qui joue un si grand
rôle dans la propagation du kyste hydatique, comme l’a pro¬
clamé l’Académie de Médecine, il y a une quinzaine d’années*,
sur le rapport de M. Raphaël Blanchard; d’éclairer convenable¬
ment ses ateliers d’abatage, en vue d’opérer avec plus de pro-_
prêté et d’y réaliser une meilleure inspection de la viandé; de
l’instruire de l'importance de' bonnes conditions d’hygiène
corporelle et de salubrité, pour assurer l’innocuité de ses opé¬
rations et sauvegarder la santé des consommateurs; de l’encou¬
rager par des récompenses quand il s’affirmera ainsi.
Votre Commission regrette que le Conseil d’hygiène se heurte
si souvent aux lenteurs ou à l’inertie des pouvoirs publics en
ce qui concerne la réalisation de ses vœux, qu'ils semblent
pourtant aussi désireux que lui de rendre pratiquement
effective. La question des conserves alimentaires, celle des
laits condensés, pour ne citer que les plus récentes, en sont
toujours au même point.
A l’abattoir de La Villette — dont tout le monde réclame la
reconstruction. complète — est-il possible de parer aux incon¬
vénients signalés, en attendant le jour, hélas! encore lointain,
où l’on sera en niesure de le remplacer par un établissement
satisfaisant aux multiples desiderata exprimés?
Votre Commission en est unanimement convaincue et c’est
pourquoi elle a l’bonneur de vous proposer de demander avec
elle que les deux préfectures veuillent bien s’entendre pour y
exécuter les améliorations suivantes ;
1° Limiter étroitement l’usage de l’échaudoir aux opérations
d’abatage et d’habillage, à l’exclusion de toutes autres pra¬
tiques, telles, par exemple, que le lavage du linge ou la mani-
1. Raphaël Blanchard — Rapport sur un travail de M. le D"' Dévé (de
Rouen), intitulé : Mémoire sur la prophylaxie de la maladie hydatique,
in Bulletin de l'Académie de Médecine LU, p. 501-512, 6 décembre 1904.
— Archives de Parasitologie, IX, p. 451-462, 1905.
INTOXICATIONS ALIMENTAIRES
209
pulaüon de panses ou d’intestins ouverts au voisinage de
viandes fraîches ;
2° Assurer une ventilation plus énergique de la cellule
d'abatage; y supprimer le puisard; la bien éclairer à l’élec¬
tricité pour y faciliter et y rendre moins dangereux le travail
des ouvriers et l’inspection vétérinaire sanitaire; la désen¬
combrer de tout mobilier ou matériel inutiles aux opérations
techniques; y substituer du matériel et du mobilier métal¬
liques aux matériel et mobilier en bois actuels;
3“ Aménager dans chaque échaudoir un dispositif pour
d’abondants lavages journaliers à la lance, sous pression ;
4" Y distribuer, au moins pendant deux jours par semaine,
de l’eau chaude en quantité suffisante, pour le dégraissage
des sols, des murs, du matériel et des instruments;
5“ Créer des vestiaires-lavabos avec water-closets en dehors,
mais à proximité des locaux de travail; en aménager de spé¬
ciaux pour le personnel féminin ; annexer des lavabos aux
waler-closels existants, dont on augmentera le nombre en les
répartissent mieux dans toute l’étendue de l’abattoir; leur
donner notamment beaucoup d’air et de lumière naturelle ; les
pourvoir en outre de l’éclairage électrique;
6° Confier à une personne préposée le nettoiement, l’entre¬
tien, la bonne tenue et la surveillance de chacun de ces locaux;
pourvoir le water-closet de papier et le lavabo de savon et
d’essuie-mains;
7° Imposer le blanchissage journalier des vêtements, bonnets
et linges de travail et tenir sévèrement la main à la propreté
du personnel, des locaux, du matériel et des instruments;
prendre des sanctions contre les contrevenants;
8°. Informer par voie d’affichage le personnel qu’en raison
du danger que présentent pour la salubrité des viandes les
ouvriers reconnus atteints de maladies transmissibles, ceux-ci
doivent momentanément suspendre leur travail; ne les
admettre à le reprendre que sur production d’un certificat
médical attestant l’innocuité de leurs manipulations;
9“ Prendre partout des mesures efficaces contre les dangers
de l’introduction, du séjour et de la pullulation des mouches;
vulgariser ces mesures par l’affichage;
10“ Créer une École pratique de boucherie pour l’instruc-
REV. d’hYS. XL — 14
210 - G. BA-RRIER
tion hygiénique et technique des ouvriers des abattoirs;
instituer des concours pour récompenser les plus aptes elles
plus propres.
B. — Autres abattoirs publics urbains ou suburbains.
Outre l’abattoir de La Villette, la Ville de Paris possède
e^ncore l’abattoir de Vaugirard et l’abattoir hippophagique de
la rue Brancion, qui, bien que plus récents, sont loin d’avoir
réalisé la plupart des conditions énoncées ci-dessus.
11 vous est instamment demandé par votre Commission de
les y rendre exigibles.
Quant aux abattoirs suburbains, les uns très anciens, tels que
ceux de Saint-benis, Ÿincennes, Choisy-le-Roi, Boulogne,
Leyallo^s, sont à remanier profondément pour les adapter aux
prescriptions de salubrité nouvelles, mais on ne saurait les en
exonérer; les autres, plus modernes (Ivry, Kremlin-Bicêtre,
Arcueil-Gachan), peuvent, au contraire, s’y plier sans trop de
difficultés, car leur construction et leur aménagement se rap¬
prochent davantage des conditions générales'actueUement en
vigueur.
Quels qu’ils soient, il y a néanmoins nécessité de reviser
leurs arrêtés d’autorisation pour y introduire 1 obligation du
lavage à la lance, du dégraissage au moins bihebdomadaire
des murs à l’eau chaude et journalier du matériel et des instru¬
ments. 11 convient de prescrire encore l’emploi d’un matériel
et d’un mobilier éxclusivement métalliques ; la création de ves¬
tiaires-lavabos, de water-closets plus nombreux, avec filet
d’eau permanent; l’adoption de dispositifs efficaces contre
l’introduction, le séjour et la pullulation des mouches.; le
renouvellement journalier des linges et vêtements de travail
souillés; l’affichage des interdictions relatives aux ouvriers
atteints d’affections susceptibles de polluer les viandes. Tou¬
tefois, ces mesures seraient inopérantes si le Service d’inspec¬
tion ne tenait pas sévèrement la main à leur exécution et si
surtout des sanctions n’étaient pas prises contre les contre¬
venants. Bien souvent l’autorité est armée, et l’on est fondé à
penser qu’avec plus de fermeté soutenue on arriverait à de
plus tangibles résultats.
INTOXICATIONS ALIMENTAIRES 211
Votre Commission vous propose, enfin, d’inviter l’Adminis¬
tration à modifier, dans le sens qu’elle vient d’indiquer, les
conditions types qui inspirent actuellement les rapporteurs du
Conseil d’hygiène et, après eux, vos arrêtés d’autorisation,
afin d’unifier dans toute l’étendue du département et de géné¬
raliser à tous les abattoirs publics futurs des mesures de pro¬
phylaxie rendues nécessaires par les intoxications alimentaires
d’origine carnée que la malpropreté peut y engendrer.
2“ Tueries particulières.
Le Conseil d’hygiène et de salubrité de la Seine a déjà con¬
sidérablement atténué les inconvénients et dangers des abat¬
toirs privés, en imposant à l’ouverture des tueries nouvelles
des prescriptions difficilement réalisables au milieu des agglo¬
mérations, qui en ont paralysé presque complètement la mul¬
tiplication.
Mais les tueries existant antérieurement à ces, prescriptions
fonctionnent en vertu d’arrêtés qui n’ont jamais visé que la
commodité, la salubrité et la sécurité du voisinage, sans, pour
ainsi dire, se préoccuper des conséquences que peut avoir sur
la salubrilé des viandes et la santé des consommateurs la mal¬
propreté fréquente de leur personnel, de leurs locaux et de
leur matériel.
Les mêmes observations s’appliquent aux tuerifs d'animaux
de basse-cour.
Or il est exceptionnel de voir en ces établissements qu’on ait
grand souci de préserver les viandes des' pollutions paraty-
phiques, d’autant plus redoutables qu’elles ne se révèlent pas
par des altérations décelables à l’œil nu, mais seulement par
des intoxications tardives qu’une méticuleuse propreté pourrait
prévenir.
Aussi votre Commission considère- t-elle comme tout à fait
indispensable de reviser les arrêtés d’autôrisatibn de chacun
de ces établissements pour y introduire l’intégralité des dis¬
positions qu’elle vous propose plus haut d’imposer aux abat¬
toirs publics suburbains. Mais elle est convaincue encore que
cette révision demeurera sans effet si le Service d’inspection
ne fait pas journellement et inopinément des visites tendant à
212 ÉTUDE COMPARÉE DES MALADIES CONTAGIEUSES
assurer l’exécution des prescriptions édictées et si des sanc¬
tions pouvant aller jusqu’à la fermeture des tueries ne sont
prises envers les contrevenants.
ÉTUDE COMPARÉE DES MALADIES CONTAGIEUSES
PENDANT LES. SEPT PREMIERS MOIS DE SERVICE
CHEZ LES JEUNES SOLDATS DES CLASSES 1917-1918 .
(depuis leur incorporation iusqu’a leur d<part
POUR LA ZONE DES ARMÉES)
INFLUENCE DES DATES D’INCORPORATION
SUR LA MORBIDITÉ ET LA MORTALITÉ DES JEUNES SOLDATS
L’ensemble des chiffres — de morbidité et de mortalité -
montre que la classe 1917, incorporée au début de Thivei^, le
10 janvier 1916, a été beaucoup plus éprouvée par la maladie et
la mort dans les sept premiers mois de service, que la classe
1918, incorporée le 10 avril, c’est-à-dire au milieu du prin¬
temps.
Le fait capital à mettre tout d’abord en évidence, c’est
la réduction notable du chiffre global de la mortalité pour la
classe 1918..
La classe 1917 a incorporé hommes, et a perdu, en
sept mois 288 hommes, du 10 janvier au 10 août 1916.
La classe 1918 a incorporé hommes et a perdu
112 hommes seulement du 10 avril au l" novembre 1917.
Quels sont les facteurs prédominants de cette mortalité pour
la classe 1917 ? — Les voici ;
Méningite Cf rébro-spinale. . lOi décès.
Rougeole . . . . . 84 —
Scarlatine . 59 —
Diphtérie . 32 —
CHEZ LES JEUNES, SOLDATS DES CLASSES ,1917-1918 213
Oreillons . , . 2 décès.
Fièvre typhoïde . . ■ • . 9 —
Dysenterie . 1 —
Ce sont, comme on le voit, les njaladies qui empruntent leur
fréquence et aussi leur gravité à la saison froide, qui ont sur¬
tout marqué leur empreinte sur la classe 1917.
L’influence inverse est mise en évidence par les chiffres
globaux de mortalité pour la classe 1918 en ce qui concerne ces
mêmes maladies :
Méningite cérébro-spinale . 26 décès.
Rougeole . . 43 —
Scarlaliue . 12 —
Diphtérie . 8 —
Oreillons . . . - . ü —
Fièvre, typhoïde . 10 —
Dysenterie . 13 —
Ces chiffres sont d’autant plus intéressants à retenir que les
effectifs des deux classes 1917 et 1918 sont sensiblement com¬
parables, ainsi que les phases et le mode de leur entraînement,
ce qui met nettement en évidence le facteur saisonnier en ce
qui a trait à la mortalité. En automne, en effet, la dysenterie,
maladie saisonnière, occasionne 13 décès dans la classe 1918,
alors que la classe 1917 ne comptait qu’un décès en été relevant
de cette maladie. La proportion des décès par fièvre typhoïde
est sensiblement comparable, bien qu’un peu plus élevée, pour
la classe 1918, vaccinée à deux piqûres seulement au lieu de
quatre.
Si nous comparons ensuite la morbidité des classes 1917 et
1918 à l’égard des maladies contagieuses, nous constatons
également un avantage assez marqué pour la classe 1918, qui
a fourni 11. ISA hospitalisations au lieu de 13.131, qui sont à
l’actif de la classe 1917. La classe 1918 compte, en définitive,
3.977 malades en moins (soit un tiers environ) que la classe
1917. •
Cet excès de morbidité pour la classe 1917 est encore avant
214
ÉTUDE QOMPARÉE DES MALADIES CONTAGIEUSES
tout fonction des maladies saisonnières d’hiver, comme
l’indique le tableau comparatif suivant ;
Rougeole .
Scarlatine .
Oreillons .
Diphtérie .
Méningite^ cérébro-spinale
Maladies typhoïdes . . .
Dysenterie .
Classe 1917 Classe 1918
6.118 5.333
2.925 746
4.219 3.730
1.286 530
478 127
88 196
15 492
La scarlatine, la diphtérie, les oreillons, la méningite céré¬
bro-spinale ont chargé particulièrement la morbidité de la
classe 1917. Par contre, la dysenterie, la fièvre typhoïde, mala¬
dies de l’été et de l’automne, ont été plus fréquentes dans la
classe 1918, mais sans atteindre toutefois un chiffre de mor¬
bidité très élevé.
Quant à la rougeole, elle s’est monti4e avec une fréquence
sensiblement égale dans les deux classes. L’influence du
facteur saisonnier apparaît ici moins nettement que pour les
autres affections contagieuses. Les rapports des divers méde¬
cins s’accordent à signaler que la rougeole a été particulière¬
ment fréquente dans la population civile en 1917 et que la
facilité avec laquelle les permissions agricoles ont été accor¬
dées a singulièrement facilité les apports successifs de cette
maladie dans les casernes; mais hâtons- nous de le dire, la
rougeole a été pour la classe 1918 la moitié moins grave (43
décès au lieu de 84) en raison de la rareté de ses complications
dès que la température devient clémente.
Le facteur saisonnier influence-t-il d’une façon égale la fré¬
quence et la gravi lé clinique?
Le tableau suivant, qui indique, non plus la mortalité
globale, mais le chifire des décès par rapport à celui des
atteintes, nous donnera une base d’appréciation.
CHEZ LES JEUNES SOLDATS DES CLASSES 1917-1918
215
Mortalité clinique
ou chiffre des décès pour 100 malades atteints.
19i7
INCORPOBATION
1918
IRCORFOHATION
au milieu
DU PRINTEMPS
Méningite cérébro-spinale . . . 21,1 p. 100
Rougeole. . 1,3 —
Scarlatine . 2 —
Diphtérie . . 2,4 —
Oreillons . . 0,04 —
Fièvre typhoïde . 10,22 —
Dysenterie . 6,6 —
20.4 p. 100
0,8 —
1,6 —
1,3 —
0 , —
3.6 —
2.6 —
.Au point de vue de la mortalité clinique, c’est-à-dire de la
gravité des atteintes, la' scarlatine, la diphtérie, les oreillons,
la fièvre typhoïde et la dysenterie sont assez sensiblement
influencées dans leur gravité par le facteur saisonnier. La
rougeole, en particulier, occasionne, en hiver, un chiffre de
mortalité double durant la saison froide parce qu’elle tue par la
complication broncho-pneumonique qui est une maladie
de l’hiver et du printemps; la scarlatine offre en hiver un plus
grand nombre de complications rénales graves.
En ce qui concerne la fièvre typhoïde, nous nous bornerons
à constater qu’elle a été largement la moitié plus grave pour la
classe 1917 que pour la classe 1918, sans pouvoir en donner
une explication bien nette, car ces deux classes ont été immu¬
nisées dès leur arrivée, par le vaccin triple T. A.. B. Trop de fac¬
teurs individuels interviennent quand il s’agit d’un nombre de
cas aussi restreint pour que nous nous hasardions à en donner
une explication. Il faudrait pour cela avoir sous les yeux les
observations cliniques détaillées.
Si, poursuivant l’étude de la morbidité, nous considérons la
dysenterie, qui est une maladie de l’été et de l’automne, nous
voyons que la classe 1917 a fourni au total lo cas (dont 9 au
mois d’août), avec une morbidité de 6,66 p. 100, alors que la
claése 1918 a présenté dans le trimestre août-septembre-
216 ÉTUDE COMPARÉE DES MALADIES CONTAGIEUSES
octobre une poussée épidémique de 492 cas avec 13 décès, soit
2,64 p. 100 de mortalité. La dysenterie est une maladie essen¬
tiellement saisonnière. Ici, la date d’appel des classes n’a fait
que transposer dans le sang un facteur de morbidité.
En ce qui concerne la fièvre typhoïde, une remarque intéres¬
sante s’impose : la classe 1917 a présenté en 7 mois 88 cas,
avec 9 décès (mortalité clinique 10,22 p. 100). Ces cas ont été
particulièrement fréquents et graves, d’abord le deuxième
mois, c’est-à-dire en février (28 cas, 5 décès), puis ils décroissent
progressivement en mars (13 cas, 2 décès) et en avril (11 cas,
0 décès). Ce sont donc les trois premiers mois (janvier, février,
lùars) qui offrent un maximum de morbidité et de mortalité
(53 cas sur 88, avec 7 décès).
La classe 1918 dépasse de près d’un tiers en morbidité la
classe 1917 en ce qui concerne les affections typhoïdes; elle
compte 196 cas et 10 décès (mortalité clinique : 5,1 p. 100),
soit une gravité moindre que pour la classe 1917. La morbidité
se répartit d’une façon assez inégale au cours des sept pre¬
miers mois : mai et juin fournissent 51 cas; août et septembre
52 cas; puis le mois d’octobre à lui seul fournit 73 cas, sans
que la mortalité augmente...
Comment interpréter ces chiffres et ces différences?
En France, la fièvre typhoïde est généralement une affection
saisonnière estivo-automnale, comme la dysenterie ; mais si
cette considération peut expliquer pourquoi elle a été plus
fréquente dans la classe 1918 qui, dans ses sept premiers mois
de service, compte les mois de juin, juillet, août, septembre et
octobre, elle ne peut être invoquée pour la classe 1917 qui a un
maximum de cas au cours des mois de février et de mars et
qui est partie aux armées au début du mois d’août.
Ici il faut faire intervenir pour la classe 1917 l’acclimate¬
ment ou plutôt l’arrivée des jeunes gens issus des campagnes
dans les centres urbains où les maladies typhoïdes sont endé¬
miques.
Le facteur d’acclimatement a joué également son rôle pour
la classe 1918; mais intervient pour cette classe un second
facteur : l’inQuence saisonnière et encore bien davantage la
fréquence et la longueur des permissions agricoles, qui ont
mis d’une façon à peu près permanente, au cours de l’été et de
CHEZ LES JEUNES SOLDATS DES CLASSES 191M918 217
l’automne, la classe 1918 au contact de la population civile
dans laquelle la dysenterie et la fièvre typhoïde ont régné avec
une véritable fréquence, du moins dans les Xl“, XIV', XVI' et
XVII' régions.
Reste à déterminer l’influencé de la vaccination sur la fré¬
quence et la gravité des maladies typhoïdes.
La classe 1917 a reçu 4 piqûres,
La classe 1918, 2 piqûres seulement.
Doit-on faire jouer un rôle à ce facteur et penser à une
moindre immunisation?
Quelques faits récemment observés seraient de nature à
orienter l’observation dans ce sens. Il paraît toutefois préma¬
turé de conclure. Quoi qu’il en soit, il est bon de faire remar¬
quer que la fièvre typhoïde, malgré sa fréquence relative chez
les jeunes gens de la classe 1918 vaccinés, s’est montrée très
bénigne. L’observation minutieusement recueillie des cas de
fièvre typhoïde montre, d’autre part, que cette maladie a
frappé de préférence des soldats non vaccinés en raison de
contre-indications temporaires ou permanentes, ou vaccinés
incomplètement en raison du trouble apporté dans les opéra¬
tions vaccinales par les permissions agricoles.
Si nous nous plaçons simplement au point de vue des
influences saisonnières sur la fréquence et la gravité des
maladies contagieuses, il résulte bien que les facteurs froid et
hum'idilé qui sont prédominants en hiver et au printemps sont
plus à redouter que le facteur chaleur pour les jeunes classes
étant donné que, pendant l’été, nous n’avons guère à craindre
sérieusement que la fièvre typhoïde et la dysenterie, affections
pour lesquelles la prophylaxie et la thérapeutique sont beau¬
coup plus efficaces et mieux armées que pour la plupart des
maladies contagieuses de la saison hivernale, telles que la
rougeole, la scarlatine, les oreillons, dont la nature micro¬
bienne nous échappe et pour lesquelles le traitement est pure¬
ment symptomatique.
2J8 ÉTODE' COMPARÉE DES MALADIES CONTAGIEUSES
La conclusion pratique au point de Vue médical c'est que
l’incorporation au 15 avril, si elle ne met pas absolument la
jeune classe à l’abri contre les fièvres éruptives, les oreillons,
la diphtérie et la méningite cérébro-spinale, diminue notable¬
ment leur fréquence et rend tout au moins leur gravité cli¬
nique notablement moindre, et si, d’autre part, celte date
n’exclut pas la possibilité des manifestations de la fièvre
typhoïde et de la dysenterie, elle permet toutefois à la vacci¬
nation antityphoïdique de donner son maximum de protection
au moment de la période estivo-autdmnale^ époque où la
maladie a une tendance naturelle à devenir épidémique.
Il ne reste donc plus, à ce moment, comme affection grave
à combattre, que la dysenterie bacillaire, maladie dont le
germe est connu, dont la prophylaxie est basée sur des règles
bien définies et pour laquelle nous possédons un sérum cura¬
teur efficace. '
La conclusion est que la meilleure date pour l’incorporation
d’une jeune classe est le milieu d’avril ou du printemps, opi¬
nion qui a été invariablement soutenue par les médecins mili¬
taires de carrière.
Pour compléter cet exposé, il est utile de dire un mot de la
morbidité-mortalité comparée par maladies contagieuses dans
les diverses régions de la France, en ce qui concerné la
classe 1918 : '
A). — Au point de vue de la morbidité, les régions les plus
éprouvées par les maladies contagieuses ont été :
La Â1V‘ région : 1.459 cas (maladies dominantes : rougeole,
473; scarlatine, 136; oreillons, 567 cas; dysenterie, 196 cas;
diphtérie, 57 cas; fièvre typhoïde, 21 cas,..).
La XVII^ région : 1.318 cas (maladies dominantes : rougeole,
678 cas; scarlatine, 100 cas; oreillons, 384 cas; diphtérie, 35;
dysenterie 109...).
CHEZ LES JEUNES SOLDATS DES CLASSES 1917-1918 219
La Vllt région : 1.245 cas (maladies dominantes : rougeole,
601; oreillons, 394; diphtérie, 126; scarlatine, 70; dysenterie,
47 cas...).
La XII" région : 1.077 cas (maladies dominantes : rougeole,
341 cas ; oreillons, 419 cas; scarlatine, 74 cas; diphtérie, 27).
La XVIIL région : 1.077 cas (maladies dominantes ; rou¬
geole, 706 cas ; oreillons, 248 ; diphtérie, 58 ; scarlatine, 20 ;
méningite cérébro-spinale, 20; maladies typhoïdes, 22...).
Sept régions ont un chiftre de morbidité compris entre 793
et 438 atteintes (UI«, V% IX% X% XP, XlIP, XVI' régions).
Les IV°, VII', XV' régions et le Gouvernement Tmilitaire de
Paris ont un minimum de morbidité compris entre 143 (G.M.P.)
et 250 (XV' région).
A) . — Le maximum de morbidité observé a été :
a) Pour la rougeole : dans les XVIIl', XVII», VIII', XII»,
XVI' et XIV' régions;
b) Pour la scarlatine : dans les XIV', XVII', XIP, VHP et
HP régions ; ,
c) Pour la méningite cérébro-spinale : dans les XP, XVIIP,
XVP et XIP régions;
d) Pour la diphtérie : dans les VHP et IX' régions, régions
d’endémie ancienne, puis les XVIIP, XIV', XVIP et XVP ré¬
gions;
e) Pour la dysenterie : dans les XIV', XP et XVIP régions ;
f) Pour la fièvre typhoïde : dans les XVP, XP, X', XVIIP,
XIV' régions.
B) . — Les régions où la mortalité s’est montrée la plus
forte sont par ordre décroissant ;
La XVIP région : 19 décès (causes prédominantes T rougeole,
10, scarlatine, 5; dysenterie, 3).
La XIP région : 16 décès (causes prédominantes : rougeole, 6;
scarlatine, 3 ; méningite cérébro-spinale, 3 ; diphtérie, 2).
La XIV’‘ région : 15 décès (causes prédominantes : rougeole,
6; dysenterie, 4 ; scarlatine, 2).
La XII P région : 14 décès (causes prédominantes : rougeole,
6; méningite cérébro-spinale, 5; scarlatine, 2).
220 ÉTUDE COMPARÉE DES MALADIES CONTAGIEUSES
La VIH" région : 12 décès (causes prédominantes : rougeole,
6 ; méningite cérébro-spinale, 3 ; scarlatine, 2 ; diphtérie, 2).
La XI" région : 12 décès (causes prédominantes : ménin¬
gite cérébro-spinale, 7; dysenterie, 3).
'En d’autres termes, le maximum des décès a été observé :
a) Pour k rougeole, dans les XVIP, VHP, XIP, XIIP et
XVP régions ; '
b) ' Pour la scarlatine dans les XVIP et XIP régions ;
c) Pour la méningite cérébro-spinale, dans les XP, XIIP,
XIP et VHP régions;
d) Pour la dysenterie, dans les XIV®, XP et XVIP régions
(épidémies delà Part-Dieu, de Lorient et de Mirande).
Dans les V®, XVP et XVIIP régions, le chiffre de mortalité
est de 5, à la X® régibn de 4.
Les IIP, IV® et XV® régions ne fournissent qu’un décès.
Dans le Gouvernement militaire de Paris, aucun décès n’a
été observé dans la classe 1918.
En résumé, les régions q,ui ont fourni, en ce qui concerne
les maladies contagieuses, le moins bon état sanitaire, sont les
XIV® et XVII®, puis les XP, XVI® et XVIP régions.
Faut-il en déduire que les jeunes soldats doivent être écartés
de ces régions? Ce serait aller un peu loin. Tout au plus pour¬
rait-on souhaiter que le nombre des recrues soit réduit dans
les régions où sévissent à l’état endémique certaines maladies
contagieuses à caractère grave : nous visons ici en particulier
la méningite cérébro-spinale qui frappe surtout les XI®, XVP
et XVIII® régions ; la diphtérie, si fréquente dans les VHP, IX®
et XIV® régions; la scarlatine, si fréquente dans les XIV® et
XVIP régions ; la dysenterie, maladie commune dans les XP et
XIV® régions.
Peut-on espérer, grâce à ces diverses mesures et à toutes les
précautions mises en usage dans les régions, soustraire à peu
près complètement la jeune classe 1919, les ajournés des
classes 1913 à 1917 et les exemptés de la classe 1918, à l’em-
CHEZ LES JEUNES SOLDATS DES CLASSES 1917-1918 • 221
prise des maladies endémo-épidémiques? Ce serait une préten¬
tion que les événements ne tarderaient pas à démentir. L’ar¬
rivée des jeunes soldats est, en effet, invariablement l’occasion
de l’introduction dans les casernes de germes contagieux pour
les deux raisons suivantes :
1“ Il arrive fréquemment que les recrues proviennent de
localités contaminées et qu’elles apportent avec elles des
germes patents ou latents. Dans le premier cas, la visite sani¬
taire faite au dépôt permet d’isoler tous les sujets chez lesquels
la maladie contagieuse s’affirme déjà pa,r des symptômes
suspects ou même caractéristiques, mais souvent déjà ces
malades ont contaminé des camarades au cours du voyage
d’arrivée fait en commun. Dans le second cas, la maladie à
l’état d’incubation silencieuse ne se traduit que plusieurs jours
après l’arrivée à la caserne et quand elle est médicalement
reconnue elle a déjà ensemencé la caserne.
2° Les recrues, même indemnes de toute maladie épidé¬
mique latente, ne tardent pas, au cours des sorties quoti¬
diennes dans la ville de garnison ou encore au contact des
soldats anciens qui sortent journellement à trouver des germes
d’affections contagieuses qui leur sont transmis par les modes
multiples de la contagion interhumaine qui s’exercent dans les
lieux publics (cafés, cinémas) par les moyens communs de
locomotion, etc...
En somme, le dépistage soigneux et précoce de tout cas de
maladie contagieuse suspect ou confirmé reste, avec l'isole¬
ment et la désinfection, la meilleure arme à employer pour
empêcher l’introduction et l’extension des maladies conta¬
gieuses dans les casernes.
Il convient d’insister encore, en terminant, sur l’importance
capitale qui s’attache à convoquer les jeunes classes au début
de la belle saison, c’est-à-dire vers le i 5 avril, si on veut éviter
à la fois la fréquence et la gravité bien connues des maladies
épidémiques dont l'action et l’expansion trouvent dans le froid
et l^humidité de l’hiver des auxiliaires d'une efficacité réelle¬
ment redoutable; nous visons ici tout spécialement la rou-
222- ÉTUDE COMPARÉE DES MALADIES CONTAGIEUSES
geôle, ia scarlatine, la diphtérie et la méningite cérébro-
spinale.
TABLEAU COMPARATIF DES MALADIES CONTAGIEUSES
SIGNALÉES CHEZ LES JEÛNES SOLDATS DES CLASSES 1917 ET 1918
PENDANT LES SEPT PREMIERS MOIS D’iNCORPORATION
Ensemble des maladies contagieuses.
MALADES
clab.se
i«' mois (2" décade). 503
2« mois . 2.694
3' mois . 4.715
4» mois . 2.150
6® mois. ..... .^ 2.519
6' mois . .' 1.959
7« mois . 591
Totaux . 15.131
CLASSE CLASSE CLASSE
1918 1917 1918
89 10
1.432 105 10
4.237 84 46
1.982 51 27
1.177 10 3
1.095 23 14
1.142. 5 12
11.154 288 112
La période visée part, pour la classe 1917, du 10 janvier; pour
la classe 1918, du 10 avril.
Les chiffres sont fournis par toutes les régions, à l’exception
des VI«, XX®, XXI® et de la région du Nord, qui, placées dans la
zone des Armées, ont peu ou pas recruté.
Rougeole.
MALADES
l«r mois, (2“ décade)
mois
3“ moi
CHEZ LES JEUNES SOLDATS DES CLASSES 1917-1918 22Î
Scarlatine.
-MALADES ' DÉCÈS
CLASSE
CLASSE
—
1917
1918
1917
1918
l"!- mois (2' décade).
178
15
4
2» mois .
622
99
13
1
3“ mois .
1.093
214
22
4
4» mois .
430
139
8
4
S« mois .
3D6
101
4
D
6' mois .
227
96
8
2
T= mois .
69
82
1
Totaux. . . .
2.925 746
Oreillons.
M.VLADES
59
12
DÉCÈS
CLASSE
CLASSE
CLASSE
CLASSE
1917
1918
1917
1918
l” mois (2' décade).
72
16
2« mois .
704
' 246
3« mois .
1.540
1.083
. 1
4» mois .
661
859
. 1
3» mois .
653
521
e® mois .
419
470
7« mois .
169
.535
»
Totaux. ....
4.218
3.730
2
Diphtérie.
MALADES
DÉCÈS
nT.AR.ciR
rTiARSK
CLASSE
’ÔlÂs^;
1917
1918
1917
1918
1er mois (2e décade).
76
9
2
2®- mois .
120
77
5
3
3° mois .
205
137
6
3
4« mois .
186
77
. 9
1
5* mois .
269
60
3
61! mois . • .
265
66
6
1
■' . .
168
104
1
530 32 8
Totaux .
•v , 1.289
224 ÉTUDE COMPARÉE DES MALADIES CONTAGIEUSES
Méningite cérébro-spinale.
MALADES DÉCÈS
CLASSE
rt.*s.sR
CLASSE
1917
1918
1917
1918
iw mois (2» décade) .
72
1 5
4
2« mois .
262
29
51
3
mois .
78
63
27
14
*■= mois .
32
12
12
5
S“ mois .
13
9
2
6“ mois .
14
4
S
2
T' mois .
5
3
2
»
Totauï . 478 127
Maladies typhoïdes.
MALADES
101
26
CLA!8S
CLASSE
CLASSE
1917
1918
1917
1918
1er mois (2“ décade).
9
1
2e mois .
28
20
5
2
3» mois .
, 14
31
2
1
4» mois .
11
18
2
5e mois .
8
22
1
6e mois ........
7
31
, 1
2
7” mois .
11
73
3
Totau.’c .
88 196
Dysenterie.
MALADES
9
lÔ"
DÉCÈS
CLASSE
CLASSE
"Ôlas^
1917
1918
1917
1918
1er mois (2" décade).
2e mois . .
S
î
5e mois .
90
6e mois .......
i
186
6.
7
7" mois .
9
225
1
Totaux. .•. . .
15
492
ïF
Le tableau suivant donne la répartition par région des
malades et des décès signalés chez les hommes de la classe 1918,
du 10 avril au 31 octobre 1917.
TABLEAU DE LA MORBIDITÉ ET DE LA MORTALITÉ PAR MALADIES CONTAGIEUSES
de la classe 1918, du 10 avril au 31 octobre 1917.
' ÉTUDE COMPAKÉE DES MALADIES CONTAGIEUSES
TABLEAU COMPARATIF UE LA MORTALITÉ
Censuré.
HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 227
INSTRUCTION GÉNÉRALE
SUR .
L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX
ET LES DÉCISIONS [CONSÉCUTIVES A LEUR TRAITEMENT
ABROGEANT LES CIRCULAIRES ANTÉRIEURES RELATIVES
AU MÊME SUJET (1)
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
L’Instruction sur l’aptitude physique (B. O. E. M., vol., 66'),
arrêtée au 20 décembre 1916, formule, sous divers articles, les
indications relatives à l’éviction de l’armée, par voie d’exemp¬
tion, d’ajournement ou de réforme, des sujets porteurs de
lésions tuberculeuses.
Les dispositions de l’Instruction susvisée qui concerneni la
tuberculose pulmonaire sont renfermées dans les deux articles
suivants :
« Art. 5. — Les tuberculoses viscérales, si légers qu’en
soient les indices, quand ces indices sont manifestes, motivent
soit l’exemption ou l’ajournement, soit la réforme temporaire
ou définitive, selon les cas d’espèce. Il importe de ne pas
attendre les déclarations des malades et d’assurer par les
enquêtes et examens nécessaires l’exclusion définitive ou tem¬
poraire, aussi rapide que possible, des militaires atteints de
cette affection.
« Les tuberculoses locales qui paraissent susceptibles de
I. A la date du 17 décembre 1917, M. le Sous-Secrétaire d’Ëtat du Ser¬
vice de Santé militaire a adressé à MM. les Directeurs du Service de
Santé des Régions la présente instruction qui résume, modifie, complète
et met à jour les prescriptions antérieures relatives à l'Hospitalisation
des Militaires tuberculeux et aux différentes décisions consécutives à
leur traitement dans les établissements hospitaliers.
INSTUUCTION GÉNÉRALE
guérison, motiveront, d’abord, la réforme temporaire; on
prendra la même décision vis-à-vis des sujets dont l'état d’af¬
faiblissement ferait craindre une imminence de tuberculisation.
« Art. 145. — La tuberculose pulmonnive neltemenl cov firmée,
quel gu en soit le degré, nécessite l'exemption ou la réforme défi¬
nitive. »
En conséquence, les tuberculeux et les sujets suspects de
tuberculose doivent être éliminés dès les premiers examens
auxquels ils sont soumis, au conseil de révision ou lors de
l’incorporation. Malgré toute la diligence apportée dans ce
triage préliminaire, des lésions latentes, non perceptibles à
l'examen clinique le plus averti, peuvent échapper et échappent
forcément aux investigations des Médecins experts et des Méde¬
cins de Corps de Troupe, à raison même de l’absence de signes
cliniques capables de les déceler.
La vie militaire, par ses fatigues particulières, propres non
seulement à l’existence en campagne, mais même inhérentes à
l’état militaire à l’intérieur, est le réactif le plus sensible de ces
lésions latentes, que quelques mois ou même quelques
semaines suffisent souvent à remettre en activité.
On conçoit sans peine que l’état de guerre ait favorisé d’une
façon particulière le développement de la tuberculose dans la
nation armée.
Aussi la lutte contre la tuberculose est-elle entrée, pendant
la guerre, dans une phase d’activité nouvelle et le Service de
Santé militaire a-t-il mis en œuvre tous les moyens dont il dis¬
pose pour seconder le Ministère de l’Intérieur dans une tâche
particulièrement lourde.
Le 18 octobre 1915, le Parlement a voté la Loi d’assistance
aux tuberculeux et les deux départements de l’Intérieur et de la
Guerre se sont unis pour créer une organisation générale,
s’étendant fà tout le territoire, et dont une partie essentielle
devait incomber au Service de Santé.
Le 21 janvier 1916, le Sous-Secrétaire d’Etat du Service
de Santé militaire décida de créer dans chaque Région des
Hôpitaux sanitaires, véritables sanatoria, où seraient reçus,
traités et éduqués les militaires tuberculeux confirmés, ouverts
et fermés.
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 229
Celte organisation fut poursuivie dans les Régions avec
toute l’activité possible. De nombreuses difficultés furent
rencontrées, en raison d’une part, de la pénurie d’immeubles
restés disponibles et présentant les garanties d'isolement,
d’exposition, etc.; d’autre part, dp l’opposition très vive des
municipalités qui ont trop souvent considéré le voisinage d’un
Hôpital sanitaire comme un danger pour la population.
Devant certaines protestations particulièrement énergique^,
le Service de Santé s’est vu dans l’obligation de renoncer à des
créations dont l'utilité était cependant indiscutable.
A l’heure actuelle, il est permis d’affirmer que le tubercu¬
leux militaire est toujours hospitalisé soit dans un Hôpital
sanitaire, soit dans un Hôpital militaire ou temporaire.
Pour donner à cette mesure son plein effet, il a été prévu
un triage préalable dans les Hôpitaux ordinaires, confié.s aux
Médecins Chefs de Secteurs. Pour les cas litigieux, la concen¬
tration s’opère dans son propre service où tous les moyens
d’investigation sont mis en œuvre pour préciser le diagnostic.
En outre, lorsque le malade entre à VHôpilal sanitaire, il
y est reçu dans un Service de triage au 2® degré qui a pour
objet, après une observation méthodique, d’éliminer les
simples suspects, justiciables d’une période de repos plus ou
moins prolongée, et aussi de séparer les tuberculeux ouverts
et fermés, en deux catégories distinctes à placer et à soigner
dans des services séparés.
A la sortie des Hôpitaux sanitaires, ceux d’entre les tuber¬
culeux dont les lésions se sont amendées, qui n’ont plus de
fièvre et qui ne réclament plus une surveillance médicale aussi
étroite, sont évacués sur les stations sanitaires du ministère
de l’Intérieur, où ils sont gardés pendant un maximum dé trois
mois pour y être éduqués au point de vue prophylactique,
individuel et social. Il est à remarquer que cette éducation a
déjà dû être commencée, dès le séjour à l’Hôpital sanitaire.
Les militaires tuberculeux proposés pour la réforme ou la
pension sont visités sur place dans les stations sanitaires par
les Médecins experts et réformés à leur sortie des stations
sanitaires.
Pour ceux qui, en raison de la gravité de leur état, n’ont pu
230
INSTRUCTION GÉNÉRALE
être l’objet d’une évacuation sur une station sanitaire, la
réforme est prononcée à l’Hôpital sanitaire.
Cette organisation ^parallèle des établissements du Service
de Santé et du ministère de l’Intérieur serait incomplète si,
après sa réforme, le tuberculeux était simplement rendu, sans
garanties, à ia vie civile.
Des Comités d’assistance aux Tuberculeux de la guerre
sont constitués dans les départements. C’est à eux que sont
adressées les fiches concernant les tuberculeux à leur sortie
des hôpitaux et stations sanitaires. C’est à eux qu’incombe,
en dernier ressort, l’assistance aux tuberculeux rendus à la
vie civile.
Telle est, peut-on dire, la filière suivie par les tuberculeux
depuis le jour où les lésions se sont révélées.
L’effort accompli par le Service de Santé apparaît considé¬
rable, si l’on considère qu’en outre de son organisation propre,
il a aidé par tous les moyens en son pouvoir le ministère de
l’Intérieur à poursuivre la sienne.
En effet, un prix de journée de trois francs est payé pour
chaque militaire pendant' son séjour à la station sanitaire; de
plus des Médecins qualifiés sont, en cas de besoin, mis à la
disposition des stations sanitaires, et toutes les mesures sont
prises pour que la situation du militaire réformable soit défini¬
tivement éclairée au point de vue médico-légal par un dossier
complètement constitué, avant son envoi dans' une station
sanitaire.
A l’heure actuelle, malgré les oppositions locales rencontrées
tiop souvent, et l’absence forcée d’importants établissements,
le Service de Santé possède dans le territoire, un total de
38 Hôpitaux sanitaires avec 6.734 lits et 10 'Hôpitaux ou Ser¬
vices faisant fonction d’Hôpitaux sanitaires avec 1.236 lits.
En outre, de nouvelles études ont été entreprises en vue, si
besoin était, de la création de toutes pièces d’Hôpitaux sani¬
taires du type le plus moderne èt le plus perfectionné, dont
les plans sont d’ores et déjà établis.
SLR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 231
TITRE PREMIER
Hôpitaux sanitaires.
Les Hôpitaux sanitaires régionaux sont spécialement des¬
tinés à recevoir certaines catégories de militaires tuberculeux
et à leur assurer le traitement nécessaire jusqu’à ce qu’ils soient
en état d’être dirigés sur les stations sanitaires, écoles d’édu¬
cation antituberculeuse.
Les malades y sont traités -par des Médecins choisis avec
soin, et autant que possible désignés parmi les praticiens
spécialisés en matière de phtisiothérapie. Des dispositions
sont prises pour perfectionner l’instruction de ces Médecins
par un stage dans certains \Hôpitaux sanitaires et les mettre
en outre au courant de la réglementation spéciale dfes Hôpitaux
sanitaires et de la constitution des dossiers médico-légaux.
Les tuberculoses fermées sont séparées des tuberculoses
ouvertes et placées dans un quartier spécial de l’Hôpital sani¬
taire. 11 est organisé un service de triage à l’arrivée.
L’organisation intérieure, l’aménagement des locaux, le
nombre, la qualité et l’espacement des repas, l’emploi du
temps, le repos et l’exercice sont méthodiquement réglés
suivant les usages généralement admis dans les sanatoria.
Les précautions de désinfection à prendre vis-à-vis des
crachats, des mouchoirs, du linge, de la literie, de la vaisseUe,
des ustensiles de table, sont l’objet d’une surveillance rigou¬
reuse.
Les malades sont pourvus d’un ^crachoir de poche qu’ils
conservent à leur sortie de l’Hôpital.
Les Médecins traitants, dans les causeries familières de la
visite quotidienne ou au cours de conférences périodiques,
donnent aux malades des notions simples et pratiques sur la
nature de la maladie, sur sa curabilité, sur l’hygiène qui leur
convient, sur les précautions à prendre pour eux-mêmes et
pour leur famille afin d'assurer leur guérison et ne pas exposer
leur entourage à être contaminé.
En un mot, on s’efforce de commencer dans ces Hôpitaux
sanitaires régionaux l’éducation antituberculeuse qui doit être
232
INSTRDGTION GÊNÉRAtE
poursuivie dans les stations sanitaires, quand;» à leur sortie, les .
malades y seront dirigés.
Les Hôpitaux sanitaires peuvent être installés dans les Hôpi¬
taux complémenlàires, auxiliaires ou bénévoles. En raison des
frais particuliers que comportent le traitement et l’alimentation
spéciale des militaires tuberculeux, ainsi que de l’installation
matérielle des Hôpitaux sanitaires, le prix de journée d’hospi¬
talisation est porté à trois francs pour les Hôpitaux sanitaires
créés dans les Hôpitaux auxiliaires et bénévoles.
Les détails de l’organisation, de l’aménagement et de la
tenue d’un Hôpital sanitaire soût exposés dans l’annexe n“ i de
la présente instruction.
Conditions d’admission dans les Hôpitaux sanitaires.
Les conditions dans lesquelles s’opère le fonctionnement des
Hôpitaux sanitaires ont fait ressortir la nécessité d’opérer, dès
leur passage dans les Hôpitaux traitants, un triage méthodique
des tuberculeux susceptibles d’être envoyés dans ces Hôpitaux
spécialisés.
Ce sont, à l’exclusion de tous autres, les tuberculeux pulmo¬
naires nettement confirmés, ouverts ou fermés. Ceux-ci
doivent tous être traités dans les Hôpitaux sanitaires, sur
lesquels les Médecins-chefs doivent procéder sans retard à
leur évacuation. Les malades présentant des lésions particu¬
lièrement graves (hectiques, cavitaires avancés) pour lesquels
la cure normale du sanatorium semblerait superflue, seront
seuls conservés, isolés et réformés dans, les Hôpitaux traitant
de médecine générale.
Les porteurs de lésions osseuses articulaires ou ganglion¬
naires ne sont pas justiciables des Hôpitaux sanitaires; des
Hôpitaux spéciaux ont été affectés dans les centres marins au
traitemei^t de ces tuberculoses chirurgicales.
Une mention spéciale doit être faite pour les tuberculeux
osseux ou ganglionnaires atteints en même temps de lésions
pulmonaires. Le séjour à la mer étant, dans certains cas, défa¬
vorable à ces malades, chez lesquels la lésion pulmonaire
prend souvent, au point de vue du pronostic quod vitam, la
première importance, ceux-ci ne doivent pàs être évacués sur
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 233
les centres mariris de tuberculose chirurgicale, mais traités
dans les Hôpitaux sanitaires ou telles formations appropriées
que désigneront les Directeurs régionaux.
On a ainsi déjà créé, dans les Hôpitaux sanitaires de certaines
régions, des Services spéciaux, où sont traités les tuberculeux
porteurs de lésions locales en même temps que de lésions pul¬
monaires.
La catégorie des' tuberculeux à évacuer sur les Hôpitaux
sanitaires étant ainsi nettement définie, il importe que les
Médecins-chefs des Hôpitaux de Médecine générale apportent
le plus grand soin à l'examen des malades soumis à leur
observation ,
Il arrive, en effet, trop souvent qu’un diagnostic positif porté
à la légère est infirmé par un contrôle véritablement scien¬
tifique. Si l'intéressé est instruit, par suite de négligences
regrettables, de ce diagnostic erroné, il n’est que trop porté à
s’en prévaloir, et s’il est évacué sur un Hôpital sanitaire, cette
fausse direction prend alors dans son esprit la valeur d’une
confirmation. Il est donc indispensable qu’un triage rigoureux
soit opéré dès l’origine.
Triage dans l'Hôpital sanitaire.
Dans chaque Hôpital sanitaire doit être constitué un service
des entrants, où tous les malades sont soumis à une observa¬
tion minutieuse ayant pour but de permettre le triage entre les
tuberculeux avérés qui, seuls, seront conservés à rHÔpilal
sanitaire, et les malades simplement suspects, reconnus
indemnes de tuberculose qui devront être renvoyés dans les
Hôpitaux ordinaires pour qu’une décision soit prise à leur
égard.
Triage dans les Hôpitaux non spécialisés.
Toutefois, le service des entrants de l’Hôpital sanitaire ne
saurait assumer toute la charge de ce triage. En conséquence,
les Médecins-chefs de Secteur sont chargés spécialement
d’opérer, au préalable, dansTes Hôpitaux de Médecine générale,
un triag« des cas pour lesquels un doute même léger pourrait
subsister sur la nature réelle des lésions.
INSTRUCTION GÉNÉRALE
Les Médecins de Secteur, au cours de leurs inspections
périodiques, doivent se faire présenter tous les malades sus¬
pects ou présumés atteints de tuberculose, et mis en « observa¬
tion » ; cette dernière formule doit être préférée dans tous les
cas douteux. Les Médecins de Secteur désigneront ceux qu’il
y a lieu d’évacuer sur les Hôpitaux sanitaires.
Les suspects, souvent porteurs de lésions banales, aggravées
par un état passager de surmenage, ainsi que les malades dont
les crachats réclament un examen bactériologique pourront
être groupés par le Médecin de Secteur dans ses services per¬
sonnels ou dans des services spécialement affectés à ce triage
préalable, à l’effet d’un contrôle rigoureux et méthodique et
pour décision à prendre. Pour ce qui concerne les formes excep¬
tionnellement graves; il devra activer, le cas échéant, le règle¬
ment de la situation médico-légale.
Le contrôle des tuberculeux, ainsi institué et strictement
exercé dans chaque secteur médical, doit avoir pour résultat
d’assurer aux Hôpitaux sanitaires un recrutement rationnel, en
évitant l'envoi dans ces Hôpitaux de porteurs de lésions ou Irop
graves ou non spécifiques, et aussi la stagnation dans les Hôpi¬
taux secondaires de malades justiciables, le plus souvent, d’un
congé de convalescence. Il demeure entendu que les malades
simplement qualifiés de suspects, seront traités, comme par le
passé, dans les Hôpitaux non spécialisés.
D’autre part, il est rappelé que les Médecins-chefs des Hôpi¬
taux traitants non spécialisés, ne doivent pas adresser de
demandes d’évacuation sur les stations sanitaires du ministère
de l'Intérieur.
Lorsqu’il aura été constaté à l’Hôpital sanitaire que des
malades ont été indûment adressés, le Médecin-chef de l’Hôpital
sanitaire en avisera le Médecin-chef du Secteur médical d’où
provient le malade, en lui fournissant toutes indications de
nature à lui permettre un contrôle plus sévère sur les hôpitaux
taitants en cause.
Les Médecins-chefs des Hôpitaux sanitaires signalent égale¬
ment les malades indûment adressés, dans le rapport mensuel
destiné au Sous-Secrétariat d’Ëtat du Service de Santé.
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 235
TITRE II
Stations sanitaires.
En conformité de la loi du 18 octobre 1915, le Ministre de
l’Intérieur a créé sur le territoire un certain nombre d’établis¬
sements dits « Stations sanitaires », dont le but principal est
d’assurer « aux blessés de la tuberculose » non point un traite¬
ment curatif complet, mais surtout l’éducation antituberculeuse
de manière à ce que le malade ne soit plus exposé à conta¬
miner son entourage et les milieux ambiants.
Admission dans les Stations sanitaires.
L’envoi dans les Stations sanitaires a fait l’objet d’une
entente spéciale entre mon département et celui de l’Intérieur,
dans les formes arrêtées par une convention dont un exemplaire
est ci-joint (Annexe n® 2).
Les sous-officiers et soldats en instance de réforme ou de
pension y seront reçus pour y être traités au titre militaire
pendant une période de trois mois au plus et y recevoir une
éducation antituberculeuse complète.
Les règles médicales d’admission seront les suivantes :
Les Hôpitaux sanitaires régionaux évacueront sur les Sta¬
tions sanitaires tous les militaires, sous-officiers et soldats,
ayant une tuberculose en voie d’évolution de l’appareil respi¬
ratoire et susceptible d’une amélioration notable, y compris
les tuberculeux cavitaires, sous la réserve que ceux-ci aient peu
ou pas de fièvre et qu’ils aient conservé un état général satisfai¬
sant.
Ne seront pas justiciables desdits établissements les malades
dont l’état aigu ou subaigu et grave réclame encore des soins
immédiats et continus à donner dans les Hôpitaux sanitaires
ou régionaux, où les soldats atteints de tuberculose grave
en évolution devront être conservés et traités jusqu’à ce
que leur évacuation sur les Stations sanitaires puisse être
proposée.
236 INSTRUCTION GÉNÉRALE
Tels sont les militaires atteints :
a) De phtisie aiguë ;
b) De tuberculose pulmonaire caséeuse étendue;
c) De cavernes pulmonaires avec fièvre élevée ou état cachec¬
tique ;
d) De fièvre hectique ou de fièvre élevée permanente;
e) De lésions pulmonaires étendues et avancées déterminant
des accidents cardiaques ;
f) D’accidents, méningés ;
g) D’entérite ou de péritonite tuberculeqse en évolution.
En d’autres termes, l’admission dans les Stations sanitaires
ne sera pas demandée pour des malades dont l’état aotuel pré¬
senterait une gravité telle qu’on ne pourrait raisonnablement
en espérer une amélioration sous l’unique influence des condi¬
tions de milieux favorables ; on ne perdra pas de vue que les
Stations sanitaires ne sont pas, à proprement parler, des hôpi¬
taux de traitement pour malades aigus exigeant des soins
spéciaux et continus, ni pour ceux dont les lésions sont déjà
si étendues et si avancées qu’une issue fatale à échéance peu
éloignée paraît inévitable.
Ne seront pas non plus proposés, pour être envoyés au titre
militaire dans les Stations sanitaires, les hommes reconnus
tuberculeux à leur arrivée au corps ; ceux-ci doivent être immé¬
diatement réformés n° 2.
Au -point de vue. administratif, l’envoi dans une Station sani¬
taire correspondra à une évacuation sur un établissement
hospitalier civil ayant u.ne convention avec le Département de
la Guerre ; on se conformera dans l’espèce aux articles 292 et
299 du Règlement sur le Service de Santé de l’Intérieur, sous
réserve que le Directeur du Service de Santé ne prononcera
l’évacuation qu’après acceptation du Ministre de l’Intérieur.
Chaque évacuation de ce genre donnera lieu à un compte rendu
à mon Administration centrale (Sous-Secrétariat d’État du
Service de Santé militaire. — Première Division technique),
par la voie du rapport mensuel.
Le dossier de la demande d'admission dans une Station sani¬
taire devra comprendre :
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 231
1° L’état signalétique et des services de l’intéressé ;
2" Un certificat de visite et contre-visite.
Ce dôssier, constitué par le Médecin-chef de l’Hôpital sani¬
taire régional, sera adressé au Directeur du Service de Santé
de la région et transmis aussitôt par lui au Ministère de l’Inté¬
rieur (Direction de l’Assistance et de l’Hygiène publiques).
Le Ministère de l’Intérieur indiquera télégraphiquement au
Directeur du Service de Santé de la région la Station sanitaire
sur laquelle le mala4e devra être, dirigé et la date à laquelle
son admission pourra avoir lieu. Le malade, en sortant de
l’Hôpital, sera mis en route en conséquence de ces indications,
et le corps ou service auquel il appartient sera tenu au courant
de sa sortie et de sa destination par le bulletin du modèle 46.
Le Directeur du Service de Sauté de la région dans laquelle
sera située la Station sanitaire recevra la même indication.
Lorsque le Médecin de la Station sanitaire jugera que le
séjour des malades dans l’établissement a été suffisant, et au
plus tard quand ce séjour atteindra trois mois, il prononcera
la .sortie, et l'indemnilé versée parle Département de la Guerre
au Département de l'Intérieur cessera en même temps que le
malade sortira de la Station sanitaire.
Les militaires atteints de tuberculose pulmonaire, déjà
réformés n” 1 ou 2 et encore en traitement dans les hôpitaux
militaires permanents ou temporaires pourront, s’ils y con¬
sentent, être également proposés au Ministère de l’Intérieur
par le Directeur du Service de Santé de la région pour être
' admis dans une Station sanitaire. Le dossier précédemment
prévu sera établi à l’appui de ces demandes d’admission ; mais
il sera spécifié sur chacune de ces demandes que la réforme
étant acquise à une date antérieure à l’admission, celle-ci ne
sera pas faite au litre militaire et ne donnera lieu à aucun ver¬
sement par le Département de la Guerre.
Dans les cas où le maintien d’un malade dans une Station
sanitaire ne sepiblerait pas possible, soit pour cause d’indisci¬
pline, soit pour aggravation de son état, le Médecin-chef
demandera au Directeur du Service de Santé de la région son-
évacuation sur l’Hôpi (al sanitaire le plus voisin. 11 adressera
en même temps un compte rendu au Ministère de l’Intérieur.
Toutefois, le malade dont l’état s’est aggravé pourra, si sa
238
INSTRUCTION GÉNÉRALE
famille est capable de lui donner les soins nécessaires, être
renvoyé dans ses foyers, sa situation médico-légale ayant été
réglée sur place à la Station sanitaire, comme il sera exposé
plus loin.
Pour ce qui concerne les malades évacués pour raisons dis¬
ciplinaires, leur situation médico-légale devra être liquidée par
l’Hôpital sanitaire dans le plus bref délai.
TITRE lit
Réforme des tuberculeux.
A. — - A l'incorporation.
A l’occasion de l’incorporation de la classe 1918, la Circu¬
laire 442 G/7 du i®'' mars 1917 a insisté sur le soin tout parti¬
culier qui doit être apporté à la visite d’incorporation, dans le
but d’éliminer de l’armée les tuberculeux ou les suspects de
tuberculose.
La visite d’incorporation, commencée dès le lendemain de
l’arrivée des jeunes soldats et poursuivie avec la collaboration
d’au moins deux médecins, doit être effectuée avec méthode et
sans précipitation. Chaque homme étant d’abord toisé et pesé,
un médecin prendra le périmètre thoracique et s’assurera de
l’état de santé de l’intéressé par tous les moyens d’investi¬
gation, comme il est prévu par l'Instruction sur l’aptitude
physique au service militaire, dont les dispositions serviront-
toujours de guide pour les conclusions à tirer des examens
pratiqués.
On s’attachera à dépister les sujets d’apparence normale,
mais atteints d’affections chroniques plus ou moins caractéri¬
sées, en particulier de tuberculose, dont il y aura lieu de pro¬
voquer l’élimination de l’armée dans le moindre délai possible.
On recueillera soigneusement les indications fournies par
les certificats médicaux que pourront présenter les intéressés
’et on en fera un contrôle approfondi par des examens répétés
et des enquêtes de gendarmerie.
Il ne sera pas perdu de vue qu’il est loisible aux Médecins
de mettre en observation à l’infirmerie ou à l’hôpital, pour
SL'R L-H0SP1TAL1S4TI0N DES MILITAIRES TUBERCULEUX 239
examen plus approfondi, les cas sur lesquels un diagnostic ne
pourrait être immédiatement établi.
Dans tous les cas suspects, après avoir réuni soigneusement
tous les éléments d’information médicale, les Médecins-chefs
des Dépôts enverront les intéressés à la consultation du
Médecin-chef du Secteur. Une note, pour chaque cas, sera
remise au Médecin-chef du Corps; elle appuiera son diagnostic,
et, le cas échéant, ses propositions éventuelles devant les
Commissions de réforme. En principe, la mise en observation
à l’hôpital, dans les cas difficiles ou douteux, ne sera décidée
qu’après avis des Médecins-ehefs de Secteurs.
Ces prescriptions, dont le principe doit continuer à être
appliqué dans l’avenir, avaient pour but d'assurer un contrôle
méthodique de l’aptitude physique au service militaire des
recrues, en les soumettant à des examens répétés, pratiqués
dans des conditions plus rigoureuses que ne le permet la visite
médicale d’incorporation dans les corps de troupe.
Leur conséquence a été et doit être l’élimination immédiate
de l’armée, par voie de réforme n“ 2 ou temporaire, des tuber¬
culeux et des suspects qui ont pu échapper au filtre des
conseils de révision. La décision doit être prise, pour ces cas,
dans un délai aussi bref que possible. 11 ne saurait être ques¬
tion de diriger ces sujets sur des Hôpitaux sanitaires. Ne pou¬
vant être acceptés dans l’armée, ils doivent être éliminés
aussitôt que leur état est nettement constaté.
B. — Auprès l'incorporation.
Malgré toute la diligence apportée dans les opérations de
triage à l’incorporation, sous l’influence des premières fatigues
de la vie militaire, des lésions se manifestent dont l’existence
n’avait pu être décelée par les divers moyens d’investigation
clinique.
Toutefois, l’affaiblissement général que l’on observe chez
certains jeunes soldats dans les. semaines ou les mois qui
suivent l’incorporation, ne traduit parfois qu’une diminution
momentanée de la résistance de l’organisme et ne révèle pas
toujours la tuberculisation de cet organisme.
11 importe, en conséquence, que l’élimination des sujets
240
INSTRUCTION GÉNÉRALE
déficients ne soit pas l’occasion d’évictions prématurées et
que les propositions ne soient faites que dans des conditions
de rigueur scientifique certaine. En conséquence, il a été pres¬
crit (Circulaire 76 Ci/7 du 3 mai 1916) qu’aucune proposition
pour la réforme de malades atteints ou suspects de tuberculose
ne doit émaner directement des médecins de corps de troupe.
Les malades doivent être placés en observation à l'hôpital. Là,
tous les douteux ou suspects sont présentés au Médecin-chef
de Secteur, qui se prononce, après consultation ou admission
dans son service spécial, sur l’opportunité du maintien des
suspects dans les hôpitaux non spécialisés, ou la nécessité de
l’admission des tuberculeux confirmés ouverts ou fermés dans
les Hôpitaux sanitaires.
A l'égard des suspects, qui ne présentent aucun danger pour
leur entourage, la réforme temporaire paraît, en général, la
meilleure solution d’attente à adopter.
Les tuberculeux confirmés sont dirigés sur les Hôpitaux sani¬
taires qui ont, entre autres attributions, celle do constituer les
dossiers administratifs indispensables à la délivrance des con¬
gés de réforme.
C. — Dossier médico-légal des tuberculeux.
Dès l’entrée du malade à l’Hôpital sanitaire, le Médecin-chef
se préoccupe de constituer le dossier médico-légal du tuber¬
culeux.
Ce dossier comprend d’une part les pièces administratives
(état signalétique et des services, acte de naissance ou pièces
en tenant lieu); d’autre part, le dossier médical (pièces d’ori¬
gine, pièces médicales diverses, billets d’hôpitaux, résultat
d’examens ou d’analyses, feuilles d’observations, rapports,
certificat d’incurabilité le cas échéant).
Les documents administratifs sont réclamés aux autorités
qui ont qualité pour les délivrer (maire. Conseil d’administra¬
tion) ainsi qu’il est prévu par la dépêche Circulaire 33.134 C/7
du 10 septembre 1913.
Le dossier médico-légal doit être constitué complètement
par le Médecin-chef de l’Hôpital sanitaire et il ne doit plus se
produire, ce qui est arrivé trop souvent, que des malades
SUR L'HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 241
soient évacués sur les Stations sanitaires du Ministère de l’In¬
térieur avec des dossiers incomplets. Il en résulte des diffi¬
cultés de toutes sortes au moment de la présentation de ces
militaires devant les Commissions spéciales de réforme, et, de
ce fait, le séjour du malade à. la Station sanitaire, qui ne doit
pas, en principe, excéder trois mois, se trouve prolongé au
delà du terme légal.
Ces prescriptions ont été, à maintes reprises, rappelées
(notamment par la Circulaire 262 Ci/7, du 1" octobre 1916).
Pour instituer un contrôle de l’exécution de ces prescrip¬
tions, la circulaire susvisée a stipulé expressément que le dos¬
sier médico-légal des tuberculeux dirigés sur les Stations sani¬
taires doit être adressé au Directeur régional, qui vérifie
l’exacte composition du dossier, le revise le cas échéant, et
en assure la transmission au Ministère de l’Intérieur.
La réforme des tuberculeux est prononcée, en principe, à la
Station sanitaire.
Toutefois, ceux d’entre eux que leur «état exclut des condi¬
tions d’admission dans ces stations, suivant les indications
mentionnées plus haut, seront réformés à l’Hôpital sanitaire.
Enfin, ceux que leur état particulièrement grave a dû faire
maintenir dans les hôpitaux non spécialisés où ils étaient trai¬
tés, pourront être réformés à l’hôpital traitant.
Une fois réformés, ces malades pourront être rendus à leurs
familles si celles-ci justifient de la possibilité de les héberger
et de leur donner tous les soins nécessaires.
D. — Dispositions particulières concernant la réforme
des tuberculeux.
Dans aucun cas, les tuberculeux ne doivent être dirigés sur
les Centres spéciaux de réforme.
A l’avenir, les militaires atteints de tuberculose cliniquement
confirmée, exceptionnellement en traitement dans les hôpitaux
non spécialisés ou traités normalement dans les Hôpitaux
sanitaires et Stations sanitaires, justiciables d’une réforme ou
d’une pension de retraite, seront examinés sur place dans leurs
formations.
Lorsque le dossier administratif et médical aura été complè-
42
INSIRUCTION GÉNÉRALE
temeat constitué, les Médecins-chefs de ces formations adres¬
seront un état nominatif de ces malades au général comman¬
dant la subdivision, siège du Centre de réforme le plus voisin ;
ce dernier donnera lesmrdres nécessaires pour que ces hommes
qui devront désormais être tous considérés comme intranspor¬
tables scûent examinés sans retard, sur place, dans les condi¬
tions prévues pour ces intransportables.
S’il s’agit d’un militaire proposé pour la réforme temporaire
n“ 2 ou définitive n“ 2, le médecin désigné pour la visite, effec¬
tuée en présence d’un officier de gendarmerie, devra être un
expert du Centre spécial de réforme.
S’il s’agit d’un militaire proposé pour une réforme tempo¬
raire n° 1 ou définitive n° 1, avec ou sans gratification, les
quatre médecins désignés devront comprsndre au moina un
expert du Centre spécial de réforme.
L’examen et ik vérification seront effectués en présence d’un
officier de gendarmerie et d’un sous-intendant militaire.
La Commission de réforme, mise en possession des certifi¬
cats ainsi établis, se prononcera sur pièces.
De même, dans le éas d’une proposition pour la pension de
retraite (Loi du. H avril fSSl, Ordonnance du 2. juillet 1&31,
Décision ministérielle du 23 juillet 1887 , Instruction du
■ 23 mars 1897, article 51) les quatre médecins désignés pour
procéder à l’examen et à la vérification en présence d’un offi¬
cier de gendarmerie et du sous-intendant militaire devront
comprendre au moins uu expert du Centre spécial de ré¬
forme.
Deux fois par mois, le Médecin consultant médico-légal de
chaque région se rendra dans les Hôpitaux sanitaires placés
sous son contrôle et dans les Stations sanitaires, et s’assurera
que les dossiers de militaires susceptibles d’être proposés pour
la réforme ou une pension de retraite sont régulièrement con¬
stitués. Il veillera à ce que le séjour des tuberculeux dans ces
formations spéciales ne se prolonge pas au delà du temps
nécessaire. Il rendra compte de sa mission au Directeur du
Service de Santé régionaL
SUR L’HOSPITALISATION DHS MILITAIRES TUBERCULEUX 243
E. — Droits à la réforme n° i ou à. la retraite.
Origine directe et aggravation.
Les Médecins ne devront jamais perdre de vue les prescrip¬
tions de la Circulaire da 15’ octobre 1916, n® 286 Ci/7, sur les
droits à la réforme n° 1 des militaires mis dans l’incapacité de
servir par des infirmités nettemeat aggravées par le fait du
service.
Il n’est pas inutile de rappeler ici les dispositions fonda¬
mentales de cette circulaire : ^
« Le numéi;o dô congé de réforme un ou deux est fonction
de l’origine des infirmités.
« La réforme temporaire n" 2 ou définitive n° 2 est pronon¬
cée pour toute in Grmité ou maladie totalement. étrangère au
service militaire.
« La réforme temporaire n“ 1 ou définitive n° 1 est pronon¬
cée pour infirmité ou maladie soit contractée sous l’influence
du service militaire, soit aggravée par le fait du service mili¬
taire.
« La jurisprudence du Conseil d’État admet, au même titre
que l'origine directe., l’aggravation des infirmités ou maladies
comme ouvrant des droits à la réforme n° 1 ou à la pension de'
retraite.
« Un certain nombre d’infirmftés ou de maladies, notam¬
ment la tuberculose, peuvent exister en germe, à l’état latent
ou encore à l'état initial non perceptible ou peu grave, chez les
militaires au moment de leur incorporation. Ces infirmités ou
maladies, dites constitutionnelles, autrefois imputées unique¬
ment à la constitution du -porteur, peuv’ent manifestement être
aggravées par les dangers, obligations ou fatigues du service
militaire en général.
« Dans ce cas, la responsabilité de l’État est engagée.
« Mais il est nécessaire que l’aggravation de l’infirmité ou
de la maladie en cause soit mise formellement en lumière et
définie, et non qu’elle soit envisagée comme une possibilité ou
une hypothèse. Or, seul, le commandement est en mesure
d’avoir une connaissance complète de la nature des services
imposés à l’intéressé; seul, il peut dans une relation- authen-
244 INSTRUCTION GÉNÉRALE
tique des faits ou des événements militaires, fournir un témoi¬
gnage de leur influence sur l’éclosion ou l’aggravation de la
maladie primitive.
« Il appartient donc au Conseil d’administration instructeur
de l’affaire de mettre, par un certificat d’origine, ou par des
rapports ou des pièces en tenant lieu, les Médecins experts en
présence des faits ou circonstances' de service incriminables.
« Les experts, appelés à donner leur avis sur l’origine directe
ou l’aggravation de l’infirmité ou maladie, seront ainsi en
mesure d’établir la relation de cause à effet et la filiation qu’il
est permis d’admettre, médicalement parlant, entre lesdites
circonstances de service et l’infirmité ou maladie placée sous
leurs yeux et soumise à leur jugement. »
F. — Dispositions concernant les Officiers.
A. — Officiers du Cadre actif.
Plusieurs cas peuvent se présenter ;
a) Les lésions tuberculeuses réunissent les conditions d'origine,
de gravité et d’incurabilité prévues par la loi du li avril 1831.
{B. O. E. M., Vol. 66* : Pensions militaires.)
L’officier doit être l’objet d’une proposition de retraite. Il
appartient aux Médecins-chefs des Hôpitaux sanitaires ou des
hôpitaux non spécialisés, où ces malades peuvent être excep¬
tionnellement en traitement, de constituer le dossier adminis¬
tratif et médical dès la confirmation du diagnostic et dès que
la lésion paraît incurable. Ces pièces sont adressées au général
commandant la subdivision siège du Centre de réforme le plus
voisin. Le général donne les ordres nécessaires pour que ces
officiers soient examinés sans retard. (Circulaire du 5 mai 1917,
N»503Ci/7 C.C.M.)
b) Les lésions ne présentent pas toutes les conditions d'origine,
de gravité ou d'incurabilité requises pour le droit à pension.
L’officier peut, selon le cas :
1“ Être mis en non-activité (lorsque l’inaptitude ne résultera
pas de blessures ou maladies contractées ou aggravées en
service commandé). (Article 7 de la loi dh 10 août 1917. Loi
Mourier; article 256 du Règlement sur le Service courant.
B.O.E.M., Vol. 74.)
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 245
2” Être mis en réforme (articles 9, 10, Il de la loi du
19 mai 1834; B. O. E. M., Vol. 22), si la maladie incurable
n’est pas imputable au service et sous condition que l’officier
n’ait pas 2S ans de service effectif. (Article 254 du Règlement
sur le Service courant.)
3° Être mis en convalescence, si les lésions, plus ou moins
accentuées, sont susceptibles de guérison.
B. Officiers de complément.
a) Les lésions tuberculeuses réunissent les conditions d'ori¬
gine, de gravité et d'incurabilité prévues par la loi de 1831.
■ Les Médecins-chefs des Hôpitaux sanitaires ou des hôpitaux
non spécialisés devront procéder à l’égard des officiers de com¬
plément comme pour ceux du cadre actif et faire des proposi¬
tions de mise, à la retraite dès que la maladie, occasionnée ou
aggravée par le service, aura été reconnue grave et incu¬
rable.
b) Les lésions tuberculeuses présentent les conditions d'origine
et de gravité requises, mais ne peuvent être déclarées actuellement
incurables.
Les officiers peuvent être envoyés en congé de convalescence
de durée limitée concédé par les Commissions de convales¬
cence, avec solde de présence ou d’absence, fixée par le décret
du 1" janvier 1915.
(Décision ministérielle du 21 avril 1916 (B. O. PSP, page 1040),
modifiée par la Circulaire ministérielle du 22 octobre 1917
(B. O. page 3110).
c) Les lésions tuberculeuses sont graves et incurables, mais non
imputables au service.
Les officiers doivent être proposés pour la radiation des
cadres. (Articles 5 et 11 du Décret du 31 août 1878, B. O. E. M.,
Vol. 72.)
d) Les lésions tuberculeuses, non imputables au service, ne
sont pas incurables, mais présentent un certain degré de gra¬
vité.
Les officiers peuvent être proposés pour la mise hors cadre,
si un congé de six mois paraît insuffisant pour en assurer la
guérison. (Article 11 du Décret du 2 août 1878.)
246
INSTRUCTION GÉNÉRALE
TITRE [V
Assistance aux tuberculeux réformés.
A. — Fiches spéciales, à adresser au Ministère de l'Intérieur
pour les tuberculeux réformés.
Les malades admis dans les Stations sanitaires sont, à leur
sortie, signalés au Préfet par l’envoi d’une fiche de départ, de
façon à ce que ces militaires, une fois rendus à la vie civile,
restent sous la surveillance et l’assistance éventuelle des Comi¬
tés départementaux..
Ce signalernent s’effectuait jusqu’ici au moyen d’une fiche de
départ contenant sur le malade divers renseignements d’ordre
prophylactique et administratif.
Afin d’éviter les inconvénients que pouvait présenter la
divulgation des renseignements d’ordre médical et, par consé¬
quent, confidentiels, le Ministre de l’Intérieur a modifié ainsi
qu’il suit les règles concernant l'établissement et la transmis¬
sion des fiches de départ.
Ces renseignements seront transmis désormais à l’àbri du
secret professionnel médical.
Le Comité départemental désignera un médecin qui sera
chargé de recevoir ces indications et qui ne devra les trans¬
mettre qu’au Médecin appelé à soigner leréformé.
Les fiches de départ comprendront à l’avenir deux parties
distinctes : une fiche médicale et une fiche administrative con¬
formes au modèle annexé. (Annexe n“ 3.)
« Au moment où un militaire tuberculeux sera sur le point
de quitter une Station sanitaire, le Médecin traitant établira sa
« fiche médicale de départ » (recto-verso).
« Cette fiche, une fois remplie et signée par le Médecin trai¬
tant, sera mise par lui dans une enveloppe spéciale, laquelle,
pour éviter la violation du secret professionnel, ne devra, sous
aucun prétexte, être ouverte par une autre personne que le
Médecin désigné à cet effet par le Comité départemental du
département où le militaire se retire.
« Enfin, l’enveloppe cachétée sera encartée dans une double
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 247
feuille servant de fiche administrative de départ, conforme au
modèle annexé et formant couverture du dossier médical.
« Sur cette fiche, les indications sur la résidence où se retire
l’intéressé devront être précises et notamment pour les villes
et centres importants, mentionner la rne et le numéro.
« Les dossiers ainsi constitués seront envoyés au Préfet
qui les fera parvenir au Comité départemental; celui-ci con¬
servera à son secrétariat les renseignements contenus dans la
fiche administrative ouverte et enverra au Médecin désigné la
fiche médicale sous enveloppe.
« Le Comité devra prendre toutes précautions pour que les
archives médicales constituées par les envois de ces fiches
médicales de départ soient à l’ahri de toute indiscrétion ».
Lorsque les tuberculeux, sans passer par la Station sani¬
taire, seront réformés à l’Hôpital sanitaire, ou exceptionnelle¬
ment dans un hôpital non spécialisé, le Médecin-chef de l’Hô-
pital sanitaire ou de l’hôpital traitant devra établir pour chacun
d’eux une fiche médicale et une fiche administrative de départ,
du modèle de celles que les Stations sanitaires adressent au
Préfet.
La transmission en sera assurée dans les conditions spé¬
cifiées plus haut pour les malades sortants des Stations sani¬
taires, c’est-à-dire que la fiche médicale sera cachetée et encar¬
tée dans la fiche administrative. Mais, dans ce cas, le dossier
sera adressé directement par le Médecin-Chef de l’Hôpital sani¬
taire au Ministère de l’Intérieur (Direction de l’Assistance et de
l’Hygiène publiques), qui en assurera la transmission.
En ce qui concerne les militaires tuberculeux réformés qui
n’auraient pas été jusqn’alors signalés aux Comités départe¬
mentaux, ces Comités s’adresseront aux Préfets pour obtenir
les renseignements nécessaires.
Les Commandants des Bureaux de Recrutement sont auto¬
risés à répondre aux demandes de renseignements que les Pré¬
fets pourraient leur adresser à ce sujet.
Les commandants de Recrutement feront parvenir aux Pré¬
fets : 1“ une fiche administrative ouverte mentionnant unique¬
ment la situation de réforme de l’intéressé, destinée auxarchives
du Comité départemental;
2“ Une fiche spéciale placée sous enveloppe fermée compor-
248 INSTRUCTION GÉNÉRALE
tant les renseignements d’ordre médical concernant le motif de
la réforme.
Cette enveloppe ne devra être ouverte que par le médecin
désigné par le Comité départemental.
Les Comités départementaux seront ainsi informés de l’exis¬
tence de tous les tuberculeux réformés rendus à la vie civile".
B. — Notice résumant les conseils d'hygiène pratique.
Affiches relatives aux Comités départementaux.
D’autre part, afin de faire connaître aux militaires réformés
les Comités départementaux, une notice, adoptée par la Commis¬
sion permanente de préservation de la tuberculose, résumant
les conseils d’hygiène pratique les. plus importants, est distri¬
buée individuellement parles soins des Commissions spéciales
de réforme et éventuellement des conseils de révision à tous
les hommes exemptés ou réformés temporairement ou définiti¬
vement pour maladies des voies respiratoires (tuberculose,
bronchite chronique, pleurésie).
En outre, des affiches faisant connaître l’existence des Comités
départementaux sont apposées dans les Centres spéciaux de
réforme et les Hôpitaux sanitaires.
Les modèles de cette notice et de cette affiche sont reproduits
aux annexes 4 et 5.
C. — Rôle .des Comités départementaux d'assistance
aux Militaires tuberculeux de la guerre.
Le Ministre de l’Intérieur définit ainsi le rôle du Comité
départemental dans sa Circulaire n“ 20 du 21 mars 191i6 à
. MM. les Préfets ;
« Le militaire tuberculeux, après avoir été recueilli, soigné
et éduqué, quitte la Station sanitaire et rentre chez lui. Il peut
être encore porteur de germes et, comme tel, en devient
semeur. L’abandonner à ce moment à lui-même serait ris¬
quer de rendre vaine l’œuvre de préservation sociale que nous
avons entreprise.
« Il faut, au contraire, que, retournant au milieu des siens,
le blessé de la tuberculose y soit suivi, conseillé, assisté.
SUR L’HOSPITALISATIQN DES MILITAIRES TUBERCULEUX 249
« C’est dans cette pensée que je vous demande de provoquer
la création immédiate dans votre département d’un Comité dit
« d’Assistance aux militaires tuberculeux de la guerre. »
« La mission de ce Comité consistera à prendre en charge
notre hospitalisé qui lui sera signalé au moment où il a quitté
la Station sanitaire, et à lui donner à lui et aux siens toute
l’assistance morale, matérielle et pécuniaire dont il pourra avoir
besoin ».
TITRE V
Dispositions concernant les mobilisés salariés.
Tout mobilisé employé avec un salaire civil dans un établis¬
sement, de l’Etat ou privé, que cet établissement soit où non
dans sa résidence habituelle, redevient militaire du jour où,
pour cause de maladie, cesse de recevoir son salaire. (Circu¬
laire du 21 septembre 4916. Sous-Secrétariat d’Êtat de l’Artil¬
lerie et des Munitions. Service ouvrier.)
Il est admis dans les établissements hospitaliers dans les
mêmes conditions que les autres militaires. (Circulaire 331 Ci/7
du 28 novembre 1916. Sous-Secrétariat d’Etat du Service de
Santé militaire.)
Il s’ensuit qu’il est soumis aux mêmes règles et à la même
discipline que tous les militaires en traitement dans les hôpi¬
taux dépendant du Service de Santé.
Les mobilisés mis à la disposition des compagnies de chémins
de fer comptent par ordre au 5* régiment du Génie et figurent
sur les situations d’effectifs comme affectés au Service des Che¬
mins de fer. Ils sont salariés.
En cas de maladie ou d’accident, ils sont visités par les
Médecins militaires et hospitalisés dans les hôpitaux militaires.
(Circulaire 19.157 4/11 du 27 mai 1917.)
Les règles générales concernant l’admission dans les Hôpi¬
taux sanitaires et la réforme sont, en conséquence, applicables
à ces diverses catégories de mobilisés salariés qui, après hospi¬
talisation dans les hôpitaux militaires non spécialisés, seraient
reconnus tuberculeux.
250
INSTflUCTION GÉNÉRAUE
TITRÉ VI
Dispositions spéciales aux MinTAiRiæ créoles
DES QUATRE COMMUNES DU SÉNÉGAL, INniGÈNES, ETC.
. A. — Militaires créoles et originaires des quatre communes
de plein exercice du Sénégal.
Ces militaires, qui sont d’ailleurs incorporés dans les régi'-
ments d’infanterie coloniale et non dans les corps indigènes,
doivent être traités à tous égards exactement comme les mili¬
taires de la Métropole. (Lois des 19 octobre 1915 et 26 sep¬
tembre 1916. Circulaire n“ 114 Ci jl du 31 mai 1916.)
Toutefois, lorsque ces militaires sont atteints de diverses
maladies et tout particulièrement de tuberculose dont le carac¬
tère de gravité, tout en ne justifiant pas leur réforme immé¬
diate, les rend néanmoins manifestement inaptes à accomplir
un service dans la Métropole, ils devront faire l’objet deda part
des Médecins-chefs, après visite et contre-visite, de proposi-
tions en vue de leur renvoi dans leur colonie d’origine.
A cét effqt, lesdils militaires seront dirigés sur les dépôts
des isolés coloniaux de Marseille ét de Bordeaux, /selon leur
colonie d’origine.
Le dossier médical comprenant les certificats de visite et de
contre-Tisite, concluant à la nécessité de retour aux colonies,
sera adressé par les soins du Médecin-chef au commandant
dudit Dépôt.
Le -dossier, ainsi constitué, sera envoyé en temps utile, de
manière à éviter l’arrivée desdits militaires au dépôt des isolés
avant les pièces médicales les concernant.
A leur arrivée à la colonie, lesdits militaires, selon leur état
de santé, seront incorporés dans les unités de la colonie pour
y terminer leur engagement ou bien renvoyés dans leurs
foyers. (Circulaire .522 Ci/7 du 31 mai 1917.)
B. — Militaires indigènes de l’Afrique du Nord.
Lèsdits militaires tuberculeux sont directement dirigés par
les soins du Médecin-chef de l’établissement où ils se trouvent
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 251
en traitement sur les places d’Algérie-T.unisie (via Marseille) :
Les Algériens : selon leur province d’origine, sur les places
d’Alger, Oran, Bône ou Philippe ville.
Les Tunisiens : en Tunisie, sur la place de Tunis, afin d’y
être traités dans les hôpitaux sanitairesoules services spéciaux
réservés aux tuberculeux militaires.
Les Marocains : sur les hôpitauxsanitaires de.la Région.
Les dispositions concernant la réforme sur jilace des tuber-
culeux„sans passer par le Centre de réforme, sontapplicables
aux militaires indigènes.
G. — Militaires indigènes des troupes noires.
Ces militaires doivent séjourner le moins longtemps possible
dans les hôpitaux des régions autres que les 13° et 18® Régions.
Un hôpital spécial est réservé dans la 13° Région au camp Gal-
liéni aux tuberculeux des troupes noires; un service spécial
ileur est affecté à Bordeaux.
Les militaires indigènes des troupes noires inaptes à servir
en France, sans que leur réforme immédiate -s’impose, sont
dirigés sur le Dépôt des isolés coloniaux de Marseille ou de
Bordeaux, d’après la colonie d’origine. Ceux provenant de
l’Afrique Occidentale française recevront l’une ou l’autre de
ces destinations, selon qu’ils se trouvent dans la 15° ou la
18° Région.
D. — Militaires indigènes des troupes jaunes.
Mêmes dispositions que poùr les militaires indigènes des
troupes noires ; mais lesdits militaires ne peuvent être groupés
que dans l’Hôpital spécialisé de la 13° Région et seront dirigés
exclusivement , sur le Dépôt des isolés coloniaux de Marseille,
en vue de leur rapatriement.
•E. — Travailleurs coloniaux
[Indochinois, Nord- Africains, Malgaches).
Les travailleurs coloniaux, qui sont reconnus dans l'impos¬
sibilité de continuer leur travail pour cause d’inaptitude-=phy -
INSTRUCTION GÉNÉRALE
sique, sont dirigés sur le Dépôt des travailleurs coloniaux de
Marseille, aux fins de rapatriement.
DOCUMENTS ABROGÉS
Circulaire n” 14 Gi/7 du 31 janvier 1916.
Circulaire n® 76 Ci/ 7 du 5 mai 1916.
Circulaire n® 212 Ci/7 du 23 août 1916i
Circulaire n® 237 Ci/7 du 15 septembre 1916.
Circulaire n® 262 Ci/ 7 du 1" octobre 1916.
Circulaire n® 314 Ci/7 du 15 novembre 1916.
Circulaire n® 400 Ci/7 du 10 janvier 1917.
Circulaire n® 503 Ci/7 du 5 mai 1917.
Circulaire n® 514 Ci/7 du 13 mai 1917.
Dépêche n® 20.092 3/7 duS.mai 1917.
ANNEXE N® 1
Instruction pour l’Aménagement et la Tenue
d’un Hôpital sanitaire.
CHAPITRE PREMIER
I. — • Situation généhale.
Un Hôpital sanitaire doit, autant que possible, réunir toutes les
conditions climatériques nécessaires au bon rendement d’un sana¬
torium.
L’idéal pour un Hôpital sanitaire est la région montagneuse, à
une altitude assez élevée pour être au-dessus de la zone des brouil¬
lards et bénéficier de tous les avantages de la cure solaire. En
raison des circonstances présentes, il a été impossible d’atteindre
toujours à ce résultat, et force a été de disséminer les Hôpitaux
sanitaires dans les diverses régions du territoire.
Il est d’ailleurs bien certain que, même en dehors des régions
montagneuses, le sanatorium peut rendre de grands services. Au-
dessous de l.lOO mètres, il n’y a plus lieu de s’occuper de l’altitude.
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 253
Ce qui importe alors, c’est le climat général du pays et l’exposition
à donner.à l’hôpital. Celui-ci sera établi, autant que possible, sur
un terrain offrant toutes facilités d’accès. L’endroit choisi doit être
protégé du vent, orienté Est-Ouest.
L’Hôpital aura sa façade principale, exposée .au Sud ou mieux au
Sud-Ouest, il sera bâti, si possible, à flanc de coteau. On évitera de
toute façon les bas-fonds et le bord immédiat de la mer.
Un parc entourant l’immeuble sera précieux par la possibilité de
fouri^ir aux malades des promenades et des moyens de travail.
II. — Immeuble proprement dit.
La construction n’a pas besoin d’être luxueuse, mais elle doit
être d’un entretien facile, largement aérée sans recoins perdus. Le
nombre et la dimension des fenêtres doivent être suffisants pour
permettre une aération large et un facile accès de la lumière. Les
dégagements doivent être spacieux, faciles à aérer et à tenir propres. ,
L’eau doit être en quantité suffisante pour assurer les différents
services des cuisines, lavabos, salles de bains, W.-C., etc.
La qualité de l’eau de boisson, tant au point de vue chimique que
bactériologique, sera vérifiée.
L’éclairage électrique sera préférable à tout autre.
Le chauffage sera assuré, si possible, par le chauffage central ou,
à son défaut, par des poêles.
L’évacuation des eaux usées et les vidanges devront faire l’objet
d’une étude attentive. Elles différeront dans chaque Hôpital selon
les moyens disponibles.
L’étude de l’aménagement intérieur comporte la répartition des
locaux et le choix du matériel indispeusable à l’Hôpital sanitaire.
Nous étudierons successivement ces deux points.
L’Hôpital sanitaire comprend : des locaux communs à tous les
hôpitaux dont l’aménagement ne présente aucun caractère parti¬
culier ; des locaux communs à tous les hôpitaux, mais dont l’aména¬
gement présente quelques particularités à ces Hôpitaux sanitaires,
enfin des locaux spéciaux aux Hôpitaux sanitaires.
a) L00.4ÜX GOMMONS A TOUS LES HOPITAUX. — (Nous ne les citerons
que pour mémoire.)
1“ Bureaux administratifs et leurs dépendances : bureau du
Médecin- chef; Bureau du Gestionnaire; Salle des entrants; Cabinet
de visite ; Salle d’attente et de consultation.
2® Pharmacie.
254
KÿéSÏRUGXION GÉNÉRALE
3.<' Magasin avao vestiaire ett chambre de tailleur.
4® Sersiae- de: la^ dépense.. > . ,
5“ Salle de réwmon (théâtref).
6® Service des bains-douches.
7? Buanderie.
8° Oasernement des infirmiers et logement des inflmières.
9“ Locaux disciplinaires.
10” Lavabos et W.-C.
11” Une salie d’autopsie avec table à autopsie.
• 6) Locaux comuNS a tous les hôpitaux, avec certains caractères
PARTICULIERS AUX HOPITAUX SANITAIRES. .
1® Dortoirs. Il y a lieu de prévoir des pièces de toutes dimensions.
Pièces à un lit pour malades à isoler. (Moribonds, etc.) Pièces
à 4, 6, 10 lits pour malades tousseurs, porteurs de bacilles.
Grands^ dortoirs (1 b, 30 lits), pour lesmalades les plus valides qui
n’ys^oument que la nuit.
Toutes ces pièces doivent être largement percées d’ouvertures
pouvant s’ouvrir sur deux façades. Le cube d’air peut être calculé
ici avec une certaine parcimonie, l’aération devant être pratiquée de
jour et de nuit. Les fenêtres seront munies dTmpostes mobiles dont
on fpra usage quand le temps trop mauvais ne permettra pas
d’ouvrir les fenêtres en grand. Gelles-ci s'eront garnies de stores du
côté où donne le soleil.
Les murs des dortoirs, comme de toutes les autres salles en géné¬
ral, ne doivent pas être tapissés mais peints à l’huile, ou plus
simplement blanchis à la chaux.
' Le sol sera cimenté ou en bois dur, aussi uni que possible, de toute
façon facilement lavable.
A côté de chaque dortoir on installera en nombre égal au nombre
' des lits, des .casiers individuels, destinés à recevoir les vêtements
des malades. Chaque casier portera le numéro du lit correspondant.
2” Une chambre par étage pour l’infirmier de garde.
3” Une tisanerie par étage.
4” Un lavabo par étage, dans un local chauffable. On installera des
appareils de modèle simple, en zinc par exemple. Il y aura un
robinet pour deux malades. La pièce devra être cimentée ou tout
au moins garnie de linoléum.
b" Les W.-G. seront à la turque, du modèle coquille, en grès, les
bas-côtés à revêtement de faïence. Ils doivent être faciles à tenir
propres.
6” Les cuisines, avec laverie et garde-manger contigus, devront
être vastes, aérées et claires. Plus encore que dans tout autre
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 255
hôpital, la propreté doit être ici rigoureuse. Les cuisines seront
blanchies à la chaux et contiendront un fourneau à vastes marmites,
un fourneau potager pour les petits régimes, une ou plusieurs
bouilloires, l’une exclusivement réservée à la désinfection des cou¬
verts et assiettes, qui seront immergés dans l’eau bouillante pen-'
dant au moins un quart d’heure- après chaque repasi Cette bouilloire
doit être placée dans la laverie.
7° Les réfectoires seront aussi voisins que possible de la cuisine
et assez vastes pour que les malades puissent y prendre leur repas
dans de bonnes conditions. L’alimentation constituant une partie
importante du traitement, il est indispensable que le malade trouve
au réfectoire un confort suffisant pour y séjourner avec plaisir. Les
tables seront en marbre ou eu bois recouvert de toile cirée., c’est-
à-dire lavables après chaque' repas. Le réfectoire doit pouvoir être
chauffé. Le sol, cimenté ou parqueté^ sera lavé au moins une fois
par jour.
8» Les salles de réunion et de jeux contiendront des chaises en
nombre au moins égal à celui des-malades ambulants et des tables
pour la lecture et la correspondance.
9» Une salle réservée au nettoyaÿe des uétements est indispensable.
En aucun cas, ils ne seront battus ou brossés dans une autre pièce.
10° Une salle de pansements à chaque étage, pouvant servir à la
fois aux pansements nécessaires en cas d’accidents, aux examens
oto-rhino-laryngologiques et aux soins dentaires-, à cet effet, cette
salle sera pourvue de l’ameublement technique nécessaire.
11° Une salle de radioscopie est nécessaire dans les Hôpitaux d’une
certaine importance. Dans les Hôpitaux sanitaires de faible capa¬
cité, les examens ;p,euvent être fplts par la voiture radiologique de
la région.
c) Locaux spéciaux aux Hôpitaux samitaires.
1° Galerie de cure.
Elle est indispensable. On en construira une ou plusieurs, sui¬
vant le nombre des malades et la qualité des emplacements utili¬
sables à cet effet.
Elle devra être orientée au Sud et au Sud-Ouest de préférence. Il
y aura intérêt à l’appuyer, si possible, à un mur. Elle peut être cou¬
verte de bâches, tuiles, fibro-ciment, carton bitumé, etc... Elle doit
avoir une forme en auvent, le toit allant d’avant en arrière et de
bas en haut. Elle doit pouvoir contenir un nombre de chaises
longues égal aux deux tiers de l’effectif des malades. Le sol sera
bitumé, légèrement surélevé, si la chose est réalisable.
Il sera préférable de ne pas mettre plusieurs rangées' de chaises
256 INSTRUCTION GÉNÉRALE
longues. Toutefois, si la nécessité s’en imposait, il y aurait intérêt
à disposer le*plancher en autant de gradins qu’il y aurait de rangées
de chaises longues.
2" Locaux de désinfection. Ils comprennent :
Une salle de formolisation ou sulfuration. On choisira à cet usage,
de préférence, une pièce basse mesurant de 30 à 50 mètres cubes,
hermétiquement close, mais pourvue d’une porte à battue feutrée,
boulonnée et percée de deux fenêtres sur des faces différentes,
doublées, jointées et pouvant s’ouvrir de l’extérieur. Sur deux
parois opposées, c^tte saile sera munie de crémaillères horizontales
destinées à supporter les barreé d’élendage oê seront disposés les
lainages, couvertures et vêtements.'
Une pièce pour la désinfection des crachoirs. Cette pièce sera
carrelée de préférence, niunie d’eau et de gaz, pourvue d’un écou¬
lement pour la vidange de l'autoclave à désinfection installée dans
cette pièce et d’un évier avec robinet d’eau pour le rinçage après
stérilisation des crachoirs.
Un local pour là grande étuve à literie.
Un local pour la stérilisation delà vaisselle et des couverts, situé à
côté de la cuisine.
111. — Matériel.
Bien évidemment, chaque Hôpital sanitaire doit être pourvu de
tout le matériel indispensable à un hôpitaL ordinaire ; mais, plus
encore que dans les autres hôpitaux, ce matériel doit répondre aux
nécessités hygiéniques et prophylactiques.
а) Matériel oe couchage.
Les lits et les sommiers seront métalliques. La literie comprendra
un ou deux matelas, un traversin, un oreiller muni d’une taie
lavable, deux couvertures au minimum. Chaque lit s’accompagnera
d’une table de nuit métallique rigoureusement individuelle. Sur
chaque table de nuitserontdisposés, àl’étage supérieur, un crachoir,
un pot à lait, un pot â tisane et sur l’étage inférieur, un urinai, de
préférence dissimulé par un battant métallique.
б) Matériel de réfectoire.
Les ustensiles de table comprennent : fourchettes, cuillers, tim¬
bales, assiettes. Tous ces objets seront en métal, pouvant être
bouillis. Chaque malade doit avoir sa serviette contenue dans une
enveloppe lavable, cette enveloppe portant le numéro du lit occupé
par le malade.
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 257
c) Effets d’habillements.
Le trousseau à fournir à chaque malade sera, dans les Hôpitaux
sanitaires, plus complet que dans les autres hôpitaux.
Chaque malade devra posséder, outre les vêtements ordinaire¬
ment fournis, un vêtement d’intérieùr chaud, de couleur voyante
■ pour faciliter la surveillance; une paire de pantoufles ou d’espa¬
drilles, un chandail et des couvertures en suffisance pour la cure en
plein air.
d) Matériel de la galerie de cure. ^ Se compose de :
10 Chaises longues en bois ou en osier, à dossièr mobile à double
courbure, dite de sanatorium ; .
2» Matelas de chaise longue établi à la dimension de cette dernière,
en kapock ou en crin végétal, garni au pied d’une doublure en toile
grossière ;
• 3“ Coussins de tête rempli^ de la même matière ;
4» Couvertures de laine grise, en nombre triple de celui des chaises
longues ;
5" Bouillottes. Il sera bon d’établir, si possible, une chaudière spé¬
ciale située sous les préaux de cure’ et munie d’une rampe à robi¬
nets, permettant le remplissage des bouillottes par les malades.
e) Matériel médical proprement dit.
1“ Crachoirs.
Ils seront de trois modèles : collectifs pour les couloirs et com¬
muns, individuels de chambre, individuels de poche.
11 est nécessaire d’adopter des modèles simples et robustes, mé¬
talliques ou en verre avec armature métallique, stérilisable par la
chaleur d’une façon absolument efficace, simple et rapide.
Le crachoir de poche en carton, dit incinérable, a été reconnu
défectueux à l’usage. Dans tous les cas, le crachoir de poche en
verre, à fermèture métallique, doit lui être préféré.
Le nombre des crachoirs collectifs variera av,ec l’étendue des cou¬
loirs et des communes.
Chaque malade pouvant se lever sera muni d’un crachoir indivi-
viduel de poche.
Tous les mdades auront un crachoir individuel de poche.
Tous les malades auront un crachoir individuel de chambre, soit
métallique, soit en faïence, muni d’un couvercle herinétique.
Il est nécessaire d’avoir un doubler jeu de crachoirs de poche et de
crachoirs de chambre, le crachoir emporté à la stérilisation devant
être remplacé par un crachoir propre contenant une certaine
quantité d’eau phéniquée.
REV. d’HYG. XL — 17
238 INSTRUCTION GÉNÉRALE
Des paniers en fil galvanisé sont indispensables pour recueillir et
transporter les crachoirs. Ces paniers sont plongés directement avec
les crachoirs dans le bain de stérilisation.
2“ Thermomètres. -
Ils sont de deux sortes : thermomètres ordinaires à placer dans
les salles; chaque salle doit être pourvue d’un thermomètre ordi¬
naire; thermomètres médicaux dans leur étui. L’hôpital doit pos¬
séder des thermomètres médicaux en nombre égal au nombre des
malades.
3“ Outillage de Laboratoire.
Comprend : un microscope, des colorants et les accessoires indis¬
pensables pour la recherche, des bacilles dans l’expectoration; une
centrifugeuse à main, une étuve, un autoclave à stérilisation; des
verres et réactifs pour l’examen des urines et des liquides orga¬
niques, etc., quelques cobayes pour les inoculations.
4“ Outillage du Dentiste : ,
Fauteuil, tour à fraiser, instruments et produits spéciaux de toute
nature.
S“ Outillage oto-rhino- laryngologique : miroir frontal, miroir laryn-
goscopique, etc.
6® Outillage radioscopique : '
Simple mais suffisant pçur permettre, par des radioscopies, de
préciser les diagnostics de la tuberculose au début. On peut encore
instituer dés services radioscopiques réguliers et périodiques, grâce
aux voilures radiologiques.
7® Objets divers :
Tout le matériel nécessaire pour soins et pansements d'urgence en
cas d’accident ;
Des seringues, des ballons, des obus à oxygène et tout le matériel
pharmaceutique habituel;
Une bascule de pesage;
Un autoclave pour la stérilisation des crachoirs ;
Va pulvérisateur povLT liquides antiseptiques (formol, crésyl, etc.)
pour la désinfection des salles ;
Des sacs pour linge sale, en toile, fermés par une coulisse, seront
établis sur place, au nombre de un par vingt malades dans les
grandes pièces et de un par chambre dans les pièces contenant
moins de vingt malades. Ces sacs doivent être tels quels soumis à
l’ébullition dans une lessiveuse spéciale, après quoi ils sont joints
au reste du linge et envoyés au^’blanchissage.
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX
CHAPITRE II
Personnel Officier.
Le personnel officiel’ se compose :
а) Des Médecins dans la proportion de 1 pour 100 malades. Au-
dessus de ce chiffre, la surveillance médicale effective est très dif¬
ficile. Il est donc nécessaire de créer des divisions correspondant à
100 malades et constituant autant de services médicaux.
Un médecin sera chargé plus spécialement des examens radiosco¬
piques, un autre des examens laryngés. Les soins de la bouche
seront données soit par un dentiste civil ou un infirmier dentiste
résidant sur place, soit par dentiste militaire venant àjour fixe à la
formation.
б) Un ou des Pharmaciens seront chargés de la préparation de
toutes les prescriptions pharmaceutiques et, au besoin, de tout le
service de bactériologie et d’hygiène. Ils assurent régulièrement les
désinfections des crachoirs, des couverts, des lainages et vêtements,
des mouchoirs et linges contaminés, de la literie, selon la technique
que nous verrons plus loin. Ils surveillent le service alimentaire et
le service de la cuisine. Ils contrôlent l’exécution des prescriptions
relatives au nettoyage et à l’entretien des locaux. Ils vérifient la
tenue des W.-C. et, le cas échéant, la marche des appareils d’épu¬
ration, de désodorisation et les incinérations, etc...
c) L’Officier d’administration a un rôle qui ne diffère pas du rôle
joué par cet Officier dans toute autre formation.
Personnel Infirmier.
Par suite des nécessités du moment,' le nombre des Infirmiers
militaires a été considérablement réduit. De plus, il a été soumis à
des mutations incessantes, très préjudiciables à la bonne marche
d’nn hôpital. Dans les Hôpitaux sanitaires plus que dans toute autre
formation sanitaire, il serait nécessaire d’avoir un personnel stable
et pour ainsi dire spécialisé. C’est là un idéal que l’on sera loin de
pouvoir réaliser dans la pratique actuelle, mais on s’efforcera d’y
atteindre au maximum et pour cela, il sera bon de choisir des
infirmiers âgés, des R. A. T. des classes les plus anciennes. Malheu¬
reusement, la plupart des hommes de cette catégorie sont ignorants
des soins les plus élémentaires à donner aux malades. On les
spécialisera donc de préférence dans les travaux de force ou de
nettoyage, auxquels ils sont généralement plus adaptés, réser-
260 INSTRUCTION GÉNÉRALE
vant à un personnel féminin les soins proprement dits des
malades.
Le Sous-Secrétariat d’État du Service de Santé a créé un^corps
d’infirmières temporaires appelé à rendre les plus grands services.
Comme on trouvera rarement des concours féminins bénévoles pour
cette catégorie d’hôpitaux, il faudra la plupart du temps faire appel
à ces infirmières temporaires. Les demandes en seront faites au
Sous-Secrétariat d’État du Service de Santé, avec l’approbation du
Directeur de la Région. De toute façon, il faut prévoir an minimum
d’un Infirmier ou d’une Infirmière par vingt malades.
Le personnel féminin peut aussi fournir de bons éléments pour les
travaux de nettoyage, de blanchissage, de lingerie et de raccom¬
modage. Ce personnel spécial sera recruté sur place.
Dans certains hôpitaux, il a été créé un cadre de sous-officiers qui
rend les plus grands services. Chaque chef de service est doublé
d’un bon infirmier-major et d’un sous-officier surveillant. Les
rapports journaliers des sous-officiers surveillants S'ont centralisés
par un adjudant, qui contrôle l’ensemble du service de surveillance
et rédige le rapport général de la formation.
On préposera un gradé à la surveillance de chacun des principaux
exercices (cure de galerie, promenade, cure de travail, repos) afin
d’en contrôler, sous l’autorité du médecin, la bonne application
et d’assurer partout l’ordre et la bonne tenue. Un planton gradé
sera chargé de la surveillance des portes de sortie de l’hôpital.
Un certain nombre de prescriptions sont imposées aux infirmiers.
Règlement pour les infirmiers.
Article premier. — Le personnel infirmier doit veiller à l’exécu¬
tion du règlement et, au besoin, signaler aux chefs de service les
infractions qui pourront y être commises, il sera tenu pour respon¬
sable de celles qu’il n’aurait pas signalées.
Art. 2. — Les Infirmiers se doivent des égards entre eux, de la
prévenance aux malades; ils sont tenus d'être pohs et obligeants,
ils doivent être respectueux vis-à-vis de leurs chefs et apporter à
l’accomplissement de leurs fonctions : zèle, conscience, exactitude,
bonne volonté.
Art. 3. — Il leur est interdit de fumer et de cracher dans le
service, de, s’interpeller à haute voix, de siffler ou de chanter, de se
servir d’expressions grossières, de faire du bruit.
Art. 4. -- Tout Infirmier surpris en état d’ivresse sera sévère¬
ment puni.
Art. 5. — Les Infirmiers sont obligés à la plus grande propreté.
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 261
Leur tenue sera toujours convenable. Ils éviteront de salir ou de
tacher les locaux et les objets mobiliers qui leur sont confiés. Dans
les pièces affectées à leur habitation ou à leur service, et qu’ils sont
chargés d’entretenir, l’ordre et la propreté doivent être irrépro¬
chables.
Art. 6. — Dans l’hôpital, les Infirmiers de salle doivent porter
des pantoufles ou des espadrilles.
Art. 7. — En dehors de leur service, il est interdit aux Infirmiers
de stationner dans les galeries et couloirs et de pénétrer dans les
locaux où ne les appellent pas leurs fonctions.
Art. 8. — Les Infirmiers ne devront pas demander de permission
Sans l’assentiment préalable du chef de service.
CHAPITRE III
. Mesures d’organisation intérieure propre a assurer le bon
fonctionnement et la tenue générale des HOPITAUX sanitaires.
Plus encore que tout autre hôpital, un Hôpital sanitaire doit être
tenu dans un état de rigoureuse et constante propreté. On arrive à
ce résultat par une série de mesures imposées tant aux malades
qu’aux infirmiers. A ceux-ci reviennent les soins de nettoyage et
de propreté; à ceux-là, l’observance de .certaines prescriptions
d’hygiène et de prophylaxie.
Les Infirmiers ont la charge du nettoyage et de la désinfection,
tant des locaux que du matériel. Un certain nombre d’instructions,
que nous donnons ci-dessous, fixent le détail de ces travaux.
A. — SOINS DE PROPRETÉ ET DE DÉSINFECTION
CONFIÉS AUX INFIRMIERS
Les Infirmiers doivent assurer le nettoyage des appartements,
désinfecter les assiettes et les couverts, les crachoirs, le linge'
infecté.
a) Nettoyage des Appartements.
Instruction pour le nettoyage des appartements.
Article premier. — Toutes les poussières, papiers, objets souil¬
lés, etc., recueillis dans les chambres des malades, doivent être
versés dans des seaux affectés à ce service et brûlés chaque jour
aux machines. Les seaux doivent constamment être munis de leurs
INSTRUCTION GÉNÉRALE
couvercles. Le nettoyage de chaque pièce, l’essuyage du sol, des
meubles, etc., doit se faire portes et fenêtres fermées et le seau trans¬
porté au fur et à mesure, de chambre en chambre.
Il est rigoureusement interdit de rassembler les poussières en
petits tas au dehors des portes des chambres et dans les couloirs.
Chaque pièce ou couloir doit être nettoyé séparément et les ordures
ou poussières n’en doivent sortir que dans les seaux.'
Art. 2. — Il est interdit de jeter ni eaux, ni coquilles, ni papiers
par les fenêtres.
Art. 3. — Les meubles, lits, dessus de placards, plinthes, portes,
parois, doivent être essuyés à la serpillière humide.
Art. 4. — Le sol des chambres des malades sera essuyé à la ser¬
pillière humide, puis brossé à la brosse à cirer dans les pièces par¬
quetées. Les pièces dont le sol est bétonné ou cimenté seront lavées
à la sciure mouillée tous les trois jours.
Art. 5. — Il est interdit de jeter dans les -vidoirs et dans les W.-G.
autre chose que de l’eau; tous les objets solides doivent être ras¬
semblés dans les seaux à ordures.
Art. 6. — La désinfection des locaux de faible capacité, insuffi¬
samment visités par le soleil, doit se faire périodiquement. Elle est
réalisée à l’aide de dégagement de vapeur de formol après oblité¬
ration des fentes dans le local à désinfecter.
b) Nettoyage des. Ustensiles de table.
Les ustensiles de table (assiettes, fourchettes, cuillers,, timbales)
feront l’objet d’un nettoyage spécial. Réunis à la fin de chaque
repas dans des paniers spéciaux en fil de fer, ils sont ensuite
immergés dans un récipient ad hoc et soumis à l’ébullition, selon
les prescriptions du règlement qui suit.
Instruction pour la désinfection des assiettes et des couverts.
i" Après chaque repas, les cuillers, fourchettes et timbales re¬
cueillies sur les tables sont placées directement dans les paniers
métalliques destinés à les recevoir.
2“ Aussitôt garnis, les paniers sont plongés dans les bassines
contenant de l’eau bouillante, chaque fois renouvelée et additionnée
d’une poignée de carbonate de potasse pour chaque récipient.
3® Les paniers sont retirés du bain de désinfection après une
ébullition continue de quinze minutes pour être portés au rinçage.
4® Le chef cuisinier est responsable de la bonne exécution de ces
prescriptions sous l’autorité de l’infirmier-major de garde.
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 263
c) Désinfection des Crachoirs.
La désinfection des crachoirs doit se faire par la chaleur, seul
procédé à la fois efficace, simple et rapide. On stérilisera tous les
modèles de crachoirs, dans le même autoclave sans manipulations
spéciales et sans danger pour l’infirmier chargé de cette besogne,
qui est rendue ainsi aussi peu répugnante que possible. Pour les
çrachoirs individuels et de poche, il sera nécessaire d’en avoir deux
jeux, tout crachoir emporté à la stérilisation devant être remplacé
par up crachoir propre.
On procédera pour la désinfection des crachoirs de la façon sui¬
vante : ^
Instruction pour le nettoyage des crachoirs.
1° Les crachoirs, préalablement ouverts et logés dans les cases
respectives de leurs paniers, sont plongés dans l’autoclave qui con¬
tient trois paniers à la fois.
2“ L’autocl'aue est refermée et la température est portée et main¬
tenue à 120°.
3o Le manomètre ‘étant resté pendant 20 minutes à la tempéra¬
ture de 120», le contenu de l’appareil est évacué et, après rinç/kge à
l’eau froide, les paniers retirés.
4“ Chaque crachoir est enfin individuellement rincé, vérifié et
essuyé.
S» Avant d’être remis en service, les crachoirs de chambre et les
crachoirs collectifs doivent être garnis d’une certaine quantité, plus
forte pour les crachoirs collectifs, d’eau phéniquée à 25 pour 1.000.
6“ Les crachoirs de poche, de chambi;^, doivent être désinfectés
tous les deux jours, les crachoirs collectifs tous les deux jours, en
deux séries.
Ce sont les paniers en fil de fer galvanisé qui sont employés
pour recueillir et transporter les crachoirs qui servent à les immerger
dans le bain de stérilisation.
d) Désinfection du Linge et des Effets d' Habillement.
Instruction pour le nettoyage et la désinfection du linge infecté.
1“ La literie et le grand linge seront ou bien traités à l’étuve ou
mieux exposés en surface dans les chambres à formolisation, au
moyen d’un système suffisant de fil de fer galvanisé ou de tréteaux.
La durée de l’opération doit être d’au moins une dizaine d’heures.
264
INSTRUCTION GÉNÉRALE
2“ Le petit linge, les mouchoirs, les taies d'oreillers, etc..., seront
recueillis dans les chambres. Les malades les remettront eux-
mêmes dans des sacs spéciaux fermés par une coulisse. Ces sacs
seront tels quels soumis à l’ébullition d’une lessiveuse spéciale. Us
peuvent encore être mis à tremper dans des baquets remplis du
produit suivant :
Lessive de « Kuss » :
Savon noir. . . . 10 grammes.
Lessive de potasse . 15 cent, cubes.
Formol commerce à 35 p. 100 . 40 cent, cubes. „
Eau pour 1 litre.
Faire dissoudre à chaud le savon dans une petite quantité d’eau,
compléter le volume à 900, ajouter la lessive, puis, au moment de
l’emploi, le formol.
En 20 heures, la désinfection est suffisante. Ce procédé a le seul
-inconvénient de durcir le linge.
30 Les lainages, les couvertures,- les vêtements et le matelas seront
désinfectés par les vapeurs de formol dans les chambres à formoli-
sation. Cette manière de faire offre l’avantage de ne caus^er aucune
détérioration aux lainages.
Tous les vêtements de chaque entrant et de chaque sortant (y
compris leurs couvertures de lit et de galerie de cure) seront sou¬
mis à cette opération.
B. — PRESCRIPTIONS D’HYGIÉNE ET DE PROPHYLAXIE
IMPOSÉES AUX MALADES
Dans l’intérêt bien compris des malades, il est nécessaire de les
soumettre à un certain nombre de prescriptions, auxquelles ils
doivent se conformer rigoureusement sous peine de sanctions dis¬
ciplinaires. Ces prescriptions font Tobjet d’un certain nombre de
règlements que nous donnons ci-dessous.
Règlement intérieur général. ^
!■> 11 est interdit de sortir de l’hôpital en dehors des conditions
prévues par le règlement des promenades et sorties et sans autori¬
sation signée par le Médecin-chef.
2° La même autorisation est nécessaire pour les visites aux
malades ; celles-ci devront avoir lieu au parloir ou à l’extérieur, de
11 heures à 15 heures, sauf autorisation spéciale. L’accès des cham¬
bres est interdit, sauf dans le cas où le malade est alité.
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 26o
3° Il est expressément interdit de cracher ailleurs que dans les
crachoirs mis à la disposition des malades, individuellement et
collectivement. Le mouchoir de poche doit être placé devant la
bouche au moment de la toux, mais ne doit, en aucun cas, rece¬
voir l’expectoration. A l’extérieur de la maison, il est interdit de
cracher par terre. Les malades aussi bien que le personnel, doivent
veiller à l’exécution stricte du présent article qui a pour but l’ex¬
tinction du germe de la maladie.
4“ Tous les malades sont astreints à l’annotation journalière de la
température, sur les graphiques pour cet usage, selon les indica¬
tions données par les Médecins.
5“ La plus grande propreté et l’ordre le plus parfait sont e:çigés
dans les chambres et dans les vêtements, ainsi que dans la tenue
pereonnelle des malades. Les vêtements ne seront jamais brossés
dans les chambres. Les malades non alités doivent faire leur lit.
6“ Les malades doivent se conformer aux prescriptions indivi¬
duelles qui leur sont faites par les Médecins, à l’horaire indiqué par
l’ordre du jour, ainsi qu’aux divers règlements spéciaux appliqués
dans la formation. Les discussions de toute nature, les jeux vio¬
lents, les jeux d’argent sont interdits, ainsi que le trafic ou
l'échange des aliments.
7” Il est défendu de fumer dans la maison et dans les galeries.
8“ Il est défendu de séjourner pendant le jour dans les chambres
à coucher sans prescriptions spéciales du Médecin, ainsi que d’y
garder de la lumière sans nécessité après l’extinction des feux.
9“ Il est défendu d’introduire dans la maison des boissons spiri-
tueuses. . ^
10“ L’entrée des machines, des sous-sols, de la cuisine et de ses
dépendances, de la lingerie et des différents services généraux,
ainsi que des casernements de la formation, est interdite aux
malades.
11“ Lorsque leur état le permettra, les malades pourront être
employés sur l’ordre du Médecin-chef à certains travaux, notam¬
ment aux travaux agricoles ou au jardinage.
12» Les malades sont responsables des objets (crachoir, thermo¬
mètre) qui leur sont confiés.
13“ Les chambres, les lits, les places à table et sur la galerie sont
attribués ou modifiés selon les besoins du service, sans que cette
décision puisse donner lieu de la part des malades à aucune contes¬
tation ou réclamation.
14“ Les malades doivent toujours être polis avec les Infirmiers.
S’ils ont à se plaindre de l’un deux, ils le feront connaître à l’Infir-
mier-major de la division.
INSTRUCTION GÉNÉRALE
15® Il est interdit de siffler, de chanter, de faire battre les portes,
et, d’une façon générale, de faire du bruit dans l’Hépital. Cette pres¬
cription est particulièrement rigoureuse avant l’heure du lever et
après celle du coucher.
16® Les malades seront rasés régulièrement si leur état le permet;
les cheveux seront coupés tous les quinze jours.
Règlement du Réfectoire.
1® Les malades doivent arriver ensemble à la salle à manger et en
sortir de même.
2® Pendant les repas, les conversations ne doivent pas s’éléver
au-dessus du ton de la discrétion et de la politesse. Aucun tapage
ne sera toléré. Les gradés sont responsables de l’ordre.'
3® Les malades ne doivent pas se servir eux-mêmes, ni changer
de place sans autorisation.
4® Les réclamations qui pourraient se produire concernant le ser¬
vice ou l’alimentation doivent être adressées au gradé de service
qui les transmettra.
5® Les malades doivent veiller à la propreté des tables et du par¬
quet, éviter de répandre les liquides, de projeter des débris alimen
taires et s’attacher à faciliter la tâche du personnel.
6° Après les, repas, les malades doivent remettre dans les paniers
à cet usage les ustensiles de table àMésinfecter.
7® Aucun aliment ne doit être emporté hors du réfectoire, le gas¬
pillage des aliments est sévèrement interdit, ainsi que leur échange
ou leur trafic.
Règlement de la galerie de cure.
Pendant les heures de cure de repos obligatoire, fixées par l’ho¬
raire journalier :
1® Les malades doivent être constamment étendus sur leur chaise
longue respective;
2® Les chaussons et espadrilles sont de rigueur à l’exclusion de
toute autre chaussure ;
. 3® Les jeux sont interdits ;
4® Les chants, les cris, les rires bruyants, qui troublent le repos
général, sont interdits ; les conversations même doivent être très
modérées, la parole provoquant la toux ; après les repas principaux ,
le silence est de rigueur ;
5® Les malades ne doivent pas changer de place sans autorisation ;
6® Les chaises longues ne doivent être ni traînées, ni déplacées,
ni renversées et ne Rivent servir qu’à la cure de repos ;
SU6 L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 267
7» L’usage de l’encre est prohibé sur les galeries ;
8“ Il est interdit de fumer;
9“ Les malades doivent avoir soin du matériel qui leur est confié
et dont ils sont responsables ; ne pas détériorer ni jeter -les chaises,
matelas et couvertures. Les couvertures doivent être par leurs soins
apportées le matin et remportées le soir, dans les chambres. Dans
l’intervalle des séances de cure, elles doivent être pliées et
rangées.
Les infractions au présent règlement pourront entraîner la sup¬
pression des sorties et, en cas de récidive, des peines disciplinaires.
Réglement des Promenades et Sorties.
Les malades qui font partie des deuxième et troisième séries
sont autorisés à sortir de l’Hôpital aux heures des promenades
réglementaires. Ces promenades ont pour but de procurer aux
malades qui en ont besoin une certaine dose, toujours modérée,
d’exercice, en même temps qu’une distraction utile. Elles doivent
avoir lieu au-grand air, en dehors des villages. Les malades doivent,
de préférence, commencer par la montée et laisser la descente
pour le retour, afin d’éviter les surprises de la distance et de pou¬
voir rentrer sans hâte et sans essoufflement. En général, et sauf les
prescriptions médicales individuelles auxquelles les malades doivent
se conformer, la marche sera lente, entrecoupée de fréquents repos,
exempte de course et d’exercices violents.
2° En cas de vent, pluie, neige ou brouillards, les promenades
journalières n’ont pas lieu.
3“ Le séjour dans les cafés ou estaminets, toujours préjudiciable à
la santé des malades, est formellement interdit.
4» En dehors des promenades ordinaires, les malades peuvent
être autorisés à sortir de l’Hôpital à l’occasion de la visite de leurs
parents ou amis. Dans ce cas, l’autorisation devra être demandée
par les Visiteurs au Médecin-chef. Aucune sortie ne peut être accor¬
dée à un malade sans l’assentiment préalable du Médecin traitant.
La permission accordée pourra toujours être retirée si le temps est
mauvais ou si l’état du malade ne permet pas la sortie.
5» Les sorties auront lieu dans l’intervalle des deux repas. En
aucun cas, il ne sera accordé de permission pour la nuit.
6^ Les malades ne doivent pas oublier que les sorties ou les
absences extra-réglementaires sont d’une façon constante préjudi¬
ciables à leur santé.
Dans l’intérêt même des malades, des mesures sévères seront
prises contre toute infraction à ce règlement. A la première infrac-
INSTHUCTION GÉNÉRALE
tion, le délinquant recevra une réprimande du Médecin-chef et il
encourra la suspension temporaire ou définitive des sorties.
Toutes les prescriptions que nous venons de passer en revue de¬
vront être rigoureusement observées par le malade.
Dans les cas, d'ailleurs assez fréquents, où ni l’instruction, ni la
persuasion ne sont efficaces, il ne faut pas craindre de recourir à la
contrainte. Aussi, la surveillance des malades joue-t-elle un grand,
rôle dans un établissement de ce genre et surtout dans. un hôpital
militaire, où l’on ne dispose contre les indociles et les indisci¬
plinés que de faibles sanctions, où le renvoi est impossible et où le
meilleur moyen d’assurer l’observation du règlement est la présence
du gradé.
Contre les indociles et les malveillants, des sanctions sont néces- '
saires. La plus simple et là meilleure est l’établissement d’une
chambre de consignés, où les délinquants demeurent privés de vête-
rnents, de tabac et de cartes et soumis au repos au lit. Cette puni¬
tion, qui ne peut encourir le reproche d’être nuisible, est d’une
réelle efficacité ; elle est très redoutée.
Enfin, il est avantageux de faire connaître aux malades qui ne
comprennent pas, ou affectent de ne pas comprendre l’utilité des
réglementations,, prescriptions et interdictions hygiéniques aux¬
quelles ils sont soumis èt qui cherchent à les éluder, qu’aux fermes
de l’article 34 de l’Instruction concernant les Services des « Pen¬
sion^ militaires v, l’incurabilité ne doit être déclarée,- en ce qui con¬
cerne les affections chroniques, qu’après que toutes les ressources
thérapeutiques ont été épuisées sans résultat. Il en résulte que,
dans le cas où le traitement ne peut pas être appliqué du fait du
malade, ses droits éventuels à la pension sont compromis. L’appli¬
cation de’ cette réglementation peut être d’un exemple salutaire. Il
en est de même des restrictions et suppressions toujours possibles
des permissions.
CHAPITRE IV
Fonctionnement médical d’on Hôpital sanitaire.
Le but de l’Hôpital sanitaire est triple : thérapeutique, il doit soi¬
gner les tuberculeux aussi bien que possible ; prophylactique, il
doit les instruire sur les moyens d’éviter de propager leur mala¬
die; de triage, enfin, il permet d’éliminer les malades indûment
adressés.
L’envoi des tuberculeux dans les Hôpitaux sanitaires est fait
sous le contrôle technique des Médecins de Secteur. Ce sont eux
qui ont la charge de rechercher ces malades dans les différentes
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 269
formations dont ils ont la surveillance. Suivant les instructions de
la présente circulaire, seront envoyés dans les Hôpitaux sanitaires
« à l’exclusion de tous autres » les tuberculeux pulmonaires con¬
firmés, ouverts ou fermés. Les douteux ou suspects, les malades
dits » en imminence », les malades présentant des lésions particu¬
lièrement graves ou de pronostic fatal ne doivent en aucun cas y
être envoyés.
Classement des Malades.
Le triage des entrants à l’Hôpital sanitaire s’exerce donc sur des
malades déjà sélectionnés. Malgré tout, il présente une utilité et
une importance incontestable pour .le classement des tuberculeux
et leur répartition dans telle ou telle salle, suivant la gravité de la
maladie constatée.
A cet effet, tous les malades à leur entrée dans l’Hôpilal sont
dirigés dans un service spécial. Là, immobilisés, ils sont soumis
pendant une moyenne d’une huitaine- de jours à l’observation jour¬
nalière du Médecin (température, analyse des crachats, radioscopie,
pesée, etc.), pour être à l’issue de cette période, classés dans une
des séries suivantes :
a) Contagieux (à expectoration bacillifère) ;
b) Non contagieux (sans expectoration bacillifère) ;
c) Indûment adressés ; à renvoyer dans une formation non spécia¬
lisée pour qu’une décision soit prise à leur égard.
Les contagieux sont séparés des non-contagieux dans la plus large
mesure possible. Ils couchent dans des dortoirs spéciaux sinon dans
des bâtiments distincts ; au réfectoire, comme à la galerie de cure,
leurs places sont réservées, séparées de celles des non-conta-
gieUx.
Dans chacune de ces deux, grandes divisions *, il y aura lieu de
répartir encore les malades en plusieurs catégories :
1“ Malades alités.
2° Malades au repos complet (légèrement fébricitants et dont le
poids diminue).
L’ordre du jour de cette catégorie comprend 6 heures de chaise
longue, au grand air ; le reste du temps est consacré à des jeux ou
à des distractions sédentaires, sur la terrasse ou dans les salles de
récréation.
1. Tous les malades d’une même catégorie sont désignés par un insigne
extérieur apparent, fixé au vêtement d’hôpital, ce qui les rend aisément
reconnaissables pour les gradés chargés de la surveillance des divers
exercices prescrits par l’ordre du jour.
270 INSTRUCTION GÉNÉRALE
3° Malades au repos mitigé avec des exercices gradués.
Cette catégorie à 4 heures dé chaise longue, réparties dans la
journée et environ 2 heures de promenade au grand air graduée eu
deux fois. ■
4“ Malades soumis à l'entrainement progressif, puis, s’il’y a lieu, au
travail méthodique et au jardinage.
Tous les malades sont soumis à un traitement à la fois hygiénique
et médical. Le traitement médical variera avec chaque cas particu¬
lier ; c’est affaire d’appréciation laissée à la compétence du Méde¬
cin, nous n’avons pas à en faire l’étude ici. La partie hygiénique du
traitement doit viser l’aération continue d’une part, le repos et
l’alimentation individualisés d’autre part. On arrive à ce résultat par
un emploi du temps réglé par l’ordre du jour suivant :
Emploi du Temps.
6 h. 45 : Lever.
7 h. 15 : Aération des lits.
7 h. 30 : Premier déjeuner.
7 h. 45 : Réfection des lits.
8 h. 45 à 10 h. 15 :
Première série. — Chaise longue.
Deuxième série. — 8 h. 15 à 9 h. 30 : promenade.
9 h. 30 à 10 h. 15 : chaise longue.
Troisième série. — 8 h. 15 à 9 h. 30 : promenade.
9 h. 30 à 10 h. 15 : travail (jardinage, etc.).
10 h. 15 ; Dîner.
11 B. 15 à 14 .h. 30 :
Première série. — 11 h. 15 à 13 h. 45 : chaise longue.
13 h. 45 à 14 h. 30 .: séjour sur la terrasse.
Deuxième série. — 11 h. 15 à 12 h. 45 : chaise longue.
12 h. 45 à 14 h. 30 : séjour sur la terrasse.
Troisième "série. — 11 h. 15 à 12 h. 45 : repos sur la terrasse.
12 h. 45 à 14 h. 30 : travail.
14 h. 30 : Goûter.
15 h. à 17 heures ;
Première et deuxièmes séries. — 15 h. à 16 h. : chaise longue.
16 h. à 17 h. : séjour sur la terrasse,
troisième série. — Travail.
17 h. : Souper.
17 h. 45 à 20 h. 30 :
Première série. — 17 h. 45 à 19 heures : chaise longue (sauf
dimanche).
19 h. 20 à 20 h. 30 : jeux.
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 271
Deuxième et troisième séries. — 17 h. 45 à 19 h. : promenade.
19 h. à 20 h. 30 : jeux.
20 h. 30 : Coucher.
21 h. : Extinction des feux.
Série 0. — Malades alités : ils prennent leurs repas aux mêmes
heures, mais à la chambre.
Série 1. — 1° Malades légèrement fébricitants ou dont le poids
diminue.
,2® Malades nouvellement entrés jusqu’à indication con¬
traire. (Peuvent se lever, mais ne doivent pas sortir.)
Série 2. — Malades pouvant se lever et sortir.
Série 3. — Malades devant travailler. — Ces malades sont utilisés
dans l’hôpital à des menus travaux de jardinage pen¬
dant une durée totale de 2 h. 1/2 par jour, réparties
en deux séances.
L’alimentation doit faire l’objet de mesures et de surveillance
spéciales.
Le menu doit être aussi varié que possible, basé avant tout sur les
denrées et qualités réglementaires. Les oeufs font partie des supplé¬
ments que les hôpitaux sont autorisés à donner. La viande crtie est
délivrée par la Pharmacie.
Nous formulerons, à titre d’exemple, dans le tableau ci-contre, le
régime du malade.
Régime alimentaire des Malades.
A. — Déjeuner ; Soupe pour tous les régimes et pain.
B. — Goûter : Café au lait ou fromage ou chocolat ou confiture (au
choix pour tous les régimes).
C. — Repas principaux :
1“ Grand régime. Ordinaire auquel on ajoute : 1 œuf ou charcu¬
terie ou sardines ou thon (en supplément au choix).
2® Petit régime (Édentés. Anorexiques. Dyspeptiques) par repas :
Potage. Purée.
Viande palpée ou hachée suivant la saison.
2 œufs le matin. 1 œuf le soir.
Vin ou lait.
3“ Régime spécial (Alités) par repas :
Potage. Purée.
Lait. 2 œufs ou viande (sur prescriptions).
272
INSTRUCTION GÉNÉRALE
CHAPITRE V
Moybns d’éducation hygiénique , et prophylactique.
Cette éducation est souvent l’œuvre personnelle des Médecins qui
doivent s’attacher à demeurer en contact individuel et permanent
avec leurs malades et à vivre en quelque sorte avec eux. L’autorité,
le raisonnement, la persuasion, l’ambiance organisée, entièrement
dans ce sens, la vertu de l’exepiple, la suggestion y ont leur place.
L’œuvre de persuasion individuelle, qui est prépondérante, est
très utilement complétée et secondée par l’instruction des malades.
L’instruction est réalisée :
Par l’aftichage dans les locaux des indications essentielles relatives
à la contagion par les crachats. Tel est le but de Tafûche suivante,
répandue à profusion :
« La tuberculose se propage surtout par les crachats desséchés et
réduits en poussière, la destruction du germe infectant peut donc
' être presque entièrement réalisée par l’usage du crachoir. C’est le
seul moyen efficace et certain de préserver de la contagion les
personnes saines et les malades eux-mêmes, qui ont tout à redouter
des infections surajoutées.
« Il est rigoureusement interdit aux malades de cracher en dehors
des crachoirs collectifs et individuels qui sont à leur disposition, aussi
bien à l'extérieur que dans l'hôpital. »
On peut compléter ces indications par la no'te suivante, faisant
appel au souci de l’intérêtindividuel, toujours plus efficace que toute
considération collective et qui doit être affichée dans toules les
pièces :
« Toutes les précautions sont prises pour que les malades en trai¬
tement à l’Hêpital sanitaire n’aient rien à redouter de la contagion
. mutuelle. Toutefois, ces mQsures ne peuvent être efficaces qu’autant
que les malades prêteront leur concours à leur exécution, particu¬
lièrement en ce qui concerne la destruction des crachats et qu’ils
veilleront eux-mêmes à ce qu’elles soient respectées par leurs
camarades.
« Un camarade qui crache par terre est dangereux pour tous les
autres, il porte à ses camarades un préjudice direct, à vous d’y '
veiller. La surveillance exercée par les Médecins et les gradés sera
sans efficacité suffisante si elle n’est pas appuyée par le concours
unanime et la bonne volonté de tous les'malades exerçant les uns et
les autres le contrôle et la surveillance mutuels indispensables. »
SUR L’HOSPITALISATION DES MILITAÏRES TUBERCULEUX 273
Enfin, la distribution d’instructions imprimées sous le titre de
« Coriseils aux Malades » à chaque entrant, lui rappelant ce qu’il doit
faire et éviter pendant et après son traitement à rHôpital, contribue
à aider et à faciliter cette influence éducatrice.
Justin GODART.
ANNEXE N“ 2.
Stations sanitaires. — Convention.
L’an mil neuf cent quinze, le trente et un décembre, entre le
Département de l’Intérieur et celui de la Guerre,
Il a été convenu et arrêté ce qui suit :
Ahticle premier. — Le Département de l’Intérieur s’engage à' rece¬
voir dans les Etablissements spéciaux organisés à cet effet les mili¬
taires çn instance de réforme pour tuberculose de l’appareil
respiratoire, dirigés sur lesdits Etablissements pour y être traités
au titre militaire, pendant unp période de trois mois au plus à dater
de leur admission. La réception aura lieu sur la proposition du
Directeur du Service de Santé régional et dans la limite des
places disponibles.
Art. 2. — Le Ministre de l’Intérieur fournira au Ministre de la
Guerre, au fur et à mesure de leur ouverture, l’indication des Eta¬
blissements affectés à cette hospitalisation spéciale. Ces Etablisse¬
ments prendront le nom de « Stations sanitaires ».
Art. 3. — Les dépenses afférentes à l’entretien et au traitement
des militaires admis dans les Etablissements ci-dessus visés seront
supportées par le Départementde l’Intérieur moyennant la contribu-
bution forfaitaire uniforme de 3 francs par journée de traitement,
qui lui sera fournie par le Département de la Guerre dans les condi¬
tions de paiement fixées à l’article S.
Art. 4. — La fourniture des appareils prothétiques aux militaires
en traitement dans lesdits Etablissements incombera, en tout cas, au
Service de Santé militaire.
11 en sera de même des frais de sépulture des militaires décédés et
des frais d’inhumation. 11 sera procédé aux inhumations, dans la
REV. d’hyg. XL — 18
274 INSTRUCTION GÉNÉRAXE
mesure du possible, en conformité du règlement applicable aux
inhumations pailUaires. Les dépenses résultant de ces inhumations
seront comprises dans les factures industrielles dont il est question
dans l’article 5 précité.
Art. 5. ^ Le montant de la contribution forfaitaire du Départe¬
ment de la Guerre sera remboursé directement, en fin de trimestre,
à chaque Etablissement intéressé, par les soinsl du Directeur du
Service de Santé de la région de Corps d’armée, sur le vu des pièces
justificatives suivantes :
1» Un compte trimestriel en journées, par établissement, en double
expédition (modèle 8), certifié exact par le Directeur de chaque éta¬
blissement.
2“ Une facture trimestrielle décomptée, récapitulative (modèle 10),
en double expédition dont une sur papier timbré.
Les documents qui précèdent devront être fournis au Directeur du
Service de Sauté de la région de Corps d’armée dans les premiers
jours du mois qui suit la fin du trimestre.
Art. 6. — La présente convention est passée pour une période
d’un an, à partir du l»*' jafiVierlOlO. A défaut de dénonciation, par
l’une des parties contractantes trois mois avant son expiration, la¬
dite convention continuera à Avoir son effet par tacite reconduction
■ pour de nouvelles périodes successives de trois en trois mois, sauf
dénonciation par l’une des parties dans le courant du premier mois
du trimestre précédent.
P/O Le Ministre de l’Intérieur :
Le Directeur de l'Assistance et.de l'Hygiène publiques.
Signé : BRISAC.
Le Sous-Secrétaire d’État du Service de Santé militaire,
Signé ; Justin GODART.
SUR L’HOSPITALISATION DES MlUTAIRES TUBERCULEUX 275
MINISTÈRE
L'INTÉRIEUR
MINISTÈRE
LA GUERRE (1)
ANNEXE N» 3.
(Modèle 1).
Station sanitaii'e on Hôpital sanitaire de (1)
Département de
Fiche médicale de départ
de Si. , âgé de
entré le , sorti ^ le
Renseignements a fournir obligatoirement.
Poids du malade nu : à l’entrée
Recherche des bacilles i
dans les crachats l
Si le malade n’a pas craché, J
noter cette absence d’expec- \
toration pendamt tout le sé- r
jour à la station. \
Le malade a-t-il de la fièvre"!
Quand, comment, pendant com
bien de temps?
Le malade
a-t-il eu des complications ?
I Lesquelles ? A quelles dates ?
'(1) Biffer les mots inutiles.
Résultat! des examens :
Renseignements complémentaires facultatifs laissés a l’initiative
DU Médecin traitant.
Aptitude au travail. |
f Le siège et l’étendue des lésions constatées des
État lésionnel • •• • ) 2® et 3® degrés sont indiqués sur des
( graphiques annexés.
Observations diverses :
Signature du Médecin traitant :
276
INSTRUCTION GÉNÉRA,LE
ANNEXE N» 3.
Station sanitaire on Hôpital sanitaire de (1)
Département de
Fiche administrative de départ
d’on militaire admis dans une station sanitaire
00 ON HOPITAL SANITAIRE (i).
Noms et prénoms
Age
Sorti le
Résidence choisie
Situation de famille
POSITION MILITAIRE
iEn instance de réforme.
Réforme temporaire n» 2.
Réforme définitive n» 2.
Proposé pour la :
Réforme temporaire n” 1 )
Réforme définitive n» i >
Pension de retraite
(1) Biffer les mots .ii
SUR L'HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX 217
ANNEXE N» 4.
«INISTÈRE DE LA GUERRE
SOUS-SECRÉTARIAT D'ÉTAT DU SERVICE DE SANTÉ MILITAIRE
CONSEILS D’HYGIÉNE
aux Malades atteints d’affections des voies respiratoires
(Tnberculos.es, Bronchite chronique, Pleurésie'].
Les conseils d’hygiène sont plus importants pour la guérison que
es médicaments.
1° Le repos et l’hygiène générale.
Evitez l’excès de fatigue, restez étendu après le repas, pendant
une heure, si possible.
Veillez soigneusement à la propreté générale du corps et lavez-
vous tous les matins. Avant chaque repas, ne manquez pas /de
savonner vos mains. Chaque matin et chaque soir, lavez votre bou¬
che et brossez bien vos dents.
Fuyez les deux poisons : Valeool et le tabac.
L’alcool et les boissons alcooliques favorisent le développement de la
tuberculose.
Le tabac irrite la bouche ; il trouble l’appétit et retarde la diges¬
tion. Il sollicite la toux, or la toux blesse le poumon.
2“ L’aération et le logement.
L’aération est indispensable jour et nuit. Dans les pièces où vous
habitez et où vous couchez, faites en sorte que l’air se renouvelle
facilement sans courant d’air, de façon à ne pas exposer votre corps
aux refroidissements. Evitez l’humidité.
Ne dormez jamais dans le même lit avec une autre personne, ni, si
possible, dans la même chambre.
Evitez les poussières. Il ne faut jamais balayer à sec. Supprimez les
tapis, tentures, rideaux d’étoffes.
3“ L’alimentation.
Prenez des aliments nourrissants : vos repas doivent comprendre
en particulier de la viande. Mâchez lentement. Evitez les repas
excessifs.
278
HOSPITALISATION DES MILITAIRES TUBERCULEUX
4“ La contagion.
Les microbes des maladies des bronches’ et des poumons sont
contenus dans les crachats. Lorsque les crachats se dessèchent, ces
microbes se répandent dans l’air et se mêlent aux poussières. En
respirant ces poussières les malades entretiennent leur maladie et ris¬
quent de la communiquer à leur entourage.
En coi^équence, NE CRACHEZ JAMAIS PAH TERRE.
Chez vous, ne crachez que dans un vase contenant un peu de
liquide, et dehors, dans un crachoir de poche. Si, par exception,
vous avez été obligé de cracher dans votre mouchoir, îaites-le bouillir
le même jour ou tremper dans un liquide antiseptique (crésyl ou
eau de Javel). Be toute façon, n'avalez jamais vos crachats. En tous¬
sant et en éternuant, mettez toujours votre mouchoir devant votre
bouche et assez près de vos lèvres. ; .
Adressez-vous au Comité départemental d’Assistance aux anciens
militaires tuberculeux, à la Préfecture de votre département.
Il vous fera donner les soins indispensables à votre guérison, et
vous procurera toute l’aide nécessaire à vous et à votre famille.
Justin GODART.
I ' Modèle d’affiche.
ANNEXE N» 5.
MlNISTÈnS DE LA GUERRE
SOUS-SECRÉTARIAT D’ÉTAT DU SERVICE DE SANTÉ MILITAIRE
POUR LES MILITAIRES RÉFORMÉS
POUR MALADIES DES VOIES RESPIRATOIRES
(Tuberculose — Bronchite chronique — Pleurésie).,.
Dans chaque département, il existe un Comité départemental
d’Assistance aux anciens militaires tuberculeux.
Le Comité départemental a pour objet de venir en aide aux réfor¬
més pour tuberculose pulmonaire, de leur procurer les soins néces¬
saires ou du travail, de secourir leur famille, et d’assurer la pré¬
servation du foyer contre la contagion.
N’hésitez pas à vous adresser au Comité d’Assistance aux anciens
militaires tubercüleux, qui a son siège à ta Préfecture de votre
département.
Justin GODART.
INSTRUCTIONS POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES 279
INSTRUCTIONS
POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES
LES MOUSTIQUES ET LES MALADIES QU’ILS TRANSMETTENT
par MM. les D« GHANTEMESSE et JULES RENAULT
Les moustiques sont des insectes toujours désagréables,
très souvent dangereux.
Ils troublent le sommeil par le bruit qu’ils fout et beaucoup
plus encore par leurs piqûres qui déterminent une vive cuisson,
avec parfois éruptions urticariennes : ce sont de petits incon¬
vénients à côté des gravés maladies .que certains d’entre eux
peuvent transmettre.
1® Les cw/ea; transmettent la filariose;
2® Les anophèles, le paludisme;
3“ Les stégomyas, la fièvre jaune.
Ces espèces de moustiques intéressent plus particulièrement
l’hygiéniste : vivent-elles dans nos pays et y trouvent-elles
réunies les conditions nécessaires à la transmission de ces
affections?
Culex. — Les culex sont des moustiques cosmopolites, dont
les nombreuses espèces peuvent, presque toutes, servir d’hôtes
intermédiaires à la filaire : ce sont eux qui constituent la majo¬
rité des moustiques de nos pays. Le Culex fatigans n’existe pas
en France, mais on trouve dans toute l’Europe le Culex pipiens
capable de transmettre la filariose.
Anophèles. — Les anophèles étaient a.utrefois très abondants
dans certaines régions de* France : Sologne, Bombes, Brenne,
Camargue; leur nombre a beaucoup diminué à la suite des
travaux d’assainissement, mais ils y existent toujours. On en
a recueilli, du reste, dans toute la France. Ils vivent, non dans
les villes, mais dans les banlieues et à la campagne.
D« CHANTEMESSE ET J. RENAULT
Stégomyas. — Les slégomyas ne se rencontrent pas habi¬
tuellement en France; très sensibles aux variations thermiques,
ils vivent dans les contrées. humides où la température oscille
entre 25 et 35“; les pays dans lesquels ils peuvent s’acclimater
sont compris dans deux parallèles, le 43® de latitude Nord et
le 43* de latitude Sud, soit, pour nos régions, sur les côtes du
Portugal, de l’Espagne, dans une grande partie de l’Italie, en
Sicile, en Grèce, à Malte, en Tunisie, en Algérie, sur presque
tout le littoral et les îles de la l^éditerranée, entre autres les
îles d’Hyères sur la côte française. Ils peuvent être importés
l’été et vivre pendant quelque temps dans des régions où la
température minima des nuits est de 22* pendant quelques
mois ou quelques jours, ce qui explique les cas de fièvre jaune
qui se sont produits à Marseille, à Brest, à Saint-Nazaire, en
Angleterré, après l’arrivée des bâtiments contaminés, sur des
personnes qui avaient travaillé à bord de ces bateaux ou habi¬
taient aù voisinage du port.
Cuîex et filariose. — Lp culex absorbe l’embryon de la filaire
en suçant le sang d’un malade atteint de filariose (adéno-
lymphocèle, lymphoscrotum, chylurie, ascite ou hydrocèle
chyleuses). C’est ordinairement la nuit que le culex s’infecte,
car les embryons de la filaire n’apparaissent dans le sang péri¬
phérique du malade que la nuit, ou plus exactement pendant
le sommeil.
Les embryons absorbés par le moustique percent leur gaine
au bout de quelques heures; le deuxième jour, ils ont tous
disparu de l’estomac, dont ils ont traversé les parois, pour
envahir les muscles du thorax, où ils se_ transforment en
larves; le dix-septième jour, si la température est favorable,
les larves émigrent vers la tête et vont se loger dans le labium
GU gaine de la trompe.
C’est au moment où le moustique, ainsi infiltré de ces para¬
sites, pique l’homme ÇLu’il lui communique la filaire, les larves
pénétrant activement à travers la peau et gagnant les vaisseaux
lymphatiques.
La filariose est très répandue dans les pays tropicaux. On
l’a signalée en Espagne et en Italie chez des malades qui
n’avaient jamais habité la zone intertropicale. Dans nos pays
INSTRUCTIONS POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES 281
OÙ la filariose n’existe pas, les culex ne s’infectent pas et ne
sont que des hôtes gênants; mais il est vraisemblable que, si
des sujets atteints de filariose étaient amenés en France, cette
maladie pourrait être transmise par le culex comme dans les
fégions tropicales.
Anophèle et paludisme. — L’anophèle femelle s’infecte en
piquant un paludéen.
L’hématozoaire du paludisme présente deux modes dè repro¬
duction : 1“ un cycle asexué, schizogonie, qui se passe tout
entier dans le sang de l’homme ; 2“ un cycle sexué, sporogonie,
qui commence dans le sang, mais ne peut se terminer que
dans un hôte intermédiaire, l’anophèle.
Le sang du paludéen contient, en plus ou moins grand
nombre, suivant qu’on l’examine au moment d’iin accès ou
entre les accès, les formes de l’hématozoaire aux différents
stades de son évolution schizogonique : corps annulaires,
schizontes, corps en rosaces, mérozoïtes.
11 renferme aussi des formes du début de l’évolution sporo-
gonique, les gamètes, déjà différenciés dans le sang en gamètes
mâles du microgamétocytes et gamètes femelles ou macroga¬
mètes.
Lorsqu’une anophèle pique un paludéen, elle absorbe avec
le sang le parasite à ses différents stades; les gamètes seuls
sont capables d’infecter le moustique.
Au cours des vingt-quatre premières heures, les gamètes
femelles sont fécondés par les gamètes mâles; puis les œufs,
pendant les différents états de leur évolution (cokinète, cokyste,
zygote), ont traversé les parois de l’estomac, sont arrivés dans
la cavité générale (système circulatoire) où, se rompant, ils
mettent les sporozoïtes en liberté; ceux-ci vont s’accumuler
dans les cellules des glandes salivaires et sont déversés dans
le canal excréteur en même temps que la salive, où ils restent
viyants pendant des semaines.
Une température de 20“ environ est nécessaire pour que la
sporogonie s’opère;. aussi l’endémie palustre ne dépasse-t-elle
pas le 60“ de latitude Nord èt le 40“ de latitude Sud.
C’est, en général, huit à dix jours après l’infection du mous¬
tique que les premiers sporozoïtes arrivent dans les glandes
282 D« CffiA.NTEMESSE ET J. RENAUIiT
salivaires. C’esl à ce moment que le moustique commence à
devenir dangereux pour l’homme qu’il pique.
Il enfonce dans la peau les six stylets contenus dans la gaine
de la trompe; les sporozoïtes sont injectés avec la salive par
un canal situé dans l’un des stylets, l’hypopharynx. Le mous¬
tique peut contaminer successivement plusieurs personnes.
ün malade ne peut infecter l’anophèle que si son sang con¬
tient des gamètes. Or les gamètes n’apparaissent guère dans
le sang qu’ap^ès plusieurs accès fébriles. Aussi, l’anophèle est
rarement infectée par un malade au début du paludisme, con¬
trairement à ce qui se passe pour la ûèvre jaune, dans laquelle
le sang n’est infectant pour le stégomya que durant les trois
premiers jours de la maladie.
Par contre, Ib paludéen reste ensuite indéfiniment infestant :
les gamètes augmentent de nombre tant que les accès se multi¬
plient ; ils persistent après le dernier accès, lorsque le malade
semble guéri; on en trouve dans le sang pendant deux mois
environ, puis ils disparaissent. Le parasite reste à l’état latent,
prôbablement'dans la rate, d’où il peut, grâce à certaines con¬
ditions favorables, passer dans la circulation générale, s’y
multiplier et occasionner ainsi des récidives. Ce sont les por¬
teurs de virus qui, s’ils ne sont pas recherchés systématique¬
ment et traités par la quinine, infectent les emophèles d’uiie
région jusque-là indemne.
Les fémelles de moustiques ne restant pas infectées de
l’automne au printemps suivant et les jeunes moustiques
n’étant pas infectés héréditairement, il faut bien admettre
que ce sont les porteurs de virus qui infectent les femelles au
printemps et qui, par leur intermédiaire, sont la cauâe des
nouveaux cas humains de première infection.
Stégamya et fièvre jaune. — Le Stégomya fascîata {onStego-
mya calopus) est le moustique propagateur de la fièvre jaune.
En piquant un malade, il absorbe, avec le sang, le germe
pathogène encore inconnu.
Le malade n’est infectant pour le stégomya que pendant les
trois premiers jours de la maladie et le moustique ne devient
à son tour infectant pour l'homme que dix à dix-huit jours après
avoir été infecté.
INSTRUCTIONS POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES 283
Il est logique de penser que le virus amarillique, comme les
gamètes du paludisme'ou les embryons de la lîlaire, doit subir
dans l’organisme du moustique une certaine évolution avant
d’être inoculé à l’homme.
La durée de la virulence du moustique infecté est très longue ;
on a constaté qu’elle persistait encore après deux mois : c’est
ainsi qu’en 1823 la fièvre jaune fut apportée à Passages
(Espagne) par un bateau parti de La Havane soixante-dix jours
auparavant et n’ayant pas eu de fièvre jaune à bord pendant là
traversée (navire Donosteria) \ '
Aspect des moustiques. — I^s moustiques sont t^es diptères.
Ils constituent la famille des Culicidés.
Les culex sont de petits lyoustiques longs dei 3 à 8 milli¬
mètres, aux teintes neutres, généralement plus sombres que
les anophèles. Les ailes sont claires et incolores.
Les anophèles, longs de 7 à 10 millimètres, ont une couleur
claire; leurs ailes sont tachetées; ces taches caractéristiques
sont dues à des agglomérations d’écailles. L’aUe deVAnopheks
maculipennis, en particulier, porte quatre taches disposées
enV.
Les stégomyas, plus petits que les précédents, mesurent de
3 à S millimètres ; ils sont de couleur brun foncéi presque noirs,
avec des anneaux blancs sur le corps et sur les pattes.
L’attitude des culicidés au repos est caractéristique pour
chaque genre.
Le Culex pipiens, posé, a une attitude- bossue; sa tête est
inclinée sur le support, tandis que son corps, lui, reste dans
l’ensemble parallèle ou s’infléchit légèrement vers lui.
L’anophèle, au contraire, est rectiligne ; l’axe du corps forme
avec le support un angle de 45” au moins.
Les stégomyas ont une attitude semblable à celle des culex,
dont ils ne diffèrent, à première vue, que par leur taille.
Si l’on examine avec une loupe le moustique capturé, on voit
que le corps est formé, comme chez tous les insectes, de trois
1. Ce fait est important et doit attirer l'attention des conférence^ inter¬
nationales visant la prophylaxie des maladies dites pestilentielles exo¬
tiques. Voir : Chantbmesse et Borel. — Moustiques et fièvres jaunes.
J.-B. Baillière, édit., 190S.
284
D« CHANTEMESSE ET J. RENAULT
segments : tête, thorax, et abdomen. Le corps est recouvert
d’écailles.
La tête porte l’appareil buccal et les antennes. L’appareil
buccal est disposé pour sucer. La trompe est formée chez la
femelle d’une gouttière ou labium qui renferme un faisceau
de six stylets; elle est longue et grêle chez le mâle, qui est
incapable de percer la peau, ce qui, chose importante, le rend
à peu près inoffensif.
Les palpes maxillaires ont la même longueur que la trompe,
dans les deux sexes, chez les anophèles. Ceux des culex et des
stégomyas sont aussi longs que la trompe chez le mâle, plus
courte que la trompe chez la femelle.
Le thorax porte trois paires de pattes longues et grêles,
impropres à la marche, deux ailes el, une paire de balanciers.
L’abdomen est grêle, formé de neuf anneaux.
Biologie. — Dans nos pays, les moustiques apparaissent au
printemps, abondent en été, et en automne disparaissent aux
premiers froids. Dans le Nord de l’Afrique, ils sont moins
abondants en hiver, mais ne disparaissent pas complètement.
Dans la zone intertropicale, ils sont permanents.
La durée de leur A’ie est difficile à déterminer. Ils peuvent
vivre plusieurs semaines ou plusieurs mois, lorsque les condi¬
tions sont favorables; mais beaucoup sont détruits par les
intempéries et par de nombreux ennemis (libellules, arai¬
gnées, chauve-souris, crapauds, hirondelles et autres petits
oiseaux).
Les femelles vivent plus longtemps que les mâles; elles
meurent après avoir pondu leurs œufs. Les femelles fécondées
en automne ne meurent pas, elles passent l’hiver dans les gre¬
niers, caves, fentes des arbres et ne pondent qu’au printemps.
Pendant toute cette période elles ne se nourrissent pas et
restent inactives. Elles sont entassées sur les poutres, derrière
lès objets accrochés au mur; leur corps est appliqué contre la
paroi, les pattes sont allongées et la direction de la trompe
permet seule de distinguer les anophèles des culex ; elle est
inclinée en bas chez ces derniers et forme un angle avec l’axe
du corps.
Dans les pays tropicaux, c’est pendant la saison sèche que
INSTRUCTIONS POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES 285
les moustiques disparaissent ; les femelles survivent, elles se
nourrissent régulièrement mais ne pondent pas. Cette estivation
est analogue à l’hivernation de nos régions.
Les moustiques sont des insectes nocturnes. Ils restent
cachés pendant le jour dans les endroits obscurs ; ils sortent au
crépuscule et volèlent toute la nuit. C’est surtout pendant la
nuit qu’ils s’infectent et qu’ils transmettent à l’homme les
affections contagieuses.
Ils fuient la lumière et ne voltigent pas autour des lampes.
Le mâle ne pique jamais; il aspire le suc des fleurs et des
fruits. La femelle se nourrit de sang qu’elle prend sur l’homme
et sur les animaux ; c’est elle qui est dangereuse. Elle prend
son premier repas peu après son éclosion, même à la lumière
solaire, puis s’envole lentement vers un endroit obscur, où elle
reste plusieurs jours immobile; elle renouvelle ses repas
chaque semaine environ et seulement la nuit, à moins quelle
ne soit affamée ou dérangée dans la journée. ,
La femelle fécondée doit avoir sucé du sang pour que les
œufs arrivent à maturité. La ponte des anophèles est de 100 à
130 œufs; celle des culex, beaucoup plus importante, est de
200 à 400 œufs.
Œufs. — Les œufs sont très petits, longs de moins de
1/2 millimètre; ils sont blancs lorsqu’ils viennent d’être
pondus, mais brunissent rapidement; leur forme est ovalaire
et leur grosse extrémité répond à la tête de l’embryon.
Les œufs de culex sont lisses ; ils se disposent perpendicu¬
lairement à la surface d.e l’eau, sur laquelle ils reposent par
lèur grosse extrémité. A mesure qu’ils ^ont pondus, iis s’acco¬
lent par leurs faces latérales pour former de petites nacelles
larges, de forme grossièrement ovale, longues de 5 à 8 milli¬
mètres.
Les œufs d’anophèles restent isolés ; ils reposent horizonta¬
lement sur l’eau et ont tendance à s’agglutiner pour former des
figures géométriques, qui varient suivant les espèces. Chaque
œuf est pourvu de deux chambres à air qui occupent le tiers
moyen des faces latérales et font office de flotteur.
Les œufs des stégomyas ressemblent beaucoup à [ceux des
anophèles, mais ils ne possèdent pas de chambre à air ; leur
286 D« CHANTEMES&E ET J. RENAULT
surface ridée forme des logettes, qui retiennent de nombreuses '
bulles d’air.
Les œufs sont difficiles à voir à la surface de l’eau. Qn peut
les trouver avec une loupe au bord des mares, qui contiennent
de nombreuses larves.
Les œufs semblent peu résistants : immefrgés ils ne peuvent
éclore ; conservés à sec pendant plus de quarante-huit heures,
ils sont incapables de se développer'. Le temps qui sépare le
moment de la ponte de celui de l’éclosion dépend beaucoup de^
la température et du degré d’humidité ; il est en moyenne de
deux on trois jours.'
Larves. — Chaque œuf donne naissance à une larve longue
de 1 millimètre, transparente. Les larves sont vermiformes,
apodes et présentent trois segments peu distincts ; tête, thorax
et abdomen. Elles sont longues de 8 à 10 millimètres au bout
de quinze jours ou trois semaines ; leur couleur est brun
foncé.
Les larves des culex possèdent un long siphon respiratoire
quatre fois plus long que large, au sommet duquel s’ouvrent
les deux stigmates ou orifices des trachées. 11 est implanté sur
la face dorsale de l’avant-dernier anneau. Lorsqu’elle vient de
respirer à la surface, la larve est suspendue par son siphon et
pend plus ou oioins obliquement dans l’eau.
Les larves des stégomyas possèdent également un siphon
respiratoire ; mais il est court, trapu, noir, seulement deux fois
plus long que large elles pendent verticalement dans l’eau.
Les larves des anophèles n’ont pas de siphon : les trachées
viennent aboutir à. deux stigmates au ras du corps, à la face
dorsale du huitième anneau abdominal; les parties latérales
des anneaux abdominaux, du troisième au septième, portent
des bouquets, de soies, en palmes, qui contribuent à faire
flotter le corps à la surface de l’eau. Les larves flottent hori¬
zontalement, presque immobiles et peuvent être prises pour de
petits morceaux de bois; elles ne se déplacent que rarement,
en glissant à reculons. Quand on les dérange, elles plongent
brusquement mais remontent aussitôt à la surface.
Les larves des culex, au contraire, ne viennent à la surface
que pour respirer; elles nagent presque constamment, se dépla-
INSTRUCTIONS POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES 28T
çanl' dans toute la masse de l’eau, eh zigzaguant par saccades,
à la façon d’un ressort qu’on détend.
Les larves des anophèles sont carnivores. Elles se nourris¬
sent de larves d’autres insectes et d’insectes morts. Les larves
des culex sont carnivores et herbivores.
Les larves ne peuvent se développeæ que dans' une eau calme :
l’eau agitée par le vent les noie, lorsqu’elles viennent respirer
et au moment de leurs métamorphoses. t
Les plantes d’eau (roseaux, joncs, nénuphars, cressons,
algues) leur sont favorables : elles ralentissent le courant des
rivières, les protègent du vent, leur fournissent- un abri contre
les poissons. En détruisant cette végétation aquatique, on gêne
considérablement le développement des larves.
L’abondance des pluies au printemps, dans les pays tempé¬
rés, favorise la pullulation des moustiques : elle crée des gîtes.
Par contre, les pluies d’automne, précoces et abondantes,
bouleversent les gîtes, détruisent les larves et les œufs. Les
inondations en détruisent aussi un grand nombre, mais les
larves qui ont échappé à la submersion trouvent des condi¬
tions favorables à leur développement dans les petites mares
ou les flaques d’eau que les inondations laissent après elles.
Les Larves présentent une grande résistance au froid. Elles se ,
montrent très actives dans les mares en partie recouvertes de
glace. On en trouve beaucoup qui sont vivantes dans les étangs
au moment du dégel, mais leur développèment est interrompu
pendant l’hiver et ne reprend qu’au printemps. Elles résistent
mal à la chaleur ; expérimentalement, elles résistent pendant
deux jours à 20“, pendant un jour, à 33”, pendant deux minutes
à 40".
Là sécheresse les détrifit rapidement, mais elles peuvent
vivre hors de l’eau un certain temps, séjourner dans la terre
et le sable humide, pourvu qu’elles ne soient pas desséchées ;
si on veut débarrasser un récipient des larves qu’ü contient,
il ne faut pas se contenter de vider l’eau pour la remplacer
aussitôt par de l’eau propre, il est nécessaire de le nettoyer
soigneusement après l’avoir vidé et d’y verser une petite quan¬
tité de pétrole.
Les corps chimiques en dissolution dans l’eau (ammoniaque,
sublimé, permanganate de potasse) ne tuent que difficilement
CHANTEMESSE' ET J. RENAULT
les larves. Ils ont l’inconvénient d’être toxiques pour les pois¬
sons et de rendre l’eau inutilisable. L’huile et le pétrole
répandus à la surface tuent rapidement les larves, qu’ils
asphyxient en obturant les siphons respiratoires.
On a noté que les étangs couverts de lentilles d’eau (lemna)
ne contiennent presque jamais de larves ; les, feuilles forment
sur l’eau une couche continue qui empêche les larves de venir
respirer. U semblerait logique de répandre la culture des len¬
tilles d’eau dans les mares et étangs; malheureusement, il est
très difficile de s’en débarrassér ensuite et elles rendent l’eau
croupissante.
Enfin, les larves rencontrent dans l’eau des ennemis dange¬
reux, tels que les larves de libellules et de divers coléoptères,
les batraciens, les poissons, notammenU les poissons rouges,
les épinoches, les carpes, les perches.
La durée du stade larvaire dépend de la température exté¬
rieure. Elle est de seize à vingt-deux jours pour VAnopheles
maculipennis, à la température de 16° à 22°, de sept jours pour
les stégomyas, de dix à quinze jours pour les culex.
Les larvqs se transforment en nymphes. Les nymphes sont
de petits êtres globuleux en forme de point d’interrogation,
longs de 2 millimètres, formés d’un gros corps sphérique qui
comprend la tête et le thorax et d’une petite queue, plus ou
moins recourbée, qui est l’abdomen.
Nymphes. — Les nymphes des différents moustiques, con¬
trairement anx larves, sont difficiles à distinguer les unes des
autres. Elles sont très fragiles et particulièrement sensibles au
froid : toute larve qui se transforme en nymphe de novembre
à janvier meurt avant d’avoir achevé sa métamorphose. Ce
stade dure quatre à cinq^jours, dans les pays tempérés.
La durée du cycle complet d’une génération d’anophèles,
, depuis la ponte de l’œuf jusqu’au moustique adulte, est de qua¬
rante à quarante-cinq jours dans nos pays. Celle d’une généra¬
tion de culex n’exige pas plus de trente à trente-deux jours.
Quatre à six générations se succèdent normalement d’avril
à septembre, et le nombre des moustiques éclos, pendant ce
temps, est prodigieux. Théoriquement, une seule femelle
d’anophèle pourrait donner, en moins de trois mois, près de
INSTRUCTIONS POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES 280
5 milliards de moustiques ; une femelle de culéx, un nombre
bien plus grand encore ; fort heureusement, nous l’avons vu,
les moustiques rencontrent au cours de leur évolution de très
nombreuses causes de destruction.
Prophylaxie.
Les moustiques vivent dans tous les pays où ils trouvent
l’eau indispensable à leur développement ; ils n’ont pas besoin
de grands marais et ils utilisent les plus petites collections
d’eau pourvu, qu’elles soient stagnantes.
Lieux de séjour. — Tandis que les anophèles recherchent les
eaux claires, épurées par une riche végétation, les culex vivent
dans toutes les eaux, même putréfiées. Aussi, les anophèles
sont des moustiques des campagnes. On trouve leurs larves
dans les flaques d’eàu aux abords des marais et des rivières,
dans les rigoles de, drainage à courant nul, garnies de joncs;
d'ans les fossés des routes mal entretenues, dans les prairies
humides; dans les mares de toutes sortes avec ou sans algue.s,
dans les canaux, près des bords des étangs et des rivières.
L’eau peut être profonde pourvu qu’une abondante végétation
immergée fournisse un refuge aux larves. On ne les trouve pas
dans les villes, mais les anophèles existent dans les banlieues.
On en a même rencontré au Bois de Boulogne.
Les culex et les stégomyas, par contre, vivent autour des
maisons et dans les maisons, dans l’eau de pluie qui séjourne
au fond des vieux ustensiles jetés autour des habitations, dans
les seaux et baquets que l’on a oublié de vider, dans les bassins
remplis de détritus et de feuilles mortes, dans les chéneaux
qui se vident mal, dans les citernes et les puits, dans les égouts
et les fosses d’aisances;
V Les larves de moustiques se développent généralement dans
l’eau douce, mais également, quoique moins bien, dans de l’eau
salée ou saumâtre, par éxemple, dans les marais salants aban¬
donnés où l’eau de mer est mélangée à une forte proportion
d’eau douce ; par contre, elles ne peuvent vivre ni dans l’eau
de mer, ni dans l’eau douce mélangée à une trop grande quan¬
tité d’eau de mer ; aussi, peut-on débarrasser des larves les
REV. d’hyG. . XL — 19
290 D« CHANTEMESSE ET J. RENAULT
marais voisins de la mer, quand la déclivité du sol permet de
les inonder d’eau de mer.
Les moustiques 's’éloignent peu de l'endroit de leur nais¬
sance. On les trouve dans les villages, à 400 ou 500 mètres de
leurs gîtes ; lorsqu'un quartier d’une ville est infesté, il faut
rechercher les gîtes dans le voisinage.
La faible portée du vol des moustiques en hauteur explique
leur rareté dans les régions montagneuses, où, leur développe¬
ment serait, d’autre part, fortement gêné par les variations
brusques de température, la fréquence du vent et l’absence des
eaux stagnantes. Lorsque la fièvre jaune régqait à Rio-de-
Janeiro, elle ne frappait pas les habitants qui ne séjournaient
dans la ville que le jour et villégiaturaient la nuit à Petropolis,
construite à 800 mètres au-dessus de la baie.
Mais les moustiques peuvent être transportés à distance par
le vent, si des plantations de grands arbres ne les arrêtent pas,
aussi par les cours d’eau et les canaux qui entraînent à la
dérive les œufs et les larves. Les chemins de fer et surtout les
navires peuvent les apporter dans des contrées extrêmement
éloignées du point de départ. C’est ainsi que des régions jusque-
là indemnes de moustiques peuvent en être infestées ‘.
Recherche des mousliques. — On recherche les anophèles
adultes dans les arbustes, les broussailles, les tas d’berbes, les
cabanes; les culex dans les coins obscurs des habitations :
pièces inhabitées, caves, greniers, écuries.
Lorsqu’on veut rechercher s’il existe des moustiques dans
une région et déterminer les espèces auxquelles ils appar¬
tiennent, on le fait d’après les caractères des larves et des
adultes.
On capture les larves à la surface des eaux calmes avec ün
gobelet ou un filet très Bn ; il est rare qu’en deux plongées du
récipient on ne ramène pas quelques larves. Si l’on n’en
trouve pas à la surfacej il faut agiter vigoureusement- la vase
avec un filet troubleau : on fait ainsi remonter à la surface
1. Dans 4a dernière épidémie de fièvre jaune qui s’est manifestée à
Saint-Nazaire, en septembre 1908', l’un de nous a découvert la présence
de Stegamyer fasciater fixés aux parois des cabines où la fièvre jaune
avait éclaté. — Ces mousliques s'étaient évidemment introduits dans le
navire au moment de son escale à Fort-de-France où régnait la maladie.
INSTRUCTIONS POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES 291
les iarves qui s’étaient réfugiées au fond en entendant du
bruit. '
Les adultes sont capturés sur le mur ou tout autre support
au moyen d’un tube à essai ou d’un verre contenant un peu
d’ouate imbibée d’éther qu’on pose lentement sur eux; ils
tombent endormis au fond du récipient où on les recueille.
On dresse un plan croquis de la région, sur lequel on indique :
1° les points où l’on trouve les gîtes à larves et les moustiques
adultes; 2“ les espèces rencontrées.
Lutte contre les moustiques. — La lutte contre les moustiques
comprend : d’une part, leur «destruction ; d’autre part, la pro¬
tection de l’homme contre leurs piqûres dans les régions où ils
ne sont pas encore détruits.
La destruction des moustiques est surtout efficace au stade
larvaire : en effet, les larves et les nymphes sont réunies dans
des espaces restreints bien déterminés, tandis que les mous¬
tiques adultes sont épars.
Lutte antilarvaire à la campagne. — Le procédé de choix
semble, a priori, devoir être la suppression des eaux stagnantes,
qui détruit les gîtes et met ainsi les moustiques dans l’impossi¬
bilité de se reproduire. Malheureusement, il exige des travaux
longs, souvent coûteux, qui ne sont pas toujours applicables.
Ce sont ;
Comblement. — 1° Le comblement avec de la terre ou du
sable des flaques d’eau, des mares et des marais. En ltalie,*ôn
comble les marais par le colmatage, c’est-à-dire par l’adduc¬
tion d’eaux chargées d’alluvions c’est un procédé extrême¬
ment lent, qui gagne chaque année quelques centimètres de
hauteur seulement.
Drainage. — 2“ L’assèchement des terrains marécageux par
le drainage est excellent, si les rigoles sont creusées de telle
sorte que l’eau n’y stagne pas ; sinon, les drains deviennent
des gîtes à larves.
Entretien des cours d'eau- — 3° Les rivières et lés ruisseaux
ne sont pas dangereux tant que leur cours est rapide ; il faut
donc supprimer tout ce qui pourrait le ralentir : les barrages.
D« CHANTEMESSE ET J. RENAULT
les plantes aquatiques, les roseaux, les joncs, qui seront enle¬
vés par le désherbage ou le faucardement. Les rives sont pro¬
tégées par des digues et des revêtements; Une bordure d’arbres
empêche la dégradation des berges.
Culture. — 4“ La culture des terrains asséchés est très recom¬
mandée et en particulier^la plantation d’eucalyptus et de pins,
qui absorbent l’humidité du sol.
Avant que ces travaux soient achevés, comme dans les cas où
ils ne pourront être effectués, il faudra tuer les larves sur les
eaux que l’on sera forcé de respecter.
Pétrolage. — Le pétrolage est le procédé le plus efficace ; une
mince couche de pétrole répandue à la surface de l’eau suffît
pour tuer toutes les larves et les nymphes.
Le pétrole a l’avantage d’être diffusible, d’agir rapidement,
de se trouver partout, d’être peu coûteux, non toxique pour les
poissons et de ne pas rendre l’eau inutilisable pour les besoins
domestiques, l’arrosage, l’abreuvement des bestiaux.
On peut employer soit le pétrole ordinaire, soit le pétrole
épuré ; mais les mélanges de pétrole d’éclairage et de pétrole
brut ou-de pétrole et de goudron à parties égales sont préfé¬
rables, car ils sont suffisamment diffusibles et s’évaporent moins
rapidement. L’addition de lanoline ou de vaseline' n’a donné,
par contre, que des résultats méd ocres.
La quantité nécessaire est de lOlà 15 centimètres cubes par
mètre carré, sans s’inquiéter du cube d’eau. Une quantité
beaucoup moindre (0 c. c. 1 à 0 c. c. 2 par mètre carré) suffirait
pour tuer les larves, mais l’évaporation d’une si faible couche
est trop rapide.
Le premier pétrolage se fait au printemps avant l’éclosion
des moustiques ; il est renoüvelé tous les huit ou quinze joprs.
Comme il faut plus de quinze jours aux larves pour se déve¬
lopper dans nos pays, on détruit ainsi successivement toutes
les générations de larves.
Tous les moyens d’épandre le pétrole sont bons pourvu qu’ils
permettent de bien recouvrir toute la surface de l’eau.
Pour les flaques peu étendues, on peut soit verser le pétrole
avec un arrosoir, soit promener à la surface de l’eau un chiffon
monté sur une perche et imbibé de pétrole.
Pour les grandes étendues, l’opération sera faite avec une
INSTRUCTIONS, POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES 293
pompe d’arrosage (il faut éviter l’emploi de tuyaux en caout¬
chouc qui sont attaqués par le pétrole).
La destruction des larves est complète sur les eaux traitées
régulièrement par le pétrolage, malheureusement il est inap¬
plicable aux grandes étendues d’eau.
D’autres moyens ont été préconisés. Leurs résultats sont
toujours moins bons que ceux du pétrolage.
Substances chimiques. — L’addition à l’eau de substances
chimiques (permanganate de potasse, ammoniaque, chaux,
sulfate de fer, sulfate de cuivre) tue les larves plus ou moins
rapidement. Elle présente l’inconvénient de tuer les poissons
et de rendre l’eau inutilisable.
. Le larvicide. — Les auteurs italiens se déclarent satisfaits
d’une couleur d’aniline, le « larvicide », pas coûteuse, très
diffusible dans l’eau et sans toxicité pour les poissons, ni pour
les plantes.
Poudres insecticides. — Les poudres insecticides (poudre de
pyrèthre) versées dans l’eau tuent rapidement les larves sans
incommoder les poissons et, lorsque la poudre est tombée au
fond, l’eau a repris sa limpidité et peut être. consommée ; elle
garde longtemps son pouvoir larvicide.
Les substances qui se mélangent à l’eau seront, en tout cas,
employées pour les lacs et les étangs dans lesquels le pétrole,
au lieu de rester uniformément réparti, est entraîné vers une
des berges.
Agitation de Veau. — On a proposé en Amérique de noyer
les larves en troublant la surface des étangs et des lacs au
moyen de roues actionnées par des moulins à vent.
Empoissonnement. — Enfin, on ne négligera pas de peupler
les cours d’eau, les étangs, de batraciens, de poissons rouges,
épinoches, perches, carpes, qui détruisent les larves des mous¬
tiques. On recommandera de protéger les crapauds, de même
que les chauves-souris, destructeurs des moustiques adultes.
Lutte antilarvaire dans les habitations. — En même temps que
l’on prend ces mesures autour des villes et des hameaux, il
faut prendre des mesures non moins importantes contre les
larves des culex qui pullulent autour des habitations elles-
mêmes :
294
Dr» GHANTEMESSE ET J. RENAULT
1“ Supprimer tous les récipients où peut s’accumuler l’eau
de pluie ;
2° Ne pas jeter autour des habitations les débris de vaisselle,
vieilles boîtes de conserves, récipients hors d’usage, etc.;
3“ Supprimer les tessons de bouteilles, qui protègent les
murs;
4“ Supprimer les vases ornementaux ou les remplir de terre ;
S" Vider et tenir secs les seaux, baquets, dès qu’on ne s’en
sert plus ;
6® Visiter tes toitures, chéneaux, gouttières, s’assurer qu’ils
ont une pente suffisante pour l’écoulement de l’eau et qu’ils ne
sont pas obstrués par des feuilles mortes ou des détritus;
visiter les-réservoirs de chasse' des water-closets de maisons
momentanément inhabitées ;
7“ Combler les bassins, combler ou fermer hermétiquement
les puits inutilisés, fermer les citernes ;
8® Il faut réduire au minimum- le nombre des récipients qui
contiennent de l’eau dans les maisons. Toutes les fois que ce
sera possible, l’eau sera amenée dans chaque maison au moyen
de conduites donnant un débit suffisant pour que les habitants
prennent l’eau au robinet au moment de l’utiliser ; on supprime
de cette façon les provisions d’eau.
Dans les villes qui ne sont pas pourvues d’eau abondante et
livrée au robinet, il faut réglementer les dépôts d’eau. L’eau
sera conservée dans des récipients hermétiquement clos et
renouvelée tous les huit jours au minimum, afin de ne pas
laisser le temps d’évoluer aux larves qu’elle peut contenir.
Dans les pays où l’eau est rare, elle ne sera pas jetée, mais
passée sur un linge qui retient les larves. L’eau sera couverte
d’une couche de pétrole, et de préférence, pour l’eau de
boisson, d’huile alimentaire.
Il serait préférable, pour faciliter la vérification, que toutes
les maisons aient un réservoir du môme modèle ; le plus pra¬
tique est un tonneau pourvu à son extrémité supérieure d’un
, entonnoir exactement adapté et fermé par un couvercle en
toile métallique. L’eau est distribuée par le service sanitaire ;
le chef d’équipe conserve la clef des cadenas qui ferment les
couvercles. Les habitants prennent l’eau au moyen d’un
robinet.
INâTKÜCTlONS POUR LA LUTTE CONTRE LES MOUSTIQUES 295
9“ Il faut pétroler régulièrement (tous les quinze jours) les
bassins, citernes, puits, égouts, fosses d’aisances.
Dans les fosses d’aisances, on versera deux ou trois fois par
mois un verre de pétrole par mèlre carré de surface, en ayant
soin auparavant de recouvrir de toile métallique les cheminées
d’évent afin que les moustiques, chassés par l’odeur du pétrole,
ne puissent s’échapper et infester les maisons voisines.
L’utilité de ces mesures sera expliquée à la population au
moyen d’affiches illustrées, par la distribution de notices, par
des conférences et tous autres procédés de vulgarisation. Mais
leur application ne peut être confiée sans contrôle aux habi¬
tants. Certains en comprendraient la nécessité; les autres, par
négligence ou par mauvaise volonté, ne se conformeraient pas
aux indications données et ainsi rendraient inefficaces les
mesures prises par leurs voisins.
Équipes sanitaires. — Il est donc indispensable dé créer des
équipes chargées d’appliquer les règlements. Le nombre des
équipes dépendra de l’importance de la ville. Il sera tel que
chacune d’elles puisse visiter un jour par semaine les maisons
qui lui sont confiées.
Une équipe se composera de quatre hommes : trois manœu¬
vres qui travailleront sous la direction d'un chef d’équipe. Le
chef d’équipe devra connaître les moyens de rechercher les
moustiques et les procédés utilisés pour les détruire.
Les équipes auront le droit de pénétrer dans les habitations;
elles devront les visiter de la cave à la toiture, indiquer et
exécuter au besoin les réparations nécessaires, verser du
pétrole dans tous les récipients qui contiennent de l’eau.
Dans les villes pourvues d’un bureau d’hygiène, c’est le
directeur de ce bureau ou le chef du service de la désinfection
qui sera chargé de diviser la ville en secteurs, d’organiser les
équipes, de leur confier les secteurs dans lesquels elles auront
à opérer, afin d’assurer le bon fonctionnement du service.
Pour le reste du département (campagnes et villes non pour¬
vues d’un bureau d’hygiène), l’inspecteur départemental
d’hygiène ou le chef du service de la désinfection sera chargé
d’organiser le service d’après les mêmes principes et d’en sur¬
veiller le fonctionnement.
256 D--» GHAiNTEMESSE ET J. RENAULT
Protection contre les piqûres des moustiques. — La lutte anti¬
larvaire est d’une importance capitale; elle donne des résultats
appréciables dès la première année et des résultats considé¬
rables la seconde année ; elle doit être poursuivie sans relâche
tous les ans, car son abandon amènerait rapidement la pullu¬
lation des moustiques et le retour à l’état antérieur.
La lutte contre les moustiques adultes est fort difficile et à
peu près inefficace; cependant quand ils sont trop nombreux
dans une maison on cherchera à en détruire le plus possible
par des fumigations de soufre (8 grammes par mètre cube), de
poudre de pyrèthre (20 grammes par .mètre cube), de tabac
(20 grammes par mètre cube).
L’anhydride sulfureux tue les moustiques; les fumées de
tabac et de poudre de pyrèthre ne font que les engourdir, aussi
est-il nécessaire de balayer les moustiques tombés et de les
brûler, si l’on ne veut pas les voir se réveiller. Ce procédé
n’est applicable qu’aux locaux inhabités.
En général, il suffira de se protéger contre les piqûres des
. moustiques. /
11 est bon : 1° de tenir les fenêtres des chambres fermées
dès la chute du jour et pendant toute la nuit;
2® Soit de répandre dans les chambres, avant de se coucher,
des vapeurs d’acide phénique, de menthol, d’éther, soit de
brûler, selon un usage répandu dans le Midi de l’Europe, des
fidibus, cônes ou pastilles à base de fleurs de pyrèthre, ou,
comme en Italie, de la poudre de zanzolina, mélange de bou¬
tons de chrysanthèmes et de racines de valériane.
Malheureusement, l’action de ces vapeurs ou fumées n’est
que passagère ; après quelques heures les moustiques sortent
de leur engourdissement, volettent et piquent le dormeur.
3® On recommande aussi d’enduire le corps de pommades,
qui empêchent les moustiques de piquer, ou d’essences, de
décoction de quassia amara, qui les éloignent.
Ces précautions rendent les moustiques supportables; elles
sont habituellement suffisantes dans nos pays où les mous¬
tiques ne sont guère que gênants. Mais, s’il existe dans une
région des paludéens, des sujets atteints de filaire ou de fièvre
jaune, il est nécessaire d’avoir recours à des mesures de pro-
INSTRUCTIONS POUR LA. LUTTE CONTRE LES 3HOUSTIQUES 297
tection plus efficaces. Voici celles qui rendent de grands ser¬
vices aux colonies :
Précautions pour les sorties. — i" Il est recommandé de ne
pas sortir le soir. Les personnes qui sont obligées de sortir
portent une voilette qui s'adapte sur le chapeau et recouvre la
tête et le cou. Les mains sont protégées par des gants dé peau,
les pieds par des bottes, dans lesquelles pénètre le bas du
pantalon.
Moustiquaire. — 2“ La nuit, le dormeur se protège par une
moustiquaire ? elle est formée par une pièce dé tulle ou de
mousseline de 3 mètres 1/2 sur 6 mètres au moins, en fil gros
pour résister aux fractions, avec des mailles de 1 millimètre à
1““5 de diamètre; on la jette sur deux arceaux semblables fixés
l’un à la tète, l’autre au pied du lit; les bords sont bordés
sous le matelas de chaque côté pour empêcher les moustiques
de pénétrer.
La moustiquaire ne convient que pour les heures de som¬
meil. Il existe des chambres {)ortatives en toile métallique où
l’on peut se tenir le soir.
Grillage pour les maisons. — Enfin, dans certains cas, il peut
être utile de protéger une maison en grillageant toutes les
ouvertures. On emploie une toile métallique en fer galvanisé,
dont les mailles n’ont pas plus de 1 millimètre de côté; on la
tend sur des cadres de bois dont les montants ont au moins
7 centimètres de large sur 3 centimètres d’épaisseur.
Fenêtres. — Les cadres grillagés sont scellés avec du ciment
dans l’ouverture des fenêtres.
Lorsque les volets sont extérieurs, le grillage est placé entre
la fenêtre e^le volet et on fait au grillage un petit guichet qui
permette d’ouvrir le volet. Les volets intérieurs sont préfé¬
rables parce qu’on n'est pas obligé d’ouvrir le grillage pour
ouvrir les volets.
Portes. — Les portes sont doublées d'un cadre mobile fermé
automatiquement par un ressort. Il est prudent de placer sur
le bas du portant des cadres porte-grillage une planchette
garnie d’un bourrelet d’étoffe et pouvant se déplacer librement
de bas en haut dans une glissière, de façon à obturer constam¬
ment, dans toutes les positions de la porte, l’espace libre dû à
298 D'» CHA.N'TEMESSE ET J. RENAULT
l’iaégalilé du seuil. Le cadre-porte est enlevé l’hiver et replacé
au printemps.
Un tambour grillagé est préférable. Il est établi de telle
sorte que les deux portes ne puissent s’ouvrir simultanément :
avant d’ouvrir celle qui donne accès dans l’habitation, on
s’assure qu’aucun moustique n’a pénétré dans le tambour.
Toutes les ouvertures, -(lucarnes, trappes d’escalier, soupi¬
raux, tuyaux d’aération et de ventilation) sont grillagées de
manière définitive.
Cheminées. — Les cheminées dans lesquelles on ne fait pas
de feu en été sont protégées par un châssis en toile métal¬
lique, enlevé l’hiver.
Les cheminées des cuisines doivent être protégées par un
grillage métallique placé, non à leur extrémité supérieure où
il empêcherait le tirage, mais à l’extrémité inférieure des
hottes.
Il est préférable de reihplacer les cheminées et les hottes par
les fourneaux dits économiques à tuyaux de tôle. S’il n’est pas
possible de prendre ces mesures, il faut isoler la J cuisine du
reste de l’appartement par un cadre porte-grillage intérieur.
Les" vérandas et terrasses sont couvertes par des grillages
métalliques.
En installant les cadres grillagés, il est important de veiller
à ce qu’il n’y ait pas de planches fendues, de nœuds dans le
bois, de seuil déjeté, de même qu’il faut éviter d’employer des
serrures à clef, la moindre fente laisse passer les moustiques,
notamment l’anophèle à jeun.
REVUE DES JOURNAUX
299
REVUE DES JOURNAUX
La mission américaine pour la lutte contre la tuberculose en France,
par P. Desfosses {La Presse Médicale, 1917, annexes, p. 588).
Si le programme que prépare cette mission se réalise, pour la
première fois, daus l’histoire du monde, on verra une nation venir
en aide à une autre, au point de vue hygiénique, sur une aussi large
échelle.
Les Américains ont observé la possibilité d’une diffusion particu¬
lière de la tuberculose, grâce aux conditions de vie créées en France
par la guerre. Tandis que les armées françaises défendaient victo¬
rieusement le pays, la nation risquait d’être décimée par un autre
fléau ; aussi essaient-ils d’agir.
On saisit bien l’évolution méthodique de la pensée américaine.
L’hiver dernier, la fondàtion Rockefeller envoya en France une pre¬
mière mission chargée de savoir si, du fait de la guerre, un danger
particulier pour le pays provenait de la tuberculose ; la réponse fut
affirmative. Une deuxième mission, arrivée depuis deux mois, pré¬
pare l’applicatiiyi et l’adaptation à la France des méthodes antitu¬
berculeuses d’Amérique.
11 est essentiel que le Corps médical français sache bien dans quel
esprit les Américains entendent cette collaboration. Le problème de
la tuberculose, tel qu’il se présente aujourd’hui en France, offre un
champ extraordinairement étendu, tout prêt à recevoir les secours
que pourront lui apporter d’autres pays, pour l’aider à trouver une
solution. Si les plans en préparation sont réalisés, il ne faudra pas
plus de cinq ans à la France pour être aussi bien outillée dans la
lutte contre la tuberculose que le sont les États-Unis, après quinze
années de travail actif.
En outre, les Américains sont pénétrés du fait que leur tâche ne
consiste pas à donner des leçons, mais simplement à offrir l’aide
dont la France a besoin; ils savent qu’il y a des dispensaires, des
sanatoriums et des hôpitaux, construits et installés suivant les idées
les plus modernes, et que cela a été accompli en temps de guerre.
Il serait prématuré, à l’heure actuelle, de donner le plan de cam¬
pagne de la mission, d’autant plus qué ce plan est susceptible d’être
modifié. D’une façon générale, les Américains envisagent, dès
maintenant, trois ordres de facteurs ; i° organisation en certains
points, à Paris et en province, d’un ensemble complet antituber¬
culeux, dispensaires, infirmières à domicile, etc., suivant les grandes
lignes des organisations similaires des Etats-Unis et de France
d’àprès un système s’adaptant aux mœurs françaises ; 2° secours à
apporter en cas d’urgence, sans attendre que l’organisation soit
300 REVUE DES JOURNAUX
complète ; 3° caippagne d’éducation populaire, selon les méthodes
qui se sont montrées efficaces en Amérique : exposition ambulante,
conférences, démonstrations, projections photographiques, cinéma¬
tographie, etc.
I La Commission Rockefeller ne commence pas une campagtfe
antituberculeuse en France ; elle trace les plans de cette campagne,
elle étudie le terrain. Si, ultérieurement, elle est convaincue par ses
observations que la cooporation américaine peut rendre service à la
France, et que cette coopération est désirée par la France, c’est à
ce moment que commencera la véritable campagne franco-améri¬
caine contre la tuberculose.
F.-H. Renaut.
Quelques considérations sur le travail des. femfies dans les établisse¬
ments de la marine, par M. le D'’ Doclot, médecin principal de
réserve, inédecin-major à Indret {Archives de médecine navale,
2» semestre, 1917, p. b).
A l’usine d’Indret, où bOO ouvrières.^le sixième, du personnel total)
ont été embauchées en 1916, l’effort fourni par les femmes a été suf¬
fisant, comparé à celui des hommes, en tenant compte de la vigueur
et de l’habitude moindres, infériorités qpi, bien souvent, ont été
compensées par l’habileté, l'énergie et la volonté.
Le recrutement des ouvrières, dans son immense majorité, a été
fait parmi les travailleuses de la terre, les professionnelles des ate¬
liers de couture, les servantes, etc. Tous les métiers féminins ont fourni
leur contingent de rei^rues, jusqu'aux jeunes filles de familles aisées
avant la guerre. Donc, peu d’embauchées usinières, par suite,
apprentissage à faire, accoutumance à acquérir et coefficient de ren¬
dement diminué pendant un assez long temps.
La répartition des divers postes dans les dilférenis ateliers a été
faite au mieux de l’àge, de là force et de l’aptitude; les demandes de
changement ont toujours été accueillies avec bienveillance.
L’état sanitaire, dans son ensemble, a été bon. Toutefois, la mor¬
bidité générale, 12 p. 100, a été relativement élevée, comparative¬
ment à celle des ouvriers mobilisés, 10 p. 100, et surtout à celle des
ouvriers immatriculés, b p.. 100. Les raisons sont le surmenage, la
dépression consécutive, la tension générale, la réglementation des
heures de travail et le changement total d’existence. Il faut y ajouter
les longues courses pour venir à l’usine, dans les conditions climaté¬
riques assez dures de l’estuaire de la Loire.
Là dextérité naturelle de la femme motive le nombre très res¬
treint des accidents de travail, inhérents à la vie usinière et constatés
chez les ouvrières. Les hommes, plus forts et souvent maladroits
malgré leur habitude, sont inférieurs, sous ce rapport, à leurs
compagnes d’atelier.
La loi du travail est formelle : si l’employeur veut obtenir un bon
rendement de son employé, il faut qu’il aide celui-ci le plus efftca-
REVUE DES JOURNAUX
cementpossible dans tous ses besoins de la vie matérielle, et, en
premier lieu, qu’il veille ti-ès strictement à l’application des règles de
l’hygiène. Ce principe devient plus formel encore vis-à- vis des
ouvrières d’usine, de tous âges et de toutes conditions.
Les principaux desiderata sont: facilité des moyens de locomotion,
propreté, aération, ventilation, chanITage des locaux dans la
meilleure mesure possible, latrines, lavabos, vestiaires, réfectoires.
Tous ces locaux sont uniquement fréquentés par les femmes, dont
on supprimera, autant que faire se peut, par ailleurs, la promiscuité
avec les hommes, l’usine n’étant point une école moralisatrice..
A l’établissement de la marine d’Indret, tous ces locaux ont été
rapidement construits et aménagés, les règles de propreté et de
désinfection observées; une cantine ouvrière y fopctionne ; un ser¬
vice régulier à vapeur, gratuite! confortable, prend, àNantes et aux
environs, les nombreuses ouvrières habitant la ville et ses environs.
L’emploi de la femme en étal de grossesse est compatible avec les
exigences du travail demandé dans les fabriques de munitions. A
Indret, toutes les mesures médicales et bienveillantes possibles sont
prises pour que l’ouvrière enceinte mène à bien sa gestation : chan¬
gements d’ateliers, postes peu pénibles, assis, repos répétés, inter¬
diction du travail de uuit, repos payé à domicile un mois avant et un
mois après l’accouchement, nouvelle convalescence s’il y a lieu.
Il n’a pas été possible d’installer des salles d’allaitement, en raison
de l'éloignement général du domicile qui ne permettrait pasle trans¬
port des enfants, surtout dans la mauvaise saison, mais les primes,
les soins et médicaments gratuits facilitent le plus largement l’ex¬
tension de l’allaitement maternel parmi les ouvrières habitant dans
nie ou à proximité.
F.-H. Rexaut.
L'évolution de la paralysie générale chez les officiers combattants,
par le D' Roger Mignot, médecin en chef de Charenton (La Presse
médicale, 1917, p. 487).
D’une façon habituelle, la paralysie générale met de 3 à o ans à
effectuer son évolution. Parfois, elle se prolonge pendant 7, 8 années
et même davantage ; inversement, elle peut se terminer en quelques
mois. En ce qui concerne la fréquence relative des paralysies géné¬
rales à marche rapide, d’après l’observation personnelle de l’auteur
à Charenton, sur 100 cas, il n’y en a que 8 qui évoluent en moins
d’un an.
Les causes de cette évolution rapide restent imprécises. Assez
souvent, on note, dans les antécédents, l’association à la syphilis
d’infections diverses, d’intoxicatians exogènes et endogè^s, et
même alimentaires. Actuellement, pendant la guerre, la paralysie
générale apparaît comme entraînant très fréquemment une fin plus
brusque chez les combattants.
Depuis le août 1914, il est entré à Charenton 14o militaires
302
REVUE DES JOURNAUX
atteints de paralysie générale et SO y sont décédés. Mais, tous
n’entrent pas dans la statistique en question; car ies soldats, et les
sous-officiers ne restent hospitalisés que le temps nécessaire pour
obtenir la réforme; ils reçoivent ensuite des destinations diverses.
Les officiers, au contraire, restent, sauf rémission, jusqu’à leur
mort. Ils entrent seuls en ligne de compte, d’autant plus que cette
sélection permet dé fixer, avec plus de certitude, le début de l’affec¬
tion ; on ne peut admettre qu’exceptionnellement qu’un offlciër
remplisse au front ses fbnctions pendant un temps prolongé, quand
la f)aralysie générale est en cours. Enfin, en temps de paix, Cha-
renton reçoit la majorité des officiers qui deviennent aliénés dans
la région de Paris. Il est donc possible d’observer quelle est, dans
le même groupe social, l’influence de la guerre sur l’évolution
d’une maladie déterminée.
Chez 16 officiers n’ayant pas pris part à la guerre, la durée
moyenne de la paralysie générale a été de 36 mois. Dans un seul
cas, sur les 16, l’évolution a été inférieure à un an.
Chez 11 officiers ayant pris part aux opérations de guerre ou
ayant vécu dans la zone de l’avant, sous le feu de l’ennemi, pendant
plusieurs mois, l’évolution a été la suivante : 4 fois la durée a été
inférieure à 6 mois ; 3 fois à 12 mois ; 4 fois supérieure à un an.
Ainsi, sur 11 cas de paralysie générale chez des combattants, 7 ont
évolué d’une façon anormalement rapide. Pour ces 11 officiers, la
durée de la maladie a été en moyenne de 10 mois.
On objectera que cette durée moyenne sera différente, quand les
officiers paralytiques encore vivants seront morts. Pour que l’écart
devienne sensible, il faudrait que ces paralytiques encore en vie
soient nombreux et évoluent tous selon le mode normal. Or, 6 offi¬
ciers combattants sont actuellement en traitement et 2 sont malades
depuis moins d’un an. On pourra plus tard établir, de façon précise,
la durée moyenne dp la paralysie générale chez les combattants;
mais, dès maintenant, on peut affirmer que les formes galopantes
s’observent avec une fréquence exceptionnelle, 7 fois sur 17 cas.
Puisque les fatigues, les émotions et les traumatismes de la guerre
sont susceptibles de modifier, d’une façon sensible, l’évolution de
la paralysie générale, il semble que l’on ne puisse pas leur refuser
de jouer un rôle dans l’étiologie. La syphilis est le facteur essentiel,
mais, en affirmant qu’elle est le facteur nécessaire, suffisant et
unique, on va au delà de ce qui est scientifiquement établi. Une
telle allégation pourrait entraîner des conséquences préjudiciables
aux paralytiques généraux.
F. -H. Renaut.
Sur la résorption du catgut, par A. Goais et P. Rolland (Annales
de l’Institut Pasteur, 1917, p. 269).
Au cours des recherches des auteurs sur le catgut, l’importance
de la résorption de cette ligature a retenu leur attention. A l’insti-
REVUE DES JOURNAUX
galion de M. A. Goris, son ancien interne en pharmaçie à la Maison
municipale de Santé, M. Rolland, actuellement chef de laboratoire
du D'' Cunéo, a poursuivi cette étude et a imaginé les techniques des
expériences se rapprochant le plus possible des conditions de la
pratique chirurgicale ; il a pu suivre attentivement les différentes
phases du phénomène.
Deux séries d’expériences ont été faites sur des cobayes de
500 grammes environ et sur un chien de moyenne grosseur, dans le
but d’étudier la résorption de catguts, composés du même nombre
de lanières et fabriqués d’après des formules différentes. Ces essais
tendent moins à déterminer exactement en combien de jours tel ou
tel catgut se résorbe, qu’à saisir le mode de résorption et à appré¬
cier dans quelle mesure peuvent influer sur cette résorption les
traitements chimiques que l’on fait subir, soit aux catguts flnis,
soit aux lanières conjonctives qui les constituent.
Il est logique de penser que l’écartement de ces lanières doit
faciliter la résorption, en favorisant la pénétration phagocytaire.
La confection du nœud pouvant produire mécaniquement cet écar¬
tement, l’une des séries d’expériences porte sur la résorption d’un
brin rectiligne, l’autre sur la résorption d’un catgut noué dans les
conditions chirurgicales habituelles. Chaque corde était d’une gros¬
seur aussi égale que possible à 50 centièmes de millimètre, grosseur
correspondant à un catgut n“ i ou n“ 5 de la classiflcation décimale.
L’examen des coupes permet de constater que les catguts en
expérience sont tous modifiés dans leur texture et plus ou moins
envahis par les phagocytes. En se basant sur celte plus ou moins
intense pénétration des cellules migratrices, on peut poser les
conclusions suivantes :
i» Par ordre de résistance décroissante, les différents catguts se
rangent ainsi ; eucalyptolé, formolé, oxygéné, au nitrate d’argent,
à l’oxycyanure de mercure, chromé, protargolé, collargolé, iodé.
2“ D’après les coupes, on peut affirmer que les traitements chi¬
miques que l’on fait subir aux lanières n’augmentent pas toujours
la durée de résorption, qui paraît déjà suffisamment longue pour
le catgut oxygéné ordinaire.
3“ Certaines de ces substances, en particulier l’iode et le col-
largol, paraissent au contraire provoquer une modification beau¬
coup plus rapide du catgut.
4» La pénétration des macrophages se fait d’abord par les
fissures de torsion ; elle ne paraît pas plus active au niveau des
extrémités sectionnées, contrairement à l’opinion admise.
5° La rapidité de résorption des catguts dépend de la qualité
physique de la corde, et secondairement de la nature des substances
chimiques qui l’imprègnent. Une corde, dont les lanières ne sont pas
très adhérentes, est plus rapidement l'ésorbable qu’une corde
homogène, qui se laisse difficilement pénétrer par les macro¬
phages. D’autre part, la modification du catgut est plus rapide
REVUE DES JOURNAUX
30 i
encore, si ce dernier est imprégné d’une substance douée d'un chi-
miotaxisme positif vis-à-vis des phagocytes.
F.-H. Renaut.
Une petite épidémie d’amibiase sur le front, par MM. A. Fooiîs,
médecin-major de 2“ classe, médecin-chef, et Henbi Bouchet, méde¬
cin aide-major de l" classe, médecin traitant à l'ambulance X...
[la Presse médicale, 1917, p. 45o).
Depuis 1915, des cas de dysenterie amibienne, avec complications
hépatiques, ont été observées parmi les troupes en campagne. Plu¬
sieurs médecins militarisés en ont publié des obsérvations, et
quelques-uns insistent sur la fréquence des formes larvées et la •
difficulté du diag^iostic.
Les auteurs ont pu étudier un certain nombre de cas d’amibiase,
survenus pendant l’été de 1916, et dont les symptômes cliniques^
confirment bien la description antérieurement donnée.
Ces cas sont particulièrement intéressants pàrce qu’ils ont apparu
sur un point déterminé du front et qu’ils ont été localisés parmi les
hommes d’une section d’infanterie métropolitaine, occupant un
point d’appui de première ligne; ils ne paraissent pas s’être pro¬
pagés dans le reste de la compagnie, réunie cependant en ce point.
11 s’est développé dans cette section une véritable épidémie
d’amibiase ayant produit des. cas d’abcès du foie et des cas larvés
dont le diagnostic eût été particulièrement difficile si l’attention
n’avait été éveillée sur ce point. La difficulté du diagnostic a été
augmentée par l’absence presque totale de phénomènes dysenté¬
riques.
Quatre fois, les lésions hépatiques ont abouti à des abcès du foie
chez des malades, fatigués et prostrés depuis une dizaine de jours,
qui avaient eu, à une date plus ou moins lointaine, une émission de
selles muco-sanguinolentes. Trois malades ont été opérés, le qua¬
trième eut une vomique purulente, dont l’évolution antérieure avait
fait songer^à une pleurésie diaphragmatique.
Des cas analogues, provenant de la même compagnie d’infanterie,
étaient dirigés sur d’autres formations. Une enquête médicale sur
place fut faite pour découvrir l’origine de ces cas d'alhibiase. Un
certain nombre d’hommes fut examiné au point d’appui même,
occupé par la"section contaminée. Tous étaient bien portants, sauf
cinq, qui, sans se déclarer malades, se plaignaient de lassitnde
générale et de céphalée, la plupart se disaient constipés.
L’examen de ces hommes révéla une hyperesthésie cUlanée de
l’abdomen, particulièrement au niveau du foie et 'une légère sub¬
matité dans la région splénique. Parmi eux »e trouvait le caporal
d’ordinaire de la compagnie ayant séjourné pendant de longues
années à Beyrouth, où il avait contracté le paludisme. La mise en
observation à l’ambulance s’imposait.
Les selles furent examinées à plusieurs reprises. On découvrit des
REVUE DES JOURNAUX
305
kystes d’amibes de la dysenterie chez deux malades seulement. Un
seul présenta des kystes pendant trois mois; les autres purent
rejoindre rapidement leur corps.
Il semble que l’épidémie d’amibiase se soit arrêtée dans- cette
compagnie, dès le moment où les malades furent pris en observa¬
tion à l’ambulance. Ce fait autorise à émettre l’hypothèse que cette
épidémie était due à un porteur de germes, sans doute le caporal
d’ordinaire qui, peut-être, distribuait le pain et les. aliments avec
des mains souillées, bien que l’examen de ses selles, pratiqué deux
fois, ait été négatif.
La conclusion qui se dégage de ces faits c’est que les formes
larvée? de l’amibiase sont certainement très fréquentes et risquent
d’être méconnues, en raison même de l’absence de dysenterie et
de désordres intestinaux.
F,-H. Ren.\dt.
Études épidémiologiques et prophylactiques du paludisme. Treizième
et quatorzième campagnes en Algérie en 1914 et 191b, par Edmond
Sergent et Etienne Sergent [Institut Pasteur d’Algérie] {Annales de
rjnstitût Pasteur, i9i~, p. '
En 1914, les fièvres ont subi une recrudescence sensible en de
nombreuses localités, et en 1915, on assista à une épidémie géné¬
rale, parfois très violente, rappelant celle de 1904. Les cas mortels
ont été nombreux.
Les années 1914 et 1915 ont été marquées par des hivers et des
printemps pluvieux. La nappe souterraine est remontée. Des excé¬
dents d’eau ont été amenés dans les exploitations agricoles ; l’eau
abondante de plusieurs puits artésiens stagne dans les fossés, faute
d’écoulement. Les anophèles y pullulent et propagent chez les*
habitants de la ferme le virus des'indigènés voisins.
Les conditious nouvelles, créées par la guerre, ont favorisé, en
beaucoup d’endroits, la pullulation des moustiques. La mobilisation
générale a enlevé un grand nombre de travaillenr.-i européens; les
travaux d’assainissement des marécages ont été suspendus ; dans
beaucoup de propriétés particulières, l’entretien des canaux d’irri¬
gation, des drains, a été négligé. Les chantiers antilarvaires du Ser¬
vice antipaludique ont dû arrêter leur fonctionnement pendant
plusieurs mois.
Les index épidémiques (pourcentage des grosses rates) relevés en
1914 et en 1915 ont été de 11,6 p. 100 et de 18,9 p. 100 dans les
localités les plus palustres des trois départements d’Algérie. Les
tableaux des résultats des examens<microscopiques du sang de sujets
habitant des localités paludéennes, montrant constamment la pré¬
dominance des parasites par l’hématozoaire avec infection de la
tierce bénigne, quelques cas présentent l’infection simultanée par
tierce bénigne et par tierce maligne. La moliilisation, survenue au
moment de la canicule, a favorisé la dissémination et l’exaltation
XL — 20
7. d’HYG.
306
REVUE DES JOURNAUX
du virus paludéen. Le parasite de la tierce bénigne a causé, à lui
seul, la mort de nombreux Européens et indigènes. La flèvre bilieuse
hemoglobinurique a été signalée dans la Mitidja, dans la région de
Bône.et à Batna.
Le Scfvice antipaludique a continué la lutte dans les 'mêmes
localités que les années précédentes. La quinisation des indigènes
a été poursuivie par 18 agents, sous la direction des médecins
locaux; Je nombre des personnes quininisées dépasse 3.000;
1.000 enfants des écoles ont reçu les dragées de chlorhydrate de
quinine de 0 gr. 20 par l’intermédiaire des instituteurs et des insti¬
tutrices. 230 kilogrammes ont été utilisés en 1914 et 21S en 191b.
Les pastilles de chocolatine au tannate de quinine rendent de grands
services pour la quinisation des tout petits.
Les petites mesures antilarvaires ont été, en plusieurs points,
interrompues quelque temps. La conséquence a été la réapparition
des fièvres, que la reprise des travaux a vite réprimé. La défense
mécanique des habitations au moyen de grillages est continuée par
les Compagnies de chemins dè fer et par certaines administrations.
La meilleure protection des ouvriers agricoles et des soldats est
l’emploi de la moustiquaire portative et personnelle. Le poids de la
monture, en fil de laitoiî, est de 4b0 grammes, elle est composée de
dix morceaux de 0'“26 de long; le tulle est en mousseline de soie,
de forme rectangulaire, ayant 4“50 sur 3™50; il ne pèse, avec son
sac, que 260 grammes. Cette moustiquaire a l’avantage de pouvoir
être placée sur n’importe quel lit, sur un matelas étendu par terre,
sur une natte, une toile de sac, sans qu’il soit nécessaire de l’accro¬
cher ou de la suspendre.
L’observation attentive des’efforts faits penddnt quatorze ans, pour
appliquer les procédés de prophylaxie antipaludique dans les loca¬
lités fiévreuses de l’Algérie, a montré, en résumé, que : 1° partout
est possible l’amendement du réservoir de virus paludéen par la
quininisation, à domicile, des indigènes par un agent européen;
2“ en certaines localités, les mesures antilarvaires suffisent à main¬
tenir en échec les anophélines; 3“ la défense mécanique ne s’est
étendue que, dans certaines administrations et chez trop peu de
particuliers ; elle mérite une plus grande extension, car elle met à
l’abri non seulement des moustiques, mais des mouches, cette aulre
plaie des pays chauds.
F.-H. Renaut.
VARIÉTÉS
307
VARIÉTÉS
ÉCOLE SPÉCIALE D’ARCHITECTURE
Concours d’Architecte salubriste (1917-1918).
I. — Salubrité de la Métropole. Une ferme de grande culture.
Argument préambnlaire de restitution.
La dévastation par l’ennemi des régions envahies entraîne la
conception et la réalisation d’aménagements et d’édiflces corres¬
pondant à tout ce que la science moderne permet d’entrevoir.
Il faut qu’il en soit ainsi ; en dehors de quoi notre temps s’expo¬
serait aux judicieuses critiques de la postérité se montrant incom-
préheusive, comme ce serait son droit, d’une époque où l’humanité
n’aurait pas été à même d’aborder le problème de l’habitation, en
accord avec les connaissances déjà répandues. Et les droits de là
propriété, mis sans cesse en avant, ne sauraient autoriser des initia¬
tives de nature à la compromettre. Son intérêt bien compris
apparaît à quiconque sait le mettre au point, comme devant kre
subordonné à des considérations d’ensemble s’étendant à l’avenir
et dont nul ne doit se répartir, sous peine d’exposer la valeur de
cette propriété à une dépréciation notable, et cela dans un délai
assez proche.
‘ D’autre part convient-il également de ne rien négliger en ce qui
est de nature à combler les desiderata de l’esprit humain eu égard
à l’âme de la nation laquelle se résume partiellement dans le mot
« beauté » s’unifiant, pour ainsi dire, en la circonstance, avec les
exigences de confort et de salubrité.
Objet impérieux de réflexions étendues et de méditations appro¬
fondies pour tout esprit animé par la généreuse mission de restituer
au territoire, qui fut victime de l’invasion barbare, une plénitude
vivante et toutes les activités que peuvent comporter ces régions
éprouvées.
A ce propos, serait-il impardonnable de ne point tenir compte
des traditions locales ou régionales, qui déjà furent înotif à des
études intéressantes, souvent brillantes, qui furent faites sur place.
Elles ont pour trait signalétique de rappeler avec talent bien des
installations pittoresques, auxquelles nous ne saurions nous montrer
trop sensibles.
Mais il y aurait erreur à se laisser exclusivement dominer par des
solutions déterminées à l'avance, quelque frappantes qu’elles soient
par leur aspect séduisant : car les gestes passés ne peuvent corres¬
pondre à la profonde réalité des exigences contemporaines. Gepen-
VARIÉTÉS
SOS
dant elles en demeurent, quand même et par leur exemple, un
modèle ou un document intéressant ce que doivent inspirer les
conceptions contemporaines. Pour être pittoresques, c’est-à-dire en
vue de se conformer au tableau figuré des diréctions auxquelles
obéissent les cerveaux et les cœurs de l’époque, celles-là sont
appelées à tenir compte d’une infinité de données, contribuant
toutes à établir, dans l’histoire, des documents en ce qui touche à
la période que traverse l’humanité présente et dont la France,
ainsi que la Belgique, la Serbie et l’Italie elle -même, resteront des
champs où la gloire devra se mesurer à l’âpre sévérité des épreuves
territoriales.
Désormais il n’y a plus, pour l’architecture, de réalisation, qui
échappe aux conditions d’harmonie générale. Cette dernière com¬
prend et les convenances du site et les minutieuses aspirations au
bien-être de même qu’à la santé, l’une et l’autre de nature à
ordonner les activités destinées à combler la richesse économique,
dont l’après-guerre devra répartir les bénéfices à tous les peuples
de l’entente.
La restitution des régions envahies est, pour l’art contemporain,
motif à installations accusant une diversité de traits que les connais¬
sances du moment font entrevoir et qui, par l’éventualité présente,
deirieureront vraisemblablement des repères légués à la science du
lendemain. En outre, il est urgent d’en tenir compte : l’expérience
locale se double de celle que le voisinage des régions territoriales
mettrait à portée des intelligences pour ce qui touche à la localité
direclement intéressée, et en dehors des us et coutumes y prédo¬
minant. 11 n’y a pas d’art, en effet, qui ne tende à amorcer et
orienter une tradition nouvelle. Et l’abondance comme la variété
des moyens de communication et de transport s’affirment dans nos
jours en vue d’autoriser un idéal abondant en solutions encore
imprévues dans lé passé.
Progr.amme.
Le territoire de culture ne couvre pas une superficie moindre de
200 hectares.
Le choix de son emplacement sera déterminé par les concurrents
eux-mêmes. Mais chacun d’eux portera son attention à choisir une
région différente de ses camarades.
Il établira son installation agricole; soit dans le Nord, soit dans
VEst, soit en Champagne et Ile-de-France.
Une grande cour d’une superficie répondant à l’importance des
cultures est caractéristique de la ferme. Elle est en rapport avec
l’étendue des terres à cultiver, ce qui entraîne pour ladite cour,
une surface approximative de 2.000 mètres. Les divers bâtiments
agglomérés à la périphérie y donneront satisfaction à tous les ser¬
vices que suppose pareille importance d’exploitation.
VARIÉTÉS
309
Tout d’abord se présente à l’esprit l’habitation du fermier et de
sa famille pouvant être assez nombreuse. Cette habitation est à
pourvoir de toute l’aisance désirable à notre époque, pour des tra¬
vailleurs engaseant des capitaux respectables et administrant une
propriété terrienne de semblable étendue. Inutile d’insister sur la
salubrité des différentes installations que comporte l’habitation du
fermier et de sa famille : elle ne saurait être d’une rigueur assez
stricte.
En outre, la ferme comprendra :
Une écurie, pour 20 chevaux ;
Une étable, pour 40 bêtes à cornes;
Une bergerie, pour 400 moutons ; ,
Une porcherie, pour une quinzaine de porcs ;
Un poulailler, pour 200 poules ;
Un clapier, pour une cinquantaine de lapins ;
Deux granges (Tune de 800 mètres, l’autre de 500 mètres);
Des remises pour le matériel de culture et différents hangars,
adaptables au garage commode des voitures et des charrettes.
Une plate-forme à fumiers, d’une superficie équivalente à
200 mètres avec fosse à purin, sera placée à portée de l’étable et en
dehors de la cour.
Il n’est pas sans intérêt d’attirer l’esprit des concurrents sur le
caractère et l’importance plastique que suggère l’entrée d’une
ferme 'comme celle-là. Elle doit, en effet, s’accuser, à la mesure
caractéristique de la cour à considérer : telle une sorte de symbole,
par rapport à l’étendue superficielle des terres en culture.
Eufiri, messieurs les élèves ont entendu les leçons d’hygiène
s’appliquant à jeter dans leur esprit les desiderata qu’il y a lieu
de réaliser, quand il s'agit de loger la diversité des animaux énu¬
mérés plus haut.
Travaux a produire.
L’étude, soumise à l’élaboration de messieurs les élèves, com¬
prendra :
1® Un plan de situation à l’échelle de : 0“001 par mètre ;
2® Une perspective d’ensemble ;
3® Plans, coupes, élévations des différents bâtiments à l’échelle
de : 0'"002 par mètre ;
4® Détails des installations spéciales à l’échelle de : 0“00o par
mètre ;
5“ Mémoires succincts, et de nature à déterminer ;
a) La région choisie et ses traits saillants ;
b) L’esprit général du parti adopté ;
c) Les principes qui lui ont servi de guide ;
d) Les avantages sanitaires qu’il apporterait au logement des ani¬
maux;
VARIÉTÉS
e) Les traits caractéristiques de raménagement agricole eu égai’d
à l’alimentation en eau et à l’évacuation des liquides résiduaires et
des matières usées ;
6» Une évaluation des dépenses que supposerait l’installation au
mètre superficiel.
Nota. — Les concurrents sont priés de réunir leurs différentes
études dans des cartons, qu’ils remettront à l’Administration le
samedi 29 juin à 5 heures.
Jugement.
Dispositif d’ensemble . 80 points.
Aménagement détaiilé dé l’installation . . 90 —
Évaluation des dépenses . 30 —
Total . 200 points.
II. — Salubrité coloniale. (Latitudes intertropicales.)
Ferme-École et Laboratoire d'essais en Afrique Occidentale.
Avant-propos.
La France étend son influence nationale sur un empire colonial '
des plus grandioses en Afrique. Et les contrées cfu Niger en sont
effectivement une représentation, au voisinage de l’Atlantique.
Dans les régions que le cours du fleuve traverse, il y aurait, eu
égard aux nécessités métropolitaines de l’entente, à y développer
une production encore inconnue, en conséquence du manque d’au¬
dace capitaliste trop souvent manifeste en Europe. Et, d’autre part,
il conviendrait d’amorcer' une éducation indigène permettant à l’au¬
tochtone main-d’œuvre de se discipliner en vue de prendre une
valeur inconnue, du fait de l’inaptitude locale^ tout effort soutenu,
d’accord avec la prévoyance de l’avenir. Grâce à un travail appro¬
prié aux différentes saisons (8 mois de sécheresse et pluies de la
saison hivernale), serait-il possible de s’assurer une production à
même de combler et au delà les besoins couramment réclamés jus¬
qu’ici de l’importation étrangère.
La France-École, que ces lignes évoquent, s’appliquerait à déve¬
lopper une éducation pratique des usages en conformité de l’agri¬
culture intertropicale. Elle s’ouvrirait aux Européens inexpéri¬
mentés, jusqu’ici, des points de vue spéciaux à semblables régions,
bien qu’ils aient été pourvus de connaissances générales éprouvées
par la métropole et préparant à la compréhension de ce que peu¬
vent réclamer les régions équatoriales.
Mais, en dehors de cette clientèle européenne, n’est-on en droit
de négliger a fortiori l’éducation de la main-d’œuvre indigène, que
VARIÉTÉS
311
les missionnaires, -déjà éclairés, de l’agriculture nouvelle n’auront
garde de laisser inactive, en circonstances aussi prédominantes
d’intensité productives.
La France-Ecole, qu’il s’agit ici d’envisager, serait à établir en un
point quelconque des régions où le Niger est assimilable à une base
de transport naturel. Elle comprendrait, notamment : un labora¬
toire, un jardin et territoire d’essais, une exposition des divers pro¬
duits que les-climats similaires feraient entrevoir comme suscepti¬
bles de concourir à la richesse du monde contemporain.
De ce qui précède il résulte naturellement deux clientèles urgentes
à distinguer : d’une part, la clientèle européenne destinée à une
direction devant s’étendre proportionnellement aux connaissances
et à l’expérience des nouvelles contrées; d’autre part, une popula¬
tion indigène appelée elle-même à un développement que l’on ne
saurait encore déterminer. Deux catégories d’habitations en sont
donc la conséquence : lesquelles ont trait à l’habitation européenne
et au logement des noirs autochtones. Elles se résumeront en dé¬
marcations suffisamment accusées pour entraîner des localités
essentiellement distinctes, quant à l’emplacement et en fait de dis¬
positif.
Programme d’aménagement a concevoir.
L’infini soudanien fait envisager des territoires à superficie appa¬
remment illimitée, celui qu’il convient de délimiter ici ne saurait
être inférieur, à un millier d’hectares.
La clientèle européenne est évoluable à une centaine d’individus,
non comprises leurs familles à supposer présentes dans la plupart
des cas. Et la main-d’œuvre indigène supposerait un millier de
Le territoire d’essais couvrirait une quinzaine d’hectares.
Le laboratoire serait pourvu d’appareils adéquats aux progrès réa¬
lisables en notre temps et de nature à contrôler la valeur des pro¬
duits végétaux ou minéraux et analyser la richesse plus ou moins
productive des terres. Un personnel de haute compétence est à
prévoir sur place, en vue d’y accuser une direction en rapport avec
les nécessités de l’œuvre à accomplir.
Au surplus, serait-il opportun de songer, dans une installation
i agricole d’une telle étendue, à une représentation du service éco¬
nomique spécialement désignée; en Afrique occidentale, qui peut
inspirer l’activité productive et commerciale des différentes colonies
pouvant y participer. Activités qui, indépendamment du commerce
ou des échanges, s’appliquent spécialement à l’élevage, à la tenue
des forêts, à l’industrie, aux transports. C’est là un service à ne
point négliger et dont l’importance, appréciable par les concurrents,
reste soumise à leur détermination ; telle une sorte de ministère,
comprenant quantité de fonctionnaires demeurant toujours à fixer
312 VARIÉTÉS
daQS toutes les colonies groupées de l’Occident africain, faute d’or¬
ganisation encore suffisante.
Gomme on le voit, la Ferme-École serait pour devenir uù foyer
d’exploitation et des plus efficaces en vue de répandre l’agriculture,
les échanges commerciaux, l’élevage, de sauvegarder les restes de
la végétation forestière, le tout en vue d’une création rationnelle eu
égard à l’industrie tropicale.
Le programme met en présence des solutions^ qui correspondent
aux exigences de richesses contemporaines ; et elles sont de nature
à affirmer la puissance des colonies à même d’y contribuer. Voilà
donc un problème que l’après-guerre impose d’aborder, telle une
suite réactive de la période où la civilisation se trouve pour le mo¬
ment condamnée.
Un mot encore sur l’exécution qu’il importe d’envisager. Elle doit
être confortable et salubre mais semi-provisoire, faute de matériaux
se prêtant aux exécutions durables ou résistantes.
Travaux a phoduirb.
1« Plan d’aménagement général, à l’échelle de : 0“001 par mètre;
2“ Croquis et perspective de l’ensemble ;
3» Plans, coupes, élévation des différents bâtiments à l’échelle
de : 0“004 par mètre.
Enfin un mémoire concis montrera :
Xes avantages de l’installation projetée; les modes organiques
d’exécution mis au service de la solution envisagée.
Et cela, sans négliger aucunement ; ni l’assainissement du terri¬
toire choisi; ni l’alioientalion en eau; ni la température qu’il con¬
viendrait d’assurer à toutes les localités habitées et en rapport avec
leurs différentes destinations, par des appareils frigorifiques.
Le travail demande à être complété par une supputation des dé¬
penses à prévoir.
Les concurrents se documenteront utilement au ministère des
Colonies.
Nota. — Les différentes études en concurrence seront réunies dans
des cartons; et ceux-ci déposés à l’Administration le samedi 29 juin
à 5 heures.
Dispositif d’ensemble . . 80 points.
Aménagement détaillé de l'installation. . . 90 —
Évaluation des dépenses . 30 —
Total . 200 points.
313
t69]
SOCIÉTÉ
DE MÉDECINE PUBLIQUE
ET DE GÉNIE SANITAIRE
Reoonnne d’utilité publique par décret du 8 mars 1900.
SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1918.
Présidence de M. le D'' Granjüx, vice-président.
Assemblée générale.
(i6 h. 45)
Membres présents : MM. Arnaud, Bezault, Borne, Gamescasse,
Diénert, Faivre, Granjux, Le Couppey de la Forest, Marchoux,
Marié-Davy, Paquet, Hichou, Risler, Vincey.
M. Richou, en l’absence de M. Paul Gonin, trésorier, communique
le compte rendu financier de l’exercice 1917.
Compte rendu financier.
M. Paul Gonin, trésorier, adresse ses remerciements à ceux
de ses collègues qui ont bien voulu payer leur cotisation de
19L7, en utilisant le mandat-lettre à son nom qu’il avait
314 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [70]
aHressé à tous les membres de la Société, et présente les
comptes de' 1917 et le budget de 1918.
Le budget de 1917 prévoyait :
En recettes ;
Cotisations . 5.000 fr. »
Intérêts . 1.500 fr. » 6.500 fr. »
En dépenses ;
Loyer et impôts
Convocations . .
Revue d' Hygiène
Frais divers .. .
Agent .
Imprévu ....
Disponible . . .
En réalité :
Les recettes présentent un chiffre de, . 6.855 fr. 30
Les dépenses s’élèvent à . 5.816 fr. 45
Différence. . . . 1.038 fr. 85
.... 950 fr. »
.... 300 fr. «
.... 3.000 fr. »
.... 500 fr. »
.... 1.200 fr. »
.... 200 fr. ..
. . . . 350 fr. » 6.500 fr. »'
Recettes de 1917.
Dépenses de 1917.
Cotisations.
5.122 fr. »
Loyer et impôts .
921 fr. 10
Coupons
et
intérêts.
1.733 fr. 30
Convocations . . .
Revue d' Hygiène .
Frais divers. . . .
Agent .
Imprévu. ....
233 fr. 50
2.956 fr. 25
295 fr. 60
1.200 fr. »
210 fr. »
6.855 fr. 30
5.816 fr. 45
[71]
COMPTES ET BUDGET
315
Détail des recettes de 1917.
Cotisations ( 2cotis. à 30 fr.
encaissées. ^233 cotis. à 20 fr.
Coupons et intérêts :
41 obligations Foncières. . . .
22 - . P.-L.-M .
450 fr. de rente 3 p. 100 . . .
110 fr. de rente 5 p. 100 ....
Bons du Trésor (*) .
ïntérêis et Agios .
60 fr.
3.062 fr.
fr.
390 fr. 40
315 fr. 13
430 fr. »
110 fr. »
262 fr. 30
5 fr. 25 1.733 fr. 30
(*) 28 décembre 1916
5 janvier 1917. .
l" février 1917 .
9 février 1917 . .
15 février 1917 . .
28 juillet 1917 . .
5 août 1917 . . .
!<=■• août 1917 . .
9 août 1917 . . .
1.000 à 6 mois
500 à 6 mois
3.000 à 6 mois
SOO à '6 mois
500 à 6 mois
1.000 à 6 mois
500 à 6 mois
3.000 à 6 mois
500 à 6 mois
25 fr. » 1
12 fr. 50
75 fr. >> I
12 fr. 50 (
12 fr. 50 >
25 fr. » l
12 fr. 50 \
75 fr. »
12 fr. 50 /
Détail des dépenses de 1917.
Loyer :
Principal . 900 fr. 80
Impositions . 20 fr. 30
Convocations :
Frais des réunions .
Frais divers :
Frais d’encaissement des cotisations.
Étrennes .
Papeteries.
Frais
divers : ^
12 fr. »
20 fr. »
42 fr. 05
Timbres-poste. .
( du secrétaire.
. incen
■ ( Divers
Agent : appointements.
Revue d' Hygiène :
Factures Masson, (Abonnements.)
Dessins, clichés div., fact. Masson.
Imprévu :
Couronne pour M. Launay ....
Séances sténo-daclvlo .
104 fr. 03
20 fr. »
33 fr. »
62 fr. 30
2,740 fr. »
216 fr. 23
170 fr.'
40 fr.
921 fr. 10
233 fr. 30
295 fr. 60
1.200 fr. »
210 fr.
5.816 fr. 45
316 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [72]
Le solde en caisse au 31 déc. 1916 s’élevait à. . 4 741 fr. 80
Il s’est augmenté des recettes de 1917 . 6.8S5 fr. 30
Total . 11.597 fr. 10
11 s’est diminué des dépenses de 1917 . 5.816 fr. 45
Au 31 décembre 1917, il est de . 5.780 fr. 65
A réserver :
Suivant l’article 16 des statuts :
Fonds de réserve
au 31 décembre
1916, . 44 fr. 60
Suivant l’art. 15
des statuts il
s’augmenterait
de 10 p. 100 du ,
revenu net . . . 103 fr. 90 148 fr. 50
Prix Desm azurés
1915 . 1.358 fr. 70
Prix Desmazures
1916 . 1.547 fr. 45 2.906 fr. 15 3.054 fr. 65
Laissant une somme disponible de . 2.726 fr. *
Nota. — U n’y a plus lieu en 1917 d’appliquer au prix Desmazures
de nouvelles sommes, ce prix ayant été reconstitué par les prélève¬
ments des années précédentes.
[73] COMPTES ET BUDGET 317
CAPITAL
Au 31 décembre 1916, il était de . 50.S70 fr. 83
Il s’est augmenté au cours de 1917 de la dif¬
férence des espèces en caisse :
Au 31 décembre 1916 ; 4.741 fr. 80
Au 31 décembre 1917 : 5.780 fr. 65
Il est au 31 décembre 1917 de . . .
Représenté par :
Prix d’achat.
41 obligations Foncières 1883 . 19.147 fr. »
22 obligations P. -L.-M. (fusion nouvelle). . . 10.538 fr, »
450 fr. de rente 3 p. 100 . 14.224 fr. 53
Fonds de réserve ;
110 fr. de rente 5 p. 100 . 1.919 fr. 50 ) „
Espèces . 148 fr. 50 )
Prix Desmazures 1915 . 1.358 fr. '^0 1 g c ..
Prix Desmazures 1916 . 1.547 fr. 45) -®^'^
Espèces disponibles . 2.726 fr. »
Il est au 31 décembre 1917 de. . . . 51.609 fr. 68
1.038 fr. 85
51.609 fr. 68
318 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [74}
Actif de la Sooété aü 31 décembre 1917.
Titres nominatifs en dépôt au Comptoir d'Escompte.
Prix d’achat.
41 obligations Foncières 1883 . 19.147 fr. )v
22 obligations P;-L.-M. (fusion nouvelle) ... 10.538 fr. »
450 francs de rente 3 p. 100 . 14.224 fr. 53
Fonds de réserve :
110 francs de rente 5 p. 100. . . 1.919 fr. 50 ) ^
Espèces . . . . 148 fr. 50 ) ”
Prix Desmazures 1915 . 1.358 fr. 70 l
Prix Desmazures 1916 . 1.547 fr. 45 )
Mobilier de la bibliothèque ;
Estimé en 1916 à . 885 fr. 75 )
Amorti en 1917 de . 100 fr. » )
Espèces disponibles . . 2.726 fr. »
Total . 52.395 fr.^ 43
BUDGET POUR 1918
Recettes. Dépenses. „
Cotisations . b. 000 fr. Convocations .... ('300 fr.
Revenus . 1.500 fr. Frais divers. .... 500 fr.
Bulletin. Revue d'Hy-
giène ....... 3,000 fr.
' Loyer et impôts . . . 950 fr.
Imprévu . 200 fr.
Agent. . . 1.200 fr.
! Disponible . 350 fr.
6.500 fr. 6.500 fr..
RAPPORT DES CENSEURS
31»
[T5!
M. Richou communique le rapport de MM. Kern et Richou, cen-
seura des comptes.
RAPPORT
de MM. E. Kern et G. Richou, censeurs des comptes.
Messieurs,
Chargés de la vérification des comptes de l'exercice 1917,
nous nous sommes acquittés de cette mission en pointant
successivement les divers articles du Grand-Livre, à l’appui
desquels les pièces comptables correspondantes nous ont été
présentées.
Nous avons constaté pendant cet exercice un
excédent de recettes sur les dépenses de . 1.038 fr. 85
Le solde en caisse exposé plus haut par M. le trésorier et
s’élevant à 5.780 fr. 65 se décompose comme suit :
1“ Bons du Trésor . 5.000 fr. »
2“ Solde au Comptoir d’Esc . . 312 fr. 30 ^
3” Petite caisse. . . 468 fr. 35 5.780 fr. 65
On nous a communiqué les récépissés des titres nomina¬
tifs de la Société déposés au nom de celle-ci au Comptoir
d’Escompte, l’énumération de ces titres a été faite dans le rap¬
port financier qui précède.
Comme conclusion, nous considérons de notre devoir
d’exprimer nos remerciements à M. le trésorier, notre distingué
collègue M. Paul Gonîn, ainsi qu’à notre dévoué agent pour la
bonne méthode, la clarté et l’ordre avec lesquels les écritures
sont tenues. .
Paris, le 29 janvier 1918.
Les Censeurs,
E. Kern.
G. Richou.
320
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
M. le D' Gbanjüx remercie MM. Gonin, Kern et Richou de la pré¬
cision avec laquelle ils se sont occupés, cette année encore, des
finances de la Société.
Quelqu’un demande-t-il la parole?
M. Bkzault. — D’après le rapport des comptes, la Société a fait
cette année un bénéfice très appréciable. Ainsi que je l’ai demandé
l’année dernière, cette somme importante ne pourrait-elle pas être
affectée à des œuvres de guerre; il est inadmissible qu’une Société
comme la nôtre fasse des économies.
M. LE Président. — Nous avons fait des économies cette année;
mais je tiens à vous dire que nous sommes en train de discuter, au
Conseil d’administratiou, une question très importante : celle de
la Revue.
Comme vous avez pu vous en rendre compte, celle-ci arrive d’une
façon très irrégulière et très tardive, aussi avons-nous mis à l’étude
le projet de fournir mensuellement, après chaque séance, à chacun
de nos membres, ainsi que cela se fait, par exemple, à la Société de
Pathologie comparée, un compte reudu'succinct de la séance et des
discussions. La somme économisée pourrait servir à cet effet, et, tout
en restant dans le texte des statuts, nous emploierions ces béné¬
fices dans l’intérêt même de la Société.
M. Richou. — La réponse de M. le Président me paraît clore la
question; néanmoins, il convient de rappeler que les placements
des fonds sociaux sont portés dans nos écritures pour leur prix
d'achat, et qu’ils sont, comme toutes les valeurs dites autrefois « de
tout repos », frappés d’une très forte dépréciation; si donc, nous
avons réalisé sur nos dépenses une légère économie, nous ne devons
raisonnablement pas en disposer pour des affectations qui, tout
intéressantes soient-elles, ne répondent pas à l’objet statutaire;
d’ailleurs, nous avons déjà attribué à une œuvre de guerre, celle
des « Parrains de Reuilly », le prix Desmazures.
ÉLECTIONS
321
Élections.
M. LE PnÉsiDENT proclame le résultat des élections :
Votants : 76. — Majorité absolue : 39.
Vote par correspondance . . 68
Vote en séance . 8
Élection du Président,
M. le D*' Jules Renault . 74- Yoix.
M‘. le D' Granjux . 1 —
M. le D'' Simonin . 1 —
M. le D' Jules Renault est élu président.
Élection du secrétaire général adjoint.
M. Kohn-Abrest . 73 voix.
M. Kohn-Abrest est élu secrétaire général adjoint.
Élection du secrétaire des séances.
M. Marié-Davy . ' . hî voix.
M. Bruère . 1 —
M. Marié-Davy est élu secrétaire des séances.
L’ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à dix-sept heures.
Séance mensuelle.
( n heures)
M. LE Président. — J’ai le plaisir de vous annoncer la nomination
de notre excellént collègue, M. G. Risler, comme vice-président du
Conseil de l’Alliance d’hygiène sociale, en remplacement de M. le
doyen Landouzy; je me permets d’adresser à notre collègue toutes
nos félicitations.
Une autre nomination récente nous est particulièrement agréable,
celle de M. Vincey, au titre de membre de l’Académie d’Agriculture
REV. d’hyg. XL — 21
322 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [78J
de France, nous sommes heureux de dire à M. Vincey combien nous
prenons part à l’honneur qui lui est fait.
Décès de R. Blanchard.
Vous avez appris le décès de la compagne de notre éminent pré¬
sident, M. le professeur Blanchard. J’ai personnellement adressé à
M. Blanchard l’expression de mes condoléances, et je me permets
de lui exprimer toute la part que la Société de Médecine publique
prend à sa douleùr.
Remise de médaille.
A la demande de la Société de Médecine publique, M. le D‘' Borne
est allé remettre à M”' Launay, en mémoire de notre très regretté
président, une médaille de la Société de Médecine publique. M“9 Lau¬
nay, très touchée de cette nouvelle marque de sympathie, a prié
M. le Borne de transmettre tous ses remerciements au Conseil
d’administration et à tous les membres de la Société de Médecine
publique. _
Distinction honorifique.
M. le D' Borne annonce à la Société la nomination, dans l’ordre
de la Légion d’honneur, au grade de chevalier, de M. le D‘' Lucien
Graux.
Ordre n° 1 « E » [Extrait).
Au G. Q. G., le 17 janvier 1918.
M. Graux (Lucien-Désiré-Prosper), médecin aide-major de déclasse,
territorial du 93” régiment d’infanterie, détaché au G. Q. G., a été
nommé, dans l’ordre de la Légion d’honneur, au grade de chevalier ;
« Officier du Service de Santé, remarquable de zèle, qui a rempli
ses fonctions avec la plus grande conscience et le plus absolu dévoue¬
ment. A fait preuve au feu, particulièrement en octobre 1915, comme
médecin dans une ambulance, et en septembre et octobre 1917,
comme médecin de bataillon, des plus belles qualités de courage
-et de fermeté, se dévouant sans compter auprès des blessés. A rendu,
dans des circonstances spéciales, des services exceptionnels à la
Défense nationale. Une citation. »
[79]
CORRESPONDANCE MANUSCRITE
3-23
Correspondance manuscrite.
II communique, d’autre part, les deux lettres suivantes, qu’il a
reçues en réponse au vœu qui fut adressé à l’issue de la dernière
séance, après une communication de M. G. Risler :
1» Une lettre de M. Doizy, président de la Commission d’Hygiène
publique.
« Monsieur et très honoré Confrère,
« En réponse à votre lettre du 18 février 1918, j’ai l’honneur de
vous faire savoir que c’est M. Siegfried, député, qui est chargé du
rapport sur cette question.
« Il serait donc préférable que vous vous mettiez directement en
rapport avec lui.
« Veuillez agréer, etc... »
2“ Une lettre de M. le Ministre du Travail et de la Prévoyanc
sociale.
« Monsieur,
« Vous avez bien voulu m’informer que, dans sa séance du
23 janvier 1918, la Société de Médecine publique et de Génie sani¬
taire a émis le vœu :
« Que le Parlement vote d’urgence des lois qui accorderont aux
sociétés d’habitations à bon marché des indemnités au moins égales
à celles qui sont stipulées par la loi sur les loyers en faveur des
propriétaires des petits logements loués aux mêmes prix que les
habitations à bon marché, mais bien inférieurs quant aux conditions
d’hygiène, de moralité et de confort, et que les modifications néces¬
saires soient apportées à la législation sur les habitations à bon
marché, afin d’encourager et de faciliter l’œuvre de l’habitation à
bon marché, dont l’action risque d’être annihilée, alors qu’il est
indispensable qu’elle soit ardemment développée et intensifiée.
« J’ai l’honneur de vous accuser réception de cette communica¬
tion et de vous informer que j’en ai fait prendre note au dossier
législatif sur la matière.
M J’ajoute que dans le projet de loi adopté par la Chambre des
députés, adopté avec modification par le Sénat, relatif aux modifi¬
cations apportées aux baux à loyer par l’état de guerre, il a été
spécifié qu’il serait statué par une loi spéciale sur les droits et obli-
324 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [80]
gâtions des locataires des sociétés de construction d’habitations à
bon marché.
« Dans ces conditions, M. le Ministre des Finances a estimé que
la combinaison relative aux sociétés d’habitations à bon marché se
trouvait nécessairement subordonnée aux mesures qui seront arrê¬
tées à l’égard des autres propriétaires et qu’il y avait lieu de sur¬
seoir à l’élaboration du projet spécial jusqu’à ce que la solution de
l’ensemble du problème ait été précisée.
« Vous pouvez d’ailleurs être assuré que je ne perds pas de vue la
préparation de ce projet spécial et que j’emploierai tous mes efforts
pour faire aboutir, dans la plus large mesure possible, les desiderata
des sociétés d’habitations à bon marché.
« Recevez, Monsieur, etc... »
A propos de la correspondance.
M. Georgbs Risler. — Je vous remercie d’avoir aussi rapidement
transmis ma communication de la dernière séance à ceux qui pou¬
vaient le mieux donner satisfaction aux Vœux émis.
Je suis extrêmement heureux de pouvoir vous dire que notre ini¬
tiative a été couronnée de succès plus complètement et plus promp¬
tement qu’on ne pouvait l’espérer.
Immédiatement après notre réunion, j’ai porté à l’un de vos
anciens et éminents Présidents, M. Jules Siegfried, député, le texte
du vœu que vous aviez .voté. Il est immédiatement entré dans nos
vues et il a pu obtenir le vote d’un amendement qui ’a pris place
dans la loi sur les loyers en discussion à ce moment.
Cet amendement accorde aux Sociétés d’habitations à bon mar¬
ché, quel que soit le montant des loyers qu’elles touchent, les
mêmes avantages qu’aux propriétaires (ayant moins de 10.000 francs
de revenus) de petits logements d’un loyer moindre de 600 francs,
c’est-à-dire une indemnité de 50 p. 100 des loyers qui ne leur ont
point été payés pendant la durée de la guerre.
Sans doute, les Sociétés d’habitations à bon marché auront mal¬
gré cela cruellement à souffrir de la grande tourmente que nous
subissons encore, mais le patriotisme éprouvé de leurs administra¬
teurs et de leurs actionnaires est un sûr garant que, malgré cela,
ayant reçu une preuve certaine de la sollicitude des pouvoirs
publics, elles considéreront comme un devoir absolu de poursuivre
leur œuvre plus utile que jamais.
Je suis convaincu que vous serez unanimes à vous unir à moi
[81] DÉFENSE DÉPARTEMENTALE CONTRE LA TUBERCULOSE 325
pour adresser à notre ancien Président, M. Jules Siegfried, et aux
collègues qui se sont joints à lui, l’expression de notre reconnais¬
sance.
Ordre du jour.
M. LE PRésiDENT. — L’ordre du jour appelle la discussion de la
communication de M.leD' Granjux, La défense départementale contre
la tuberculose.
DISCUSSION DE LA COMMUNICATION
De MM. GRANJDX, ËMERIC et LOIR ]
SUR LA DÉFENSE DÉPARTEMENTALE
CONTRE LA TUBERCULOSE
M. le D'' Paquet. — Si j’ai demandé à présenter quelques obser¬
vations qui m’ont été suggérées par la lecture des intéressantes
communications de MM. Granjux, Emeric et Loir, sur la défense
départementale contre la tuberculose, je tiens à déclarer, tout
d’abord, que j’approuve entièrement, sur tous les points, les idées
qu’ils ont exprimées devant la Société de Médecine publique et de
Génie sanitaite. Leur exposé magistral ne laisse place à aucune cri¬
tique, et aura certainement pour résultat de stimuler encore, s’il en
était besoin, le zèle de tous ceux qui collaborent à la lutte entreprise
dans toute la France contre le lléau tuberculeux.
Les quelques idées que je me permets de vous soumettre me sont
inspirées par le désir de faire connaître seulement quelques diffi¬
cultés d’application pratique des principes excellents adoptés, en
particulier, par la Commission permanente et par le Comité national,
qui, voyant de Paris même la solution des questions qui intéressent
le territoire tout entier, semblent parfois hypnotisés par la vision
des faits tels qu’ils les observent de la capitale, et dont l’interpré¬
tation n’est pas toujours aussi aisée dans les régions rurales.
Les stations sanitaires ont une importance capitale. Je rends hom¬
mage à leur action si féconde. Je suis convaincu que l’éducation
326 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [82 I
prophylactique des malades y est vparfaitement faite, et qu’aucun
reproche ne peut leur être adressé à ce sujet.
Le rôle des Comités départemenlaux a été parfaitement défini par
les différents orateurs. A ce point de vue, je ne parlerai que du recru
tement des malades.
Si les Comités se contentent d’attendre les avis dé sôrtie des stations
sanitaires, ils auront quelques clients. Si, conformément aux conseils
donnés par le Comité national et par le ministère, ils s’adressent aux
maires et aux médecins, la plupart de ceux-ci ne répondront pas
aux demandes de renseignements qui leur sont adressées. C’est
pourquoi, depuis le mois de mai dernier, le Comité départemental
de l’Oise a demandé directement aux Bureaux de recrutement de
Beauvais et de Compiègne de lui fournir les noms et adresses des
réformés pour’ tuberculose ou maladies similaires résidant sur le
territoire de leur subdivision.
Àu 1“' janvier lOll, 11 malades lui avaient été signalés. Après
l’appel aux maires et aux médecins du département, il en comptait
85 au mois d’avril. Ce nombre s’est élevé à 295, au 20 septembre,
et, au 1" janvier 1918, à 503, dont 90 sortant des stations sanitaires.
Si je compare ces chiffres avec ceux fournis par M. le D'' Loir (85 ma- '
lades réformés parla ville du Havre, qui compte près de 200.000 habi¬
tants, le département de l’Oise en ayant 410.000), je puis constater
que, grâce à notre mode spécial de recrutement des malades, le
nombre de ceux-ci est, toutes proportions gardées, de plus du
triple. Je n’ai ici en vue aucune critique de ce qui se passe dans la
Seine-Inférieure, et au Havre en particulier. Mais j’ai voulu seule¬
ment établir un point de comparaison entre les chiffres qui vous
étaient soumis, et cheixher à établir l’origine de leur différence.
M. le Ministre de la Guerre a compris l'importance de ce mode
de recrutement des réformés tuberculeux, et, dans une circulaire
récente, il recommande aux généraux commandant les Régions de
fournir aux préfets les renseignements que ceux-ci leur deman¬
deraient au sujet de cès malades. Notre Comité a devancé de 8 mois
les instructions ministérielles, et les résultats qu’il a obtenus sont
frappants.
En général, les malades acceptent avec déférence les conseils
qui leur sont donnés et les visites de contrôle qui leur sont faites.
C’est ainsi que, pour les 503 réformés visités au 1''' janvier dernier,
dans le département de l’Oise, 2 seulement avaient présenté des
observations peu courtoises à nos visiteurs ou visiteuses.
Ces derniers ont été, dans nos régions rurales très mal desser¬
vies au point de vue communications, et avec l’approbation entière
de M. Daniel Vincent, alors ministre de l’Instruction publique.
[831 DÉFENSE DÉPARTEMENTALE CONTRE LA TUBERCULOSE 327
souvent recrutés parmi les instituteurs et les institutrices. Nous
y avons vu divers avantages, dont le plus important est que nous
faisons, en même temps que le contrôle de l’application des
mesures de prophylaxie enseignées au dispensaire, l'éducation
antituberculeuse de ceux qui ont la mission sacrée d’instruire la
jeunesse de nos campagnes et de nos petites villes. Nous n’ayons
eu, du reste, qu’à nous louer entièrement du précieux concours
que le personnel enseignant nous a accordé, avec ie dévouement
dont il est coutumier.
En outre, tous les malades contagieux reçoivent la visite régulière
de l’agent du service départemental de désinfection, qui effectue
des visites de contrôle semblables à celles qui sont faites pour les
autres maladies transmissibles.
L’absence de station sanitaire dans le département (leur création
étant rendue très difficile dans la zone des armées), nous force
à demander à M. le' Ministre de l’Intérieur l’indication de l’éta¬
blissement de cure sur lequel nous devons diriger nos malades
sanatoriables.
Mais les difficultés sont considérables en ce qui concerne l’hospi¬
talisation de ceux qui sont trop atteints pour bénéficier utilement
de cette mesure. L’autorité mililaire a, en effet, réquisitionné tous
les lits disponibles dans les hôpitaux civils, et, quoique le plus
grand nombre d’entre eux reste continuellement inoccupés, elle
refuse de rendre, pour le service de là population, le nombre de
places qui serait indispensable.
Il en résulte que l’armée éloigne de ses hôpitaux, pour la réforme,
les malades qui ne peuvent être améliorés,, et que ceux-ci sont dans
l’impossibilité de recevoir, de l’autorité civile, les soins hospitaliers
qui leur seraient nécessaires. Il est à craSndre que cette situation
anormale ne cesse pas rapidement.
Je n’insisterai pas sur les dispensaires de l’Oise. Dans ce dépar¬
tement, qui ne compte aucune ville de 20.000 habitants, ils ont tous
été créés sous la forme des dispensaires de moyenne importance
ou des dispensaires ruraux, dont le D' Emeric vous a longuement
entretenus. Ils sont actuellement au nombre de 7, et 2 nouyeaux
vont être ouverts incessamment. Il n’y est pas fait.de blanchissage y
du linge des malades. La désinfection du linge souillé est pratiquée
dans des conditions analogues à celle utilisée pour les autres
maladies contagieuses, fièvre typhoïde, diphtérie, etc.
Enfin, nos confrères ont insisté sur l’utilité de la collaboration
de tous les médecins à la lutte antituberculeuse. Je serais entiè¬
rement de leur avis, s’il ne se présentait pas parfois, trop souvent
même, des circonstances qui empêchent de profiter utilement de
328 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE' [84]
ce concours si désirable. C'est ainsi que, dans l'Oise, plusieurs
confrères ont systématiquement refusé leur collaboration à une
œuvre dont ils ne consentaient même pas à discuter l’utilité. Dans
tel département, un médecin, conseiller général, et, comme teU
désigné par ses collègues comme membre du Conseil départemental
d’hygiène, s’est élevé très vivement contre la création des dispen"
saires, disant que « pour ordonner un Jitie d’huile de foie de
morue, il n’était pas besoin d’imposer un déplacement aux
malades ». Il niait l’action prophylactique des dispensaires antitu¬
berculeux et déconseillait à ses clients de les fréquenter. Faut-il
ajouter que ce médecin ne fait Jamais une seule déclaration de
maladie contagieuse, quelle qu’elle soit? L’éducation de certains
médecins est donc encore à faire, tout autant et peut-être plus
que celle des malades. Les conséquences de leur manque de
confiance dans les organismes de prophylaxie sociale sont d’au¬
tant plus néfastes qu’ils sont les conseillers habituels des popu¬
lations rurales et qu'ils peuvent ainsi annihiler en partie nos efforts
dans certaines régions.
Ces quelques observations n'ont pas pour but de critiquer le pro¬
gramme de la lutte antituberculeuse, tel qu’il a été établi, mais
de montrer seulement quelques-unes des difficultés d’application
que l’on peut rencontrer.
La mission qui incombe à ceux qui s’y sont adonnés est considé¬
rable. Grâce aux conseils qui leur sont prodigués, tant par la Com¬
mission permanente que par le Comité national, grâce au concours
qu’ils trouvent dans toutes les classes de la société, ils conti¬
nueront à s’efforcer de mener à bien la lutte qu’ils ont entreprise
contre le' fléau tuberculeux.
M. LE D' Faivre dépose sur le bureau de la Société de Médecine
publique une brochure qui lui a été adressée par M. le D'' Violette,
directeur du Bureau municipal d’hygiène de Saint-Brieuc ; cette
brochure, très intéressante, relate l’organisation et surtout les résul¬
tats qui ont été obtenus au Dispensaire d’hygiène sociale de Saint-
Brieuc; du reste, M. le D'' Violette a demandé, en son nom, une
i ntervention sur la question ; il nous prie de bien vouloire lire le
résumé suivant qu’il nous adresse.
■4
[85] UN SEUL ET MÊME DISPENSAIRE 329
COMMUNICATIONS
UN SEUL ET MÊME DISPENSAIRE
COMME MOYEN DE LUTTE
A LA FOIS CONTRE LA TUBERCULOSE
ET LES MALADIES VÉNÉRIENNES
par M. le D' VIOLETTE,
Diiecteur du Bureau municipal d’Hygiène de Saint-Brieuc.
Les communications récentes des D''® Faivre, Granjux,
Emeric, Loir et Legangneux ont mis à l’ordre des discussions
de notre Société les combats à mener contre les maladies
vénériennes et la tuberculose.
Je yeux à mon tour vous offrir ma contribution à la recherche
des solutions^ favorables, en vous faisant connaître un modèle
nouveau de dispensaire que je vous apporte de Saint-Brieuc :
organisme mixte qui prétend lutter à la fois contre les deux
fléaux et qui mérite bien de retenir votre attention en raison
des possibilités qu'il ouvre aux villes de moindre importance.
Je dépose d’ailleurs pour les archives de notre Société
l’exemplaire d’une brochure (que mon vénéré maître, le
D'' Brocq, m’a fait le grand honneur de longuement préfacer)
où l’on trouverait à compléter les renseignements trop som¬
maires que Je vais fournir ici, et dans laquelle j’expose ce qu’est
ce dispensaire et encore ses prétentions d’avenir.
Donc la ville de Saint-Brieuc vient d’ouvrir dans les dépen¬
dances de son hospice mixte un dispensaire d’hygiène sociale
construit en annexe au laboratoire d’hygiène, et dont je vais
sommairement vous résumer les particularités principales.
Comme de règle, il est situé en quartier ouvrier et a entrée
spéciale, discrète, indépendante.
Il a succédé à une consultation externe que j’ai créée au
laboratoire et que je dirigeais depuis deux ans, déjà spécia-
330 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [86]
lisée puisqu’on y traitait, à peu près exclusivement la tubercu¬
lose et les maladies vénériennes et de la peau; aussi la muni¬
cipalité m’a désigné officiellement pour continuer ma direction.
Ce dispensaire comporte deux sections :
1® Une section antituberculeuse, ouverte les lundi et ven¬
dredi de chaque semaine, de 16 heures à 19 h. 1/4, pour la
consultation; ouverte tous les jours aux mêmes heures pour
les petits soins, telles les injections hypodermiques, pratiquées
ou non par séries, les applications, de pointes de feu, etc.
Je n’insiste pas autrement sur le fonctionnement de cette
section, si ce n’est pour marquer brièvement que, en outre des
conseils, précautions, prescriptions qu’elle indique, des médi¬
caments, crachoirs, etc., qu’elle fournit, elle assiste à domicile '
par l’intervention de visiteuses-monitrices, choisies parmi les
religieuses du Bureau de Bienfaisance, et qui comptent au
nombre de leurs attributions surtout la charge d’informer le
dispensaire et . celle non moins importante de distribuer les
secours (en nature : aliments, vêtements, literie; et en argent :
allocations dites de loyer,' allocations dites de soutien de
famille) et de veiller au bon emploi, etc., etc.
Et je vous fais grâce du programme d’avenir. que j'ai tracé,
d’une ampleur qui m’eflraie moi-même, car j’ai osé écrire pour
me résumer : « Et que l’on ne s’étonne pas que'le dispensaire
ait de telles ambitions! la lutte contre le fléau tuberculeux se
réclame autant de la sociologie que de l’hygiène. Elle s’en prend
au paupérisme aussi bien qu’à l’alcoolisme, demande, en même
temps qqe des mesures d’assainissement et d’hygiène géné¬
rale, l’amélioration du sort de la classe ouvrière; même les
réformes politique et administrative ne sont pas indifférentes,
puisqu’il est telles résolutions impossibles avec les organisa¬
tions actuelles. »
2“ Une section contre maladies spéciales et de la peau, ouverte
les mardis, mercredis, jeudis et samedis, de 16 heures à 19 h. 15,
pour la consultation et les injections intraveineuses de 914
et de cyanure de mercure ; ouverte tons les jours, même dès le
matin, pour les petits soins à donner par l’infirmière laïque.
Je ne veux pas vous répéter plus longuement les moyens
d’action de l’une et de l’autre section; je vous redirais trop. ce
[87] UN SEUL ET MÊME DISPENSAIRE 331
que vous connaissez si bien dépuis longtemps. Je m’abstien¬
drai aussi d’entrer dans les détails budgétaires.
En revanche, j’insisterai sur le caractère mixte qui est la
particularité importante et j’ose dire intéressante de ce dispen¬
saire : tuberculeux, syphilitiques, blennorragiques, malades
de la peau s’y coudoient à chaque instant, venus aux soins
souvent de chaque jour.
Y a-t-il des inconvénients graves à cette organisation? et
quels sont ses avantages?
Précisément on a pu croire que le_ mélange des maladies
gênait les malades, les recrutait plus difficilement, diminuait
la fréquentation. Or notre dispensaire, ayant au préalable
opéré officieusement pendant deux ans, aujourd’hui fonctionne
à plein; la pratique peut donc se charger de répondre à l’ob¬
jection.
La gêne pour les malades paraît inexistante; ils viennent
avec régularité : les tuberculeux, indifférents au nom que porte
le mal du voisin et ne montrant pas qu’ils se jugent différents;
les vénériens, satisfaits de pouvoir plus facilement encore
échapper au discrédit et à la honte.
Et le recrutement confirme, établissant que le nombre des
habitués de la consultation a constamment grossi depuis les
débuts; et la fréquentation n’en souffre point, étant au con¬
traire remarquablement régulière de la part des divers malades,,
souvent attentionnés, plus qu’aux maux des autres, à ce que
ne leur soit pas volé leur tour d’approcher le médecin.
Je dois d’ailleurs avouer qu’au dispensaire parfois j’ai pra¬
tiqué et je pratique encore à quelques tuberculeux, à titre de
reconstituant (avec résultat des plus favorables), des injections
intraveineuses de doses très faibles de -914 (0 gr. 10 à 0 gr. 15);
et Je procédé n’a pas manqué de confondre les tendances mal¬
veillantes.
Aussi, en deux ans, une seule cliente m’a fait un jour la
remarque qu’elle risquait d’être accusée d’avoir pris un vilain
mal; ce qui ne l’empêcha pas de venir quotidiennement pen¬
dant des mois, avec périodes de repos obligés, pour recevoir
les injections de cacodylate que je lui avais prescrites.
Je n’apprends à personne que nos consultations gratuites
sont à l’ordinaire fréquentées par des malades venus de tous
332 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [88]
les milieux, malgré le soin qu’en temps normal nous prenions
à les évincer; or, depuis le dél)ut de la guerre, cette fréquen¬
tation abusive s’est exagérée et nous avons dû la subir ; la
pénurie de médecins civils et, pour les vénériens, l’obligation
où l’on se trouve de leur faciliter le traitement au point de ne
pas réclamer leur état civil s’ils veulent le taire, m’ont empêché
de fermer l’entrée du dispensaire de Saint-Brieuc à certains
clients aisés. Il en est résulté un coüdoiement ayant souvent
supprimé les distances sociales et provoqué parfois des apitoie¬
ments qui n’ont été qu.e rarement indiscrets. Je ne crois pas
encore que ce résultat puisse être regretté.
J’en appelle enfin au témoignage du D’’ Faivre, inspecteur
général des Services administratifs, qui a pu constater par
lui-même combien facilement et sans heurts mes tuberculeux
et mes vénériens se mélangent dans l’attente et se succèdent à
mes soins.
Et que d’avantages d’autre part!
Ce dispensaire, que je crois être, au moins en France, le
premier qui se soit adressé à la fois à la tuberculose et à la syphi¬
lis, ne vous apparaît-il pas comme la solution heureuse et
plus économique, à la portée des villes de moindre importance,
fort « empêchées pour raisons financières à dresser des ser¬
vices autonomes en face de chacun de ces grands fléaux », ai-je
.écrit ailleurs?
Et ne contribuera-t-il pas à faire tomber les préventions
contrôles maladies vénériennes? et celles-ci, à fréquenter des
affections mieux famées, ne cesseront-elles pas d’être hon¬
teuses? Pour moi, je pense que la syphilis y gagnera meilleure
réputation, sans que l’on puisse craindre déconsidération pour
la tuberculose.
Puis le secret médical s’en trouvera mieux garanti, car les
divers malades, entre eux comme à tous autres yeux, seront
moins facilement étiquetés.
J’ai tenu à insister sur ces particularités du dispensaire
d’hygiène sociale de Saint-Brieuc; d’autant plus qu’il me
semble apporter aux luttes antituberculeuse et antisyphili-
que une adaptation neuve dont, à l’user, j’ai apprécié les
avantages, et qu’il pourra, ralliant encore de nouvelles forces.
[89] UN SEUL ET MÊME DISPENSAIRE • 333
organiser d’autres moyens et entreprendre d’autres combats
(contre l’alcoolisme, par exemple).
Dans un autre ordre d’idées, j’ai maintenant quelques obser¬
vations à vous présenter.
Lors de l’échange de vues qui, après les communications de
MM. Granjux, Émeric, Loir et Legangneux, s’est engagé dans
votre séance du 28 novembre 1917, notre savant confrère le
D' Léon Bernard s’est écrié que nous devions, en menant
notre lutte antituberculeuse, cesser de donner des chiffres, car
nos ennemis pourraient les exploiter contre nous; et il rappela
l’ardente campagne de la presse antifrahçaise des États-Unis.
11 me permettra de n’être pas de son avis et de ne pas sous¬
crire à son opinion, au mutisme mathématique qu’il Recom¬
mande; et voici mes motifs :
D’abord on ne doit pas s’exagérer outre mesure l’influence
et la. puissance de la presse en question. Certes, il faut la
démasquer, il faut la combattre; il ne faut pas la craindre au
point qu’elle nous ait fait dévier, sans autre raison, d’une
ligne de conduite précédemment jugée meilleure.
En définitive, ce journalisme reptilien a-t-il empêché que
les États-Unis soient venus dans la guerre, se ranger à nos
côtés? Pourtant il usa contre nous de toutes les armes les plus
déloyales et les plus sournoises, parfois même sous le couvert
d’une chaleureuse francophilie.
Argument autre, de mince valeur il est vrai ;
N’est-ce pas élégarfce pour notre pays d’avoir toujours celte
coquetterie à rebours, souvent à son détriment, d’étaler ses
lares et de cacher ses vertus? Jadis on put exploiter contre
nous ce travers ; mais aujourd’hui nous sommes assez honora¬
blement connus de par le monde pour que celte vieille habi¬
tude ne puisse plus nous nuire; si ce n’est dans l’esprit de
ceux qui, quoique nous fassions, nous donneront toujours
tort. ..
Puis notre silence empêcherait-il les Américains d’être ren,-
seignés sur notre état sanitaire? Ne trouveront-ils pas facile¬
ment dans toutes les publications des années dernières les
renseignements les plus précis? Et tout ce que nous pourrions
ajouter à présent leur apprendrait-il grand’chose de nouveau?
334 ■ SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [90
Leur conviction est faite; et la campagne antituberculeuse,
què la mission Rockefeller va débuter avec énergie dès demain
dans nos départenients de l’Ouest et continuer dans toute la
France, nous affirmé qu’ils ne se font guère d'illusions à la fois
sur l’étendue du mal et sur notre force à réagir seuls.
Et n’est-ce pas une question de loyauté de leur dire exac-
teuient ce qu’il en est, à eux qui sont venus à notre secours et
ont mis à notre disposition toutes leurs ressources et toutes
leurs méthodes, d’abord contre l’ÂUemand, puis contre les
fléaux qui nous frappent. Pour les en remercier, nous oserions
jouer avec eux le vilain jeu de cachotteries qui risqueraient de
leur porter préjudice ; car ils ne peuvent bien se défendre chez
nous contre les maladies contagieuses que s’ils en connaissent
l’extension et les foyers !
Demeureront-ils donc tant que cela tentés de nous jeter la
pierre dès qu’ils seront mieux renseignés? ün de nos con¬
frères, bien placé pour être , informé, mais à qui je n’ar pas
demandé permission de le nommer, me racontait que le com¬
mandement américain s’était plaint parce que ses soldats,
arrivant à Saint-Nazaire, contractaientrapidement des maladies
vénériennes. Nos autorités demandèrent si les hommes étaient
examinés avant d’être débarqués et s’il était bien sûr que les
contaminations aient eu lieu chez nous. Ce commandement fit
donc les visites de santé préalables et dut avouer, un peu
confus, que les siens souvent étaient déjà atteints avant d’avoir
pris contact avec notre pays; car, après tout, si, par notre
négligence ou du fait delà guerre, certains fléaux nous ont
frappé davantage, les autres peuples, même s’ils sont du Nou¬
veau Monde, ne peuvent se vanter d’être indemnes.
Et dans' toute cette affaire, nous aussi les Français, nous
comptons bie» un peu et avons grand besoin d’être éclairés.
Est-ce que l’absence de précisions ne nous permettra pas .
toutes les suppositions (et' à nos hôtes aussi bien) souvent
dépassant fort la vérité? Le D' Léon Bernard ne dit-il pas lui-
même que les statistiques qui ont été recueillies au ministère
de la Guerre « donnent des chiffres bien moins élevés que ceux
qui ont été parfois avancés sans garanties d’authenticité ». Par
conséquent n’eût-il pas mieux valu les faire connaître puis¬
qu’ils laisseraient apparaître une vérité plus consolante?
[91] UN SEUL ET MÊME DISPENSAIRE 333
Autrement, n’est-ce pas la méthode des yeux bandés? et
celle-là tout le monde sait qu’elle n’a jamais rien réalisé.
Notre opinion publique n’a cependant pas mérité cet excès
de défiance. Rappelez-vous comment, au début de la guerre,
on lui voulait taire les vérités désagréables de peur de
l’affoler; et remarquez combien elle a su montrer depuis
qu’elle pouvait les entendre avec calme. On lui supposera bien
la même sagesse si on lui parle virilement de la santé publique
mauvaise.
Sans doute, j’admets bien, avec le D"' Léon Bernard, que le
mouvement d’opinion est déclanché! mais ne faut-il pas
l’entretenir (surtout si l’on songe que tout ce qui a été fait
jusqu’à ce jour est tellement peu auprès de ce qui reste à
faire), en rappelant constamment l’importance des maux dont
nous souffrons ? Cette opinion était avant la guerre si rebelle
aux mesures d’hygiène qu’elle retrouverait vite cet état
d’esprit si vous la laissiez s’endormir dans la croyance d’une
parfaite santé retrouvée.
Non seulement il faut qu’elle accepte, parfois qu’elle subisse,
mais quelquefois qu’elle exige des dirigeants les mesures
nécessaires. Comment veut-on que tout cela soit, si elle n’est
pas éclairée ?
Et, en l’espèce, la plus grande éloquence, comprise de fous,
est celle du chiffre : la statistique est notre meilleur agent.
Que l’on réclame, si l’on croit, pour qü’elle offre toujours des
gages de sincérité! qu’on ne la supprime pas!
Comment voudrait-on que nous puissions mener le combat,
nous les provinciaux aux prises avec les assemblées locales
ardentes à défendre leurs budgets contre nos entreprises, si
l’on nous supprimait la statistique. Ceux-là savent bien, direc¬
teurs municipaux ou inspecteurs départementaux d’hygiène,
qui partagent nos difficultés souvent à obtenir les plus petits
efforts et, j’ajoute, parfois nos étonnements à la réalisation
facile des plus grands efforts.
Comme me l’écrit notre maître Brocq, les simples objurga¬
tions ne servent à rien : on reste sourd. C’est que ni les senti¬
ments, ni les raisonnements non étayés n'ont prise sur des
assemblées de profanes; seul le chiffre qui les effraie est sus¬
ceptible de les entraîner; et à condition que la décision soit
336 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [92]
prompte, car l’impression est bien fugace au milieu de toutes
les passions qui les agitent.
Et ce n’est pas éncore le D'' Brocq qui s’effarouche des
vérités à dire lorsque, à propos de la syphilis, il s’écrie,
s’adressant aux pouvoirs publics au début de 1916 :
« Vous devez prendre les mesures les plus sévères pour
réprimer la prostitution clandestine, car la syphilis devient
tellement fréquente que si vous n’arrivez pas à endiguer le flot
montant des maladies vénériennes, vous devez faire votre
deuil des classes 1936-37-38-39 et 40; elles n’existeront pas! »
Après ces chiflres, tous commentaires ne sont-ils pas inu¬
tiles?
Il faut bien que j’ose le proclamer ;
De Paris, du pouvoir central, ne peuvent nous arriver que
les directives des buts à poursuivre; au delà, nous sommes
un peu livrés à nous-mêmes, chargés de nous débrouiller avec
nos maîtres locaux, quand encore des instructions contradic¬
toires ne viennent pas aggraver nos difficultés.
Je ne récrimine pas, car je sais la gravité des décisions; au
contraire je me félicite que l’on ait confiance en notre esprit
d’initiative.
Mais comment voudrait-on que nous obtenions les réalisa¬
tions nécessaires si, par exemple, nous ne répétions constam¬
ment, avec le regretté Courmont, que la tuberculose tue
chaque année en France la population d’une grande ville et
que, pendant tout le xix® siècle, silencieusement, elle a fait,
pour la France, quatre fois plus de victimes que la guerre et
le choléra réunis, elc.
Donc nos statistiques atteindront notre opinion publique et
nos assemblées; elles n’effraieront pas nos amis, si l’on
néglige les mouvements d’opinion superficiels parce que pro¬
voqués artificiellement, pas plus qu’elles ne convertiraient nos
ennemis si elles devenaient favorables.
J’en ai terminé avec les remarques que je voulais vous dire;
et j’ose espérer que vous considérerez avec grande indulgence
ma trop modeste contribution à la lutte que, sous la direction
de l’éminent chef de l’Assistance et de l’Hygiène publiques,
M. Jules Brisac, nous poursuivons tous, et que nous voudrions
[93] LOIS DE L’ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS 337
sans merci, contre les grands fléaux sociaux, J’alcoolisme, la
tuberculose, la syphilis.
Après une longue discussion à laquelle prennent part MM. Paquet,
Marchoux, Risler et Faivre, tous les orateurs se mettent d’accord
pour insister sur l’organisation départementale contre la tuber¬
culose.
LOIS DE L’ACCROISSEMENT EN POIDS
DES ENFANTS
EFFET DES RESTRICTIONS ALIMENTAIRES ACTUELLES
par M. le D' CAMÈSCASSE.
Avant-propos.
Messieurs,
J’ai l’honneur d’être médecin de l’hôpital de Forges-les-Bains,
dans lequel l’Assistance publique de la Ville de Paris envoie
des petits Parisiens (107 garçons et 108 filles) faire une cure
de grand air de quatre ou cinq mois.
Tandis que les traditions respectables établies dans cette
maison avaient donné desTésultats très remarquables, les res¬
trictions, actuellement imposées à tous les Français^, sont venues
troubler gravement ces traditions non sans risque de compro¬
mettre les résultats d’antan.
Or, il se trouve que de 1904 à 1914, des documents avaient
été réunis, tant par mes prédécesseurs que par toute la maison,
qui permettent de mesurer, de chiffrer ces résultats.
Le point de départ des comparaisons indispensables se
trouve dans les deux grands graphiques affichés ici : c’est la
connaissance du poids des garçons (2.500 cas) et du poids des
filles (2.500 cas) pesés tels qu’ils sont lors de leur arrivée à
Forges*. Les documents réunis à Forges ne portent que sur des
enfants âgés de quatre ans au moins et de quinze ans au plus.
Mais les courbes dessinées par les poids qui se succèdent d'âge
1. Voit Archives des Maladies des Enfants, mars 1918.
REV. d’hvg. XL — 22
338 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [94]
en âge se raccordent facilement aux chiffres publiés un peu
partout (fig. 3 et 4).
J’ai peut-être abusé de cette facilité en commençant mes
tracés à rovule pour les poursuivre jusqu’à vingt-cinq ans.
Mais comme je publie mes documents, j’espère n’avoir pas
outrepassé mon droit . le contrôle est accessible à chacun.
Comme je ne veux pas abuser de votre attention — et de
l’hospitalité de vos procès-verbaux — : je réduis ma communi¬
cation préseute à l’actualité : ^
Quelles perturbations sont mensurabies dans l’évolution du
poids des enfants hospitalisés à Forges, du fait des restrictions
alimentaires actuelles? ' ' .
Autrement dit, je vais comparer ce que j’observe — et ce que
j’ai pesé dès ce mois-ci — avec ce qui était autrefois.
Le résultat le plus curieux sera celui-ci — qui fait tort au
principe -trop commode de l’égalité des sexes :
Les filles supportent bien les restrictions, les garçons en pâtis¬
sent . à égalité dans ces restrictions.
Le, Passé.
Notre cas est intéressant, je précise, parce que, dès avant la
guerre et par d’autres\mains (^e ksmiennés, une somme im-
portante|de renseignements chiffrés ont été réunis à Forges :
5.000'[(jches individuelles comme celle que je vous présente’..
J*ai, à votre intention, dèssiné cette figure de deux façons
différentès ; à droite, telle qu’on vous la présenterait à For¬
ges, c’est-à-dire sans le souci de mesurer les temps à l’échelle
du dessin; — [à gauche, j’ai, au contraire, mesuré ces temps par
semaine et j’ai élargi les espaces horizontaux en conséquence
(fig. 1 et 2).
Voici tout de suite la signification de ces deux schémas: une
fillette de neuf ans, entrée à Forges le 26 septembre dernier
(1917), pesait le lendemain 20 kilogrammes (ce qui est un beau
poids à cet âge.;., pour, une petite Parisienne) ; le 15 octobre
elle pesait 21 kil. 500 ; le 19 novembre 22 kil. 400 ; 22 kil. 700
le 10 décembre — et encore 22 kil. 700 le 21 janvier 1918*.
I. Voir Archives des Maladies des Enfants, mars 1918.
1. Le ...février, sonjpdids est-..
[9j] . LOIS DE L'ACCROISSEMENT EN' POIDS DES ENFANTS '339
Au-dessus de la courbe en trait plein, vous voyez une droite
dessinée en trait rompu ; et, à droite du dessin, un X.
Cet X a été placé au niveau du poids qu’aurait probablement
atteint'cette fillette à un an de dale, soit en septembre 1918 —
si elle était restée à Paris.
La figure ne portant que sip- six mois, j’ai représenté par le
trait rompu {représenté ‘l grossièrement!) comment aurait évo¬
lué de semaine en semaine le poids de cette fillette.... dans les
mêmes conditions, c’est-à-dire à .Paris.
Trait rompu du semestre, — et X qui devrait être écarté à
droite de toute la largeur d’un autre semestre — ne résultent
pas d’une vue dé l’esprit. ^
J’ai recherché la place de celui-ci et la direction de celui-là'
sur les deux images que voici et que je vous présente à grande
échelle (fig. 3 et 4).
Je demande expressément l’hospitalité de vos procès-ver¬
baux pour les réductions de ces images ; fig. 3 et 4. Ces deux
images, empruntées aux Archives des Maladies des Enfants,
définissent là forme générale des courbes suivant lesquelles
s'accroît le poids des enfants. Les nombres, les moyennes qui
ont guidé le dessinateur résultent du dépouillement de 2.500 fi¬
ches pour les filles et d’autant pour les garçons *.
Je reviens à mafigurel (ou à^ma figure 2). J’ai, évidemment,
choisi à votre intention une fiche favorable. Mais entendons-
nous bien ; je n’ai pas choisi la plus belle, ni même pris une '
des plus belles. J’ai voulu un cas simple, ime figure claire . ;
j’ai aussi limité mes recherches dans le petit tas des 98 fiches de'
filles que j’avais à contrôler réglementairement le 21 janvier
dernier — petit tas dont l’inventaire occupe les tableaux
ci-après.
Je peux donc vous présenter le résultat du séjour, pendant
quatre mois, à Forges, d’un enfant parisien comme ceci :-cet
enfant prend plus de poids dans cet intervalle de temps qu’il
n’en prendrait à Paris en toute une année. — La figure 1 est un
cas particulier : l’histoire d’un individu. L’histoire d’un petit
groupe d’individus — 100 garçons d’une part, 98 filles d’autre
part — occupera tous les tableaux chiffrés ici intercalés.
1. Fiches établies à Forges, de 1904 à 1914. Voir loco citato.
340 SOCIÉTÉ DE MÉDECUNE PUBLIQUE [96]
Je dois ajouter que, sur les figures 3 et 4, une rangée, de X
vous montre comment se classent, à leur sortie de Forges, les
poids moyens des mêmes enfants dont les poids moyens — à
l'entrée — se rangeaient sur la ligne des T et des O.
Tout de suite, je dois vous dire comment nous obtenons de
tels résultats et, il mé parait du moins, de si intéressants.
Profitant de la suractivité de l’appétit — et du processus
général d’assimilation — causé par le grand air, parla lumière,
4-
P... (Jeanne), née le 30 octobre 1909, entrée à Forges, le 26 sep¬
tembre 1917.
Poids, 20 kilogrammes; taille, 119 centimètres; périmètre thora¬
cique, 58 centimètres.’
par le repos, par le calme... aussi par le bain hebdomadaire —
l’Assistance publique nourrit très bien ses 215 petits pension¬
naires : c’est tout le sortilège.
Or,' à l’heure actuelle, sous la pression des circonstances il
nous faut modifier cette alimentation : ramener de 450, 600 et
720 grammes par jour, à 300 grammes seulement la portion de
pain de chacun.
J’ai pu croire que cette heure était opportune pour vous faire
[91] LOIS DE L’ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS 3*1
connaître nos résolutions ; pour vous faire connaître aussi
notre point de départ — qui avait été mesuré et chiffré dans
un tout autre but.
J’ai l’intention de vous demander, plus tard, la parole une
Fig. 2. — Foime réelle des fiches utilisées à Forges-les-Bains.
P... (Jeanne), née le 30 octobre 1909, entrée à Forges, le 26 sep-
embre 1917.
Poids, 20 kilogrammes; taille, 119 centimètres; périmètre thora¬
cique, 58 centimètres.
seconde fois pour vous faire connaître, de combien et dans quel
sens auront été modiOés ces résultats*.
1. Sous le nom de coefficient de robuslicité oa utilise les chiffres donnés
par la somme algébrique (d’une algèbre barbare) ainsi formulée : Taille
— ipoids+ périmètre thoracique) = X.
Le coefficient, presque toujours positif, est considéré comme d’autant
meilleur qu’il s’approche davantage de zéro.
A Forges, la taille et le périmètre varient peu; le poids augmente beau¬
coup. Donc ce dit coefficient tend toujours vers zéro pendant le séjour.
Ceci peut être regardé comme un triomphe.
SOCIÉTEÏDE MÉDECINE PUBLIQUE [98]
L’évolution du poids des gahçons, Parisiens,
se fait selon des courbes analogues aux trois
courbes dessinées; le plus souvent entre les
deux courbes qui limitent la surface qua¬
drillée; rarement au-dessous, moins rarement
au-dessus.
Remarquer les grandes différences, très ordi¬
naires, du poids au même dge entre le plus
léger et le plus lourd (du simple au double).
[99] LOIS DE L’ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[lûO]
Les tableaux cuiffrés.
Chaque mois je fais l’inventaire des résultats obtenus h For¬
ges. Les enfants, pesés de la veille, me sont présentés un à un.
J’ai la courbe de chaque enfant sous les yeux et je décide : en
bonne voie, peut être rendu, sirop iodotannique, etc.
Je fais aussi des répartitions : tel groupe est 6on dans son
ensemble; tel autre l’est moins.
Malheureusement, j’accorde aussi des faveurs ; orphelin de
mère, père mobilisé, famille de six enfants, mère malade.
Je me défends tant que je peux, mais . ! Mais la fillette de
ma fiche de tout à l’heure restera bien inutilement à Forges un
mois de plus.
Bon gré, mal gré, ces inventaires mensuels existent et sont
comparables, non seulement entre eux, mais encore à d’autres
groupements.
Je vous apporte ici les détails de l’inventaire des 110 garçons
présents le 21 janvier dernier. Pour les 97 filles, je ne vous
donne que le résumé (afin de ne pas occuper trop de place).
Le tableau I (garçons) comprend tous les cas irréguliers :
malades actuels (la coqueluche a atteint une dizaine d’enfants
en novembre et décembre derniers, etc.), malades récents,
sujets présents depuis longtemps, etc., etc. — Aucun total n’est
possible dans ces conditions que celui-ci; 21 gamins sont pla¬
cés dans ce cadre «/ion compte ».
Le tableau II n’est pas une anomalie. Il doit être cependant
considéré à part : les enfants présents, y compris les sortants du
mois, avaient été pesés le 10 décembre (à cause des fêtes) soit
une semaine trop tôt. Les entrants du 19 décembre ont été pesés
le 20 décembre, puis le 21 janvier. Ensemble ces 15 gamins
pesaient 3.956 hectogrammes à la première date ; ensemble, en
un mois, ils ont pris 69 hectogrammes.
Soit seulement 1,6 p. 100 du poids initial, avec des variations
considérables d’un individu à l’autre: 4p. 100 dans le meilleur
cas; 1/2 p. 100 dans le moins bon (un enfant malade a perdu
du poids).
Ces inégalités s’observent constamment, d’une part.
[101] LOIS DE L’ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS 345
Tableau I. — FORGES : Gabçons.
Premier groupe : Cas anormaux : maladie actuelle ou récente ayant
empêché les pesées opportunes-, longs séjours à cause des mala¬
dies, etc.
'ANNÉE
de la
de
en'he
VABIATIONS
i
H
10
déc.
il.
+
•
-
26 sept.
199
1910
26 ^pt.
226
....
Coqueluche.
29 août.
187
190
s'.’
1 909
225
s
_
250
230
0
s.
—
—
212
218
■’ê'
Hémophile.
276
271
220
25 juin.
306
3i>g
2
's. '
26 noy.'
292
Anpine.
336
331
Pour compléter Tef-
-
-
296
300
"i
s.
fectif réel : 21 sujets.
1 1. Cet onfanl, 25
avril,;
1 eu SI
icoess
ivemc
,nl ui
le angine, la rougeole et la |
|coquel«ch
Mais, d’autre part, le résultat du groupe est conforme à toutes
nos observations.
Si quelqu’un hésitait à trouver ce résultat bon, je rappellerais
qu’un enfant, en un an, n’augmente guère que de 9 p. 100 de
son poids initial. Or, la cumulation de telles augmentations
de 1,6 p. 100 donnerait ce 9 p. 100 en moins de six mois.
(Exactement 9,5 p. 100.)
Nous allons voir que ce premier mois de séjour n’est pas le
meilleur.
346 ' SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBÉIQUE [402]
Tableau II. — FORGES : Garçons.
Deuxième groupe : Enfants entrés le 19 décembre.
PO
VARIATIONS
AXNÉE
en hectogrammes
en
heciogr.
NAISSANCE
20
décembre
21
janvier ^
+
«
-
HfjjH
1912
1911
166 ■
169
3
7 enfants de moins ■
■
de 10 ans :
1910
205
210
5
1,6 p. 100
188
190
2
1909
215
220
5
en 32 jours.
1908
230
235
ÿ
Totaux :
1.408
1.430
27
5
1907
235
242
7
293
299
6
1906
315
276
320
280
5
4
1905
388
390
268
278
10
1903
415
358
419
362
4
Totaux :
2.548
2.590
42
Sur
l’ensemble
3.956
4.020
69
5
Le tableau III se réfère à un cas spécial' : une promotion
supplémentaire de 15 garçons arrivés le 5 décembre, pesés le 6,
puis, pour le bon ordre, repesés le 10 décembre; et, enfin,
jugés comme les autres le 21 janvier après 42 jours.
Pour 3.724 hectogrammes, au 10 décembre, ils ont pris
ensemble 122 hectogrammes, soitenmoyenne 3,2 p. 100, c’est-
à-dire deux fois plus que leurs succédants ne prendront en 32
jours *,
1. Nous avons cette année 1917 fait volontairement le complet au com¬
mencement de décembre' en comblant les vides causés, hors tour, dès
septembre et octobre par le désir de rentrer à Cécole.
2. Sur la division dans chaque tableau des enfants en deux groupes,
voir plus loin le’ cas des filles.
[103] LOIS DE L’ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS 341
A ce train, il faudrait un peu plus que trois mois pour dépas¬
ser les 9 p. 100 d’une année normale (je veux dire de vie à
Paris).
Tableau III. — FORGES : Garçons.
Troisième groupe : Enfants entrés le 5 décembre.
ANNÉE
de la
VARIATIONS
^ en iiecto^^r.
OBSERVATIONS
décembre
31
janvier
4-
»
-
19H
1910
1909
1908
172
194
196
134
164
228
284
182
199
200
162
170
226
286
10
5,
4
6
2
7 enfants de moins
de 10 ans :
2,4 p. 100
en 42 jours.
2
Totaux :
1.392
1.425
35
1907
1906
1904
226
246
238
260
300
404
326
312
228
232
270
280
314
406
346
323
2
6
12
20
2
20
11
87
8 enfants de 10 ans
et plus :
3,8 p. 100
en 42 jours.
Totaux :
2.332
2.419
Sur
l’ensemble
3.724
3.8-U
122
2 j
3,2 p. 100
Le tableau IV traite de 21 garçons (un malade mis à part) qui
nous étaient arrivés le 21 novembre. Ils pesaient, ayant déjà
pris du poids, 4.202 hectogrammes le 10 décembre. En42 jours,
le groupe III, Us font du 3,1 p. 100.
Dans la pratique de Forges, c'est le mois le plus favorable
que le 2® mois de séjour.
Donc, avec le tableau V qui s’occupe des 23 garçons entrés
le 24 octobre — garçons don lies différences ont été excellentes
348 SOCIÉTÉ DE [MÉDECINE PUBLIQUE 1104]
dans l’intervalle 22 novembre-! 0 décembre — nous voyons
descendre le pourcentage de nos bénéfices à 1,1 p. 100.
Quelques aifections, saisonnières ou autres, ont causé des
pertes individuelles.
Tableau IV. — FORGES : Garçons.
Quatrième groupe : Enfants entrés le 28 novembre 1917.
Le tableau VI décrit le sort de 15 gamins entrés le 26 sep-
embre. Ceux-ci ont fait florès d’octobre à novembre. C’est la
promotion qui devrait, tout entière, sortir en janvier.
Il est remarquable, en effet, que trois sujets seulement ont
pris du poids sérieusement: les autres ne font plus rien.... leur
sort pendant 42 jours a été celui qu’indique le plateau terminal
de la courbe de la figure 1.
[105] LOIS DE L’ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS 349
Tableau V. — FORGES : Garçons.
Cinquième gronpe ; Enfants entrés le 24 octobre 1917.
Les autres enfants avaient, en général, fait leur plein....,
et ce plein était annoncé par le fléchissement du mois pré¬
cédent.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[106]
J’espère bien arriver à distinguer, ainsi, un mois plus tôt
que je ne fais actuellement ces cas ordinaires des trois cas
anormaux précités, pour mieux utiliser Forges.
Tableau VI. — FORGES : Garçons.
Sixième groupe : Enfants etÿrés le 26 septembre 1917.
ANNÉE
NAISSANCE
en hectogrammes
VARIATIONS
en hectogr.
i
OBSERVATIONS
décembre
21
janvier
-
1913
*911
1910
1909
1908
174
214
229
192
236
238
256
270
278
236
172
214
230
194
238
248
258
270
279
236
2
s.
s.
s.
’s.‘
s.
s.
s.
10 enfants de moins
.de 10 ans :
0,7 p.- 100.
A été malade à F...
"l
10
2
’l'
0
0
0
■T
Totaux :
2.323
2.339
18
1907
1906
1905
m
243
360
346
204
274
246
370
353
2
4
5 enfants de 10 ans
et plus :
1,1 p. 100.
10
Totaux :
1.431
1.447
20
Totaux
Coefficient moyen
généraux :
3.734
3.786
38-
-6 =
32
sur l’ensemble :
0,8 p. 100.
Dans le tableau Vlll, je présente la récapitulation des données
qui précèdent. Ce tableau sera comparé tout à l’heure au cas des
filles, mais j’ai placé avant lui le tableau Vil, qui fournit des
points de repère importants.
Il s’agit des 15 enfants du tableau VI. Ici, je donne, non pas
le poids du 10^ décembre, mais le véritable poids initial : la
pesée du poids du 27 septembre 1917.
[107J LOIS DE L’ACCROISSEMENT EN, POIDS DES ENFANTS 331 '
Tableaü vil — FORGES ; Garçons entrés le 20 septembre.
Comparaison : Accroissement de poids en quatre mois.
Le poids total était de 3.434 hectogrammes. Le gain total, en
quatre mois, est de 352 hectogrammes.
C’est du 10 p. 100. Très exactement, un peu plus que le
gain d’une année.
(Dans les mêmes conditions les filles donnent 11,2 p. 100; à
savoir : 9,4 p. 100 pour les petites et 13,5 p. .100 pour les
grandes.)
Ceci est déjà intéressant. Ce qui l’est plus encore, c’est que
tous les enfants ont accusé un accroissement très net : même
les plus petits, même ceux qui ont été malades.
Mais, quand on compare les pourcentages globaux (quelle
que soit la façon dont on cumule les pourcentages dans le
352
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[108]
tableau VIII), une constatation s'impose : ou bien les avan¬
tages de la promotion de septembre sont trop beaux, ou bien
l’ensemble des résultats obtenus du 10 décembre au 21 janvier
sont insuffisants.
Tableau VIII. — FORGES : Garçons.
Récapitulation : 110 garçons pesés le 21 janvier 1918.
En faisant une cumulation correcte, la plus favorable d’ail¬
leurs, on n’obtient que 7,7 p. 100 et 8,7 p. 100 au lieu de
10,3 p. 100 et 10,1 p. 100.
Ce phénomène exige quelques explications; en voici deux
qui se cumulent :
[lü<J] LOIS DE L'ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS 3.;!
Tableau IX. — FORGES : Filles.
Récapitulation : 97 filles pesées le 21 janvier 1918.
1® Du 15 décembre au 15 janvier, nous avons vécu dans la
neige — et les enfants ont très peu joui du plein air. Je dis du
plein air.
2° Parce que, si bien installé que soit Forges, une chose nous
manque, à savoir, des vastes préaux en équerre ouverts au
Sud-Est.
Ainsi la promenade en hiver est une souft'rance (et tout va de
travers : on sort le moins possible, on abrège le bain, etc.).
UEV. d’HYG. XL — 23
3Ü4 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [110]
Tout de même il demeure que si j’ignorais le taux de 10 p. 100,
bénéfice ordinaire, je trouverais très satisfaisant le taux de
7,7 p. 100, bénéfice d’un mois d’hiver. Mais il y a une autre
explication plus proche : nous avons dû réduire de un septième
le poids du pain alloué à chaque enfant.
Je ne donne qu’un tableau pour les filles. Elles sont dans
l’ensemble supérieures aux garçons, mais, dans le détail, il
faut faire deux parts :
— Au-dessous de dix ans (au 21 janvier 1918, enfants nées
en 1908 et depuis), les fillettes poussent moins que les garçons
du même âge. Leur aspect à l’arrivée est généralement meilleur,
bien que le poids moyen soit plus petifl
— Au-dessus de dix ans, au contraire, les fillettes, qui
s’apprêtent déjà à devenir des femmes, prennent à Forges un
poids fantastique.
Cet accroissement est extraordinaire quant à son taux, mois
par mois; mais il est de plus de très longue durée. Le crochet
terminal de la courbe 1 n’en finit pas de se dessiner,‘et l’arrêt,
le plateau, ne vient jamais : c’est Forges qui renonce à garder
l’enfant et non l’enfant qui cesse de prospérer.
11 y a là une indication précieuse. Pour trouver la même cir¬
constance favorable chez les garçons, il faut attendre l’âge de
quatorze ans environ.
Ensemble, ces filles ne paraissent pas pâtir de la diminution
de la ration de pain
J’espère, Messieurs, vous avoir donné l’impression que noire
cure de grand air — prolongée pendant quatre mois — et
appuyée d’une alimentation abondante, constituait un tout infi¬
niment respectable.
Et vous comprenez bien, maintenant, qu’ayant eu mission
de procéder à des modifications, je n’ai pas pu procéder sans
quelques hésitations.
Je vais vous dire maintenant comment nous avons remplacé
le pain qui nous manque : où nous avons erré et en quoi.
[111] LOIS DK L’ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS 355
Poids des filles et des garçons, de 12 à 15 ans.
Remplacements alimentaires.
11 est beaucoup trop facile, en effet, de dire : « Remplacez le
pain par des pommes de terre, par du riz, etc. »
Dans la vie d’un ménage, les pommes de terre tiennent
336 SOCIÉTÉ, DE MÉDECINE PUBLIQUE [H2]
beaucoup 'de place; tout autant dans les menus d’une collec¬
tivité comme Forges. Donc on ne peut pas pratiquement en
ajouter une quantité telle que cette addition supplée au pain
défaillant; on ne peut pas les employer couramment à la place
du pain.
Cet usage ne peut être que tout à fait accidentel : quand un
repas ne comporte ni pommes de terre en ragoût, ni pomme§
de terre en sauce, ni soupe aux pommes de terre, on peut, à la
rigueur, faire servir des pommes de terre, cuites à l’eau, en
guise de pain. Encore faut-il se méfier.
C’est pourquoi, outre l’usage très spécial de la pomnie de
terre fraîchement pulpée dont nous parlerons tout à l’heure,
nous nous coittenterons de prescrire l'augmentation en poids
des formes ordinaires.
La portion de pommes de terre du ragoût, celle des gros
légumes (pommes de terre au lard, par exemple) sera plus
copieuse et nos enfants devront oublier le reproche maternel
qui fut traditionnel, pour nous tous. Messieurs, de ne pas manger
son pain.
Après la pomme de terre le suppléant indiqué était le riz.
Ici l’inconvénient était tout autre : sauf au lait et sucré, ou
en gâteau aux œufs et sucré, le riz n’est point aimé en France.
Et le fait est que, ayant quelque peu visité les cuisines collec¬
tives y compris, pendant un trop court temps, les cuisines du
front, j’avais du reconnaître que le riz des collectivités est par¬
faitement dégoûtant.
Or je n’ai ni lait, ni œufs, ni sucre et il faut que mes gosses
mangent du riz. J’ai dû, ainsi, me tracer un programme très
net, limité étroitement.
Une fois par jour, on aura du riz à la place d’une partie du
pain. Ce riz sera l’objet de soins spéciaux — et comme il est
juste, — une personne spéciale, fournissant le travail épargné
au mitron, assurera ces soins.
Pratiquement, nous sommes arrivés à, faire accepter ce riz.
Pour lui ménager un bon accueil dans mon petit monde, j’ai
annoncé une fête, une cérémonie mémorable.
Un certain lundi je suis allé m’asseoir à la table des fillettes
et j’ai, avec une part de leur ragoût, mangé un peu de leur riz'
peu cuit.
[113] LOIS DE L’ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS 351
21 janvier . — Ce fut une fête, en effet! Sauf que cette fête a
eu lieu le mercredi au lieu du lundi, le récit qui précède est
exact et je le maintiens.
A la table des garçons, le samedi ensuivant, les choses furent
plus simples, comme il convient pour des garçons : ma colla¬
boration fut seulement de servir moi-même les parts de riz!
Le pain manquant, aucun ne pignocha. Pour une des cin¬
quante filles mon exemple avait été, sinon indispensable, du
moins utile. Ici rien de semblable : j’ai du distribuer le reste
du riz présent, puis en envoyer chercher d’autre et, enfin, aller
chercher moi-même le reste de la dose convenue; 40 grammes
de riz sec par tête, pour remplacer 80 grammes de pain. De la
cuisine on est venu voir si c'était vrai.
Ce samedi de janvier 1918, j’ai donc rédigé, séance tenante,
le rapport que voici qui fut confié à M. Brun, directeur de
l’hôpital de Forges, à l’adresse de M. le Directeur de l’Assistance
publique.
La Société de médecine publique excusera les parties de ce
rapport qui font redites, soit entre elles, soit avec ce qui pré¬
cède. Dans le même esprit mes collègues ne blâmeront point
l’abus des détails, ni mon insistance? C’est que, en effet, je
sais que je suis ici dans un milieu oh les innovations sont bien
acceptées... à la condition que ces innovations soient pra¬
ticables.
La Société de médecine publique est soucieuse des réalités!
Elle sait donc quelle distance il y a entre prescrire et exécuter.
Elle veut aussi pouvoir contrôler, et les pages qui précèdent
n’ont d’autre raison d’être que de lui permettre d’exercer ce
contrôle en temps opportun.
Monsieur le Directeur de l'Assistance publique.
Comme suite aux expériences faites mercredi dans le service Divi¬
sion filles — et ce jour dans le service Division garçons de l’hôpital
de Forgps-les-Bains, — j’ai l’honneur de vous proposer d’utiliser
désormais le riz ainsi que suit pour obtenir une économie de pain.
Je rappelle :
1“ Que notre hôpital se subdivise naturellement en deux parties :
Divisions filles et garçons : 100 lits;
Pavillons filles et garçons : 100 lits.
33S SOaÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [H4]
2“ Que' le repas de midi (il heures), le plus important de la
journée, comporte :
a) Une soupe au pain ;
b) Un plat de viande, qui est rôtie, ou en sauce, accompagnée ou
non d’un petit légume ;
c) Un plat de légumes ou pâtes * dit gros légume ;
d) Pain ; 160 grammes environ par enfant pour ce seul repas*.
Voici maintenant ma proposition, — que je détaille pour clarté. —
Il ne s'agit que de ce repas de midi, donc d’une économie partielle.
a) Soupe au pain maintenue ;
h) Plat de viande : le type bœuf au vin ne sera modifié que par
délayage de la sauce; le type viande rôtie, verra le jus délayé par ad¬
dition d’un fondu (bouillon à l’eau d’oignons, de carottes, de navets
de rutabaga) ; le type ragoût (viande avec •petit légume) comportera
les mêmes additions que ci-dessus, oignons, carottes, navets, ruta¬
baga en nature, à l’exclusion de la pomme de terre (qui peut au con¬
traire figurer dans la soupe, d’abord, ensuite en c) ci-api'ès).
c) Légumes variés ou pâtes, dits gros légume.
d) La moitié du pain est supprimée, au moins la moitié, et la partie
maintenue ne sera distribuée aux enfants qu’avec le légume du pa¬
ragraphe c).
J’insiste : la coutume actuelle est que chaque enfant en se met¬
tant à table trouve un morceau de pain à côté de son assiette. —
C’est précisément ce morceau de pain qui doit être remplacé par du
riz comme ci-après. — C’esf ce morceau de pain qui doit être éco¬
nomisé.
On le remplace par du riz comme suit :
40 grammes de riz sec par enfant lavé à froid trois fois — puis
cuit dans de l’eau péu salée — pendant 20 minutes seulement.
Aussitôt la soupe mangée — je rappelle qu’il n’y a pas de pain
sur la table — je sers une cuillerée (louche) de riz — et aussitôt la
viande avec sa sauce (et son petit légume, selon le cas).
L’enfant coupe sa viande*, de sa fourchette il prend une bouchée
de viande — et de sa cuillère une bouchée de riz qui a saucé la
sauce. Jusqu’à épuisement de cette viande et de ce riz, il continue.
1. Le repas du soir comporte ; soupe, viande avec petit légume et
dessert.
2. Depuis que la quantité journalière de pain a été abaissée de 500 à
400 grammes.
3. Soit : 4 kilogrammes par jour, et seulement 4 kilogrammes pour
iOO enfants.
4. 11 faut, sur la table, un couteau pour deux convives. Ceci manque
actuellement.
[1151 LOIS DE L’ACCaOISSEMENT EN POIDS DES. ENFANTS 359
Avec le légume, mais seulement avec ce légume, il reçoit ce qui
était naguère un second morceau de pain. La première moitié, soit
80 grammes par enfant, est nettement économisée, soit 8 kilogram¬
mes. de pain par jour au moins, en échange de 4 kilogrammes
de riz.
J’ai écrit au moins : je pense que, à l’usage, il apparaîtra que l’en¬
fant n’a besoin, avec son vrai légume, que d’une partie de ce second
morceau de pain. Mais il faut, ici, l’usage pour savoir.
Je vous signale : 1“ que faute d’espace et d’un outillage plus com¬
plet, la cuisine de Forges ne peut pas, pratiquement, cuire conve¬
nablement plus que 4 kilogrammes de riz (pris sec) en même temps
qu’elle prépare un repas normal ;
2“ Que le repas du soir ne se prête pas à cette discipline du riz à
cause de la prédominance de la pomme de terre comme petit légume
des viandes ;
3° Qu’il y a donc lieu de prévoir que la moitié seulement des
enfants de Forges sera alimentée de la sorte à ta fois — c’est-à-dire
un jour les Divisions (Allés et garçons) et un jour les Pavillons
(Ailes et garçons) — et seulement au repas de midi.
2 janvier 1918.
J.
G.
2 fém'ier. — Les événements vont vite en cette année 1918.
Entre le jour où j’ai écrit ce qui précède et ce 2 février, la
carte de pain — 300 grammes par tête — a été imposée dans
la Seine et annoncée pour Forges.
A Paris, il a fallu la prodigieuse imbécillité malfaisante des
Boches — les incursions des gothas — pour mettre d’accord
les boulangers et leurs clients.
Nous ne pouvons pas nier qu’ils aient le bombardement
opportun, les sales bêtes 1 car nous grognions tous ; les bou¬
langers incapables de couper un pain de 4 livres en morceaux
de 300 grammes, encore moins un pain — de fantaisie — qui
pèse 340 grammes et compte pour 500 grammes, — grognaient!
Et nous, les consommateurs, nous étions disposés à grogner
bien plus fort.
L’Assistance publique, sous la forme de deux de ses chefs
de service, a donc bien voulu donner suite à ma proposition ;
M”” Bougean elle-même a proposé de préparer 8 kilogrammes
de riz pour 11 heures, chaque jour, sans faire dommage à l’en-
360 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [116]
semble des erremeats établis; ce qui représente un surcroît de
travail important.
Plus encore, en délayant 30 grammes (on peut aller jusqu’à
70 grammes) de pulpe de pomme de terre fraîchement râpée,
10 minutes avant de servir, dans la soupe qui bout, on espère
pouvoir économiser le pain de cette soupe — non pas à
11 heures, mais à S heures, au dîner, et, peut-être, au dé¬
jeuner du matin. Et nous aurons, ainsi, ramené à 300 gram¬
mes, la ration moyenne de pain consommée à Forges — en
employant les succédanés riz et pommes de terre.
Avant janvier 1918 les enfants mangeaient, à Forges, de
500 à 720 grammes de pain par jour.
Ces enfants mangeaient réellement ces quantités, mais ils
ne mangeaient pas que cela ; 260 grammes de viande ; 50 gram¬
mes de haricots; 200 grammes de pommes de terre; ....
30 grammes de fromage, ou bien 40 grammes de confitures ;
ou bien' 100 grammes de fruits frais ; ou bien . au dessert
du soir.
Toutes choses qui sont maintenues. Il est tôutefois bien
évident que le riz, qui était donné autrefois comme gros
légume — souvent sous forme d’un plat sucré — devra être
évité désormais.
Il est suffisant, en effet, d’en manger, en guise de pain, une
fois par jour tous les jours.
Quant aux pomnjes de terre pulpées c’est tout autre chose.
Elles transforment le potage en une masse épaisse, très com¬
parable à ce qui donne un tapioca, mais qui ne rappelle pas
du tout nos classiques soupes aux pommes de terre. Même
cette pulpe s’accommode très bien dans ces soupes classiques
aux pommes de terre très cuites.
Au contraire de ce qu’on pourrait croire, je ne redoutais
guère du fait de cette singulière suppléante — je veux dire la
pulpe remplaçant le pain de soupe — une défaillance. Théori¬
quement la valeur nutritive n’est pas très grande, mais la pra¬
tique ne paraissait pas être d’accord avec cette théorie.
On dit d’un animal, en nos villages, qu’il est bon, faisant
ventre de tout. J’avais cette impression que nos petits Pari¬
siens dépaysés dans le bon sens — tenaient de cet animal —
[in] LOIS DE L'ACCROISSEMENT EN POIDS DES ENFANTS 361
et j’espérais que nos prochains mois ne seraient pas défi¬
citaires.
J’avais mal prévu :
La pesée générale de février est désastreuse quant aux gar¬
çons — ils n’ont pas eu à manger suffisamment avec notre
nouveau régime — au contraire des filles qui ont largement
tiré profit de leur séjour à Forges.
Si ce n’est pas abuser, je vous demanderai la parole une
autre fois pour vous dire les mesures prises et les résultats
obtenus tant en février, menus précaires, qu’en mars, menus
amendés.
M. LE Président remercie vivement M. le D' Camescasse de sa
très intéressante et instructive communication ; d’office, il inscrit à
nouveau M. le D' Camescasse à l’ordre du jour de la prochaine
séance et le prie de bien vouloir apporter son complément d’études
et ses conclusions définitives.
La séance est levée à dix-neuf heures.
Le Secrétaire général adjoint,
D’’ Borne.
Le Vice-Président,
D'^ Granjux.
362
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
SÉANCE DU 27 MARS 1918.
Présidence de M. Granjux, vice-président,
puis de M. Renault, président.
La séance est ouverte à 17 h. 10.
Installation du Président.
M. le D'' Gra.njux invite M. le D'’ Jules Renault, élu président par
rassemblée générale, à prendre place au fauteuil, et le prie de voir
dans Tunanimité des suflrages de ses collègues un témoignage de
leurs sentiments à son égard.
M. le D'' Jules Renault, en prenant la présidence, prononce les
paroles suivantes :
« Mes chers collègues,
« Permettez-moi de remercier le Conseil de notre Société d’avoir
bien voulu proposer, pour la Présidence, mon nom à vos suffrages
et de vous remercier de me les avoir accordés avec tant de libéra¬
lité : c’est pour moi un très grand honneur, j’en suis profondément
touché et vais' m’efforcer de m’en rendre digne. Je remercie per¬
sonnellement notre vice-président, M. le D' Granjux, des paroles si
aimables avec lesquelles il vient de m’inviter à prendre possession
de mes nouvelles fonctions.
« J’ouvre donc la séance, mes chers collègues, et je donne la
parole à M. le D’'’ Faivre. »
[119] PROPHYLAXIE DES ^ULADIES VÉNÉRIENNES 363
RAPPORT
RÉSOLUTIONS RELATIVES
A LA PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
par M. le D'- PAUL FAIVRE.
A la suite de ma communication sur la prophylaxie des
maladies vénériennes notre Société, estimant qu’une ques¬
tion aussi importante était de nature à retenir toute son atten¬
tion, et qu’elle devait marquer par une délibération approfondie
l’intérêt qu’elle prend à un sujet qui concerne à un si haut
point la santé et l’avenir du pays, a, sur la proposition de
M. le D"^ Granjux, confié à quelques-uns de ses membres le
soin de lui présenter, sous une forme succincte, l’exposé des
mesures les plus propres à combattre le danger.
Cette Commission, composée de MM. Granjux, président.
Bordas, Chassevant, Colin, Jules Renault, Georges Risler,
Siredey et Paul Faivre, rapporteur, lui a soumis les proposi¬
tions suivantes :
1. — La prophylaxie des maladies vénériennes embrasse
l’ensemble des questions susceptibles d’avoir une répercussion
sur la propagation de ces maladies et sur l’extension des
dangers qu’elles font courir à l’individu, à la famille, à la
société.
Cette prophylaxie ne saurait donc être envisagée à un point
de vue étroit; elle doit comprendre tous les moyens propres à
prévenir ou à combattre le mal, de quelque nature qu’ils soient,
et alors même qu’ils sembleraient présenter entre eux des
divergences. En réalité, ces moyens ne s’excluent pas; ils dif¬
fèrent parce qu’ils s’adressent à des individus différents, mais
1. Séance du 24 octobre 1917.
364 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [120]
toujours ils tendent à un but essentiel : la protection de la
santé publique et la réalisation des avantages d’ordre moral,
physique et économique que le maintien de celle-ci implique.
II. — Les moyens moraux doivent être rappelés en premier
lieu, comme les plus dignes de considération. L’homme qui,
parle fait de sa volonté, arrive au mariage sans avoir, d’aucune
manière, exposé? sa santé, a droit au respect. Qu’ils aient ou
non leur source dans le sentiment religieux, les moyens
moraux sont hautement louàbles.
III. — Dans le même ordre d’idées, il convient de proscrire les.
manifestations pornographiques, ou simplement licencieuses,
par le livre, l’image, la carte postale, le théâtre, le cinéma,
manifestations dont les ravages sont d’autant plus grands
qu’elles s’adressent à des gens plus jeunes et d’une moindre
culture. Les pouvoirs publics sont inconséquents lorsque, com¬
battant les maladies vénériennes, ils tolèrent l’étalage de
l’obscénité.
IV. — L’abus des boissons alcooliques contribue à la propa¬
gation des affections vénériennes, en provoquant l’excitation
des sens et la perte momentanée de la raison. Lorsque les
maladies sont acquises, l'alcoolisme les aggrave ou fait
obstacle à la guérison. Toutesles mesures destinées à combattre
l’alcoolisme tendent donc aussi à la prophylaxie des maladies
vénériennes.
V. — A côté des exhortations d’ordre moral, il faut faire une
large part à l’enseignement anti vénérien, et rompre résolument
à cet égard avec les fausses pudeurs d’anlan. On ne combat pas
un danger en le méconnaissant ou en le cachant, mais en le
regardant en face.
Il faut donc dire : au jeune homme, qu’une rencontre impru¬
dente peut empoisonner sa vie entière; à l’homme marié, qu'il
expose les siens aux plus lamentables contagions ; à la femme,
qu’une maladie vénérienne, passée souvent inaperçue, risque
de l’atteindre dans lés sources de la maternité ou de frapper les
enfants qui naîtront d’elle. .
Cet enseignement, qui insistera sur la considération domi¬
nante du danger, devra être approprié à ceuxà qui il s’adresse.
Il sera donné, à l’occasion d’un cours d’hygiène dans les hautes
classes des collèges de garçons; il fera pour les étudiants, les
[121] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 365
militaires, les ouvriers et ouvrières des deux sexes, l’objet de
conférences où l’emploi de projections permettra des démon¬
strations utiles. La personne laplus qualifiée pour le donner est
le médecin.
Autant les indications et conseils ainsi présentés sont profi¬
tables, autant est pernicieux le prétendu enseignement par les
« musées anatomiques », dont les méprisables imprésarios ne
cherchent qu’à éveiller des curiosités malsaines. De tels éta¬
blissements devraient être interdits.
VI. — S’il importe de montrer le danger, il n’est pas moins
nécessaire de prémunir ceux qu’il menace, en leur offrant,
pendant les heures de repos, des distractions honnêtes. Les
« foyers du soldat » rendent à cet égard les plus grands ser¬
vices, et ne sauraient être trop multipliés.
Ces œuvres répondent d’autant mieux à leur objet, qu’elles
sont dégagées de tout caractère confessionnel ou politique.
VII. — La transmission prouvée d’une maladie vénérienne
devrait entraîner, pour ses auteurs, la juste responsabilité des
maux qu’ils provoquent. 11 convient de demander au Parlement
le vote de dispositions législatives, qui constitueraient, en
même temps qu’un acte de réparation vis-à-vis des victimes,
un moyen efficace de prophylaxie, par la crainte des pénalités
encourues.
VIII. — L’intérêt général exige que les personnes atteintes
d’affections vénériennes reçoivent des soins appropriés, afin
que soit préservée la collectivité.
Cette indication domine le problème et relègue au second
plan toutes objections qui pourraient être présentées, si inté¬
ressantes qu’elles soient.
IX. — Ce n’est pas seulement vis-à-vis de la syphilis que doit
s’exercer cette action curative ; il ne faut pas perdre de vue que la
blennorragie provoque chez tant de femmes, victimes inno¬
centes d’une contamination qui suit le mariage ou la liaison,
des maladies, souvent graves, des organes de la génération ou
la stérilité, et qu’elle entraîne aussi, pour les hommes, de
fâcheuses complications.
X. — Le traitement des affections vénériennes nécessite des
organisations spéciales, d’autant plus nécessaires qu’il s’agit
de villes plus importantes, où les besoins sont plus grands, et
366 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [122]
oîi les malades ont, à. un moindre degré, la crainte d’être
remarqués en venant réclamer des soins.
A ce dernier point de vue, comme aux autres, les hôpitaux
doiveiit être choisis de préférence pour l’installation de ces
services.
Les organisations prévues par le ministère de l’Intérieur,
sous la dénomination de « services hospitaliers annexes », con¬
stituées dans des conditions analogues à celles qui fonctionnent
déjà dans quelques grandes villes, sont à approuver en tous
points.
XI. — Les services hospitaliers annexes comportent une con¬
sultation, qui en est la partie essentielle, et l’hospitalisation,
en cas de nécessité.
La consultation permet de traiter la très grande majorité des
malades. Elle doit être aisément accessible, gratuitement et
largement ouverte, assurée par un médecin d’une compétence
éprouvée, et organiséé de telle sorte que le traitement puisse
être, dans la plus large mesure, immédiatement appliqué.
Il est préférable, surtout dans les villes de moindre impor¬
tance, que la consultation, bien que spécialisée, s’adresse aux
personnes atteintes de maladies de la peau, en même temps
qu’aux vénériens, a6n que ceux-ci ne soient pas désignés à
l’attention.
L’hospitalisation est réservée aux malades présentant un
état grave, à ceux qui ne peuvent se soigner chez eux, et à cer¬
tains qui se voient ainsi empêchés de propager l’affection dont
iis sont atteints.
XII. — Les services hospitaliers annexes doivent être en
mesure d’assurer, soit directement, soit par rattachement à
des laboratoires, le contrôle bactériologique et sérologique, si
souvent nécessaire au traitement des malades. Pour chacun
de ceux-ci, une fiche d’observation doit être tenue à jour et
conservée à l’abri des indiscrétions. Des indications relatives
aux précautions qu’ils ont à prendre vis-à-vis d’eux-mêmes et
des autres, leur seront données sous forme de tracts ou de
livrets.
XIII. — L’État doit contribuer hnancièrement à l’instal¬
lation et au fonctionnement des services hospitaliers annexes,
en raison de leur caractère d’intérêt général. Cette contribution
[123] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 367
sera proportionnée à l’activité des services et aux ressources
des établissements hospitaliers, qui ne sauraient eux-mêmes
perdre de vue les obligations leur incombant vis-à-vis des
vénériens, comme de tous autres malades.
XIV. — La surveillance des prostituées constitue également
une mesure prophylactique des pliis efficaces, à condition
d’être nettement orientée du côté sanitaire.
C’est le principe de la protection de la collectivité contre
l’individu atteint d’une affection transmissible, principe inscrit
dans les lois des 3 mars 1822 et lo février 1902, qui justifie, à
l’égard des prostituées, cette contrainte, très relative d’ailleurs,
et qu’il serait à souhaiter de voir étendre aux hommes, en ce
qui concerne le traitement, toutes les fois que les circon¬
stances le permettraient, par exemple aux détenus et aux
hommes vivant en collectivité, les seuls qu’il soit possible
d’atteindre.
XV. — Jusqu’ici, les questions concernant la prostitution
ont été considérées comme relevant de la police municipale.
Étant, avant tout, d’ordre sanitaire, elles devront, pour la
partie relative à la surveillance et au traitement, être désor¬
mais rattachées aux Bureaux d’hygiène qui, sous l’autorité des
maires, en assureront le fonctionnement, avec l’aide de la
police.
Si, comme il arrive parfois, des maires se désintéressent
de ces mesures prophylactiques, c’est aux préfets qu’il appar¬
tient de les faire appliquer, en vertu de l’article 99 de la loi du
S avril 1884. Les inspecteurs départementaux d’hygiène (dont
il faut souhaiter de voir une disposition législative nouvelle
étendre la création à tous les départements) auront à inter-,
venir aussi, dans les mêmes conditions que pour les autres
questions intéressant l’hygiène.
XVI. — L’inscription en vue de la surveillance sanitaire ne
doit pas porter seulement sur quelques femmes, rebut de la
basse galanterie, mais sur toutes celles qui se prostituent,
c’est-à-dire se donnent sans choix et pour de l’argent.
Elle doit, par conséquent, atteindre désormais beaucoup de
femmes qui y échappent aujourd’hui, même parmi celles dont
les ressources ne proviennent pas exclusivement de la prosti¬
tution.
36S SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE 1124]
L’inscription doit être entourée des garanties désirables,
et ne pas s’accompagner de mesures inutilement vexatoires.
XVII. — Les visites doivent avoir lieu deux fois par
semaine.
Elles doivent être gratuites, mais les femmes qui voudraient
s’y présenter à un jour différent de celui où y viennent les
prostituées bénéficiant de la gratuité, devraient pouvoir le
faire, moyennant le paiement d’un prix déterminé, dont le
produit serait employé au fonctionnement du service.
Les médecins-visiteurs seront de préférence les spécialistes
chargés du service hospitalier annexe. Ils seront nommés,
autant que possible, au concours.
Pour la visite, ils seront assistés d’une infirmière.
Les locaux de visite seront à tous égards convenables (con¬
trairement à ce qui existe très généralement aujourd’hui). Ils
recevront un aménagement en rapport avec leur destination
médicale, et seront pourvus du matériel nécessaire.
Les femmes en maison pourront, suivant les cas, être visitées
soit dans ces locaux, soit dans les maisons mêmes.
XVIII. — Les femmes reconnues malades doivent être soi¬
gnées dans des conditions très différentes des conditions
actuelles, et rappelant en tous points celles des services hospi¬
taliers ordinaires, réserve faite quant à la nécessité de les y
maintenir par contrainte.
Elles recevront des soins médicaux compétents et réguliers.
Des services ainsi, organisés ne pouvant être créés partout,
les hôpitaux où ils existent recevront, moyennant un prix
de journée, les malades des localités qui en sont dépour¬
vues.
XIX. — En vue de faciliter la réalisation des améliorations
ou transformations qui s’imposent dans l’aménagement des
locaux de visite et des services hospitaliers, le concours pécu¬
niaire de l’État doit être accordé aux villes et aux hôpitaux,
dans des conditions analogues à celles où sont allouées des
subventions pour le fonctionnement des services annexes.
11 est également désirable que l’État prenne à sa charge le
traitement des prostituées ne résidant pas dans la localité où
elles sont reconnues malades. On leur assurera ainsi des soins,
au lieu de les diriger, comme on le fait aujourd’hui, sur une
[125] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 369
autre région, pour ne pas avoir à supporter les frais de leur
hospitalisation.
XX. — Il est désirable qu’en dehors des cas où l'internement
hospitalier s’impose, les femmes soumises à la surveillance
sanitaire soient, de la part des médecins chargés des visites,
l’objet d’un traitement prolongé en cas de syphilis, ou des
soins dont elles peuvent avoir besoin pour des affections des
organes génitaux. '
Cette manière de procéder, qui permet à ces praticiens de
remplir avec plus d’ampleur leur rôle médical, les àiet à' même
de témoigner aux femmes un intérêt agissant, auquel celles-ci
sont plus sensibles qu’on ne le’ croit généralement, et qui se
traduit par de bons résultats, tant pour elles que pour la santé
publique.
Cette extension de l’action des médecins est de nature à jus¬
tifier, quand il y a lieu, une augmentation de traitement.
XXL — Aucune taxe ne saurait être prélevée au profit des
municipalités, sur les bénéfices de la prostitution ; mais il n’est
que juste de demander à celle-ci une participation aux dépenses
qu’elle provoque. Il convient donc d’exiger le remboursement
de la visite des femmes de maison et des isolées désireuses de
s’y présentée à un jour spécial, et d’en verser le montant à la
caisse municipale.
Par contre, les frais d’hospitalisation ne doivent pas être
laissés à là charge des tenancières des maisons de tolérance,
afin que celles-ci ne se trouvent plus incitées à soustraire au
traitement leurs pensionnaires malades.
XXII. — La répression des infractions aux arrêtés muni¬
cipaux relatifs à la prostitution se produit dans des conditions
si insuffisantes et nécessite de si longs délais, que, sauf dans
les villes où on lui substitue, sous des formes diverses, l’inter¬
vention administrative, ces infractiqns demeurent, dans la
majorité des cas, dépourvues de sanctions.
Cet état de choses appelle une réforme, évidemment difficile
à réaliser, mais que les pouvoirs publics ne sauraient se dis¬
penser de poursuivre sans avouer leur indifférence ou leur
impuissance.
REV. d’hyg.
XL — 24
310
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[126],
Voeu présenté par la Société de prophylaxie
SANITAIRE ET MORALE.
Dans la séance du 5 février 1918, la Société de Prophylaxie
sanitaire et morale a émis les vœux suivants ;
« 1® Que dans la zone des armées il y ait entente entre le
commandementi militaire et l’autorité civile, afin que des
mesures efficaces soient prises à l’égard des femmes qui- y
pénètrent, pour en assurer la police hygiénique, et y créer, à
défaut de « Foyer du Soldat », des « Maisons du Soldat »;
« 2° Que sur le territoire, la [police des 'gares soit continue
et effective ;
« 3° Qu’un « Foyer du Soldat », au minimum, soit organisé
dans chaque garnison ;
« 4° Qu’une entente soit réalisée, en vue de la campagne
prophylactique à mener, tant dans la presse qu’auprès des
pouvoirs publics, avec les Sociétés qui, sous des noms diffé¬
rents, poursuivent le même but hygiénique et moral que
nous. »
Le D'' Granjux a été' chargé de communiquer ces vœux à la
Société de Médecine publique et de Génie sanitaire. -
Discussion.
M. le D'' Camescasse. — La Société va-t-elle voter immédiatement
les conclusions de sa Commission? Ne vaudrait-il pas mieux, en
considération même de l’importance du travail de cette Commis¬
sion, que nous ayons le temps de lire?
Pour donner un exemple précis des hésitations permises, je
citerai ce qui est dit des frais d’hospitalisation : une loi, que je n’ose
pas définir de mémoire, prévoit que les indigents qui n’ont pas
domicile de secours acquis dans telle ou telle commune seront
hospitalisés aux frais de l’État.
Cette disposition vaut même quand c’est le maire de ma corn-
[1271 PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 371
mune qui requiert l’hospitalisation à l’hospice cantonal de l’indi¬
gent passager tombé malade sur le territoire de ma dite commune.
Puisque nous nous occupons ici d’une (Euvre d’intérêt national,
il semble qu’il y ait lieu, par analogie, de procéder de même.
M. le D"' Pa-UL Faivhe. — L’observation de M. le D'^ Gamescasse
porte sur l’application des lois de 1851 et 1893 qui règlent les
questions d’hospitalisation. Ni l’une ni l’autre de ces lois ne répond
suffisamment aux besoins envisagés dans le travail de la Commis¬
sion. C’est pourquoi, en ce qui concerne les malades volontaires, le
ministre de l’Intérieur a décidé de mettre à la charge de l’État le
surplus des dépenses moyennes des cinq dernières années, pour
chaque établissement ayant hospitalisé des vénériens, afin que
ceux-ci ne soient pas signalés à l’attention dans la commune où ils
ont leur domicile de secours. Pour ce qui est des prostituées non
inscrites dans la ville où elles sont trouvées malades, nous deman¬
dons qu’elles soient également soignées aux frais de l’État et non
de ladite ville, atin que l’autorité locale n’ait plus, comme aujour¬
d’hui, intérêt à les éloigner, au lieu de les traiter.
M. René Dage. — Tous les médecins civils, chargés de services
antivénériens, sont-ils bien au courant des nouvelles méthodes de
laboratoire qui permettent, on le sait, un diagnostic certain?
Cette réllexjon m’est suggérée par la constatation que j’ai faite,
assistant à de récents cours pratiques du D'' Gastou, à Saint-Louis,
qu’un grand nombre de médecins militaires ne savent que mal, et
même pas du tout, se servir du microscope et. de l'ultra-microscope
Ne serait-il pas utile, dans ce cas, en vue d’une lutte efficace contre
la syphilis, que les médecins, chargés spécialement de prévenir et
de guérir cette maladie, soient au moins mis au courant de la
technique de laboratoire si nécessaire, parfois, au diagnostic ?
M. le D’’ Gamescasse. — Il ne faut pas demander aux médecins
chargés des services antivénériens d’être des bactériologistes. Les
services doivent être bien organisés et par conséquent pourvus d’un
personnel technique.
M. le Rf Granjiix. — La question est envisagée dans la présente
discussion au point de vue seul des grandes villes, siège d’un ser¬
vice de maladies vénériennes, où le médecin de cet hôpital sera un
spécialiste, habitué au diagnostic bactériologique de ces affections.
. Mais nombreuses sont les petites villes possédant des maisons de
tolérance où la visite des prostituées sera faite par des praticiens,
auxquels on ne peut demander que le diagnostic clinique.
372 SOCtÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE fl28]
M. le D'' Camescasse. — J’insiste sur ce fait que, en raison de la
situation délicate faite à ces médecins du fait de leur spécialisation,
il y a lieu de prévoir des honoraires très importants. Il y a lieu
d’assurer ainsi et l’indépendance du praticien vis-à-vis de ces justi¬
ciables d’un ordre si spécial et la facilité du recrutement de tels
praticiens.
M. LE Président. — Le rapport de M. le D’’ Paul Faivre est telle¬
ment important et soulève, des questions si complexes qu’il doit être
discuté en toute connaissance de cause et qu’il est nécessaire que
les membres de la Société en aient le texte entre les mains.
11 semble donc préférable de remettre la discussion à la pro¬
chaine séance.
M. Kohn-Abrest. — Je suis tout à fait de cet avis. Le rapport sou¬
lève des problèmes administratifs et certainement les représentants
des administrations intéressées qui font partie de la Société vou¬
dront prendre part à la discussion.
COMMUNICATION
EFFET DES RESTRICTIONS ALIMENTAIRES
SUR
L’ÉVOLUTION DU POIDS DES ENFANTS A FORGES
par M. le D'' CAMESCASSE.
Messieurs, au cours de notre séance du 27 février, vous avez
bien voulu me permettre de vous faire connaître, dans son
ensemble, le bien que fait l’hôpital de Forges-les-Bains aux
enfants parisiens que l’Assistance publique y envoie.
Je vous ai dit aussi nos tentatives pour obvier à la principale
des restrictions alimentaires que nous imposent les événements
actuels — Je devrais dire à l’unique privation qu’ont à suppor¬
ter ces enfants — celle qui porte sur le pain.
Je dois commencer par vous donner des précisions qui sont.
[129] EFFET DES RESTRICTIONS ALIMENTAIRES 373
au vrai, des rectifications. La consigne comnoune a changé à
plusieurs reprises, du moins, quant à la quantité de pain
allouée à chaque individu. Ces changements ont eu lieu à des
dates qui ne correspondent pas du tout avec les dates de nos
pesées mensuelles. Vous ne serez donc pas surpris de me voir
tout heureux du renvoi de ma première communication de
janvier à février, ce qui a repoussé ma communication actuelle
jusqu’à ce jour (27 mars 1918). D’une part.
D’autre part, à l’usage, les choses n’ont pas toujours été con¬
formes aux prévisions; ainsi :
1“ La ration commune de pain évaluée par tête à 300
grammes au commencement de l’année, a été relevée en fait
pour nos enfants, et en droit pour notre personnel.
On peut dire que la classification T de ce personnel', ce qui
lui vaut 400 grammes’ par tête et par jour, a rendu une cer¬
taine aisance aux enfants.
Mais aussi ces enfants, de la classe J à 200 grammes, étant
des malades — des malingres tout au moins, — se trouvent
avoir droit au supplément simple : S = 100 grammes.
Par ainsi nous sommes moins malheureux qu’on ne devait
craindre.
2® Le riz est distribué tous les jours, à la place de 100
grammes de pain, avec le premier plat en sauce du repas de
midi. La ration moyenne est 40 grammes de riz sec; trois fois
lavé et cuit... une demi-heure à peine.
J’avais dit vingt minutes. Pour ma table, c’était même quinze ,
minutes.
Mais huit kilogrammes, cela représente une masse qu’on ne
manipule pas comme fait ma cuisinière du quart de livre dont
je m’alimente, au lever, deux jours’.
1. Le médecin — de campagne — est classé, lui aussi, T. Les uns disent
comme marchand ambulant, les autres disent à cause du travail de nuit !
2. C’est un minimum. Les ouvriers du dehors ayant un véritable droit
à T -P tOO grammes (soit 500 grammes), de même que les veilleurs, le
personnel de la cuisine, etc.
3. Pour économiser le pain on utilise ainsi mes rations matinales ; mon
droit est de un morceau de sucre par jour ; un quart de litre de lait
ou bien un Hemi-œuf; et 65 grammes de riz (pesé eru). On me fait donc,
un soir sur deux, soit uu gâteau de riz (œuf), soit du riz au lait (lait) en
bloquant les ressources de deux journées. J'en mange la moitié effective¬
ment, sans boire, chaque matin.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE , PUBLIQUE ' fl30J
Il faut une demi-heure d’éhullition en prenant garde de ne
pas noyer le riz.
3“ Grâce au supplément de pain (J. pour 200 grammes et S.
pour 100 grammes) nous avons pu n’utiliser la pulpe de pomme
de terre, cuite peu de temps, qu’au repas du soir. La soupe,
régulièrement servie ainsi pendant tout’ le mois de mars, est
bien accueillie.
Mais l’expérience nous a infligé ici une autre leçon.
C’est très bon pour la soupière familiale de prévoir que cette
pomme de terre fraîchement pulpée (de 30 grammes à oO
grammes par tête) sera suffisamment cuite en lu minutes ou 15
minutes, juste avant de servir.
Quand il s’agii de faire bouillir 13 kilogrammes de cette
matière dans le bouillon destiné aux 250 assiettes effectives',
c’est tout autre chose. On ne peut pas mettre en plein feu.
L’introduction de cette masse arrête net l’ébullition, tant et
si bien qu’il faut compter, au minimum, 90 minutes et, prati¬
quement, tout près de deux heures.
Ce n’est pas tout : l’hôpital a acquis une râpe (râpe à
gruyère des épiciers) de grand module ; il faut cependant
compter deux heures pour éplucher les pommes de terre et les
râper.
Enfin, si les pommes de terre peuvent être épluchées la
veille et conservées sous l’eau, il n’en est pas de même de la
pulpe qui prend très vite un aspect peu engageant.
Tous ces empêchements font que la soupe à la pulpe n’aurait
pas pu être utilisée au repas du matin; n’aurait pas pu être
prête pour le repas du matin.
Nous sommes donc heureux de pouvoir servir une soupe au
pain, à ce répas du matin.
A° Mais nous disposons d’une autre ressource, qui vaudra
POUR LA NATION quand, AYANT SUPPRIMÉ l’aLCOOL DIÎ BOUCRE,
M. le Ministre du Ravitaillement nous assurera à bon marché le
nz, dont n’auront plus besoin les fabriques d’alcool pour
munitions. Cette ressource, c’est le riz écrasé en semoule dans
le familial moulin à café et utilisé comme semoule.
Mes précisions données, j’en viens aux résultats observés.
LEatants et personnel nourri au réfectoire.
[131[ EFFET DES KESTRICTIONS ALIMENTAIRES 315
Les tableaux X et XI ci-après font suite au tableau VIII de
ma première communication. De môme les tableaux XII et
XIII au tableau IX. J’ai donc numéroté en suivant et je peux
renvoyer le lecteur aux pages 352 et 353 du présent numéro
pour comparaison.
Cette comparaison est désastreuse. J’ai certainement mal
veillé sur l’hygiène alimentaire de mes gosses. Dans la colonne
des gains collectifs ont voit apparaître, en février, le signe
algébrique de la négation : — : des enfants ont perdu du poids
à Forges six semaines durant!
L’inventaire détaillé du 21 janvier était médiocre pour les
garçons, un peu meilleur pour les filles.
L’inventaire détaillé du 19 février est mauvais dans son
ensemble : par ordre les grandes filles résistent assez bien,
les petites filles aussi (tableau XII), mais si les grands
garçons ne maigrissent point, — encore fauLil les peser au
tas, — les petits garçons, eux, perdent nettement du poids
(tableau X).
Il est très curieux de constater que cet ordre décroissant est
conforme à la règle : conforme aux lois de l’accroissement des
poids à cet âge, sauf ce détail que la première place apparte¬
nant toujours aux grandes filles (lisez : 10 ans et au-dessusl et
la dernière aux plus jeunes garçons (moins de 10 ans), les deux
autres parties prenantes sont souvent ex-æquo.
Avertis par cette pesée mensuelle de février nous avons
d’abord contrôlé les pesées. J’ai pris les promotions du 19 dé¬
cembre, telles qu’elles avaient été pesées le 21 janvier', et j’ai
pesé le 23 janvier : l’erreur totale fut, pour les garçons, de cinq
hectogrammes et, pour les filles, de quatre ; ces erreurs sont
de l’ordre de grandeur des changements ordinaires en cinq
jours, la veille nous avions modifié les choses et corsé les
menus.
Puisqu’il faut tant de ce pain dont nous n’avons que peu,
nous avons avisé à mieux l’employer.
i. Le nombre des individus varie d’un mois à l’autre pour la même pro¬
motion : 1» à cause du scrupule des surveillantes qui marquent dix ans
le jour où on a dix ans ; 2“ à cause des départs à l’isolement et du retour
de l’isolement ; 3“ à cause d’une maladie actuelle, etc.
STC SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
Tableaux X et XI. — FORGES : Garçons.
Récapitulation : 98 garçons' pesés le 19 février 1918.
1133] EFFET DES RESTRICTIONS ALIMENTAIRES 317
Tableaux XII et XIII. — FORGES Filles.
[Récapitulation ; 107 filles pesées le 19 février.
378 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [13*1
Le riz de midi avait libéré iOO grammes de pain (en pratique,
80 grammes seulement). La pulpe du soir en a libéré 30 gram¬
mes environ.
Comme ça n’était pas tout à fait asseï, les rations de gros
légumes ont été augmentées dé 1/10®.
De telle sorte, que nous avons pu arriver à l’inventaire de
mars (tableaux XI et XIII), sans trop d’appréhension.
Par rapport au 19 février, le 19 mars est un triomphe*. On
trouve encore le signe — devant tel ou tel petit groupe, mais il
a disparu des ensembles.
Le détail n’est pas indifférent. Il me paraît de nature — illu¬
sion peut-être de statisticien — à pous mettre à même de
juger l’œuvre de Forges dans son aspect de générale bienfai¬
sance.
Il est curieux de constater que les promotions anciennes, qui
n’ont pas eu tout leur soûl (c’est-à-dire un peu trop!) de nourri¬
ture en décembre, janvier, ne sont plus aptes à se refaire à
Forges, au contraire des dernières venues, 30 Janvier et 27 fé¬
vrier, qui partent, selon la règle, très fort. Sous l’action
puissante du changement de vie, ces enfants sont capables
d’assimiler beaucoup; mais il faut qu’il y ait concordance
entre ce changement et l’augmentation^ de la ration quoti¬
dienne.
C’est précisément parce que nous avons mal assuré celte
concordance, que le groupe de nos plus anciens pensionnaires
persiste à nous donner des mécomptes..., nos soins sont venus
trop tard pour eux : tel le groupe des sortants.
Ce phénomène est, en effet, très impressionnant quand on
compare ces enfants groupés dans un tout autre ordre que
précédemment. , \
Dans les tableaux XIV et XV ci-après, j’ai pu rassembler une
succession d’inventaires réguliers*, qui concernent les sor¬
tants : décompte de ces sortants par garçons, grands ou petits,
et par filles, petites ou grandes ; le décompte des mois de pré¬
sence a été fait aussi et permet de connaitreda durée réelle du
1. Les plus jeunes fillettes se classent dernières : oreillons, petites
maladies fébriles, états gastriques è la mode d’antan, etc.
2. Pour ne pas encombrer nos proces-verbaux, je ne livre à l’imprimerie
que l’année 1917 et les 3 (ou 4) premiers mois de 1918.
[1351 EFFET DES RESTRICTIONS ALIMENTAIRES 319
séjour moyen* ; le poids initial est celui constaté lors de l’entrée
à Forges, et le gain s’établit par différence avec le poids constaté
avant la sortie.
Les 0/0 (pour cent) sont très variables; on remarquera cer¬
tainement l’infériorité de la sortie d’avril 1917, pour les plus
grands garçons. Je dois dire que ce o p. 100 ne signifie rien :
ces garçons étaient un, et ce un était un atrophique (20 kilo¬
grammes).
Le plus mauvais chiffre est ensuite un» 6 p. 100, pour les
petites filles sorties en mars 1917. Cette oscillation s’explique
par l’analyse des cas individuels : des rrialades encore au
nombre de 3 sur 8. Je n’insiste pas.
En général, au contraire, la régularité est remarquable dans
chaque groupe. L’arithmétique statistique n’admettrait pas
qu’ôn fît mieux avec d’aussi petits nombres.
Mais une chose est claire : sauf les grandes filles, 14,4 p. 100,
la promotion de mars 1918 est pitoyable..., à côté des autres...,
la promotion sortante, veux-je dire, car les autres groupes
prennent meilleure posture.
[Pendant qu’on imprimera ceci, je recueillerai les chiffres
au 17 avril 1918. Notre secrétaire voudra bien permettre cette
addition un peu irrégulière à ma présente note].
Mais avant de dore, je dois une explication :
Dans la première partie de mon étude, j’ai donné, en un
tableau Vil, des détails sur un petit groupe d’enfants entrés le.
17 septembre 1917, etyMyésle21 janvier. On pourrait s’attendre
à retrouver tout.ce groupe, soit lors de lasortie de janvier, soit
lors de la sortie de février; il n’en est rien !
Tous ces enfants (ou presque) ont quitté Forges, à l’heure
actuelle : très peu fin janvier, la plupart fin février, quelques-
uns en mars.
Le tableau VII n’est donc pas un des éléments du tableau XIV,
comme on aurait pu croire.
Avec l’expérience, j’espère d’ailleurs arriver à motiver mes
décisions de sortie, au bout du 3'-' mois de séjour : ceux qui ont
1. En 1917, un peu plus que cinq mois, ce qui est trop de tout un mois :
je suis responsable de ce retard,. mais, que voulez-vous, il faut que je les
renvoie à Paris, où le .moindre danger vient, pour eux, des obus et des
torpilles.
[136],
J-DESSOUS
e enkg % rentrée en kg
18 * 33 illles uiaa-
‘ tuent à ce tableau
I séjour trop
14.8 court, pesées irré-
gulières, etc.
10,8 3 9t ■ n 18 ** 3 filles
10,5 9 231 2T 10,7 quent.
8,5 3 117 ■ 17 14,4 -*** 2 filles
6,9 U 430 62 14,4 quent.
382 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [138]
fait leur plein, ceux qui sont encore en train..., et les autres,
ceux qui ne font rien, car il y en a tout de même.
Pour me consoler, j’ai les grandes..., qui n’en finissent
jamais de bien faire : 14,6 p. 100 en moyenne, et jusqu’à
19,3 p. 100 du poids initial, en 5 mois.
De un sixième à un quart! Ça vaut lape^ne qu’on s’en occupe,
n’est-il pas vrai ?
VŒUX
Messieurs, je désire soumettre un vœu à la Société.
Quand nous avons été rationnés pour le sucre, ma vieille
amitié notoire pour mes aînés, dans le village, m’a permis
de m’enquérir de ceux[qui pâtissaient le plus de cette privation
partielle.
Or, je me suis fait servir cette réponse par un grand sucrier :
« Depuis que vous m’avez défendu la goutte le matin, je
déjeune avec une soupière de pain trempé dans du café noir
avec six morceaux de sucre. » « Six ! »
« Va-t-il falloir, maintenant, que je retourne à l’eau-de-vie? »
Il se trouve que cet homme a franchi la soixantaine, l’année
dernière. Que va-t-il me dire quand il ne touchera plus que
200 grammes de pain? Et que lui dirais-je, moi qui sais sa
vie?
Il se lève au jour; il déjeune solidemént; il part au travail
où il emporte sa nourriture de midi... pour ménager ses
jambes, car son chantier est loin. L’hiver, il va au bois ; l’été,
il va à la moisson; entre temps, il va ici ou là. Il lie le four¬
rage, il étale du fumier; il engrange et met de l’ordre autour
de la batteuse; ces jours là, il rentre déjeuner chez lui à midi.
Il fait son jardin et celui du patron I Un autre, de son âge,
fait le mien et celui des femmes seules et le sien, tous nos
gros ouvrages entre le fauchage des foins, l’enrayage pour la
moissonneuse, l’épandage des engrais! La récolte des pommes
[139]
EFFET DES RESTRICTIONS ALIMENTAIRES
de terre et l’arrachage des betteraves : c’est un de leurs aînés
qui mène à charrue ou livre les céréales au moulin. Celui qui
vanne les haricots aura tantôt soixante-dix ans.
Et, si j’avais écrit ceci en 1917, j’aurais dû ajouter que
l’homme qui tire la pierre de nos chemins a quatre-vingt-deux
ans; mais celui-ci est à bout; en 1918, son jardin n’aurait pas
été labouré sans le secours du numéro 2.
Or, tous 'ces vieux [ça; sera bientôt mon tour d’être mis à.
200 grammes, quoiqu’ils aient dit à M. le Maire que je mérite
encore actuellement les 400 grammes du travailleur de force-
médecin de campagne, messieurs)! or tous ces vieux, qui font
de leur mieux poür suppléer les jeunes qui sont là-bas, ne
peuvent se nourrir que de pain : c’est tout ce que leur estomac
peut faire pour fournir à la machine les calories de travail.
J’ai dressé la liste de ceux de mon village, à l’intention de
M. le Ministre du Ravitaillement; je veux dire la liste, avec
noms et adres.ses.
Ici, je ne vous donnerai que les chiffres, me tenant au des¬
sous de la vérité*.
J’ai décompté 60 hommes de soixante ans et au-dessus :
21 ne font plus rien (dont njon tireur de pierre), s’occupant
tout au plus de leur propre jardin.
1, dirige la culture de son fils mobilisé; 1, la boucherie de
son fils ; 2, leur propre épicerie.
1, patron charpentier ; 1 patron charron maréchal; 1 serru¬
rier patron, travaillent eux-mêmes de leur métier;., pour la
culture le plus souvent; jl, maçon, répare de même et nous
n’avons que chacun d’eux de so^n métier,
9 de ces hommes font les jardins; 2, le leur, pour vendre les
légumies et les 7 autres, en plus celui du prochain. 5 de ces 7
feront la moisson ; depuis les foins jusqu’aux betteraves ils
contribueront.
2 PETITS propriétaires" EXPLOITENT LEURS TERRES EUX-MÉMES.
1 autre, sexagénaire, est charretier livreur de produits secon¬
daires de la culture et 19 sont des JOURNALIERS AGRICOLES.
1. .l’en ai certainement oublié, ayant fait ce travail de mémoire ; mes
erreurs sont certainement minimes.
2. Il y a d'autres hommes dans cette situation, mais ils n’ont pas
soixante ans.
384 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [140]
A.U total, sur 60 qu’ils sont, ces sexagénaires, il n’y en a que
21 qui ne peinent plus, tandis que, sans compter les 9 jardi¬
niers, ils sont 21 à faire du blé. Ceux-ci, néanmoins, ont droit
au pain.
Il m’a paru, messieurs, que ces choses valaient la peine
d’être dites, et j’ai rédigé à ce sujet le projet de vœu suivant
que je vous soumets :
« La Société de Médecine publique et de Génie sanitaire a
l’honneur d’attirer l’qttention de M. le Ministre du Ravitail¬
lement sur ce fait que, actuellement et dans tous nos villages,
les hommes (et des femmes) âgés de soixante ans et plus con¬
stituent la partie la plus stable, la plus régulière, delà main-
d’œuvre agricole ;
« Que ces hommes qui toute leur vie se sont nourris de pain,
sont moins aptes que les jeunes à prendre des habitudes
alimentaires nouvelles ;
« Qu’ils pâtissent visiblement de Pexcès actuel du travail
par eux fourni comme en témoignent l’amaigrissement exa¬
géré, la fréquence des accidents herniaires, les accidents
d’insuffisance cardiaque, et, il faut bien le dire, la non-résis¬
tance aux maladies saisonnières.
« La Société, en conséquence, demande que ceux des
hommes de cet âge qui se livrent réellement à un travail de
fatigue (improprement appelé travail de force) soient classés
dans la distributioq du pain comme les autres travailleurs. »
M. LE Président. — Avant de soumettre le vœu de M. Camescasse
au vote de l’Assemblée, je désire lui demander s’il ne serait pas
préférable d’attendre la réponse que fera le ministre à la réclama¬
tion du maire de Saint-Arnoult. 11 ne faudrait pas avoir l’air d’en¬
foncer une porte ouverte en émettant un vœu qui serait ainsi sans
objet. ,
M. Kohn-Abrest. — Je partage absolument l’avis de M. le Prési¬
dent. Il est nécessaire d’agir avec prudence. D’ici la prochaine
séance la réponse du ministre sera parvenue à Saint-Arnoult; si
elle est négative, la Société pourra alors émettre utilement un vœu.
Si le maire a reçu satisfaction, le vœu serait sans objet.
M. le D'^ Camescasse. — Je ne me fais pas d’illusions sur la
[141] EFFET DES RESTRICTIONS ALIMENTAIRES 385
réponse du ministre, cependant je me rallie à la proposition de
M. le Président.
— L’ajournement est mis aux voix et adopté.
M. le D'" Gamescasse. — Le remplacement du pain par le riz se
heurte à une grosse difficulté qui provient du prix très élevé atteint
en ce moment par cette denrée. Ce prix, qui est seulement une
gêne pourJ’Administrâtion, devient absolument prohibitif pour les
ménages modestes. Je soumets, en conséquence, à la Société un
deuxième voéu dont voici le texte :
« La Société de Médecine publique et de Génie sanitaire demande
que les grandes collectivités et au besoin les organismes munici¬
paux soient largement approvisionnés en riz dans des conditions
telles que le prix marchand de cet aliment soit abaissé considéra¬
blement par rapport aux cours actuels qui tendent à devenir prohi¬
bitifs. »
M. Kohn-Abbest. — Je crains que le terme << cours prohibitifs »
soit un peu fort et je serais partisan d’une atténuation de celte
deuxième partie du vœu.
M. LE Président. — Le riz est employé actuellement à la fabrica¬
tion de l’alcool nécessaire à la défense nationale. Il est donc néces¬
saire de bien peser les termes du vœu proposé par M. Gamescasse.
M. le D'' Faivre. — Il y a d’autres sources où le Gouvernement
pourrait s’alimenter en alcool.
M. Marié-Davy. — Les remarques de M. le Président et de M. le
Dr Faivre me semblent éclairer la situation.
D’une part, on n’a pas osé prendre l’alcool où il se trouvait en
abondance; l’alcool de boisson, qui cause des ravages dans la popu¬
lation. On a reculé devant une mesure qui eût supprimé un fléau
national.
D’autre part, on raréfie un précieux produit de remplacement du
pain et on occasionne une hausse qui entraîne réellement des prix
prohibitifs.
Dans ces conditions, j’estime que le vœu de M. Gamescasse est
parfaitement motivé et doit être adopté dans toute son énergie.
J’aurais même voulu que ce vœu mette bien en valeur l’illogisme
386 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [142]
de mesures qui suppriment un aliment utile pour conserver à. la
consommation un poison.
— A la suite de ces observations, le vœu, mis aux voix, est
adopté sans modification.
LE TABAC ET L’ENFANT
par M. le D-- GRANJÜX.
Pour le médecin il est hors de doute que le tabac est un
poison, mais comme son action sur l’organisme n’est ni dra¬
matique, ni spécifique comme celle de l’alcool, elle est volon¬
tiers niée par les fumeurs, qui trouvent toujours une autre
caüse aux symptômes dont ils se plaignent, et déclarent géné¬
ralement impossible pour eux la privation du tabac. On
compte les nicotinisés assez énergiques pour renoncer à leur
passion.
Et cependant les méfaits du tabac sont bien connus : trou¬
bles digestifs, dénutrition, irritation des. voies respiratoires,
accidents cardiaques. C’est un médecin de nos amis qui, me¬
nacé de ces accidents, a imaginé de sectionner son porte-ciga¬
rettes, et de munir chaque suture d’une demi-sphère creuse, se
vissant l’une sur l’autre, et pouvant contenir une boulette de
coton imbibée d’une substancè chimique neutralisant la nico¬
tine aspirée avec la fumée. Mais c’est surtout le système ner¬
veux qui est atteint par le tabac. On connaît son action, gur la
mémoire, et le vertige est un accident relativement fréquent.
Nous avons vu aux Quinze-Vingls, dans le service de notre ami
le D'' Valude,des atrophies optiques de nature nicotino-alcoo-
lique. En tout cas il hors est de conteste que l’action nocive du
tabac est d’autant plus prononcée que l’organisme est plus
Jeune.
Or, en ce moment, si les enfants travaillent comme des
hommes, par contre ils boivent et fument comme des hommes.
Le premier de ces actes est sonvent conditionné par le second,
la délivrance du tabac étant fréquemment réservée aux clients
[113] LE TABAC ET L’ENFANT 38T
du comptoir. Il y aurait donc intérêt pour l’hygiène de l’en-
l'ance, à ce que, par analogie avec la mesure prise pour l’alcool,
il fût défendu de vendre du tabac à des enfants âgés de moins
de dix-huit ans.
Comme d’autre part le tabac est devenu rare, et que le Gou¬
vernement a de la peine à avoir les quantités nécessaires pour
assurer le ravitaillement des poilus, celui-ci serait facilité par
la restriction proposée qui, du reste, a l’approbation de notre
conseil d’administration. Je propose donc à la Société d’adopter
le vœu suivant :
« La Société de Médecine publique, considérant que le tabac
est un poison dangereux surtout pour les organismes incom¬
plètement développés, demande, par analogie avec la mesure
prise au sujet de la vente de l’alcool, qu’il soit défendu de
livrer du tabac à des enfants âgés de moins de seize ans. >>
Si ce vœu était adopté il pourrait être adressé à la Commis¬
sion d’hygiène de la Chambre, en lui demandant de le trans¬
mettre — en l’appuyant — aux pouvoirs publics.
Discussion.
M. Kohn-Abrest. — La communication de M. le D'' Granjux sou¬
lève des problèmes à la fois chimiques et médicaux.
Au point de vue chimique, beaucoup de faits sont allégués en
faveur de la toxicité, mais ils ne sont pas suffisamment dégagés.
Il y aurait une étude à faire à ce sujet et une discussion pourrait
être utilement ouverte sur cette question, afin de le mettre au
point.
M. LE Président. — Il me semble, en effet, qu’il y aurait intérêt à
éloigner la question dans le sens indiqué par M. Kohn-Abrest. Je
propose donc de remettre la discussion à une séance ultérieure.
— Cette proposition est adoptée.
La séance est levée à 18 h. 40.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[144]
SÉANCE Dü 24 avril 1918.
Présidence de M. Jules Renault, président.
La séance est ouverte à 17 heures.
Membre nommé. '
A litre de membre titulaire :
M. le D' P.^uL Bertrand, de Saint-Parres-les-Vaudes, présenté à
la précédente séance, par MM. le Granjux et Fuster.
Ordre du jour.
M. LE Président. — La parole est à M. Marié-Dayy.
COMMUNICATION
L’HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS
CONTRE LES BOMBARDEMENTS
par M. MARIÉ-DAVY.
Depuis les premières, incursions des Taubes, au début de la
guerre, les dangers des bombardements aériens se sont accrus
et se sont précisés.
[145] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 389
La nécessité de chercher des ahris moins précaires que les
étages des maisons, l’imprudence de rester sur la voie pu¬
blique pendant les raids ont apparu. Un bombardement
récent a montré que le danger existe, même aux étages infé-
ripurs des maisons modernes où l’on croyait pouvoir compter
sur une presque sécurité.
Les mesures de prudence, envisagées au début par les seuls
pusillanimes, ont fini par être admises par les moins acces¬
sibles à la peur.
A l’heure actuelle, chacun doit comprendre que les vaines
bravades sont intempestives ; que par témérité ou insouciance
on n’expose pas seulement — sans utilité — sa propre existence,
mais aussi les existences de ceux que la contagion de la bra¬
voure ou le respect humain entraînent à la même témérité,
mais encore la vie des sauveteurs qui doivent intervenir lors¬
qu’un imprudent est victime de son imprévoyance.
On peut donc considérer actuellement que la majeure partie
de la'population restée à Paris utilise, au cours des bom¬
bardements par avions les abris dont elle peut disposer : caves
particulières, abris de maison, sous-sols de monuments publics,
tranchées abris, etc.
De peu de durée la plupart du temps jusqu’ici, les séjours
dans ces locaux non destinés à l’habitation et placés dans des
conditions d’hygiène défectueuses, ont cependant, parfois,
dépassé deux heures.
11 est possible que ce temps reste un maximum, mais il est
sage d’envisager la possibilité de plus longs bombardements
par escadres successives.
11 a paru dans ces conditions au Conseil de notre Société
qu’il était intéressant de mettre à l’ordre du jour cette ques¬
tion d’actualité, afin d’étudier les moyens d’assurer aux occu¬
pants des abris le maximum d’hygiène compatible avec les
lieux et les circonstances.
Le Conseil m’ayant fait l’honneur de me demander de traiter
ce sujet, je viens simplement vous exposer la situation telle
que je la conçois et ses conséquences soit dans l’ensemble des
faits, soit dans les cas spéciaux.
390 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [146]
Je ne vise.aucunement à déconseiller l’emploi des abris.
Je ne tenterai pas d’établir la balance entre les risques que
l’on court en restant chez soi, du fait des bombes, et ceux que
peut réserver, du fait de la maladie, la descente dans les
caves.
Lespremiers sont réels et palpables ; si j'expose les seconds,
ce n’est pas dans le but d’en faire un épouvantail, mais afin
que vos avis qualifiés dégagent de leur ensemble ceux dont il
convient de se préoccuper; surtout pour que, de la discussion
qui va suivre, surgissent les mesures qu’il convient de préco¬
niser et les conseils qui doivent être donnés à la population
afin de rendre le séjour dans les abris le moins nuisible qu’il
sera possible.
Même réduit à un temps assez court, le séjour dans une
cave n’est pas sans avoir une répercussion plus ou moins
accentuée sur l’organisme. Si le séjour se prolonge. Faction
devient naturellement de plus en plus marquée. Les condi¬
tions de construction, de profondeur, de sous-sol environnant,
apportent également leur influence qui peut devenir absolument
(prépondérante.
Plusieurs ordres de faits doivent être envisagés pour leur
répercussion sur l’équilibre de nos prganismes.
1° La qualité respiratoire immédiate ou prolongée de l’air ;
2° La température et l’humidité du milieu -,
3“ Les contagions immédiates. Les contagions à longue
échéance. La contamination des locaux.
1“ Qualité respiratoire de l'air.
' Les caves sont des espaces clos dans lesquels l’air, presque
stagnant, ne peut se renouveler que par les soupiraux ou par
la porte d’entrée commune.
Ces orifices d’aération, de capacité restreinte, sont situés à
la partie supérieure.
Les gaz lourds, comme l’acide carbonique, sont donc très
difficilement évacués et ont tendance à séjourner en nappe à la
partie inférieure.
[147] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 391
Des ces faits seuls découlent comme conséquences :
, 1® La Ticiation rapide de l’air .par .ÜacLde carbonique et les
toxines respiratoires; ■
2° L’accumulation de l’acide carbonique dans les parties
inférieures et, par conséquent, son inÜuence.nociYe plus accusée
sur les enfants en raison de leur tanlle, et sur les personnes
couchées.
Ces inconvénients, minimes au début, s’accroissent avec la
durée du séjour d’autant plus rapidement que le nombre d’occu¬
pants est plus grand par rapport au cube d’air et que le, renou¬
vellement de celui-ci'est plus difficile.
Négligeable dans les caves d’immeubles à population très
peu dense, il s’aggrave à mesure que cette densité augmente et
peut devenir dans les milieux populaires ou les abris désignés
un réel danger.
Dans certains locaux industriels où se produisent dès fermen¬
tations, de même que dans les caves ou existent des calorifères,
le danger peut devenir immédiat, d’autant plus qu’il peut s’y
trouyer, par suite de ventilation insuffisante, des traces d’oxyde
de carbone.
Dans les cas les plus favorables, les caves d’un immeuble
doivent abriter, dans un local correspondant à la surface d’un
étage, tous les occupants des étages sus-jacents. '
Pour les immeubles luxueux où chaque étage abrite, dans de
vastes locaux, 2 à 3 personnes, l'habitat de six de ces locaux
dans un seul laisse à chaque occupant un cube d’air très suf¬
fisant; mais, à mesure que le nombre des habitants s’élève et
que les dimensions et le nombre des pièces correspondantes
diminuent, la situation devient moins favorable dans des pro¬
portions dont le calcul seul peut donner une idée. Dans les
immeubles abritant des familles ouvrières nombreuses, cette
situation devient tout à fait sérieuse.
Des exemples feront mieux sentir toute l’importance de la
question.
Je prendrai i immeubles types qui ne représentent ni dans
un sens, ni dans l’autre, des extrêmes, mais plutôt des
moyennes.
392 ' SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [148]
A. — Immeuble moderne de sepl étages, occupant une surface de
300 mètres carrés. Un appartement par étage ; domestiques au 7‘.
— Total : 36 habitants. Cube des caves : 800 mètres cubes.
B. — Immeuble plus modeste, occupant une surface de 240 mètres
carrés. 2 appartements par étage; domestiques au 7*. — Total :
48 habitants. — Cube des caves : 524 mètres cubes.
C. — Immeuble à petits loyers, occupant la même surface. —
4 logements par étage. — Total : 96 habitants. — Cube des
caves : 524 mètres cubes.
D. — Même immeuble occupé par des familles de 4 personnes par
logement. — Total : 144 habitants. — Cube d’air : 524 mètres cubes.
Dans ces 4 immeubles chaque individu réfugié dans les caves
aura respectivement à sa disposition le cube d’air suivant.
A. , — 22 mètres cubes par personne.
B. — 11 — —
G. — 5,5 - -
D. — 3,7 — - ^
Ces chiffres représentent le cube normal réservé aux seuls
habitants de l’immeuble.
Si celui-ci a été désigné comme refuge, la situation change.
Si l’immeuble A doit abriter 50 personnes, les immeubles B
et C, chacun 30 personnes ; si, sans être désigné comme abri,
l’immeuble. D ouvre sa porte aux habitants de maisons voisines
mal protégées, au nombre de 20 seulement, les cubages par
personne tombent aux chiffres suivants.
A'
B'
G'
D'
. — 9.3 mètres cubes par personne.
. — 3,2
Ceci posé, étant donné : d’une part qu’un adulte émet en
moyenne par heure 16 litres d’acide carbonique, d’autre part
que lorsque l’air contient 4 p. 1.000^ d’acide carbonique son
action devient nuisible, il sera facile de calculer au moyen de
la formule suivante :
60
X4
ou
60XCX4
16
[149] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ÉT BOMBARDEMENTS 393
au bout de combien de temps les occupants des caves pour¬
ront être incommodés par l’air vicié. ,
En appliquant cette formule on trouve les chiffres suivants ;
TEMPS AU BOUT DUQUEL
‘ l'aih contiendra
4 pour 1.000 de GO“
Cav^s occupées par les i B
' locataires seuls . JC
( D
Caveç accueillant des réfu- I B
giés dé l'extérieur. . . . 1 C
( D
L’air sera donc devenu nocif dans les caves prises comme
exemple dans des espaces de temps variant de quarante-huit
minutes à cinq heures et demie.
Je m’en tiendrai à ces seules constatations mathématiques
en ajoutant seulement que, dans les locaux ouvriers il n’est
pas rare de trouver plus de 4 personnes par logement, que,
dans les quartier populeux les personnes n’ayant pas à leur
disposition des caves solides sont très nombreuses et que
les immeubles mieux partagés sous ce rapport, sont obligés
d’accueillir beaucoup plus de 20 réfugiés; qu’enfin dans les
endroits où il y a beaucoup de passage, les réfugiés s’entas¬
sent en nombre beaucoup plus considérable que le maximum
prévu.
Dans un très grand nombre de cas les chiffres indiqués au
tableau ci-dessus sont très au-dessous de la réalité.
D’un autre côté, si jusqu’ici le séjour le plus long imposé à
la population dans les abris n’a pas dépassé deux heures, il
n'est pas impossible que, dans l’avenir, des alertes de plus
longue durée sé produisent.
Enfin, si les alertes se multiplient, le renouvellement de l’air
d’une alerte à l’autre sera incomplet et les effets s’accumule¬
ront. Les réfugiés, pénétrant dans un air déjà vicié, le rendront
d’autant plus vite irrespirable.
s h. 30
2 h. 40
1 b. 20
0 b. S6
2 h. 20
1 h. 45
1 b. 23
0 b. 48
394 -.SGGIÉTJÈ I>E M^ÉDECINE Œ>iUBLIQilE [450 1
Quel pourrait en être le retemtissemeiït immédiat ou à
échéance plus ou moins éloignée sut la sauté ides indovidus,
des enfants surtout, quels incouTénienits, quels malaises,
quelles aggravations de leur état pourraient en résulter pour
les malades : — emphysémateux, asthmatiques, tuberculeux
pulmonaires, etc.
Je sortirais de mon réle si je m’aventurais à en parler —
mais, je l’espère, nos collègues médecins nous le .diront au
cours delà discussion.
Il në me semble pas, cependant, en présence des chiffres
suggestifs fournis par le calcul, que ce soient des éventualités
négligeables.
11 est nécessaire et urgent que des mesures soient prises
pour assurer aux personnes réfugiées dans les abris souter¬
rains, quels qu’ils soient, le minimum nécessaire d’air respi-
rable. Il est nécessaire que ces abris puissent être ventilés
largement après leur départ.
L’occlusion des soupiraux va directement à l’-encontre de
ces deux nécessités puisque son effet est précisément de
rendre l’air des caves absolument stagnant pendant le séjour
des réfugiés et de rendre ensuite leur ventilation presque
impossible.
Il est donc de première nécessité de revenir sur cette ordon¬
nance.
2“ Tem'péi'ature et humidité.
Sauf lorsque le voisinage d’un calorifère “^élève artificielle¬
ment la température des CB'ves, celle-ci ne dépasse pas 10“
et descend souvent au-dessous. L’humidité de l’air ambiant,
variable suivant la nature du sous-sol et le voisinage 'de nappes
ou cours d’eau souterrains, rendue froid rela tif plus pénétrant.
■Réveillés au milieu de la nuit, quittant la 'tiédeur du lit,
vêtus à la hâte, les réfugiés des caves se trouvent dans des
conditions particulièrement favorables à l’éclosion ou à l’aggra¬
vation des affections de l’appareil respiratoire, des troubles
intestinaux et des douleurs rhumatismales.
Le passage dans les escaliers glacés, la traversée des rues.
[151J HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBATIDEMENTS 395
le trajet parfois assez long à l’aller et au retour accroissent le
danger pendant la saison froide.
Lorsque la température extérieure deviendra plus clémente,
la transition avec le froid des caves accentuera ses effets.
L’élé le danger deviendra grave, lorsque,, en pleine trans¬
piration et mal couvert, on pénétrera dans les caves dont la
température aura peu varié et par opposition paraîtra très
froide.
Par contre, dans les caves où le nombrfe des réfugiés sera
■grand, la température, froide au début, s’élèvera rapidement,
.pourra devenir incommodante et provoquer la transpiration.
Ce sêra dès lors A la sortie que la transition sera redoutable.
L’exemple montre déjà que ces dangers ne sont nullement
négligeables. Plusieurs de nos collègues ont observé, dans
leurs clientèles ou leurs services hospitaliers, des cas de
broncho-pneumonie manifestement contractés au cours des
alertes.
L’inQuence de ces causes occasionnelles semble également
agir quelque peu déjà sur la mortalité parisienne.
Le tableau ci-joint où j’ai mis en regard les chiffres hebdo¬
madaires de 1918 et ceux de 1914-^ (antérieurs à la guerre) —
indique en effet dans les d-ernières semaines — fin mars et
avril — un accroissement de ta mortalité par les maladies
inflammatoires des organes de la respiration et la broncho¬
pneumonie.
Cette augmentation est peu considérable, mais elle corres¬
pond A une population fortement diminuée par l’exode. Con¬
firmée par les observations médicales relatives à la morbidité,
elle semble une indication suffisante pour qu’il y ait lieu de
se préoccuper de rechercher les moyens d’en supprimer ou
d’en atténuer les causes.
3° Entretien des abris. Poussières.
Étant donné qu’il s’agit d’un milieu où les poussières séjour¬
nent, où l’apport de charbon les augmente sans cesse, où le
sol en terre battue recouvert de sable rend le nettoyage d’au¬
tant plus illusoire que la ventilation fait défaut, \il ne semble
pas oiseux de soulever cette question.
TABLEAU COMPARATIF DES MORTALITÉS HEBDOMADAIRES EN 1918 ET 1914
Maladies des organes de la respiration.
MÉDECINE PUBLIQUE [152]
[1S3] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 397
Dans un abri où Von avait réuni pour une alerte de jour un
grand nombre d’enfants et leurs maîtres, les caves n’avaient
pas été nettoyées depuis de longues années. Les enfants,
enfermés pendant plusieurs heures, ont soulevé dans leurs
ébats une telle poussière qu’à la sortie les vêtements étaient
uniformément gris.
11 est à présumer que l’appareil respiratoire de chacun avait
eu sa bonne part de ces poussières et que, pour certains tout au
moins, l’irritation consécutive des tissus avait pu provoquer,
favoriser ou aggraver des lésions.
4° Contaminations.
Ce point est le plus délicat à aborder pour moi qui ne suis
pas médecin. 11 est d’ailleurs, peut-être, le plus difficile à solu¬
tionner.
Que fait- on des malades contagieux au cours des alertes ?
Ceux qui ne sont pas transportables restent dans leur local,
mais les autres descendent par leurs propres moyens ou sont
transportés dans les caves.
Ceux qui descendent dans leur cave peuvent y être isolés
relativement, mais il n’en est pas de même de ceux, qui se
rendent dans les abris. Ils y séjournent dans une promiscuité
d’autant plus absolue avec les autres occupants qu’ils se
gardent bien de révéler leur état s’il n’est pas apparent.
J’ai personnellement des exemples de faits semblables,
notamment pour un scarlatineux, descendu dans un abri oü il
y avait des enfants. ;
Qu’un malade atteint de typhus bénin, des personnes de son
entourage ayant des parasites, soient ainsi introduits dans-un
abri, il pourra en résulter un véritable foyer de contamination
et, s’il s’agit d’un abri de passage, la contagion sera ainsi
disséminée dans la ville.
C’est là un danger immédiat qu’il semble bien difficile de
conjurer complètement.
Il en existe un autre à plus longue échéance.
Le malade introduit dans une cave, peut, même s’il est
398 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [134]
relativement isolé, disséminer dans, celle-ci et ses abords les
germes de sa maladie.
Les tuberculeux pulmonaires, par leurs craciiats, par leur
respiration, contamineront intensément un milieu où ni l’air ni
la lumière n’ apporteront d’atténuation à la virulence micro¬
bienne.
Le séjour des contagieux dans les caves a donc un double effet :
Gontamination des coréfugiés;
Contamination du milieu.
Ce sont là, dans certains cas, deux éventualités redoutables
à envisager; tout particulièremènt dans les caves des écoles
dont une décision récente autorise l’ouverture à la population
du voisinage. Cette mesure, si elle était maintenue, rendrait
nécessaire une prophylaxie spéciale et intensive.
Conclusions. <
Je me suis efforcé d’exposer aussi* succinctement que pos¬
sible la question que ^e Conseil a voulu soumettre à vos
délibérations.
Les spécialistes, médecins, ingénieurs, architectes, nous
diront, au cours de la discussion, quelle importance doit être
attribuée aux dangers signalés et nous indiqueront les remèdes
ou les atténuations.
Sans empiéter sur leurs compétences, je vous demanderai
de clore cet exposé par quelques remarques.
1" D’une manière générale, tous les inconvénients ou
presque que j’ai signalés seraient singulièrement diminués si
les intéressés- mêmes prenaient ou exigeaient les précautions
d’hygiène en rapport avec les circonstances.
Ces précautions que certains connaissent, que d’autres pres¬
sentent plus ou moins vaguement, que le plus grand nombre
ignore absolument, il est nécessaire de les rappeler ou de les
apprendre à la population.
A mon avis la Société ferait œuvre utile en établissant d’ur¬
gence une plaquette succincte, laconique, sous forme de tableau :
[135] HYGIÈNE DES ABKIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 399
ce qu’il faut faire — ce qui ilue faut pas faire — où des conseils
seraient donnés à tous.
2“ En ce qui concerne la qualité respiratoire de l’air il me
semble que les mesures suivantes peuvent être suggérées.
A. — Réouverture aussi grande que possible de tous les
soupiraux, en établissant aux abords uu dispositif' susceptible
d’arrêter les éclats, mais laissant libre passage à l’air. Tout au
moins ouverture dans les obturations actuelles de larges-
orifices d’aération.
B. — Yentilation artificielle par ventilateurs électriques ou
autres des caves surpeuplées et, en partiçulier, des abris offi¬
ciels. Orifices d’évacuation de L’air placés à la partie inférieure,
de manière: à. assurer la sortie des gaz lourds (acide carbo¬
nique).
Cette mesure sera sans doute impossible à prendre pour
les abris privés.
Elle pourrait cependant être utilisée pour les grands abris
officiels.
Dans: tous les cas il ne .s’agit point de ventilateurs placés à
l'intérieur, mais d’appareils extérieurs aspirant par la partie
inférieure des caves l’air qui rentrera librement par les sou¬
piraux.
C. — Limitation du nombre de personnes de l’extérieur à
recevoir, d’après- le cube d’air disponible et non d’après la
surface où ils peuvent être entassés.
D. — Éventuellement, lorsqu’il sera^ impossible d’assurer
pendant l'alerte une aération suffisante, emploi de réactifs
chimiques pour absorber l’excès d’acide carbonique.
3° En ce qui concerne la température, les conseils à la
population auront l’effet le plus efficace.
Cependant on peut émettre le désir que les alertes soient
données: aussi rapidement que possible, afin que l’exode dans
les caves ne soit pas transformé en une course précipitée où
l’on ne prend pas même le temps de se vêtir.
400 SOCIÉTÉ DE MÉDECINÉ PUBLIQUE [1S6|
En outre on peut envisager la possibilité de diminuer l’humi¬
dité de l’air par des agents chimiques.
4° En ce qui concerne les poussières, c’est aussi par les
conseils d’hygiène que le mal peut être conjuré.
Il semble bien, toutefois, que l’on puisse demander aux
pouvoirs publics et aux administrations compétentes de faire
procéder au nettoyage préalable des abris officiels (monu¬
ments publics, ^tâtions du métropolitain, etc.) mis à la dispo¬
sition du public et notamment des enfants.
5“ En ce qui concerne les contaminations immédiates par
contact avec des contagieux, il est difficile de concevoir une
mesure d’ordre général qui puisse les empêcher.
C’est affaire à chacun de se protéger et à l’entourage des
malades de faire en sorte de ne pas disséminer la contagion
autour d’eux.
Les conseils à la population pourront, spécialement sur ce
point, rendre de grands services.
6° En ce qui concerne enfin la contamination du milieu, la
désinfection des locaux s’impose.
Quand doit se faire cette désinfection ?
C’est là une question à laquelle la théorie et la pratique don¬
nent des réponses contradictoires.
En principe, la désinfection des caves particulières devrait
avoir lieu chaque fois qu’un contagieux y a séjourné. Celle des
abris publics, après chaque alerte.
Dans la pratique c’est chose à peu près irréalisable.
Il faut donc envisager une périodicité beaucoup plus espacée,
peut-être même, en général, une désinfection finale. Sauf,
toutefois, dans les caves des écoles qui auront été ouvertes au
public.
De toutes manière les Services publics de désinfection ne
sauraient faire face à ce surcroît de besogne, et les particuliers,
comme les administrations intéressées, devront opérer par
eux-mêmes.
[157] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 401
Quels procédés devra-t-on employer?
Sols en terre battue, murs à surfaces rugueuses et poreuses,
accumulation d’objets et de denrées, assèchement et évacuation
des gaz difficiles, tout se réunit pour compliquer le problème.
Le sublimé exige un mouillage copieux. Inactif vis-à-vis des
crachats, matières fécales, etc., il pourrait présenter des incon¬
vénients ultérieurs, en raison de sa toxicité, et les caves, ainsi
mouillées, seraient ensuite fort longues à assécher.
Le crésyl, l’eau de Javel, outre qu’ils mouilleraient également
beaucoup, répandraient dans toute la maison des odeurs per¬
sistantes désagréables et même incommodantes.
Le soufre, le formol ne pourraient être limités à une seule
cave, en raison de la presque impossibilité d’isolement. L’éva¬
cuation de ces gaz serait de plus irès difficile à obtenir. Enfin,
ces gaz incommodants serépandraient dans tout l'immeuble.
Seul, le lait, de chaux me paraît présenter le minimum
d’inconvénients et te maxinaum d'avantages.
Il est dépourvu d’odeur.
Employé avec discernement, il néce.ssite un mouillage
moindre que les autres désinfectants liquides.
Il peut sans inconvénients être employé pour les tas de char¬
bon, les piles de bois, les fûts, les bouteilles. Il est parfait
pour les murs, les plafonds et les sols.
Son action microbicide est parfaite.
Enfin son emploi est à la portée de tous.
Telles sont les conclusions que je crois pouvoir formuler en
ce qui me concerne.
J’espérais pouvoir vous apporter une documentation prove¬
nant des villes d’Angleterre, soumises depuis longtemps à des
bombardements intenses par avions. J’avais môme poussé
l’ambiiion jusqu’à tenter d’en obtenir indirectement sur ce qui
se passe au pays des Huns.
Je n’ai jusqu’ici reçu aucun des renseignements demandés.
REV. d’hYG. XL — 26
402 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE 1138]
S’ils me parviennent un jour je serai heureux de vous en faire
part.
Par- contre, le vénérable maire de Reims, faisant trêve à ses
graves et douloureuses préoccupations, m’a fait l’honneur de
me recevoir. Je l’en dois tout-spécialement remercier ici.
Ses avis m’ônt été précieux, notamment en ce qui concerne
l’aération. et la nécessité de laisser les soupiraux ouverts, ainsi
que sur 11 in fluence, du séjour dans les caves sur les organes de
la respiration — influence qui s’est fait particulièrement sentir
sur les vieillards d’un hospice, beaucoup plus éprouvés par les
maladies contractées ou aggravées que par les obus.
• Malheureusement il ne semble pas qu’aucune mesure spéciale
ait été prise par les habitants de la cité dévastée., en vue
d’améliorer les conditions hygiéniques de leurs caves. Nous ne
pourrons donc sur ce point profiter de l’expérience acquise.
11 en.estde même pour Nancy où aucune mesure d’hygiène
n’a été prise ou prescrite par l’Administration vis-à-vis des
caves-abris.
Toutefois M. Mirman, qui a bien voulu me documenter, ajoute
à.ses explications .que les soupiraux sont réstés^ouverts.
Et maintenant il me reste à m’excuser d’avoir si longuement
retenu votre attention.
^ Je me suis borné à exposer les faits, à vous, mes chers col¬
lègues, de dire ce qu’il convient d’en retenir et ce qu’il est
ar équat d’en faire.
Discussion.
M. Kern. — La limitation du nombre de personnes à admettre
dans les abris ne me semble pas possible.
En cas d’alerte, il est bien difficile de s’opposer à l’entrée des
personnes qui se présentent, même quand le nombre prévu est
atteint.
Dans ma maison, située dans un quartier populeux où les jmmeu-
bles peu résistants sont en beaucoup plus grand nombre que les
autres, l’affluence est toujours très grande et dépasse considérable¬
ment le, chiffre prévu par l’Administration.
11S9] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 403
Il faut donc surtout multiplier le nombre, des abris et en créer
aux points où ceux qui existent sont insuffisants.
La désinfection des abris me semble également présenter des :
difficultés. En présence de la situation faite aux propriétaires il
faudrait tout au moins livrer le désinfectant gratuitement aux con¬
cierges avec une instruction sur le mpde d’eniploi.’
J’estime qu’il est nécessaire d’assurer la police des abris et qu’un
des moyens les plus efficaces est de les éclairer si possible par ,
l’électricité. 11 faut entre autres choses interdite de fumer et mettre
les cabinets d’aisances de la cour à la disposition des réfugiés.
M. LE D' Camescasse. — Je ne saurais trop féliciter M. Marié-Davy
des précisions que nous apporte son rapport. Avant de l’avoir
entendu, j’avais confié au papier les notes qui vont suivre, et cela
sans avoir à accomplir le moindre tour de force : tout simplement,
jlai vu arriver en mon village, des femmes et des enfants qui
fuyaient... quoi ? les obus et les bombes?
Non, Messieurs, qui fuyaient vos abris et qui sont én cela tout à
fait sages.
Mais je vois tout de suite, que je vais devenir subversif — et je sol¬
licite votre contrôle, jusqu'à la^censure, jusqu’aua; blancs caractéris¬
tiques des imprimés au temps de la Grande . Guerre.
Mon opinion est, en effet, que génératrice des maladies les plus
dive^rses, la coutume quasi obligatoire de descendre à la cave...
est... mettons fâclieuse.
Elle est fâclieuse en elle-même ; elle me paraît être plus fâcheuse
encore indirectement par l’état de perpétuelle insomnie où elle met
les chefs du groupe familial qui s’obligent à guetter le signal.
' J’essaierai tout à l’heure de vous dire ou cela mène... l’insomniè
anxieuse ; l’insomnie par devoir.
Qu’il . me soit donc permis. Messieurs, de vous demander de ne
point blâmer l’homme ou la femme — ou la Cornélie du jour¬
naliste. — qui dorment dans leur lit aux heures de l’Alerte ; de ne
point qualifier bravade une telle attitude.
4e ne suis peut-être pas d’accord avec la généralité des Parisiens
quand je parle ainsi ; je n’insisterai donc pas sur le côté moral d’une-
si singulière attitude, mais j’ai le droit d’insister sur ses avantages
physiques, matériels, sur le côté santé.
Et tout de suite je demande à M. Marié-Davy — qui est si natu¬
rellement qualifié pour répondre à une telle demande — d’étendre
la preuve par des chiffres à l’ensemble de la mortalité parisienne.
- C’était, en effet, une idée toute naturelle que celle de s’occuper
des seules affections de l’appareil respiratoire ; descendre à la cave.
404 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [160]
et s’y refroidir, c’est la bronchite, c’est la pleurésie. On respire là
de l’air confiné, c’est encore la pleurésie et la bronchite.
Mais, comme je vous le dirai tout à l’heure, il n’y a pas que cette
pestilence- là avec laquelle il faille compter ; il y a toutes les mala¬
dies infectieuses, y compris celles intestinales ; il y a aussi toutes
les dépressions physiques et morales.
Avant d’aller plus loin, je dois souligner une des propositions du
rapport. Je fais allusion à l’usage de l’eau de chaux comme désin¬
fectant de prédilection des lieux habités, en particulier des lieux
qui ne sont habités que provisoirement.
A Saint-Arnoult, où j’ai le bonheur d’avoir pour maire leD’’ Poupi-
nel, une seule maladie contagieuse nous inquiète (ce nous repré¬
sente une bonne camaraderie aussi ancienne que persistante),
c’est la tuberculose. Nous nous occupons du malade tant qu’il est
là, mais ce n’est pas l’heure d’en parler. Après lui nous nous
occupons des choses qu’il a souillées, et pour cela nous payons
(la commune paie) un homme de la famille qui passera tout au lait
de chaux*.
Dans votre cas particulier où l’acide carbonique = joue un rôle si
important, est si nuisible aux individus de petite taille — donc aux
enfants, — le lait de chaux a, en sus de sa valeur comme
désinfectant, un avantage qui n’est point négligeable : il absorbe
précisément cet acide carbonique pendant tout le temps, fort
long, que met la chaux basique à se transformer en carbonate
de chaux ^
Encore avant d’en venir aux choses que j’ai vues je voudrais
m’arrêter sur un des côtés de la question : Descendre dans la cave,
à côté d’autres enfants, un enfant atteint de scarlatine c’est com¬
mettre une mauvaise action, vraisemblablement justiciable de la
loi (sinon de la loi pénale, au moius d’une action en dommages), mais
ça n’est pas dans ces conditions que se donnent ordinairement les
maladies transmissibles.
Un enfant qui aura la coqueluche — reconnaissable aux quintes —
1. Quant au logis, nous fournissons même un vert à la chaux qui donne
une feinte agréable aux murs et un brun à la chaux qui dessine un sou¬
bassement harmonieux. Le plafond est en chaux blanche.
2. Les provisions de charbon, toujours un peu humides en cave, déga¬
gent ù froid de l’acide carbonique et différents gaz parmi lesquels V oxyde
de carbone qui empoisonne, sans tuer à cette dose, pour des mois et des
années.
3. A ce propos on peut se deminder dans quelle mesure il serait pos¬
sible d'utiliser des réservoirs d’oxygène — ou des oxylilhes — pour four¬
nir de l’oxygène aux reclus.
[161] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 4pS
tousse en attendant comme un enfant enrhumé', mais donne la
coqueluche déjà.
, Dès le premier éternuement un futur rougeoleux contamine les
voisins; un scarlatineux, dès qu’il est, peu ou prou, gêné pour
avaler. Quant à la variceUe, la contagion commence avant tout
symptôme perceptible. -
Et ce n’est rien encore : il y a les porteurs sains de germes patho¬
gènes (méningite cérébro-spinale, diphtérie) qui, sans jamais pou¬
voir s’en douter, distribuent, dans l’agglomération, leurs germes
pathogènes — mais non leur résistance personnelle — précisément
à l’heure ,où le fait agglomération assure pour nombre d’individus
un éiat de réceptivité exceptionnel.
J’en viens maintenant âmes observations, dont vous ferez, comme
du reste, tel-usage que vous jugerez prudent *.
C'est que, en effet, si je ne peux pas faire le décompte des gens
qui auraient été tués s’ils étaient restés tranquillement le .jour à
leurs affaires et la nuit dans leur lit; j’ai la connaissance partielle
des maux causés par l’insomnie, d’une part, et, d’autre part, du
fait des claustrations diurnes de bandes d’enfants, sinon
d’adultes.
Vos statistiques mortuaires — quand vous en aurez multiplié les
chiffres par quatre tiers pour comparaison, puisque la population de
Paris a diminué de un quart — vous donnent dès maintenant, vous
donneront certainement dans un avenir prochain, la mesure de cette
nuisance.
Prenant des notes dans mon village, je peux vous dire quels
échantillons sont venus de ces Parisiens démontés et contaminés :
mal moral et mal physique.
Une femme de ce village, arrivée à Paris le samedi des premiers
obus, a bel et bien été séquestrée de 9 heures à 15 heures dans un
souterrain... par les soins du personnel de la gare d’arrivée.
Gomme je suis de ceux qui sè sont trouvés réunis dans cette salle
le 27 mars dernier — c’est-à-dire de ceux qui ont continué à vivre
en grand mépris, en haine du Boche et de ses œuvres, — cette
1. Il est vrai qu'on peut dire que tous les rhumes sont des maladies
transmissibles, — et toutes les alTections des voies pulmonaires (au sens
pù l'entend le langage commun).
2. Plus loin ou trouvera un affreux jeu de mots : décavés, ai-je écrit en
parlant de nos hôtes de fortune. Qu’oa veuille ne point voir là une injure :
c’est tout ce que j’ai su trouver pour faire rire un pauvre petit bout de
femme — via;;t-oiaq ans — qui m’amenait cinq enfants (deux à elle, trois
aux voisines) et qui, chef responsable, était la seule vraie malade du
groupe ; malade du fait des insomnies parisiennes.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[16a]
femme m’a demandé ce que je pensais d’une telle mesure, bien plus
qu’elle ne m’a demandé mes soins à son retour, soins dont elle avait
besoin cependant.
J’ai eu aussi à donner des conseils préventifs et j’ai parlé tout à
l’encontre des journaux et de l’autdrité : « Si vous n’avez rien à
faire à Paris, allez-vous-en ! Mais si vous y êtes retenu par un devoir
— fût-ce celui de gagner le pain quotidien — ne descendez pas à la
cave. — Restez dans votre lit et. dormez ».
Hélas! j’ai dû reconnaître que mon conseil — le lit — brochant sur
le devoir offlcielleraent proclamé — la cave — conduisait à un
résultat tout aussi mauvais que la cave toute seule, — qui a cepeny
dant de bien méchants effets.
Ici un père veille son fils en état de coqueluche, mais il, envoie sa
femme et sa fille à la cave ; il les y envoie, mais elles «’y vont pas,
à moins qu’elles n’y aillent. Ça dépend de l’heure de l’alerte ; « Ma¬
demoiselle dort, nous restons en haut » ; « Mademoiselle n’est pas
encore couchée, ces dames descendent ».
Et ce père, et .cette mère, s’interdisant le sommeil, rongés par le
remords du mal possible, oubliant (ne sachant pas pour mademoi¬
selle) qu’ils ont évité le mal certain, finissent par se séparer... A la
campagne, madame ne retrouve pas le sommeil, bien que le coquelu-
cheux — déménagé juste au 15“ jour des quintes — soit guéri du
coup : madame songe à monsieur qui travaille le jour et dort la
nuit... dans son lit, sous les bombes.
Une autre mère fait coucher ses grands enfants, que la sirène ne
réveille point; mais cette mère, elle, s’interdit aussi tout sommeil
pour être prête à les réveiller à temps. Au bout de dix jours elle est
malade — je n’ai pas besoin de vous dire de quoi — et les grands
enfants, lâchant qui les'études, qui le travail rémunéré, l'emmènent
à la campagne, !
Il y a des cas plus complexes ; il y en a de plus simples.
Mais il y a surtout contre la cave beci que, moi, médecin, je con¬
damne ; c’est qu’elle suppose la privation de sommei^, c’est-à-dire,
pour la. généralité des individus, la meilleure préparation possible
à contracter la première maladie qui passera ; sinon à créer de
toutes pièces des maladies.
Je, néglige l’infériorisation du travail, mais jhnsisterai, au con¬
traire, si toutefois je ne vous importune point trop, sur ces maladies
prochaines.
En mon village, devenu lieu de refuge, j’ai vu arriver, je vois
arriver chaque jour, nos décavés malades.
Pour les adultes, c’est la dépression nerveuse et l’insomnie
rebelle ; pour les enfants, c’est, avec la bronchite, la rougeole, la
[163] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 407
coqueluche, les oreillons, etc. Les pneumonies sont restées à Paris
ou ailleurs, — moins loin.
Pour tous c’est un embarras gastrique fébrile qui complique singu¬
lièrement chacune des manifestations sus^énumérées, mais qui évo¬
lue parfaitement tout seul en manière de toute petite fièvre continue
à durée limitée : 4 à 8 jours.
La fréquence avec laquelle j’observe cet élat gastrique, seul ou en
complication, m’a remis en mémoire la doctrine lyonnaise qui veut
que les fautes d’hygiène générale — la privation de sommeil est
une telle faute, si on ne doit pas dire la plus grosse faute pos¬
sible — amènent l’être humain à pousser vers l’état virulent, patho¬
gène, les hôtes bacillaires de notre tube digestif, ordinairement
saprophytes inoffensifs : l’homme, par son imprudence, transforme'
le vulgaire colibacille en Eberth, avec stades intermédiaires.
Je ne vous ferai pas de décompte statistique; mon domaine est
trop petit. Mais il est probable que d’autres que moi ont fait la même
observation et ont été surpris de revoir, après une éclipse dé vingt
années, l’embarras gastrique fébrile, — qui est contagieux et qui ne
diffère d’une vraie fièvre typhoïde qu’en un point : il guérit au
bout de 4, 5 ou 8 jours.
Mais je ne vois pas que cela : dans ce même lot d’exilés apparaît
U ne maladie plus grave, — due peut-être d’ailleurs au même microbe;
c’est une néphrite aiguë, avec albuminurie, hématurie, quasi-
anurie au début — 40° et au-dessus, — accidents d’ùrémie brutale
(cérébrale ou pulmonaire), aboutissant à la mort en quelques
heures à moins d’intervention heureuse (saignée). Quand elle ne
tue pas d’emblée, cette néphrite laisse le patient en grand danger.
Cette néphrite est d’ailleurs accompagnée du même embarras gas¬
trique que ci-dessus, ce qui peut rendre le diagnostic difficile.
Ainsi, Messieurs, si j’ignorais le détail des aménagements de vos
abris, il ,se trouve que je connais les effets secondaires de leur
usage. Et si, de ces effets, il en est un qui intéresse l’hygiène publi-
(jue, c’est bien la création d’une infection polymorphe nouvelle,
parente de l’infection éberthienne.
M. Kohn-Abrest. — Je ne crois pas qu’il s’agisse ici de discuter
s’il est utile ou non de chercher un abri dans des caves — cette uti¬
lité me paraît d’ailleurs démontrée, — mais bien de donner notre
avis sur la meilleure organisation hygiénique à apporter aux abris
privés ou publics.
Précisément, M. Marié-Davy a exposé d’une manière parfaite ce
point de vue de l’hygièue et apporté les indications pratiques. Il est
indéniable qu’il faut entretenir l’aération des locaux où, suivant les
408
[164J
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
circonstances, un fort groupe de personnes est appelé à stationner
peut-être deux ou trois heures, et très exceptionnellement, espé-
rons-le, davantage.
L’obturation complète des soupiraux n’aurait peut-être pas trop
d’inconvénients au point de vue de l’aération, à condition que les
caves, tout au moins celles d’un même groupe d’immeubles, com¬
muniquent entre elles, ce qui assurerait leur aération par le jeu des
portes d’accès situées dans des plans différents et permettant ainsi
la circulation et le renouvellement de l’air.
Je sais qu’il y a de fortes objections qui s’opposent à celte inter-
communication, même partielle, si séduisante à première vue. Les
unes sont d’ordre technique, les autres dérivent de considérations
du droit de propriété et des risques de cambriolage.
Le point de vue technique est de la compétence de nos collègues
architectes qui examineront mieux que nous la question. Quant aux
autres, leur importance est subordonnée à l’intensité et à la fré¬
quence du bombardement. Dans des villes qui ont été très exposées,
les questions de mitoyenneté et les risques éventuels de cambrio¬
lage sont évidemment secondaires en face des dangers directs dus
au bombardement. Il n’en est point, heureusement, ainsi à Paris.
Mais, quoi qu’il en soit, la question de l’intercommunication partielle
des caves mérite bien d’être examinée par les architectes com¬
pétents.
Revenant à l’hygiène des abris, j’ajouterai qu’à Paris les mesures
pour le nettoiement des caves peuvent être prises en tenant compte
de la large documentation et de l’expérience acquise par les Com¬
pagnies du Métropolitain et du Nord-Sud, dont l’organisation poul¬
ie nettoiement et l’assainissement des souterrains est le meilleur
exemple.
M. le D'' Bianchetière. — Il m’a été donné de faire un certain
nombre de constatations qui expliquent jusqu’à un certain point les
observations cliniques du précédent orateur.
Récemment, lorsque j’ai été afft-cté à la place de Paris, j’ai
éprouvé la plus- grande difficulté à me loger; toutefois, les premiers
temps, rien n’est venu attirer mon attention sur l’immeuble où j’ai
trouvé un gîte.
Survinrent les bombardements : un beau matin une note fut pla¬
cardée annonçant aux locataires que les caves présentent toutes les
garanties requises des meilleurs abris. A ce moment on obtura
complètement les soupiraux des caves et simultanément on perçut
une odeur dont l’origine ne pouvait être douteuse. Je m’assurai
Sans la moindre peine que la tinetiemobile était l’auteurdetout le mal.
[165] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 409
J’eus alors la curiosité d’étendre mon enquête et, lorsque l’occa¬
sion s’en présenta, je suivis les voitures de la compagnie chargée
de l'enlèvement de ces appareils. Je me suis ainsi rendu compte ;
1“ que, dans certains quartiers de Paris, un nombre relativement
important d’abris ont été créés dans des maisons non munies du
tout-à-l’égout; 2“ qu’au cours des manipulations, les tinettes sont
loin de conserver la totalité de leur contenu. Ne peut-on rapporter
aux matières fécales ainsi répandues sur le sol des caves et des
escaliers les troubles gastro-intestinaux signalés tout à l’heure par
notre honorable collègue?
Sans vouloir préjuger de la valeur des travaux publiés récem¬
ment, spécialement en Allemagne et en Autriche, sur l’origine du
typhus, je ne puis m’empêcher de signaler que les cas reconnus à
Paris il y a quelques semaines se sont produits dans un des
quartiers où sévit avec le plus d’intensité la tinette mobile.
Enfin, M. Marié-Davy a attiré l’attention, avec juste raison, sur
les dangers que fait courir à la population le transport dans les
caves des sujets atteints de maladies transmissibles.
L’Administration ne me paraît pas dépourvue de moyens d’inter¬
vention dans ce cas. Le dernier alinéa de l’article 5 du décret du
14 ahût 1914 peut sans aucun doute être utilement appliqué par les
services d’hygiène. Ce texte prévoit que le délégué sanitaire a le
devoir d’enquêter chez les malades en question, de prescrire les
mesures d'isolement nécessaires et, au besoin, en faisant un rapport
au préfet, de provoquer d’office l’isolement du contagieux lorsque
celui-ci ne peut être elficacement réalisé à domicile. Nul doute que
ces prescriptions générales s’appliquent au cas présent. Je dois
ajouter que personnellement je n’ai jamais pu faire passer l’Admi¬
nistration de la théorie à la pratique.
M. le D’’ Camescasse. — Les constatations faites par notre col¬
lègue me montrent que je n’avais pas besoin d’aller chercher
jusqu’à Lyon l’explication des maladies gastro-intestinales que je
vous signalais tout à l’heure.
M. le D'' Henry Thierry. — Lors des bombardements par avions,
des accidents extrêmement graves se sont produits par suite de
l’explosion, de l’inllammation des conduites de gaz et de l’in¬
cendie.
En cas de simple rupture de celles-ci, le gaz peut se répandre
dans les caves et causer l’asphyxie des personnes qui s’y sont
réfugiées.
Le moyen le plus efficace pour éviter ces dangers qui peuvent se
•UO SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [166]
transformer en vérita})les catastrophes serait d’interrompre pendant
les alertes l’arrivée du gaz dans les immeubles.
On pourrait, semble-t-il, obtenir ce résultat en férmant les
robinets qui, je crois, se trouvent sur la conduite principale au bas
de la façade des immeubles.
Je désirerais avoir à ce sujet l’opinion des spécialistes. Il me
semble qu’il y a là une mesure importante à réclamer.
M. le.D’’ Faivre. — Au^ causes d’insalubrité des caves, si bien
exposées par M. Marié-Davy, il faut ajouter deux causes d’insécurité
résultant de la rupture éventuelle des conduites d’eau et- de gaz. Ne
serait-il pas désirable qu’au moment des alertes, les communica¬
tions existant entre les immeubles et les canalisations générales
soient interrompues, et cela ne peut-il être réalisé parla fermeture
de robinets que les concierges seraient chargés d’effectuer? On ne
saurait objecter la gêne devant en résulter pour les occupants,
puisque le bombardement par avions n’a lieu que la nuit. Par
contré, on fait valoir avec raison que l’interruption brusque de
l’arrivée du gaz risque d’être suivie, après le rétablissement de
la circulation, de fuites dans les appartements, les habitants ayant
omis de fermer les robinets. L’objection a une grande valeur. En
tout cas la question de l’eau pourrait être envisagée indépendam¬
ment de celle' du gaz.
La question de l’intercommunication des caves soulève de graves
problèmes, mais il ne semble pas qu'il' y ait lieu de les envisager
autrement que pour quelques cas particuliers.
Il y a. en somme deux sortes d’abris :
a) Les abris privés, c’est-à-dire les caves destinées à recevoir les
seuls habitants d’un immeuble. Il suffit de s’assurer de leur solidité
et de prévenir les dangers pouvant résulter des ruptures de con¬
duites de gaz et d’eau.
b) Les abris collectifs, appelés à recevoir les passants et les occu¬
pants des immeubles n’offrant pas la sécurité voulue. L’organisa¬
tion de ces abris incombe à l’autorité publique qui ne saurait trop
les multiplier et y apporter trop de soin.
Or, il semble qu’elle n’ait pas envisagé suffisamment l’importance
du problème. Une Commission consultative a été nommée. Il fau-
drait^surtout une Commission agissante, composée d’hommes compé¬
tents, architectes et ingénieurs, auxquels on donnerait une rému¬
nération suffisaïUe pour qu’ils puissent, avec l’aide des collaborateurs
nécessaires, consacrer tout leur temps à la solution pratique du pro¬
blème. On pourra ainsi' multiplier les abris sûrs et hygiéniquement
constitués, dût-on procéder à des travaux d’aménagement, onéreux
[161] HYGIÈNE DES 'ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 411
sans douté, mais qui se traduiront par une économie de vies
humaines et de forces productrices. Que l’on utilise largement les
sous-sols des bâtiments publics, et que l’on réquisitionne, s’il le
faut, en inde mnisant convenablement les propriétaires, les caves
des immeubles privés qui seraient nécessaires. Il faut s’organiser
pour longtelnps, tout en souhaitant que ces précautions soient
inutiles.
M. Kers. — II existe en effet, à l’endroit de la pénétration de la
oonduile principale du gaz dans un immeuble un robinet qui per¬
met d’interrompre entièrement l’arrivée du gaz.
J’estime qu’il y a Heu de vérifier et de tenir la main à la protec¬
tion des conduites d’eau, de gaz et d’électricité dans les caves et les
couloirs de celles-ci, conduites pouvant être aisément détériorées,
volontairement ou non, par les personnes réfugiées.
Quant aux canalisations d’eau usées et de matières de vidanges,
dont là rupture pourrait avoir également des conséquences graves,
il faut empêcher les réfugiés de monter sur ces canalisations.
Concernant l’établissement de communications entre les caves des
immeubles contigus, il, ne faut pas se dissimuler que cela présente
de sérieuses difficultés.
Il s'agit en effet de propriétés privées et les propriétaires pas plus
que les locataires à bail, qui occupent souvent une assez grande
partie des caves n’accepteront une mesure de ce genre. Ils pourront
objecter que ces ouvertures peuvent compromettre la solidité de
l’immeuble, qu’elles enlèveraient toute sécurité aux locataires rela¬
tivement aux cambriolages, à un moment où justement les caves
servent de dépôts aux objets que l’on désire soustraire aux dangers
du bombardement. Enfin, généralement les couloirs des caves ne
voi^t pas jusqu’au mur mitoyen et il faudrait commencer par expro¬
prier les locataires des caves mitoyennes.
Il me semble bien difficile qu’une telle solution puisse être
réclamée.
M. Marié-Davy. — Cette intercommunication des caves présen¬
terait sans doute des difficultés. Cependant je crois devoir faire
observer qu’elle a été réalisée à Nancy, ainsi qu’il ressort des ren¬
seignements qu’a bien voulu m’envoyer M. Mirman, préfet de
Meurthe-et-Moselle.
Il est vrai que l’intensité des bombardements incitait les pro¬
priétaires de la malheureuse ville à accepter des mesures qui
n’apparaîtraient pas si urgentes aux propriétaires parisiens.
412 ' SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [168]
M. le D' Camesgasse. — Je crois savoir que les gens du métier
considèrent que la fermeture des branchements de maison est une
manœuvre extrêmement dangereuse à cause des négligences inévi¬
tables.
Juste à mi-chemin entre Saint-Gervais et Saint-Paul j’ai vu, il y a
ti-ente... et quelques années, \ai catastrophe de la rue François-Miron
due à une telle coïncidence, si j’ai bonne mémoire.
Dans mon village, lors de la réouverture après fermeture de
l’usine faute de charbon, le gazier a trouvé 17 robinets ouverts sur
les 14b installations qu’il a contrôlées — très soigneusement
d’ailleurs — avant de donner le gaz.
M. Kohn-Abrest. — Il n’y a peut-être pas de réelles difficultés
pour habituer le public à mettre en position de fermeture les robi¬
nets des becs, fourneaux, radiateurs à gaz, lorsque l’alerte' sera
donnée. Certains faits de féviier 1917, où le débit du gaz était par
trop irrégulier dans certains quartiers de Paris et pouvaient faire
craindre les accidents les plus graves, me permettent cette opinion.
Nous avions à cette époque formulé avec M. Dumont certaines
prescriptions à l’usage du public. Je suis d’ailleurs convaincu que
les ingénieurs de la Compagnie du gaz ont déjà dû prévoir celte
question, en cas d’alerte. i
M. le D‘' Henry Thierry. — Je suis persuadé que l’on arriverait
parfaitement à éviter les dangers que signale M. le D'' Camescasse.
Il suffirait d’exiger que les concierges préviennent les locataires à
la fin de chaque alerte, d'avoir à vérifier leurs robinets. Ils ne
rouvriraient le robinet principal qu’après avoir pris cette précau¬
tion.
Je persiste à penser, et quoi qu’on en dise, qu’il y a là une mesure
de première urgence à demander.
M. LE Président. — Les remarques qui viennent d’être échangées
à propos de la communication de M. Marié-Davy montrent l’impor¬
tance de la question soulevée.
M. Marié-Davy a formulé un certain nombre de conclu.-ions sur
lesquelles il n’est pas possible de voter immédiatement. Je propose
de désigner une Commission qui sera chargée d’établir de concert
avec M. Marié-Davy un ensemble de résolutions.
Ces résolutions seront soumises, vu l’urgence, au Conseil de la
Société et envoyées aux autorités compétentes.
Cette proposition est adoptée et MM. Faivre, Kern, Kohn-Abrest,
[169] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 413
Risler, Henry Thierry, Trélat et Marié-))avy sont désignés pour faire
partie de la Commission.
Conclusions adoptées par la Commission
ET transmises AUX ADMINISTRATIONS COMPÉTENTES.
La Société de Médecine publique et de Génie sanitaire, après
examen des répercussions que peuvent avoir sur la santé
publique les stations que la population parisienne serait appelée
à faire dans les caves et autres abris souterrains, a émis les
conclusions suivantes, au sujet des mesures d’hygiène et de
sécurité qui seraient susceptibles de réduire au minimum ces
inconvénients.
I. — Hygiène.
A. — Considérant en premier lieu que le séjour de nom¬
breuses personnes dans des locaux non aménagés pour
l’habitation entraîne rapidement la viciation de l’air, par
l’accumulation de l’acide carbonique et des toxines respi¬
ratoires ;
Considérant que bien que la fermeture totale des soupiraux
puisse présenter certains avantages, surtout si les caves com¬
muniquaient entre elles en vue d assurer une aération suffisante,
l’expérience faite dans d’autres villes bombardées comme
Reims et Nancy a moniré que l’ouverture des soupiraux n’avait
jusqu’ici présenté aucun inconvénient spécial;
S’appuyant sur ces faits, la Société de Médecine publique et
de Génie sanitaire estime :
1“ Qu’il y a lieu de prescrire le percement, dans les maçon¬
neries récemment établies, d’ouvertures suffisantes pour per¬
mettre l’arrivée de l’air;
2" D'assurer' dans les grands abris publics une aération
efficace;
414 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE ^PUBLIQUE - [170]
3° De tenir coDorpte, pour L’évaluation du nombre' de 'per¬
sonnes à a4mettre, non seulement de la surface qu’elles sont
susceptibles d’occuper, mais'du cube d’air qui leur est néces¬
saire, soit en tenant compte des conditions spéciales : 4 mètres
cubes au minimum; '
4° De prescrire k ventilation aussi intense que possible des
abris apr^s chaque alerte, par l’ouverture, en grand, des portes
d’accès.
B. — Considérant qu’il convient de ne’ pas ouvrir au public
des caves qui peuvent être contaminées par des matières
fécales; v
Considérant que le voisinage des fosses id’aisanoe peut pré¬
senter des dangers, que lors de l’enlèvement des tinettes
filtrantes, des matières sont le plus souvent répandues sur le sol
et peuvent donner lieu à des contaminations ;
La Société estime :
Qu’il y a lieu de supprimer, autant que possible, les abris
danç les immeubles ayant encore des fosses ou des tinettes
mobiles. , /
C. — Considérant que dans toutes les agglomérations de
personnes de toutes provenances qui se réunissent dans les
abris, des contaminations directes peuvent Se produire, du fait
des malades atteints de maladies transmissibles, ou de>porteurs
sains de germes pathogènes ;
Que la contamination des locaux, à longue échéance, peut en
résulter;
La Société émet l’avis :
1" Qu’il est nécessaire d’assurer un nettoyage efficace et une
désinfection périodique des locaux dépendant des adminis¬
trations, par les soins de celles-ci ;
2® D’aviser aux moyens d’assurer les mêmes mesures pro¬
phylactiques dans les locaux particuliers désignés comme
abris ;
3° Que le lait de chaux paraît le procédé le plus facilement
réalisable pour obtenir celte désinfection et assainir l’atmo¬
sphère ;
|171] HYGIÈNE DES ABRIS PARISIENS ET BOMBARDEMENTS 4It>
4° Que les malades atteints de maladies contagieuses devront
être isolés, autant que possible, des autres personnes qui sont
.réfugiées dans les abris.
D. — Considérant l’augmentation de mortalité et de mor¬
bidité par les maladies des organes de la respiration et
l'influence nocive des descentes delà population dans des caves
froides ;
La Société estime qu’il y a lieu :
De donner l’alerte aussi rapidement que possible, afin que
chacun ait le temps de se vêtir complètement, sans précipi¬
tation, et de se prémunir contre les changements de tempé¬
rature et le froid humide des caves.
' II. — Sécurité.
Considérant la gravité des conséquences que peut avoir
l’inflammation des conduites de gaz des immeubles, ou l’inva¬
sion du gaz dans les caves en cas de rupture de ces conduites ;
Considérant que le seul moyen d’empêcher ces accidents
graves serait de fermer les branchements des maisons ;
Que les dangers résultant des robinets laissés ouverts dans
les appartements pourront être évités ;
La Société de Médecine publique et de Génie sanitaire attire
l’attention des pouvoirs publics sur les moyens les plus
efficaces de parer aux inconvénients et accidents qui peuvent
en résulter.
416
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[172]
Ea raison de l’heure twdive la communication de MM. les
D'‘ Bdssière et Voizard est renvoyée à la prochaine séance.
La séance est levée à dix-neuf heures.
REVUE
D’HYGIÈNE
ET DE
POLICE SANITAIRE
SUR L’ÉPITHÉLIOMATOSE MULTIPLE DISSÉMINÉE
DES OUVRIERS MANIPULANT LE GOUDRON *
par M. le D'- G. THIBIERGE,
Médecin de l’hôpital Saint-Louis,
Membre de l’Académie de Médecine.
Au moment oïi les communications de MM. Jeanbrau et
Bérard mettent à l’ordre du jour de l’Académie les rapports du
traumatisme et du cancer et oü une discussion paraît devoir
s’ouvrir sur l’inQuence des causes externes dans le dévelop¬
pement de celte maladie, il me paraît intéressant de rapporter
deux cas d’épi théliomatose multiple que je viens d'observer
chez des ouvriers manipulant le goudron depuis de longues
années.
Cette curieuse dermatose, dont les beaux moulages dus au
talent de M. Niclet, mouleur de l’hôpital Saint-Louis, que je
mets sous vos yeux donnent l’idée la plus précise, est bien
connue dans certains milieux industriels, surtout en Angle-
1. Communication à l’Académie de Médecine, 20 août 1918.
REV. d’hyg. XL — 27
418
D-- G. THIBIERGE
terre’ et en Allemagne. Elle est beauconp moins connue en
France et dans les milieux dermatologiques, et j’ai constaté
avec quelque surprise que plusieurs des plus récents et des plus
estimés de nos traités de dermatologie en font à peine men¬
tion
Elle est cependant si caractéristique que, au premier examen
de mes deux malades, dont la profession nous était à ce
moment inconnue, nous n’avons pas hésité, mon assistant,
M. le Pellier, et moi, à porter d’emblée le diagnostic formel
d’épi théliomatose des goudronniers, diagnostic qui a été immé¬
diatement confirmé par l’interrogatoire de nos malades.
Le premier de ces malades travaille depuis douze ans dans
une usine de produits céramiques réfractaires. 11 y a toujours
été occupé au moulage de tuyaux d’une forme spéciale, mou¬
lage qui se fait au moyen d’une presse. Pour éviter l’adhérence
de la matière plastique, les parois du moule sont enduites
d’ « huile de goudron substance de consistance huileuse
provenant de la purification du goudron de houille; étendue au
moyen d’un pinceau, cette substance rejaillit sur les bras de
l’ouvrier qui en sont constamment imprégnés. Peu soigneux de
sa personne, notre malade ne se lave pour ainsi dire jamais les
mains, malgré les recommandations qui lui sont faites. Il est le
seul dans la fabrique qui présente de semblables lésions
cutanées ; il est d’ailleurs le seul à y avoir fait le même travail
d’une façon suivie.
Obs. I. -r C..., âgé' de quarante-huit ans, entre à l’iiépital Saint-
Louis, le 13 mai 1898, d’une bonne santé, habituelle, sauf des accès
fébriles d’origine paludéenne; il serait atteint depuis trois ans
environ de l’affection pour laquelle il entre à l’hôpital et sur l’évo¬
lution de laquelle il fournit peu de précisions.
Les AVANT-BRAS, qui sont le siège principal de cette affection, ont
une coloration générale brunâtre; ils donnent au toucher une sensa-
1. Ses caractères sont, en particulier, très bien résumés dans un
rapport présenté au Parlement anglais le 15 mai 1907 au sujet de l’exten¬
sion de la loi du 22 décembre 1906 sur les indemnités aux ouvriers.
2. Je citerai cependant le paragraphe très topique que lui consacre mon
collègue et ami Menetrier dans sa remarquable monographie du cancer
inséré dans le Nouveau Irailé de médecine et de thérapeutique, Paris, 1900,
fasc. XII, p. 517
L’EPITHÉLIOMATOSE MULTIPLE DISSÉMINÉE DES OUVRIERS 419
lion de ràpei .On y constate, principalement sur leur face antéro-
externe, des lésions d'aspect assez varié ;
I» Les unes, qui attirent spécialement l’attenlion, sont au nombre
d’une quinzaine sur chaque membre et sont constituées par de
véritables petites cornes, atteignant environ 1 centimètre de lon¬
gueur; leur largeur est de i à 2 millimètres; les unes sont droites,
d’autres incurvées à la manière des cornes de bélier; toutes ont un
diamètre sensiblement égal dans toute leur longueur; elles sont
striées longitudinalement et d’aspect basallique ; leur coloration est
grisâtre ou jaunâtre, comme celle de la corne. Elles reposent sur
uhe base légèrement saillante, de coloration rosée, recouverte de
squames adhérentes, delà dimension d’une tête d’épingle à celle
d’une lentille. Lorsqu’on les arrache, ce qui nécessite un certain
effort, 011 trouve à leur base d’implantation un léger amincissement
de l’épiderme et une coloration rosée plus accusée que sur le reste
de la saillie.
2® Des saillies, en nombre plus considérable que celui des petites
cornes, mesurant dé 2 millimètres à 1 centimètre de diamètre,
arrondies, régulières, aplaties, sont récouvertes de squames grisâtres,
épaisses et assez adhérentes; quelques-unes sont ulcérées à leur
partie centrale; l’ulcération est à peine suintante, cratériforme, à
fond végétant, papillomateux; sur d’autres, les squames très adhé¬
rentes sont comparables aux productions cornées des papillomes.
Ces éléments rappellent les diverses formes de productions épithé¬
liales bénignes du xeroderma pigmentosum.
3° Des taches érythémateuses, sans infiltration manifeste, irréguliè¬
rement arrondies, dont certaines sont recouvertes de squames pro¬
noncées, adhérentes, de coloration grisâtre; ces squames sont un
peu soulevées sur les bords et s’arrachent assez facilement avec
l’ongle. An niveau de certaines de ces taches, la peau est légèrement
amincie et déprimée. Il s’agit là de reliquats cicatriciels d’éléments
épithéliomateux du type précédemment décrit.
4“ Un certain nombre de taches brunâtres ou gris foncé, irrégu-
' lières,de 2 à 3 millimètres de diamètre, rappelant quelque peu l’aspect
de celles du xerodtrma pigmentosum. La coloration peu accusée
de ces taches est, sur la plupart, uniquement épidei-mique ;, sur
quelques-unes elle paraît occuper le derme.
Toutes ces lésions s’arrêtent en bas au niveau des poignets, en
haut au niveau du coude, et sont limitées aux régions qui restent
découvertes pendant le travail.
Sur les MAINS, cependant, il n’y a ni hyperkératose palmaire, n;
altérations unguéales. On constate seulement, au niveau'des glandes
420
Dr G. THIBIERGE
annexées aux poils de la face dorsale des phalanges, un petit
nombre de petits points noirs avec légère liyperkératose pêri-infun-
dibulalre.
Sur le scROTDJr, surtout à gauche, existent : 'l“ une dizaine de
petites cornes semblables à celles des avant-bras, mais ne dépassant
pas 5 à 6 millimètres de longueur ; 2“ quelques tuméfactions verruci-
formes analogues à celle des aventuras, mais avec squames moins
développées; aucune d’elles n’est ulcérée; 3“ une cicatrice de 2 centi¬
mètres de long sur 3/4 de centimètre de large, résultant d’une lésion
verruciform'e qui s’est ulcérée et éliminée.
La peau du gland présente un aspect un peu chagriné, avec
quelques productions épidermiques grisâtres, lamellaires et adbér
rentes.
Sur toute la surface du corps, la peau présente les caractères de
l’ichthyose cornée, d’intensité moyenne. Elle n’offre, en dehors des
avant-bras et des organes génitaux, que de tiès minimes altérations
pouvant être rapportées à l’action du goudron : ce sont des comédons
cornés, sous forme de points noirs de 1 millimètre et plus de dia¬
mètre, s’énucléant très facilement par pression ou par grattage,
sans aucune réaction ii^flammatoire périphérique. Ces comédons
sont assez nombreux sur la région sous-ombilicale, très disséminés
-sur le cou, sur le visage et sur les oreilles au niveau de l’ourlel.
Par des soins de propreté, des applications d’emplâtre et de pom¬
madé salicylée et la cautérisation au galvanocautère des plaques
les plus -volumineuses, les lésions ont disparu à peu près complè¬
tement dans l’espace de quelques semaines.
. Examen histologique (dû à l’obligeance de M. le D'' Pelueb). —
L’examen a porté sur deux fragments cutanés :
1° Plaque légèrement hyperkéralosique et érythémateuse de l'avanl-
bras. — Le corps de Malpighi est tantôt normal, tantôt légèrement
atrophique et réduit à un, très petit nombre de rangées cellulaires ;
dans les points hyperkératosiques, il présente une tendance à
l’acanthose.
Aux points d’hyperkératose correspond, dans l’étage supérieur du
derme, un infiltrât, par places extrêmement dense, de cellules mo-
nonucléées.
Le corps papillaire présente des capillaires dilatés et on ren¬
contre par places à sa limite supérieure un œdème très marqué
aboutissant à la formation de véritables lacunes.
L’hyperkératose est constituée par des strates cornées, générale¬
ment nucléées, sans qu’on puisse toutefois parler de parakéralose.
L’ÉPITHÉLIOMATOSE MULTIPLE DISSÉMINÉE DES OUVRIERS 421
Au niveau des points, non hyperkéralosiques, les cellules cornées
ne présentent pas de noyaux.
Le pigment épidermique, assez régulièrement l'éparli, est absent
au niveau des points d'hyperkératose.
La couche . supérieure du derme renferme quelques masses
pigmentaires.
Le reste du tissu dermique ne présente que des altérations
banales : petits intiltrats périvasculaires et périglaudulaires.
2“ Petite corne cutanée. — Les lésions sont celles d’un véritable
épilbélioma spino-cellulaire.
On trouve à son niveau la même réaction du tissu dermique,
mais étendue en profondeur.
Le deuxième malade que j’ai observé travaille depuis dix-
huit ans dans une usine de papier goudronné. Il y occupe
depuis treize ans sans interruption le poste de « chef de chau¬
dière ').
Son travail consiste principalement à surveiller la fusion de
brai, qu’il empêche de déborder hors d’un large fourneau plat,
en le remuant avec une sorte de seau emmanché d’un long
manche en bois et à verser le brai fondu avec ce même seau
dans un bassin où il est mélangé à du goudron et à de l’huile
lourde. Dans ce travail, il est parfois éclaboussé par la masse
en fusion, qui occasionne des brûlures. De plus, il doit vider
dans d’autres chaudières des fûts de goudron et d’huile lourde,
travail qui l’expose encore plus à des projections abondantes
et à des éclaboussures de ces substances. El comme il doit, en
outre, se rendre aux foyers des chaudières pour les remplir de
charbon et surveiller les feux, il .se trouve, alors qu’il est
couvert d’éclaboussures de goudron, exposé à une haute tempé¬
rature, qui fait fondre le goudron et le met en contact plus
intime avec la peau. Et, pour enlever ces éclaboussures de
go.udron, il est obligé de se servir d’huile lourde, qui ajoute
sans doute son action irritante à celle du goudron.
M... est, dans sa fabrique, te seul ouvrier qui'ait fait pendant
plusieurs années ce travail, ses camarades ne manipulant le
goudron qu’une fois incorporé au carton, alors qu’il est à l’état
sec et refroidi. Il estle seul qui ait jamais présenté des accidents
cutanés de- ce genre.
422 D-- G. THIBIER6E
Obs. il — M..., âgé de quarante-trois ans, entré dans mon service
le 10 juin' 1918, d’une bbnne santé habituelle, a commencé il y a
quatre ou cinq ans à présenter les symptômes de sa maladie actuelle;
ils ont débuté par les mains et les avant-bras et, un an plus tard, sur
, le visage, alors que M... était sur le front. 11 fut évacué pour de
petites tumeurs des régions frontale gauche et temporale droite,
tumeurs que M. Morestin diagnostiqua cancroïde et opéra au mois
d’avril 1915. Au mois de juin suivant, il fut mobilisé à son usine et y
reprit son travail habituel.
Vers le mois de mai 1917,, apparut au niveau de l’angle interne des
paupières de l’oeil droit un petit « bouton », pour lequel il fut hospL
talisé aux Quinze- Vingts, et opéré par M. Kalt.
Il y a quatre mois environ, il s’aperçut de l’existence, sur le
scrotum, d’une^croûte ; à cette croûte succéda rapidement une ulcéra¬
tion, qui a' atteint depuis un mois ses dimensions actuelles.
On constate sur le dos des mains, le poignet et la partie inférieure
de la face antérieure (environ les deux tiers à gauche et la moitié à
droite) des avant-bras les lésions suivantes :
1° Des saillies de coloration rose violacé de forme irrégulièrement
arrondie, de 3 à 8 ou 10 millimètres de large, surmontées, soit de
petites squames adhérentes et brillantes, soit de croûtes'' assez
épaisses qui prennent sur certains éléments, mais moins nettement
que chez le malade précédent, l’aspect de véritables petites cornes ;
ces cornes ont pour la plupart 5 à 6 millimètres de haut, quelques-
unes atteignent 1 centimètre. Une traction assez forte détermine
l’arrachement de ces productions. Quelques cornes semblent direc¬
tement implantées sur la jieau, sans qu’il exisite de saillie papuleuse
à leur base.
Sur le bord radial de l’avant-bras droit, un des éléments saillants,
un peu ulcéré à’ sa partie' centrale, mesure les dimensions d’une
pièce de 1 franc et fait une saillie de2 à 3 millimètres.
2“ Au niveau de l’extrémité inférieure du cubitus droit, une cica¬
trice arrondie, large comme une pièce de 2 francs, résultant de
l’extirpation d’une tuméfaction du volume. d’une noisette, pratiquée
en août 1914.
3“ Des taches brunes, peu apparentes, de forme un peu irrégu¬
lière, de 3-4 millimètres de large.
4“ Un assez grand nombre de taches rouges, de dimensions
variées, allant jusqu’à 6 et 7 millimètres de large, présentant pour la
plupart un aspect cicatriciel, quelques-unes avec des squames peu
épaisses et assez adhérentes. '
5“ Un certain nombre de points, 'noirs de 1 millimètre de diamètre
L’ÉPITHÉLIOMATOSE MULTIPLE DISSÉMINÉE DES OUVRIERS 423
environ, qui s’énucléent facilement parla pression sous la forme de
comédons durs, hordéiformes. Autour des poils de la face dorsale
des doigts, il existe des points noirs plus petits, absolument iden¬
tiques à ce que j’ai décrit sous le nom d’encrage des follicules chez
les tourneurs d’obus.
Sur le VISAGE, on constate, outre les cicatrices résultant de deux
opérations chirurgicales à la région temporale droite et à la région
frontale gauche, cicatrices qui ne présentent pas de traces de
récidive, quelques plaques sèches, d'aspect corné, mesurant 4 à
5 millimètres de diamètre, occupant la région frontale; en outre,
surtout sur le nez et les joues, de nombreuses croûtes un peu
grosses, de coloration grisâtre, moyennement adhérentes, rapr
pellent très exactement les croûtes sébacées des vieillards. De plus,
des cicatrices multiples, arrondies, peu déprimées, ayant en
moyenne les dimensions d’une grosse lentille, occupent les diverses
parties du visage et ont sans doute succédé à des productions cor¬
nées ayant évolué spontanément vers l’ulcération.
Sur le nez et les joues, les orifices des glandes sébacées sont lar¬
gement dilaté? sans comédons noirs.
Sur la partie supérieure de l’ourlet de I’oreille gauche, on voit
deux cornes, mesurant respectivement 1/2 et 1 centimètre de
long, sur 2 millimètres de large, légèrement incurvées à leur extré¬
mité.
Sur la partie antérieure droite du scrotum, existe une ulcération
de forme irrégulièrement arrondie, mesurant environ 10 centi¬
mètres de long sur '6 à 8 de large; ses bords sont saillants, très
accusés, éyersés par places ; son fond est irrégulier, fortement bour¬
geonnant par places, de coloration rouge foncé ; elle saigne facile¬
ment au moindre frottement; à la palpation, les bords ont une
consistance ferme. Cette ulcération n’est pas douloureuse spontané¬
ment. Les téguments du scrotum sont mobiles sur le testicule qui
parait normal.
Les ganglions inguinaux ne sont pas'tuméfiés.
L’état général dû malade est bon.
Sous l’influence des soins de propreté, les lésions cutanées du
visage et des membres supérieurs se sont notablement amé¬
liorées.
La lésion du scrotum a été extirpée par M. Morestin.
Les deux observations que je viens de rapporter donnent
une idée très complète de ce qu’est, au point de vue clinique,
l’épithéliomatose des goudronniers : _ succédant à l’oblité-
424 D> G. THIBIERGE
ration des orifices glandulaires* de la peau, suivie ou non de
lésions irritatives folliculaires et ostiofolliculaires du type de
l’acné, elle se traduit par des tumeurs multiples, où la réaction
épithéliale al)outit à des productions cornées aplaties ou exu¬
bérantes, qui revêtent parfois le type de la corne cutanéé. Ces
tumeurs ont pour la plupart une évolution bénigne, restent
toujours de petit volume, peuvent s’ulcérer, mais en général se '
cicatrisent spontanément. Certaines s’ulcèrent largement,
s’étendent, nécessitent une intervention chirurgicale; elles
peuvent même être suivies de généralisation et de mort.
. Les lésions occupent les régions découvertes, particulière¬
ment les avant-bras et le visage; el^es peuvent se dévélopper
sur les parties couvertes, exposées au contact accidentel des
produits nocifs, apportés parles mains de l’ouvrier, ou impré¬
gnant les vêtements, fixés peut-être par la transpiration. C’est
ainsi qu’on peut s’expliquer la localisation fréquente au scro¬
tum, région qui est si souvent le siège de lésions importantes
dans toutes les dermatoses de cause externe.
Cette curieuse dermatose s’observe chez les ouvriers qui
manipulent le brai et sont exposés au contact de ses pous¬
sières; particulièrement chez ceux qui fabriquent des agglo¬
mérés de charbon'; elle se rencontre également dans d’autres
industries : chez les ouvriers qui détachent le brai des cor¬
nues' et le fragmentent pour le livrer à la consommation; chez
ceux qui goudronnent les traverses de chemin de fer'; chez
1. Le goudron et les huiles minérales, mis au contact de la peau, ont
grande tendance à oblitérer les orifices des glandes cutanées : c’est ainsi
que débutent, entre autres, l’acné cadique et le « bouton d’huile » des tour¬
neurs d’obus.
2. Makouvrcez. — Maladies et hygiène des ouvriers travaillant à la fabri¬
cation des agglomérés de houille et de brai. Annales d'hygiène publique
et de médecine fe'gale, janvièr 1876, p. 45:7,^
Zweig. — Ueber dîé Berufs-Karzinomc [Schorn-, Steinfeger-, Teer-,
Paraffinkrebs] mit drei Féllen von sogen. Teerkrebs. Dermatologische
Zeitschrift, février 1909, p. 8S.
3. Pbllikb. — L’épithélioma des ouvriers du goudron. Province médi¬
cale, 1909.
4 Huggins. — Sur les altérations de la peau causées par la fabrication
du goudron de houille. Thèse de Toulouse, novembre 1909.
Huggins. — Loeo eilato
L’ÉPITHÉLIOMATOSE MULTIPJÆ DISSÉMINÉE DES OUVRIERS 425
ceux qui fabriquent la paraffine par distillation du goudron* ;
chez ceux qui préparent l’asphalte^.
Elle peut, comme le montre l’observation de mon premier
malade, se rencontrer dans des industries où on ne serait pas
tenté d’incriminer tout d’abord l’action du goudron.
Le goudron peut d’ailleurs la détérminer, quelle que soit sa
consistance et sa pureté, qu’il s’agisse de brai, d’huileslourdes,
d’huile raffinée même très pure.
Elle s’apparente au cancer des ramoneurs, affection décrite
en 1775 par Percival Pbtt et caractérisée par son siège habituel
au scrotum, mais dans laquelle les lésions disséminées des
autres régions du tégument, semblent manquer ou être peu
marquées, et qui peut être attribuée à l’action dé la suie, par¬
ticulièrement de la suie de charbon, d’où sa fréquence plus
grande en Angleterre.
Individualisée comme elle l’est, cette delmatose constitue un
véritable stigmate professionnel et dénote tout à la fois la
manipulation du goudron sous une forme variable, Ja longue
durée de cette manipulation — tous les ouvriers qui en sont
atteints travaillent depiîis de longues années — et l’insuffi¬
sance des soins de propreté.
Au. point, de vue de l’hygiène industrielle, elle apparaît, en
effet, comme une maladie évitable, à condition de prendre cure
suffisante des téguments.
Au point de vue de la pathologie' générale et de l’étiologie
générale du cancer, elle offre le curieux exemple d’une affec¬
tion où l’irritation prolongée par une substance chimique pro¬
voque ou met en jeu la réaction épidermique et la production
d’une lésion épithéliomateuse indiscutable.
1. Eckabut. — Vier neue Fâlle von Parafûn-Krebs. Thèse de Halle, 1886.
Libbe. — Ueber den Teer- oder Paraffln-Krebs. SckmidI's Jahrbücher,
1882, p. 65.
2. Oliver. — Tar and asphalt workers epithelioma and ehitnney-sweeps
cancer. lirUish medical Journal, 22 août 1908, p. 493.
426
Dr WURTZ
NOTE
SUR
LA VACCINATION PRÉCOCE DES NOUVEAU-NÉS *
par M. le Dr WDRTZ,
Directeur du Service de la vaccine à l’Académie de médecine.
On admettait généralement que tous les nouveau-nés
sont' peu réceptifs à la vaccine. Cette Opinion a probablement
fait que dans le règlement administratif de la loi du 15 février
1902, il est indirectement recommandé d’attendre 3 mois après
la naissance avant de vacciner les enfants à la ipamelle.
En effet, la circulaire ministérielle du 7 août 1903, adressée
aux préfets, sur l’obligation de la vaccination et de la revacci¬
nation (art. 6 de la loi du 15 février 1902), dit expressément à
l’article 6 (Établissement des listes) ; .
« Pour la première vaccination, la liste comprend : 1“ tous
les enfants ayant plus de trois mois ou moins d’un an, le jour
de la séance de vaccination. » Le règlement administratif
indique donc qu’il ne faut pas vacciner les nouveau-nés avant
l’âge de trois mois. La loi elle-même stipulait seulement (art. 6)
que la vaccination est obligatoire au cours de la première année
de vie, sans limitation restrictive.
Les accoucheurs des hôpitaux n’ont pas tenu compte de ce
paragraphe de la circulaire ministérielle, qui leur enlevait toute
possibilité de vacciner les nouveau-nés dans les maternités.
M. Pinard, en particulier, s’est, il y a longtemps, déclaré par¬
tisan de la vaccination immédiate, qu’elle soit ou non suivie
de succès. 11 juge avec raison qu’il vaut mieux risquer un
insuccès que de ne pas vacciner quand on le peut et dès qu’on
le peut.
On a soutenu l’opinion contraire, en alléguant l’inutilité de
cette vaccination, que l’on devrait recommencer le plus souvent
-quelques semaines ou quelques mois plus tard. De même, cer¬
tains médecins, ayant observé quelques accidents (réactions
1. Communication à i’Académie de médecine, 21 mai 1918.
LA VACCINATION PRÉCOCE DES NOUVEAU-NÉS 427
locales violentes, vaccine généralisée) à la suite des vaccina¬
tions précoces, les ajournent.
Entre ces deux systèmes, il m’a paru intéressant de recher¬
cher par la statistique des succès et des insuccès, chez les nou¬
veau-nés, s’il y a intérêt ou non à attendre avant de .vacciner
un enfant à la mamelle.
Sur quels faits s’appuyaient les partisans de la vaccination
retardée? Je n’ai trouvé à ce sujet qu’un seul document. C’est
une note du D^Tissier, accoucheur des hôpitaux, publiée en 1904,
dans les Annales de la Société obstétricale de Paris^ et, par con¬
séquent, postérieure de deux ans à la promulgation de la loi.
, M. Tissier a observé 942 enfants 'à l’asile Ledru-Rollin, sur
lesquels 137 n’avaient pas été vaccinés. En outre, 152, c’est-à-
dire presque 19 p. 100, avaient été vaccinés sans succès.
Ces 289 enfants ont été" vaccinés par M. Tissier avec le pour¬
centage suivant : 90 p. 100 de succès sur les 137 enfants non
précédemment vaccinés, et 87 p. 100 sur les 152 enfants anté¬
rieurement vaccinés sans succès.
L’auteur en concluait que les échecs de la vaccination sont
moindres quand on s’éloigne du moment de la naissance, et les
enfants plus aptes à subir la vaccine à quinze jours ou à trois
semaines qu’au lendemain ou surlendemain de leur venue au
monde. L’immunité qu’ils tiennent de leurs ascendants, indé ¬
pendamment d’inoculations récentes de la mère, s’atténuerait
vite après 2 ou 3 semaines.
Mais, actuellement, M. Tissier, comme les autres accoucheurs
des hôpitaux de Paris, vaccine précocement les nouveau-nés, les
résultats qu’il obtient montre que cette pratique est la bonne.
L’avis des accoucheurs des hôpitaux de Paris, que j’ai
presque tous consultés, est d'ailleurs unanime; la vaccination
précoce est pour eux la règle, sauf dans un certain nombre de
circonstances, qui sont dictées par le bon sens (débilité congé¬
nitale,, maladies des premiers jours, dermites, etc., etc...).
M. Bonnaire, qui constate tous les ans quelques cas d’hémo¬
philie chez les nouveau-nés, attend, pour vacciner, le 8® ou le
10“ jour, les hémorragies apparaissant d’ordinaire au cours de
la l" semaine. 11 a adopté cette pratique depuis qu’ijja observé,
à la suite d’une vaccination, un cas de mort par hémorragie
incoercible chez un nouveau-né.
Dr BOÜRDINIÈRE
Il résulte donc de ces observalions, fondées sur une vaste
pratique, que le laps de trois mois fixé par le règlement admi¬
nistratif, et avant lequel la vaccination ù’est pas obligatoire,
pourrait être réduit de beaucoup.
« De huit jours à trois mois, il y a de la marge », ainsi que
l’écrivait M. Bonnaire. Je pense donc que sans aucune espèce
d’inconvénient le paragraphe 6 du règlement administratif
pourrait être modifié de la façon suivante : -
1“ Tous les enfants ayant plus de dix jours et moins-de trois
mois *.
LES LEÇONS DE LÀ GUERRE
ET LES INSTALLATIONS D’EAUX POTABLES.
LA JAVELLISATION
ET LA CHLORATION DEVIENDRONT - ELLES DES MÉTHODES DE CHOIX ?
par le médecin-major de 2° classe BOÜRDINIÈRE,
Professeur suppléant à l’École de Médecine de Rennes,
Inspecteur départemental d’Hygiène.
« La guerre amis en évidence l’importance des services
d’eaux potables non seulement dans tes villes mais dans les
plus petites localités. Elle a largement démontré les conditions
défectueuses de nombreuses installations, le manque absolu
de tout service dans un grand nombre de cas, même l’absence
de précautions élémentaires dans d’autres. Elle a posé le
redoutable problème de l’alimentation en eau potable des trou¬
pes en ligne ou cantonnées dans le voisinage. Il serait ridicule
cependant de nier les efforts faits avant la guerre, car un nom¬
bre important de villes et même de petites localités étaient
munies d’un service d’eau potable ne laissant rien à désirer.
Captations de sources faites quelquefois à des distances consi¬
dérables, puits profonds creusés le long , des rivières, filtra¬
tions sur sable ou autrement, stérilisations par l’ozone ou les
rayons ultra-violets, les systèmes les plus divers ont été uti¬
lisés. Incontestablement, l’effort, bien que considérable, car le
1.. Cette proposition est adoptés* à l’unanimité par l'Académie de méde-
LEÇONS DE L\ GU EURE
429
problème de l’eau de boisson était devenu l’une des plus fortes
dépenses des grandes agglomérations, a été minime en compa¬
raison de ce' qui devrait exister. Le second problème, celui-là
complètement imprévu, a été résolu de diverses manières : le
plus souvent transport d’eau potable jusqu’aux premières
lignes par divers moyens, puits aménagés ou creusés surplace,
exceptionnellement distribution d’eau potable par conduite.
« Quel que soit le procédé utilisé, le Service de Santé n’a
cessé de préconiser la javellisation pour assainir l’eau potable
à l’avant comme à l’arrière et récemment le Service de Santé
américain conseillait la chlorâtion qui offre peut-être certains
avantages, mais dont le principe est le même puisque le pro¬
cédé de stérilisation, chimique s’exerce par le chlore. Des pro¬
cédés automatiques de javellisatioa.et de chloration existent,
assurant une stérilisation parfaite comme le démontrent les
fréquentes analyses d’eau. En sorte que certains, dans leur
enthousiasme, affirment que toutes les eaux consommées aux
armées doivent être javellisées et souhaitent que « la pratique
de la javellisation et de la chlorâtion se répande après la
guerre dans l’installation d’eau des villes, surtout dans les
petites cités qui ne peuvent se payer de coûteux captages de
sources protégées ou d’importantes usines de filtration, ce pro¬
cédé étant le plus simple, le moins coûteux et le plus facile à
installer* ».
L’on peut se demander dans ces conditions si certaines
dépenses considérables engagées pour des captations, des fil¬
trations ou des stérilisations ont eu leur raison d’être et si
avec quelques précautions et des dépenses infiniment moin¬
dres on n’aurait pas obtenu par javellisation ou chloration des
résultats analogues, peut-être meilleurs. La javellisation n’avait
pas « droit de cité » avant la guerre, la Ville de Paris seule y
avait recours dans des occasions exceptionnelles et il est assez
curieux de voir préconiser ce procédé qu’on a considéré
comme un procédé nuisible, en tout cas comme frauduleux.
Va-t^il détrôner la plupart des autres procédés d’épuration et
de stérilisation des eaux potables? Sera-t-il suffisant par lui-
t. Dbsfossbs. — La Presse Médicale, 24 juin 1918.
430
Dr BOUHDINIÈRE
même dans tous les cas et dans quelles limites les hygiénistes
devront-ils y avoir recoims dans les futures installations d’eau
potable?
A priori, les moyens perfectionnés dont on dispose pour la
javellisation ou la chloration de l’eau et son contrôle, les con¬
séquences nulles de l’absorption de cette eau pour la santé des
hommes ne permettent' pas de présumer de l’avenir et d’affir¬
mer quel sera l’essor de ce mode de stérilisation. Certains affir¬
ment déjà que c’est la méthode de l’avenir. C’est pourquoi
nous ne voulons envisager la question qu’à la lumière des faits
actuels. Qu’avons nous vu? Une période de javellisation .à
outrance qui a duré un certain temps. C’est la période de plein
épanouissement des tonneaux d’eau javellisée à' l’avant et à
l’arrière, des temps où .de nombreux chimistes étaient fort
occupés à doser et à expédier les produits nécessaires à la
javellisation. Puis les feux se sont éteints ou presque. L’avant
et l’arrière demandent de moins en moins les produits néces¬
saires et les circulaires qui recommandent la méthode tombent
le plus souvent danssle vide. C’est que dans l’intervalle un fait
s’est produit. On a développé les services d’eaux potables, un
a amélioré les puits existants; on en a creusé de nouveaux, on
a fait des captations et établi des distributions d’eàu potable.
Le succès a répondu à ces efforts et spontanément les forma¬
tions ont eu recours à ces installations.
Il est bien démontré que l’on trouve souvent sur place l’eau
potable naturelle suffisamment jpure sans avoir besoin de
recourir à aucun moyen de stérilisation et il est certain qu’à
partir du moment où dans nos campagnes les puits seront bien
choisis, bien aménagés, suffisamment protégés et munis de
pompes, un grand progrès aura été r'éalisé pour la santé publi¬
que. Mais le problème n’est pas aussi simple car ne sont véri¬
tablement utilisables et « ne méritent le norn de sources, dit
Martel, que les émergences filtrées et saines des vraies nappes
d’interstices ». Or un nombre considérable de régions utilisent
comme sources des émergences de terrains fissurés qui sont
suspectes et qui sont parfois de véritables résurgences.
Les régions à terrains fissurés sont connues et le plus sou¬
vent il suffit d’observer et d’analyser les sources un certain
nombre de fois et à des époques différentes pour les recon-
LEÇONS DE LA GUERRE
431
naître. C’est la distribution d’eau potable qui s’impose dans
ces régions, car elle permet un choix judicieux des meil¬
leures sources et la suppression des sources dangereuses.
Incontestablement l’installation de javellisateurs ou de chlo-
rateurs automatiques à l’origine des tuyaux de distribution ou
le long du trajet de la conduite constitue un moyen de parer
au4auger qui peut se produire à certaines époques de l’année
ou au. cours d’un mauvais.état sanitaire Iqcal. Nul doute que
l’on ne dispose là d’un moyen simple, efficace et peu coûteux.
Le génie sanitaire de l’Armée semble en avoir compris l’im-
portapce. Il se ménage dans certains cas la possibilité de
placer des javellisateurs automatiques sur, le trajet de la con¬
duite lorsqu’il procède à une nouvelle installation d’eau pota¬
ble. C’est là évidemment une pratique très rationnelle. Faut-il
généraliser cette méthode et ne doit-on plus faire de captation .
ni de distribution d’eau potable sans se réserver la possibilité
de la javellisation ou de. la chloration ? Il semble bien qu’il
devrait en être ainsi dans la plupart des régions, au moins
dans les régions à terrains fissurés et" à sources émergentes
douteuses. Des cités importantes, dotées de services d’eaux
considérables mais dont les eaux à l’analyse sont d’une pureté
relative, gagneraient à avoir la javellisation ou la chloration.
Est^ce à dire que les autres procédés de stérilisalion, l’ozoni¬
sation en particulier, deviendront inutiles? Il faut se garder
de conclure, mais il semble indiscutable que certains de ces
procédés, parfaits comme stérilisation, ne trouveront plus des
indications aussi larges. Déjà on peut affirmer que la filtration
sur sable sera insuffisante par elle-même et que la javellisation
ou la chloration devront constituer un adjuvant nécessaire.
En résumé, la guerre a montré que très souvent on trouve
sur place de l’eau potable naturelle suffisamment pure pour
n’avoir besoin de recourir à aucun moyen d’épuration ou de
stérilisation. Il suffit souvent de choisir de bons puits, bien
aménagés, bien protégés et de les munir de pompes ou de pro¬
céder à des captations de sources minutieusement choisies.
Mais le problème est vraiment difficile dans' les régions à ter¬
rains fissurés et à sources émergentes suspectes, souvent très
nombreuses et mal protégées. La meilleure solution consiste la
D' FAOGÈRE
plupart du temps dans la captation des sources reconnues les
plus pures et les mieux protégées. Dans ces cas, l’emploi de la
javellisation ou de la chloration, par l’intermédiaire d’appareils
automatiques installés à l’origine ou sur le trajet de la conduite
de distribution, trouve une véritable indication à cause de leur
efficacité et de la facilité de leur installation peu coûteuse.
Certaines villes, douées d’un service d’eau potable, devraient
y avoir recours obligatoirement pour remédier à l’insuffisance
de la pureté de leurs eaux. La javellisation ou la chloration
doivent constituer un complément nécessaire à la filtration sur
sablé. Mais elles ne peuvent rivaliser avec des méthodes de
stérilisation comme l’ozone. Elles constituent surtout des mé¬
thodes de secours.
ÉTUDE DES EAUX
SERVANT A L’ALIMENTATION DE LA ÛARNISON
DE BERGERAC
(ho,pitaüx, casernes, cantonnements divers, etc.)
. ^ par M. le D'- FAÜGÈRE,
, Médecin aide-major de classe.
La mobilisation du mois d’août 1914 détermina dans la ville
de Bergerac une affluence d’hommes de troupes extrêmement
élevée, et dont le nombre dépassa de beaucoup le clîifTre
normal de la garnison. Au lieu de 3.000 hommes que comptait,
en temps ordinaire, celle-ci, l’effectif dont les éléments furent
fournis par le ...“, le ...®et le ..." territorial, et, en outre, un peu
plus tard, par le ...®, le ...® et le ...® territorial évacués de la
région du Nord (Saint-Omer) atteignit parfois jusqu’à
12.000 hommes.
Afin de pouvoir donner un logement à ces excédents impré¬
vus il fallut, par suite de l’insuffisance et même du manque
absolu de locaux spéciaux, répartir ces hommes en grande
partie dans les divers quartiers de la ville dans des cantonne¬
ments parfois rudimentaires.
EAUX D'ALIMENTATION DE LA GARNISON DE BERGERAC 433
Appelé, en qualité de médecin-chef de l’hôpital militaire de
Bergerac, à apprécierl’état sanitaire de la garnison, mon atten¬
tion se trouva attirée sur ce nouvel état de choses, Xsur ces
nouvelles conditions hygiéniques, et, en ' particulier, sur
l’importance primordiale que présentait désormais, pour la
santé du soldat, le degré de potab'ilité des eaux d’origines si
diverses qui allaient, cà et là, et sans aucune garantie anté¬
rieure, concourir dorénavant à son alimentation. C’est ainsi
que je fus conduit, à titre personnel et purement documentaire,
à faire l’étude des eaux des casernes, hôpitaux, cantonnements
des troupes, fontaines publiques de Bergerac.
Ces opérations furent faites dans le courant de l’hiver 1914-
1915, durant le temps où j’eus l’honneur de diriger l’hôpital
militaire. 11 apparaît comme évident que, dans ces conditions,
celte étude ne pouvait être que très limitée et très succincte :
d’une -part, le temps et le matériel dont je disposais étaient
très restreintes; d’autre part, l’intérêt de la question se con¬
centrait, pour un médecin militaire, uniquement et è.xclusi-
vement sur la qualité des eaux qui étaient puisées aux lieux
mêmes des cantonnements des troupes et qui servaient à leur
alimentation.
Si de toute évidence, le petit nombre de résultats d’analyses
contenus dans les tableaux ci-joints ne permet pas de se livrer
à une discussion complète de ce sujet si gros de conséquences,
du moins autorise-t-il, grâce à une vue d’ensemble, à émettre
certaines réflexions, à constater certaines lacunes, à laisser
deviner certains desiderata dont l’intérêt s’avère de premier
ordre, incontestablement, et pour l’autorité civile et pour
l’autorité militaire.
I .
ANALYSE CHIMIQUE DES E.AUX DE BERGERAC
Eau normale.
Pour permettre d’établir d’une façon générale la qualité
d’une eau, il me paraît utile de donner, en premier lieu, un
tableau de la [quantité des éléments qu’elle doit noma/emenf
contenir :
REV. d’HYG. XL — 28
Quantité, des éléments que doivent contenir les eaux,
pour étal)lir leur qualité
PORB
POTABLE
Chlore'^ (Cl) .
Acide sulfurique (So*H*) ....
Ammoniaque totale (AzH’) ...
Acide phosphorique (P*0“) . . .
Nitrates (AzO'H) .
Sulfures (H*S) .
Matières organiques en oxygène, i
pris au caméléon . '
Degré hydrotimétrique total . .
Degré hydrotimétr. permanent.
(par litre)
Moins de 0 gr. 015
0 gr, 002 à 0 gr. 005
Tràces.
-Nétmt.
Néant,
j Néant,
j Moins de 0 gr. OOl
5» à 15»
2° à 5“
(par litre)
Moins de 0 gr. 040
0 gr. 006 à 0 gr. 030
0 gr. 0007
Néant.
Néant.
Néant.
Moins de'O gr. 002
15“ à 30»
5» à 12°
SUSPECTE
(par litre)
De 0 gr. 050 à 0 gr. 100
Plus de O gr. 030
Au-dessus de 0 gr. 0007
Présence.
Présence.
Présence.
De 0 gr. 0003 à 0 gr. 0004
Au-dessus de 30»
12» à 18»
MAUVAISE
(par litre)
Plus de 0 gr.. 100
Plus de 0 gr. 50
Au-dessus de 0 gr. 0007
Quantité appréciable.
Présence.
Présence.
Plus de 0 gr. 04
Au-dessus de 100»
Au-dessus de 20»
EAUX D’ALlMENtATlON DE LA GARNISON DE BERGERAC 435
Quelques explications sommaires sont nécessaires;
Au point de vue de sa composition chimique, l’eau est formée^
d’oxygène et d’hydrogène ; elle contient en outre des sels en
dissolution, tels que des sels de chaux, du sel marin, de la
silice, etc...; ces, sels apportent un certain appui, une certaine
contribution à 1^ nutrition des tissus.
Les bicarbonates de chaux et de magnésie, lorsqu’ils sont
en trop grande proportion dans l’eau, la rendent dure. Cela
signifie que cette eau ne cuit pas bien les légumes et- qu’elle
ne fait pas mousser le savon. Le dosage de ces sels se fait par
une méthode qu’on nomme hijdrotimétrie, et \e degré hydroti-
métrique d’une eau exprime sa teneur en sels calcaires.
La présence de chlorures, lorsque ceux-ci ne proviennent ni
de la dissolution par l’eau des sels des terrains traversés,, ni du
voisinage de la mer et des marais salants, indique, si ces corps
sont'dans une . forte proportion, une contamination par l’urine,
le purin ou les eaux ménagères.
La prés,ence de l’ammoniaque dans une eau dénonce la con¬
tamination par les matières fécales ou par les eaux-vannes
industrielles. Cètte ammoniaque s’oxyde au bout d’un temps
variable et' se transforme en nitrites ou en nitrates. La présence
des nitrites, avec ou sans ammoniaque, est un signe de conta¬
mination- récente ; les nitrates ont une signification moins
mauvaise. ’
> Enfin toutes les eaux contiennent des matières organiques
d’origine soit végétale soit animale ; dafas ce dernier cas l’eau
doit être tenue pour beaucoup plus suspecte que dans le
premier.
Le Comité consultatif d’Hygiène de France qui est, comme
on le sait, chargé de toutes les questions relatives à l’alimenta¬
tion des communes et des villes en eau potable, prescrit les
méthodes d’analyse suivantes :
1° Évaporer un litre d’eau au bain-marie, chauffer quatre
heures environ après dessiccation, peser, et, sur le résidu,
chercher les nitrates.
.2” Évaporer la même quantité d’eau, chauffer le résidu au
436 D>- FAUGÈRE
rouge sombre et peser; la différence avec le premier nombre
est comptée comme matière organique et produits volatiles.
3“ Déterminer les 4 degrés hydrotimétriques qui sont :
a) le degré de l’eau elle-même;
h) le degré après séparation des sels de chaux ;
c) le degré sur l’eau elle-même après ébullition ;
d) le degré sur l’eau bouillie après séparation complète des
sels de chaux.
4“ Concentrer un litre d’eau à 50 cent, cubes, doser le chlore
et calculer en NaCl.
5“ Faire bouillir, dans des conditions déterminées, et avec
des solutions chimiques indiquées, pour arriver, à la suite
d’essais successifs, à déterminer le calcul en oxygène con¬
sommé par litre.
6° Faire, quand cela est possible, l’analyse bactériologique.
Eaux de Bergerac.
Ces renseignements étant connus pour servir de base d’ap¬
préciation, voici les résultats de l’analyse des divers échantil¬
lons d’eaux pris aux sources mêmes où s’approvisionnent les,
hommes mêmes de la Place.
J’ai pensé qu’il serait conforme à la logique de les grouper
d’emblée par^qualité :
A. — Eaux potables,
B. — Eaux suspectes,
C. — Eaux mauvaises.
lor groupe. — Eaux potables.
Ce groupe comprend les eaux de
Pécharmant [les côtes), Pécharmant (proprement dit), Péchar-
mant (près de Conord) ;
Hôpital mixte ;
EA.uk D'ALIMENTATION DE LA GARNISON DE BERGERAC 437
Caserne Davout;
Hôpital auxiliaire n» 7 ;
Hôpital temporaire n“ 25 {‘cd/é chapelle);
Hôpital n" 25 (côte pynuiase);
Fontaine de la rue Candillac, cantonnements divers;
Fontaine du Faubourg bas (Madeleine), cantonnements divers; ■
Eaux de la rivière Dordogne.
Voici l’analyse détaillée pour chaque source (tableau n° 1). '
I 2“ groupe. — Eaux suspectes.
Ce groupe comprend les eaux de :
Caserne Chanzy ;
Rue Thiers (Hôpital n“ 44);
Ru‘e du 14-Juillet (Hôpital 44) ;
Cercle militaire;
Rue Malbec, cantonnements divers;
Place Clairat, cantonnements divers;
Hôpital temporaire n® 17 ;
Rue Fonbalquine. ^
Voici l’analyse détaillée pour chacune de ces sources
(tableau n® 2).
3* groupe. — Eaux mauvaises.
Ce groupe comprend les eaux de :
Place Bellegarde, cantonnements;
Hôpital temporaire n® 18 ;
Ancien séminaire, cantonnements;
Usine Popp, indésirables;
Fontaine Barbacane (Madeleine), cantonnements.
Voici l’analyse détaillée pour chacune de ces sources
(tableau n® 3).
D-' FAUGÈKK
EAUX D’ALIMENTATION DE LA GARNISON DE BERGERAC
TABLEAU N» I. potables.
Secteurs nord'^gf nord-est.
ÉLÉMENTS DOSÉS
PÉCIIARMAN
T
HOPIT.\L
CASERNE
HOPITAL
(Croix-Rouge)
HOPITAL 25
RUE
CANDILLAC
(haut)
FAUBOURG
(bas)
DORDOGNE
les
proprement
prè.s do
cnlpELL..:
o^'Lr.
“Matières organiques
n / alcalin.
0*000.625
0*001.000
06000.730
0*000.000
0*000.125
Néant.
05000.125
0*000.125
0*000.250
0*000.500
os 00 1.250
en oxygène
pris au caméléon.
( acide.
0*000.000
0*000.500
0*000.7,50
0*000.230
0*000.125
0*000.125
Néant.
Néant.
0*000.125
0*000.625
OsOOl.500
Chlore . . .
0,017
0,031
0,031
0,011.375
0,0248
0,018'3
0,03195
0,0215
0,0420
0,039
0,011
Chlore calculé en NaCl .
0,077
0,051
0,051
0,073.123
0,041
0,0351
0,05265
0,0351
0,0702
0,064
0,017
Acide sulfurique SO*H* .
0,021
0,021
0,017
0.016
0,005
0,031
0,01613
0,005
0,02017
0,024
Traces non
Sulfate de chaux .
0,029
Ô,029
0,023
0,0224
0,007
0,0434
0,021
0,007
0,Ü2S
»
/ nitrique . .
Très faibles
Très faibles
Très faibles
Très^
Néant.
Néant.
Traces.
Traces.
Traces.
Traces.
Néant.
\ nitreux. .
Néant;
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Azote j
[ salin . . ,
I<éant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Tracer.
Traces.
Traces.
Traces.
Néant.
1 r ammoniacal <
( album. . .
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
jappréciablf's.
npprécUddes.
Traces.
Traces.
Néant.
Acide carbonique libre .
0 1. 005
0 1. 1 05
0 1. 005
Néant.
0 1. 0225
0 1. 0135
0 1. 00875
0 1. 00,88
0 1. 003
Néant.
0 1. 0045
Carbonate de chaux .
0,315
0,1‘85
0,225
0,206
0,0597
0,27398
0,25900
0,23175
0,2678
0,210
0,070
Magnésie (calculée
en carbonate).
0,067
0,0068
0,013
0,0704
0,0396
0,00378
0,0088
0,0088
0,0264
0,079
0,016
36054
2001
29'>70
3303
40
•^9*14
•i->o
340
S»
hydrolimé trique \ permanent . .
7087
‘io.
505
1*5
-
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant
Néant
Néant
Néant
Néant.
Néant
J -L
'445
D‘' FAUGÈRE
EAUX D’ALIMENTATION DE LA GARNISON DE BERGERAC 441,
TABLEAU N" 2. - Eaux suspectes.
Secteurs cenlril
ÉIjÉMENTS dosés
CASERNE
CHA^^ZY
RUE
THIEBS
Hôpital j
temporaire [
n» 44 !
i
/ Matières'' organiques ( \ alcalin. .......
Néant.
0*001.250 1
0*000.500
0,06745
0,056
,0,1111
0,092
0,08105
0,126
Sulfate de chaux . . .
0,1125
0,175
1 nitrique . . .
' Traces.
Traces
] mtreu3c . .
Néant.
appréciables.
Néant.
Azote i . '
j f salin . , i. . ; .
Traces.
Traces.
[ ammoniacal ]
\ ( albuin .
Traces.
Traces.
Acide carbonique libre . .
. 0 1. 0516
0 l. 020
Carbonate de chaux . . . ' .
0,064
. 0,235
Magnésie fen earhnnate) . . .
0,077
0,061
( total. . . . .. .
33'>12
45"24 f.
Degré hydrotimé trique' <
' ( permanent .........
19»78 '•
■If.
_ 17*88 ,
Sulfures . . l . .
Néant.
Néant. |'
RUE
14-juillet
Hôpital
temporaire
n* 44
CERCLE
MILITAIRE ^
RUE
Cantonnements
divers
PLAGE
CLAIBAT
Cantonnements
HOPITAL
TEMPORAIRE
n" 17
RUE
FONBALQUISB
0*000.750
08000.750
0*000.125
0*000.125
0*000.375
' Néant.
0*000.500
08000.625
08000.375
0*000.250
0*000.250
0*000.125
0,0568 ^
0,068
0,071
0,050
0,0497 ■
0,12425
0,0936
0,112
0,117
0,082
0,0819
0,20475
0,09986
0,109
0,067 •
0,063
.0,075
0,117
0,1386
0,151
0,019 '
0,0616
0,1029
0,160
Néant. ,
Traces.
Néant.
Traces
notables.
Néant.
Traces
notables.
Néant. '
Traces
appréciables.
Id.
Traces.
' Néant.
Traces.
Traces ‘ :
appréciables.
Traces.
Traces.
Traces.
Néant.
Traces.
Traces.
Id.
Id.
Traces.
Traces
appréciables.
0 l. 0185
0 1.006
0 1. 0088
0 1. 037
0 ,1. 0045
0 l..,009
0,18231
0,240
0,21077
0,2235
, 0,306425
0,290
0,08888
0,061
0,091872
Néant.
0,01980
0,0554
4104
4005
34O80
SS-S
40»25
.i7»70
230
10P3
11”80
.404
O^OO
17O70
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
ÉI.ÉMENTS DOSÉS
PLAGE
HOPITAL
N" 18
SÉMINAIRE
r:
Matières organiques g 1 acide . .
en oxygène S 5 {
pris au caméléon. ^(alcalin .
05000.623
Os 000. 675
05000.625
05000.500
05000.125
Os 000. 250
05000.230
05000.875
Chlore .
0,097625.
0,142000
0,08165
0,04083
0,160875
0,234
0,13450
0,67175
0,075
0,0765
0,08069
0,074
0,1022
0,10612
0,112
0,103
i' nitrique .
Traces appréc.
Néant.
Traces appréc.
Ici.
Traces appréc.
Néant.
Traces appréc.
Traces.
Néant.
Traces.
Traces appréc.
Traces notables.
Néant.
Traces appréc.
\ nitreux .
Azote < IV
( ammoniaque ) l^^um ! !
Acide carbonique libre .
0 1. 0075
0 1. 0736
0 1. 0123
0 1. 013
Carbonate de chaux .
0,.S4608
0,16366
0,243
0,33166
MagDésle (en carbonate) .
0,07040
0,085
0,0613
0,05544
Degré t total .
50»4
1503
47‘'85
17»24
41"10
18»
46O80
13065
hyclrotimé trique } permanent . . .
Sulfures . . , .
Néant.
Néant.
Néant.
Néant.
j EAUX il’ALIMENTATION DE LA GAENISON DE BERGERAC 443
Discussion.
Les tableaux ci-dessus donnent les résultats généraux et
permettent de .faire, d’un coup d’^cjeü, la comparaison des ,
diverses sources entre elles.
D’un premier examen, il ressort que des différences notables
existent dans la composition des diverses eaux examinées, ,
même pour des régions voisines entre elles.
Les éléments à teneur variole peuvent se classer en deux
groupes ;
1“ Les éléments minéraux, dont la 'présence est normale dans
l'eau.
Celle-ci s’est saturée à des degrés divers suivant la nature et
l’épaisseur des couches traversées dans son cheminement sou¬
der fain.
2° Les éléments provenant plus particulièrement des déchets de
la vie : chlorure^, matières organiques, nitrates, etc.
I. — Une eau* trop chargée en éléments minéraux, même si
ces éléments sont' inoffensifs par eux-mémes, est considérée
comme impropre à l’alimentation.
Or, presque tous les échantillons examinés accusent un
degré hydrométrique total plutôt trop fort; c’est là un premier
défaut inhéreqt à la nature même des eaux telles qu’elles
sorteut des sources naturelles.
II. — Les variations des éléments du second groupe laissent
supposer que des infiltrations d’eaux-vannes ou ménagères se
produisent, et viennent contaminer la nappe souterraine où
s’alimentent puits et fontaines; peut-être même — et ceci
semble pouvoir être donné comme probable — des fosses
d’aisances non étanches contribuent à souiller cette nappe.
Presque toutes les analyses révèlent la présence de nitrates et
l’une d’elles indique même des traces d’ammoniaque. On peut
même incriminer dans de certaines limites l’infiltration des
D‘- FAUGÈRE
m
sels employés en agriculture (nitrates; sulfates de fer, , de
cuivre, d’ammoniaque, chlorures, etc...).
Pour éclaircir la question sur ce dernier point, les eaux du
coteau de Pécharmant ont été examinées. Ce coteau, en raison
de la pen(e générale de la région, contribue pour une large
part à la formation de la nappe aquifère. L’examen a porté sur
trois points-différents; il a été trouvé des chlorures et des sul¬
fates en proportion beaucoup plus faible, pas d’ammoniaque et
de très légères traces de nitrates seulement. A mesure qu’on
descend vers là ville la proportion de ces éléments va augmen¬
tant pour devenir très forte dans l’enceinte même, où, fait
particulièrement significatif, apparaît l’azote sous forme albu¬
minoïde, pendant que les nitrates et chlorures suivent une
progression parallèle pour atteindre un chiffre exagérément
élevé.
Les nitrates n’ont pas été dosés. Mais en observant la marche
de l’analyse, on a pu constater qu’ils étaient en proportion
variable.
Les chlorures surtout accusent des différences qui provien¬
nent vraisemblablement de l’infiltration des produits de déjec¬
tion.
Quant aux matières organiques, s,i elles ne sont pas très con¬
stantes, du moins leurs proportions restenUelles dans des
limites acceptables.
D’ailleurs toutes ces eaux ont été conservées dans des bou¬
teilles bouchées plus de deux mois sans fermenter ni dégager
d’odeur et sans que la saveur n’en ait paru altérée. Des dosages
des matières organiques et des recherches dq l’ammoniaque
ont été pratiqués sur ces eaux conservées; il n’a pas été obtenu
de résultats qui puissent entraîner leur déclassement. S’il y a
des infiltrations de fosses d’aisances, les terres retiennent les
matières albuminoïdes non encore solubilisées. Dans ces con¬
ditions les produits ammoniacaux formés ont le plus souvent
le temps de poursuivre leur oxydation jusqu’au point où,
seuls, les nitrates, terme fina(, apparaissent. En effet, il n’a été
trouvé aucune trace de nitrates.
Néanmoins, il serait imprudent d’escompter, pour chaque
cas, une évolution aussi heureuse, qui risque fort de ne pas
toujours être observée. Il suffît, en effet, de quelques exceptions
EAUX D’ALIMENTATION DE LA GARNISON DE BERGERAC 445
pour qu’éclatent des épidémies ; la moindre contamination
rend dangereuses des eaux très chargées en éléments miné¬
raux.
Certes les causes de pollution ne manquent pas. Le système
d'égouts souterrains que possède la ville est fort incomplet et
sert surtout à recueillir les eaux ménagères résiduelles et les
eaux pluviales. La plupart dqs maisons sont munies de fosses
fixes. Or, la nappe souterraine d’alimentation se trouve, en
général, à une très faible profondeur et, par suite, les liquides
répandus journellement à la surface du sol et ceux provenant
des fissures toujours possibles sinon probables des égouts- et
des ruisseaux atteignent trop vite cette nappe sans avoir eu le
temps de s^épurer au contact des terrains d’épaisseurs variables
qu’elles traversent.
Pendant l’infiltration, en effet, les matières en suspension
sont tout d’abord retenues, par les terres; puis les éléments
organisées sont détruits à une certaine profondeur où ils ne
rencontrent plus les substances leur permettant de se déve¬
lopper. Mais, ici, les quelques mètres seulement qui recouvrent
la nappe d’alimentation de la ville peuvent difficilement effec¬
tuer une telle épuration automatique et l’analyse a montré que
cette nappe était souillée par des infiltrations diverses. En cer¬
tains endroits le radier des fosses d’aisances (qui ne sont pro¬
bablement pas toutes étanches) et les ruisseaux souterrains
(assimilables à des égouts à fond perdu parce qu’ils servent de
collecteurs d’eaux- vannes et ménagères à leurs riverains) ne
sont peut-être pas à un mètre de la nappe.
Remarquons d’autre part que ces infiltrations si dangereuses
peuvent se produire à certains moments et non à d’autres; que
leur action peut être passagère et interrompue ;, que, par con¬
séquent, les sources qui les subissent en acquerront une
grande variabilité de composition et pourront devenir alterna¬
tivement et périodiquement potables et mauvaises et vice
versa.
Dans de telles conditions d’insécurité la nappe souterraine
peut être considérée tout entière comme suspecte.
Il est possible cependant d’établir un classement de ces eaux
par secteurs :
D-- FAUGÈRE
Secteur nord et nord-ést,
Secteur centre et sud,
et Secteur ouest
et de dresser le tableau suivant où chaque qualité correspond
à un secteur déternainé de région :
1” Eaux potables. — Secteurs nord et nord-est.
Pécharmaiit, les côtfis ....
Pécharmant, près de Conôrd .
Pécliarmaat, proprement dit .
Caserne Davout. -
Hôpital mixte.
Hôpital auxiliaire n» 7, Croix-Rouge.
Rue Candillac (haut).
Hôpital temporaire n“ 23, côté chapelle .
Hôpital temporaire n° 23, côté /gymnase .
Faubourg (bas).
Rivière Dordogne {Pour mémoire).
2» Eaux suspectes. — Secteurs centre et sud.
Hôpital temporaire n” 44.
3° Eaux mauvaises. — Secteur ouest.
Ancien séminaire.
Hôpiial temporaire n” 12.
Place Bellegarde.
Usine Popp.
Fontaine Barbacasse {Madeleine).
Caserne Chanzy.
Rue Thiers . . .
Rue du 14-JuiIlet ....
Cercle militaire,
Rue Màlbec (bas).
Place Clairat.
Hôpital temporaire n" 17.
Rue Fonbalquine.
Collège de garçons.
I Origine de la nappe aquifère
EAUX D'ALIMENTATIOX DE LA GARNISON DE BERGERAC 447
Conclusion.
La conclusion paraît être très simple.
En l’état actuel des choses, les régions nord et nord-est de
Bergerac, c’est-à-dire les régions les plus voisines du coteau
de Pécharmant, sont les mieux fournies en eau de qualité
acceptable. Par contre, les régions du centre et surtout du sud-
ouest sont beaucoup moins bien dotées; la cause en réside sans
doute en ceci : que, dans ces régions, se produisent toutes les
infiltrations et convergent toutes les causes de pollution des
régions supérieures.
Quelles Solutions, pour y remédier, serait-il expédient
d’adopter?
Conviendrait-il de rechercher une happe plus profonde et
d’en amener l’eau par puits artésien? Ne risquerait-on pas,
dans ce cas, de rencontrer une eau offrant la même potabilité
en quantité insuffisante et de composition irrégulière?
Ou bien vaudrait-il mieux utiliser les eaux de la Dordogne
même, les épurer par des procédés à étudier et les canaliser à
l’aide d’une station élévatoire? Là, on est bien sûr, la quantité
sera toujours suffisante et la qualité en est très bonne et
constante, l’analyse ci-dessus le démontre.
Le problème mérite que ceux à qui incombe le souci de la
santé publique le regardent en face, l’étudient et en cherchent
la solution, la santé de la population civile et militaire de
Bergerac en est le prix. C’est le but de la deuxième partie de ce
travail.
{À suivre.)
448
REVUE DES JOURNAUX
REVUE DES JOURNAUX
.4 propos de la vacpination mixte antityphoïdique et antiparaty¬
phoïdique A et B par une seule injection, par MM. F. Wid.4l et
A. T. Saliubeki {La Presse Médicale, 1911, p. ilS). ''
En janvier dernier, les auteurs ont montré que, pour immuniser
simultanément contre la typhoïde et les paratyphoïdes, on pouvait,
par l’emploi d’un vaccin chauffé renforcé, composé des trois germes
par parties égales et désigné sous la formule de TA B chauffé n“ 2,
introduire, en deux doses successives del et 2 cent, cubes, dans l’or¬
ganisme autant de bacilles qu’on l’avait fait jusque-là en quatre fois.
A l’heure actuelle, l’immunisation en deux fois est devenue la
règle dans presque toutes les collectivités soumises en France à la
vaccination antityphoïdique. Il est permis de se demander si, par
une seule injection, la vaccination serait sufflsante. ■'
MM. 'Widal et Salimbeni ont jusqu’alors injecté plus de douze mille
sujets en une fois seulement avec une dose unique de 1 cent, cube
et demi de TAB chauffé n“ 2, et ils ont constaté que cette dose
unique renforcée peut être employée sans inconvénient.
Le temps seul pourra donner la valeur et la durée de l’immuni¬
sation conférée par une seule injection, car le nombre des sujets
injectés depuis une année n’est pas encore assez important pour
que l’on puisse tirer une conclusion déQnitive.
En attendant, c’est la vaccination en deux fois que l’on doit con¬
tinuer à employer; c’est elle qui reste, pour le moment, encore la
vaccination de sécurité. Cependant, tout porte à croire qu’une seule
injection de 1 cent, cube et demi est suffisante, car elle contient
6 milliards de germes, alors que les deux doses de vaccin triple,
employé actuellement dans certaines armées étrangères, ne ren¬
ferment pas, au total, 5 milliards de germes.
La vaccination unique peut "donc, dès maintenant, trouver son
emploi dans tous les cas où le sujet à immuniser n’a pas le temp?
de recevoir une deuxième injection. Elle doit égalebaent être pro¬
posée à la population civile menacée par la contagion typhique. Les
civils, pour qui cette intervention n’est pas obligatoire, ne se prêtent
pas facilement à son application. Or, c’est surtout au cours des épi¬
démies de ville, parfois si désastreuses, que la vaccination en une
fois paraît devoir s’imposer à des personnes qui, réfractaires à l’obli¬
gation d’injections multiples, ne se déroberaient sans doute pas à
une seule opération. On aurait chance ainsi de conférer une protec¬
tion appréciable à maints sujets qui en seraient restés dépourvus.
F.-H. Rénaux.
REVUE DES JOURNAUX
449
3’ubercoloü considerata specialmente in rapporta- aile medicina mili-
tare, per il prof. Edoardo Mabagliano, senatore del Hegno, consu-
leiite del corpo d’armata tei’ritoriale di Genova [GiornaU di medicina
militare, 1917, p. 539).
• Le diagnostic exactement précoce de la tuberculose est d!une
imporlance capitale pour le médecin militaire, en vue de l’élimina¬
tion immédiate des sujets atteints. L’expérience de deux années de
guerre a démontré que, dans le corps de santé de l’armée italienne,
subsiste une certaine hésitation sur les directives à prendre, pour
assurer la solution de ce problème particulièrement difficile.
Le bacille de la tuberculose, inclus dans un tissu quelconque, peut
rester ignoré et inerte, tant que l’activité biologique du tissu s’oppose
à toute manifestation du bacille et de ses toxines; on a la preuve de
cet, équilibre par la présence dans le sang des anO'corps tuberculeux,
prodùits de la défense de l’organisme, et par l’absence des anti¬
gènes, produits de l’agression du microbe. Le manque de résistance
du tissu favorise la multiplication du bacille et la production de ses
toxines, ce qui amène des lésions plus ou moins circonscrites ou
généralisées.
La tuberculose pulmonaire peut s’accompagner de signes et de
symptômes physiques, qui permettent d’apprécier rapidement la
situation, Mais ceux-ci peuvent être complètement ou partiellement
absents et il faut y suppléer par des recherches de laboratoire ;
examen microscopique des crachats, examen histologique pour la
bacillémie,' pour la constatation des antigènes, pour la formule
leucocytaire, examen radiologique du thorax, réaction de la
tuberculine.
Il y a lieu de tenir compté des indications d’ordre clinique, telles
que des oscillations thermiques et des Iluotuations de la nutrition,
sensibles au thermomètre et à la balance. L’évolution tuberculeuse
procède par périodes d’activité et d’accalmie, qui doivent être
surveillées de très près pour éviter tout naécompte de pronostic
dans un sens ou dans l’autre; l’affection revêt des formes très
diverses, suivant qu’elle est latente, circonscrite, généralisée,
torpide ou aiguë.
Le diagnostic de la tuberculose doit s’appuyer sur la recherche
des antécédents et des tai'es héréditaires, sur la constatation des
manifestations chirurgicales ou cutapées, sur les séquelles des
pleurites, des otites chroniques, et aussi sur les traces d’adéno¬
pathie.
C’est en faisant un faisceau de toutes ces données que le médecin
militaire pourradépister les tuberculeux latents ou tlorides, dont les
infections larvées peuvent prendre une allure imprévue à la moindre
fatigue, au moindre choc; car tout tuberculeux, quelle que soit la
forme de l’affection, manque de la résistance nécessaire pour
affronter les causes déprimantes de la vie militaire, aussi bien dans
la zone des armées que sur le front lui-même. 11 convient d’éliminer
— 29
400
REVUE DES JOURNAUX
de tels sujets de l’armée, dont le fonctionnement général est
entravé par ces non-valeurs. F. -H. Renaut.
le paludisme d' Orient vu à Marseille, par M. P.4UL Ravaüt, médecin-
chef du 2® secteur médical de la XV® région et MM. Re.mUc de
Kerdrel et Krolunitsky, médecins attachés au service du secteur
{La Presse Médicale, 1917, p. 473).
Dans la XV® région sont hospitalisé-; les très nombreux paludéens
évacués d’Orient. Dans le 2® secteur médical (Bouches-du-Rhône et'
Yar), plus des trois quarts des lits réservés à la médecipe sont
occupés par eux.
Depuis longtemps, beaucoup de médecins avaient été frappés de
ta gravité et de l’irrégularité du paludisme d’Orient, qui paraissait
résister à la prophylaxie et à la thérapeutique quiniques. Les auteurs,
à leur tour, avaient constaté la persistance de la maladie, malgré
des doses parfois énormes de quinine, marquées sur les feuilles de
températures et les cahiers de visite.
Des examens bactériologiques du sang, portant sur. plusieurs
centaines de malades, montraient que les parasites avaient tous les
caractères classiques. Les températures furent vérifiées à l’impro-
viste dans plusieurs hôpitaux ; les accès étaient authentiques ; la
bonne qualité de la quinine ne pouvait être mise en doute.
Finalement, il était permis de se demander si les malades absor¬
baient bien réellement leur médicament. Certains indices
autorisaient cette hypothèse qui fut confirmée par une enquête
rigoureusement conduite.
Dans une formation bénévole de la Place de Marseille, l’analyse
des veines ne décèle point la moindre trace de quinine chez
quatre malades graves qui auraient dû prendre 2 grammes de
médicament dans la journée ; ces malades, changés de service,
furent soumis à un- traitement régulier et les accès disparurent
aussitôt.
Cette enquête, poussée dans d’autres hôpitaux du secteur, donna
des résultats aussi navrants, surtout à Marseille. D’une statistique
portant sur des centaines de paludéens, examinés à l’improviste, il
appert que 50 p. 100 au moins ne prennent aucune des doses de
quinine prescrites; les autres en absorbent des quantités minimes,
mais présentent des réactions urinaires beaucoup trop faibles pour
les doses qu’ils auraient dû prendre. Partout, ce sont les mêmes
constatations : avec la plus grande bonne foi le plus souvent, le
personnel médical affirme d’avance que les malades absorbent
régulièrement leur quinine, devant les infirmières généralement.
L’inspection du paquetage permet d’y découvrir des provisions par¬
fois inimaginables de quinine. L’excès de confiance jusqu’alors
accordée, entraîne rapidement une réaction salutaire dans la
surveillance plus stricte de l’exécution réelle des prescriptions, pour
un temps du moins.
REVUE DES JOURNAUX
451
Malgré toutes les précautions prises à l’armée d’Orienl même, de
nombreux malades sont parvenus encore à tromper le médecin ;
aussi la surveillance de la prise de la quinine est-elle un des buts
importants de la mission spéciale envoyée en Macédoine.
Partout, les troupiers ont la même mentalité : quelques-uns
prolongent une maladie qu’ils considèrent sans inconvénients;
d’autres ignorent l’utilité de la quinine. D’autres enfin, et ce sont les
plus nombreux, ont, contre le traitement, une prévention
injustifiée, prétendant ne pas pouvoir le supporter. Cependant, il est
facile, par quelques bonnes explications, de faire comprendre aux
malades tout l’intérêt cfu’ils ont à se laisser soigner. Certains pour¬
tant ne se laissent pas convaincre et trompent un personnel
médical non prévenu, par des supercheries d’une ingéniosité
étonnante, pour simuler la déglutition des cachets et des com¬
primés.
11 n’y a plus lieu de s’étonner maintenant de la persistance du
paludisme, de sa gravité, de sa résistance à la quinine ; l’hémato¬
zoaire avait beau jeu ; chaque fois que ces malades, en apparence
résistants à la quinine, ont été isolés, traités à doses suffisantes, les
succès thérapeutiques ont été constants.
Le problème du paludisme ne peut être résolu que si l’on adopte
un traitement bien réglé, et si l’on s’assure, par l’examen presque
quotidien des urines, qu’il est bien suivi. De bons résultats ne
seront obtenus que si l’on groupe les paludéens dans de grands
hôpitaux, et mieux encore dans des casernes, sous la direction de
médecins militarisés, responsables de la discipline et du traitement.
Dans la XV' région, les faits signalés par les auteurs ont été
immédiatement sanctionnés par le directeur du Service de santé
régional. Des prescriptions, destinées à empêcher et à réprimer les
abus, ont déjà donné de très heureux résultats.
F.-H. Renaut.
' Colorazione polichroma del sangue e dci suoi parasbiti. Coloration
polychrome du sang et de ses parasites), par R. Cùuhi et V. Ignac-
coLo {Giornale di medicina militare, 1917, p. 399).
Les méthodes de coloration polychrome du sang et de ses para¬
sites s’appuient sur deux principes fondamentaux : d’abord, obtenir
par un seul colorant, généralement le bleu, une coloration poly¬
chrome par l’addition d’une base ou d’un sel (méthode de Lôffler,
Koch, Ruge, Manson) ; ensuite, obtenir les mêmes effets en associant
deux ou plusieurs colorants, avec ou sans l’addition d’une substance
agissant comme mordant (méthode d’Ërlich, Romanojvsky, et ses
dérivés).
Certes, les procédés de Giemsa, de Marino, etc., donnent des
résultats très importants, spécialement au point de vue des recher¬
ches parasitologiques; mais, outre leur délicatesse et le long temps
de leur préparation, ils exigent essentiellement des colorants qui
peuvent ne pas être toujours à la disposition de chacun.
REVUE DES JOURNAUX
Maintenant, on admet que, par la combinaison des déni colorants
principaux donuant les colorations succédanées de la méthode
primitive dp Romanowsky, on aboutit à une intensité de coloration
spéciale à l’aide d’une troisième substance/ comme l’ont démontré
Nocht pour le rouge de bleu de méthylène, et Michaelis et Giemsa
pour le bleu de méthylène. Dans cet ordre d’idées, les. auteurs,
directeur et assistant de la station sanitaire maritime' de Cotrone,
ont fait des expériences sur les effets de l’acide phénique dans cette
réaction.
Après de multiples essais, ils ont pu obtenir, par le mélange bien
dosé de bleu et d’éosine, après deux minutes au maximum, une
coloration polychrome parfaite et constante, résultat fort appréciable
à l’époque actuelle où il est particulièrement difficile de trouver
certains colorants.
La composition de mélange est la suivante : pour le liquide A, bleu
de méthylène 1,50, alcool 14, acide phénique cristallisé 4,50, eau
distillée 80; pour le liquide B, éosine 1, alcool 14, eau distillée 85.
Après avoir fixé la préparation dans l’alcool et l’éther, on verse
dans une éprouvette 1 cent, cube du liquide A et 1/2 du liquide B;
on agite pour opérer le mélange que l’on met en contact pendant
deux minutes avec la préparation; on lave à l’eau courante, on sèche
et on monte.
Les globules rouges apparaissent colorés vert émeraude; la colo¬
ration du fond est violette; parmi les globules blancs, les mononu¬
cléaires ont le noyau bleu violet et le protoplasma est nettement
bleu clair; les polynucléaires et les formes- de passage ont le noyau
d’un bleu intense et le protoplasma légèrement violet.
Les parasites de la malaria ont la coloration suivante : proto¬
plasma bleu clair, chromatine bleu violet, pigmentbrun noir. Dans
ce procédé l’acide phénique paraît agir comme dissolvant du bleu de
méthylène. F.-H. Renaüt.
Pelades et tératologie dentaire, par R. Saboüraud {La Presse Médi¬
cale, 1917, p. 484).
Le problème des pelades apparaît plus complexe, ù mesure qu’on
l’étudie davantage ; par certains côtés pourtant, il commence à
s’éclairer quelque peu. Les grandes pelades n’épargnent ni les sour¬
cils, ni les cils, ni le poil du corps; celles qui s’accompagnent
même d’altérations des ongles sont les premièrés dont la cause
sera précisée, car, si elles ont même cause que les plus bénignes,
cette cause doit être plus apparente.
La théorie dentaire dé la pelade réflexe, émise par Lucien Jacquet,
a toujours été Combattue par l’auteur, faute d’en trouver la vérifi¬
cation dans les faits cliniques; or, ce sont ces faits qui le conduisent
à des conclusions tout à fait étrangères à cette théorie. Celle-ci,
pourtant, en faisant examiner systématiquement la dentition de tous
les péladiques, a été à l’origine des constatations faites.
REVUE DES JOURNAUX
453
Les poils, les dents, les ongles ont, dans toute la série animale,
des affinités d’origine. Or, il n’est pas rare de rencontrer des altéra¬
tions unguéales au cours des grandes pelades ; il serait donc assez
rationnel qu’on pût y rencontrer aussi des altérations dentaires. Si
l’on étudie la dentition des péladiques,.il est presque de règle de la
trouver anormale ; c’est sur ces çaalformations dentaires que
Sabouraud retient l’attention.
La dent étant faite et fixée dans sa forme avant la naissance, on
peut se demander comment admettre une relation entre des diffor¬
mités dentaires qui ont préexisté à la naissance et des pelades
graves débutant sur un sujet de 15 à 18 ans d’âge ou même plus,
pouvant, il est vrai, être précédées par des atteintes de pelade
bénigne à 4, 6 et 12 ans. Le fait est indéniable; il existe, chez un
très grand nombre de péladiques, des altérations morphologiques,
tératologiques des dents.
Chez les grands péladiques, on peut trouver tous les cas possibles
de difformités dentaires ; mais on en rencontre surtout quatre types
génériques, particulièrement fréquents : le premier, caractérisé par
l’éminence mamillaire de la face' interne des grosses molaires supé¬
rieures (tubercule de Carabelli) ; le second, par des érosions en
cannelures ou en cupules,' à la face externe du bord libre des
incisives : le troisième, par la forme des incisives en tournevis, et
par les molaires à cuspides mamelonnaires et rocheuses ; le qua¬
trième, par le microdontisme et l’amorphisme dentaire, en même
temps que par l’insuffisante émergence des dents molaires.
Ces faits démontrent : 1° que, dans un grand nombre de cas,
les pelades sont en réalité des maladies de toutes les phanères :
cheveux, poils, ongles et dents; 2“ qu’il s’agit dans ces cas, d’un
trouble tératologique initial qui se manifeste à la chevelure par des
alternatives de chute et de repousse de cheveu, mais en somme par
un manque d’équilibre permanent de la chevelure, comme les réci¬
dives le prouvent, et cet état dystrophique originel est souligné par
une difformité initiale, restée permanente, du système dentaire.
Sabouraud a dit précédemment que ces altérations de la morpho¬
logie dentaire devaient être toutes ou presque toutes, rattachées à
la syphilis héréditaire. Les unes appartiennent déjà, les autres
doivent appartenir désormais, au cortège 'symptomatique de
l’hérédo-syphilis.
Le très intéressant article se termine par la discussion de la ques¬
tion de savoir si les dents qui n’ont pas évolué suivant leur ordre,
leur- nombre et leur forme normale, permettent, toutes et toujours,
d’affirmer l’hérédité spécifique. Il n’est pas encore permis de
conclure formellement à l’hérédité syphilitique de tous les grands
péladiques; mais cette hérédité est très souvent accusée par la
dentition et vérifiée par la séro-réaction.
Il faut reconnaître que le moment n’est pas encore venu de con¬
sidérer toute pelade comme syphilitique. 11 y a des séries de pelade
454
REVUE DES JOURNAUX
héréditaire et familiale portant sur trois ou quatre générations»
auxquelles la syphilis ne paraît avoir aucune part. Il y a bien,
semMe-t-il, des cas de pelades liés à des traumatismes locaux ou
voisins. Il y a des cas de pelade accompagnant divers troubles de la
ménopause chez la femme. Enfin, il y a des cas de pelade liés au
goitre exophtalmique, à l’hypothyroidisme, etc., et peut-être ces
cas, eux aussi, sont-ils sans rapports directs ou indirects avec la
syphilis. F. -H. Renaut.
Deuxième campagne d'expérimentation de la méthode d'Hérelle au
Maroc contre Schistocerca peregrina (Olivier) mars- juillet I 915, par
H. Velu, vétérinaire aide-major de 1'“ classe, chef du Laboratoire
de recherches du Service de l’élevage à Casablanca {Annales de
l'Institut Pasteur, 1917, p. 277).
La campagne d’expérimentation du procédé d’Hérelle contre
Schistocerca peregrina, au Maroc, en 1915, avait démontré que les
conditions de réussite tiennent surtout à l’époque à laquelle ont
lieu les contaminations. Le moment le plus favorable est celui où les
criquets vivent en masses compactes, se déplacent lentement, et où
l'acridiophagie, principal facteur de contaminalion, est portée à son
degré maximum.
La deuxième campagne a permis de faire umcertain nombre d’obser¬
vations intéressantes. En ce qui concerne la marche de l’invasion, les
premiers vols de sauterelles ont été signalés en novembre et en
décembre 1915 dans la région du Sous et aux environs d’Agadir. En
janvier et en février 1916, l’invasion ste fait plus lentement vers le
Nord, contrariée qu’elle est par les mauvaises conditions climaté¬
riques, et finit par envahir la Chaouia. Les premières éclosions
n’ont lieu qu’au début d’avril au nord-ouest de Sali. Les premières
pontes opt été complètement détruites par les pluies. Au mois de
mai les sauterelles arrivent à Meknès. Dans le courant de juillet
tout est fini, les vols de 2' génération sont partis vers le Sud.
De décembre à janvier on observe, sur de nombreux points du
Maroc, une mortalité notable sur les premiers vols, avec diarrhée
noire. Les cadavres sont assez nombreux à Casablanca. Ils sont pro¬
fondément infectés .puisqu’on trouve un coccobacille en culture
presque pure dans la sérosité musculaire des pattes de 19 p. 100 des
insectes.
Inoculé à 20 sauterelles d’apparence saine, ce coccobacille très
fin, allongé en bâtonnet, provoque l’apparition de la diarrhée en
7 heures et la mort en 14 heures. Sous l’influence de la cavité et de
l’accumulation, la maladie devient excessivement grave et meur¬
trière. Successivement, tous les vols sont contaminés et l’infection
semble évoluer surtout à la faveur des conditions climatériques
défavorables. La mortalité est si accusée que le fait frappe les indi¬
gènes.
Cette infestation des vols se traduit par deux conséquences impor-
REVUE DES JOURNAUX
45a
tantes ; 1“ il est absolument impossible d'exalter la virulence des
coccobacilles d’Hérelle, conservée in vitro depuis le mois de juillet
1915, en se servant de sauterelles, car toutes les tentatives abou¬
tissent à des échecs complets •,2“ les criquets qui naissent au mpment
du passage des (vols [contaminés sont contaminés eux-mémes, et la
mortalité est surtout accusée pendant les périodes de mauvais
temps.
Jusqu’au mois de mai on n’a pas pu obtenir'le matériel virulent
nécessaire, par suite de l’existence de la maladie autochtone
ddns les vols de sauterelles et les bandes de criquets. A partir de
celte époque, l'exaltation de la virulence s'est faite d’une façon
normale. Les pulvérisations ont été pratiquées dans la région de
Sali et en Chaouia. La quantité de bacilles pulvérisée a été de’
1.600 litres. On s’est toujours servi de bacilles jeunes, de 24 à
36 heures, tuant en 6 heures par inoculation au laboratoire.
Les différentes observations relevées et les résultats obtenus
répondent à trois stades de développement des acridiens : 1“ conta¬
mination de criquets jeunes au 3® stade (12 jours environ); 2“ con¬
tamination de criquets au' 4“ stade (12 à 20 jours) ; contamination
de criquets aux 5' et 6' stades (plus de 20 jours).
Des faits observés pendant la campagne de 1916, on peut tirer
quelques conclusions. Il existe, sur les vols d’invasion, des épizoo¬
ties d’entérite contagieuse provoquée par un coccobacille du même
groupe que le bacille d’Hérelle. La gravité de ces épizooties est
variable. Elles empêchent l’exaltation de la virulence du coccoba¬
cille d’Hérelle in vitro. Les criquets qui naissent au moment des
vols contaminés sont infectés par les cadavres.
Le Sehistocerca peregrina Olivier est nettement sensible au bacille
d’Hérelle, à tous les stades de son évolution ; mais, comme la con¬
tamination résulte presque uniquement de l’acridiopbagie, les épi¬
zooties provoquées donnent des résultats d’autant plus nets que les
malades sont plus aisément dévorés par leurs voisins.
- Le moment le plus favorable pour les pulvérisations est la fin du
troisième stade. Dès le quatrième stade', la propagation de l’infec¬
tion est beaucoup moins certaine.
Les conditions d’application du procédé d’Hérelle réclament une
précision si difficile à obtenir qu’on ne peut, jusqu’à nouvel ordre,
le considérer coipme pouvant suffire, à lui seul, à la solution inté¬
grale du difficile problème de la lutte antiacridienne. Mais, par
contre, on ne peut contester que son efficacité, lorsqu’elle est
obtenue, ne le rende pas nettement supérieur à toutes les méthodes
en raison même de son économie plus grande. Sans songer à renon¬
cer à aucun des moyens de défense employés jusqu’ici, il convient
de chercher à tirer de la méthode biologique le plus grand et’
le plus sûr parti. Enfin, comme il a été observé que les vols d’inva¬
sion offraient une mortalité notable et contaminaient les taches de
456. REVEE DES JOURNAL'X
criquets, il convient d’infester les vols lors de leur arrivée dans le
Sud, à Agadir, et plus loin même si la chose est possible.
F.-H. IVenaut.
Sur une épidémie de dysenterie bacillaire observée dons la région de
la Somme, par G. LoYnuB et J. Haguenau, médecins d’un laboratoire
de bactériologie aux armées {La, Presse Médicale, 1917, p. 421).
Les auteurs ont pu observer une épidémie assez importante de
dysenterie bacillaire au nord de la Somme, du 10 août au 10 no¬
vembre 1916; malgré les évacuations bûtives, imposées par les opé¬
rations militaires du moment, ils ont porté leurs recherches, dans
les formations d’étapes d’une, armée, sur 449 malades.
Cette épidémie s’est présentée avec la physionomie générale
' d’une épidémie de dysenterie bacillkire pure, comme il résulte de
la courbe de morbidité rapide à la fois dans son extension et d'ans
sa. décroissance, des caractères cliniques, des cas de contagion hos-
pi{alière, des résultats favorables de la sérothérapie, enfin des con¬
statations nécropsiques qui ont pu être faites dans 6 cas sur 8 décès.
Au cours de cette explosion épidémique, il e.'t arrivé de rencon¬
trer l’amibe dysentérique dans 9 cas; 3 fois il s’agissait de dysen¬
terie amibienne autochtone, dans 6 autres cas de récidive dysenté¬
rique cbèz d’anciens coloniaux; une fois seulement, l’existence
d’association amibo-bacillaire fut notée. '
Les examens ont presque constamment concerné des cas aigus et
des caractères dysentériques; les cas chroniques ont été excep¬
tionnels. Presque toujours, il s’agissait d’une première atteinte. La
plupart des malades provenaient de deux foyers limités au nord du
secteur, où la densité des troupes avait été particulièrement accrue ;
la région sud, occupée par les troupes coloniales dans un secteur
calme, ne fournissait que des cas exceptionnels et ne participait pas
à l’épidémie.
L’identification des germes effectuée, après isolement sur gélose
lactosée et tournesolée : 1“ par les caractères de cultures; 2° par
l’agglutination avec des sérums expérimentaux provenant de l’In¬
stitut Pasteur; 3° par l’étude de l’action pathogène sur le cobaye et
le lapin, a donné les résultats suivants ; isolement du bacille de
Shiga dans 36 cas, de Flexner dans 5 cas, de Hiss dans 20 cas; dans
tous les cas, il s’agissait de germes absolument typiques, donnant
correctement tous les caractères.
Le séro-diagnostic a été i-echerché chez 325 malades et aussi sou¬
vent que possible, à diverges reprises, chez chacun d’eux, en utili¬
sant toujours le procédé macroscopique. Les émulsions micro¬
biennes étaient ides émulsions de culture en gélose de 18 heures
dans l’eau physiologique, diluées de façon à produire l’opalescence
du vaccin antitypho'idique chauffé. La lecture, extrêmement facile
et ne prêtant dans aucun cas à la discussion, était faite après un
séjour de 6 heures à l’étuve à 37°. Le taux limite a toujours été
recherché, en ne faisant état que des agglutinations atteignant ou
BEVUE DES JOURNAUX
457
dépassant i/30 pour le bacille de Shiga, 1/200 pour le bacille de
Flexner. Sur les 325 malades, soumis au séro-diagnostic, 175 ont
donné une réaction' positive au bacille de Shiga, de 1/30 à 1/500;
15 seuleménl au bacille de Flexner de 1/200 à 1/400.
La comparaison des résultats fournis à la fois par l'identification
directe et par le séro-diagnostic, dans les cas où ces deux recherches
ont été faites simultanément, montre la fréquence des agglutina¬
tions positives'au bacille de Shiga.
Un point intéressant à noter est la relation entre la gravité cli¬
nique et le résultat de l’exàmen bactériologique. La fréquence des
cas graves et la mortalité ont été, en effet, en rapport direct surtout
avec la prédominance du bacille de Shiga, avec l’existence, dans
quelques cas, d’association du bacille dysentérique et d’un bacille
paralyphique. L’eiistence d’association typho-dysentérique dans
7 cas s’explique par la recrudescence, pendant cette période d’août-
novembre, des infections du groupe typhoïde qui ont présenté
d’ailleurs les mêmes foyers d’expansion.
En résumé, les faits observ,és au cours de cette, épidémie semblent
de nature à restituer au bacille de Shiga l’importance que tendrait
à lui faire perdre la description indéfinie de nouveaux bacilles para-
dysentériques, bacilles qui se comportent généralement, à part
quelques caractères secondaires, comme les bacilles du groupe
Flexner-Hiss. F. -H. Renact.
RicercTie intorno allacurva del lavoro mentale, D‘' T. Scelda-Sandesky
(Annali d'igiene, 1917, p. 417).
Une bonne définition du travail mental semble difficile à donner.
Les définitions que citp l’auteur (Délia Valle, Henri et Binet, Santé
de Sanctis), essor de l’activité psychique, travail de, l’écolier pendant
l’enseignement du maître et durant l’étude personnelle, application
disciplinée des opérations mentales, ne donnent pas satisfaction
pour concevoir l’explication sommaire de la mise en œuvre des
facultés intellectuelles.
Il y a lieu aussi de distinguer le travail de la fatigue dans le
domaine mental; le travail ne doit pas être un effort pénible, c’est
un phénomène normal; la fatigué, au contraire, est une manifesta¬
tion pathologique, causée par un processus d’usure. Le travail est
une fonction dynamique, positive; la fatigue est engendrée par la
continuité exagérée de cette fonction, aboutissant à un résultat
négatif et douloureux.
Les recherches scientifiques sur le travail mental ont été nom¬
breuses au laboratoire de psychologie expérimentale de l’Université
de Rome, dirigé par le professeur Santé de Sanctis; des procédés,
analogues à ceux employés pour l’étude du travail musculaire,
permirent d’établir des courbes par la notation des indications
fournies par la force njanuelle au dynamomètre, l’écart de la sensi¬
bilité tactile, le pouls, la respiration, avant et pendant le travail
43»
REVUE DES JOURNAUX
mental, exécuté par des enfants d’une dizaine d’années, provenant
des écoles communales.
Le travail mental consistait en lecture à haute voix au tableau et
en opérations d’arithmétique très élémentaire. Les mots figurés sur
des cartons étaient rangés par série de 25, à trois syllabes, dont la
dernière était remplacée par un trait; les mots avaient environ
2 cent. 1/2 de longueur et les caractères 5 millimètres de hauteur;
c’étaient alternativement des substantifs, des verbes, des adjectifs.
Les conditions de ce travail mental exigeaient des séances prépa¬
ratoires aün d’adapter convenablement les enfants au résultat
cherché dans le calme, le silence et la plus parfaite tranquillité
d’esprit, sans émotion ni distraction pendant différents laps de temps
atteignant la durée d’une heure; les d'ivlsions de la courbe étant
faites par cinq minutes.
Les courbes obtenues par la lecture de mots à compléter montrent
le type ascendant; au contraire, celles de l’addition de iO nombres
à 3 chiffres, sans employer les chiffres bas 1, 2, 3, ont le type descen¬
dant; les premières indiquent par conséquent une attention sou¬
tenue, tandis que les secondes décèlent la progression de la lassi¬
tude. . F.-H. Ren.\dt.
Les cardiaques du front en 1917, par Ch. Aubertlv, médecin des
hôpitaux de Paris, chef du service de cardiologie d’une armée [La
Presse JUédicafe, 1917, p. 451). ' ■
Depuis le début des hostilités, on évacue journellement du front
un grand nombre d’hommes présentant des troubles cardiaques. Il
semblerait que les cardiaques organiques aient dû être peu à peu
éliminés de l’armée combattante. Il en reste pourtant au front un
nombre assez appréciable.
Dans le service de cardiologie dont l’auteur est le chef, le mouve¬
ment des entrées est, en moyenne, de 1 malade par jour. On peut
assez exactement se rendre compte des troubles cardiaques présentés
par les combattants et qui sont, les uns antérieurs à la guerre, les
autres produits par la guerre sur un terrain prédisposé, au moyen
de la statistique suivante.
Parmi les 100 derniers malades du service armé, on note 12 lésions
mitrales, 35 lésions aortiques, 28 tachycardies sans lésions, 5 aryth¬
mies et 20 troubles cardiaques divers fonctionnels constatés. En
outre, 12 non-cardiaques et 9 faux cardiaques avaient été mis en
observation.
Les faux cardiaques sont des sujets sains et robustes, qui se plai¬
gnent du cœur pour se faire évacuer, et chez lesquels on ne trouve
absolument aucun symptôme^ pas même la petite tachycardie émo¬
tive si fréquente chez les soldals.examinés.
Les non-cardiaques sont indemnes de cardiopathie. Le plus sou¬
vent, ce sont des soldats des jeunes classes, fatigués, pâles et réel¬
lement anémiques, présentant des palpijafions, parfois un léger
REVUE DES JOURNAUX
souffle. D’aulres, plus âgés, sont des hommes surmenés, amaigris,
considérés, de par leur aspect, comme atteints de cardiopathies arté¬
rielles, mais ne. présentant pas de symptômes cironlatoires. D’antres
sont des alcooliques avec tachycardie et tremblement, ou encore
des tuberculeux au début avec éréthisme ^cardiaque et pâleur.
L’insuffisance mitrale, d’un diagnostic aisé, produisant des symp¬
tômes fonctionnels marqués, est actuellement assez rare parmi les
combattants, parce qu’elle est souvent mal compensée. Le rétrécis¬
sement mitral pur est également très peu fréqpent chez les soldats
du froilt, car la dyspnée, et surtout la tachycardie, ont depuis long¬
temps attiré l’attention sur le cœur. Pourtant quatre fantassins,
porteurs de cette lésion, avaient pu faire jusqu’alors toute la cam¬
pagne.
Lors de la guerre de mouvement, après Ip bataille de la Marne,
l'altentiou avait été attirée sur l’aptitude militaire de certains car¬
diaques, atteints d’insuffisance aortique, qui avaient combattu sans
inconvénients. Depuis lors, on a cité de nombreux exemples de résis¬
tance à la fatigue chez ces malades; mais on a continué, avec juste
raison d’ailleurs, de les éliminer de l’armée combattante.
La plupart des cardiaques organiques qui sont encore, actuel¬
lement aux armées sont porteurs de souffles systoliques aortiques.
Pour un petit nombre, 5 sur 30 cas de la série envisagée, il s’agit
d’un souffle très intense et très étendu, d’un diagnostic évident.
Pour d’autres, 25 sur 30, la difficulté du diagnostic et de la décision
à prendre est plus grande à cause d’un petit souffle qui peut faci¬
lement être méconnu. 11 s’agit probablement alors, soit d’aortite
pariétale, soit plutôt'de valvulite légère de l’orifice. La plupart du
temps, cette lésion aortique semble bien tolérée : sui* 25 malades,
16 appartenaient à l’infanterie, et la plupart, au front depuis le
début, n’avaient jamais été évacués. Ces hommes sont à proposer
pour le service auxiliaire ou pour des enlplois peu pénibles du ser-
vice'armé.
A côté_des troubles organiques, aggravés par la guerre, se placent
les troubles fonctionnels dont on peut dire qu’ils sont, en majeure
partie, produits par la guerre; ils sont nombreux et atteignent la
moitié des malades observés; les plus fréquents sont la tachycardie
et l’arythmie extra-systolique.
En somme, il existe encore actuellement au front un certain
nombre de cardiaques organiques; mais presque tous sont des
sujets porteurs d’un petit souffle systolique aortique, qui généra¬
lement a passé inaperçu, mais qui se traduit parfois, à l’occasion des
grandes fatigues, par des crises de tachycardie. Les autres cardiaques
valvulaires sont très peu nombreux.
Quant aux faux cardiaques, ils semblent aussi rares parmi les'
combattants qu’ils sont fréquents parmi les mobilisés sédentaires
de l’intérieur, et c'est là une constatation qui est tout à l’honneur des
premiers. F. -H. Renaot.
BEVUE DES JOURNAUX
Contribution à fessai toxicologique des eaux de boisson en cam¬
pagne, par M. Marcel Benoist, pharmacien -aide-majorjde 1” classe,
licencié ès sciences, ex-interne lauréat des hôpitaux 3e Paris [Jour¬
nal de Pharmacie et de Chimie, 1917, p. 149).
La guerre, à l’heure actuelle, s’accompagne, chez l’adversaire, de
pratiques que la civilisation moderne ne laissait pas prévoir. C’est
ainsi qu’il faut s’attendre aujourd’hui à trouver des poisons miné¬
raux ou organiques dans les puits et les sources, où les soldats sont
appelés, au fur et à mesure de l’avance, à venir puiser l’eau des¬
tinée à leur alimentation. '
Diverses méthodes ont été indiquées pour dépister ces sub¬
stances toxiques dans les eaux de boisson; malgré leur précision,
elles ont l'inconvénient d’exiger ùn laboratoire de tout l’epos, bien
installé à l’arrière, d’être ùn peu longues et de rechercher des
substances, qui ne se trouvent jamais dans les eaux du front. ^
Les conditions particulières dans lesquelles l’auteur s’est trouvé
l’ont amené à rechercher un dispositif spécial, qu'en raison de la
pauvreté des ressources locales il n’a pu constituer qu’avec des
moyens , de fortune assez rudimentaires. Il faut d'abord procéder
à une sélection des points d’eau susceptibles d’être empoisonnés
et aussi des poisons qui pourraient être employés.
L’empoisonuenient d’une rivière, mê'me à cours ralenti, est prati¬
quement irréalisable. Les recherches devront surtout porter sur les
puits et citernes des villages récemment occupés par les troupes.
Mais encore il convient de restreindre les analyses à effectuer, car
il a été permis de constater que, d’une part, les pompes en bon
état, forées sur une nappe plus ou moins profonde, offraient peu
de chance d’être contaminées et, d'autre part, que la liste des
toxiques, susceptibles d’être employés par l’ennemi, n’est pas
longue.
Parmi les toxiques minéraux, on peut placer au premier rang
l’anhydride arsénieux, dont 0 gr. 20 est suffisamment soluble dans
l’eau; puis viennent le sublimé et le cyanure mercurique, égale¬
ment solubles dans l’eau commune et toxiques à la dose de O gr. 05
à 0 gr. 25, suivant les individus ; à citer encore le cyanure de
potassium.
Les toxiques organiques seront dus, dans les cas les plus fré¬
quents, aux cadavres. Il y aura lieu de rechercher les alcaloïdes,
quelque improbable que paaraisse ce mode d’empoisonnement.
Il fallait réunir sous un faible volume, dans un emballage aisé¬
ment transportable, les ré’actifs nécessaires pour déceler sur place
et très rapidement tout empoisonnement d’une eau livrée à la
consommation. Ce dispositif fut facilement constitué à l’aide d’une
vieille cave à liqueur trouvée dans une maison abandonnée et
transformée en boîte d’analyse, dont les réactifs et le matériel sont
minutieusement décrits et où figure le tableau des analyses à
effectuer.
REVUE. DES JOURNAUX
461
Cette méthode a permis, dans des conditions très défectueuses,
sans table nijgoint d’appui, de faire l’essai toxicologique d’une eau,
sur place, en 'une heure au maximum, dans une localité, quatre
jours après l’occupation, où aucune des pompes existantes n’avait
été empoisonnée chimiquement par les Allemands. Mêmes résultats
dans un autre village, dont une partie était encore entre les mains
de l’ennemi.
Les analyses effectuées avec ce matériel restreint et dans de mau¬
vaises conditions de tranquillité concordent assez exactement avec
celles faites dans le confort relatif du laboratoire de toxicologie,
installé à quatre kilomètres en arrière. D’autre, part, la rapidité
avec laquelle les résultats ont été connus a facilité la communica¬
tion par téléphone au Commandement et au Service de Santé.
11 est certain que le poids du dispositif pourrait être facilement
réduit et que la caisse pourrait être remplacée par une boîte d’alu¬
minium. Cerlaines méthodes analytiques pourraient être simpli¬
fiées; mais l’auteur a eu l’ingéniosité, pour parer au plus pressé,
d’utiliser avantageusement les faibles ressources qu’il avait à sa
disposition. F. -H. Rbnaut.
L'alcool solidifié et ses usages en chirurgie de guerre, par le
D'' Th. Nogier, professeur agrégé de phys'ique médicale à la Faculté
de Lyon (La Presse Médicale, 1917, p. 426).
L’alcool solidifié est eu réalité une sorte de savon un peu spécial,
à base d’alcool. Liquide à la température de 50®, il devient solide à
1^ température ordinaire et forme une substance de consistance
pâteuse. Il est très employé l’hiver dans les tranchées; il suffit, en
effet, de mettre une allumette au contact de cette substance pour la
voii’x s’enflammer et brûler avec la flamme d’alcool, très chaude
quoique peu éclairante.
Mais ce produit, très estimé par les soldats pour les services qu’il
leur rend, n’a pas reçu en chirurgie de l’avant et même de l’arrière
les applications qu’il mérite. L’alcool solidifié jouit des doubles
propriétés de l’alcool et du savon, renforcées par leur union en pro¬
portions convenables, et il peutêtre éminemment utile au chirurgien
sous plusieurs rapports, outre l’obtention rapide de l’eau bouillie,
ou simplement chaude.
Il dissout très facilement les substances grasses et décape la peau
sans l’altérer, en constituant un procédé de nettoyage rapide, simple
et incomparablement efficace, même pour des souillures de graisse
et de cambouis.
Pour les instruments, il suffit, pour les nettoyer après une inter¬
vention, de les mettre dans le fond d’un plat, d’ajouter quèlques
fragments d’alcool solidifié et ùne petite quantité d’eau. En les bras¬
sant â la main ou en les frottant' avec un gros pinceau, on les a vite
débarrassés du sang ou du pus. Il n’y a plus qu’à les rincer et à les
faire bouillir.
REVUE DES JOURNAUX
Pour le champ opératoire enfla, l’alcool solidiflé est supérieur à
tout autre procédé. Très rapidement, par simple friction de la main,
il rend aseptiques les téguments les plus souillés; il jouit du très
grand avantage de n’être pas irritant, ni caustique comme la tein¬
ture dHode. En résumé, à ces différents titres, il mérite d’être
utilisé dans tous les services, chirurgicaux del’armée.
Pour devenir pratique, ce procédé ne doit pas être coûteux. La
formule de préparation suivante peut permettre à tout le monde
d’obtenir un excellent produit. On prend 500 cent, cubes d’alcool à
brûler, que l’on place dans un ballon de verre de 1 litre. On y ajoute
150 grammes de savon de Marseille, sec et râpé, puis 12 grammes
de gomme laque en paillettes, et on agite. On fait chauffer au bain-
marie, eu communiquant fréquemment au ballon des mouvements
de rotation; la solution rapide du savon et de la gomme laque donne
un liquide brun foucé; on le coule dans des bottes en fer blanc, et,
par refroidissement, on obtient une substance ayant la consistance
du beurre : c’est l’alcool solidifié, que l’on peut aromatiser, en lais¬
sant tomber préalablement dans le ballon 4 à 5 gouttes d’essence
de lavande, de cannelle ou de géranium; ce qui renforce encore
l’action antiseptique du produit. F.-H. Renaut.
L’air du cuirassé moderne au point de vue bactériologique, par le
D'' Candiotti, médecin de f” classe de la marine {Archives de méde¬
cine navale, 1917, p. 282 et 357).
L’étude de l’air à bord des navires, étude qui semblait s’imposer
depuis que le « marais nautique » avait disparu des cales des bâti¬
ments, n’a guère attiré l’attention des chercheurs. Une raison suffit
à expliquer la rareté des observations sur un sujet dont la biblio¬
graphie peut se résumer en quelques lignes : la difficulté d’avoir, à
bord d’un navire, le matériel nécessaire pour effectuer de pareils
travaux.
Placé dans des conditions tout à fait exceptionnelles, possesseur
de nombreux appareils de laboratoire, l’auteur a voulu apporter sa
contribution à ce chapitre d’hygiène navale en voie d’édification.
Embarqué sur un cuirassé moderne, il amis à profit les longs loisirs
du bord pour prélever des échantillons d’air', et en faire une analyse
quantitative et qualitative au point de vue bactériologique.
Après avoir^ résumé les travaux parus jusqu’à ce jour, il expose
longuement la série des manipulations qu’il fut conduit à effectuer.
Les prélèvements d’air ont été faits par la méthode de Laveran, le
tube étant mis en communication avec un aspirateur à eau. Les
ensemencements ont eu lieu sur plaques de gélatine et de gélose, eu
boites de Pétri, et les numérations ont été poussées aussi loin que
possible.
Les échantillons ont été prélevés, d’abord au-dessus du pont
cuirassé, dans les entreponts, puis dans le caisson cuirassé, poste
des blessés, atelier des machines, poste de la télégraphie sans fil.
REVÜE DES JOURNAUX
463
enfin, sous le caisson cuirassé, machine centrale, plate-forme des
bouilleurs, cambuse principale, chambre des dynamos, rue de
chauffe. La moyenne, par mètre cube, a été de 4.987 germes aérobies
et de 425 moisissures pour les entreponts; de i .700 et de ,433 pour le
caisson cuirassé ; de 1.930 et de 1.957 pourl’étage des grands organes
moteurs.
Les diverses variétés de staphylocoques régnent en prédominance
dans tous les compartiments du navire ; aucune spécialité du bord
n’est à l’abri des furoncles. Les coccus pyogènes sont abondants, ce
qui explique la fréquence de la suppuration des plaies par écra¬
sement. Le colibacille a été rencontré dans la cambuse, mais il doit
être dû à une cause passagère, car l’examen des caisses à ea\i, her¬
métiquement closes et à l’abri de toute souillure, a donné lieu, à
plusieurs reprises, à des résultats négatifs. Le bacille d’Eberth n’a
pas été trouvé. Les inoculations faites aux cobayes n’ont jamais
décelé la présence du bacille de Koch.
La quantité des germes aérobies va en décroissant des étages supé¬
rieurs vers les étages inférieurs'^ du navire, des étages qui sont
constamment peuplés vers ceux qui le sont moins. L’air du navire
est plus pur que celui d’une chambre neuve à Paris. L’air de la mer
ne renferme que de 5 à 43 germes par mètre cube, suivant que le
vent souffle de terre ou du large. Cet zfir si pur balaie les batteries
par des sabords largement ouverts, pénètre dans tes manches à air,
est aspiré par de larges ventilateurs jusque dans les fonds du
bâtiment.
L’emploi du chauffage central permet d’entretenir, durant l’hiver
et dans les pays brumeux, une sécheresse relative dans l’intérieur
du navire. Par de multiples ouvertures, hublots, sabords, coupées,
la lumière pénètre dans les étages supérieurs. Le soin méticuleux
que l’on apporte au nettoyage du bord, les badigeonnages à la
chaux, les lavages quotidièns, contribuent également au maintien
de la pureté de l’air.
Les trois facteurs importants de cette pureté, sécheresse, lumière,
ventilation, se trouvent réunis sur les cuirassés modernes, et suffi¬
sent à expliquer le réconfortant résultat des dénombrements, dont
la. moyenne a été indiquée. F. -H. Re.xaut. ■
Fontaines en ciment armé pour Veau potable javellisée, par M. le
D' Bonnette, médecin militaire [La Presse Médicale, 1917, p. 327).
Depuis quelques années, l'industrie confectionne des cuves en
ciment armé, rendant, particulièrement en Algérie, les plus grands
services pour la fabrication des vjns.
"Frappé des multiples inconvénients présentés, dans les cantonne¬
ments, par les tonneaux destinés à l’eau javellisée, le médecin
principal de Casaubon a eu l’idée de faire exécuter, par la main-
d’œuvre militaire, une série de fontaines en ciment armé, qui
REVUE DES JOURNAUX
164
maintiennent l’eau très fraîche, grâce aux mottes de terre qu’il faut
placer sur leurs faces accessibles.
Des divers modèles essayés, le plus pratique paraît être, celui qui
contient 100 litres pour les cantonnements et 50 litres pour les
tranchées. Ce volume réduit force les hommes à renouveler l’eau
tous les jours, ce qui évite sa stagnation dans ces récipients et la
fermentation des matières organiques, qui se déposent au fond.
Ces fontaines sont carrées, hautes de 60 centimètres et larges
de 5b. L’épaisseur des parois est de 5 centimètres. A l’intérieur, les
angles sont arrondis et le fond est incliné dans les deux sens avec
rigole d’écoulement se terminant par un trou de vidange. La partie
supérieure est perforée d’un large orifice pour le nettoyage et le
remplissage, avec couvercle de bois. Le robinet de prise est disposé
à 3 centimètres au-dessus du plan inférieur. Ces récipients sont
placés sur tubes, à 75 centimètres du sol, pour permettre aux
hommes de remplir leur bidon au robinet.
Sous la direction de quelques spécialistes, la fabrication en série
de cesiontaines est facile avec des moules en bois, qui servent de
matrices pour couler le béton en ciment. L’armature, en forme de
panier métallique en (ils de fer de diamètres différents, est placée
dans le moule, puis noyée dans le ciment, qui exige une quinzaine
de jours pour sa prise. Le prix est bien inférieur à celui des ton¬
neaux.
Ces fontaines en ciment armé, récemment rendues réglementaires,
présentent des avantages qui en font hautement recommander l’em¬
ploi : maintien de la limpidité et de la fraîcheur de l’eau, rinçage
des cuves plus faciles, prix de revient peu élevé. Elles mettront fin
à la mauyaise utilisation des tonneaux qui, généralement, gâtent
l’eau, même javellisée.
F. -H. Re.^aut. ■
VARIÉTÉS
•465
VARIÉTÉS
LE LOGEMENT DES FAMILLES NOMBREUSES
La guerre actuelle aura plus que jamais rendu nécessaire en
notre pays le relèvement de ta natalité.
Mais, pour que celui-ci puisse s’effectuer normalement, il
importé essentiellement d’écarter tous les obstacles pouvant s’op¬
poser à la constitution des familles nombreuses.
Or, dans les conditions habituelles de la vie en notre pays,
— habitation en appartements, au moins dans les villes de quelque
importance, — il est un inconvénient grave dont ont à souffrir trop
fréquemment les familles nombreuses.
Elles ne trouvent point à se loger, non seulement parce que la
nécessité de disposer de grands locaux en raison du nombre de
leurs membres entraîne souvent pour elles des dépenses excessives
et nullement en rapport avec un budget trop souvent insuffisant,
mais encore et surtout parce que, ce premier point écarté, beau¬
coup de propriétaires d’immeubles ne se soucient point de leur
louer. Les enfants nombreux sont réputés gênants et indésirables
dans un immeuble, parce qu’ils sont bruyants et font fuir les autres
locataires et aussi parce qu’ils causent fréquemment des dépré¬
dations.
En vue de remédier à cette situation fâcheuse et, qui, hélas! ne
date pas d’hier, certains efforts ont été tentés, notamment par des
associations privées de bienfaisance comme la Grande famille, des
Sociétés d’habitations à bon marché, des .Municipalités, des Caisses
d’épargne, des établissements d’Assistance publique. De plus, une
loi promulguée en 1912, en créant les Offices publics d’habitations à
bon marché, est venue donner aux élus du département et des
communes des moyens d’intervention efficaces en ce sens, moyens
dont la guerre a malheureusement entravé l’essor.
Les nécessités, cependant, sont aujourd’hui plus pressantes que
jamais.
Aussi, pour y parer dans la mesure du possible, un groupe
important de députés a pensé qu’il y avait lieu de rechercher les
moyens « d’encourager la formation d’associations privées qui
assureraient, avec le concours des communes, des départements et
de l’Etat, la charge de procurer aux iamilles comptant au moins
quatre enfants, un logement d’abord, et autant que possible ensuite,
un logement sain et â bon marché ».
A leur estime, un progrès important serait accompli si notre
législation des habitations à bon marché — qui repose sur la
REV. d’hYG. XL — 30
466
VARIÉTÉS
constitution de sociétés soumises au régime de l’approbation et du
contrôle par l’Etat, et construisant des immeubles destinés à la
location ou la vente à des personnes peu fortunées — se trouvait
modifiée de façon à « faciliter la constitution d’associations simple¬
ment déclarées poursuivant, le même but, mais n’ayant pas comme
les sociétés à réunir au préalable un capital important n.
De telles associations, ''dont les membres paieraient une cotisation
annuelle et assumeraient la charge de la gestion des immeubles,
n’entreprendraient point de construire; elles loueraient elles-
mêmes en totalité et pour de longs baux dés immeubles déjà
édifiés, iiimeübles qu’elles aménageraient et assainiraient en vue •
du logement exclusif des familles nombreuses.
Les locaux ainsi obtenus par les sociétés seraient mis à la- dispo¬
sition des seules familles nombreuses et au prix de revient, les
sociétés ne devant en aucun cas réaliser de bénéfices, ni subir de
pertes.
En vue de permettre la réalisation de semblables sociétés, le
groupe de députés dont nous parlions tout à l’heure et qui com¬
porte des représentants de tous les partis, a déposé récemment sur
le bureau de la Chambre, le -projet de loi suivant qui a été renvoyé
à la Commission d’assurance et de prévoyance sociales ;
Article premier. — Les associations déclarées ayant pour objet
d’assurer un logement salubre et à bon marché aux familles de plus
de trois enfants de moins de seize ans sont habilitées à louer par
baux d’une durée ne pouvant dépasser trente années, à aménager,
assainir et à gérer tous immeubles existants destinés exclusivement
au logement de ces familles, pourvu que les valeurs locatives
desdits logements ne dépassent pas les taux maxima déterminés
par l’article 5 de la loi du 12 avril 1906.
Art. 2. — Ces associations pourront recevoir des communes des
avances sans intérêt remboursjables par annuités réparties sur une
durée égale à la durée des locations d’immeubles qu’elles auront
effectuées. Ces avances ne pourront excéder le montant de la
valeur locative de l’immeuble, telle qu’elle est déterminée pour la
perception de l’impôt foncier.
Art. 3. — Ces associations recevront de l’Etat une subvention
annuelle de 10 francs par enfant de moins- de seize ans logé dans
leurs immeubles. Les départements et , les communes devront
allouer auxdites associations une subvention égale à la moitié de
celle attribuée par l’Etat. Le montant de ces subventions devra être
imputé en totalité en dégrèvement sur les loyers des familles
auxquelles appartiennent ces enfants.
Art. 4. — Ces associations ne devront réaliser aucun bénéfice,
et ne pourront constituer de fonds de réserve qu’à l’aide des seules
cotisations de leurs membres.
Quand un exercice clos aura révélé l’existence d’un actif supé-
■ VARIÉTÉS
467
rieur à 5 p. 100 du moulant des valeurs locatives des immeubles
qu’elles auront loués, elles devront imputer ce bénéfice en dégrè¬
vement sur les loyers de l’année suivante au prorata du nombre
des enfants de leurs locataires.
Art- 5. — Les opérations de ces associations seront soumises au
contrôle du ministre du Travail et de la Prévoyance sociale.
Celui-ci déterminera par un arrêté les formes dans lesquelles
s’exercera ce contrôle.
Encore que ce projet de loi ne réponde pas complètement, à
beaucoup près, à toutes les données du problème à solutionner, il
n’est pas douteux, cependant, qu’il apportera dans une mesure
appréciable une amélioration à la situation actuelle. Aussi con¬
vient-il de souhaiter, qu’il revienne bientôt devant le Parlement et y
soit accueilli avec faveur.
Dr G. V.
CRÉATION DE CHAIRES DE CLINIQUE DE LA TUBERCULOSE
DANS LES F.iCULTÉS DE MÉDECINE
Il y a peu de temps, là Chambre renvoyait à la Commission de
l’Enseignement et des beaux-arts la proposition de loi suivante
(iéposée sur son bureau par un grand nombre de députés :
Article premier. — Une chaire de « clinique de la tuberculose et
de prophylaxie sociale » est créée dans les Facultés de médecine.
Art. 2. — L’enseignement de cette chaire aura comme but essen¬
tiel d’initier les étudiants à la clinique de la tuberculose, au fonc¬
tionnement des lois et des institutions de prophylaxie sociale (sana¬
toriums, dispensaires, etc.), et de former des médecins spécialistes
aptes à assurer ce fonctionnement.
Art. 3. ^ Chaque année, en dehors de l’enseignement régulier
destiné aux étudiants, des leçons spéciales (avec démonstrations
pratiques, travaux de laboratoire) seront réservées aux médecins
praticiens qui désireraient se perfectionner dans l’étude de la tuber¬
culose.
Art. 4. — Un certificat de scolarité sanctionnera l’assiduité au
cours de perfectionnement et aux leçons réservées aux praticiens.
Nul projet de loi ne pouvait arriver davantage à son heure.
C’est que la tuberculose, qui avant la guerre constituait déjà pour
notre pays un péril des plus redoutables, a pris depuis, et justement
de son fait même, une extension considérable.
Et c'est du reste ce que constatent excellemment dans leur
« exposé des motifs » les auteurs du projet de loi.
VARIÉTÉS
« Quatre années de guerre, écrivent-ils, ont gravement modifié
le milieu social, où les causes de tuberculose ont augmenté dans
d’énormes proportions; surmenage, travail excessif des hommes et
des femmes, alimentation médiocre ou insuffisante, encombrement
de certaines villes, logis infects, ce sont les causes essentielles aux¬
quelles viennent s!en ajouter d’autres complémentaires.
« On connaît le régime désastreux auquel sont soumis nos
malheureuses populations des départements envahis et les prison¬
niers français en Allemagne. L’ennemi a pris à tâche de diminuer
la vitalité française ; tout lui est pi'étexte pour aboutir, à commen¬
cer par le rationnement alimenlaire qui s’applique d’abord à nos
compatriotes; là plupart d’entre eux manqueraient totalemept de
nourriture sans les envois de France, et de ces provisions l’Alle¬
magne prend souvent la plus large part. C’est l’affirmation de la
doctrine kaiseriste et pangermaniste soutenue ouvertement : sup¬
primer le plus de Français possible et par tous les moyens.
« 11 revient d’Allemagne un nombre considérable de tuberculeux
militaires et civils. En outre, depuis le, début de la guerre, le
nombre des réformés pour tuberculose est considérable; la popu¬
lation de l’intérieur, négligée, sans soins efficaces, est physique¬
ment très éprouvée. »
Donc, la nécessité de combattre activement la tuberculose s’im¬
pose impérieusement.
Mais comment entreprendre cette lutte? Jusqu’ici nous étions
dans l’impossibilité de le faire de façon sérieuse, constatent encore
les auteurs du projet de loi qui écrivent : « Notre armement anti¬
tuberculeux, à la veille de la guerre, était à peine esquissé; nous ne
possédions pas le personnel et les moyens matériels indispensables,
le cadre légal était insuffisant. La loi de 1902 n’oblige pas à la décla¬
ration, et partant toutes les mesures efficaces disparaissent : l’assai¬
nissement des logis, leur, désinfection, stérilisation de linges souil¬
lés, meilleure alimentalion. »
Devant la nécessité pressante, le législateur se vit ainsi conduit à
prendre certaines mesures.
Tout d’abord, dès le 2 avril 191S, la Chambre adoptait une pro¬
position de résolution ainsi conçue, présentée par le D'' iLorimy au
nom de la Commission de l’armée :
« La Chambre invite le Gouvernement à prendre les mesures
nécessaires pour qu’avant leur renvoi dans leurs foyers, les mili¬
taires susceptibles d’être réformés en tant que semeurs de germes,
c’est-à-dire atteints de localisations tuberculeuses ouvertes (princir
paiement de localisations tuberculeuses de l’appareil respiratoire),
reçoivent des soins suffisants, d’abord pour parer aux accidents
immédiats de leur maladie et ensuite pour leur donnerîune éduca¬
tion antituberculeuse assurant la sécurité de leur famille.
Quelques mois plus tard, le 18 octobre, sur la proposition de
M. André Honnorat, le Parlement complétait cette première mesure
VARIÉTÉS
en votant l’amendenient suivant au cahier de crédits relatifs ai^x six
derniers douzièmes de l’exercice 1913 : « Il est ouvert au ministère
de l’Intérieur > un crédit provisoire de 3 millions de francs pour
subvenir aux dépenses relatives aux soins à donner aux soldats en
instance de réforme ou réformés.
« Ce crédit se confondra avec celui qui sera accordé pour l’année
entière par la loi de finances de 1915. »
Puis ce fut la loi du 15 avril 1916 instituant des dispensaires
d’hygiène sociale et de préservation antituberculeuse, loi qui doit
se compléter prochainement par un nouveau texte légal prévoyant
, l’adjonction au dispensaire d’un complément nécessaire, le sanato¬
rium ; et ce fut encore la création du Comité national d’assistance
aux anciens militaires tuberculeux, Comité dont l’activité s’est
manifestée dans la France entièrè\par l’entremise des comités dépar¬
tementaux, etc.
Cependant, toutes ces organisations, pour judicieuses qu’elles
soient, ne sauraient donner tout le profit qu’on est en droit d’at¬
tendre d’elles qu’autant qu’elles seront dirigées par des médecins
instruits et convaincus du rôle éminent qu’ils sont appelés à rem¬
plir. Aussi est-ce très justement que les auteurs de la proposition
de Iqi précisent ce que doit être le médecin mis à la tète de ces
organismes de la lutte antituberculeuse :
^ <t II ne suffit pas que les médecins possèdent la technique de la
tuberculose pulmonaire, connaissent les formes de son évolution,
sachent conduire le traitement des malades : un dispensaire qui
serait réduit à une consultation médicale, même savamment et
cpnsciencieusement faite, ne serait pas un dispensaire; un sanato¬
rium où l’on soignerait les malades comme dans une maison de
santé commune ne serait pas un sanatorium. Le médecin direc¬
teur de tels-établissements ne doit pas ignorer l’aspect social de la
maladie tuberculeuse, non plus que les « propriétés thérapeutiques
sociales » de ces agents que l’on nomme le dispensaire et le sana¬
torium.
« La diversité et la particularité des problèmes que posent l’étude
et la pratique de la tuberculose comme de la lutte antitubercu¬
leuse font de celles-ci une vérilable spécialité de la science comme
de la profession médicale et, pour aucune autre spécialité, la réu¬
nion des connaissances de prophylaxie sociale et des connaissances
de médecine individuelle n’est aussi indispensable au praticien. >>
Mais ces qualités et ces connaissances si nécessaires, qualités et
connaissances qui devraient appartenir à tout médecin, dans l’état
actuel de notre enseignement de la médecine, fort peu d’étudiants
sont à même de les acquérir convenablement.
Les maîtres les plus éminents le constatent en termes formels,
tel M. le professeur Joseph Teissier (de Lyon), qui disait dans sa
leçon de rentrée du trimestre d’hiver 1912-1913 : « Beaucoup d’élèves
entrent dans la vie pratique avec de regrettables lacunes. Combien
470
VARIÉTÉS
terminent leur scolarité sans avoir jamais préparé et, avouons-le,
sans même avoir vu des bacilles de Koch ! >>
Aussi est-ce très à bon droit qu’après avoir enregistré cè témoi¬
gnage autorisé, les auteurs du projet de loi ajoutent : « Dans les
cours théoriques de pathologie, la tuberculose n’est traitée que
comme un chapitre des maladies du poumon et de quelques autres
organes. Peu importent d’ailleurs les causes, le fait ne géra sérieu¬
sement contesté par personne : l’étudiant, à l’hôpital, s’arrête peu
devant Ife lit des tuberculeux ; aux cours des Facultés, la tuberculose
occupe une place aussi modeste qu’est débordante celle qu’elle se
taille dans la société humaine d’aujourd’hui. Et, pour ne prendre
qu’un exemple particulier, mais typique, l’enseignement méthodique
de l’auscultation n’est pas organisé; celui de la radiologie n’est
même pas prévu : les techniques de laboratoire ne sont pas reliées
aux techniques(cliniques.
« Quant aux conséquences sociales de la maladie tuberculeuse,
si des leçons éloquentes en ont montré tout l’intérêt, aucun ensei¬
gnement officiel n’a jusqu’ici préparé les médecins à en envisager
méthodiquement le développement, ni à étudier le maniement des
armes destinées à les combattre; si des fragments de ces notions
spéciales peuvent être puisés dans des cours d’hygiène, aucune vue
d’ensemble n’est enseignée sur les conditions générales de la pro¬
phylaxie antituberculeuse. Les rares médecins de dispensaire et de
sanatOiTium que nous possédons en France ont dû faire eux-mêmes
leur instruction. Cette situation ne peut être maintenue devant
l’éclosion d’établissements qui va surgir; ceux-ci réclament la for¬
mation immédiate d’un personnel instruit de toutes les données
utiles à l’accomplissement de sa mission, sous peine de voir s’ef¬
fondrer l’œuvre entreprise pour le salut du pays. »
On ne saurait mieux dire'
Oui, il y a nécessité, et sans attendre, d’organiser u-n enseigne¬
ment de la tuberculose, et non seulement un enseignement s’adres¬
sant à tous les étudiants en médecine indistinctement — car il est
indispensable que tous les étudiants, futurs médecins, aient élé
entraînés aux méthodes de diagnostic et astreints à l’étude des
formes multiples de la tuberculose, pour que dans leur pratique les
médecins soient des auxiliaires compétents de notre organisation
antituberculeuse, en même temps qu’ils sachent soigner et conseil¬
ler leurs malades au point de vue prophylactique, — mais encore
aux médecins désireux de se spécialiser dans la lutte antitubercu¬
leuse, et aussi à tous leurs auxiliaires directs, moniteurs d’hygiène
et infirmières-visiteuses.
En quelque sorte, il conviendrait de faire pour l’enseignement de
la tuberculose ce qui a été réalisé pour celui de l’accouchement et,
de même que dans les chaires de clinique obstétricale, en même
temps qu’on forme des accoucheurs, l’on apprend l’obstétrique aux
futurs praticiens et l’on instruit des sages-femmes, de même dans
VARIÉTÉS
411
les chaires de clinique de phtisiologie, tout en instruisant plus parti¬
culièrement des spécialistes, l’on enseignerait à tous les médecins
ce qu’il est indispensable qu’ils sachent concernant la tuberculose
et l’on.préparerait par surcroît des infirmières spécialisées.
Tel est, en ses grands traits, le projet extrêmement séduisant
prévu par les promoteurs de la proposition de loi. Sa réalisation,
,qu’il faut souhaiter prochaine, constituera sans aucun doute un
progrès considérable, car, comme le disent encore fort justement
en manière de conclusion les auteurs de ladite proposition, « la
création des chaires de « clinique de la tuberculose et de prophylaxie
sociale », couronnement de l’œuvre antituberculeuse du Parlement,
est la garantie indispensable de son rendement et de sa vitalité ».
, D’’ Georges Vitoüx.
HYGIÈ.NE ALIMENTAIRE
VENTE DES SPÉCIALITÉS PHABMACEOTIQUES
DE LA eACCEARINE, DES PRODUITS EN POUDRE ET DE LA CONFISERIE
M. Boret, ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement, a adressé
à ce sujet la circulaire suivante, le 15 juin 1918, aux inspecteurs et
inspecteurs adjoints des pharmacies et aux inspecteurs et agents
de la répression des fraudes :
Bien que la surveillance des pharmacies reste exclusivement
confiée' aux inspecteurs de ces o'fflcines, je çrois devoir adresser
les instructions ci-après en commun à ces inspecteurs et aux ins¬
pecteurs ou agents de la répression des fraudes, parce que ces der¬
niers peuvent être appelés, sans visiter les pharmacies, d’abord à
relever des infractions aux décrets sur la saccharine commises en
dehors de ces établissements, ensuite à faire parvenir aux inspec¬
teurs des pharmacies des renseignements recueillis par eux au
cours de leurs tournées, concernant les produits exposés en vente
ou annoncés à la vitrine des pharmacies.
Spéeialüés pharmaceutiques. — La perception de l’impôt sur les
spécialités pharmaceutiques établi par l’article 16 de la loi du 30 dé¬
cembre 1916, et qui est entré en vigueur depuis le juin 1917, a
donné lieu en pratique à des difficultés sur lesquelles M. le direc¬
teur général des contributions indirectes a appelé l’attention de
mon administration.
D’après les termes mêmes de l’article 16 de la loi précitée, l'on
412 V VARIÉTÉS
doit considérer comme spécialités « les produits auxquels le fabri¬
cant ou le vendeur attache une dénomination particulière ou dont
il réclame soit la priorité d’invention, soit la propriété exclusive,
ou enfin dont il préconise, la supériorité par voie d’annonces, de
prospectus ou d’étiquettes et desquels il ne publie pas la formule ».
Il résulte de cette distinction que ne sont pas imposables chez les
pharmaciens, comme ailleurs, les farines lactées, les eaux de Colo¬
gne ou de lavande, les alcoolats de mélisse ou de menthe, etc., et
que doivent, au contraire, porter la vignette constatant le paiement
de l’impôt les lotions capillaires présentées comme arrêtant la
chute des cheveux ou en favorisant la repousse, les coricides, les
pseudo-thés purgatifs ou laxatifs, etc.
L’immunité fiscale prévue en faveur des spécialités dont on publie
la formule est subordonnée à l’indication sur les boîtes, flacons ou
paquets contenant le produit, de la formule intégrale, c’est-à-dire
de la composition complète et détaillée du produit. Elle n’est donc
pas acquise aux spécialités portant simplement la mention, même
quantitative, des principales substances entrant dans leur compo¬
sition.
De toute manière, le défaut de concordance entre la formule et la
composition réelle du produit constituerait une infraction à la loi
du 1'”’ août 1905 sur les fraudes.
En conséquence, dans le cas où il vous paraîtrait que la composi¬
tion n’est pas conforme à la formule donnée, vous devrez opérer un
prélèvement de manière à permettre au laboratoire d’effectuer la
vérification utile. Dans ce cas, l’étiquette de l’échantillon destiné
au laboratoire devra porter la mention « Composition qui parait
inexacte ou incomplète et semblant n’avoir été donnée que pour
échapper à l’impôt sur les spécialités ».
Je ne manquerai pas, d’ailleurs, de vous faire signaler les spécia¬
lités qui pourraient être fabriquées dans votre circonscription et
dont la formule ne paraîtrait pas conforme à la composition du
produit.
Saccharine, édulcorants artificiels. — D’autre part, j’ai l’honneur de
vous adresser ci-joint le texte du décret en date du 16 avi’il 1918,
sur la vente de la saccharine*.
Vous trouverez dans l’exposé des motifs précédant ce décret les
indications relatives à l’opportunité du nouveau texte.
J’appelle tout spécialement votre attention sur les dispositions de
son article 2. Celui-ci réserve les droits légitimes du pharmacien et
les concilie avec les nouvelles règles qui doivent être les mêmes
pour tous.
Seules peuvent être vendues par les pharmaciens, à un prix librc-
1. Voir pour les décrets antérieurs la circulaire n» 39 aux agents de la
répression des fraudes.
VARIÉTÉS
473
ment fixé par eux, les spécialités pharmaceutiques, c’est-à-dire des
préparations ayant un caractère nettement médicamenteux.
Partant de cette idée que le Gouvernement a voulu interdire la
spéculation sur la saccharine, aussi bien par les pharmaciens que
par tous autres commerçants, on ne saurait admettre que les phar¬
maciens vendent à n’importe quel prix, pour l’usage alimentaire un
édulcorant artificiel dans lequel l’adjonction de substances médica¬
menteuses ne serait eSectuée que pour lui donner l'apparence d’un
médicament et le faire échapper ainsi à l’obligation du prix régle¬
mentaire.
Sous le régime de la loi de 1902, la vente de la saccharine n’était
autorisée que comme substance médicamenteuse, susceptible de
fournir à certains malades un sucre de remplacement; mais la sac¬
charine, appelée pour ce motif le « sucre des diabétiques », étant,
depuis la loi du 7 avril, 1917, devenue le sucre de tout le monde, a
cessé d’être par elle-même un médicament et il n’est pas possible
de se prévaloir du fait qus des comprimés sont destinés, par exem¬
ple, à des diabétiques pour les vendre au-dessus de la taxe instituée
par le décret du 15 avril 1918.
Les comprimés de saccharine livrés par les fabricants à la con¬
sommation contiennent généralement du bicarbonate de soude ; son
adjonction à la saccharine a pour objet de rendre celle-ci plus
soluble et non de produire un effet thérapeutique ; elle ne saurait
donc faire rentrer ces comprimés dans la catégorie des prépara-
lions pharmaceutiques prévues au décret.
L’incorporation dans les comprimés de saccharine d’une légère
quantité de substance médicamenteuse, de carbonate de lithine par
exemple, ne suffirait pas non plus pour les faire échapper à la taxe.
Le décret veut qu’il s’agisse d’une préparation plus complexe et,
pour qu’elle puisse être considérée comme un véritable médica¬
ment, il faut qu’il y ait, associées à la saccharine et à l’excipient
(dissolvant compris), plusieurs substances médicamenteuses, sus¬
ceptibles soit de corriger les effets de la saccharine, soit de pro¬
duire un effet thérapeutique. En ce qui concerne le nombre et la
nature de ces substances, on ne peut donner par avance aucune pré¬
cision ; il s’agira de trancher des cas d’espèce.
Vous voudrez bien, en conséquence, vous assurer que les com¬
primés de saccharine, les solutions et toutes préparations quelcon¬
ques à base de saccharine, rais en vente par les pharmaciens à un
prix supérieur à la taxe, constituent de véritables spécialités phar¬
maceutiques et ont, par suite, satisfait aux obligations de l’article 16
de la loi du 30 décembre 1916, c’est-à-dire portent l’indication de
leur formule intégrale, ou sont revêtus de la vignette servant à fac-
quit de l’impôt.
Lorsque le pharmacien fait apparaître la formule sur l’emballage
du produit, vous aurez à examiner si ladite formule permet bien de
considérer le produit comme une spécialité pharmaceutique et si le
VARIÉTÉS
ili
produit par^t présenter la composition qu’elle indique; dans la
négative, vous procéderez à des prélèvements d’échantillons eu vue
de l’application de la loi du 1" août 1905 sur les fraudes.
Vous en userez de même vis-à^vis ^des produits recouverts de la
vignette, lorsque le pharmacien qui les débite ne vous en aura pas
démontré le caractère nettement médicamenteux ou que vous soup¬
çonnerez ses explications d’inexactitude.
La nécessité d’assurer plus énergiquement que jamais pendant la
guerre le respect des lois et décrets en vigueur vous impose vis-à-
vis du pharmacien cette ligne de conduite.
Poudres et farines alimentaires de régime. — Les instructions qui
précèdent, applicables aux pharmaciens qui refuseraient de se sou¬
mettre aux obligations relatives à la vente de la saccharine, ont une
portée générale et doivent être suivies dès qu’il y a lieu de mettre
fin à des spéculations ou à des abus, quel que soit le produit en cause.
C’est ainsi que j’attire votre attention sur les dispositions de l’ar¬
ticle 9 du décret du 12 février 1918, et de l’article 7 du décret du
2 avril 1918. '
Aux termes de ces décrets, les produits alimentaires en poudre.»,
plus spécialement destinés à l’alimentation des enfants et des ma¬
lades, doivent être vendus sous enveloppe portant l’indication quan¬
titative des différents éléments entrant dans la composition de ces
poudres.
Les pharmaciens sont soumis pour la vente des poudres alimqn-
' taires aux mêmes obligations que les commerçants.
Or, pour se soustraire à cette obligation, il ne suffît pas que des
pharmaciens donnent à de telles poudres l’apparence de prépara¬
tions pharmaceutiques en y introduisant, uniquementj pour les
besoins de la causV, une très légère quantité d’une substance médi¬
camenteuse et en les revêtant, dans le mêqje but, de la vigneUe por¬
tant acquit de l’impôt sur les spécialités pharmaceutiques dont la
formule n’est pas divulguée. En pareil cas, des prélèvements d’échan¬
tillons pour application de la loi du 1®’^' août 1905 devront être
opérés.
Tous les produits en poudre destinés à l’alimentation des en¬
fants, des vieillards et des malades, qui ne sont pas en raison de
leur composition de véritables spécialités médicamenteuses, doi¬
vent répondre aux dispositions des décrets du 12 février et dLu
2 avril 1918.
Au cas où des produits en poudre seraient vendus par les phar¬
maciens sans indication des composants et sans apposition de la
vignette d’impôt sur les spécialités pharmaceutiques, vous devrez
signaler que, suivant les résultats de l’enquête ultérieure, il y aura
lieu de relever à la charge de l’intéressé soit l’inobservation des
décrets précités, soit l’infraclion à l’article 16 de la loi du 30 décem¬
bre 1916.
VARIÉTÉS
475
La vente de quelques produits peut encore donner lieu à certains
abus que je crois devoir signaler ci-après :
Boissons hygiéniques, sirops divers. — De nombreux pharmaciens
mettent en vente des poudres, mélanges ou solutions destinés à
la fabrication de boissons hygiéniques ; Vous voudrez bien leur faire
connaître que, comme tous autres commerçants, ils sont tenus, .
conformément à l’article 3 de la loi du 28 juillet 1912, de faire
apparaître sur' les étiquettes la nature des substances composant ces
poudres, mélanges ou solutions, qui ne doivent contenir aucun
édulcorant artificiel, ni aucun colorant prohibé et ne peuvent être
débités sous une appellation de fantaisie, telle que vinoline,
cidrette, rappelant les boissons naturelles, vin, cidre, poiré,
bière, etc. ; lorsque la mauvaise foi du pharmacien vendeur de sem¬
blables produits vous apparaîtra certaine, vou^ dresserez procès-
verbal.
En ce' qui concerne l’édulcorant, il faut rappeler que, seules, les
boissons énumérées à l’article du décret du 8 mai 1917 peuvent
être édulcorées artificiellement. La fabrication et la vente des
pseudo-sirops saccharinés, des liqueurs sans alcool qui sont unique¬
ment des dissolutions étendues de saccharine dans de l’eau, aroma¬
tisées au citron, à la fraise, etc., sont rigoureusement interdites.
Sirop de sucre. — La vente de ce sirop doit être assimilée à celle
du sucre. Les pharmaciens ne peuvent donc pas être admis à le
vendre librement, car ce serait leur permettre de vendre ainsi, du
sucre sans ticket. D convient de les aviser qu’en passant outre à
celte interdictibn ils s’exposent -à des poursuites correctionnelles.
Produits de confiserie : pastilles de réglisse, de gomme, etc. — Enfin,
il est un autre point sur lequel je crois devoir attirer votre atten¬
tion. Le décret du 12 février 1918, complété par celui de2 avril 1918,
interdit la fabrication et la vente des produits de confiserie pré¬
parés avec les diverses variétés de sucre.
Ces textes n’interdisent pas la fabrication et la vente parles phar¬
maciens -des préparations sucrées conformes au Codex, telles que
la pâte de réglisse officinale. D’une manière générale, les prépara¬
tions dont la formule est au Codex et qui sont douées de propriétés
curatives peuvent toujours être fabriquées et vendues par les
pharmaciens, mais par eux seuls, et c’est à tort que, dans la circu¬
laire n“ 40 aux agents de la répression des fraudes, les herboristes
diplômés avalent été assimilés aux pharmaciens en ce qui concerne
la vente des pâtes pectorales.
Mais certains produits qui sont définis au Codex (c’est le cas du
sucre lui-même) ne peuvent pas être considérés comme des médi¬
caments; leur vente n’était pas réservée exclusivement aux phar¬
maciens ; c’étaient en réalité des sucreries-confiseries dont la fabri-
VARIÉTÉS
cation et la vente sont maintenant interdites au* pharmaciens
comme aux confiseurs ou épiciers (pâtes de guimauve, de jujube,
pastilles de menthe, tablettes de menthe, notamment).
Quant aux bonbons et pastilles de réglisse, de gomme ou de toute
autre matière, contenant une variété de sücre prohibée et ne
répondant pas à une formule du Codex, les uns sont de véritables
médicaments (bonbons au goudroù et tolu, par exemple, ou au
menthol-eucalyptus) et peuvent toujours être vendus par les phar¬
maciens (et par eux seuls) ; les autres ne peuvent pas être consi¬
dérés comme médicamenteux : ce sont des produits de confiserie
(bonbons à l’eucalyptus seul, bonbons de réglisse ou de gomme, etc.)
dont la fabrication et la vente sont interdites aussi bien dans les
pharmacies que dans les épiceries et les magasins d’alimentation.
Par contre, les pastilles et bonbons de toutes sortes, notamment
des boules de gommes confectionnées avec de la gélatine et ne
contenant aucune substance sucrée interdite par les décrets du
12 février et du 2 avril 1918, les pâtes et pastilles de réglisse (genre
agents de change, boutons de guêtre) préparées également sans
sucre, les pastilles de cachou pour fumeurs ne contenant aucune
matière sucrante autre que la glycyrrhizine, peuvent être fabriqués
et vendus librement, aussi bien par les pharmaciens et les herbo¬
ristes que par les commerçants ordinaires.
Le suc de réglisse proprement dit, ne contenant pas de sucr.e aux
termes de la définition donnée de ce produit tant par le Codex que
par le décret du 19 décembre 1910 sur la confiserie, peut toujours
kre vendu librement.
Le but de la présente circulaire est uniquement d’indiquer que le
régime des restrictions visant toutes les catégories de sucre et tous
les produits de la confiserie doit être respecté d’une manière iden¬
tique, sans qu’il y ait lieu de tenir compte de la qualité du ven¬
deur.
En cette matière, comme pour l’application du décret du 16 avril
1918 sur la saccharine, je vous invite à vous, inspirer, dans chaque
cas, du même principe : il ne faut pas toléter qu’on cherche à
profiter de la liberté dont doivent jouir la médecine et la phar¬
macie dans l’exercice de l’art thérapeutique pour éluder les lois et
règlements qui concernent les produits alimentaires en général,
quel que soit celui qui les vend.
SOCIÉTÉ
DE MÉDECINE PUBLIQUE
ET DE GENIE SANITAIRE
Reconnue d’utilité publique par décret du 8 mars 1900.
SÉ.'VNCE DU 22 MAI 1918.
Présidence de M. Jules Rbnault, président.
La séance est ouverte à dix-sept heures dix minutes.
' Membre excusé.
M. LE PnÉsiDEXT. — Je vous présente les excuses de M. Kern qui,
absent de Paris, regrette de ne pas pouvoir assister à la séance
d’aujourd’hui.
Nominations à l'Académie de Médecine.
J’ai le plaisir de vous annoncer la nomination de deuxjde nos
membres à l’Académie de Médecine ; M. le D'' Siredev, médècin en
chef de l’hôpital Saint-Antoine, et M. Martel, chef des Services vété¬
rinaires sanitaires à |a Préfecture de Police.
J’adresse à nos collègues, au nom de la Société de Médecine
publique, nos plus vives félicitations.
478
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[174]
Décès de M. Sanchez Toledo.
J’ai le regi-et de vous faire part du décès d^iin dé nos anciens mem¬
bres, M. le D’’ Sanchez Toledo. J’adresse à sa famille nos plus sincères
condoléances.
Hommage an D'^ Mosny.
M. LE Président. — Messieurs,
Depuis notre dernière séance, nous avons eu le malheur de
perdre un de nos collègues les plus chers, le D‘’ Ernest Mosny.
Il n’était pas un nouveau venu à l’Hygiène et nous l’avons
vu, dès son internat, sous l’inQuence, sans doute, de' son
compatriote et maître affectionné, le professeur Brouardel,
orienter son esprit et ses recherches vers cette branche de la
science dont les problèmes, à solution souvent lointaine, n’at¬
tirent pas en général les jeunes gens. En 1887, à vingt-six ans,
il était membre de la Société d’Hygiène publique et de Génie
sanitaire, dont il devait être le Secrétaire général de 1909 à
1911, l’un des vice-présidents de 1912 jusqu’à sa mort, et dont
il a été l’âme pendant ces dix dernières années.
Toutes les questions concernant l’hygiène privée ou publi¬
que l’intéressaient, et nous l’avons entendu prendre part à
toutes nos discussions avec une maîtrise qui résultait de ses
observations précises, de ses expériences méthodiquement
conduites, de ses réflexions longuement mûries, de l’élévation
de son esprit et de la sûreté de son jugement.
Certains sujets l’ont toutefois plus spécialement passionné
et nous l’avons vu les reprendre à plusieurs reprises au cours
dé sa carrière, ou plus exactement les travailler sans cesse et
les faire progresser dé temps en temps d’une étape impor¬
tante.
C’est ainsi que son nom restera attaché à l’intoxication
saturnine professionnelle, contre laquelle, à une période diffi¬
cile, il a combattu le bon combat et qu’il a contribué â faire
disparaître ; c’est ainsi qu’on ne peut parler de la nocivité des
HOMMAGE AU MOSMY
'[nsi
huîtres, de l’origine ostréaire de la fièvre typhoïde, sans
penser à Mosny, dont l’inlassable insistance contribua tant à
déterminer la lutte contre l’insalubrité des établissements
ostréicoles. Nous l’avons vu de même s’attaquer aux autres
causes de la fièvre typhoïde, à l’alcoolisme, à la tuberculose, à
toutes les maladies transmissibles, notamment à la diphtérie,
qui l’intéressait particulièrement parce qu’elle touchait à l’un
de ses sujets de prédilection, l’hygiène scolaire. Jusqu’à Ma¬
thieu et. Mosny qui s’étaient rencontrés et unis, l’I^ygiène sco¬
laire, il faut bien l’avouer, était fort délaissée : la confection
des programmes absorbait toute l’attention et, partant sans
doute de cette croyance, encore trop répandue, que l’enfant
s’élève tout seul, on s’efforçait de cultiver son esprit sans s’in¬
quiéter de son corps, de son développement physique, de sa
santé, et les déboires dus à un tel système n’apparaissaient que
trop tard aux parents frappés par un malheur. Mathieu et
Mosny ne hont plus : leur propagande a porté ses fruits et tous
aujourd-hui, parents, universitaires, architectes, ingénieurs,
médecins, ont compris l’importance de l’hygièue à l’école et se
préoccupent d’en poursuivre la réalisation.
Mosny rendit un autre grand service à l’hygiène publique, il
fut le promoteur et l’organisateur des « Réunions sanitaires
provinciales » que M. le b'' Roux consacra de sa haute autorité
en leur donnant l’hospitalité à l’Institut Pasteur. Les Inspec¬
teurs départementaux d’hygiène et les Directeurs des bureaux
municipaux d’hygiène jouent un rôle si important que, sans
eux, la loi de 1901 sur la Protection de la santé publique res¬
terait lettre morte ; mais, épars dans toute la France, sans lien
' qui les unit, sans Ijeu de réunion où ils pussent échanger
leurs observations, les résultats de leur expérience, leurs desi¬
derata, ils risquaient de s’éloigner les uns des autres comme
les rameaux séparés d’une même famille et de laisser créer
des coutumes locales d’hygiène, dérivées toutes, bien entendu,
de la loi de 1902, mais plus ou moins inspirées des progrès de
notre science qui est en évolution constante. L’i.nstitution des
« Réunions .sanitaires provinciales » para le danger ; dès la
^première réunion, en 1909, on vit quel en serait le succès; ce
furent de véritables congrès nationaux d’hygiène où les prati-
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[116]
ciens de l’hygiène vinrent de tous les coins de la France et où,
pour le plus grand bien du pays, on discula moins des ques¬
tions de doctrines que de l’application des doctrines. La
Société de Médecine publique et de Génie sanitaire ne man¬
quera pas de les reprendre après la guerre.
L’esprit réalisateur de notre regretté collègue ne l’éloignait
pas de la didactique, dans laquelle il excellait. Il le montra
par la rédaction de maints articles parus dans les grands ou¬
vrages en cours; il l’affirma par la publication, en collabo¬
ration avec le professeur Brouardel, puis, avec le professeur
Ghantemesse, d’un Traité d' Hygiène, vaste encyclopédie pour
laquelle un des soucis des directeurs fut de confier à, chacun
de leurs collaborateurs le sujet qui lui était le plus familier,
sûrs ainsi de donner à leur Traité une allure plus vivante.
II faut avoir une foi ardente et l'amour de l’apostolat pour
entreprendre des campagnes comme celles auxquelles Mosny a
consacré sa vie. Personne, avant de le bien connaître, n’eiU
prêté un tel tempérament à cet homme calme, pondéré, affa¬
ble, dont le sourire sceptique semblait devoir arrêter, dès le
début, ,1a discussion ; mais, à peine la controverse engagée, on
voyait sa figure devenir attentive, ses yeux pétiller derrière
son binocle d’écaille brune, et quand son interlocuteur avait
terminé son exposé la réponse arrivait claire, précise, en un
style châtié, plein d’humour, souvent d’unè piquante ironie,
toujours empreint d’une parfaite courtoisie. Au Conseil supé¬
rieur d’Hygiène, à l’Académie de Médecine, comme ici, les
communications elles argumentations de notre collègue Mosny
étaient un délice qui ne s’effacera jamais de notre souvenir.
Au nom de nos collègues de la Société de Médecine publique
et de Génie sanitaire, je lui adresse un affectueux adieu.
Médaille de la Société.
M. LE Prk.'Side.vt. — A notre dernière séance du Conseil d’admi¬
nistration, nous avons décidé qu’en mémoire de notre très regretté
[mi BIVOUACS PERMANENTS ET SANATORIA . 481
collègue et ami, le D’’ Mosny, et en recoimai.-sance de ce qu’il a fait
pour la Société de Médecine publique, nous offririons à M“' Mosxy
la médaille de la Société.
Nous prions notre Secrétaire général de bien vouloir reniettre à
Mosny ce faible témoignage de notre gratitude.
Ordre du jour.
L’ordre du jour appelle la communication de MM. les D'* Bussière
et VOIZARD.
COMMUNICATIONS
BIVOUACS PERMANENTS ET SANATORIA
POUR PALUDÉENS
CO.NTRIBÜfl’ION A L’AMÉLIORATION DE L’HYGIÈNE GÉNÉRALE
DES TROUPES DE l’ArMÉE d’OrIENT,
f par M. F. BUSSIÈRE,
Directeur du Bureau d’Hygiène de Montluçon,
Médecin-major, chef de secteur de la Mission antipaludique à l’A. F. O.
et M. VPIZARD,
Mémcin-major, médecin-chef de l’Ambulance alpine, n» 18,
à l’A. F.O.
Au cours de l’année écoulée, comme chef de secteur de la
Mission antipaludique à l’Armée d’Orient et médecin-chef
d’une Ambulance alpine principalement affectée au traitement
des paludéens, il nous a été donné d’assister à de nombreux
mouvements de troupes, de voir sur place la dispersion et
l ipsuftisance des efforts faits en vue d’améliorer l’hygiène
générale, de recevoir les doléances d’un certain nombre d’offi¬
ciers se rendant compte qu’il serait possible de faire mieux,
REV. d’hyg. XL 31
482 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [HS]
sans plus de frais, mais avec plus de méthode, déplorant le
manque de liaison, s'irritant d’avoir à chaque étape, partout
et toujours, à se heurter aux mêmes difficultés et à subir les
mêmes causes d’insalubrité.
Les moyens de transport que nous avions nous ont permis
de nous déplacer facilement sur un territoire de plus de
10.000 kilomètres carrés, de mieux connaître le pays, d’en
apprécier plus exactement les facteurs d’hygiène. La mission
dont nous étions chargés nous a imposé de visiter tous les
villages, de dresser les indices endémiques de paludisme de
plus de cent d’entre eux, de les classer par ordre de sécurité,
bref, de nous former, sur l’ensemble,, des idées générales qu’il
nous eût été impossible d’avoir si nous avions été attaché^ à
une fonction sédentaire, à objectif restreint, imposant, pour
ainsi dire, une courte vue à notre observation.
Ces divers motifs nous ont fait préjuger qu’il pouvait être
de quelque intérêt, pour l’amélioration de l’hygiène générale
de nos troupes d’Orient, de présenter ici quelques observa¬
tions critiques et notre manière de comprendre certains
moyens de prophylaxie pouvant être très facilement mis en
œuvre et susceptibles d’avoir les plus heureuses conséquences
sur la situation sanitaire de nos effectifs.
Ce qui nous h particulièrement choqué, c’est l’absence totale
d’organisation générale dans la défense sanitaire des étapes,
la dangereuse fantaisie qui préside le plus souvenj. au choix
des cantonnements et l’oubli de règles générales d’hygiène,
d’importance considérable, dans la détermination des empla¬
cements de la plupart des formations hospitalières.
Hygiène des étapes. — 11 n’y a aucun service d’hygiène des
étapes, nous entendons un service effectif, car la tenue géné¬
rale des étapes, qui, entre autres obligations, incombe au
commandement, comprend probablement certaines précau¬
tions élémentaires d’hygiène, mais comme ce dernier ne dis¬
pose d’aucun personnel compétent, cette partie si importante
de sa tâche s’en trouve fort négligée.
[119] . BIVOUACS PERMANENTS ET SANATORIA 483
C’est pourquoi, après un ou deux ans d’occupation, on peut
constater que rien n’est changé dans l’état sanitaire des can¬
tonnements. Les unités s’y sont succédé en se laissant l’une
à l’autre un état des lieux constamment défectueux et souvent
malpropre; comme on ne fait que passer, pourquoi se préoccu¬
per de faire des améliorations durables qui pourraient être
utiles à celles qui demain prendront la place? Aussi, nulle
protection efficace des sources, nulle désinfection des locaux
qui restent avec leur vermine et sont ainsi transmis aux nou¬
veaux hôtes. Nous avons rencontré des commandants d’étapes
désolés de ce laisser-aller et avouant être dans l’impossibilité
d’y porter remède sans un personnel approprié.
Jusqu’alors, et souvent malgré les conseils de la Mission
antipaludique (son action devrait être étendue à la prophy¬
laxie générale dont la lutte contre le paludisme n’est que le
plus important chapitre), les troupes en marche ont, la plu¬
part du temps, campé dans les lieux les plus arbitrairement
choisis. Nous en avons vu s’installer sur les hords de ruis¬
seaux, quelques-unes préférer les rives d’un lac, d'autres,
rechercher en été les points bas et marécageux. Le chef
d’unité reste entièrement libre de choisir son bivouac. S’il
consulte le niédecin, celui-ci étant mal renseigné sur des lieux
où il passe pour la première fois ne peut disposer des éléments
d’appréciation indispensables pour donner un avis autorisé.
11 se laisse trop souvent guider par de simples impressions ;
le voisinage d’un village, la présence d’un chemin, d’un bou¬
quet d’arbres, d’un cours d’eau sont, la plupart du temps, les
éléments de ce choix. Ils sont insuffisants, et, cependant, s’il
est une région où l’état sanitaire des troupes dépende au plus
haut point du bivouac, c’est bien la Macédoine! En une seule
nuit, on peut y contracter le paludisme : dans les marelles
forcées que nos troupes ont dû faire à l’aller et au retour de
l’affaire de Larissa, les médecins des unités engagées ont con¬
staté une soudaine éclosion d’accès paludéens à la suite d’une
nuit dans certaines étapes où les anophèles avaient particu¬
lièrement harcelé les hommes exténués de fatigue.
Après un dur et long séjour aux tranchées, on reçoit enfin
l’ordre d’aller au repos dans la zone des étapes ; où campera-
t-on? Le G. Q. G. assigne une région déterminée par des rai-
484 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [180]
sons où l’hygiène ne tient qu’une place très secondaire et cette
situation se trouve. encore aggravée du fait qu’un chef d^unité
en déplacement reste libre de, faire bivouaquer ses troupes à
sa fantaisie, dans les limites fixées par l’état-major. Si le
commandement ale plus grand souci de l’état sanitaire de ses
hommes, il s’informe, il demande un avis; avant de mettre
ses troupes en route, il délègue un de ses officiers pour
prendre sur lieux des renseignements et l’éclairer. En huit
mois, une cinquantaine d’ùnités sont passées dans le secteur
d’Eksissu; une seule a cru devoir se documenter sur la valeur
sanitaire des cantonnements! Mais le général de division, le
plus soucieux de la santé de ses soldats, qui nous a fait l’hon¬
neur de nous demander un avis, n’a pu obtenir, malgré les
instances de la Mission antipaludique, l’autorisation de can¬
tonner à Nevescka; cette localité étant hors des routes habi¬
tuellement fréquentées, personne ne s’était soucié d’aller voir
s’il ne serait pas intéressant de camper là. Or, Nevescka est
une agglomération importante de 3.000 habitants, située à
1200 mètres d’altitude, ayant des cantonnements excellents,
de l’eau de source en abondance, des bois, une différence de
température de 5 à 8“ avec les villages de la plaine, un indice
endémique de paludisme =.0, pas de moustiques, une végétation
et comme un air de France. En quelques jours les troupes
pourraient s’y refaire. On les envoie cependant se contaminer
dans la plaine : Nevescka n’ayant pas été compris dans la
liste des villages où nos soldats peuvent Ciintonner.
Cet exemple n’est pas isolé : aucune idée d’hygiène générale
ne préside au choix des cantonnements.
Nous croyons en voir la cause dans le manque d’un organe
spécial. Il nous paraît indispensable d’affecter à la besogne
d’hygiène générale des cantonnements un personnel médical
spécialisé, opérant d’une manière analogue à cellè de la Mis¬
sion antipaludique qui, malgré un personnel restreint et un
matériel incomplet, a pu rendre de très grands services. Des
équipes sanitaires chargées de l’hygiène, de l’entretien et de la
désinfection des cantonnements seraient non seulement très
appréciées des commandants d’étapes débordés et des chefs
d’unités, mais rendraient les plus sûrs services à la prophy¬
laxie générale.
[181]
BIVOUACS PERMANENTS ET SANATORIA
Bivouacs permanents. — Le point, qui. nous semble capital •
pour l’amélioration de l'Hygiène des troupes de l’Armée
d’Orient serait, d’après nous, dans le choix éclairé de camps
de repos ou bivouacs permanents.
Sue place, aucun plan d’ensemble, sur ce point, ne se mani¬
feste. On se laiss.e uniquement guider par des considérations
de détails qui devraient passer au second plan des préoccu¬
pations.
Nous croyons que, pour un repos de quelque durée des
troupes, on devrait interdire les zones basses, toujours insa¬
lubres, et choisir des bivouacs d’altitude, non pas relative,
mais réelle. Expliquons-nous. Sur plusieurs centaines de kilo¬
mètres de front nos troupes sont à une altitude relative, dans
leurs cantonnements de repos, de ^00 à 800 mètres. Mais au
point de vue de l’hygiène, les avantages qu’elles tirent de ce
séjour sont peu considérables, parce que ces lieux sont sans
altitude réelle par rapport aux autres points de la môme
région. Or, l’expérience que nous avons acquise des conditions
d’hygiène générale en Macédoine nous a appris que seuls sont
salubres dans ces régions à malaria les lieux qui dominent la
plaine de 300 mètres au moins, c'est-à-dire présentent une alli'
tude réelle, la seule intéressante au point de vue qui nous
occupe.
Que. les troupes affectées aux services des étapes y restent
en permanence, nous n’avons qu’à le constater et à le regret¬
ter, c’est affaire de commandement. Mais nous pensons qu’il
est sans utilité d’infliger aux trOupes qu’on prétend envoyer
au repos, les mêmes conditions défavorables d’hygiène et qu’il
y aurait un avantage sanitaire certain à choisir, à proximité
des centres d’étapes, des régions dominant les parties basses,
pour y installer des bivouacs permanents qu’une <{ équipe sani¬
taire » serait chargée d’entretenir en bon état.
Il n’y aurait en cela que bénéfice pour le commandement.
De juin à octobre, le séjour est extrêmement pénible dans
les régions basses, seraient-elles à une altitude de 300 à
800 mètres : le soleil y est brûlant, la température accablante.
486 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [182]
l’atmosphère calme, les nuits pénibles, ^a malpropreté des
indigènes y fait pulluler les insectes vecteurs (mouches, poux,
punaises, puces).
Aussi, y voit-on éclore, dès le mois de juin, leS diarrhées,
dysenteries, troubles digestifs et accès paludéens. Contraste
remarquable, à proximité de ces mauvais gîtes où il ne peut y
avoir de vrai repos, on peut trouver partout en Macédoine des
régions sans paludisme, présentant une moyenne de tempéra¬
ture estivale diurne inférieure de plusieurs degrés à celle de
la plaine, des sources abondantes, sûres, faciles à protéger,
une végétation forestière semblable à celle du Massif Central,
généralement un panorama splendide, un air vivifiant.
Nous pensons qu’il serait précieux, pour le maintien d’un
bon état sanitaire de nos effectifs, de tirer parti de ces facteurs
locaux de salubrité en y installant, en des lieux judicieuse¬
ment choisis, des « bivouacs permanents »; les troupes au
repos s’y trouveraient dans des conditions qui leur permet¬
traient de se remettre rapidèment et aussi complètement que
possible des profondes fatigues qu’occasionne le climat macé¬
donien, sans aucun risque de contamination.
Sanatoria d'altitude pour paludéens. — Cette idée des
« bivouacs permanents » d’altitude nous amène à envisager la
question d’hospitalisation des paludéens, car, selon nous, elle
doit procéder des mêmes principes.
Il faut rendre justice aux efforts accomplis par le Service de
Santé de l’Armée d,’Ori,ent : ils ont abouti à des résultats dont
on peut être fier; presque tous les hôpitaux ont réalisé une
hygiène intérieure excellente et beaucoup d’entre eux sont des
modèles et une leçon de choses.
Cependant, nous avons été frappé par une constatation
d’ordre très général, à laquelle nous n’avons trouvé qu’une
heureuse exception. Si rien n’a été négligé dans l’aménage¬
ment de la plupart dé nos formations sanitaires, on a, par
contre, perdu de vue l'importance primordiale, à notre sens,
du choix de l'emplacement de ces installations. Il nous a paru
qu’en accumulant les hôpitaux dans les parties basses des
[183] biVOUACS PERMANENTS ET SANATORIA 487
régions, on a commis une faute lourde contre l’hygiène géné¬
rale hospitalière en se privant d’un facteur important de gué¬
rison : climat d'altitude. Cette erreur corrompt une partie de
l’œuvre sanitaire et nul doute qu’on aurait obtenu des résultats
bien supérieurs dans la récupération des hommes si on avait
renoncé à installer ambulances et hôpitaux dans Ifes points bas
toujours insalubres, pour les camper à quelques centaines de
mètres au-dessus des bas-fonds-meurtriers.
On aurait ainsi fait des hôpitaux plus appropriés au traite¬
ment ules paludéens, sortes de « Sanatoria jiour paludéens »,
si indispensables en Orient où la morbidité par paludisme
représente les 4/.ô de la morbidité générale.
Nous pensons que cette création s’impose et qu’elle est pos^
sible dans toutes les régions de Macédoine.
Nous avons la certitude qu’elle aurait une très grande réper-
cussiop sur l’état sanitaire par la preuve expérimentale sui¬
vante :
M. le médecin-major ’Vialle eut l’idée, à la demande de plu¬
sieurs médecins ayant' fait partie de l’Armée d’Orient dès les
débuts, d’installer dans la montagne un Sanatorium pour
convalescents de paludisme. 11 obtint de la Direction du Ser¬
vice de Santé des armées alliées que cette œuvre ffjt entre¬
prise par une ambulance alpine (Âmb. alpine 18), celte forma¬
tion ayant un effectif et une composition particulièrement
favorables (40 infirmiers, SO hommes du train, 50 mulets de
bât)
L’emplacement choisi se trouve à plus de 900 mètres d’alti¬
tude, à flanc de crêtes de montagne, bordant le col d’Oréhovo.
H est distant de 3 kilomètres environ du village d’Eksissu, de
4 kilomètres de la gare de même nom; son altitude est supé¬
rieure de 300 mètres environ à celle du bassin fermé occupé par
les lacs d'Ostrovo, Pétrsko et Rudnick, à proximité duquel se
trouvent préciséunent le village et la gare d’Eksissu.
La formation a été installée de préférence face au midi,
adossée à une double crête, dans un cirque montagneux qui
constitue un véritable abri naturel contre les intempéries.
La température moyenne, pendant les mois de juillet, août
et septembre, n’a pas dépassé 22°, le maximum constaté ayant
été 28°, le minimum 18“ ; ces chiffres sont en moyenne de 5“
488 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE 11841
inférieurs à ceux qui furent enregistrés à Eksissu, de 10° infé¬
rieurs à ceux de Saloniqlie.
Les vents dominants viennent du nord et du nord-ouest et
présentent parfois une assez grande violence; tout en étant
abritée contre eux, grâce à sa situation topographique, la for¬
mation en tire bénéfice par l’adoucissement de la température
qu'ils provoquent, et l’absence de moustiques à laquelle ils
contribuent. l
L’eau est fournie au Sanatorium par une source constante
(15 m'ètres cubes en tk heures). Ce débit suffirait à l’entretien
d’un établissement de 1.200 lits. Des analyses fréquentes ont
constamment montré la qualité excellente de cette eau.
Les moustiques sont pour ainsi dire inexistants à c%tte alti¬
tude. Leur présence n’a jamais été constatée que lorsque souffle
e vent du midi' qui balaie le lac et les dangereux marais du
Rudnick. Ce fait s’est produit à trois ou quatre reprises, pen¬
dant quelques heures, en trois mois. Les moustiques capturés
furent très rares. Malgré les plus minutieuses recherches
entreprises, il n’a jamais été pris d’anophèles. Leur colonisa¬
tion et leur pullulation est d’ailleurs impossible à cause de
l’altitude, la violence des vents, le grand éloignement des
habitations des indigènes dont les plus rapprochées sont, à
3 kilomètres (Eksissu) et l’absence d’eaux calmes pour la
ponte.
Malgré l’altitude, le ravitaillement s’est opéré parfaitement
par tous les temps, à dos de mulets, quoique les chemins d’ac¬
cès soient en mauvais état. Rien d’ailleurs n'’a été négligé pour
maintenir les animaux en bofine forme.
L’Ambulance alpine n° 18, qui est devenue le'« Sanatorium
du col d’Orélioyo à Eksissu », est entrée en fonctionnement le
12 juillet 1917; le nombre de lits qui était au début de 40 est
actuellement de 1.000. Elle est arrivée à ce chiffre progressive¬
ment, d’abord en utilisant les tentes fournies-par le Service de
Santé, puis en construisant des locaux en pierres par ses seuls
moyens. Ces locaux, plus confortables que des Tortoises, sont
destinés aux malades les plus gravement atteints et fonc¬
tionnent actuellement à 800 lits.
Dans les trois premiers mois de son fonctionnement, la for¬
mation a hospitalisé 800 malades, dont 425 ont été évacues
[185] BIVOUACS PERMANENTS ET SANATORIA 489
sur leur corps, en état de reprendre immédiatement leur ser¬
vice. Une dizaine de malades seulement ont été dirigés sur
Salonique, à cause de leur long.séjour en Orient, des séquelles
graves qu’ils avaient gardé de leur affection et des droits qu’ils
avaient acquis au rapatriement. 50 malades environ nous sont
arrivés dans un état très grave. Aucun décès n’est survenu.
Le séjour des malades au Sanatorium ne dépasse pas 30 jours
en moyenne. Dans cet espace de temps, des paludéens arrivés
dans un état général mauvais, leur affection se compliquant le
plus souvent 'd’anémie et de troubles digestifs accentués, ont
vu leurs accès diminuer rapidement de fréquence et disparaître
souvent après la premère quinzaine, leur état général s’amé¬
liorant parallèlement.
Le traitement médicamenteux a été basé sur les méthodes
classiques, particulièrement celle de Laveran. Il était appliqué
systématiquement et sans recherche de détails, le personnel
médical étant réduit (trois médecins dont un seul docteur en
médecine). 11 a surtout été apporté un soin particulier, dès le
début, au régime alimentaire et aux pratiques d’hygiène. Un
jardin potager a été créé et a permis d’introduire dans les
menus les légumes verts si rares dans l’alimentation des sol¬
dats et si appréciés d’eux.
Aucun des hommes rendus à leur corps n’eSt encore revenu
à la formation.
Telle est l’expérience faite par le Sanatorium du col d’Oréhovo
àEksissu. Ses bons résultats thérapeutiques et militaires [récu¬
pération) sont dus à sa situation topographique, au climat pri¬
vilégié qui en résulte et aux soins d’hygiène particulièrement
poussés. Des « Sanatoria pour paludéens « du genre de celui-
ci nous semblent indispensables en Orient où de nombreux
emplacements favorables permettront de les multiplier.
Pour conclure cette étude d’hygiène générale intéressant nos
effectifs de l’armée d’Orient, nous formulerons les propositions
suivantes qu’il y aurait profit à appliquer :
I. — Aucun service d'hijgiéne spécialisé n’existant actuelle¬
ment pour assurer la salubnté générale des cantonnements, il y
490 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [186]
a nécessité de créer à l’armée d’Orient des « Équipes sanitaires »
d'assainissement et de désinfection.
II. — L'installation de » Bivouacs permanents » d'altitude
pour les troupes qui se rendent au repos améliorerait certaine¬
ment l'état sanitaire des effectifs.
III. — La muliiplicalion des « Sanatoria pour paludéens »
da7is les conditions indiquées ci-dessus est la forme d'(iospilali-
sation la mieux adaptée à la Macédoine et la plus efficace.
PALUDISME ET DRAINAGE ‘
TRAVAUX EXÉCUTÉS DANS LA RÉGION D’EKSISSU
(Mackdoixe occidentale),
par le médecin-major de 2° cl. des troupes coloniales, F. BUSSIËRE,
de la Mission antipaludique de l'Armée d'Orient.
La campagne antipaludique dont nous avons été chargé dans
la région d’Eksissu, en Macédoine occidentale, a comporté un
certain nombre de mesures telles que :
Établissement des index endémiques pour l’élaboration de la
carte du paludisme ; recherche et destruction des gîtes de
moustiques; travaux de comblement, d& faucardement, d’inci¬
nération, de pélrolage, de petit drainage; quininisation
préventive et son contrôle; quininisation des indigènes; pro¬
tection mécanique, etc., sur lesquelles il n’y a pas grand’chose
à ajouter aux connaissances classiques que nous en avons.
Seule, la manière dont ont pu être utilisées les ressources
locales pourrait être une excuse à en dire quelques mots.
Par contre, certaines circonstances de lieux et autres nous
ont permis de faire quelques observations et poussé à mettre
en œuvre des moyens d’assainissement qui, de prime abord,
1. Les figures accompagnant cet article nous ont été obUgeamment
prêtées par le Bulletin de la Société de Pathologie exotique, qui les a
publiées dans sou numéro 6, séance du 12 juin- 1918.
[187],
PALUDISME ET DRAINAGE
491
semblent dépasser les buts prophylactiques que nous avions à
atteindre, et dont les « petites mesures antilarvaires » étaient
pour ainsi dire tout le programme. En fait, ils les englobent
dans une solution plus générale du problème. Ils présentent, à
ce titre, quelque intérêt, en montrant qu’en pratique le médecin
n’est pas impropre à concevoir, diriger, exécuter de gros tra¬
vaux de drainage qui restent de son domaine tant qu’ils visent
à l’hygiène.
Nous indiquerons dans cette note :
I. — Les caractéristiques du secteur d’Eksissu, au double
point de vue géographique et paludique.
II. — Les résultats de notre action : amélioration simultanée
de l’état sanitaire des villages fréquentés par nos troupes; et,
cette première besogne urgente achevée, l’essai tenté par nous
d’assainissement global de la région par un travail plus vaste :
l’assèchement des marais du Rudnick, couvrant une surface de
plus de 40 kilomètres carrés, par rabaissement du seuil de leur
déversoir et la canalisation dit ruisseau effluent.
I. — Caractéristiques du secteur d’Eksissu.
La région attribuée au secteur d’Eksissu s’étend sur 120 kilo¬
mètres nord-sud du front serbe de Grunichta, au nord du
Kaïmakalan, à la Vistrica, au sud de Kastoria et 70 kilomètres
nord-ouest-sud-est de la gare de Banica, au voisinage de Kozani.
Les altitudes les plus faibles sont comprises de chaque côté de
la route de Monastir à Kozani par Banica; elles varient de
720 mètres à 600 mètres. C’est une région de lacs et de mon¬
tagnes. Nul cours d’eau important, mais des ruisseaux à faible
débit ou de petits torrents saisonniers. Pas de forêt; une végé¬
tation fort pauvre. Pluie et neige abondantes d’octobre à avril,
ravinant profondément le sol. Températures élevées de mai à
octobre.
Au sud-ouest, le lac en croissant de Kastoria, circonscrit de
montagnes, forme une mare immense et dangereuse, ainsi que
l’a démontré la carte du paludisme des villages de son pourtour
dont l’indice est élevé et présente certaines particularités inté-
[189]
PALUDISME ET DRAINAGE
ressanles. A ce sujel, nous avons relevé une curieuse influence
des lacs sur la densité du paludisme dans leur région, et qui,
pensons-nous, n’avait pas été très clairement établie antérieu¬
rement.
Il est' vrai qu’on pouvait la déduire a priori des données
que nous avons sur l’étiologie du paludisme, mais comme nous
ne l’avons trouvée nulle part nettement dégagée, nous nous
croyons autorisé à le signaler ici.
cinq lacs du secteur d’Eksissu, deux sont sans influence
sur 'la carte du paludisme des villages avoisinants, ce sont
les lacs de Petrsko et d’Ostrovo, aux bords nets et sans
marécages. Trois autres, le lac de Kastoria, dont les ÿives sont
herbeuses et le fond encombré d’une côuche de vase'atfeignant
en certains points plusieurs mètres, le lac de Sari-Gol et le lac
de Rudnik, dont les marais triplent la surface, ont une action
manifeste sur le pourcentage d’endémie palustre dans les vil¬
lages qui les circonscrivent et dont la répartition nous a paru
assez intéressante pour mériter d’être spécialement notée.
Situé à l’altitude de 687 mètres, le lac de Kastoria étale sa
jolie nappe en croissant au centrq d’un cirque de montagnes de
1.200 à 1.300 mètres à l’est, au nord et à l’ouest, et de 800 à
900 mètres au sud. Il n’a pas de déversoir. Dans sa partie occi¬
dentale s’engage une presqu’île dont l’isthme est occupé par la
ville de Kastoria (15.000 habitants). C’est une mare de 3.000 hec¬
tares, aux eaux verdâtres, limoneuses et polluées par le déver¬
sement millénaire de tous les détritus et immondices urbains.
Sa situation le met à l’abri des vents violents. Une dizaine de
villages échelonnés sur son pourtour ont un indice endémique
assez élevé :
Fotinista. .... 28 p. 100
Licista. ..... 26 —
Klandorop .... 06,8 — '
Tiholista . 21,8 —
Ces localités sont situées à quelques centaines de mètres des
bords du lac et sensiblement à son niveau.
Si Ton s’éloigne de 500 à 1.000 mètres du lac, à vol d’oiseau.
Kastoria . 21 p. lOC
Dubjack ..... 32,1 —
Krpetii . 30,3 —
Mavrovo . 29,8 —
494
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[190]
sans que l’altitude s’élève de plus de 30 à 80 mètres, on ren¬
contre d’autres villages où l'indiee tombe considérablement :
Kroupistaz . . . . 5,8 p. 100 Bombacki .... 7,2 p. 100
Sdrelka . 6 — Olista . . . . ^ . 5,3 —
Slimnika. .... 4 — Bobista . 4,2 —
Dans une troisième zone, toujours située dans le même
Fw. 1. — Carte de la répartition du paludisme de la région de Kastoria.
Influence du lac de Kastoria sur l’endémie palustre. I
cirque de montagnes et distante de 1.000 à 3.000 mètres de la
circonférence du lac de Kastoria, l’index fléchit encore et tombe
souvent à zéro. 11 est de :
2 p. 100 . . à Zagoricani 1,8 p. 100 . . à (iorenzi
2 — . . à Grn 0,9 — . . à Kostaraza
3,7 — . . à Koumanicevo 0 — . . à Skrapari
0,2 — . . à CeriloTO 0 — . . à Manjack
11 semble donc que le voisinage du lac exerce une action
manifeste sur l’endémicité palustre et que cette influence
[191]
PALUDISME ET DRAINAGE
diminue rapidement au fur et à . mesure qu’on s’éloigne de cetle
nappe d’eau.
Nous répétons qu’on pouvait la supposer a priori^ car elle
s’harmonise avec nos connaissances actuelles sur l’étiologie du
paludisme, mais l’exemple du lac .de Kasloria ne nous en a
paru que plus curieux à signaler, quelle que soit l’interpréta¬
tion qu’on lui donne.
En ce qui concerne le lac et les marais de Rudnick, nous
avons fait la même observation : le pourcentage de l’indice
endémique fléchit, quand on s’éloigne de cette grahde cause de
paludisme régional; mais dans cet exemple, il semble qu’un
autre facteur intervienne et y apporte quelque trouble. Voici
les indices que nous avons relevés :
Si l’on classe en trois zones les villages qui circonscrivent le
lac et le marais du Rudnik, en s’éloignant progressivement de
leur centre, on trouve les indices suivants :
496 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PÜBLIUUE , 1192]
1“ Dans la première zone, distante de moins de l.bOO mètres ;
Elevi's . 23 p. 100 Aythos . 22 ' p. 100
Sotir . 30 — Nevolani . 33 —
Spànca . 31 — Vrapchin . 42 —
Djulunc ..... 25,3 — ' Rudnick . 64 —
Lioubetiiie . ... 21,8 — Novoselo . 68 —
2° Dans une deuxième zone, comprise entre 1.500 et
3.000 mètres :
Eksissu . 9,7 p. 100 | Mogrena . 33 ' p. 100
Zelenick . 7 — Rakita . 64 —
Vlahoklissura. . . 10 — j Tchor . 42 —
3° Enfin, une troisième zone distante de 3.000 à 5!000 mètres
du lac et du marais Rudnick :
Orehovo . 0,8 p. 100 Konop . 39 p. 100
Negovani . 0,2 — Dibré . 20 —
Neveska . . ... 0 — Kajalar . 27 —
Lehovo . 0 — Nalbankoy .... 28 —
Si l’on veut bien jeter un coup d’œil sur la carte de la région
du Rudnick, on remarquera que les villages de Mogrena,
Rakita, Tchor, Konop, Dibre, Kajalar et Nalbankoy sont tous
situés au sud-est de l’axe du lac Rudnick et de l’immense marais
qui lui fait suite au nord-est. N’aÿant noté dans l’état sanitaire
de ces villages aucune cause pouvant expliquer, sur lieux, ces
pourcentages élevés, nous croyons qu’il faut' rapprocher ces
constatations d’une observation météorologique locale suscep¬
tible d’en donner l’explication.
Dans la région d’Eksissu, le vent dominant vient du nord-
ouest ; il soufQe au printemps, en hiver et en automne avec
une très grande violence, pendant plusieurs jours de suite,
comparable au mistral; sa fréquence dans la région n’est peut-
être pas étrangère à la répartition du paludisme dans cette
contrée. En tout cas, il nous a paru assez remarquable de con¬
stater que tous les villages situés sous le vent, par rapport au
lac et à son marais, présentent des indices paludiques beau-
[193] PALUDISME ET DRAINAGE 497
coup plus élevés que ceux qui sont dans le vent, exemples :
Rudnick, Novoselo, dans la première zone, ont un indice endé¬
mique respectif de 64et68p. 100, alors que Spanca et Nevolani
n’ont que 31 et 35 p. 100. Dans la deuxième zone, Mogrena,
Rakita, Tchor donnent 33, 64, 42 p. 100, tandis que Eksissu et
Zélénick ont un indice de 9,7 et 7 p. 100. Enfin, en troisième
zone, Konop, Dibré, Kajalar, Nalbankoy s’inscrivent pour. un
pourcentage de 39, 20, 27, 28 p. 100 et Oréhovo, Négovani,
Neveska, Lehovo pour- 0,8, 0,2, 0,0.
Fio. 3. — Carte de l’inlluence des vents douuinauls, des marais
et du lac de Rudnick sur la répartition du paludisme dans la région.
Note. — La direction des flèches a été mal orientée dans le manuscrit.
Telles sont les observations que nous avons faites dans notre
secteur d’Eksissu sur l’influence des lacs et des vents dans la
distribution du paludisme. Si elles sont confirmées ultérieu¬
rement, elles pourront être utilisées en hygiène coloniale et
militaire, en permettant à l’avenir d’éviter comme canton¬
nements les villages avoisinant les lacs et tout particulièrement
ceux qui sont situés dans un rayon de moins de 1.000 mètres,
ou sous le vent, quelle que soit la distance qui sépare ces
villages du foyer local d’impaludisme, car il nous a paru que sa
malfaisance s’étend bien au delà de la portée du vol des ano-
phélines.
REV.
408
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[194]
Au' centre du secteur, entre Vlahoklissoura et Ostrovo, un
cirque de montagnes forme une vaste cuvette où s'étalent
4 lacs se déversant les uns dans les autres, soit en surface (Sari-
GOl et Rudnick), soit par des gouffres souterrains (Petrsko et
Ostrovo). Seul le lac de Rudnick est intéressant au point de vue
paludique. En régression constante par les apports en limons et
roches des torrents qui y aboutissent et la flore envahissante de
ses bords, il s’est formé dans la direction nord-est, direction de
son écoulement naturel vers le lac de Petrsko, un immense marais
de 10 kilomètres sur 4 kilomètres, en moyenne, soit 40 kilo¬
mètres carrés, se terminant à la route de Monastir où il se
heurte à un seuil par où s’écoule son- trop-plein.
Les villages qui circonscrivent ses bords sur un rayon de
10 A 20 kilomètres nous ont donné un indice endémique ,
élevé :
Rudnick . 64 p. 100
Rakita . 64 —
Kor . .42 -
Vrapchin . 42 —
Névolani . 33 —
Spanca . 31 p. 100
Gortsko . 29 —
Konop . 39 —
Elevis . . . 21 —
Sorovitch . 40 —
Les limites du marais forment une ligne très sinueuse et se
rétrécissent en été, en découvrant une surface d’une dizaine de
kilomètres carrés, inondée Phiver et exploitée en août pour le
fourrage et les roseaux. Aucun cours d’eau axial, aucun chenal
à'travers le marais dont toute la surface est envahie par une
flore aquatique abondante, feutrage de nénuphars, joncs cl
fougères d’eaux, roseaux hauts de 4 à 5 mètres exploités pour
le tissage des nattes.
A quelques mètres en amont dupont de la route de Monastir,
ou pont de'Sotir, la profondeur d’eau est de 1 m. 30 et aug¬
mente jusqu’à 2 m. 50 à 300 mètres au-dessus. Cette profondeur
maxima, on ne la retrouve qu’en quatre'points couvrant à peine
quelques hectares de la surface totale du marais, très faciles à
repérer des hauteurs voisines d’où ils apparaissent comme les
[195] PALUDISME ET DRAINAGE 499
seules solutions de continuité de cet immense champ de
roseaux.
En aval du pont, le petit ruisseau Rudnick charrie au lac de
Petrsko, à o kilomètres, le trop-plein du marais en un cours
marécageux sur ses bords et extrêmement sinueux, doublant
au moins ce trajet. Sa pente de 0,003 par mètre se trouve ainsi
épuisée en méandres et son écoulement ralenti encore par la
densité des herbes de son lit et la présence de deux moulins
avec leur bief. Ce ruisseau effluent se trouve ainsi constituer
une mare en longueur, de plusieurs hectares, d’autant plus dan¬
gereuse qu’elle est précisément située au carrefour des voies les
plus fréquentées (chemin de fer de MonastiràSalonique, routes
de Monastir à Kozani, de Sotir à Soi’ovitch, de Sorovitch à
Eksissu, de Sorovitch à Petrsko), entre les centres d’étapes de
Sorovitch et d’Eksissu, très recherchés par nos troupes qui y
viennent aussi au repos.
Nous n’avons pas eu de peine à faire partager notre opinion
que la cause majeure du paludisme de la région Eksissu-
Sorovitch est dans la présence de cet immense et redoutable
500 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [196]
marais du Rudnick et de son' déversoir insuffisant dans le lac
de Petrsko. Mais il restait à rechercher les moyens de la faire
disparaître.
II. — Travaux et résultats.
Amélioration de l'étal sanitaire des villages d'étapes.
Avant d’entreprendre une tâche si disproportionnée avec
nos moyens de travail, il était nécessaire de parer au plus
pressé en améliorant l’état sanitaire des villages recherchés des
troupes et leurs abords immédiats.
Trente-cinq militaires, de professions fort diverses, formant
le contingent infirmier du secteur, furent répartis en 8 « équipes
sanitaires » chargées d’effectuer simultanément les petits
travaux d’âssainissement dans les villages de Cerovo, Petrsko,
Eksissu, Sorovitch, Kajalar, échelonnés sur la route de Monastir
à Kozani, et le faucardement du ruisseau Rudnick.
Chacune de ces équipes était tellement restreinte, et si peu
entraînée à des travaux de terrassement, qu’il eût été fort diffi¬
cile de réaliser avec rapidité le but proposé, si nous n’avions
eu l’idée de tirer du pays lui-même l’aide dont nous avions
besoin.
Les autorités civiles grecques, sur nos instances et inté¬
ressées à nos travaux, imposèrent à tous les villages des
« prestations » ou « corvées sanitaires » de 6 à 20 indigènes
travaillant gratuitement, que nos infirmiers n’eurent plus qu’à
diriger.
Les divers services militaires des étapes nous firent bon
accueil, nous prêtèrent quelques hommes et nous aidèrent de
leur autorité, et bientôt la direction du Service de Santé, à la
demande de notre chef de mission, M. le médecin principal
Visbecq, accordait aux travailleurs de notre secteur la ration
quotidienne de pain qui devait assurer le recrutement et la
constance du personnel.
Le 1“ juillet, quarante jours après le début des travaux, on
avait pu faire ;
A Cerovo : 5 kilomètres de drain, du faucardement, l’enfouis¬
sement de nombreux tas de fumiers;
1197] PALUDISME ET DRAINAGE SOI
A Petrsko : plusieurs centaines de mètres de drains et de
caniveaux, sous la direction de M. G. Collard, aide-major de
classe ;
A Eksissu ; le comblement de 2 mares, le nettoyage de près
de 2 kilomètres de caniveaux ou aqueduc ;
A Sorovitch : 300 mètres- de caniveaux, l’enfouissement de
63 las de fumiers et l’installation de 99 « puisards absorbants »
de 3 mètres carrés sur 1 m. 20 de profondeur;
A Kajalar-Nalbankoy-Caldzilar : comblement de 11 mares,
creusement de 300 mètres de drains et enfouissement de
fumiers ;
A Sotir ; faücardement du ruisseau du Rudnik sur 5 kilo¬
mètres. Pewrfanf cette période, il a été fait 3.80 i journées de
travail dont 2.768 gratuites, grâce aux « corvées sanitaires »
par les indigènes.
Certains de ces travaux ont donné peu de résultat comme le
faücardement. Ce moyen de lutte antipaludique jouit' d’une
réputation qu’il ne nous a pas paru mériter. C’est un procédé
illusoire : les joncs, les roseaux, les herbes aquatiques poussent
avec une telle rapidité que cette opération doit être renouvelée
tous les mois si l’on veut arriver à un résultat positif, ce qui
constitue un vrai gaspillage de forces.
Il en est de même du nettoyage d’un cours d’eau, de l’avive¬
ment de ses rives : tout repousse avec une rapidité désespé¬
rante qui stérilise tout travail. J’en ai fait longuement la preuve
sur. place.
Par contre, d’autres moyens, peu employés croyons-nous,
peuvent, dans toute région marécageuse, rendre de bons
services, être définitifs, en nécessitant moins de main-d’œuvre
et un travail moins pénible : c’est le drainage « en corde »
des boucles de petits cours d’eaux marécageux et l’aménage¬
ment de « puisards absorbants ».
Drainage « en corde ». — On se trouve souvent en présence
d’un marais ayant un ruisseau insuffisant du fait du manque
de pente. 11 est constant que ce défaut de pente est accentué
par de nombreux méandres. Supprimer ces méandres équivaut
à diminuer la longueur et par suite à augmenter la pente.
S02
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[198]
donc l’écoulement. Il y a deux moyens d’y parvenir : couper
les boucles des méandres suivant leur corde, ou mieux, si les
sinuosités sont très nombreuses, faire sur le côté un drain recti¬
ligne qui sera le nouveau lit, en comblant l'ancien lit par
l'abrasement de ses bords et , l'utilisation des déblais du drai¬
nage (fjg. 3). Exemples : Un « drain en corde » de 6 mètres de
Fig. 5. — Drainage « en corde » de boucles d’un petit cours d'eau
marécageux (travaux du Rudnick). Comblement de l’ancien lit.
long a permis de réduire de 94 mètres le cours du ruisseau et
d’obtenir un écoulement rapide; le ruisseau du Rudnick, large
de 2 à 4 mètres, traité de celle manière en amont du moulin de
Sorovitch sur 2.200 mètres, a été remplacé par un canal en
droite ligne de l.SOO mètres de longueur, 2 mètres de largeur
et 1 m. 20 de profondeur, et l’ancien lit très marécageux a été
comblé. L’eau qui s’écoulait insensiblement ruisselle désormais
dans ce nouveau lit.
S04 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE - [200]
Puisards absorbants. ' — Certaines eaux slagnantes ne
peuvent être drainées, soit par défaut de pente, soit parce
que leur petite quantitô ne saurait justifier l’installation d’un
drain trop long; d’autre part, leur renouvellement fréquent ne
permet pas le comblement. Dans ce cas, un puisard bien installé
résout la difficulté. Certes ! le puisard est à condamner dans
la plupart des cas chez nous, mais en Macédoine où la souillure
est partout, ilpeut rendre des services; il est comme une étape
de l’hygiène. Ce moyen nous a été précieux à Sorovitch, où
chaque maison a un trou d’eau, puits rudimentaire servant
aux besoins ménagers çauf à l’alimentation, et autour duquel
on trouve constamment de petites mares très propices à la
pullulation des larves. On ne pouvait songer ni à le supprimer,
ni à l’améliorer, ni à en réglementer l’usage. A au moins
10 mètres de chacun de ces puits nous avons fait installer un
« puisard absorbant » qui leur a été relié par un caniveau.en
pierres sèches : il constitue un drain en profondeur, faisant
éponge, de 3 mètres carrés de surface et 1 m. 20 de hauteur rempli
de pierres, de briques et de matériaux absorbants. Du 13 mai
au 13 juillet, -99 « puisards absorbants » ont été installés dans
cette localité et ont complètement asséché le voisinage des
puits.
Il nous semble que les « drains en corde » et les k puisards
absorbants » qui sont des drains en profondeur, peuvent trouver
leur place dans la lutte antipaludique.
, Essai d’assainissement global de la région d'Eksissu.
Le marais du Rndnick ayant démontré sa malfaisance par
les chiffres élevés des indices paludiques des villages qui le
circonscrivent à une grande distance, par quel moyen pou¬
vions-nous essayer d’attèindre cette redoutable cause de
malaria ? ’
On avait espéré tout d’abord trouver la solution de l’assèche¬
ment dans l’installation d’un canal en amont du pont de Sotir.
Le nivellement fit connaître l’inexistence d’une pente pratique¬
ment utilisable sur les bords du marais : il n’y avait donc rien
à faire dans cette direction. .
[201] PALDOISME ET DRAINAGE 505
On renversa le problème : le marais présentant au voisinage
du pont une nappe profonde de 2 m. 50, formant cuvette, cette
particularité de sa surface fil songer à la possibilité de le vider
par un canal faisant drain, situé en aval du pont, l’étude qui
en avait été faite ayant démontré que c’était là une profondeur
maxima.
Celte idée fut confirmée par le nivellement qui rendit compte
IFig. 8. — Travaux de fa'ucardement dans le petit marais du Solir,
précédant. le creusement du canal.
d’une différence de niveau de 5 mètres sur 2 kilomètres. C’était
la seule voie possible pour l’assèchement.
On émit l’hypothèso suivante : en abaissant le seuil de son
déversoir, il est possible d'assécher les marais du ftudnicic.
Abaisser le seuil, cela signifiait : créer une voie nouvelle
d’écoulement telle que le fond de ce nouveau lit fût si tué à 2 m. 50
au-dessous du lit du ruisseau à son départ du marais. 11 fallait
donc pour atteindre ce but : rectifier le cours du ruisseau et
l’abaisser de telle manière que, tout en lui ménageant un excel¬
lent écoulement, on réalisàljune économie de pentede 2m. 50 à
reporter au niveau du pont pour déniveler d’autant le seuil du
506 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE |202]
déversoir, abaissement correspondant à la profondeur maxima
du marais.
Étant donnée la pente de S mètres sur 2 kilomètres, la néces¬
sité pour un bon écoulement d’une pente au mètre de
et le but poursuivi, abaisser le seuil de 2 m.'SO, un calcul très
simple faisait connaître que le canal à creuser devait avoir
au moins 1.700 mètres de long.
Fig. 9. — Queue dii .marais de Rudnick. Le vieux port turc. Abaissement
du seuil des marais Rudnick au pont de, Sotir.
Il devait présenter d’autre part une largeur minima de
2 mètres (celle du ruisseau) dans son fohd. '
Difficultés et importance du travail. — Ce travail présentait
un certain nombre de difficultés inhérentes aux lieux : présence
au seuil d’un vieux pont turc en maçonnerie, à démolir ; assè¬
chement et traversée d’un petit marais de 4 hectares consti¬
tuant la retenue d’eau d’un moulin dont il fallait aussi respecter
les droits ; conditions de travail précaires dans un thalweg où
la nappe d’eau est superficielle.
Sp8 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE 1204]
Il s’agissait enfin d’un gros œuvre représentant au moins
20.000 mètres cubes de terrassement en regard duquel nous ne
disposions que de 3a infirmiers. On nous avait averti qu’il ne
fallait compter ni sur de la main-d’œuvre militaire, ni sur des
prisonniers, ni sur lés musulmans mobilisés.
Ce travail intéressant la région et étant susceptible de rendre
à ragricèllnre des terres riches et considérables, nous eûmes
l'idée) d’en soumettre le projet à M. Illiakis, gouverneur de
Fio. 12. — Abaissement du seuil des marais de Rudnick et canal au
pont de Sotir.
Macédoine occidentale, qui Tapprouva entièrement et nous
promit la main-d'œuvre nécessaire à son exécution.
M. le médecin principal Visbecq, chef de la mission antipa¬
ludique, que la question intéressait particulièrement, assura la
réussite de cette entreprise en obtenant de la direction du
Service de Santé 300 rations quotidiennes de pain pour les tra¬
vailleurs indigènes. Nous ne saurions oublier non plus que les
divers services desEtapes nous furent très souvent serviables,
en particulier la chefferie du génie d’Eksissu.
Les travaux, commencés dans la deuxième quinzaine dejuil-
let,, furent terminés en fin octobre.
[205J
PALUDISME ET DRAINAGE
309
Ils ont consisté :
1“ A faucarder le ruisseau du Rudnick sur 2 kilomètres:
2° A abaisser le fond du bief du moulin de Sotir de Om. 60
pour permettre une prise directe dans le ruisseau et ainsi
rendre inutile sa retenue d’eau, tout en conservant au pays cet
établissement';
3° A supprimer par assèchement, faucardement et drainage
Fig. 13. — Canal d’assèchement de Rudnick.
un petit marais de -4 hectares créé par la retenue d’eau du
moulin ;
4® A démolir le vieux pont turc ;
O® A creuser un canal de i .700 mètres de long, 2 mètres de
large au fond, 3 à 4 en surface, et de 1 m. 50 à 4 mètres de
profondeur-, ^
6® A combler avec les déblais de ces travaux les méandres
marécageux de l’ancien lit.
L’ensemble de ce travail représente 20.000 journées en deux
mois, soit la présence quotidienne de plus de 300 indigènes»
310 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [206]
Les résultats immédiats de ces eftdrts d’assainissement
régional sont* :
A. — Le maintien du grand marais Rvdnick à son niveau
d'éliage, c'est-à-dire ttti gain immédiat sur le marais de
i .000 hectares.
B. — La suppression d’un petit marais d'une étendue de
Fig. 14. — La traversée du petit marais de Sotir
par le canal d’assèchement.
4 hectares avec projet d'utilisation de'ces terres pour l’aména¬
gement de jardins potagers par le service des étapes.
G. — Le comblement d'un ruisseau marécageux de 5 kilo¬
mètres de long.
D- — Son remplacement par un canal au cours rapide sup¬
primant une cause importante de paludisme comprise entre les
voies de communication les plus fréquentées par nos troupes et
deux centres d'étapes.
La création d’un chenal dans le grand marais sera l’œuvre
de cette année. 11 permettra d’en compléter l’asséchemenl,
[207] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES -ill
d’assainir en bloc toute une région peuplée de plus de
100.000 habitants, et de donner à l’agriculture des territoires
considérables et d’une grande fertilité, car ils sont formés d’une
couche d’humus de plusieurs mètres.
PROPHYLAXIE DES MALADIES YÉNÉRIENNES
AUX ARMÉES
ORGANISATION ET FONCTIONNEMENT DE CONFÉRENCES
AVEC PROJECTIONS LUMINEUSES,
par HENRI RAJAT,
Docteur ès sciences.
Directeur du Bureau d’Hygiène de Vichy,
Médecin aide-major de classe,
-Médecin traitant du Centre de dermato-vénéréologie de la Armée.
La guerre a amené une recrudescence des maladies véné¬
riennes, et, plus est longue sa durée, davantage l’étendue des
ravages de ces affections se fait sentir.
« De son étendue, comme l’écrivait M. le D'' Faivre, nous ne
saurions rien dire de précis, mais ce que nous constatons, c’est
que les militaires hospitalisés aux armées pour syphilis sont
pour la plupart des agriculteurs, des ouvriers contractant,
rarement il est vrai, leur affection dans la zone des armées,
mais dans la majorité des cas la rapportant de leurs per¬
missions... »
Habituellement, dans nos divers services, tant dans le civil
que comme médecin militaire, nous avons constaté que ces
malades atteints de syphilis ignorent tout ou presque tout de
cette maladie, la maladie en elle-même et surtout ses consé¬
quences. Nous sommes, pour ainsi dire, forcés de faire leur
éducation.
Nous avons pensé, et en cela nous avons eu de précieux
conseillers en MM. les D" Doisy, député, et Faivre, que, pour
312 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [208]
remédier à ce péril, péril grave, non seulement pour l’armée où
il Immobilise pour un, certain nombre de jours des hommes,
mais pour la famille et la race, il serait utile de faire l’édu¬
cation du soldat par l’organisation de conférences illustrées de,
projections lumineuses.
Il nous a été donné d’organiser de ces conférences dans un
certain nombre de cantonnements de la ...” armée, après auto-
• risation de M. le médecin inspecteur chef supérieur du Service
de Santé et entente avec les chefs des unités intéressées. De
semblables conférences appuyées de projections cinémato¬
graphiques sont faites à l’intérieur par les médecinsrchefs des
centres vénéréologiques, en particulier par le D” Pautrier, à
Bourges; mais aux armées il fallait trouver un appareillage
simple, pratique, transportable partout et demandant le moins ■
de temps possible pour le montage et le démontage et pouvant
être fait n’importe où (baraque Adrian, remise, grange).
Nous utilisons pour cela : la lanterne magique d’une école
communale et des vues du Musée pédagogique qu’a bien voulu
nous confier le docteur Galtier-Boissièpe ; un drap de lithous
sert d’écran. Avec cet appareillage nous avons pu opérer dans
n’importe quel immeuble; nous avons même fait des confé¬
rences dans des granges à fourrages comme à D...
Mes conférences, illustrées de vues, portent sur trois points :
l’alcoolisme, la tuberculose et les maladies vénériennes.
Nous débutons par l’alcool, montrant les méfaits de l’alcoo¬
lisme sur les divers organes du corps humain, sur l’individu
lui-même, sur la famille, sur la descendance.
Du cabaret naît la tuberculose (esquisse rapide de cette affec¬
tion), puis de l'alcool comme conséquence.
Les maladies vénériennes, que nous divisons en trois caté¬
gories :
1° La blennorragie : La maladie ; ,
les complications pour soi-même ; cystite, néphrite, pros¬
tate, conjonctivite, rhumatisme, urétrites, etc.
Les conséquences pour la famille :
a) sur la femme : métrite, salpingite, stérilité;
b) les enfants : conjonc tivite.
2“ Le chancre mou : Le chancre lui-même, le bubon.
[209] PRUPUYLVXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 313
3“ La syphilis :
a) la maladie : périodes primaire, secondaire, tertiaire ;
b) les conséquences :
a) pour soi-même : gommes, tabes, paralysie géné¬
rale, folie, mort subite;
(5) pour la famille : la femme, fausses couches ; les
enfants, hérédo-s}'pbilitiquès, mort-nés.
y) pour, la société : diminution des naissances, appau¬
vrissement de la race.
Enfin, nous terminons nos conférences en appelant l’attention
des hommes sur la continence qui est une preuve de volonté et
qui est à tous les égards hautement louable.
Nous donnons ensuite des conseils pratiques et des moyens
palliatifs à ceux qui s’exposent à la conlagion.
En dernier lieu, nous faisons comprendre aux hommes qu’ils
doivent faire voir à leur médecin le moindre accident suspect,
de manière à être soigné immédiatement.
Âu cours des conférences que nous avons faites aux diverses
unités cantonnées à D..., V..., G..., B .., etc., nous avons
constaté que les hommes nous écoutaient, que le sujet les inté¬
ressait et que généralement nombreux étaient ceux qui
venaient, la conférence terminée, nous demander des conseils.
Nous estimons que ces conférences, en inslruisant les
hommes, contribueront efficacement à la prophylaxie des
maladies vénériennes.
La séance est levée à dix-huit heures quarante minutes'.
REV. d’uyg.
XL — 33
514
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[2101
SÉANCE DU 26 JUIN 1918.
Présidence de M. Jules Renault, président.
La séance est ouverte à 17 h. 15.
M. LE Président. — En dehors des questions inscrites à l’ordre du
jour, M. le Léon Azoülay nous communiquera un travail qui a
trait à la prophylaxie des maladies vénériennes ; nous avons pensé
qu’il serait intéressant, à la suite du rapport de notre collègue,
-M. le’D'' Faivre, d’en donner lecture à la Société; en effet, étant
données les circonstances, nous avons décidé de ne pas faire de
séance en juillet : h plupart d’entre nous seront absents.
M. LE Secrétaire général. — M. Fof.d, chef du service de la
Propagande de reconstitution des régions libérées, à la Croix-rouge
américaine, vient d’avoir avec nous une entrevue. Il demande à la
Société de médecine publique son appui pour cette œuvre de propa¬
gande.
D’accord avec le Conseil d’administration, nous avons décidé
d’offrir à la Croix-rouge américaine toute notre collaboration. Nous
préciserons au plus tôt, par un rapport résumé, les points parti¬
culiers sur lesquels nous pourrons faire élude et œuvre communes.
M. LE Président prie le Secrétaire général de donner lecture de la
communication dç^ M. Marié-Davï qui, absent de Paris, s’est excusé
de ne pouvoir assister à la séance.
[211] LA VIDANGE RÉGULIÈBE DES FOSSES D'AISANCES
515
COMMUNICATION
DE LA NÉCESSITÉ D’ASSURER
LA -
VIDANGE RÉGULIÈRE DES FOSSES D’AISANCES
par M. MARIÉ-DAVY.
De longues années ont passé depuis les discussions passion¬
nées qui se sont déroulées dans cette salle au temps de
Brouardel, de Napias, de Durand-Claye et de Marié-Davy à
propos du'^çc tout-à-l’égout ».
La [conception du tout-à-l’égout éloignant rapidement du
domicile^jet de la ville même toutes les matières usées, tous
les déchets de la vie, est sortie victorieuse de ces luttes paci-
fiqties’auxquelles prirent part toutes lessommitésde l’hygiène.
On put un moment, espérer, que, rapidement, arriverait la
suppression de ces foyers d’infection, de ces cloaques malodo¬
rants que sont les fosses d’aisances.
On avait compté sans la routine, sans les préventions, sans
la mauvaise volonté des propriétaires qui se sont considérés
comme lésés parla réforme, se sont dressés contré elle, ont
profité des fissures que présentait le texte de la loi pour entraver
son application.
Combattue sur tous les terrains juridiques, la réforme n’a pu
avoir son plein etfet, loin de là, et à l’époque actuelle encore il
existe à Paris un nombre considérable de fosses d’aisances.
En temps de paix, lorsque les compagnies de vidanges
remplissent régulièrement leur office, les inconvénients des
fosses, trop réels encore, peuvent passer inaperçus, réduits au
minimum. '
En temps de guerre il n’en va plus de même, et l’infection,
souvent après avoir envahi la maison, gagne la rue.
516 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [212]
Actuellement la situation va en s'aggravant, et si l’on n’y
prenait garde, de véritab^es foyers d’infection pourraient à un
moment donné prendre naissance ^dans Paris ou la banlieue.
Les causes sont les mêmes qui sont venues entraver tous les'
services publics.
La cavalerie des compagnies de vidange, réduite par lés
réquisitions, diminuée encore par l’usure normale de quatre
années, ne peut être reconstituée. La nourriture insuffisante
en quantité, mauvaise comme qualité, ne peut suffire à main¬
tenir les forces des chevaux restant, dont le nombre restreint
engendre un surmenage intensif.
Le personnel de son côté, en partie mobilisé, se recrute
avec peine et n’a pas l’appoint de la main-d’œuvre féminine.
Dans ces conditions, même en admettant leur bonne volonté
absolue, les compagnies sont dans l’impossibilité d’assurer un
service normal et de répondre à toutes les demandes.
11 en résulte des retards souvent très longs dans la vidange
des fosses qui débordent et épandentleur trop-plein au dehors.
J’ai pu voir personnellement, au cours d’une enquête comme
membre de la Commission d’hygiène, un immeuble de mon
arrondissement oü, après un mois, la vidange d'une fosse
était encore attendue. Le sol des cabinets du rez-de-chaussée
était recouvert d’une couche de matières qui cachaient com¬
plètement le siège à la turque et par la porte un large ruisselle¬
ment de liquide malodorant gagnait la cour, puis le couloir de
l’imineuble, enfin le trottoir et le ruisseau de la rue. Naturelle¬
ment dans tout cela les larves des mouches grouillaient et les
bestioles ailées allaient au loin porte^ la pestilence et peut-être
la contagion.
11 a d’ailleurs été affirmé à la Commission d’hygiène que ce
fait était loin d'être isolé.
D’autre part, certains propriétaires, non payés de leurs loca¬
taires refusent systématiquement de réclamer les services des
compagnies des' vidanges,, préférant laisser déborder leurs
fosses avec le secret espoir que leurs locataires incommodés
fuiront la maison ainsi empoisonnée.
Enfin, les employés chargés des vidanges, insuffisants
comme nombre et ne pouvant le plus souvent obtenir de leurs
chevaux le travail réclamé, s’ingénient à alléger leur tâche en
[213] LA VIDANGE RÉGULIÈRE DES FOSSES D'AISANCES 517
répandant clandestinement en chemin le contenu de leurs ton¬
neaux au lieu de le transporter jusqu’à la voirie.
Ces déversements se font dans les égouts par les bouches des
ruisseaux, en Sejne, ou, tout simplement, en banlieue, dans les
terrains vagues.
Il n’est pas nécessaire d’insister sur les dangers de pareils
, retards dans les vidanges ou de pratiques aussi répréhensibles.
11 est seulement étonnant que des foyers épidémiques ne se
soient pas produits, mais il peut certainement à chaque ins¬
tant s’en produire.
L’administration municipale fait les plus louables efforts
pour remédier à la situation, mais elle ëst désarmée en pré¬
sence de concessionnaires qui font valoir l’imoossibilité maté¬
rielle née des circonstances.
Elle ne peut d’ailleurs agir que quand elle est saisie d’une
plainte, soit du propriétaire, soit du locataire. Dans le premier
cas elle envoie une injonction à la compagnie et la fosse
signalée obtient un rang de faveur, naturellement aux dépens
d’une autre fosse dont la vidange sera retardée d’autant. Dans
le second cas des formalités sont nécessaires vis-à-vis du pro¬
priétaire et retardent encore l’intervention.
En ce qui touche les déversements clandestins, la police sévit
quand elle les découvre, mais actuellement l’obscurité des
rues favorise singulièrement les délinquants et, en banlieue ils
ont toute latitude pour opérer en paix.
Il y a là, en somme, une situation exceptionaelle à laquelle
il est nécessaire d’appliquer des mesures exceptionnelles.
A un danger causé par la guerre il convient d’opposer des
mesures de guerre.
La santé de la population qui ne peut manquer de réagir
sur la santé de l’armée du camp retranché doit être défendue,
et puisque l’état de guerre rend impossible à l’Administration'
civile de faire le nécessaire, il semble indiqué que l’Adminis¬
tration militaire lui vienne en aide.
Cela a été fait pour les ordures ménagères. Cela doit l’être à
tout aussi juste titre pour les vidanges.
Des mesures auraient déjà été prises certainement si l’opi¬
nion publique, surtout si la presse s’en était émue et si les
choses 'avaient été mises en lumière; mais tandis que la sta-
518 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [214]
gnation des ordures ménagères sur la voie publique était un
fait palpable, visible de tous, gênant tout le monde, la non-
vidange des fosses ne lèse en apparence que les habitants de
l’immeuble et reste inaperçue du passant.
C’est pourquoi j’ai pensé qu’il serait utile d’en parler à la
Société, afin que les échos en parviennent aux oreilles de ceux
qui peuvent porter préventivement remède à un danger qui
n’est pas illusoire.
M. LF. Secrétaire général' communique une lettre de M. le
Df Vivien, directeur du Bureau d’Hygiène de Vienne (Isère) ; le
rapport de M. MariÉtDavy est d’autant plus intéressant en ce
moment que dans beaucoup de villes de province, dont la population
a parfois doublé depuis la guerre, la vidange n’est plus assurée
d’une façon régulière.
Il y a là, ainsi que le confirme M. le D'' Vivien, une situation
pleine de danger, surtout dans les centres ouvriers : c’est le cas
précisément de la ville de Vienne. \
L’ordre du jour appelle la communication de M. le D’’ Renault.
UTILITÉ ^
D’UNE BONNE VENTILATION PERMANENTE
[DANS UN SERVICE DE CONTAGIEUX
par M. JULES RENAULT.
Depuis fort longtemps les hygiénistes se préoccupent d’as¬
surer aux malades la quantité d’air pur, qui leur est nécessaire.
Le « cube d’air » utile à chaque malade est prévu, lors de la
construction d’un hôpital, par l’établissement d’un nombre de
lits en rapport avec les dimensions de la salle ; malheureuse¬
ment l’installation obligatoire des brancards ou lits supplé¬
mentaires ne tarde pas à fausser toutes les prévisions. Cette
[215] UTILITÉ D’UNE BONNE VENTILATION PERMANENTE 519
dérogation, presque constànte, à la règle du cube d’air mini¬
mum, n’en i^end que plus nécessaire le renouvellement de l’air,
toujours indispensable, si l’on veut éviter aux malades les
inconvénients d’une atmosphère confinée.
C, coffre de prise d’air dans la cour; p, .conduit; D, boite de réparti¬
tion avec filtre F; R, radiateur; A, arrivée d’air derrière le radiateur
avec Persienne 7\
Lorsque je pris possession du service d’enfants à Saint-Louis,
ayant trouvé mauvaise l’aération d’un pavillon de contagieux,
divisé en chambres de dimensions différentes, j’ai, sans succès,
essayé de la modifier par l’installation de vitres perforées, puis
520 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [216]
(le Persiennes en verre. Convaincu, à l’usage, de l’insuffisance
de ces procédés et redoutant les inconvénients pour les enfants
d’une ventilation intermittente par l’ouverture des fenêtres,
qui produit des changements brusques de température, j’ai
cherché à procurer à mes malades une « ventilation perma¬
nente ». Grâce à la bienveillance de M. Mesureur, directeur
de l’Assistance publique, l’ingénieur de l’Administration,
M. Desbrochers des Loges, à qui j’exposai mes desiderata, put
installer un système très simple de « ventilation permanente
sans propulsion », qui me donna toute satisfaction.
A A A
M, M, conduit d’air en tôle galvanisée; A, arrivée d’air derrière les
radiateurs N, N, montée d’air . en tôle galvanisée.
L’air pur est amené dans les chambres par deux appareils
établis l’un à droite, l’autre à gauche du pavillon. Pris dans la
cour un peu au-dessus du sol, au moyen d’un coffre en maçon¬
nerie C, l’air est amené au sous-sol par un conduit jo dans un
volumineux cai.sson.D où, en arrivant, il traverse un filtre F,
constitué par un cadre amovible contenant un lit d’ouate,
épais, mais non tassé, emprisonné entre deux grillages (le
changement du colon se fait aisément pn soulevant verticale¬
ment le filtre F); on le renouvelle au commencement et au
milieu del’hiver. Du caisson D partent latéralement deux gros
tuyaux M.M. en tôle galvanisée, sur la partie supérieure
desquels sont branchés les tuyaux d’échappement N. N. qui
viennent déboucher dans les chambres par des bouches d’aéra-
[217] UTILITÉ D’UNE BONNE VENTILATION PERMANENTE 521
tion A. A. situées derrière les radiateurs R, à raison d’une par
radiateur, et munies d’une persienne p à glissière, que l’on
peut ouvrir plus ou moins.
, L’air vicié est évacué au dehors au moyen de persiennes en
verre, à lames horizontales, installées en haut des fenêtres à la
place des impostes.
Les dimensions des différentes parties de ces ventilateurs
ont été calculées de telle façon que l’air soit constamment
renouvelé dans les chambres à raison d'une fois et demie par
heure ; un renouvellement moindre n’aurait pas été suffisant,
un renouvellement plus rapide aurait exposé les petits malades
à re.ssentir, à' certains moments, l’impression désagréable de
courants d’air. . "
Les résultats ont pleinement justifié les prévisions. Quand,
arrivant du dehors, on pénètre dans les chambres, on n’a pas
cette sensation d’air chaud et lourd, que l’on éprouve si sou¬
vent dans les salles d’hôpital ; on a l’impression de respirer un
air pur, qui donne aux poumons la sensation de la fraîcheur,
à tel point que les visiteurs sont surpris de cette sensation
inaccoutumée dans les chambres de malades et constatent
avec étonnement, en hiver, que le thermomètre de la salle
marque 20°.
Mais le bien-être est le moindre avantage apporté par la
ventilation permanente. La santé des infirmières est grande¬
ment améliorée ; l’une d’elles, qui vivait constamment dans
une chambre occupée par dix rougeoleux, souffrait de maux
de tête persistants, qui disparurent quelques semaines après
l’installation de la ventilation ; ils étaient dus à l’intoxication
produite par l’air vicié, chargé d’acide carbonique et des toxines
de la respiration.
Si les sujets sains sont si sensibles à l’intoxication produite
par l’air vicié, il est logique de penser que les malades doivent
l’être encore davantage ; que beaucoup de leurs malaises et de
leurs troubles peuvent être mis sur le compte de cette intoxica¬
tion ; que de ce fait leur résistance à la maladie doit être dimi¬
nuée et leur sensibilité aux complications augmentée.
Cette hypothèse est confirmée par la comparaison des statis¬
tiques de mortalité pour les trois années qui ont précédé Tins-
522 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [218]
lallation de la ventilation permanente et pour les trois années
suivantes :
UALADIBS
ANNÉES
ENTRÉES
mortalité
1“ Scarlatine.
Avant la ventilation . . .
1911
53
4
7,5 p. 100
1912
66
7,5 p. 100
—
1913
64
5
7,8 p. 100
Depuis la ventilation...
1914
40
1
2,5 p. 100
1915
68
0
0 p. 100
■“
1916
68
2*
2,8 p- 100
2“ Rougeole.
Avant la ventilation . . .
1911
149
22
14,7 p. 100
—
1912
164
19
11 p. 100
—
1913
175
19
10,8 p. 100
Après la ventilation . . .
1914
122
6
4,9 p. 100
—
1915
176
14
8 p. 100
1916
105
5,7 p, 100
Pour les deux maladies, lamortalité est descendue de moitié.
L’établissement des box à la fin de 1911 avait diminué la
mortalité par rougeole, mais à partir de cette date les condi¬
tions d’isolement, d’antisepsie médicale, de traitement sont
restées les mêmes ; l’établissement de la ventilation constante
a été la seule modification importante et le nombre des malades
ayant été sensiblement le même d’une année à l’autre, je crois
être en droit d’attribuer à la ventilation l’amélioration consi¬
dérable de lastatistiqué des trois dernières années.
Parmi les conditions hygiéniques susceptibles de concourir
au bien-être et à la guérison des malades de nos hôpitaux, sur¬
tout dans les salles de contagieux, je crois donc qu’il faut
placer au premier rang une « ventilation permanente » suffi¬
sante pour maintenir l’air, constamment frais et pur.
[2l'9] LA PUOPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
LA PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
MOYENS PRATIQUES
par H. le Dr LÉON AZOÜLAT.
Grâce aux mémorables expériences de MetchnikofiF et Roux,
nous possédons depuis 1906 le moyen de prévenir l’éclosion
de la syphilis ; en y joignant un traitement préventif et facile
de la blennorragie, la prophylaxie vraie, prémorbide, des trois
maladies vénériennes se trouve assurée.
Le mode d’application de cette prophylaxie doit varier bien
évidemment suivant qu’il s’agit de la population militaire,
obéissante, et de la population civile, libre.
Dans la population militaire cette application est des plus
simples. Il suffit d’obliger le soldat, sous peine de punition, à
se faire désinfecter verge et urètre par un major ou sous sa
surveillance, au plus tôt après les rapports sexuels. C’est ce
qu’ont fait les Américains avec plein succès, depuis 1910 et
pendant cette guerre. Sous peine de suspension partielle de
solde de un à trois mois, ils forcent l’homme de troupe à se
rendre, au plus tard trois heures après les rapports, à un poste
où un infirmier lui fait une instillation de protargol dans
l’urètre et lui donne de la pommade au calomel pour s’en mas¬
ser la verge. Ils le forcent également, sous peine de châtiment,
là déclarer aussitôt toute affection vénérienne*.
Rien de tout cela n’existe encore dans notre armée, et les
maladies vénériennes y font rage.
1. Sous aucun préte.xte, le soldat ne peut se faire cette instillation lui-
mème ou s’éloigner avant d’avoir fait l’onction au calomel.
On donne un petit tube de gélatine (très pratique) renfermant une pom¬
made composée au calomel : 1" aux officiers pour s’oindre le pénis avant
et immédiatement après les rapports ; 2» aux soldats, trop éloignés des
postes pour s’y rendre dans les trois heures. Les uns et les autres doivent,
néanmoins, subir dans un poste le traitement préventif réglementaire
{Manual of Militari/ Urology, published for the American expeditionary
force by the American Red Cross, 1918, Masson, éditeur).
Sabooraud. — Prophylaxie des maladies vénériennes dans l’armée.
l’resse médicale, 18 février 1918.
524 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [220]
La population civile, même celle des ouvriers d’usines dé¬
pendant de l’autorité militaire, ne peut être soumise à cette
coercition.
Comment donc la préserver?
On pourrait, dans les grandes villes, créer des postes discrets
(hôpitaux, dispensaires, pharmaciens, médecins, postes de
secours, postes de police, etc.) ouverts de jour et surtout de
nuit, où, au plus vite après les rapports, les hommes viendraient
se faire désinfecter. Des raisons d’ordre administratif, privé e(
budgétaire, la non-préparation des esprits et surtout la répu¬
gnance de l’homme à s’écarter de son chemin pour se rendre
au poste de préservation semblent s’y opposer pour l’instant.
Cependant, qui empêcherait de tenter, k l’exemple de ce qui
a été fait pour la tuberculose par la Croix-Rouge américaine
aux Buttes-Chaumont, qui empêcherait, dis-je, de tenter un
essai prolongé de prophylaxie anlivénérienne de jour et de nuit,
pour la population civile et militaire, dans ce même quartier
ou dans tel autre*?
Si tous, Gouvernement, municipalité, Croix-Rouge, médecins,
infirmiers, etc., font la propagande nécessaire et remplissent
leur rôle avec le vif désir du succès, nul doute que, dès le
début, les statistiques ne démontrent l’impérieux besoin
d’étendre à toutes les grandes villes les postes de pratique
préventive*.
Mais dans les petites villes et ailleurs ces mesures ne pour¬
raient être prises ; la peur d’indiscrétions, la honte, les dé¬
penses, etc., les feraient échouer.
1. Le Dr Faivre, inspecteur général au ministère de l’Intérieur, présent
à la séance, nous a appris que ce ministère envisageait la création de
postes, dans les hôpitaux de Paris, sur le modèle de ceux de Tarmée amé¬
ricaine. MM. Brisac et Mesureur, à qui j’ai demandé de créer un poste
d’apprentissage conformément à ma communication, m’ont confirmé la
chose. Le premier poste prophylactique officiel sera établi à l’Hôtel-Dieu ;
un poste privé de désinfection sexuelle et d’apprentissage va probablement
fonctionner dans un quartier ouvrier (4 août 1918).
2. Cependant, nous pensons, comme, nous l’avons écrit dans une lettre
remise à M. le Ministre de l’Intérieur le 19 juillet dernier que, immanqua¬
blement, les postes prophylactiques {et même d’apprentissage) cesseront
vile d’avoir leur utilité par la vulgarisation même de la prophylaxie
(4 août 1918). \
[221] LA PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 525
Comment do^c suppléer à ces mesures d’application problé¬
matique, lointaine ou même impossible? Par l'apprentissage
individuel, a l’avance, du traitement préservatif.
Pour les ouvriers d’usines soumises à l’autorité militaire,
rien ne serait plus simple, grâce au ministère de l’Armement.
Un médecin accompagné d’infirmiers stylés irait dans chaque
usine et ferait exécuter à chaque ouvrier une répétition des
soins préventifs : lavage au savon, instillation de protargol,
massage à la pommade au calomel, etc.; il lui remettrait en
même temps une notice imprimée indiquant : 1® les dangers
vénériens ; 2° la technique exacte de la préservation avec figures
détaillées ; 3®. les mesures à prendre au cas d’apparition d’une
lésion ; 4®- les conseils d’hygiène pour lui et ceux qui vivent
avec lui ; 3® les moyens pratiques d’éducation sexuelle de ses
enfants. Il lui donnerait aussi, le cas échéant et à titre gratuit,
un nécessaire préservatif pour la première fois.
Cette répétition est sans danger puisque le traitement est
lui-même inoffensif ; il ne faut cependant pas la pratiquer chez
des ouvriers présentant des lésions vénériennes des organes
sexuels de peur de dénaturer leur aspect et d’induire en erreur
le médecin consultant.
Pour les ouvriers civils libres, la notice, distribuée dans
leurs ateliers ou mieux attaché à leur livret de travailleur,
indiquerait qu’ils peuvent apprendre la pratique préservative
gratuitement dans les hôpitaux et dispensaires, à leurs frais
chez leur médecin ou à la rigueur chez leur pharmacien, ce
qui est à voir.
Du reste, il est à croire que les ouvriers d’usines se feront
les meilleurs agents de propagande de cette pratique auprès
de leurs camarades et qu’assez rapidement le nécessaire pré¬
servatif sera partout demandé. Les syndicats ouvriers eux-
mêmes sont intéressés à cette propagande, comme ils l’ont
prouvé pour la lutte antialcoolique '.
Quant aux autres hommes et jeunes gens surtout de la po¬
pulation civile, ils ne peuvent tarder à connaître la notice et la
1. Ils ont également le plus grand intérêt à lutter contre la tuberculose
et pour l’hygiène, ce qu’ils ne font pas, malheureusement.
526 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [222]
méthode, par ouï-dire ou par lecture, par leurs parents, leur
médecin ou leur pharmacien.
L’apposition obligatoire dans les maisons jmbliques et autres
lieux de prostitution d’une affiche détaillant, avec figures, la
technique préventive, servirait également à préserver bien des
hommes.
Reste la partie féminine de la population. Je ne sais si des
médecins ont quelque expérience de la pommade au calomel
chez la femme à titre préventif. On peut présumer que si elle
ne l’emploie qu’une fois par hasard après des rapports sus¬
pects, il n’en résultera aucune suite fâcheuse. Mais s’il s’agit
de professionnelles, ne peut-on craindre des accidents graves,
un empoisonnement, etc., par répétition de l’onction*? La
méthode préservative n’est donc pas à conseiller chez la femme
jusqu’à plus ample informé et il vaut mieux se contenter, pour
le présent, de la prophylaxie indirecte par l’homme.
Certes, l’apprentissage et la pratique individuelle libre de la
méthode préventive ne valent pas son application obligatoire
par un personnel expérimenté. Cependant celle-ci n’est pas à
l’abri de tout reproche, car elle doit compter, comme le prouve
un, rappel récent de l’autorité américaine, sur les négligences
nées d’actes incessamment répétés*. D’autre part, la pratique
libre nous est imposée par les conditions mêmes de la plus
grande partie de la population masculine en temps de paix ; de
plus, elle n’est pas sans avantage, vu qu’elle tend à préserver
l’homme bien avant la conscription.
D’ailleurs, pour donner toutes chances de succès rapide à la
pratique préventive précédée ou non d’apprentissage, tant dans
la population militaire que dans la population civile, il nous
paraît vivement souhaitable que le Gouvernement ou mieux
une institution reconnue possède le- monopole de la vente du
nécessaire.
C’est le seul moyen d’offrir toutes garanties, de vendre au
plus bas prix (chose capitale), de modifier notice et médication
'1. Le professeur Gougerot, métlecia-chef du centre dermato-vénéréolo-
gique à Tours, leur recommande, dans un tract, l’onction à la pommade
au calomel à 30 p. 100 avant et après (4 août 1018).
1. Note manuscrite remise aux infirmiers des postes de prophylaxie.
[2231 LA PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 527
suivant les progrès et surtout de placer la prophylaxie antivé¬
nérienne sous une autorité qui lui est indispensable.
Nos gouvernements, le dernier surtout, ont beaucoup fait
pour préserver le pays ; les hygiénistes attendent encore d’eux
qu’ils fassent beaucoup pour préserver sa santé.
La séance est levée à 18 h. 45.
En raison des circonstances, exceptionnellement la séance
du 24 juillet n’aura pas lieu. Suivant les statuts la séance men¬
suelle de rentrée est fixée au 23 octobre 1918.
Nous avons reçu, après la séance, la douloureuse nouvelle de
la mort de M. le professeur Édouard Maurel, de Toulouse.
Nous transmettons à Maurel les sentiments de condo¬
léances et les regrets unanimes de tous les membres de la Sor-
ciété. M. le D"' Maurel, surtout depuis la guerre, par de longues
et très intéressantes études, s’est placé comme un de nos
hygiénistes les plus documentés, surtout dans les questions
d’hygiène alimentaire; sa disparition est une véritable perte
pour l’Hygiène et particulièrement pour la Société de Médecine
publique.
Le secréLaire générât, adjoint,
D‘' Ror.ne.
Le Président,
D’’ J. Renault.
Le Gérant : Piekhe Auoer.
— L. Maeetheux, imprimeur, 1,
REVUE
D’HYGIÈNE
ET DE,
PROPHYLAXIE DE LA GRIPPE '
par U. le D-- FERNAND BEZANÇON
Dans sa dernière séance, l’Académie de médecine, ayant reçu de
M. le D' Louis Mourier, sous-secrétaire d’Etat du Service de Santé
militaire, une lettre par laquelle il la priait de vouloir bien étu¬
dier « les moyens prophylactiques les plus propres à limi ter dans
les divers milieux la contagion grippale et la dissémination de la
maladie », chargeait une Commission composée de MM. Chauf¬
fard, Netter, Vincent,' Achard et Bezançon de lui présenter
d’urgence un rapport sur cette question; j’ai l’honneur, au nom
de cette Commission, de soumettre les éléments de ce rapport à
votre appréciation.
Toutes les observations, faites au cours de l’épidémie actuelle,
confirment les données recueillies lors de l’épidémie de 1889
sur la contagiosité extrême de la maladie.
1. Rapport lu et approuvé à i'unanimlté, à l’Académie de médecine, le
15 octobre 1918, au nom d’une Commission composée de MM. Achard,
Chauffard, Vincent, Netter et Fernand Bezançon.
REV. d’hyg. XL
— .34
S30
D-' FERNAND BEZANÇON
La contagion est presque toujours une contagion interhumaine;
les gouttelettes émises au cours -des conversations, les muco¬
sités projetées à courte distance, au moment de la toux et de
l’élernuemeat, sont aussi des agents de transmission du virus;
nous manquons de documents précis sur le rôle joué dans la
transmission de la maladie par les objets ayant servi aux grippés.
Le virus semble extrêmement contagieux, un contact passager
avec un grippé suffit pour créer la maladie. -
Si l’on ajoute à cette notion de facilité extrême du contage
celle de la brièveté de la période (^'incubation qui peut ne durer
que quelques heures, on s’explique la rapidité avec laquelle se
fait la difi^usipn de la maladie. Cette diffusion est d’autant plus
facile que les conditions de promiscuité sont plus grandes ; dans
l’épidémie actuelle, on voit la grippe frapper brutalement presque
en même temps la plupart des hommes d’un camp, d’un fort,
d’un train sanitaire, etc. Une des; mesures prophylactiques les
plus urgentes sera donc de lutter, dans les divers milieux, contre
l’encombrement.
\ Il est vraisemblable que la maladie est surtout contagieuse à
sa périücle initiale et fébrile ; mais il est difficile de fixer la limite
extrême delà période de contagion, surtout lorsqu’il s'agit' de
grippe compliquée.
Une première atteinte de grippe confère-t-elle un certain degré
d’immunilé? Les observations récentes, montrant la fréquence
de la grippe chez les jeunes gens et la rareté chez les personnes
âgées, frappées pour la plupart lors de l’épidémie antérieure,
sont en faveur de cetté hypothèse.
Lemierre, Raymond aux armées ont observé des faits qui
plaident en faveur du développement de l’immunité après une
première atteinte ; nous ne citerons que l’observation particu¬
lièrement démonstrative suivante : l’épidémie actuelle a présenté
ses premières manifestations en avril; après une période d’ac¬
calmie, il y eut recrudescence manifeste et aggravation fin août ;
beaucoup de formations militaires ont été touchées à ces deux
périodes; il en fut ainsi de trois groupes d’un régiment d’artillerie;
or, dans le premier groupe où il n’y avait eu que 3 cas en avril,
114 hommes furent touchés en août, alors que dans le troisième
groupe où il y avait eu 100 cas en avril, il n’y eut que 3 grippés
en août; dans le deuxième groupe où il n’y avait eu que 20 cas
PROPHYLAXIE DE LA GRIPPE -
531
en avril, il y eut 59 malades en août. 11 est à souhaiter que
de nouveaux documents viennent corroborer ces premières
observations. ,
L’épidémie actuelle confirme l’observation déjà faite lors de
l’épidémie de 1889, que la grippe est la porte ouverte à toutes
les infections secondaires et qu’elle n’est pas seulenqent conta¬
gieuse par elle-même, mais que les infections qui la compliquent
sont elles-mêmes^ transmissibles au plus haut degré.
C’est celte contagiosité des complications de la grippe qui rend
compte du polymorphisme qui est un des caractères principaux
de cette maladie. Dans un niême foyer grippal, des infections
secondaires similaires déterminent des symptômes morbides
analogues qui donnent à la grippe sévissant dans ce foyer sa
physionomie spéciale; nous relevons dans l’épidémie actuelle
de nombreuses observations d4 ce genre : dans telle formation
sanitaire, ce sont les phénomènes pulmonaires mécaniques qui
•dominent, entraînant surtout des symptômes d’asphyxie; dans
une autre, ce sont plutôt des symptômes d’infection générale,
comme dans lés grandes septicémies; dans une troisième, ce sont
les localisations intestinales. La variété du germe d’infection
secondaire en cause explique ces faits pour une certaine part.
La notion de la contagiosité des infections secondaires de la
grippe a le plus grand intérêt au point de vue de la prophylaxie
de la grippe; elle nous montre qu’au cours d’une épidémie
grippale, il ne suffit pas de séparer les grippés des individus
sains ou des autres malades, mais encore qu’il faut séparer les
grippes simples des grippes graves et des grippes compliquées;
pour les grippes compliquées, lorsque l’isolement individuel
sera impossible, on devra chercher à grouper celles qui pré¬
sentent des manifestations morbides similaires.
On se rappellera enfin qu’en milieu épidémique les pneumo¬
nies, les broncho-pneumonies, en apparence non grippales, ont
la même contagiosité que les accidents broncho-pulmonaires
d’origine gripiiàle.
532
D' FEHNAND BEZANÇON,
Prophylaxie de la grippe.
Elle comporte : 1° des mesures de préservation individuelle-,
2® des mesures de protection collective.
Mesures- de préservation individuelle. — Des considérations
générales qui précèdent, il résulte que la mesure de préservation
individuelle la plus importante est de considérer la grippe
comme une maladie contagieuse, au même titre que la rougeole
ou la scarlatine, et de chercher à réaliser l’isolement rigoureux
des grippés. Si cet isolement estplus difficile à réaliser que celui
des rougeoleux, des diphtériques, dont la maladie est nettement
caractérisée, il doit être tenté, aussi bien dans les familles que
dans les collectivités.
Les résultats obtenus par cette mesure dans certains foyers
épidémiques montrent tout l’intérêt qui s’attache à son exécu¬
tion rigoureuse.
Dans le logement familial, une chambre spéciale doit être
réservée au malade, et l'entrée de cette chambre rigoureuse¬
ment interdite aux autres membres de la famille ; les personnes
chargées de soigner les malades devront revêtir une blouse en
entrant dans la chambre.
Dans l’armée, le sous-secrétaire d’État, dès le début de l’épi¬
démie, a prescrit de considérer la grippe comme une maladie
contagieuse et d’isoler les grippés.
Le ministre de l’Intérieur, sans recourir à la déclaration obli¬
gatoire, a prescrit aux préfets de demander aux médecins de
vouloir bien considérer d’eux-mêmes, jusqu’à nouvel ordre, la
grippe comme maladie nécessitant la déclaration et a recom¬
mandé l’isolement des malades, et d’autre part la désinfection
des locaux et de la literie.
Si la désinfection de tout logement où s’est produit un cas de
grippe est pratiquement impossible, il y a lieu, copime le pres¬
crit la circulaire du ministère de l’Intérieur du 18 septembre
1918, d’y recourir toutes les fois qu’il s’agit de grippe compli¬
quée d’affection secondaire, pneumonie, broncho-pneumonie.
La Commission propose d’ajouter « et toutes les fois qu’il s’agit
de grippes graves ».
PROPHYLAXIE DE LA GRIPPE
533
Nous ne pouvpnsque rappeler rapidementles autres mesures de
préservation individuelle. La grippe se transmettant surtout par
les voies respiratoires supérieures, la prophylaxie individuelle
de la grippe consiste surtout dans la désinfection minutieuse de
la bouche et du nez.
En milieu épidémique, on usera de gargarismes fréquents
biquotidiens ; un des , plus simples et des meilleurs consiste à se
laver la bouche et à se gargariser avec un verre d’eau chaude,
dans laquelle on mettra une cuillerée à café de liqueur de
Labarraque.
L’antisepsie des fosses nasales sera faite au moyen de vase¬
line résorcinée à 1/100 ou goménolée à 2/100.
On se laA'era les mains et le visage avant chaque repas. Les
précautions hygiéniques seront redoublées, si l’on s’est trouvé
en présence de malades atteints de grippe ou si l’on ressent
des symptômes pouvant faire craindre un début de grippe. On
évitera soigneusement les veillées prolongées, le surmenage, le
refroidissement. Au moindre symptôme suspect, la température
devra être prise soigneusement plusieurs fois par jour, et on iso¬
lera immédiatement le malade s’il est fébricitant.
Mesures générales de protection collective. — Elles consistent
surtout à veiller à l’hygiène des locaux, où sont réunies de
grandes collectivités, àen assurer l’aération etla propreté rigou¬
reuse, à interdire le balayage à sec qui dissémine les poussières
et avec elles les germes de la maladie et à le remplacer par le
balayage humide au moyen de linge mouillé.
On évitera tout particulièrement l’encombrement qui est un
des grands facteurs de propagation et d’aggravation de la mala¬
die : le sous-secrétaire d’Etat du Service de Santé, pour dimi¬
nuer les chances de contagion interhumaine, a prescrit dès le
début de l’épidémie de desserrer les lits dans les chambrées,
d’éviter l’encombrement des casernes et des camps. Le ministre
de l’Intérieur a prévu, en cas d’extension grave de l’épidémie,
l’interdiction, par les préfets, des foires, théâtres, cinémas,
concerts, réunions, après consultation du Conseil départemental
d’hygiène.
Rappelons à ce sujet que, dans l’épidémie de Suisse récente, un
arrêté du Conseil fédéral prévoyait que les cantons et com-
534 D' FERNAND BEZANÇON
munes étaient autorisés à interdire toutes les manifestations qui
peuvent entraîner la réunion d’un grand nombre de personnes
dans un même local.
La Commission insiste tout particulièrement sur le danger de
contagion qu’offrent les salles de spectacle, les cinémas, surtout
ceux dans lesquels des représentations ininterrompues empê¬
chent la ventilation ; elle recommande aux pouvoirs publics de
veiller' tout spécialement à l’hygiènede ces établissements, d’en
exiger la fréquente aération, de proscrire le balayage à sec, etc.
Elle engage la population à éviter, le plus possible, les grandes
agglomérations.
Les organes de transports en commun, les tramways, le,
métro ne sont pas moins favorables à la transmission de la
grippe : comme on ne saurait songer à en supprimer l'emploi et
comme il est à peu près impossible d’en diminuer l’encom¬
brement dans les conditions actuelles, il y a lieu de procéder à
des lavages à grande eau des quais, au lavRge fréquent et à la
désinfection des wagons.
Écoles. — La fermeture des écoles, surtout des écoles com¬
munales, est une mesure prophylactique d’une valeur discutable ;
il y a souvent en effet plus d’inconvénient à laisser les enfants .
à la maison dans des milieux contaminés et encombrés que de
les conserver à l’école.
Toutefois si une épidémie sévissait sur une école, il y aurait
intérêt à fermer celle-ci pendant quelques jours, afin de pro¬
céder à la désinfection minutieuse des locaux. L’aération des
classes en dehors des heures de cours, les lavages répétés du
sol, doivent être prescrits.
Dans les campagnes, l’école est souvent par contre un véri¬
table foyer de diffusion de la grippe; les enfants de divers
villages voisins s’y réunissent, s’y contaminent et propagent
ensuite la grippe dans leurs familles respectives; il y a donc
lieu, dans ces conditions, d’envisager la fermeture' des écoles
quand plusieurs cas de grippe y auront été observés.
Prophylaxie hospilali'ere de la grippe. — TIn certain nombre
de mesures, s’appliquant aussi bien aux hôpitaux militaires que
civils, doivent être prises pour éviter que les hôpitaux ne
PROPHYLAXIE DE LA GRIPPE
535
deviennent des centres de diffusion de la grippe et que celle-ci
n’y revête un caractère particulier de gravité, comme le fait a
été souvent observé autrefois dans les services de rougeoleux. Si
beaucoup de ces mesures sont extrêmement difficiles à réaliser,
à l’heure actuelle, en raison du manque d& locaux et de la
pénurie du personnel hospitalier, il nous a semblé nécessaire de
les énumérer pour donner, à tout médecin qui aura à soigner
des grippés, des directives dont il cherchera le plus possible à
se rapprocher. La plupart des mesures que nous préconisons ne
sont .^utres d’ailleurs que celles qui ont été minutieusement
prescrites par le sous-secrétaire d’Etat du Service de Santé dans
de récentes circulaires :
1° Désencombrement général, desserrement des lits. Cette
mesure pourrait être facilitée par l’envoi des tuberculeux dans
les sanatoriums, des infirmes dans les hospices;
2“ Installalion des grippés dans des services spéciaux bien
isolés des services de blessés et, doit-on ajouter pour les hôpi¬
taux militaires, des services de gazés; on se rappellera combien
les gazés sont particulièrement réceptifs aux aflections respira¬
toires et le danger qu’entraîne pour eux une atteinte de grippe;
3“ Séparation des grippes simples d’avec les grippes compli¬
quées ;
4® Groupement des grippes compliquées suivant la forme de
la complication; on évitera de mêler les malades atteints d’infec¬
tions à pneumocoques avec ceux qui présentent des infections à
strepioccoques, etc.
Gomme cette séparation est presque impossible à réaliser
dans la pratique, beaucoup de grippes simples au début devenant
rapidement des grippes compliquées, il faut chercher à réaliser
le plus possible l’isolement individuel des malades atteints de
grippe. Dans ce but, on cherchera à constituer, à défaut d’isole¬
ment absolu, exceptionnellement réalisable, au moins un isole¬
ment relatif, au moyen de paravents, de cloisons de 2 mètres de
hauteur; une méthode très simple consiste à séparer les lits par
des draps suspendus sur des fils de fer tendus entre les murs
des salles; une mousseline maintenue par un cerceau ou une
ficelle tendue, à quelque distance de la tête du malade pour évi¬
ter la projection à distance des gouttelettes salivaires ou des
crachats, pourra aussi être utilisée.
536 D'' FERNAND BEZANÇON
5® Évacuation rapide des grippés convalescents sur des annexes
dans lesquelles les sujets seront mis en observation avant leur
retour à la vie militaire ou civile, on diminuera ainsi d’autant
l’encombrement des salles et on préservera les convalescents des
infections secondaires ;
6“ Désinfection du rhino-pbarynx plusieurs fois par jour;
7® Désinfection fréquente des salles oü sont entassés des grip¬
pés; celle-ci est de la plus grande importance; à défaut d’une
désinfection complète, on recourra au lavage des planchers à
l’eau bouillante ou à l’eau crésylée à 5 p. 100; on pratiquera
enfin toujours la désinfection quotidienne des crachoirs, des
verres, des couverts, enfin la désinfection complète du lit, de la
literie, au moins pour les formes graves et compliquées; ,
8® Interdiction d’entrée des salles de grippés à tout visiteur,
sauf aux proches parents, dans les cas d’extrême urgence; on
veillera à ce que ceux-ci prennent les mêmes mesures de prophy¬
laxie que le personnel soignant ;
9® Organisation d’un personnel spécial pour le traitement
des grippés ; les mêmes infirmières ne devront pas soigner les
grippes simples* et les grippes compliquées. Le personnel de
garde réservé aux salles de grippés ne devra pas donner de
soins à d’autres catégories de malades.
Le personnel, et pour sa protection même et pour ne pas être
un agent de transmission de la maladie ou de ses complications,
devra être soumis à des règles d’hygiène extrêmement sévères :
emploi de blouses, antisepsie des mains et du rhino-pharynx, etc.
Selon la méthode américaine, ce personnel sera muni de petits
masques improvisés constitués au moyen d’une compresse de
gaze de 30 centimètres carrés environ, repliée à la manière
d’un foulard et attachée par ses extrémités roulées derrière la
tête, la partie large recouvrant le nez, la bouche et le menton.
On se rappellera enfin que les salles de consultation, de même
que les infirmeries, constituent des centres de diffusion des plus
importants. On cherchera à séparer dans ces consultations les
tousseurs des autres malades et on fera une désinfection fré¬
quente des salles, qui, après la visite, seront lavées et largement
ventilées.
Les voitures d’ambulance sont également une source fré¬
quente de contamination ; on réservera un certain nombre de
PROPHYLAXIE DE LA GRIPPE 537
voitures exclusivement aux grippés et on évitera de réunir dans
la même voiture des grippés et d’autres malades; on désinfec¬
tera fréquemment ces voitures.
Mesures spéciales intéressant l'arrriée. — Dès le début de l’épi¬
démie, le sous-secrétaire d’iîtat du Service de Santé militaire a
prescrit, tant aux armées qu’à l’intérieur, toute une série de
mesures pour lutter contre la grippe; la Commission approuve
toutes ces mesures ; elle insiste tout particulièrement sur cer¬
tains points qui lui paraissent fondamentaux :
1“ Desserrer les lits pour désencombrer les chambrées et évi¬
ter la contagion interhumaine; '
2" Lutter contre le refroidissement (poêles, vêtements chauds
pour les factionnaires, gants, cache-nez, etc.);
3" Diminuer le tableau de travail, abréger autant que possible
la durée des factions et gardes de nuit;
4“ Veiller à ce que chaque homme ait un double jeu de vête¬
ments et qu’il y ait dans tout casernement des séchoirs chauffés ;
0“ Distribuer abondamment des, boissons chaudes, du thé
sucré en particulier;
6“ Surveiller les locaux disciplinaires qui sont souvent des
centres de dissémination des maladies contagieuses; faire des
désinfections fréquentes de là literie;
7“ Dans les casernements où des cas de grippe se seront pro- •
duits, recommander au médecin de faire une visite quotidienne
ou même biquotidienne des hommes dans les unités infectées;
constituer dans les casernements des chambrées d’isolement
pour suspects, et à l’infirmerie réserver une salle spéciale pour
les grippés. Assurer l’antisepsie du rhino-pharynx, surveiller la
désinfection des quarts, fourchettes, etc. ; inviter tout homme
souffrant à se présenter à la visite au moindre symptôme de
grippe.
Il n’appartient pas à la Commission de donner des indications
sur les mesures à prendre au sujet de la consignation des quar¬
tiers et des places, de la suspension de l’envoi des renforts aux
armées par les unités contaminées, de la suppression des
permissions.
La Commission insiste seulement sur l’intérêt qu’il y a à sur-
D^' FERNAND BEZANÇON
veiller les permissionnaires à leur retour de permission. Dans
l’intérêt même de ces permissionnaires et pour permettre
d’assurer plus efficacement leur surveillance, il pourrait être
recommandé aux médecins qui soignent des parents de permis¬
sionnaires de remettre aux intéressés une attestation signalant
qu’ils ont été en contact avec des malades atteints de grippe.
La Commission, d’accord en cela avec le Service de Santé de
l’armée, recommande enfin d’hospitaliser le plus possible les
grippés sur place, estimant que le transport à longue distance
est encore plus néfaste aux grippés qu’aux blessés.
Lorsque, pour des raisons militaires, cette hospitalisation sur
place ne sera pas possible7 il vaudra mieux recourir àl’évacuation
par train sanitaire que par convois automobiles, les trains étant
exclusivement réservés aux grippés et soigneusement désin¬
fectés à l’arrivée.
Conclusions.
La grippe doit être considérée comme une malndie spécifique
particulièrement contagieuse ; sa période d’incubation est extrê¬
mement courte et certains faits semblent démontrer qu’une
première atteinte confère un certain degré d’immunité.
Les infections secondaires qui déterminent les complications
"delà grippe sont elles-mêmes contagieuses, surtout les infections
broncho-pulmonaires.
La contagion se fait surtout par voie interhumaine ; elle est
favorisée par l’encombrement et le défaut d’aération.
Pour assurer la prophylaxie, il y a lieu :
1° D’éviter tout contact avec les malades contaminés et de
faire l’antisepsie minutieuse de la bouche et du rhino-pharynx.
Les occasions de contagion sont particulièrement fréquentes
dans les lieux à réunions multiples, nombreuses et réitérées, sur¬
tout dans les salles mal aérées et obscures, théâtres, cinémas à
représentations ininterrompues.
Les métros et les voitures servant au transport en commun ne
sont pas moins favorables à la propagation de la grippe; comme
on ne saurait songer à en supprimer l’emploi et comme on ne
peut, dans les conditions actuelles, en diminuer l’encombrement,
PROPHYLAXIE DE LA GRIPPE
S 39
au moins faudra-t-il s’efforcer d’en réaliser une désinfection
aussi complète et aussi répétée que possible;
2“ Pour les cas de grippe en évolution, l’isolement des
malades entre eux et par rapport aux visiteurs est la meilleure
mesure protectrice. Lorsque cet isolement ne pourra être réalisé
d’une façon complète, on se trouvera bien des cloisonnements
réalisés avec des moyens de fortune.
11 conviendra toujours de séparer les cas simples des cas
compliqués et cette prescription doit s’appliquer au même titre
aux malades soignés dans les hôpitaux ipilitaires ou civils, qu’à
ceux traités à domicile.
Pour désencombrer les services, on cherchera à évacuer le
plus vite possible sur des formations spéciales les convalescents
indemnes de toute affection de l’appareil respiratoire.
Lorsqu’on sera en présence de broncho-pneumonie ou de
pneumonie grippale, il y aura intérêt à faire l’isolement indi¬
viduel des malades ;
Le port d’un masque analogue à celui dont les chirurgiens
font usage au cours des opérations et que les Américains
emploient aujourd’hui dans leurs hôpitaux de grippés constitue
une précaution très utile dont il importerait de généraliser
l’emploi pour toute personne soignant les grippés et pour les
malades eux-mêmes quand ils commencent à se lever;
3® L’accès des salles de grippés sera interdit à tout visiteur,
sauf moiif grave; un personnel spécial sera affecté à ces salles;
4° La Commission approuve de tous points les prescriptions
du sous-secrétaire d’État du Service de Santé militaire au sujet
de la prophylaxie de la grippe dans les corps de troupes et dans
les hôpitaux, tant à l’intérieur qu’aux armées.
Elle insiste sur l’intérêt des précautions multiples énoncées
au cours de ce rapport et sur la nécessité de séparer rigoureu¬
sement les grippés des autres malades et de mettre les gazés et
les blessés à l’abri de tout contact avec les grippés.
On évitera le plus possible le transport à longue distance
des grippés, surtout des malades atteints de grippe compliquée;
on cherchera à hospitaliser sur place les malades.
Lorsque l’évacuation de ceux-ci sera indispensable, des trains
sanitaires spéciaux, bien chauffés et désinfectés après chaque
trajet, seront toujours préférables aux automobiles.
D-- JULES ÉENAULT
NOTE SUR LA GRIPPE (DITE ESPAGNOLE)
QUI SÉVIT EN SUISSE
par M. le D-- JULES RENAULT,
Inspecteur général adjoint des services sanitaires.
\
La Suisse est en ce moment sous l’influence d’une épidémie,
.au sujet de laquelle les. rumeurs les plus alarmantes de diph¬
térie bronchique, de typhus exanthématique, de choléra, de
peste ont couru dans la population suisse et ont été apportées
par elle à nos départements frontières.
L’extension rapide de l’épidéinie, la brusquerie du début
des phénomènes morbides, la fréquence des complications
pulmonaires, entraînant souvent la mort en quelques jours
avec une teinte plombée ou asphyxique, ont frappé l’imagina¬
tion publique ; elle a cherché, pour expliquer ces fâits, une
maladie moins banale que la grippe, d’autant plus que ce dia¬
gnostic est, depuis des années, appliqué à tort par les malades
et les médecins à des rhumes de cerveau ou à des laryngites
légères, qui n’ont rien de grippal ni d’épidémique. La popu¬
lation, d’autre part, fut tout d’abord impressionnée par les
mesures que les autorités n’hésitèrent pas à prendre pour dimi¬
nuer les agglomérations si' favorables à la diffusion des épidé¬
mies : licenciement des écoles publiques, des écoles de recrues,
suspension des appels de mobilisation, fermeture des théâtres,
cinémas, concerts, suppression des réunions sportives et de
■ tir si chères aux Suisses, suppression même- des exercices
publics deh cultes. Cependant, les autorités et les médecins
s’efforçaient de calmer les esprits par de multiples circulaires
ou publications ; l’épidémie semblant être en décroissance, la
tranquillité commence à renaître, et dans les conversations il
n’est plus guère question que de la « grippe espagnole ».
C’est, en effet, de la grippe épidémique qu’il s’agit, ainsi
que n’ont cessé de le penser les médecins, ainsi que j’ai pu,
au cours d’une récente mission, le voir par moi-même, grâce
au bienveillant accueil des autorités et des médecins, qui m’ont
ouvert leurs statistiques, leurs hôpitaux, leurs laboratoires.
NOTE SUR LA GRIPPE {DITE ESPAGNOLE) 541
Cliniquement, là maladie a tous les symptômes de la grippe :
début brusque avec température élevée, céphalalgie, courba¬
ture généralisée, irritation des voies respiratoires supérieures,
de la gorge et de la trachée ; guérison en 3 ou 4 jours,' laissant
une grande, asthénie. On observe parfois une éruption scarla¬
tiniforme, des taches de purpura, des hémorragies nasales ou
utérines, tous symptômes dont la nature est rapidement dé¬
montrée par l’évolution de la maladie. Malheureusement,
l’afifection n’évolue pas toujours avec cette bénignité et les
complications pulmonaires ne sont pas rares, quoique infini¬
ment moins fréquentes qu’on ne l’a dit. Elles apparaissent
' après 3 ou 4 jours de maladie, surtout chez les malades débi¬
lités ou chez ceux qui ne se sont pas soignés : ce sont la bron¬
cho-pneumonie ordinairement pseudo-lombaire et la pneu¬
monie, simples ou doubles, entraînant souvent la mort au
4' jour par l’intensité des phénomènes infectieux et le col-
lapsus cardiaque plus encore que par l’étendue des lésions
pulmonaires. Les autres complications infectieuses sont excep¬
tionnelles.
Les autopsies ont toujours confirmé les examens cliniques;
notamment on n’a jamais trouvé dans les bronches de fausses
membranes diphtériques ou autres, comme le bruit en a
couru. ^
L’examen bactériologique des sécrétions bronchiques des
formes non compliquées a décelé, dans quelques cas, le bacille
de Pfeiffer ; on ne l’a pas trouvé dans les complications pul¬
monaires, où l’on rencontre constamment pendant la vie
comme après la mort, soit le pneumocoque, soit un diplocoque
qui se met souvent en chaînettes. Ces derniers agents patho¬
gènes ont été trouvés aussi dans les hémocultures. Dans aucun
cas, ni à l’Institut bactériologique de Berne, ni à l’hôpital can¬
tonal et à l’Institut d'hygiène de Genève on n’a trouvé le coc-
cobacille de la peste, pas plus que le bacille diphtérique.
" Ce^ observations cliniques, anatomo-pathologiques et bacté¬
riologiques rappellent en tous points celles qui avaient été
faites lors de l’épidémie d’inlluenza de 1889-1890, se super-
542
D<- JULFS RENAULT
posent à celles qui ont été faites depuis quelques mois en Italie,
en Espagne, en F'rance, et partout où règne la pandémie grip¬
pale, décorée du nom de « grippe espagnole », et qui sans
doute, comme l’a dit M. ChaufiFard^, « correspond à une reprise
de virulence épidémique de l’infection grippale ». Les bruits de
diphtérie, de typhus exanthématique, de peste, de choléra sont
sans fondement.
Malgré sa grande diffusion, la grippe est une affection rela¬
tivement peu grave, pour laquelle les mesures de quarantaine
ou de désinfection aux frontières applicables à d’autres mala¬
dies seraient injustifiées et d’ailleurs inutiles. On diminue les
risques de contagion par les soins individuels des fosses
nasales et de la gorge, et surtout en évitant d’aller voir des
malades ou d’assister à de grandes réunions ; on diminue con-
sidérhblement les risques de complications pulmonaires en se
soignant sérieusement dès le début et aussi longtemps qu’il
est nécessaire.
Nos rapatriés civils depuis plusieurs mois passent, dès leur
arrivée à Evian, une visite médicale, qui porte sur la recherche
non seulement de la tuberculose et des maladies contagieuses,
mais de toutes les maladies et de tous les troubles de santé :
les malades et les fatigués sont hospitalisés et soignés dans
d’excellentes conditions d’hygiène et de confort jusqu’à ce
qu’ils soient en état de poursuivre leur voyage sans incon¬
vénients.
Les mêmes soins sont pris, à leur arrivée à Lyon, pour nos
rapatriés militaires.
Ces précautions nous permettent de ne pas retarder le retour
en France tant désiré de nos compatriotes, tout en les mettant
dans les meilleures conditions pour éviter les complications de
la grippe.
1. Soc. méd. des Hôp.,Al mai 1918.
L’ÉPlDÉMiE D’INFLUENZA. DE 1918 5*3
L’ÉPIDÉMIE D’INFLÜENZA. DE 1918
par M. le D-- ARNOLD NETTER
La maladie qui fait à l’heure présente trop de victimes en
Europe, et dont les dernières dépêches annoncent l’apparition à
l’extrétnité méridionale de l’Afrique, n’est autre que l’influenza
si souvent relevée dans les annales médicales.
Le terme de grippe espagnole, employé couramment, est cer¬
tainement impropre, s’il implique qu’il s’agit d’une maladie
nouvelle ou s’il doit faire penser que la péninsule ibérique en a
été le point d’origine ou le foyer d’élection. L’histoire,' qui si
souvent est une répétition, a déjà vu cette même dénominati(on
employée d’une façon aussi injustifiée dès 1580, époque où les
Allemands désignaient la maladie régnante sous le nom de
« Spanische Ziep ».
En nous appuyant sur nos observations personnelles recueil¬
lies à l’hôpital, en ville, à notre foyer, nous établirons qu’il
s’agit bien de l’influenza. La clinique nous montrera les carac¬
tères identiques àceu.x qui avaient été reconnus dès la première
apparition. L’épidémiologie fera ressortir la mise enjeu des con¬
ditions de propagation surtout mises en évidence lors de l’épi¬
démie de 1889. La bactériologie démontrera l’intervention du
coccobacille que Pfeiffer nous a fait connaître en 1892.
Après avoir ainsi démontré qu’il s’agit bien de l’influenza,
nous examinerons les objections qui ont été faites de divers
côtés.
Nous essaierons enfin d’expliquer les différences que l’on a
cru pouvoir relever entre l’évolution de la grippe de 1918 et celle
de 1889.
La maladie actuelle, au moment de son apparition, ne révélait
pas un caractère de gravité réelle. Survenant brutalement, pro¬
voquant une courbature générale, des douleurs intenses dans la
tête et dans les membres, elle s’accompagnait d’une température
Dr ARNOLD NETTER
élevée. L’appareil respiratoire et le tube digestif ne participaient
que d’upe façon très modérée à ce tableau symptomatique. Une
langue saburrale avec enduit plus ou moins épais, une gorge
rouge, surtout au niveaü des piliers, une sensation de chatouille¬
ment provoquant parfois une toux assez pénible, la raucité de
la voix étaient notées chez un certain nombre de sujets.
La maladie durait peu. Au bout de 2 bu 3 jours, en général,
la fièvre prenait fin assez brusquement et le malade conservait
seulement une fatigue assez vive pendant une semaine ou davan¬
tage.
La constatation de ces symptômes chez un grand nombre de
sujets, dénotant un caractère nettement épidémique et même
contagieux, ne laissait aucun doute à ceux qui avaient gardé le
souvenir de l’épidémie de 1889-1890.
Notre collègue Chauffard’ avajt cru, avec raison, dévoir
attirer l’attention de la Société des hôpitauxsur ces cas, le 17 mai.
M. de Massary, nous-même, nombre des collègues du front et
de l’arrière confirmaient la fréquence du mal et lui donnaient la
même interprétation. Nous pouvions établir que la maladieavait
fait son apparition à Paris, tout au moins, à la fin du mois d'avril.
Comme nous étions à l’approche de l’été, on se plut à espérer
que la maladie ne se compliquerait pas des déterminations sur
l’appareil respiratoire qui ont fait la , gravité de l’épidémie
de 1889-1890.
Cet espoir a malheureusement été déçu.
Au début du mois de juillet, nousrecevions dans notre service,
à l’hôpital Trousseau, trois . enfants, envoyés d’une pension delà
banlieue, atteints de congestion pulmonaire et de broncho¬
pneumonie, très abattus au moment de l’admission et qui cepen¬
dant ne tardèrent pas trop à se rétablir complètement. Le méde¬
cin de la pension avait vu dans le même dortoir trois autres
enfants chez lesquels la fièvre s’était accompagnée de vomisse¬
ments et de diarrhée, grippe gastro-intestinale, et qu’il ne lui
avait pas paru nécessaire d’hospilaliser.
Mais c’est surtout à partir du milieu du mois d’août, qu’à
l’hôpital comme en ville, nous avons vu des malades de plus en
plus nombreux présentant les types les plus divers de détermi-
1. Bullelins de la Soc. méd. des Hôp. de Paris, 11 mai 1018.
L’ÈPlDÈMIE D INFLUENZA DE 1918 545
nation sur l’appareil respiratoire : trachéo-bronchites, bronchites
aiguës, catarrhes suffocants, broncho-pneumonies à foyers mul¬
tiples, pneumonies lobaires ou plutôt pseudo-lobaires, très sou¬
vent bilatérales, pleurésies à épanchements sanguinolents ou
séro-purulents à début souvent insidieux et prehant très vite un
développement considérable. La gravité de ces complications
n’était du reste pas en rapport constant avec leur intensité et
leur extension. Elle tenait surtout à l’atteinte profonde de l’état
général, se traduisant par une asthénie extrême et une sorte d’in¬
toxication des centres nerveux présidant à la respiration et à la
circulation.
L’appareil gastro-intestinal était moins en cause. Nous avons
cependant noté de la diarrhée, des selles glaireuses, sanguino-'
lentes. Dans la même famille une malade était atteinte d’une
broncho-pneumonie bilatérale, tandis que sa sœur offrait tous les
caractères de la dysenterie typique. 11 semble bien difficile de
ne pas voir chez cette dernière une détermination de la grippe.
Ce cas est loin d’avoir été isolé.
Convient-il de mettre également sur le compte de la maladie
régnante les nombreuses dysenteries dont les selles ne nous
montraient pas de bacilles dysentériques non plus que lés
. amibes? Nous ne saurions nous prononcer, n’ayant pas eu les
moyens de poursuivre nos recherches aussi loin que nous l’au¬
rions fait en d’autres circonstances.
Quelques-uns de nos malades ont présenté des phénomènes
méningés marqués, raideur de la nuque, signe de Kernig, tache
cérébrale, délire, coma. La ponction lombaire dans ces cas a
donné un liquide clair, légèrement hyperalbumineux, renfermant
peu d’éléments cellulaires.
Dans les grandes épidémies antériëures, l’inlluenza a toujours
présenté la même allure protéiforme, le même début brutal avec
(les formes purement nerveuses et fébriles, l’apparition ulté¬
rieure de déterminations viscérales portant surtout sur l’appa¬
reil respiratoire. Graves insiste -à maintes reprises sur l’ab¬
sence de relation entre la gravité du mal et l’importance des
lésions locales des poumons. La mort pour lui, dans ces cas, est
le fait d’une sorte de paralysie du poumon et du cœur.
La maladie de 191 S est essenliellemenl conlaf/ieusc. Elle frappe
habituellement la plupart des membres d’une même famille. Elle
REV. d’hYG. XL — 35
S46
D-- ARNOLD NETTER
fait payer un large tribut au personnel médical, aux infirmiers.
Nous pouvons aisément appuyer cette affirmation de nos
observations personnelles.
Deux médecins prennent part à un repas aVec un jeune homme,
convalescent de grippe depuis 3 jours. Le lendemain, ils sont
pris de frissons, de douleur de tête, de courbature générale, de
fièvre. Leur température monte à 39“6 et se maintient à ce
niveau pendant 3 jours. Ils se remettent, sans avoir présenté
aucune complication, restant «seulèment fatigués pendant une
semaine.}
Une surveillante de mon service, âgée de quarante ans ; la
plupart des infirmières, âgées de moins de trente ans, sont
'atteintes .après l’arrivée de malades dans mes salles. La sur¬
veillante succombe à une pneumonie adynamique, précédée de
fièvre vive, avec bronchite diffuse. ,
Avant de pouvoir procéder-à l’isolement des enfants dans une
salle spéciale, nous avons dû déplorer un nombre important de
contagions. '
Je citerai notamment 4 enfahls soignés dans le service pour la
fièvre typhoïde, depuis les 26, 27 août, 16 septembre, chez les¬
quels les premiers signes d’influenza apparaissent les 11, 18,
21 septembre; 'une jeune tuberculeuse, hospitalisée depuis le
9 juillet; un petit rachitique, hospitalisé depuis le 16 juillet, pris
les 13 et 22 septembre, une fillette entrée pour une poliomyélite
le 1" septeinbre; une grande fille admise pour un rhumatisme.
, Presque tous les enfants admis pour la grippe avaient des
frères ou sœurs malades, e^le père ou la mère soignés à l’hô¬
pital ou en ville.
Dans la plupart des familles où nous avons été appelé, il y
avait plusieurs malades. Nous en avons vu 4, 6, alités simul¬
tanément ou successivement.
, A la fin de décembre 1889, revenant d’Égypte, où l’influenza
n’avait pas encore pénétré, nous avons contracté la grippe
dans un compartiment de chemin de fer où avait séjourné,
pendant une demi-heure, un malade atteint de grippe. L’incu¬
bation fut dé 18 heures. L’enirée de trois grippes admises à la
consultation du bureau central fut suivie, à bref délai, de l’ap¬
parition de l’influenza chez plusieurs tuberculeux hospitalisés
depuis plusieurs semaines à l’hôpital Saint-Louis.
L’ÉPIDÉMIE D’INFLUENZA DE 19IS
547
AiU moment où parut l’influenza de 1889, la bactériologie nous
avait fait connaître les agents pathogènes des maladies les plus
importantes. Nous avions entre les mains une méthode^ une
technique éprouvées. Elles devaient nous mettre en mesure
d’arriver sans retard à jine solution, .
Les recherches portèrent, de tous côtés, sur les produits de
l’e.xpectoration, les suppurations des séreuses, le sang,
l’urine, etc.
Elles permirent, dès le début, d’isoler des streptocoques, des
pneumocoques, des bacilles encapsulés, des microcoques ne
retenant pas le Gram. Chacun de ces agents pathogènes fut, à
l’époque, incriminé. Il s’agissait cependant de microbes connus,
présents à. l’état normal dans la bouche, la gorge, le nez. Ils ne
pouvaient être les agents spécifiques. Au début de 1892, Richard
Pfeiffer donna la première description du coccobacille, dont il
affirmaitja relation avec la grippe. C’est un petit bâtonnet très
fin, se colorant assez difficilement par les couleurs basiques
d’aniline, qui a besoin généralement pour se développer de la
présence de l’hémoglobine du sang. Il forme des petites colonies
très fines, très brillantes, d’abord visibles seulement à la loupe,
sans tendance à la confluence. Inoculé aux singes, il détermine
des accidents qui rappellent ceux de la grippe. Il semble agir
surtout en produisant une toxine dont l’injection provoque, chez
le lapin,-des symptômes essentiels de la maladie humaine.
La découverte du coccobacille a été faite alors que l’épidémie
était à son déclin, mais sa relation avec la grippe est d’autant
plus plausible qu’on a pu le déceler dans des préparations micro¬
scopiques faites en 1889. Nos protocoles de cultures portent,
dans deux cas de février et mars 1890, la mention du dévelop¬
pement tardif de petites colonies transparentes, formées par des
bacilles très fins. Grassberger et Meunier ont montré que le
développement du bacille de Pfeiffer sur les tubes de gélose est
favorisé par le développement antérieur d’autres espèces micro¬
biennes inoculées simultanément.
Si les pneumocoques, .streptocoques, etc., ne sont pas les
agents spécifiques de l’influenza, ilsjouentuji rôle important dans
ses complications et le coccobacille favorise leuraction fâcheuse.
Est-ce en exagérant leur pouvoir pathogène ou en diminuant la
résistance de l’organisme? Faut-il admettre que les conditions.
548
D'^ ARNOLD NETTER
encore indéterminées, nécessaires pour le retour dea pandémies
grippales agissent également sur l’activité des micro-organismes
hébergés dans les premières voies? L’intervention de chacun de
ces facteurs est vraisemblable.
L’épidémie de 1918 est sous la dépendance du coccobacille de
Pfeiffer, comme l’était celle de 1889. Cela résulte de nos
recherches entreprises avec la collaboration de mon excëllent
interne, le D'' Mozer, aussi, bien que de celles d’autres bactério¬
logistes de tous pays.
Nos trois malades du début de juillet se prêtaient mal à ces
recherches. Comme la plupart des enfants, ils expectoraient peu
et mal. Les crachats obtenus de deux d’entre eux étaient à peu
près salivaires et ne montraient que des pneumocoques. Chez le
troisième, l’ensemencement du sang a permis d’obtenir des cul¬
tures pures de bacille de Pfeiffer.
La recrudescence de la fin d’août et de septembre a été plus
favorable à nos recherches.
Nous avons trouvé le bacille de Pfeiffer 16 fois sur 26 dqns les
produits de l’expectoration ; 5 fois sur 7 dans le contenu des
bronches, à l’autopsie; 4 fois sur 8 dans le suc pulmonaire retiré
pendant la vie ; 2 fois sur 12 dans les hémocultures ; 1 fois
sur 10 dans les épanchements purulents de la plèvre.
Les pneumocoques et streptocoques accompagnaient le cocco¬
bacille ou se retrouvaient dans les cas où on ne pouvait déceler
ces derniers. Les streptocoques, comme en 1890, existaient dans
la majorité des épanchements pleuraux. Ils étaient tantôt hémo-
lysants, tantôt non hémolysants. Le fait de n’avoir pas retrouvé
les coccobacilles dans beaucoup de cas n’implique nullement leur
absence. Nombre de produits d’expectoration ne se prêtaient pas
aux recherches. La plupart des malades n’ont pu nous fournir
de crachats qu’une seule fois. Deux de nos résultats positifs
n’ont été obtenus que sur les produits expectorés la seconde
fois, un sur ceux crachés la troisième. La rareté de la consta¬
tation du coccobacille dans le pus. des pleurésies est plus
naturelle encore.
Nous n’hésitons pas à conclure, de nos recherches, au rôle
essentiel du coccobacille de Pfeiffer chez nos malades de 1918.
L’ÉIMDÉMIE Ü’INFLUENZA DE 1918
549
En France, Legroux à l’Inslitut Pasteur, Meunier à Pau,
Antoine et Orticoni ‘, dans un laboratoire d’armée, ont éga¬
lement trouvé le coccobacille dans un grand nombre de 'cas, et
lui attribuent la même importance. '
En Angleterre, John Maithews’ a' obtenu des cultures de
coccobacille chez tous ses malades; Yong et Griffiths, 32 fois de
41 expectorations.
En Allemagne, üblenhuth “ et ses collaborateurs ont obtenu
des cultures dans 25 p. 100 des crachats et dans 46,8 p. 100, en
utilisant une méthode plus favorable. Simmonds*, à Ham¬
bourg; Neisser", sur le front, constatent également la grande
fréquence.
A Budapest % on aurait signalé sa constance chez 200 ma¬
lades.
La bactériologie aussi bien que l’épidémiologie et la clinique
concorderit donc ppur affirmer l’identité de la maladie de 1918
avec la grippe de 1889-1890.
L’identité, affirmée le 17' mai 1918 à la Société médicale des
Hôpitaux de Paris, n’a cependant pas obtenu l’assentiment géné¬
ral, et des autorités considérables se sont élevées dans bien des
pays contre cette assimilation; elles ont invoqué : l’apparition
insolite de l’épidémie àl la fin du printemps, l’existence de lésions
anatomiques particulières, les résultats d’examens bactériolo¬
giques. ••
11
La maladie en 1918 aurait fait son apparition pendant la saison
chaude, à l’opposé de ce qui s’est passé en 1889 et dans les épi¬
démies antérieures. Cet argument qui a beaucoup impressionné
certains médecins aussi bien que le grand public pèche déjà par
la base. La maladie a certainement débuté avant l’été. Nous en
t. Bull, (le l’AcaJ. de Médecine, 10 septembre 1918.
2. The Lancel, 20 et 27 juillet 1918.
3. Medizinische Klinik, 11 août 1918.
4. Münchener med. Wach., 6 août 1918.
5. Münchener med. Woch., 20 août 1918.
6. Deutsche med. Woch., l"" août 1918.
I)>^ ARNOLD NETTER
avons vu personnellement de nombreux cas à la fin du mois
d’avril, et on a lieu de croire qu’il en existait déjà en mars,
sinon 'plus tôt. A supposer qu’en 1918 la maladie ait débuté
et même présenté son maximum pendant la saison chaude, il
ne manque pas d’épidémies de grippe ayant débuté, ou ayant
surtout sévi par un temps chaud et sec. A Londres ' la grippe a
eu son maximum fin avril en 1743, en septembre et octobre 1758,
au début d’avril 1762, en mars 1782, en juin 1831.
Au début de la grippe de 1889, beaucoup de médecins, ceux
notamment qui avaient exercé dans les colonies, n’hésitaient
pas à identifier l’épidémie avec la dengue dont notre collègue
de Brun avait montré la marche progressive sur les rivages
méditerranéens.
En 1918, Pittaluga’ en Espagne, Sampietro ’ en Italie, Pires
de Lima, Ramalhao et Carlo França* au Portugal, émettent
l’idée qu’il s’agit de la .fièvre de trois jours, influenza estivale,
dont les recherches de Ïaussïg” et Doerr” ont établi les rela¬
tions avec la piqûre des phlébotomes. •
La fièvre pappataci, qui est sans doute la dengue du Levant, et
qui a sévi sur nos troupes aux Dardanelles et en Macédoine’,
présente, une analogie symptomatique incontestable avec l’in-
fluenza non codipliquée.
Les petites dimensions des phlébotomes; 3 millimètres, leurs
mœurs spéciales (ils sortent seulement au crépuscule), leur per¬
mettraient sans doute de passer inaperçus.
Nous accorderons même que sj les phlébotomes paraissent
être surtout communs dans l’Europe orientale, on les a signalés
en Italie, en Espagne, au Portugal, qu’ils ont été rencontrés en
France dans le département de l’Hérault, dans les Alpes-Mari¬
times et même aux environs de Lyon et de Paris.
Mais le début de l’épidémie de 19i8 remonte incontestable-
,1. Peacoek. The Influenza or épidémie catarrhal fever of 1847-48.
London, 1848.
2. Académie de Médecine de Madrid, 1''' juin, Siglo inedico.
3. Annali 'd’igiene, 30 juin 1918.
4. A Medicina, moderna, n» 296.
5. Wiener Min. Woch., 190S.
6. Doerr,. Franz et Taussig. Vienne, 1908.
T. Sarraiihé. Bull. Soc. pathologie exotique, 13 décembre 1916.
L’ÉPIDÉMIE D’INFLUENZA DE 1918
551
ment au moins^au mois d’avril, elle a donc précédé l’apparition
des phlébotomes. Les piqûres de ces insectes sont habituelle¬
ment douloureuses et se traduisent par des réactions locales
qui n’ont pas été signalées chez les malades. Les complications
viscérales et, notamment, les localisations du côté de l’appa¬
reil respiratoire, si communes et si redoutables à l’heure
présente, n’ont jamais été notées dans la fièvre pappataci. Rap¬
pelons enfin la courte durée de l’incubation parfois inférieure à
24 heures, alors que dans lai fièvre pappataci l’incubation est
de 4 à 8 jours.
L’assimilation de la fièvre de 1918 avec la fièvre à phlébotome
doit donc être absolument 'rejetée, comme l’a été en 1889 celle
de l’influenza avec la dengue.
Nombre de bactériologistes et d’anatomo-pathologistes n’ont
pas constaté le coccobacille ou ne l’ont trouvé que tout à fait
exceptionnellement: Denier*, en France; Lubarsh', Schôpfler,
Friedemann, à Berlin; Mandelbaum ”, Grub'er, Oberdoerffer,
à Munich ; Selter, à Kœnigsberg; Kolle, à Francfort ; Hirschbruch,
à Metz; Bernhardt, à Slettin; Glass et Frietzsche, à Bâle'*;
Little, Garofalo et Williams “, en Angleterre; Coca et Zapata, à
Madrid; Saccone, à' Tarante °. Mais beaucoup de ces constata¬
tions ont été faites à la suite d'autopsies, et dans ces cas la mort
était dueià des infections secondaires. On est en droit d’imputer
les résultats négatifs à l’insuffisance de la technique mise en
«euvre, d’autres observateurs plus avertis ayant obtenu des
résultats positifs à peu près constants dans les mêmes localités,
et cela aussi bien en Espagne et en Italie gu’en France, Angle¬
terre ou Allemagne.
Les anatomopathologistes ont insisté sur les lésions pulmo¬
naires spéciales à l’épidémie de 1918, apparence infarctoïde,
tendance aux hémorragies, ^ la gangrène, fréquence des pleu¬
résies purulentes, présence de moules bronchiques. Ces diverses
1. Bull, de l’Académie de Médecine, 10 septembre 1918.
2. Berliner klin. Wochenschrift, 12 août 1918.
3. Münchener med. Woch., 23 juillet 1918.
4. Coii-espondemblalt filr Schweizer-Ærzte, 24 août 1918.
5. The Lancet, 13 juillet 1918.
0. Ann. di med. nav. e col., mai-juin 1918.
532
D-- ARNOIJ ) NETTE B
lésions , ont été vues en 4890 et dès 1847. Nonaf attirail
l’attention sur la fréquence des fausses membranes bron¬
chiques. '
En 1889, on a pu suivre très nettement la marche de l’épidé¬
mie d’abord constatée dans le Turkestan, gagnant successive¬
ment la Ru.ssie, l’Allemagne, la France, traversant les mers à la
faveur des relations par paquebots.
Il n’est pas nécessaire de dire pourquoi il n’a pas été fait de
constatations analogues en 1918 où les relations de pays à
pays, et même entre les diverses localités d’un même pays, ont
été singulièrement plus entravées et où les chiffres fournis par
les statistiques ne pouvaient être comparés ceux de la moyenne
des années antérieures. L’intervention des internés dans la
propagation de la maladie en Suisse, celle des rapatriés dans la
diffusion de certains foyers en France, la contamination des
recrues ont été cependant très évidentes.
Dan^ noire article « grippe » du Traité de médecine et de thé¬
rapeutique de Brouardel et Gilbert, en 1895, nous nous préoccu¬
pions des relations, des pandémies grippales avec les épidémies
plus circonscrites, d’apparitions plus fréquentes, et nous étions
disposé à admettre que ces manifestations pouvaient être sous
la dépendance du même agent pathogène.
Au cours de l’année 1917, voire même en 1916, l’existence de
petits foyers de grippe compliquée souvent de déterminations
gravés sur l’appareil respiratoire a fait l’objet de communica¬
tions intéressantes.
Nous citerons notamment le mémoire de Hammond,^ Rolland
et Shore* qui ont étudié une petite épidémie dans un camp
de base anglais au nord de la France, et celui d’Abrahams,
Hallows, Eyre et French’,.qui a eu pour point de départ une
épidémie au camp d’Aldershot. Dans ces deux épidémies où la
mortalité a été considérable, le coccobacille a été trouvé
d’une façon à peu p'rès constante, 12 fois su,r20 par les premiers,
7 fois sur 8 par les seconds. Le travail de Lewinlhal' montre
1. Archives générales de médecine, 1847.
2. The Lancet, 14 juillet 1917.
3. The Lancet, 8 septembre 1917.
4. Zeitschrift filr /f^/(;^ene^LXXXVI, mai 1918.
l’OSSE A FUMIEIJ SaXS .MOLCHES
5S3
que dans une région, au moins, occupée par l’armée allemande
il existait des conditions analogues.
Ces constatations ont certainement une grande valeur. Elles
confirment à notre sens la phrase par laquelle nous terminions
notre article déjà mentionné. /
« En tout état de cause, la grippe épidémique, grippe-
influenza, conservera son individualité pour tous ceux auxquels
il a été donné d’assister à une pandémie analogue à l’une de
celles que nous avons rappelées au début de ce chapitre. »
La leçon de 1918 ne sera pas plus perdue que celle de
1889-90.
FOSSE A FUMIER SANS MOUCHES
par MH. les D'"> EDMOND SERGENT et A. EHËRITIER,
Institut Pasteur d’Algérie.
La fosse à fumier de l’Institut Pasteur d’Algérie, construite
en 1912, fonctionne depûis six ans sans avoir formé de gîtes à
larves de Mouches.
Cette fosse se compose de deux cuves jumelles bien closes,
qui fonctionnent alternativement : pendant que l’une est en
cours de remplissage par du fumier frais^ l’autre mûrit à l’abri
de l’air le fumier qui la remplit.
Les deux fosses jumelles, cubiques, de 14 mètres carrés
environ chacune, sont construites en ciment armé contre un
mur de soutènement, sur des piliers dont la disposition permet
de pousser un tombereau au-dessous d’elles. Chaque fosse a
deux trappes horizontales à sa face supérieure et une porte
verticale à sa face antérieure; ces deux ouvertures sont fermées
. par une plaque de tôle débordante.
Des brouettes viennent jeter deux fois par jour le fumier des
écuries par la trappe supérieure de l’une des fosses, par exemple
la fosse A. La fermentation du fumier dans cette cuve bien
fermée dégage une chaleur très forte (maximum marqué par
un thermomètre placé au centre de la fosse à fumier = 94“)'.
FOSSE A FUMIER SANS MOUCHES
555
Au bout de dO à la jours, la fosse A est pleine. On n’y touche
plus et elle reste bien fermée, pendant que l’on commence à
remplir de la même façon la fosse B. Quand cette seconde
fosse B est pleine, c’est-à-dire après encore 10 jours, on vide le
fumier de la fosse A dans un to.mbereau introduit entre les
piliers qui supportent la fosse, directement sous la porte verti¬
cale. Ce fumier, après 8 jours seulement de fosse, est bien mûri
par ses fermentations et devenu très bon, disent les jardiniers.
A, Gouttières et tuyaux recueillant l’eau de condensation venant de
la porte de tôle et la reconduisant au puisard.
B, Tuyau conduisant le purin dans un puisard.
Le purin est recueilli au fond de chaque fosse par un tuyau
qui le conduit à un puisard clos, d’où on le récupère à volonté.
Une bonne occlusion empêche l’entrée des Mouches dans les
cuves. De plus, la chaleur développée à l’intérieur par les fer¬
mentations est incompatible avec la vie des insectes. On ne
trouve pas d’œufs ni de larves dans les cuves, sauf parfois sur
le bord inférieur des plaques de tôle verticales, servant de
portes, dont la température est moins élevée que celle du reste
de la fosse. D’autre part, on a voulu voir' comment se compor¬
taient les Mouches à l’égard du vieux fumier retiré des fosses.
556
D-- BOÜRDINIÉRE
En septembre et octobre, un tas de fumier chaud, humide, noir,
sortant d’une cuve est exposé à l’air : les Mouches viennent,
mais on n’a pas pu trouver de pontes.
En résumé, par l’alternance de fonctionnement de deux
fosses closes, on met à l’abri de l’air tout le fumier frais pro¬
duit à l’Institut et on ne livre à l’épandage que du vieux fumier,
peu propice à l’évolution des Mouches.
La construction, d’après ces principes, d’une fosse à fumier
double, à fonctionnement alternatif est surtout indiquée pour
l'intérieur des villes. On en modifiera lés dispositions suivant
les conditions locales. Nous avons mis à profit, à l’Institut
Pasteur d’Alger, la pente du terrain, mais nous avons pu faire
construire une fosse double du même modèle sur un terrain
plat au Palais d’été du gouverneur général, à Mustapha, où
elle fonctionne avec succès depuis plus d’un an.
LE NOUVEL ARMEMENT ANTITUBERCULEUX
ET LE CONCOURS DU CORPS MÉDICAL.
l’utiusation de certains uopitaux communaux
COMME STATIONS SANITAIRES.
par M. le médecin aide-major BOURDINIËRE, '
Prolesseur suppléant à l’École de Médecine de Rennes,
Inspecteur départemental d’Hygiène,.
La guerre a été l’occasion, semble-t-il, de la mise au point
d’un programme véritablement pratique et raisonné de lutte
antituberculeuse. Finies les discussions entre partisans de
telle ou telle méthode de traitement « d’où ce n’était pas, dit
Faisans, le bacille de Koch qui sortait le plus meurtri ».
Après la guerre, nous aurons Jes Dispensaires d’Hygiène
sociale et de préservation antituberculeuse. Ce doit être la base
même de l’édifice antituberculeux. C’est à la fois une forma¬
tion de dépistage, de triage, de traitement de la tuberculose,
• 557
• LE NOUVEL ARMEMENT ANTITUBERCULEUX
d’une importance considérable à cause de ses ramifications
dans toutes les autres œuvres sociales. On les crée ou on les
créera à peu près partout.
Nous aurons des sanatoria. On en a déjà fait et surtout on
se propose d’en faire. Chaque département veut avoir le sien
ou s’associer avec son voisin pour èn'avoir un.
Des Comités d’assistance aux .tuberculeux militaires ont é,té
créés dans chaque département qui continueront leurs services
après la guerre.
Bn général, il est assez facile de créer une œuvre, il est beau¬
coup plus difficile de continuer cette œuvre et de lui faire rendre
les services qu'elle est appelée à rendre. Il faut avouer que,
avant la guerre, les essais tentés dans cette voie n’ont rendu
que des services infimes. En sera-t-il de pême après la guerre?
Deux choses, à notre avis, conditionnent le succès futur de
ces services : la nécessité du concours du corps médical et la
nécessité d’atteindre la masse des tuberculeux. Ces deux con¬
ditions sont dépendantes l’une de l’autre; car, obtenir le con¬
cours actif et efficace du corps médical, c’est être sûr d’atteindre
la masse des tuberculeux.
Sur la nécessité du concours médical, les auteurs de la loi
sur les Dispensaires d’hygiène sociale sont unanimes. C’est
M. Léon Bourgeois qui écrit : « Au premier rang de nos colla¬
borateurs ; les médecins. Nous ne pouvons rien faire sans le .
concours du corps médical et il faut nous garder soigneuse¬
ment de toute mesure qui pourraitporter atteinte aux légitimes
intérêts d’une profession qui exige tant de dévouement, tant
de science et qui donne malheureusement trop souvent si peu
• d’avantages matériels à ceux qui s’y sont consacrés. » « Il est
de toute nécessité, dit le ministre de l’Intérieur, pour que l’ap¬
plication de la loi puisse se faire dans les conditions de succès
désirable que le concours du corps médical soit acquis.,» En
effet qui voit, qui dépiste, qui dirige le tuberculeux? Ce ne peut
être que le médecin. De plus, il est une règle bien établie : la
tuberculose qui guérit est surtout celle qui est traitée à son
début. Il est non moins indiscutable que l’éducation antitu¬
berculeuse doit être faite le plus tôt possible pour toutes sortes
de raisons dont la contagion est l’une des principales. Jamàis
la parole de Landouzy n’a été si vraie : « Pour aucune maladie
D' BOURDINIÈRE
autant que pour la tuberculose, le praticien n’aura occasion
de remplir son rôle de conservateur de la santé publique. »
Il faut donc entraîner la conviction des praticiens sur l’uti¬
lité du dispensaire, du sanatorium, de l’éducation et de l’assis¬
tance des tuberculeux. Beaucoup ne croient pas à leur effica¬
cité ni même à leur utilité. Il faudrait que les moyens de lutte
antituberculeuse non seulement ne nuisent pas à leurs intérêts,
mais servent ces intérêts en constituant entre leurs mains un
véritable moyen de diagnostic et de traitement. 11 est néces¬
saire que le plus grand nombre possible de praticiens contri¬
buent au fonctionnement des dispensaires. On devra leur faci¬
liter le diagnostic précoce de la tuberculose en mettant à leur
disposition toutes les ressources de la bactériologie et de la
radiographie. Il faudrait qu’ils puissent suivre leurs malades.
Le choix des infirmières-visiteuses à domicile devra être fait
avec un soin particulier pour qu’elles agissent toujours en
vraies collaboratrices du médecin-traitant. Tant vaut le méde¬
cin, tant vaut le sanatorium, a-t-on dit. On pourrait dire éga¬
lement ; tant vaudront les médecins, tant vaudront les moyens
de lutte antituberculeuse. C’est. la masse des praticiens qu’il
faut convaincre et entraîner en l’intéressant à la lutte. Ils
craignent déjà que la mise en œuvre de ces moyens n’aboutisse
à la création de monopoles nuisibles à leurs intérêts person-
-nels.
Il faut que les œuvres antituberculeuses pénètrent la masse
des tuberculeux et ne réduisent pas leur action au traitement
de quelques unités.
Ce sera probablement un travail de longue haleine, car on
demande deux choses : que les tuberculeux se traitent et
fassent leur éducation antituberculeuse. Les deux ne se feront
bien que si le malade fait un séjour dans le sanatorium ou la
station sanitaire. On sait que l’armée a établi des hôpitaux-
sanatoriums pour ses tuberculeux et qu’il existe des stations
sanitaires relevant du ministère de l’Intérieur où les tubercu¬
leux réformés viennent passer un séjour de trois mois pour
faire leur éducation antituberculeuse. Entre les deux, la diffé¬
rence n’est pas considérable puisque l’on pense à utiliser après
la guerre comme sanatoria certaines stationîf sanitaires. Cepen¬
dant le sanatorium sera un établissement de cure tout comme
LE NOUVEL ABMEMENT ANTITUBERCULEUX
on le concevait primitivement avec traitement tout le temps
nécessaire à la guérison ; la station sanitaire, telle que l’a con¬
sidérée le ministère de l’Intérieur, serait surtout une maison
d’éducation hygiénique et principialement d’éducation anti¬
tuberculeuse.
C’est dans l’utilisation de ces stations sanitaires, dans leur
choix minutieux et leur répartition sur l’étendue de chaque
département que nous voyons un moyen de lutte susceptible
de rendre des services considérables.
Avec la guerre, l’obligation imposée aux militaires d’y faire
un séjour disparaîtra. Une difficulté énorme surgira alors :
comment faire accepter par le tuberculeux le séjour dans ces
établissements? Quelques-uns en comprendront les avantages,
la plupart non. Rien n’est plus difficile à obtenir, répètent les
praticiens, comme l’isolement du tuberculeux. Une des princi¬
pales raisons est l’éloignement de sa famille. C’est pourquoi
nous pensons que l’établissement dans chaque département
de stations sanitaires, judicieusement choisies et réparties,
serait susceptible d’attirer plus facilement les malades tuber¬
culeux. 11 faudrait que les malades les trouvent en quelque
sorte SOU& la main et aussi les médeiÿns, qui pourraient les
faire accepter beaucoup plus facilement et qui pourraient
même suivre l’évolution de la maladie. C’est une des raisons
qui nous font préconiser l’utilisation de tout ou partie de cer¬
tains de nos hôpitaux communaux ou cantonnaux qui, depuis
un certain nombre d’années, se sont élevés en maints endroits
dans nos campagnes. Quelquefois vides, ils ne sont occupés le
plus souvent que par quelques vieillards. Certes, il y aurait un
gros tri à faire; quatre ou cinq suffiraient sans doute par
département, on les choisirait suivant les besoins. Qui ne voit
combien la tâche serait facilitée au médecin pour faire accep¬
ter au malade un séjour de quelques semaines ou de quelques
mois dans une station voisine de son domicile et comme le
malade accepterait plus volontiers de quitter sa famille qui
aurait toute facilité de le voir? Ces petits hôpitaux, et il y en a
de superbes et de très modernes, pourraient constituer des
stations sanitaires de premier ordre où l’éducation hygiénique
et surtout antituberculeuse pourrait être donnée de la meil-
560 Dr BOURDIN 1ÈRE
leure manière. Cette utiljsation exigerait évidemment l’en¬
tente et la bonne volonté des Administrations diverses.
On ne manquera pas d’objecter que c’est une erréur de dis¬
séminer les efforts et de tendre à, créer des poussières de sana¬
toriums trop petits, trop nombreux, trop onéreux. Ces stations
sanitaires ne doivent pas empêcher la création du sanatorium
établi suivant les grands préceptes. Les petits hôpitaux choisis
dont nous parlons seraient surtout des maisons d’éducation
antituberculeuse où le malade ne pourrait faire qu’un court
séjour. Ils présenteraient, à notre avis, l’avantage pour le
malade d’être à sa portée et d’être plus facilement accepté, et
pour le médecin une grande facilité pour l’imposer à son
malade et pour le suivre. En outre, il pourrait résulter entre
les établissements une émulation favorable à l’intérêt général.
La question du personnel spécialisé pourra sembler inso¬
luble à quelques-uns. Nous n’en croyons rien. La guerre a
amplement démontré ce que l’on peut faire du personnel fémi¬
nin bien choisi et bien dressé. Évidemment ce personnel rece¬
vrait une instruction spéciale, mais rien n’est plus facile.
Quant au pefsonnel médical, nul doute qu’il ne se prêle à une
instruction spéciale s’il est nécessaire.
En résumé, le problème de la lutte antituberculeuse est
entré dans la période de réalisation pratique par la création
large de dispensaires d’hygiène sociale et de préservation
antituberculeuse et de .sanatoria. Deux conditions sont néces¬
saires au succès : le concours actif et efficace du corps médi¬
cal qu’on doit obtenir en le faisant contribuer le plus large¬
ment possible aux services des dispensaires, en mettant à sa
disposition tous les moyens de diagnostic précoce de la tuber¬
culose, en l’entourant dans la personne des infirmières-visi¬
teuses de véritables collaboratrices, en lui permettant de suivre
ses malades dans les sanatoria et surtout dans les stations
Sanitaires; la nécessité d’atteindre la masse des tuberculeux
pour leur faire suivre un traitement précoce et faire leur édu¬
cation antituberculeuse. C’est à ce double point de vue que
nous préconisons l’utilisation comme station.s sanitaires de cer¬
tains de nos hôpitaux communaux, judicieusement choisis, à
portée du malade et du médecin, munis d’un personnel fémi-
ASSISTANCE AUX SOLDATS TUBERCULEUX RÉFORMÉS 361
nin facile à instruire et à trouver et sous la surveillance d’un
personnel médical auquel il serait facile d’acquérir les notions
spéciales nécessaires.
REVUE GÉNÉRALE
L’ŒUVRE DES COMITÉS DÉPARTEMENTAUX
- D’ASSISTANCE AUX SOLDATS TUBERCULEUX RÉFORMÉS
Du fait de la guerre, le grave problème de,la lutte contre la
tuberculose prend actuellement en notre pays un intérêt parti¬
culièrement pressant.
C’est que la tuberculose qui, avant 1914, causait en France
— total déjà énorme — plus du* dixième de la mortalité géné¬
rale 85.000 décès sur 700.000 en chiffres ronds, chaque
année — se trouve aujourd’hui avoir singulièrement étendu
son dohaaine.
Rien n’est moins pour surprendre?
En raison des nécessités militaires, beaucoup de tuberculeux
durent être mobilisés.
De ceux-ci, assurément, quelques-uns ont amélioré leur état,
grâce à la vie incessante au grand air à laquelle ils se sont
trouvés obligatoirement soumis. Mais, hélas! ces privilégiés
ont été l’exception. Plus nombreux infiniment furent ceux dont
l’état, par suite des circonstances d’existence, sous la pluie,
sous la neige de l’hiver et sous toutes les intempéries, s’est
rapidement et fortement aggravé. Nombreux aussi ont été
ceux de résistance physique médiocre qui, partis sains, cepen¬
dant, n’ont pas tardé à se contaminer et sont à leur tour deve¬
nus des malades redoutables.
Mais, ces soldats tuberculeux, ou qui le sont devenus du fait
des circonstances nouvelles d’existence créées pour eux par la
guerre, ne sont. point seuls à l’être. A côté d’eux encore, se
trouvent en nombre considérable des infortunés sur qui les
conditions de vie actuelle ont également exercé une action
fqneste leur ayant valu de devenir une proie tout indiquée
REV. D’hyG. XL — 36
562
D>' G. VITOUX
pour la q,ODlagion. Ce sont, notamment, nos malheureux com¬
patriotes des régions envahies condamnés durant de longs
mois à subir des privations et des misères excessives. Ce sont
aussi les soldats prisonniers parqués en Allemagne dans des
camps surpeuplés et dans les pires conditions d’hygièile, en
règle courante très insuffisamment alimentés et cependant
astreints le plus souvent à un labeur épuisant.
Aussi, de ces multiples victimes de la guerre, civils ou
soldats, combien, parmi ceux rapâlriés, rentrent aujourd’hui
chez nous tuberculeux profondément, qui étaient sains et
robustes naguère.
Telle est la situation peu encourageante, certes, mais non pas
sans issue.
Cette situation, naturellement, commande des mesures par¬
ticulières pour lutter efficacement contre le danger menaçant.
De toutes les maladies, disait Grancher, la tuberculose est la
plus curable.
Et, de fait, avant la guerré', l’expérience montrait qu’il avait
raison. Grâce à des soins appropriés, en tous les pays d’Eu¬
rope, notamment en Allerhagne, en Angleterre, pays cepen¬
dant moins favorisés que le nôtre au point de vue des condi¬
tions climatériques, la tuberculose avait notablement régressé,
si bien qu’alors ijue le taux de la mortalité tuberculeuse glo¬
bale par 100.000 habitants, descendu à 21 en France, s’abaissait
à 15 en Allemagne et tombait à 13 seulement en Angldtérre.
De tels chiffres montrent sans réplique tout ce qu’on peut
attendre de la mise en œuvre des réglés strictes de l’hygiène
pour lutter utilement contre la tuberculose.
Cette lutte, si nécessaire pour la.santé publique, est du res.te
aujourd’hui sérieusement entreprise.
Dès les premiers temps de la guerre, un maître éminent,
M. le . professeur Landouzy, justement ému de la situation
pitoyable où allaient se trouver placées toutes les victimes de
la tuberculose et sérieusement alarmé du danger grave que
tous ces « blessés de la tuberculose », comme il disait, allaient
faire courir au pays tout entier, avait attiré l'attention sur
cette question si importante en la portant, dès le 5 mars 1915,
devant la « Commission permanente de la Tuberculose » insti¬
tuée au ministère de l’Intérieur, qui, sans retard, en poursuivit
l’examen et la solution.
D'autre part, le 21 mars de la même , année, la Chambre, sur
la proposition du député André Honnorat, invitait le gouver¬
nement à assurer aux militaires réformés pour tuberculose
ASSISTANCE AUX SOLDATS TUBERCULEUX RÉFORMÉS 563
l’éducation et les soins nécessaires ; puis, M. Léon Bourgeois
provoquait entreras ministères de la Guerre et de l’Intérieur
un accord aux termes duquel ce dernier se chargeait de recueil¬
lir et de soigner les soldats tuberculeux en instance.de réforme,
soldats auxquels le ministère de la Guerre devait allouer une
indemnité journalière de 3 francs pendant une durée de trois
mois.
Mais, ce n’est pas tout! D’autres initiatives ayant toutes ce
même but de combattre la tuberculose allaient encore se mani¬
fester.
C’est aiqsi que, le 22 août 1913, M. J. Brisac, directeur de
l’Assistance publique au ministère de l’Intérieur, faisait adop¬
ter par la Commission permanente de la tuberculose un rap¬
port dans lequel il présentait tout un plan d’organisation
de stations sanitaires devant permettre d’assurer le fonction¬
nement des services réclamés par MM. Ilonnorat et Bourgeois;
que le 18 octobre de la même année se trouvait promulguée,
sur la proposition de M. André Honnorat, la loi portant ouver¬
ture pour ce même objet d’un crédit de 2.000.000, et que le
ministère de la Guerre, enfin, créait « des hôpitaux sanitaires
régionaux destinés à recevoir les tuberculeux militaires dont
l’état aigu ou subaigu nécessite des soins immédiats et con¬
tinus ».
Enfin, pour couronner toutes ces initiatives heureuses, le
1'"' avril 1916, était créé un « Comité national d’assistance
aux militaires tuberculeux », — Comité placé sous le patronage
du Président de la République, sous la présidence d’honneur
des ministres, des présidents des Chambres, du Cardinal-
Archevêque de Paris, du président de l’Union consistoriale des
églises réforinées, du Grand-Rabbin, des présidents du Conseil
municipal de Paris et du Conseil général de la Seine, et avec la
collaboration des plus hautes autorités médicales de notre pays
— et des Comités départementaux, qui existent aujourd’hui
dans tous les départements et qui tous sont subventionnés,
souvent fort largement, par les Conseils généraux.
Celtjp organisation, qui entre à présent dans sa troisième
année d’existence, encore qu’elle n'ait pu jusqu’ici répondre à
tous les besoins, a cependant déjà donné d’importants résultats
et qui vont chaque jour s’étendant de la plus heureuse façon,
grâce à l’extension incessante des moyens mis en œuvre.
A l’heure actuelle, en effet, comme le notait récemment
M. le D' Léon Bernard dans son rapport à l’Assemblée générale
des Comités départementaux d’assistance aux anciens mili-
564 Dr G. VITOUX '
taires tuberculeux, « non seulement les réformés tuberculeux
trouvent dans tous les départements l’aide etdès soins'quileur
étaient promis par le Gouvernement, lorsqu’il créait les Comités,
mais encore les organes d’assistance et de prophylaxie, dus
aux initiatives des Comités, sont éclos en tel nombre sur toute
l’éten^ie du territoire que l’ensemble de ces instlt^utions s’iden¬
tifie presque exactement avec l’organisation antituberculeuse
du pays».
En de telles conditions, les résultats acquis sont des plus
encourageants, si incomplets soient-ils encore vis-à-vis de
l’ensemble dé l’œuvre à accomplir.
Quelques chiffres, à cet égard, spnt intéressants à noter.
Le 14 décembre dernier, à la séance du Sénat, M. le Sous-
Secrétaire d’Élat au Service de Santé faisait savoir « qu’entre
le 2 août 1914 et le 31 octobre 1917, lé nombre des militaires
réformés pour tuberculose pulmonaire atteignait, 89. 430 ».
Or, le rapport de M. Léon Bernard, que nous citions à l’ins¬
tant, constate que, de ce total considérable, un peu plus du
quart seulement — soit exactement 23.681, dont 8.216 pour le
département de la Seine et 13.465 pour l’ensemble dés autres
départements — ont été assistés par les Comités départe¬
mentaux.
• Pour considérable qu’jl soit, cet écart entre le nombre des
tuberculeux secourus et celui des sujets à secourir ne doit pas
décourager. L’action ininterrompue des Comités départemen¬
taux, dont les moyens ne cessent de s’accroître, tend en effet à
le réduire peu à peu.
L’ambition dé ces Comités, au reste, est d’arriver à qu’aucun
' réformé pour tuberculose pouvant avoir besoin d’assistance
ne soit inconnu d’eux. Mais, comment obtenir un tel résultat?
En vue d’y parvenir, les Comités départementaux ont été una¬
nimes à reconnaître la nécessité de s’adjoindre des délégués
chargés de visiter à domicile les assistés et de représenter
auprès d’eux le Comité dans les communes où ils ont fixé leur
résidence.
Suivant les cas, nous apprend M. Léon Bernard dans son
rapport, « les délégués sont choisis parmi les instituteurs ou
institutrices, les médecins des services de l’assistance médicale
gratuite, les maires, les ecclésiastiques, les agents du service
départemental de désinfection, des personnes de bonne
volonté ». .
Cependant, comme en semblable matière la bonne volonté
et le dévouement ne sauraient suppléer aux connaissances
ASSISTANCE AUX SOLDATS TUBERCULEliX RÉFORMÉS S65
spéciales, à la compétence, les Comités départementaux, uni¬
formément, tendent tous à confier à des « visiteuses d’hy¬
giène », spécialement instruites et spécialement vouées à cette
tâche, le soin de les représenter vis-à-vis des malades qu’il
s’agit de secourir. Et c’est ainsi que, dès à présent, on compte
déjà, indépendamment de l’Alsace, vingt-sept départements —
Allier, Basses-Alpes, Alpes-Maritimes, Ardèche, Aube, Bouches-
du-Rhône, Corrèze, Doubs, Drôme, Finistère, Gironde, Hérault,
Indre, Indre-et-Loire, Isère, Loir-et-Cher, Loire, Loire-Infé¬
rieure, Maine-et-Loire, Marne, Meurthe-et-Moselle, Nièvre,
Basses-Pyrénées, Rhône, Seine, Seine-Inférieure, Haute-Vienne
— qui utilisent, soit au chef-lieu seul, soit dans plusieurs
villes, soit même dans toute l’étendue du département, dès
visiteuses d’hygiène provenant ; les unes de l’École des infir¬
mières-visiteuses de France, d’autres, d’une Société de Croix-
Rouge ou encore des Écoles spéciales créées à Paris, à Lyon,
à Pau, etc.
Le rôle de ces « visiteuses d’hygiène », qu’on pourrait aussi
fort justement appeler des « monitrices d’hygiène », est com¬
plexe. Èn effet, non seulement elles sont chargées de veiller à
l’exécution par les. assistés des prescriptions du médecin, à
l’observation dès règles de l’hygiène générale, mais elles
doivent encore enquêter sur la situation morale, familiale,
maternelle et sociale des assistés, sur la salubrité de leurs loge¬
ments, sur lès besoins divers qui en peuvent résulter, etc.
Les renseignements ainsi obtenus," complétés par un examen
médical de l’homme, et s’il est possible de sa femme et de ses
enfants, sont centralisés au Comité qui dispose ainsi de tous
les éléments nécessaires pour régler son assistance : <c secburs
alimentaires et pharmaceutiques, complément de l’a-ssistance
médicale; secours matériel par une contribution au loyer, des
facilités données à un agrandissement de l’habitat, par le don
d’un lit; secours hygiénique, par le don de crachoirs, de ther¬
momètres, de liquides désinfectants, de sacs à linge et mou¬
choirs) et autres ustensiles indispensables à l’existence correcte
du tuberculeux. »
On le voit, le Comité départemental met en œuvre la méthode
du dispensaire telle qu’elle fut innovée et définie par le pro¬
fesseur Calmette. Aussi, le dispensaire se trouve-t-il à la base de
toute son assistance antituberculeuse.
Peu nombreux avant la guerre, — on en comptait exactement
21 en province « créés à Nice, Troyes, Marseille, Dijon, Bor¬
deaux, Tours, Grenoble, 2 à Nantes, Reims, Nancy, Lille,
366
D'-G. VlTOliX
Douai, Clermont (Oise), Lyon, Chambéry, Le Havre, Dieppe,
Versailles, Poitiers,'Limoges », et à Paris cinq ou six méritant
justement leur appellation, — les dispensaires antituberculeux
ont été fort multipliés en ces derniers temps, si biën que les Comi -
tés départementaux utilisent aujourd’hui une centaine environ’
de ces établissements dont la création est d’ailleurs prévue par
la loi du 18 avril 1916. Or, ceux-ci ne constituent, en somme,
que le début du développement de l’Œuvre. Et c’est justement
ce que M. Léon Bernard constate dans son rapport où il écrit :
1 . Allier. — Moulins.
Alpes- Mar ilimes. — Cannes.
Ardèche. — Annonay.
Alsace. — Thann, Wesserling, Masevaux, ùanneniarie.
Aube. — Romilly, Bar-sur- Aube, Bar-sur-Seine, Saint-Passe-lc-Vauclie.
Bouches-du-Rhône. — Marseille, Aix.
Cher. — Bourges.
Corrèze. — üssel.
Côte-d'Or. — Dijon.
Creuse. — Sainte-Keyre, Aubusson, Bourganeuf, Boussac, Evoux,
Dun.
Dordogne. — Périgueux.
Eure-et-Loir. — Chartres, Ghâteaudun, Dreux. ,
Finistère. — Quirnjier, Brest; en outre M”» Post a créé, avec le con¬
cours généreux de M”»» Whitney-Warren, et en connexion avec le
. Comité départemental, les dispensaires de Morlaix, Saint-Pol-de-
Léon, Roscpff, Ploescat, pourvus de 7 visiteuses, organisant ainsi
complètement tout un arrondissement.
Saute-Garonne. — ïoulousè.
Indre. — Châteauroux.
Indre-et-Loire. — Tours.
Isère. — Grenoble, Vienne.
Loir-et-Cher. — Blois.
Loire. — Saint-Étienne, Saint-Chamond, Rive-de-Gier, Montbrison,
Feurs, Veauche, Saint-Jodard.
Lot. — Cahors, Figeac, Gourdon, Gannat, Labastide, Murat,' Souillac,
Castelnau.
Maine-et-Loire. — Angers, Saumur, Cholet, Segré.
Marne. — Chalons.
' Méurthe-et-MoseUe. — Nancy.
Nièvre. — Nevers, Saint-Pierre-le-Moutier, Lormes.
. Oise. — Beauvais, Méru, Crévecœur, Compïègne, Noyon, Creil, Crépy-
Orne. — Alençon.
Basses-Pyrénées. — Pau.
Rhône. — Givors.
Seine. — Paris XVIII', XIX' et XX' arrondissements, la Plaine -Saint-
Denis,’ Levaltois-Perret et Issy. .
Seine-Inférieure . — Rouen.
Seinè-et~Oise.\ — Montmorency.
ASSISTANCE AUX SOLDATS TUBERCULEUX RÉFORMÉS 567
« 11 n’ept pas de département où, devant le Conseil général, la
question ne se soit posée; presque toutes les Assemblées, dépar¬
tementales ont décidé de poursuivre l’application de la joi et
souvent elles s’entendent en vup de la création deidispensaires
avec les Comités départementaux, en raison du crédit qu’ils
ont acquis eq la matière.
« Pour ne parler que des projets qui se présentent avec une
réelle solidité permettant d’affirmer la réalisation certaine et
prochaine, je citerai les suivants : 19 dispensaires dans l’Ain;
Montluçon ; Digne ; Nice ; 4 dans l’Aube ; 4 dans l’Aude; Arles;
Aurillac; La Rochelle; Rochefort; Saintes; 2 dans le Cher;
3 dans la Côte-d’Or; 4 dans la Dordogne; Besançon; Valence;
2 en Eure-et-Loir; Bordeaux; projets des Côtes-du-Nord, de
la Haute-Garonne, du Gers, de rille-et-Villaine ; 6 dansi la Loire,
le Loiret; 3 dans la' Loire-Inférieure, Seine-et-Oise; 4 dans
ia Haute-Vienne; Issoudun; Argentoh; Saint-Marcellin; Lons
le-Saulnier ; Épernay ; Chau mont ; Tarbes ; Perpignan ; Charolles ;
Amiens; 2 dans la Seine; Alger; Oran. C’est sans doute une
centaine Ale dispensaires que nous , avons en perspective et qui
sont à ajouter aux 90 déjà créés. »
Mais, en dépit des services de premier ordre que rendent les
dispensaires et l'organisation des visiteuses d’hygiène qui s’y
rattache, ils ne sauraient répondre à tous les besoins.
Parmi les tuberculeux appelés\à bénéficier de l’action des
Comités départementaux, il en est de nombreux dont l’état
nécessite des soins spéciaux impossibles à recevoir dans la
famille et (jui relèvent les uns du sanatorium, les autres de
l’hôpital.
Ces. deux dernières formes de l’Assistance n’ont point non
plus été négligées et,, l’une comme l’autre,- ont reçu, depuis
l’organisation du Comité national, une extension notable et qui
promet de s’étendre encore rapidement dans des proportions
particulièrement heureuses.
Mais, voyons d’abord ce qui a été réalisé pour les sana¬
toriums.
Avant la guerre, les sanatoriums populaires recevant des
malades gratuitement ou à des prix très réduits étaient en tout
petit nombre : H seulement pour toute la France*.
1. .Angicourt (Oise), appartenant à l'Assistance publique de Paris;
Bligny et ses annexes (Seine-et-Oise) et Montigny-en-Ostrevent (Nord), à
l'Œuvre des Sanatoriums populaires; Hauteville (Ain), à tine Œuvre
568 , G. VITOUX
Pour parer à cette insuffisance, le ministère de l’Intérieur,
d’abord, puis le ministère de la Guerre furent amenés à créer
des stations et des hôpitaux sanitaires.
De ces premières fondations, qui toutes aujourd’hui sont en
rapport avec le Comité national et avec les Comités départe¬
mentaux, un certain nombre, 25 à 30, estime M. Léon Bernard,
« en raison de leurs conditions géographiques, de leurs aména¬
gements appropriés, de leur situation juridique, pourront être
conservés après la guerre et devenir, avec quelques améliora¬
tions faciles, à apporter, des sanatoriums définitifs : et, de ce
fait, il résultera au moins 3.000 à 4.000 lits de sanatoriums
populaires mis à la disposition de la population civile fran¬
çaise ».
Et ce n’est point tout ! Grâce à l’action des Comités départe¬
mentaux unieà celle des Conseils généraux d’un certain nombre
de départements, 11 autres sanatoriums*, représentant un total
de 1.200 à 1.500 lits, ont été récemment ouverts ou vont inces¬
samment recevoir des malades justiciables d’une cure d’air et
de repos.
Enfin, à toutes ces fondations de caractère permanent, il
convient encore d’ajouter divers projets à l’étude et_ dont cer¬
tains, dès à présent, offrent des garanties de réalisation à court
délai* d’autant plus sérieuses que le Parlement aujourd’hui,
grâce à MM. Honnorat et Merlin, députés, se trouve saisi d’une
proposition de loi « tendant à instituer des sanatoriums spécia¬
lement destinés au traitement de la tuberculose pulmonaire et
à fixer les conditions d’entretien des malades dans ces établis¬
sements », proposition de loi qui semble dès à présent assurée
du plus favorable accueil.
lyonnaise; Sainte-Feyre (Creuse), aux instituteurs: Taxil (Var), à un Syn¬
dicat d’agents des Postes ; Ghampigny-en-Beauce (Loir-et-Cher), Ghicy
(Loiret), Lay-Saint-Christophe (Meurthe-et-Moselle), Oissel (Seine-Infé¬
rieure), Pessac (Gironde), à des Œuvres antituberculeuses locales,
i 1. Ce sont, dans les départements : del’Aio, Bellecombe à Hauteville;
de l’Ailier, Le Moutet; du Finistère, Plougouven; de la Gironde, Lège; de
rindre-et-Loire, La Membrolle; de l’Isère, la Tronche et Seyssnel; du
Rhône, Bayère; de Saône-et-Loire, La Guiche; de Seine-Inférieure, Can-
teleu et du Doubs, Villeneuve-d’ Amont.
2. Ces projets sont ceux des départements de l’Aube, des Bouches-du-
Rhône, de, la Corrèze, de la Côte-d’Or, du Gard, de la Haute-Garonne, du
Loiret, de la Savoie, de la Haute-Savoie, de Seine-et-Oise, de la Haute-
Vienne, ainsi qu’un projet de sanatorium d’altitude élaboré par l’Union
hospitalière du Sud-Est, et deux projets interdépartementaux, envisagés
par les départements normands d’une part, par les trois départements
alpins d’autre part.
ASSISTANCE AUX SOLDATS TUBERCULEUX RÉFORMÉS 569
Pour important qu’il soit comme « instrument de cure et de
récupération sociale des tuberculeux», le sanatorium, tout
comme le dispensaire, du reste, ne constitue qu’un des éléments
de la lutte antituberculeuse. Pour assurer celle-ci entièrement
et réaliser de façon parfaite la défense prophylactique contre
la maladie, il importe de compléter Ces deux premières institu¬
tions par une troisième, qui est l’hôpital pour tuberculeux,
réservé par destinatiou à l’isolement des tuberculeux graves
ou en poussée évolutive, à ceux encore qui nécessitent un
supplément d’enquête diagnostique ou qui, pour une raison
spéciale, se trouvent dans l’impossibilité d’être soignés chez eux.
Comme le dit fort justement M. Léon Bernard, de ce fait même
que, par définition, l’hôpital attend les plus contagieux, il faut
que non seulement par l’hôpital le tuberculeux soit isolé de son
entourage habituel, mais encore que dans l’hôpital même il soit
isolé des autres. malades.
Cette obligation de l’isolement peut être satisfaite de diverses
façons, soit qu’on réserve aux tuberculeux, dans un hôpital
général, des salles spéciales ou des quartiers spéciaux, ou
encore qu’on assure à ces malades des pavillons particuliers,
ou enfin qu’on les réunisse dans des hôpitaux uniquement conr
sacrés au traitement de leur affection.
De nombreux efforts ont été réalisés en ces divers sens. Sans
parler de la Ville de Paris où l’administration de l’Assistance
publique a créé dans ses hôpitaux urbains et suburbains des
pavillons spécialement réservés aux réformés tuberculeux du
département, pavillons qui, après la guerre, seront tout natu¬
rellement disposés pour recevoir les malades de la population
civile, dans toutes les régions de la France, en de nombreuses
villes*, des améuagements spéciaux plus ou moins complets
ont été effectués en vue d’assurer l’hospitalisation et l’isolement
des malades tuberculeux.
1. Voici d’après les renseignements recueillis par M. Léon Bernard et
mentionnés dans son rapport à l’Assemblée générale des Comités dépar¬
tementaux d'assistance aux Anciens militaires tuberculeux l’indication
des départements et des villes où l’on peut trouver aujourd’hui un début
d’isolement hospitalier des tuberculeux ; Gayette par Varennes (Allier) ;
Digne {deux quartiers); Gap (pavillon de contagieux); (pavillon de Cimiez
(Alpes-Maritimes); hôpital de Qdéren (Alsace); hôpital de Chanteloup
(Aube); pavillon à Carcassonne; Marseille (Pavillon Ti voilier); Caen;
Lisieux; Cher; A4ise-Sainte-Reine (Côte-d’Or); Saint-Brieuc ; cinq villes
d’Eure-et-Loir (hôpitaux avec salles); Nimes, Alais; petit hôpital de Bou-
iogne-sur-Gesse (Haute-Garonne); trois hôpitaux de l’Oise; hôpital Ville-
min à Nancy; Chalons; pavillons d’Angers, d’Orléans; Hôtel-Dieu de
510 ALUIKNÏATION DES THÜÜPES
Qn le voit, par cet exposé, l’œuvre accomplie jusqu’à présent
par les Comités départementaux d’ Assistance aux anciens mili¬
taires tuliierculeux réalise un progrès considérable dans la lutte
antituberculeuse en notre pays. Celte œuvre est du reste
d’autant plus importante qu’elle né peut désormais manquer de
.s’étendre et de se parfaire par quelques institutions complé¬
mentaires telles, par exéniple, que le placement des enfants
sains de tuberculeux dans des colonies établies à la campagne,
telles que le placement à la campagne également des tuber¬
culeux assistés susceptibles de travailler.
Dans ces divers ordres d'idées, des réalisations pratiques fort
intéressantes ont d’ailleurs déjà été entreprises et ont donné
des résiillats particulièrement encourageants.
Nul doute que dans un prochain avenir ces premières réa¬
lisations ne soient suivies largement, pour le plus grand bien
de l’œuvre de salut général que poursuivent avec un si parfait
et entier dévouement les Comités départementaux d’ Assistance
aux anciens soldats tuberculeux.
Georges VtToox.
ALIMENTATION DES TROUPES
(Comptes rendus de la Commission sanitaire des Pays alliés.)
La Commission sanitaire des Pays alliés a tenu trois sessions, la
première en juin 1917, la seconde en octobre de la môme année et
la troisième en mars 1918.
Celte dernière réunion, spécialement consacrée à l’étude de l’ali¬
mentation des 'troupes, fut tenue à Paris, à l’Offlce international
d'h’ygiène publique; ses procès-verbaux renferment les documents
suivants, du plus grand intérêt au point de vue de l’hygiène alimen¬
taire.
Les membres de cette Commission comprennent, sous la prési-
Rennes (salles) ; hôpital-sanatoriumvde jytontpellier; hôpital-sanatorium de
Bourgneuf-en-Retz (LoireTlnférieurè); un pavillon à PHôtel-Oieu de Nantes;
Saône-et-Loire; hôpital d’Alençon ; pavillons Noulibos à Pau; Lyon; Cham¬
béry; quatre villes de Haute-Savoie; Roueu; Le Havre; Fécamp; Mon-
tauban; La Pouverine, par Cuers (Var); Hôtel-Dieu de Poitiers; Limoges;
Commission sanitaire des pays alliés 571
deiice lie M. le D'' Suntoliquido, délégué de l’Italie, les personnalités
ci-après : ■
Uélégués de la Belgique ;
Pour le Ministère de la Guerre :
M. le Médecin principal de première classe Maistriau, Comman¬
dant du Groupement Régional du Service de Santé à Rouen'.
M. le Médecin principal de deuxième classe Hainaüt.
Délégué de la Chine :
M. le Major S. T. Lee, Attaché au Ministère de la Guerre.
Délégués des États-Unis d’Amérique :
M. le Major Daniel P. Card, Ü.S.A.M.C.
M. le Major Richard P. Strong, L'.S.A.M.R.C., Professer ofExotic
Medicine Harward University.
Délégués de la France :
Pour le Ministère de l’Jiitérieur :
M. Brisao, Directeur de l’Assistance et de l’Hygiène publiques au
Ministère de l’Intérieur. '
M. le Professeur Chantemesse, Membre de l’Académie de Médecine,
Conseiller technique du Ministère de l’Intérieur.
Pour le Minütère de la Guerre :
,m'. le Docteui*E. Roux, Directeur de l’instilut Pasteur, Membre de
l’Institut, Président du Conseil Supérieur d’Hygiène pùblique de
France.
M. le Professeur A.. Robin. Membre de l’Académie de Médecine.
M. le Médecin Inspecteur Rouget, Professèur d’Hygiène au Val-de-
Grâce, chargé de la Direction du personnel et des services tech¬
niques au Sous-Secrétariat d’Etat du Service de Santé.
M. le Médecin principal de deuxième classe Lafforgue, Professeur
agrégé delà chaire d’épidémiologie du Val-de-Grâce, Professeur de
la Faculté civile de Toulouse, Chef de la section d’hygiène et d’épi¬
démiologie au Sous-Secrétariat d’État du Service de Santé.
Pour le Minislère de la Marine :
M. le Médecin général Jan. >
M. le Docteur Louis Martin, Directeur de l’Hôpital Pasteur,
Membre de la Commission Supérieure d’Hygiène navale et d’Épidé-
miologie.
Délégués de la Grande-Bretagne :
Pour le War Office :
M. le Brigadier général E. H. Heuming, C.M.G., Assoc. Inst. C.E ;
Chief Engineer Eastern Commànd England.
M. le Colonel Sir William Leishman. C.B.; F.R.S.; K.H.P. Adviser
in Bacteriology.
572 ALIMENTATION DES TROUPES
M. le Colonel W. W. 0. Beveridge, G. B.; D.S.O. ; Assistant Direc-
tor of Medical Services, for Sanitation ; Professor of Hygiene Royal
Army Medical College.
Pour V Amirauté :
Deputy Surgeon General P. W. Bassett-Smith, C.B.; R.N. ; Profes¬
ser of Glinical Pathology, Navy'Medioal School.
Fleet Surgeon P. H. Boyden, R.N.
Pour le Local Government Board :
M. le Lieutenant-Colonel G. S. Buch.anan, C.B. ; Assistant Medical
Offîcer, Local Government Board.
Pour le Canada :
M. le Lieutenant-Colonel J. A. Amyot,- C.M.G, ; Adviser in Sanita¬
tion Canadian Contingents Overseas.
Pour l'Union de l’Afrique du Sud :
M. le Major M. S. Power, D.S.O. ; South African Army Medical
Corps.
Pour l’Australie :
M. le Lieutenant-Colonel A. G. Butler D.S.O.; Australien Army
Medical Corps.
Pour la Nouvelle-Zélande :
, M. le Colonel G. M. Bbgg, C.B. ; C.M.G. ; D.D.M,S. New' Zealaiid
Army Medical Corps.
Délégués de l’Italie :
M. le Professeur Santoliquido, Conseiller d’Étal, Délégué do l’Italie
dans le Comité de l’Office International d’Hygiène publique.
Pour le Ministère de la Guerre : '
M. le Colonel Médecin Professeur Testi.
Pour le Ministère de la Marine :
S. E. le Lieutenant Général Médecin F. Riio, Inspecteur général
du Service de Santé de la Marine.
M. le Colonel Médecin Professeur C. M. Belli.
M. le Lieutenant-Colonel Médecin Professeur A. Castellani.
Délégués du Japon ;
M. le Médecin principal de !'■' classe R. Inaba, Chef du Labora¬
toire d’hygiène de l’École de Médecine militaire.
M. le Médecin-Major S. Goto, du Corps de Santé militaire.
M. le Médecin principal T. Kabeshima, de la Marine Impériale.
Délégué du Portugal :
M. le Professeur Ricardo Jorge, Directeur général de la Santé
publique.
OOMMISSIOX SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS 573
Délégués de la Serbie :
M. le Colonel Docteur V. Soubbotitcii.
M. le Docteur Petrovitch, Délégué de la Serbie dans le Comité de
l’Office International d’Hygiène publique.
Office Internatio.val d’Hygiè.ne Publique :
M. de Cazotte, Ministre plénipotentiaire, Directeur de l’Office
International d’Hygiène publique.
M. le Docteur Poitevin, Directeur-Adjoint.
Secrétariat :
M. Robert Siegfried, Secrétaire d’Ambassade de 2“ classe.
M. le Médecin Aide-Major (îelby.
M. Marignag, Fonctionnaire technique de l’Office International
d’Hygiène publique.
Excusés : M. le Docteur Rulot, Inspecteur du Service de Santé et
de l’Hygiène, Délégué de la Belgique (Ministère de l’Intérieur) ;
M. le Médecin Inspecteur Simonin, Professeur au Val-de-Gràce,
Délégué de la France (Ministère de la Guerre); M. le Docteur
Mosny, Membre de l’Académie de Médecine, Délégué de la France
(Ministère de la irfàrine);. Surgeon General Sir R. Havelock Charles,
G.C.V.O.; LM. S., President Medical Board India Office and Medical
Adviser to Secretary of State for India, Délégué de la Grande-Bre¬
tagne (India Office); M. le Lieutenant-Colonel Médecin Professeur
Baglioni, Délégué de l’Italie (Ministère de la Guerre).
SÉANCE DU 12 MARS 1918.
S. E. ie Lieutenant Général Rho (Italie). — Monsieur le Président,
Messieurs les Délégués. Je regrette beaucoup de n’avoir pas pu
assister à la séance du 8 novembre, dans laquelle la question de
l’alimentation rationnelle des armées en campagne avait été déjà
portée à l’ordre du jour.
La question a été alors traitée avec la plus grande ampleur et
la plus grande compétence par M. le Président et les Délégués
de presque tous les Pays Alliés et, avant tout, pur les membres
de la Mission que l’Armée française avait envoyée en Italie pour
constater les résultats des réformes alimentaires que nous avions
adoptées pour l’Armée et pour la Marine.
A ces réformes, j’avais en quelque manière donné l’essor par
des articles aue j’avais publiés avant la conflagration mondiale
et, de nouveau, aussitôt après l’entrée en guerre de l’Italie. J’étais
:iU
ALIMENTATION DES TROUPES
parti\d’une conception uniquement scientifique, basée sur les expé¬
riences des physiologistes modernes qui, presque dans tous les pays,
ont contrôlé et trouvé exactes les conclusions de l’Américain Chit-
TENDEN et du Danois HiNDHEDE. ,
^ Réduites à leür plus simple expression, ces conclusions de Ghit-
TENDEN et de Hindhede étaient les suivantes : le nombre de calories
que fécole allemande considérait comme nécessaire pour une
bonne alimentation d’entretien et de travail était lie beaucoup
excessif. Mais surtout, la quantité des protéines pouvait ' être
réduite presque à la moitié de ce qu’on considérait auparavant
comme indispensable. En effet, les substances protéiques sont
surtout nécessaires, pour la reconstitution des cellules et des tissus
usés ; et, pour accomplir cette tôche, il suffit, au maximum, d’une
proportion de 10 p. 100 4u poids de la'ration alimeptpire normale.
D’un autre côté, indépendamment des travaux de Chittende.n
et^ d’iliNDHEDE, les physiologistes et lés hygiénistes de tous les
pays avaient bien démontré que (contrairement aux idées de Liebic,
malheureusement encore acceptées par l’opinion populaire et pas
encore assez ébranlées chez un grand nombre de médecins) les
éléments nutritifs utilisés par l’organisme pour la, production
d’énergie et de chaleur sont principalement les substances alimen¬
taires non azotées et surtout les substances hydr#carbonées.
En appliquant ces données à la révision critique des rations ali¬
mentaires dans les armées des principales Nations, fe me suis
convaincu que ces rations étaient toutes basées sur les vieilles
idées erronées; toutes péchaient par un excès de nourriture
fournie et, surtout, l’établissement des rations de guerre et de
manœuvre contenait une faute originelle et fondamentale, parce
que, pour donner un surplus d’énergie, on recourait à une aug¬
mentation de substances protéiques, c’ésl-à-dire de viande, au
lieu de s’adresser aux subslances hydrocarbonées, céréales, légu¬
mes, etc.
L’expérience en cette matière m’a rendu quelque peu sceptique
sur la possibilité de faire adopter une réforme alimentaire raison¬
nable et raisonnée, en temps de paix. La même impossibilité exis¬
tait au début de cette guerre, que tout le monde non seulement
espérait, mais croyait devoir être de courte durée.
Cependant nos ennemis, aussitôt qu’ils se trouvèrent pris comme
dans un siège formidable, enserrés presque de tous les côtés, don¬
nèrent l’exemple des rèstrictions alimentaires, d’abord pour la
population civile et ensuite aussi pour leurs armées.
Sans doute, les Allemands et leurs alliés ont dô éprouver les
mêmes difficultés que nous pour faire accepter des réforEges et des
restrictions; seulement ils furent pressés par des circonstances bien
plus , graves et plus urgentes, à cause du blocus maritime que
l’Entente avait pu établir et rendre de plus en plus effectif.
Quelles sont ces dilflcultés ?
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS
373
' Sans doute, personne au inonde n’accepte de Donne grâce là
réduction de son régime et ce qu’a dit ici M. le Médecin principal
Maistriao pour le soldat belge peut s’appliquer à toutes les armées.
Ayec quelques paroles ou mêlne de longues discussions, on démon¬
trerait en vain à un soldat qu’il mange trop; et même pour un
officier, il serait toujours bien difficile, d’ébrànler chez lui la con¬
viction que, pour être fort, il faut manger beaucoup et beaucoup de
choses fortes, c’est-à-dire, dans sa pensée, de la viande.
Bien entendu, non seulemeut les Intendances étaient imbues des
mêmes préjugés, mais craignant que la réduction du régime pût
avoir un effet déprimant sur le moral du soldat, elles ne voulaient
toucher à cette question qu’avec une extrême prudence. ,
Néanmoins la question s’imposait avant tout pour la population
civile dans tous les pays, même dans les pays neutres ; et cette
longue guerre, avec. ses maux inévitables, nous a apporté au moins
déjà ce bien d’avoir fourni l’occasion de donner une très large dif¬
fusion à des idées qu’auparavant seuls quelques sâvants physiolo¬
gistes ou hygiénistes et très peu de médecins s’efforcaient de
répandre et de vulgariser, eil recueillant, il faut l’avouer, un très
maigre succès. Le succès est venu après, avec le prolongement de
la guerre ; et nous avons vu s’accroître le nombre des vulgarisateurs
de la bonne doctrine. En effet, non seulement la presse scienti¬
fique, mais aussi la presse quotidienne; non seulement les savants
et les hygiénistes, mais même les politiciens et les ministres ont
démontré, dit et répété maintes fois que tout le monde mangeait
trop et ont prêché la nécessité d’éviter tout gaspillage. Les dirigeants
sont passés bientôt de l'idée à l’action et nous avons vu tous les
Gouvernements appliquer des restrictions, lesquelles, à coup sûr,
n'ont pas affaibli la population et n’ont pas eu non plus d'effets
fâcheux sur la santé générale ou individuelle, bien que les réduc¬
tions aient été. partout assez fortes.
C’est une expérimentation générale qu’on a faite de cette façon et
qu’on continue à faire, d’une alimentation réduite en harmonie
avec les conceptions modernes de la physiologie et de l'hygiène,
contraires aux idées excessives qui jadis dominaient dans la science
d’après l’école allemande.
Les ' conceptions de l’école allemande avaient été acceptées sans
discussion jusqu’aux premières expériences de Cuittend’en. Les tra¬
vaux plutôt, révolutionnaires du physiologiste américain parurent
seulement une dizaine d’années avant la guerre; la marche des
idées nouvelles fut naturellement très lente, car il fallait vaincre
bien des oppositions et des vieilles opinions profondément enra¬
cinées; c’est seulement pendant cette guerre qu’elles ont fini par
acquérir droit de cité dans le domaine de la science.
■ Une fois les nouvelles idées acceptées pour la population civile,
il ne pouvait pas tarder à se produire une heureuse roqtagion pour
l’alimentation des armées. Comme nous l’a répété dans' ses conclu-
576 ALIMENTATION DES TROUPES
sions M. le Général Simonin, on a reconnu que les rations étaient
partout surabondantes et qu’une partie des aliments étaient gas¬
pillés; après une plus ou moins laborieuse évolution, les Inten¬
dances de toutes les Armées alliées, dans le cours de la dernière
année, ont tâché de réduire leurs rations, avec grand avantage
hygiénique et économique, toujours en tenant compte des habitudes
de chaque nation et en assurant par une bonne présentation des
aliments leur utilisation complète. .
Permetiez-moi de faire une rapide revue des réductions ainsi
obtenues pour ies denrées principales, c’est-à-dire pour la viande et
le pain.
En Italie, la viande a été réduite de 12a grammes et le pain de
50 grammes par jour pour les troupes du front ; pour les troupes du
territoire, la ration de pain a subi une réduction de 200 grammes
par jour et celle de viande a été réduite à la moitié de ce qu’elle
était auparavant, c’est-à-dire à 600 grammes par semaine au lieu de
1.200 grammes. Dans la Marine italienne, la ration de viande a été
réduite de 100 grammes et le pain a diminué de 150 grammes par
jour.
En France, la ration de pain a été abaissée en général de
100 grammes ; la viande a été réduite de 50 grammes à l’intérieur et
de' 100 grammes au front, pour la ration forte et de 50 grammes pour
la ration faible.
Dans V Armée belge, la ration de viande était de 450 grammes; elle
a été réduite de 50 grammes et il s’agit de la réduire encore gra¬
duellement de 100 grammes pour la l’amèner à 300 grammes, ce qui
serait fait dans le printemps qui vient; la ration de pommes de
terre (qui chez les Belges remplace en partie les autres substances
amylacées) au cours de l’année dernière a été ramenée, d’un kilo¬
gramme qu’elle était au début de la guerre, à 1/2 kilogramme et
même à 200 grammes.
Si je suis bien renseigné, Y Armée anglaise au début de la guerre
livrait à ses troupes combattantes 566 grammes de viande et
453 grammes aux troupes en arrière du front ; chacun de ces chiffres
a été maintenant diminué de 113 grammes. Pour les troupes d’ar¬
rière, sur les lignes de communication, on a réduit aussi de
173 grammes la ration de pain, qui est passée de 570 grammes à
397 grammes.
En outre, dans cette ration modifiée depuis avril 1917, des réduc¬
tions ont été apportées aussi pour le fromage et les confitures.
L’énumération que je viens de faire est ennuyeuse, mais très
instructive.
Elle montre que des restrictions plus ou moins fortes ont été
apportées dans les rations de toutes les Armées alliées ; mais ces
réductions sont bien loin des diminutions adoptées par l’Alle¬
magne. Les Allemands étaient de grands mangeurs ; avant la guerre,
leur ration de campagne comportait jusqu’à 5.000 calories ; ces calo-
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIES
ries sont aujourd’hui abaissées presque à la moitié. Le soldat alle¬
mand se contente aujourd’hui de 500 grammes de pain, au lieu
de 750, et de 125 grammes de viande au lieu de 400 ; en outre, les
Allemands ont encore réduit à la moitié l’ancienne fourniture de
saucisses, de sucre et de café. C’est seulement pour les troupes de
première ligne, engagées dans un gros effort, qu’on fait exception
et qu’on donne l’ancienne ration. Ce sont donc des réductions
-énormes qui ont entamé profondément l’alimentation de la plupart
des troupes de nos ennemis; cependant leur activité, leur pouvoir
offensif, leur résistance ne paraissent aucunement diminués.
Naturellement, les très fortes et presque incroyables restiictions
de nos ennemis leur ont été imposées par une dure nécessité, car si
les Allemands ont pu soutenir dans leur brutale politique de «uerre
que la nécessité n’a pas de loi, en matière d’approvisionnement et
d’alimentation ils ont dù reconnaître que la nécessité a bien ses
lois.
' A nous de reconnaître qu’ils surent s’adapter à la nécessité et,
mieux encore, que, dans leurs sages applications de toutes les
sciences à l’art de la guerre, ils n’eurent pas peur de pousser tout
de suite à leurs extrêmes limites les suggestions de la physiologie
et de l’hygiène modernes en matière d’alimentation populaire et
militaire.
Beaucoup de Délégués de la Commission sanitaire des Pays alliés
ont eu la bienveillance de louer ce qu’a fait l’Italie avec son expéri¬
mentation d’alimentation réduite de ses soldats, alimentation qui
est encore quelque peu au-dessus du strict nécessaire ; mais il me
paraît que l’exemple de l’Allemagne est bien plus grandiose, pro¬
fond et démonstratif de ce qu’on peut faire dans cette direction
pour pousser à l’extrême limite la résistance, lorsque la nécessité
se manifeste.
A nous Italiens d’avouer franchement que presque tout ce que
nous avions fait en matière d’alimentation militaire a été bouleversé
après notre désastre de l’Isonzo. Dans la hâte de réparer ce mal¬
heur, trop de médecins et de médicastres coururent au lit du
malade, le diagnostic et l’étiologie du mal furent mal posés ;
quelques partisans d’une thérapeutique simpliste crurent indis¬
pensable de donner un régime alimentaire reconstituant; la poli¬
tique, hélas ! et la presse quotidienne s’en mêlèrent pour forcer
l’opinion publique et parlementaire ; et de cette façon on est
retourné sans discussion et avec précipitation aux anciennes
méthodes, en augmentant de nouveau dans les rations ce qu’on y
avait réduit sans susciter aucune plainte et avec un avantage écono¬
mique et hygiénique évident pendant toute une année.
Je souhaite qu’on ne tarde pas à révoquer ces décisions erronées
et pécipitées. En attendant, je tiens à déclarer que la Marine n’en
a rien touché au.x réformes déjà adoptées, e.xception faite pour les
quelques milliers d’hommes employés à terre pour la défense de la
REV.
-37
ALIMENTATION DES TROUPES
basse Piave, qui combattent à côté de leurs camarades de l’Armée.
Celte différence entre notre Marine et notre Armée de terre,
pour ce qui a trait à l’alimentation, n’est pas sans signification. La
même différence existe entre la Marine et l’Année françaises, tandis
que nous pouvons reconnaître que la ration du matelot italien et
celle du mat< lot français à terre sont à peu près (es mêmes au point
de vue du nombre des calories et de la quantité de substances
protéiques et d’autres principes alimentaires qu’elles contiennent.
Si on fait des comparaisons, on voit par exemple que dans
l’Armée italienne, soit au front soit en arrière, la quantité de
substances protéiques est maintenant presque de bO grammes supé¬
rieure à celle fournie aux matelots à bord et à terre. Des différences
moindres, mais analogues, sont observées dans l’Armée et la Marine
françaises.
On comprend jusqu’à un certain point qu’il y ait des différences
entre la ration des matelots à bord et celles des troupes au front
en première ligne, puisque dans les cuisines des navires les mets
peuvent être mieux préparés, leur utilisation est ainsi complète et
on peut, par conséquent, éviter tout gaspillage ; mais ou ne comprend
pas pourquoi de fortes différences existent entre la ration des
matelots et celle des. soldats qui vivent dans les mêmes conditions,
casernés à terre, dans les dépôts, dans les postes de la défense
côtière et dans toute la zone des lignes de communication pour les
troupes en arrière du front.
Dans la situation actuelle, il y a maintes raisons pour mettre en
évidence l’opportunité d’une unification alimentaire pour les mili¬
taires de terre et de mer, en choisissant naturellement celle des
rations employées qui est la moins abondante.
Je tiens encore à porter à votre connaissance un fait qui a quelque
importance pour les comparaisons et pour les déductions qu’on peut
en tirer.
Le matelot italien reçoit maintenant à bord, en moyenne,
230 grammes de viande par jour; mais comme, par l’enquête dont
M. le Colonel Médecin Belli avait été chargé, on avait constaté que
les unités qui recevaient leur ration en argent avaient une tendance
très marquée à réduire de beaucoup la consommation de viande, et
comme notre cheptel national avait grand besoin d’être ménagé, on
a donné la faculté, à bord des navires de guerre, de renoncer dans
le repas du soir à la partie correspondante de la ration de viande,
en la remplaçant par du riz ou des pâtes pour faire un minestrone
assaisonné selon le goût populaire italien. Cette substitution a
rencontré la faveur générale, de sorte que maintenant la ration
journalière de viande à bord ést réduite à fbO grammes seulement.
Comme vous voyez, la quantité de viande qui est à présent dis¬
tribuée à bord de nos navires de guerre est seulement de quelques
grammes supérieure à celle des troupes allemandes et correspond
justement aussi à celle que les Japonais ont toujours donnée à leurs
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS 519
armées dAns la guerre contre la Russie, selon la ration qui reste
encore la même aujourd’hui.
G’est une ration presque végétarienne qu’on emploie au Japon,
avec les excellents résultats hygiéniques, sanitaires et militaires
que tout le monde connaît; et c’est encore une alimentation carnée
très réduite, comme la japonaise, que le matelot italien a adopté de
son libre choix. Il y a encore assez de viande — avec le fromage et
quelque peu de morue ou de thon ou de saumon — pour assurer
dans la ration de la Marine italienne la présence des albumines
d’origine animale et par conséquent des acides aminés, en quantité
bien supérieure à celle que la physiologie moderne croit utile pour
une bonne nutrition, question dont s’était préoccupé M. le Délégué
delà Belgique.
En présence de ces faits, en présence surtout des réductions ali¬
mentaires appliquées par nps ennemis, il me parait que toute
question de race, d’àge, de climat, d’habitudes, de travail, de
déchets, etc., dont nous nous sommes occupés et préoccupés ici,
pour ce qui a trait à l’alimentation des troupes ont bien encore de
Pimportance, maife une importance tout à fait secondaire.
Scientifiquement, théoriquement, pratiquement, effectivement les
réductions extrêmes auxquelles a été obligée l’Allemagne pour ses
troupes, en cas de nécessité pourraient et devraient être adoptées
aussi par les troupes de l’Entente.
Les réductions que les Pays Alliés ont jusqu’ici apportées aux
rations de leurs troupes sont déjà un grand pas fait dans la voie des
réformes et des limitations rationnelles; le cas échéant, nous ne
devrions pas craindre une nouvelle diminution. Ni trop ni trop peu,
adit justement notre Président; mais la limite exacte du trop et du
trop peu ne peut être fixée que par les circonstances.
En effet, les physiologistes — Mosso avant tous — nous disent que
toute fonction organique peut s’accomplir convenablement dans des
limites très amples d’activité; et de môme que Mosso a démontré
que nous pouvons jouir même d’une véritable « respiration de
luxe », il est bien sûr que tout le monde a, adopté une alimentation
qui peut être appelée de luxe par la quantité, sinon toujours par la
qualité ; à ce luxe l'homme ne renonce que par inappétence ou par
disette.
La disette se fait sentir bien plus chez nos ennemis que dans les
pays de l’Entente ; ainsi s’expliquent les moindres restrictions ali¬
mentaires que nous avons appliquées en comparaison de l’Allemagne
et de ses alliés.
Mais la résistance d’un pays en guerre doit se manifester de tous
côtés. Puisque l’Entente tient toujours le domaine de la mer, on
peut espérer qu’elle n’éprouvera jamais le besoin d’aller jusqu’aux
réductions extrêmes dans l’alimentation de ses peuples et de ses
troupes. Mais, en se rappelant l’ancien dicton « estote parati », il
faut être paré à tout et si, par hasard, la disette venait à augmenter.
ALIMENTATION DES TROUPES
pour résister jusqu’au bout nous devrions être tous prêt^ à imiter
non seulement l’exemple de nos ennemis, mais celui bien plus
héroïque que jadis a donné Paris, dans le siège de la guerre franco-
prussienne de 1870-71, pendant lequel les Parisiens ont bien fourni,
au point de vue alimentaire comme aux autres, ce que l’on pourrait
appeler un véritable étalon de nécessilé et de résistance.
Actuellement, il nous suffit d’avoir ce que M. de Cazotte a appelé
ici l’étalon de suffisance alimentaire, étalon qui se peut régler dans
chaque pays de l’Entente selon les ressources de son approvision¬
nement et qui peut varier pour, chaque denrée. Peut-être serait-il
utile que même les rations militaires fussent moins immuables,
moins fixes dans leur type; il faudrait pouvoir changer ce type selon
l’abo'ndance ou la disette, surtout en ce qui concerne la viande' et le
blé. En Italie, dans un moment de pénurie de blé, nous avons
préparé pour la Marine un type de ratiou dans lequel la quantité du
pain, des pâtes et du riz était diminuée, et par compensation on
avait augmenté la quantité de la viande, du vin et du sucre, dont on
pouvait alors avoir une plus forte provision disponible.
Toujours est-il que des réductions encore plus radicales que celles
adoptées aujourd’hui pourraient se faire sans crainte et sans scru¬
pules pour, les troupes en arrière du front, tandis qu’il faut être
large et généreux dans l’alimentation des troupes de première ligne
engagées dans de gros efforts; que n’accorderions-nous pas,
d’ailleurs, aux héros qui sont prêts à sacrifier leur vie pour la
Patrie?
Au contraire, les soldats qui travaillent en-arrière peuvent bien
faire quelque sacrifice au luxe quantitatif alimentaire; mais, pour
que cela se fasse sans murmures et de bonne volonté, il faut aussi
préparer l’opinion publique et mêmè 'la mentalité des soldats par
un travail de persuasion, de propagande et de vulgarisation des
données de la physiologie et de l’hygiène de l’alimentation. Tout ce
travail est nécessaire pour ne pas ébranler la discipline des troupes.
Or, la discipline est très sensible surtout chez les peuples latins;
comme a dit un très distingué parlementaire italien, cette disci¬
pline a même subi une évolution pendant la guerre actuelle. D’abord
elle était aveugle et passive, l’individualité du soldat étant toute
absorbée et presque annihilée; dans une seconde phase elle a été
consentie et active, l’obéissance procédant presque uniquement de
la confiance et de l’affèclion inspirées par les supérieurs; main¬
tenant nous en sommes à une phase critique de la discipline, parce
que le soldat veut avoir une claire idée de sa tâche et de ses devoirs
et qu’il veut se convaincre de leur justice et de leur nécessité.
Il faut donc le persuader aussi de la nécessité des réductions
alimentaires. On pourra obtenir cet effet avec des raisonnements
tout simples appuyés sur le bon sens, avec des conférences et sur¬
tout avec de petites brochures explicatives et de vulgarisation des
données scientifiques.
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS
C’est pour aider la pénétration des idées, dont tous nous sommes
bien convaincus, que dans la Marine italienqe on a largement dis¬
tribué une petite publication dont j’ai l’honneur de présenter ici
quelques exemplaires.
Une petite brochure analogue avait été rédigée par le Colonel
Médecin Professeur Baglioni pour l’Armée italienne.
Maintenant, dans toutes les Nations de l’Entente, des Sociétés
savantes ont formé des Commissions de la plus haute compétence et
de la plus grande' autorité, qui s’occupent de la question de l’ali¬
mentation civile et militaire.
Sans doute des brochures populaires, publiées par milliers d’exem¬
plaires sous l’égide de cês Sociétés savantes, auraient de très
heureux résultats pour le but qu’pn doit atteindre...
La Commission passe ensuite à la lecture des documents sur la
ration.
M. le Médecin Aide-Major Geley. — Les questionnaires de
.M. le Médecin Major Langlois, envoyés sur le front français à
7 unités de ligne et retournés remplis à la Commission par les
soins du Ministère de la guerre, n’ont pu, faute de temps, mire l’objet
d’une étude minutieuse et détaillée. Des résumés succincts de
chaque document ont été faits par le Secrétariat et sont, ainsi que
les documents eux-mèmes, à la disposition de MM. les Délégués
qui pourront en prendre connaissance à tête reposée.
Voici les principaux renseignements qui nous semblent résulter
de ces travaux :
1° Le chiffi-e des caloriès n’a généralement pas été calculé par les
enquêteurs. Quand ces demies se risquent à donner un chiffre, ce
chiffre est évidemment erroné ;
2“ La ration de pain varie, suivant les unités, entre 600 et
750 grammes par jour et par homme ;
3“ La ration de viande varie entre 300 et 350 grammes par jour et
par homme ;
4» La ration de légumes secs (haricots) est, en moyenne, de 250
à 300 grammes par homme et par semaine ;
5“ La ration de pommes de terre varie de 900 grammes par
homme et par semaine à 2 kil. 300.
6» La ration de légumes verts varie dans de très fortes propor¬
tions ;
7» La ration du vin est au minimum de 1/2 litre et parfois du
double.
La ration de café comporte 35 grammes de café avec 49 grammes
de sucre.
On distribue en outre du thé, de l’eau-de-vie (6 centilitres par
jour et par homme).
En dehors de l’ordinaire, les hommes achètent des conserves, des
confitures, du chocolat et surtout du vin. Ces achats, faits aux coo-
582 ALIMENTATION DES TROUPES
' pératives centrales, sont importants, mais ne sont pas calculés par
unités.
Ces chiffres étaient connus et n’apportent à la Commission aucun
renseignement inédit. En effet, nous possédions déjà tes rapports
complets de l’Intendance et du Service sànitaire du Ministère de la
Guerre. Le but essentiel de la Commission était de connaître si la
ration française était entièrement utilisée, et consommée. Pour
cela, un point très important était celui des déchets de consomma¬
tion. Seul il eût permis d’établir si la ration française se rapproche
en fait de la ration italienne. Malheureusement, la question n’a
généralement été envisagée qu’incomplètement par les enquê¬
teurs et le questionnaire a été laissé en blanc sur la page réservée
à ces déchets de consommation. Il est expressément indiqué que
le pain est entièrement consommé ; que la ration de pain est
strictement suffisante ; mais pour la viande, il n’y a pas de pré¬
cision explicative, ni pour les légumes.
Au point de vue de la préparation des alimenis, on doit noter un
grand effort et un réel progrès. Les cuisiniers sont le plus souvent
instruits dans des cours improvisés et l’on a une tendance à les sta¬
biliser dans leurs fonctions.
Les mets sont bien préparés et assez variés. L’emploi des mar¬
mites norvégiennes est encore exceptionnel, de sorte que, dans les
tranchées, on doit réchauffer les aliments à l’alcool solidifié.
L’avis dés intéressés est le suivant ; Ils se déclarent satisfaits, à
de très rares exr.eptions près. Ils préfèrent, avant tout, la soupe aux
légumes, les haricots et les pommes de terre frites. La viande ne
vient qu’en seconde ligne. < ,,
Ils n’aiment ni le riz, ni les lentilles, ni les pâtes. Ils voudraient
plus de légumes verts.
L’avis des médecins est que la ration est bonne et que l’état sani¬
taire est excellent.
M. le Major Goto. — Voici quelques notes sur l’alimentation des
Armées japonaises, que la Délégation japonaise a fait parvenir au
Secrétariat et qui comprennent :
1“ Un extrait des règlements sur l’ordinaire par homme et pat-
jour en temps de paix et en temps de guerre ;
2® Une étude historique de l’alimentation de l’armée et un
résumé d’expérieiïces très précises sur la valeur énergétique des
divers aliments ; .
3° Un exposé de la ration actuelle en temps de paix et en temps
de guerre. Voici l’analyse de cet exposé.
La ration japonaise comporte deux catégories diverses intitulées
vivres •principaux et vivres secondaires.
Les vivres principaux sont le riz, le blé et l’orge. Les vivres
secondaires sont la viande, les légumes, les condiments et les
boissons.
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS
583
En temps de paix, la ration totale, en vivres principaux et secon¬
daires, comporte un total de 3.162 calories, assurés par 103,64 de
substances albuminoïdes, 16,781 de graisse et 629,33 de substances
hydrocarbonées. Dans ce total, les vivres principaux, riz et blé,
donnent 35,29 de substances azotées ; 1,128 de graisse et 318,183 de
substances hydrocarbonées, produisant 2.361 calories. Les vivres
secondaires donnent 48,23 d’albuminoïdes, 15,653 de graissse et
110,345 de substances hydrocarbonées, produisant 801 calories.
La ration de guerre comporte un total de 3.643 à 3.797 calories
fournies par 108,63 à 123,96 d’albuminoïdes; 6,11 à 15,96 de graisse
et 766,02 de sub.^tances hydrocarbonées.
Dans ce total, les vivres principaux représentenrsi ,26 d’albtimi-
DOïdes; 1,49 de graisse et 672,87 de substances hydrocarbonées.
Les vivres secondaires représentent 57,37 à 72,70 d’albuminoïdes,
4,32 à 14,17 de graisse et 93,15 de substances hydrocarbonées. Nor¬
malement, les vivres principaux se réduisent au riz dont on donne
1.850 grammes cuit ou 800 grammes cru par jour. Les vivres secon¬
daires consistent en : viande de conserve 158,8 et légumes secs
112 grammes. Il faut ajouter des prunes conservées dans le sel dont
on donne 37 grammes ; de la sauce japonaise 19 gramnies ; du miso
19 grammes ; du sucre 12 grammes et du thé 4 grammes.
A cette ration normale, on substitue parfois une ration dite de
remplacement qui comprend : 1.012,5 de pain ou 657 de galette
sèche comme vivres principaux et, comme vivres secondaires,
187 grammes de viande fraîche ou 112 grammes de viande fumée, •
ou 130 grammes d’œufs — 450 grammes de légumes frais ou 56 gram¬
mes de légumes salés ou 80 grammes de sauce japonaise.
Exceptionnellement, on distribue du saké 0,40 centilitres ou de
l’eau-de-vie 0,08 centilitres ou du gâteau 121 grammes.
Il est prévu une ration de vivres portatifs. Elle consiste en galette
sèche 657 gr. 9, viande conservée 138,8 et sel 12 grammes. Cette
ration portative donne un total de 2.639 calories.
Les chiffres ci-dessus sont ceux des rations données pendant la
guerre russo-japonaise. Il n’y a rien été modiOé depuis.
En somme, la ration est presque' exclusivement végétarienne. Elle
comporte, en tout cas, une énorme prédominance des substances
ternaires sur les substances quaternaires.
Il faut noter que cette alimentation végétarienne est extrême¬
ment variée. Voici, à titre d’exemple, le menu d’un jour d’une Unité
à l’intérieur.
3 repas par jour ;
Premier repas :
Riz cuit . . 638 grammes.
Aubergine et concombre . 150 —
Sauce japonaise . 12 —
Ou gingembre . 15 —
584
ALIMENTATIOxX DES TROUPES
Deuxième repas :
Riz .
. 764 gr.
Bonite .
. 131 gr.
Citrouille.-
8 gr.
Concombre .
. 76 gr.
Sauce japonaise. . .
12 gr.
Troisième repas :
Riz .
Soupe de miso avec
Aubergine ....... 75 gr. ^
Miso . 75 gr. > ou
Légumes salés .... 37 gr. )
f Lotus . 56 gr.
ou 1 Carotte . 56 gr.
) Chou salé . 16 gr.
634 grammes.
19 grammes de viande.
{ Tofou . 120 gr.
) Oignon . . . 56 gr.
M. le Médecin principal de 1''“ classe Inaba (Japon). — Voici la
composition exacte de la ration normale de campagne dans l’Armée
japonaise ; a
Aliments principaux.
Aliments réguliers.
Riz 765 cent, cubes (575 gr.) et
Blé 330 cent, cubes (240 gr.).
Suppléments
Aliments réguliers.
Viande de conserve, 150 gr.
Légumes secs, 112,5.
Prunes salées, 37,5.
Ou radis, concombres et pois salés,
37,5
Extrait de shoga, 19.
Mico en poudre, 19.
Sucre, 12.
Sel, 12.
Thé, 4.
Aliments de subslilulion.
Riz 1.095 cent, cubes (822 gr.) ou
Pain 1.012 gr. ou
Biscuit' 675 gr.
quotidiens.
Aliments de substitution.
Bœuf* sans os 150; avec os, 187,5.
Ou viande salée, séchée ou fumée,
112,5.
Ou OEufs, 150.
Légumes crus, 450.
Légumes salés, 56.
Shogo, 80 cent, cubes.
Articles d'extra.
Saké 0 1. 4 ou cognac o 1. 08 ou gâteaux 112. Cigarettes 20 pièces.
Vivres de réserve {pour le combat).
Biscuit 675 grammes ou riz 1.095 cent, cubes (822 grammes).
Viande de conserve 150 grammes, sel 12 grammes.
1. On donne quand on le peut 262,5 de viande fraîche sans os, ou
337,5 avec os.
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS
585
Valeur nutritive journalière.
.VZOVE
ALBÜMINE
GUAISSE
HYDRATES
de
CARBONE
CALORIES
Aliments principaux (riz
et blé) .
10B28
64B26
9«75
516580
2.473
Aliments secondaires (en-
semble) .
7,36
46,02
13,68
101,70
733
Totat .
17,64 *
110,28
23,43
618,50
3.206
Quantité assimilée. • . .
13,38
84,90
16,60
613,20
3.011
Pertes p. 109 .
23 »
29,1
6,8
• Le quart de falbumino to
ale est représenté par l'album
ne animale
■1
N.-B. — 1. Les calories provenant du riz représentent 80. p. 100
environ des calories totales.
2. Le poids des soldats japonais est en moyenne de 57 kilo¬
grammes.
Voici d’ailleurs une étude, publiée à Tokio en 1917, que j’ai faite
sur la question de l’alimentation et dont je prie les membres de la
Commission d’accepter chacun un exemplaire.
M. le colonel Beveridge (Grande-Bretagne). — A part quelques
changements occasionnels consistant dans le remplacement de
denrées comprises dans les rations par des équivalents, il n’a été
apporté aucun changement ni dans la quantité ni dans la disposi¬
tion de l’échelle des rations journalières, au cours de l’année 1917.
La ration de viande est de 14 onces (397 grammes) par homme et
comprend de la viande congelée et de la viande de conserve.
On a conseillé d’accroître les fournitures de pommes de terre
afin d’augmenter la ration hydrocarbonée et des sels alcalins. Les
investigations les plus récentes tendent à prouver que ta pomme
de terre a une plus grande valeur nutritive qu’on le pensait, en ce
sens que la protéine qu’elle contient est assimilable d’une façon
très parfaite et utilisée totalement.
La ration journalière des troupes combattantes comprend actuel¬
lement : 142 grammes de protéine, 187 grammes de graisse et
45S grammes d’hydrates de carbone, ce qui représente un total de
4.200 calories. On est porté à estimer, parmi les physiologistes et
les spécialistes en hygiène alimentaire britanniques, que la ration
586
ALIMENTATION DES TROUPES
de travail doit se trouver au voisinage de 1.000 calories. Une autre
condition jugée essentielle, c’est que la quantité journalière de pro¬
téine ingérée dépasse certainement les 100 grammes. Dans le cas
d’individus exposés aux intempéries ou se livrant à de durs tra¬
vaux, l’opinion qui prévaut est que cette quantité doit être située
entre 130 et 150 grammes, quantité dérivée bien entendu de toutes
les sources, aussi bien végétales qu’animales. 100 à 120 grammes
sont suffisants dans le cas de légers travaux. 11 est difficile d’ima¬
giner un régime satisfaisant eq se contentant d’une quantité de pro¬
téine inférieure à 100 grammes par jour. D’ailleurs, une alimenta¬
tion où la quantité de protéine est relativement abondante présente
certains avantages :
1. La résistance aux infections se trouve augmentée et,. grâce à
la facilité d’oxydation, la vigueur physique est accrue eu même
temps que la tendance à l’accumulation de graisse superflue
s’atténue.
2. Les convalescences sont accélérées. Si l’on ne fournit qu’un
minimum de protéine, il q’y a plus d’excédent pour la reconstitu¬
tion cellulaire lorsque les tissus sont affaiblis par la maladie et ainsi
la convalescence est rendue plus difficile. Les malades relevant
d’attaques typhoïdiques ont, d’une façon générale, au cours de la
guerre actuelle, été favorisés par le cours remarquablement prompt
de la convalescence. L’observation avait été toute contraire au cours
de la gueri-e sud-africaine, où la nourriture était moins abondam¬
ment distribuée. Et tandis que nos malades s’amaigrissent aussi
peu que possible, les maladies intestinales au cours de cette der¬
nière guerre étaient marquées par un extrême délabrement orga¬
nique, dû sans doute à l’absence de tissus de réserve. En ce qui
concerne le cas de blessures, il n’est pas besoin d’insister sur l’in¬
térêt de la présence des dites réserves.
3. L’aliment azoté est un véritable stimulant cellulaire. Cette sti¬
mulation est certainement avantageuse à la faculté de résistance de
l’organisme à la maladie.
4. Le moral général est certainement amélioré par le fait que
la ration journalière contient d’amples proportions de substances
azotées.
Dans la zone arrière {Lines of Communication), la ratioq journa¬
lière a été légèrement réduite en mai 1917. La ration de viande est
de 12 onces (340 grammes) de viande congelée, ou 6 onces 3/4
(191 grammesi de viande de conserve. Cependant lorsqu’il s’agit de
détachements employés à de durs travaux, bûcherons, car¬
rières, etc., des suppléments de nourriture sont prévus et fixés par
les règlements.
La valeur énergétique de la ration journalière à l’arrière {Lines
of Communication) est de 3.569 calories. Ceci représente nom-
mémeut : 120 grammes de protéine, 156 grammes de graisse,
402 grammes de substances hydrocarbonées. Ces quantités ont
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS
paru, depuis, très sufBsantes. La question des fournitures alimeo-
taires aux hôpitaux a été étudiée au cours de l’année écoulée, du
point de vue économique, afin de prévenir le gaspillage, sans sacri¬
fier en rien les intérêts des malades. Une échelle de fournitures a
été proposée. Les quantités suivantes paraissent devoir convenir,
portant sur iOO malades et par jour
Viande ; 70 livres, pain et farine 75, sucre 8 à 10, margarine 9,
légumes fiais 60, thé ou cacao 3, confiture ou marmelade b,
céréales 38, et 60 œufs. Des suppléments à titre de « medical
conforts » sont également alloués.
La ration journalière attribuée aux femmes enrôlées dans la
section auxiliaire des femmes correspond à 2.996 calories, avec
87 grammes de protéine, Hb grammes de graisse et 380 grammes
de substances hydrocarhonées.
Au point de vue des fournitures alimentaires, la dite ration
consiste eu : viande 8 onces *, pa:n 11 onces, thé 1/2 once, confi¬
tures 3 onces, légumes 12 onces, riz ou farine d’avoine 2 onces,
lait 2 onces, fromage 1 once, margarine 1 once. Il est certain que
les conditions de variété sont ainsi suffisamment observées et les
résultats, autant qu’on peut en juger pour le moment, semblent
satisfaisants.
En ce qui concerne les travailleurs de race indigène, la ration
établie n’est pas identique pour tous; une liste et une échelle parti¬
culières sont prévues pour chaque peuple. Cependant, la valeur
énergétique sur laquelle on s’est basé est presque uniformément
aux environs de 4.000 calories. Les dépenses d’alimentation ont été
d’un bon rapport, le travail fourni a été proportionné aux généro¬
sités en nourriture. D’ailleurs, la morbidité s’est maintenue très bas.
Deux échelles de fournitures correspondent aux deux catégories
de prisonniers de guerre, selon que le travail effectué correspond à
une dépense musculaire intense ou très modérée.
Pour la deuxième catégorie, un régime alimentaire correspondant
à une valeur énergétique de 2.803 calories est prévue. La première
catégorie reçoit un supplément représentant 576 calories; au total
3.380 catégories sont allouées. En pratique, ce régime comprend
12 onces de viande b jours par semaine et 10 onces de poisson
2 jours par semaine. La quantité totale de protéine se monte à
124 grammes. (
Au sujet des cas de néphrite observés durant cette guerre, on a
avancé que l’élément azoté entrait pour une quantité réellement
excessive dans la compo'iition des rations des troupes britannique.s.
Il ne nous semble pas cependant que les quantités de viande allouées
soient exagérées. Sans faire état du gaspillage, la consommation
réelle correspond à peine à 13 onces de viande net. D'ailleurs, il n’y
a pas de signe que la toxémie intestinale se soit manifestée.
1. L’once égale 28 gr. 33.
588
ALIMENTATION DES TROUPES
Mackenzie Wallace a constaté que, dans de nombreux casde néphrite,
les sulfates’ d’éther et d’urobiline se trouvaient en proportion réelle¬
ment faible dans les excrétions. Plusieurs cas de néphrite ont
affecté des hommes adonnés à un régime végétarien des plus stricts.
D’ailleurs, quoique les rations de viande aient été réduites à diverses
reprises, le nombre des cas de néphrite s’est accru de façon abso¬
lument ininterrompue.
Dans l’hypothèse que la néphrite procéderait d’une acidité des
tissus, il faut avoir présent à l’esprit qu’au cours du métabolisme
des protéines de grandes, quantités d’acides peuvent être engendrées.
Après oxydation dans l’organisme, les protéines alimentaires four¬
nissent environ 25 p.„100 d’acide en excès, tandis que les fruits et
légumes absorbés fournissent, au contraire, 25 p. 100 d’éléments
basiques en excès.
L’acidité des tissus peut résulter jusqu’à un certain point de la
disette de substances hydrocarbonées et d’une insuffisance de sels
organiques. Il est par conséquent important de bien veiller à ce que
la quantité de légumes prévue soit pleinement fournie et consommée
par jour. En hiver, il est évidemment difficile dé's’assurer des
quantités importantes de légumes; aussi' est-il bon de donner des
suppléments en pommes de terre pour compenser ce déficit. Dans
les unités de la zone avancée, la distribution journalière de fruits
tels qu’orangés et citrons a paru très propre à assurer aux orga¬
nismes cette provision de sels organiques qui, par transformation
en carbonates alcalins, sont capables de prévenir ou de réduire
l’excès d’acidité.
Martin Fischer a montré qu’en nourrissant des athlètes au moyen
de fruits de cette espèce, l’albuminurie provoquée était diminuée
d’intensité.
Depuis que le rapport ci-dessus a été écrit, on a opéré de nou¬
velles réductions dans les rations des troupes. Les rations actuelles
prévoient 136 grammes de protéine, 471 grammes de substances
hydrocdrbonées et 167 grammes de graisse par jour et par homme
sur le front.
M. le Chirurgien de la marine Boyden (Grande-Bretagne). — Il
pourrait être intéressant pour la Commission de connaître les détails
des rations distribuées aux officiers et aux hommes dans la Marine
Royale Britannique.
"Pendant la guerre, l’Amirauté s’est trouvée obligée de réduire la
quantité de pain et de sucre allouée dans la ration de paix. Mais
pour dédommager les hommes de cette perte, l’allocation de nour¬
riture a été augmentée de 45 à 79 cent, par homme et par jour.
Les denrées de substitution aux pommes de terre, quand on ne
peut pas se procurer ces dernières, ont aussi été légèrement
modifiées.
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS S89
La pratique de prendre des rations supplémentaires moyennant
paiement a été limitée, par ordre de l’Amirauté du 28 mars 1917, à
226 grammes de pain ou de farine et 28 grammes de sucre, par jour.
La faculté de prendre de la viande fraîche supplémentaire a aussi
été supprimée pour les mess des hommes et limitée à 226 grammes ’
pour les mess des officiers.
Le 15 juin 1917, un nouvel ordre a été donné réduisant les distri¬
butions supplémentaires de pain ou de farine de 226 grammes à
170 grammes; mais ces rations furent de nouveau portées à
226 grammes le 19 octobre 1917.
La ration quotidienne de vivres allouée aux officiers et aux
hommes est la suivante :
A. Ration d'avant la guerre. — Pain 453 grammes. Viande fraîche,
226 grammes. Légumes frais, 453 grammes. Alcool (rhum), 7 centi¬
litres. Sucre, 113 grammes. Thé, 14 grammes. Chocolat, 14 grammes.
Lait (Marque Idéal et C‘'), 21 grammes. Confitures et conservt-s au
vinaigre, 28 grammes. Viande de couserve (un jour par semaine au
port et deuxjours en mer), 113 grammes. Moutarde, poivre, vinaigre,
sel à Vüliinté. «
De plus, une allocation de nourriture de 0 fr. 40 par jour était
accordée et les mess pouvaient prendre des vivres moyennant paie¬
ment, à-volonté, la viande fraîche étant limitée à 113 grammes par
homme et par jour.
Dans les bâtiments qui prennent la mer on a l’habitude de dis¬
tribuer du porc salé an lieu de viande fraîche une fois par semaine.
L’allocation est : Porc salé, 226 grammes. Pois cassés, 113 grammes.
Pommes de terre, 226 grammes. Semences de céleri, 14 grammes
pour 3 kgr. 628 de pois cassés.
Abord desbâiiments qui n’ont pas de chambre frigorifique, on
distribue de la viande de conserve une fois ou deux fois par semaine.
La ration consiste en viande de conserve, 170 grammes. Farine,
226 grammes. Graisse de bœuf, 21 grammes. Raisins secs ou confi¬
tures, 56 grammes. Pommes de terre, 220 grammes ou 113 grammes
de riz au lieu des quatre derniers articles.
Quand on ne peut pas se procurer de pommes de terre, ou y
substitue des haricots secs, 50 grammes ou 56 grammes de petits
pois secs.
B. Ration actuelle. — Pain, 283 grammes (plus 226 grammes .
seulement moyennant paiement). Viande fraîche, 226 grammes (il
n’en est plus alloué en supplément moyennant paiement). Légumes
frais, 453 grammes. Alcool, 7 centililres. Sucre, 56 grammes (plus
28 grammes seulement moyennant paiement). Thé, 14 grammes.
Chocolat, 14 grammes. Lait, 21 grammes. Confitures ou conserves
au vinaigre, 28 grammes. Viande de couserve, 113 grammes (poul¬
ies bâtiments prenant la mer seulement, deux fois par semaine en
mer et une fois au port). Assaisonnements à volonté.
590
ALIMENTATION DES TROUPES
Les rations de porc salé et de viande de conserve sont les mêmes
que dans la ration d’avant la guerre.
Valeur en calories de la ration d’avant la guerre : 2.812.
Valeur en ct^lories de la ration actuelle : 2.164.
En addition à la ration ci-dessus, le capitaine peut autoriser des
distributions supplémentaires comme suit :
Jus de limon, 14 grammes; sucre, 14 grammes, sur réquisition du
médecin.
Pour les hommes employés dans la chambre des machines et
dans la chambre de chauffe quand le bâtiment est en marche :
farine d’avoine, 56 grammes; sucre, 14 grammes, ou jus de limon,
14 grammes; sucre, 14 grammes.
Pour les hommes de service la nuit, ou à n’importe quel moment
cpiand ils sont exposés au mauvais temps ou accomplissent un tra¬
vail très dur : biscuit, 226 grammes ; viande de conserve, 170 grammes;
le tout soit: (o) chocolat, 14 grammes; sucre, 7 grammes; ou (b) thé,
3 gr. 5 ; sucre, 7 grammes; ou (c) café, 14 grammes; sucre, 7 grammes.
La valeur de cette ration supplémentaire se monte à 1.352 calo¬
ries.
Il faut reconnaître que ces rations de la Marine royale sont très
insuffisantes en graisses et ceci n’est pas complètement compensé
par la quantité d’hydrates de carbone allouée. On admet cepen¬
dant que l’indemnité de nourriture fixée maintenant à 79 centimes
par homme et par jour est employée en partie à acheter du beurre
ou de la margarine à la cantine. Comme tous les bâtiments (excepté
les petits) ont des cantines à bord, il y a peu de difficulté à se pro¬
curer des aliments gras' tant que les provisions peuvent être
obtenues des fournisseurs.
Après que l’allocation/ de pain eut été réduite le 15 juin 1917, on
fit des enquêtes pour savoir s’il n’y avait pas de mécontentement
parmi les hommes et on s’assura que beaucoup d’entre eux trou¬
vaient la quantité réduite insuffisante, surtout pendant les mois
d’hiver. Comme l’allocation de pain à titre remboursable a été de
nouveau portée de 170 à 226 grammes, ce sujet de plainte ne devrait
plus exister.
'■ Il serait bon d’avoir une connaissance plus exacte de la valeur
nutritive du pain de guerre comparée avec celle du pain de paix.
Je suis sûr que tout essai de substituer d’autres aliments à ceux
de la présente ration ne serait pas bien reçu par le marin, qui est
très conservateur dans ses goûts.
ISn résumé, la ration de la marine semble être suffisante pour
maintenir les hommes en bonne santé, mais toute autre réduction
amènerait selon toute probabilité une nutritioil défectueuse, surtout
parmi les hommes exposés à des conditions climatiques sévères dans
la Mer du Nord.
La plupart des autorités en diététique sont d’accord pour affirmer
que les rations ne devraient pas être réduites à un tèl point qu'il
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS
591
n’existe plus de réserves sur lesquelles le corps puisse prendre en
cas de maladie ou de circonstances critiques.
Un autre point de quelque importance est l’entretien de la chaleur
du corps. C’est un fait connu de tous que la plus grande partie de la
nourriture ingérée est employée à maintenir la température du
corps.
Il est donc logique de se préoccuper d’assurer aux hommes
une bonne protection contre le froid et d’entretenir nue température
assez élevée (15“ à 18“ C.) dans leurs locaux d’habitation, à la fois à
terre et à bord : par ces moyens on économisera de la nourriture
pour les tissus et l’appétit sera plus facilement apaisé.
M. le colonel Belci (Italie). — Dans la Marine italienne rien n’a
été changé à la ration alimentaire, qui est restée toujours celle sur
laquelle a enquêté M. le Médecin Aide-major Geley, dont le rapport
communiqué à la Commission conserve son importance tout
entière.
Au contraire, la ration de l’Armée a été modiQée depuis quelques
mois ; c’est pourquoi on a procédé à de nouvelles enquêtes, dont je
vais rapporter les résultats au lieu de M. le Lieutenant-Colonel
.Médecin Baglioni, qui a été empêché d’assister à celte session. ^
Dans l’Armée ont été soumises à l’enquête huit unités. De même,
on a exécuté l’enquête dans une unité de la Marine, dite Brigade
marine, dont les matelots sont au front de terre et partagent la
nourriture des soldats. Les conditions d’alimentation de ces troupes
sont tout à fait analogues ; c’est pourquoi, au lieu d’un exposé
détaillé des résultats de l’enquête, je crois préférable d’en donner un
résumé d’ensemble avec des moyennes.
Ces troupes étaient entièrement constituées par des soldats ayant
plus d’un an de service. 11 y avait parmi elles des récupérés après
réfoi'me, qui sont tous affectés à un service sédentaire. L’âge de la
plupart des militaires était de vingt à vingt-cinq ans; un nombre
très restreint au-dessus.
Les troupes étaient à l’arrièi-e, au repos. Elles séjournaient en
pays de plaine, en saison froide, dans une région tempér ée, humide
et marécageuse.
Le recrutement en Italie est national et dans chaque unité les
hommes proviennent de provinces très différentes. Évidemment,
les habitudes alimentaires au nord ne sont pas les mêmes qu’au sud
de la Péninsule; cependant, la différence essentielle regarde seu¬
lement la consommation du riz, qui est peu aimé par les méri¬
dionaux.
Les aliments sont tous fournis par l’État (service des subsis¬
tances) à l’exception des condiments frais (céleris, tomates,
oignons, etc.).
Pas de coopératives ni de cantines.
/ f>92 ALIMENTATION DES TROUPES
La quantité par homme et par jour est la suivante :
Pain, 700 gr. Lard (ou huile d’olive) 15 gr.
Viande, 350 gr. (6 jours).' (6 jours et 25 gr. l'jour).
Morue saléerSOO gr. (1 jour). Fromage, 50 gr.
Pâtes alimentaires, 500 gr. (4 jours). Café vert, 25 gr.
Riz, 150 gr. (3 jours). Sucre, 30 gr.
Haricots secs, 80 gr. Vin; 25 centil;
Légumes frais, 200 gr. Sel de cuisine,, 20 gr.
Il est alloué 8 centimes par jour et par homme pour l’achat des
condiments : tomates fraîches ou en conserve, céleris, oignons,
carottes, etc.
Àux troupes aux tranchées on donne en plus des fruits tous les
jours (oranges, figues, pommes et marrons), du vin et du rhum ou
du cognac.
Le menu comprend trois repas : café au déjeuner, riz ou pâtes et
viande au repas du jour et viandes avec légumes et fromage au repas
du soir.
Les déchets, sauf pour la viande, sont en quantité très limitée à
cause de la qualité des denrées. .
La viande donné un déchet avant la cuisson de 90 grammes (os) et
10 grammes (graisse) sur la portion de 350, grammes. Ces déchets
sont prévus dans le contrat de fourniture et par conséquent toujours
uniformes.
Le poisson sec salé donne un déchet de 80 grammes sur 200 de
portion.
Le fromage donne des déchets variables selon les sortes, en
moyenne de 10 p. 100.
Les pommes de terre sont très rares pour lé moment et les distri¬
butions en sont suspendues. L’épluchage des légumes frais donne
des déchets très abondants, jusqu’à '50 p. 100 ; mais il s’agit d’ali¬
ments très pauvres en principes alimentaires et dont la quantité a
une influence minime sur la valeur alimentaire totale de la ration.
Les hommes mangent la totalité de ce qu’on leur donne. En
pratique, les résidus qu’on trouve sur lés tables n’ont aucune
imp.ortance. Les principaux de ces résidus concernent le riz, dont
les restes sur les plats sont d'un dixième, et la morue salée, qui
donne un reste de 1 /6 sur la portion cuite.
On ne réalise aucune économie par la mise en commun.
Le nombre des calories fournies d’après les données scientifiques
par la ration de guerre est en moyenne de .... . 3.487
Le nombre des calories perdues par épluchages, déchets,
gaspillage, excédents, etc. . .184
Le nombre de calories effectivement absorbées. . . . 3.303
Les mets sont préparés et assaisonnés' au goût des consomma¬
teurs. / '
La présentation des aliments cuils est aussi excellente.
COMMISSION SANITAIRE , DES PAYS ALLIÉS 593
Au repos, on a des cuisines fixes, à l’avant, on emploie les mar¬
mites norvégiennes.
Le nombre^ des cuisiniers est variable selon l’effectif de l’unité.
Dans l’Armée, il y a une école de cuisine. Dans la Marine il n’y a
pas d’école. Les cuisiniers sont choisis parmi les hommes qui, sur
les paquebots bu autrement, avant le recrutement, exerçaient le
métier de cuisinier. En outre, pendant quelques mois, ils font un
stage préalable d’aides-cuisiniers. Ils jouissent d’une majoration de
solde de 0 fr. 50 par jour.
Dans chaqqe unité, une Commission de surveillance procède- à
l’approvisionnement des vivres fournis par les subsistances militaires
et à l’achat des condiments et des légumes frais. Elle surveille aussi
la cuisson et la distribution des mets. ^
- L’eau potable pour les troupes au repos est celle des villes où elles
cantonnent et elle est généralement bonne. Aux tranchées, l’eau est
stérilisée par le brome.
L’avis des militaires est presque unanime. La nourriture est jugée
satisfaisante comipie quantité, à l’exception des pâtes alimentaires
et du vin, qu’on trouve,insuffisants|. Au point de vue de la qualité,
elle est conforme aux habitudes alimentaires de la population, sauf
le riz qui est absorbé avec quelque répugnance. D’abord, les Méri¬
dionaux ne l’aiment pas. En outre, il est très difficile d’obtenir une
bonne préparation culinaire du riz lorsque cette préparation est
collective.
Les mets consommés avec le plus de plaisir sont les pâtes et la
viande en ragoût.
Les médecins“des unités en cause jugent la ration suffisante,
nutritive, saine,, facile à digérer, agréable au goût, bien préparée et
distribuée dans de bonnes conditions.
L’état sanitaire des troupes est excellent.
A mon avis, la ration de guerre est un peu monotone à cause des
difficultés de l’approvisionnement en légumes frais et de la nécessité
d’avoir recours à ce qu’on appelle des tableaux alimentaires fermés,
c’est-à-dire ne permettant aucun remplacement des denrées qui y
sont cpmprises.
La ration étudiée est en usage depuis trois mois et remplace la
ration qu’on avait réduite d’après les données scientifiques. A ce
point de vue je partage parfaitement l’opinion de mon chef S. E. le
général Rho : que la ration nouvelle est surabondante surtout en
viande et que la réforme récente, introduite pour des raisons poli¬
tiques, supprime en grande partie les avantages hygiéniques qu’on
avait obtenus par les restrictions précédentes.
J’aurais fini, mais je vous demande la permission de faire une sug¬
gestion qui pourrait avoir une portée 'préjudicielle.
il ressort de la discussion de juin dernier que l’accord sur les
rations ,à donner aux troupes est difficile en ce qui regarde le choix
des aliments.
REV. d’i
L’ALIMENTATION DES TROUPES
Ea effet, la nourriture du soldat doit se conforpier aux habitudes
alimentaires des, populations respectives et on ne peut pas donner
des pâtes aux troupes françaises ou belges, de même qu’on ne peut
pas donner un demi-kilo de pommeà de terre aux troüpes italiennes.
Cependant, la discussion et. l’accord raisonné qui en résulte ne
peuvent regarder que la valeur alimentaire des rations, c’est-à-dire
le nombre total des càlories nécessaires. Quoique plus difficilement,
l’accord est aussi possible sur la quantité minima d’albumine qu’on
doit allouer aux troupes. A cet effet, il faut d’abord procéder à la
comparaison des différentes rations. Cette comparaison rencontre
une très grosse difficulté dans la différence des facteurs qu’il faut
employer pour calculer les principes nutritifs et l’énergie poten¬
tielle. La teneur des denrées alimentaires en principes nutritifs
(albumines, graisses, substances amylacées) est différente dans
chaque pays à cause du terrain, duolipaat, des moyens de culture, etc.
C’est pourquoi les moyennes données par les auteurs s’écartent
d’une manière très importante. Ces différences se réflètent dans les
calculs des rations, de sorte que lé résultat obtenu donne une
quantité d’albumine et un nombre de calories plus ou moins consi¬
dérables, selon les moyennes qu’on emploie. Partant, pour obtenir
des résultats comparables, il faut avant tout établir une unité de
mesure relativement à la composition des aliments principaux.
Sur l’invitation de mon chef S. E. le général Rho, j’ai calculé les
rations -des armées et des marines alliées, en appliquant les coeffi¬
cients indiqués dans la petite brochure de vulgarisation publiée par
le miuistèredeia Marine italienne. Les résultats obtenus démontrent
que les chiffres concernant les quantités d’albumine et le nombre
des calories des différents pays, obtenus par cette méthode, sont
beaucoup plus rapprochés qu’il semblerait d’après "les rapports pré¬
sentés à l’assemblée.
C’est pourquoi, à mon avis, par l’adoption d’une unité de mesure
on peut obtenir des résultats appréciables pour réaliser, dans Ips
limites sus-indiquées, l’unité du front alimentaire des troupes des
pays alliés.
REVUE DES JOURNAUX
REVUE DES JOURNAUX
(
La résistance à la chaleur des éléments' vivants, par M. le D' Galippe
(Comptes rendus de P Acad, des Sciences, séance du 19 août 1918).
Cette question nouvelle, rappelle M. Galippe, a joué un rôle impor¬
tant dans la discussion qui s’est élevée entre les spontiparistes et
les hétéroKinistes. Le débat n’est pas encore tranché. 11 reposait
sur une erreur matérielle accréditée dans les deux camps et sou¬
tenue par les savants les plus considérables.
Ceux qui croyaient, et c’était le plus grand nombre, qu’aucun
germe vivant ne pouvait résister à la température d’ébullition de
l’eau et qui, néanmoins, voyaient leurs décoctions se peupler de
micro-organismes vivants, pensaient avoir fourni la preuve expéri¬
mentale de la génération spontanée, puisqu’ils se mettaient en
même temps à l’abri des germes de l’air. Il n’en était rien.
Un certain nombre d’expérimentateurs avaient émis l’opinion que
les germes des micro-orgauismes pouvaient résister à une tempéra¬
ture très supérieure à celle de l’ébullition de l’eau. Ils étaient dans
le vrai ; néanmoins cette opinion ne prévalut point.
On crut avoir définitivement résolu la question par l’application
de l’autoclave de Cbamberlandàla destruction des micro-organismes
et de leurs spores, et la croyance s’établit universellement qu’une
substance organique soumise pendant un quart d’heure à l’action
de la vapeur d'eau sous pression et à tta“C. pouvait être considérée
comme absolument stérilisée. Ce n’était vrai que pour les substances
organiques remplissant certaines conditions. L’objet du travail du
D” Galippe est précisément de démontrer que nous avons vécu long¬
temps dans une fausse sécurité.
Dans une communication faite en 1891, à la Société de Biologie,
il exposa la méthode dont il se servait depuis plusieurs années
pour ses recherches sur le parasitisme normal. Comme moyen de
contrôle, il expérimenta sur des fragments de tissus végétaux des
animaux portés à l’autoclave chauffé à 120“ C. pendant quarante
minutes et qui étaient traités par les mêmes procédés que les tissus
normaux. Partageant l’opinion générale sur l’efficacité absolue au
point de vue de la stérilisation de l’autoclave de Chamberland, il
avait été très troublé par des échecs dont l’explication lui échap¬
pait. L’appareil vérifié fonctionnait normalement. Ce fut la carotte
qui lui donna ses premiers insuccès, alors que d’autres légumes,
soumis pendant le même temps à l’action de l’autoclave, se mon¬
traient stériles. Les fragments de carotte ayant résisté à Faction de
l’autoclave fournirent des cultures sèches en micro-organismes et
champignons microscopiques.
596
REVUE DES JOURNAUX
De 1891 à 1894, il lit une série d’expériences portant sur des
organes d’animaux. Dans l’interprétation de ces expériences, il faut
tenir compte de deux ordres de faits d’une égale importance. Dans
la majorité des cas, les organes sur lesquels portaient ses expé¬
riences provenaient d’animaux sains venant d’être sacrifiés et
avaient été prélevés dans des conditions d’asepsie d’une rigueur
non réalisée jusqu’alors. 11 en résulte que ni l’action du parasitisme
normal, ni celle de la microbiose (ce n’est que plus tard qu'il eut
la notion de celle-ci) n'avaiént eu le temps de s’exercer. Ses insuccès
de stérilisation furent tout à fait exceptionnels. En second lieu,
faute de matériel suffisant, la durée de ses expériences fut trop
courte.
Lorsque, au contraire, ses expériences portaient sur des organes
provenant des abattoirs et sur lesquels l’action du parasitisme
normal et accidentel ainsi que celle de la microbiose avaient pu se
manifester, la stérilisation de ceux-ci, par les méthodes ordinaires,
devenait, pour ainsi dire, impossible.
C’est surtout avec le rein et le foie d’animaux en état de gestation
ou de lactation, que ces organes, bien que portés pendant quarante
minutes à l’autoclave chauffé à 120“, lui donnèrent après ensemen¬
cement des résultats positifs. Avec des animaux ne présentant pas
ces conditions physiologiques, il obtint, mais plus rarement, des
ensemencements fertiles, avec le rein et le cerveau. D’une façon
générale, le rein se montrait plus difficile à stériliser que le foie.
Les expériences faites sur des reins de mouton provenant des
abattoirs et soumis par conséquent â de nombreuses causes de
pollution, lui donnèrent des l’ésultats tout à fait différents. La résis¬
tance de ces organes à la stérilisation était proportionnelle à leur
degré de colonisation microbienne. M. Galippe a pu insérer des
fragments de soufre dans les reins de mouton, le soufre fondait,
mais l’organe n’était pas stérilisé. Depuis cette époque, il a appliqué
l’emploi du Soufre à la vérification des autoclaves. Dans les condi¬
tions où il s’était placé, il n’a réalisé la stérilisation du rein de
mouton qu’en maintenant cet organe pendant une heure dans l’au¬
toclave porté à la température de 140“ G.
Mais la durée de son expérience fut trop courte pour pouvoir en
tirer une conclusion absolue.
Ce n’est que longtemps après (1917) que M. Galippe reprit ses
recherches et choisit comme sujet d’expérience les conserves'ali-
mentaires. Le principe sur lequel repose la préparation de ces pro¬
duits estloin d’être rigoureusement exact et les résultats qu’il donne
ne sont pas constants. Aucune des conserves sur lesquelles ses
expériences ont porté (langue de moufon, de porc, de bœuf, corned-
beef, poulet à la gelée, truite saumonée) ne s’est montrée stérile,
bien que présentant le meilleur aspect et ayant pu être consommées
sans le moindre inconvénient. Elles renfermaient de nombreux
micro- organismes ainsi que des champignons microscopiques.
REVUE DES JOURNAUX
597
La constance des résultats obtenus confirme les premières
recherches de M. Galippe sur la résistance à l’action de la chaleur
des micro-organismes existant dans les tissus végétaux et animaux,
de provenance exogène ou endogène. Ils démontrent, en outre, que
la durée de conservation des produits alimentaires, traités par la
chaleur, sera d'autant plus longue que ces produits auront été mis
à l’abri des causes de pollution et n’auront pas eu le temps d’être
colonisés par les micro-organismes.
Ces recherches, chacun en tirera la conclusion, présentent de
l’intérêt au point de vue de l’hygiène publique et des intoxications
d’origine alimentaire, témoins les accidents provoqués au Pré-
Saint-Gervais, par de la viande bouillie et bien cuite. Elles démon¬
trent également la nécessité d’un contrôle efficace en ce qui regarde
l’emploi de la cuisson pour la stérilisation des viandes provenant
d’animaux malades (principalement tuberculeux) et destinées à la
consommation. Jusqu’à présent l’usage des viandes assainies par ce
procédé n’a point provoqué d'accident dûment constaté.
Enfin il est à constater que la dessiccation, le fumage et la salure
ne donnent pas de résultats plus complets que la chaleur.
Nouvelle méthode de vaccination antityphoïdique. Le lipo-vaccin
T. A. D., par M.M. les ü” E. Le Moigkic et A. Sézary. {Actualités
médicales. Analysé dans le Bulletin de l'Institut Pasteur, XV1“ année,
t. XVI, n» 8, 30 avril 1918, p. 263.)
Quand on pense que la plupart des vaccins antityphoïdiques ne
diffèrent les uns des autres que par l’antiseptique, on conçoit qu’un
procédé qui sort des chemins battus attire vite l’attention; c’est ce qui
est arrivé au lipo-vaccin de Le Moignic et Pinoy, qui s’occupèrent
moins de la façon de tuer les microbes, que du mode de leur
résorption dans l’organisme.
Certes, quand il s’agit de faire le choix d’un vaccin inanimé, la
préférence doit aller à celui dont la préparation fait subir le mini¬
mum d’altération aux microbes. Les procédés violents, tels que le
chauffage à très haute température, mis à pari, tous les autres se
valent à peu près. C’est qu’il n’y a pas d’état intermédiaire entre le
microbe vivant et le microbe mort : que l’on traite le bacille vivant
par la chaleur, l’éther, l’iode, l’acide phénique, l’hypochlorite, la
glycérine, etc., on se trouve, à la fin de l’opération, en présence
d’un protoplasma coagulé, doué de propriétés biochimiques sem¬
blables.
Quel que soit donc le moyen employé pour tuer les microbes,
ceux-ci possèdent toujours au même taux les deux propriétés qui
importent le plus : le pouvoir vaccinant, d’une part, et le pouvoir
toxique, d’autre part.
L’incorporation dans de l’huile des microbes chauffés ne saurait
■exalter leur pouvoir vaccinant ; en revanche, elle a pour effet
d’abaisser considérablement leur action toxique, et c’est là que
REVUE DES JOURNAUX
réside la supéi'iorité du lipo-vaccin sur tous ses congénères. « Le
rôle de l’excipient huileux est d’atténuer, en la prolongeant, l’action
pharmacodynamique ou toxique d’un produit, par le mécanisme du
ralentissement de sa libération, et partant, de son absorption. »
Mais ce ralentissement d’absorption, qui a pour corollaire l’hypo-
toxicité.du vaccin, tient non seulement à la nature de l’excipient,
mais encore, comme l’avaient montré les auteurs, à un groupement
particulier des bacilles en-petits grumeaux solides.'
Le lipo-vaccin étant hypotoxique, on peut en injecter sans incon¬
vénient une dose massive (5 mgr. b, soit plus de 7 milliards de
bacilles); on peut donc se contenter d’une unique injection vacci¬
nale, avantage très appréciable, surtout en temps de guerre.
Tétanos et tétanophohie, par M. Codteaüd, médecin général de la
marine {La Presse Médicale, 1917, p. 550).
Depuis la guerre, la vulgarisation de la notion du danger du téta¬
nos, dans les divers milieux de la région de Cherbourg, a pris une
grande extension. Chaque jour, on voit affluer, à l’hôpital maritime
surtout, quantité de militaires, marins, ouvriers du port, civils et
enfants qui, à la moindre érosion du derme, viennent réclainer le
secours d’une injection antitétanique. Le sérum aniitoxique est
ainsi largement distribué, par suite de celle tétanophohie, qui paraît
régner dans l’armée et dans la population.
On peut se demander jusqu’à quel point on serait en droit de
refuser unë injection à tout porteur d’une plaie récente. Il est
entendu qu’une plaie doit présenter certains caractères d’anfractuo¬
sités et de souillures pour être tétànigène, mais le public et aussi
quelques médecins n’ajoutent pas foi à ces distinctions et on réclame
toujours l’injection préventive. Il y a certes là une véritable exagé¬
ration, et, cependant, il est impos>ible de se prémunir autrement
contre la survenue d’un cas exceptionnel. D’ailleurs les blessés ont
à ce sujet des idées préconçues et ils s’insurgeraient contre ce qu’ils
croiraient être un déni de prophylaxie.
L’inconvénient de celte pratique est un véritable gaspillage de
sérum et la possibilité d’en manquer pour des cas plus légitimes.
Dans le Haut-Cotentin, où cependant la vie agricole est intense, le
tétanos est rare. L’auteur a conslaié, plusieurs années de suite,
l’absence de tout cas de tétanos à l’hôpital maritime. Les agricul¬
teurs se blessent souvent et s’en ressentent rarement. 11 semble y
avoir de ce fait une sorte de vaccination physiologique, profession¬
nelle, provenant de la répétition des mêmes petites blessures. En
un mot, l’assuétude pourrait peut-être créer une immunisation
contre le tétanos.
Il est fâcheux que les bactériologistes n’aient pas pu reconnaître
encore, dans le sang des b]|essés, les agents aniitoxiques qui per¬
mettent aux patients de résister à l’infection tétanique. En l’absence
de ce critérium, les données de la guerre actuelle permettront vrai-
lil-:^■üli DES JOüUNAUX
599
semblablement d’apporter quelques éclaircissements sur ce point. 11
sùfflrait, en rélevant la statistique des blessures compliquées de
létauds, de faire le pourcentage des cas, selon les deux grandes
catégories des soldats blessés : les citadins et les campagnards.
Sur 60.000 blessés environ, depuis le début de la guerre, il a été
observé, dans la place de Cherbourg, 58 cas de tétanos comportant
37 morts et .31 guérisons. La première série, très mauvaise, de 1914
àl9t6, ne contenait pas moins de 35 morts sur 51 cas ; elle se rap¬
portait surtout à des blessés graves, venant directement par bateaux
du front des Flandres. La deuxième série compte 7 cas, avec 2 morts
et 5 guérisons; elle a trait à des blessés, ayant fait quelques étapes
sanitaires avant leur hospitalisation à Cherbourg. Le pourcentage
ressortit à moins de 1 p. 1.000.
En 1916, M. Couteaud a publié un certain nombre de formes anor¬
males du tétanos. Dans cet article, il donne la relation des 7 der¬
niers cas, dont 6 à formes plus ou moins tardives ; tous avaient été
soumis à une ou deux injections antitétaniques; il propose di- fixer
à 30 jours le terme au delà duquel le tétanos peut être considéré
comme tardif. F. -H. Renaut.
Malaria des armées en campagne, par le médecin inspecteur
général des troupes coloniales Gball {Annales d'hygiène publique,
l®'’ semestre 1917, p. 283 et 2“ semestre 1917, p. 129).
La malaria des armées en campagne, ce mot étant pris dans son
sens extensif et littéral, est faite de deux endémies distinctes qui,
dans ce milieu, prennent l’une et l’autre des allures franchement
épidémiées.
Quand des étrangers, arrivant en masses nombreuses, séjournent
• temporairement dans une région insalubre, ils paient un lourd tribut
aux endémies locales; celles-ci, alors, augmentent très notablement
de fréquence et de virulence chez les indigènes eux-mêmes et se
transforment en épidémies. Il en est ainsi dans tous les pays colo¬
niaux et aussi dans le ba!<sin oriental de la Méditerranée.
Le paludisme caractérise, dit-on, l’endémie ; il n’est pas cependant
uniquement en action, il se double d’une seconde affection, la dysen¬
terie des pays chauds. L’endémie palustre est la plus apparente et la
pluspoihmunément répandue de ces deux endémo-épidémies; elle
est nettement prédominante à la saison d’été, mais si, à cette
période, ou scrute les conditions pathogéniques, on reconnaît
l’importance de la part à attribuer à l'endémo-épidémie dysenté¬
rique, s’exagérant surtout à l’automne ou au début de l’hiver.
Cette part n’est pas faite seulement des déterminations facilement
reconnaissables du côté de l’intestin, elle est fréquemment consti¬
tuée, en outre, par des localisations du côté du foie, au cours et à la
suite des fièvres d’invasion et de rénovation.
Le médecin appelé à soigner sur place ou après retour au pays
des hommes ayant séjourné dans des régions malsaines, en milieu
REVUE DES JOURNAUX
épidémié, devra avoir toujours présente à l’esprit cette conception
qu’au cours et à la suite des troubles intestinaux qui sont l’impres¬
sion fugitive de la contamination amibienne, le foie est presque
constamment atteint chez les impaludés soumis à des inoculations
et à des réinoculations anophéliennes. Le paludisme épidémié
donne activité et virulence à une amibiase qui, sans cette interven¬
tion, aurait pu rester fruste ou latente.
En somme, s’il est exact d’affirmer que sans la malaria des
armées, le paludisme épidémié en est la caractéristique principale,
il convient d’ajouter que l’amibiase, tant intestinale qu’hépatique,
est également en action, le plus souvent en association ayec le palu¬
disme; son importance devient de plus en plus évidente à mesure
qu’avance la saison ; elle atteint, pour l’ensemble des cas, une pro¬
portion qui n’est jamais de moins d’un quart et qui’ peut dépasser
pour certains groupes une moitié des malades.
La fréquence de l’amibiase a été signalée à l’armée d’Orient et, plus
particulièrement, dans les groupes qui ont servi antérieurement
aux Dardanelles. Chez ces derniers, quand le paludisme est devenu
grave, la réaction d’amibiase hépatique s’est montrée chez plus
d’une moitié des malades. Il intporte, au point de vue de la méde¬
cine publique, que ces amibiens ne rejoignent leur famille ou leur
dépôt qu’après traitement approprié.
La prévention du paludisme peut être efficacement réalisée par la
quinine au printemps et à l’automne. Son action ne peut être
qu’atténuante à la saison d’été, par suite de la violence extrême de
l’hématozoaire. A cette saison, il faut faire le traitement préventif
des rechutes et non plus simplement la prophylaxie des atteintes.
Les groupes, qui débarquent avant juin, acquièrent, par suite
d’atteintes frustes, une immunité relative qui est celle deS troupes
indigènes et des coloniaux. En juillet, août et septembre, tout nou¬
veau venu est condamné aux formes graves des endémies en cours.
Les travaux àanitaires u’ont d’efficacité qu’à long intervalle, mais
il existe, dans tous les pays tropicaux ou subtropicaux, des zones
étendues qui ne sont que médiocrement insalubres. Leur salubrité
résulte de la composition du terrain et de sa perméabilité : tous les
terrains calcaires d’une certaine étendue peuvent être considérés
comme n’étant pas malariens. ou l’étant très peu, comparativement
aux terrains schisteux et imperméables.
Le pétrolage des mares et les procédés analogues, recomman¬
dables dans certaines régions et pour des surfaces restreintes, ne
peuvent avoir qu’une médiocre efficacité en guerre.
La protection contre les anophèles paraît pouvoir être assurée
chez des troupes en déplacement par l’emploi, dans les gîtes d’étapes,
d’une tente appropriée remplaçant et suppléant la moustiquaire et,
à défaut, par l’utilisation dé linimenfs à base d’huiles essentielles
ou de solutions étendues de nicotine.
Pour éviter la dissémination des affeclions amibiennes, ou devra
BEVUE DES JOURNAUX
601
veiller strictement à l’hygiène des feuillées et latrines et on orga¬
nisera, autour des prises d’éau, une zone de protection qui les
mette à l’abri dt toute contamination fécale. Toute eau suspecte
devra être consommée après ébullition. Les légumes et les crudités
seront prohibés. F.-H. Rénaux.
Les maladies vénériennes à l’armée, par Jules Gaüdy, chef du service
d’urologie à l’ambulance de l’Océan, à la Panne, médecin de
bataillon de réserve (Archives médicales belges, 1917, p. 509).
Depuis le début des hostilités, les maladies vénériennes se sont
propagées d’une façon, impressionnante. Dans toutes les classes de
la société, le niveau général de la moralité a baissé depuis la guerre
et la prostitution vénale ou passionnelle .s’est développée dans de
notables proportions.
Des chiffres précis n’ont pas é^é établis touchant le nombre de cas
des maladies vénériennes, reconnus dans les différentes armées
depuis le début de la guerre. Des statistiques allemandes montrent
que, jusqu’à la fin de février 1915, sur le seul territoire de la
Belgique, 30.000 cas s’étaient déclarés parmi les troupes d’occupa¬
tion (Baizer). En Italie, 4.861 malades, atteints d’affections véné¬
riennes graves. Curent évacués en onze mois sur l’un des hôpitaux
spéciaux de Milan. Dans l’armée française, des statistiques approxi¬
matives donnent, d’avril en août 1916, 24.984 cas de maladies véné¬
riennes, dont 4.834 syphilis. Le total des contaminations syphili¬
tiques mensuelles oscille entre 4.000 et 5.000, soit 50.000 à 60.000 pal¬
an, ce qui représente pour les trois années de guerre, le chiffre
imposant de 150.000 à 200/000 véroles nouvelles (Thibierge). Dans
l’armée belge, on n’a pas totalisé les cas soignés dans les diverses
formations. Deux formations de l’avant donnèrent en dix mois
1.500 cas environ, avec 317 syphilis, soit 21 p. 100 dont 22-5 con¬
tractées pendant la guerre. Ces chiffres ne peuvent fournir aucune
espèce d’appréciation sur le nombre total, car on manque pour ce
faire de données comparatives.
En recherchant les sources principales de contamination, ainsi
que le genre de femmes donnant le plus grand pourcentage, on
arrive à des chiffres bien différents, si l’on examine séparément les
contaminations dans la zone des armées ou celles de l’intérieur.
Pour 649 cas, il y a 125 contagions aux armées et 524 à l’intérieur
(Thibierge). Sur 448 vénériens récents, soignés par l’auteur, on
compte 48 contaminations dans la zone des cantonnements et 400 à
l’arrière. Dans la zone des armées, les contaminations les plus nom¬
breuses, 69 p. 100, proviennent des femmes des localités mêmes, ne
faisant pas la profession habituelle de la prostitution. A l’intérieur,
au contraire, les contaminations par prostituées régulières repré¬
sentent de 64 à 70 p. 100 du chiffre total.
Tant au point de vue militaire qu’au point de vue social, il importe
d’enrayer par tous les moyens la diffusion de ce fléau. Il faut soigner
602
REVUE UES JOURNAUX
la syphilis chez le soldat avec toute l’énergie possible et on ne
saurait trop s’élever contre la tendance à considérer comme insuffi¬
samment traité pendant la guerre, le syphilitique blanchi et ne pré¬
sentant plus de manifestations extérieures.
Devant le danger menaçant, des mesures s’imposaient et, dans
tous les pays, un effort plus ou moins important a été fait pour com¬
battre le mal.
En Italie, des mesures radicales ont été prises pour diminuer les
causes de contamina'tion et’’pour multiplier tous les moyens de trai¬
tement. Une réglnmentation bien sévère réfrène la prostitution libre.
Des maisons de tolérance, exclusivement réservées aux militaires,
ont été installées dans la zone des armées; la' surveillance médicale
y est extrêmement stricte. Aux armées et à l’intérieur, furent orga¬
nisés des dispensaires pour affections vénériennes, sous la direction
-de médecins spécialistes.
En France, chaque armée et chaque région sont dotées d’un centre
vénérien. A l’avant, la création des consultations et (les dispensaires
dans les cantonnements mêmes est laissée à l'appréciation des
chefs médicaux, de telle sorte que ces ressources ne sont pas géné¬
ralisées.
L’organisation anglaise est basée sur les mêmes principes avec un
centre vénérien par armée.
Dans l’armée belge, fonctionnent à l’arrière les services spéciaux
du Jlavre et d’Orival; chaque division a une consultation de véné-
réologie, mais il manque une unité directive.
Il y a lieu d’étendre ces mesures de prophylaxie encore bien insuf¬
fisantes. Il faut exercer une influence, saluiaire sur l’esprit des
soldats par des conférences à leur portée, par des conseils, par de
larges distributions de notices simples, précises. Il faut utiliser les
compétences des spécialistes, multiplier et unifier les institutions
antivénérienues. Il faut perfectionner le matériel instrumental des
dispensaires; La lutte an ti vénérienne doit prendre, dans les à-côtés
immédiats de la guerre, une place d’importance capitale.
F.-H. Rexaut.
Une épidémie de syphilis familiale, par M-. le D'' E. Jeanselme et
M“® CHATELAIN {Bulletins et Mémoires de là Société médicale des
Hôpitaux de Paris, 1917, p. 833).
Il y a des exemples lamentables de contagion familiale. La con¬
tamination par les soldats est malheureusement très fréquente.
Journellement, à la con.sultatibn du dispensaire Frascator; annexé
à l’hôpital Broca, on voit défiler des femmes, souvent mères de
famille, atteintes d’un chancre induré, qui est apparu quinze jours
ou un mois après le départ de leur mari venu d,u front.
Parfois môme, l’infection se propage à plusieurs membres de la
famille; dans le cas présent, elle a fait six victimes.
Une jeune femme de vingt-huit ans présente, trois semaines après
REVUE DES JOURNAUX
603
le retour de son mari qui était au front depuis neuf mois, un chancre
ffulvaire.
En pleine période secondaire, avec des syphilides érosives aux
deux mamelons, cette femme allaite son enfant, né quelques jours
après le retour de son mari. L’enfant ne tarda pas à présenter des
syphilides buccales et anales,
A cet enfant, sevré vers l’âge de dix mois, la grand’mère, âgée
de quarante -neuf ans, donne fréquemment le biberon. Pour
s’assurer de la température dti lait, elle porte la tétine à la bouche.
Chez elle apparut un chancre de l’amygdale gauche.
Une sœur de la première victime accouche, il y a six mois.
L’enfant est souvent confié aux soins de sa tante et de sa grand’¬
mère; il est contaminé par l’une d’elles, avec accident primaire au
palais.
Çet enfant est allaité par sa mère;. celle-ci est contaminée à son
tour, avec chancre induré à la base du mamelon droit.
Enfin, une autre sœur des deux mères, la tante des deux enfants,
âgée de quatorze ans, donne des soins aux deux nourrissons et '
goûte les aliments avec les cuillers qui servent aux enfants; à son
tour, elle présente des accidents buccaux.
La famille comprend encore trois personnes qui seraient indemnes.
Toutefois, une fillette de douze ans fait lit commun avec sa sœur de
quatorze ans, qui est contaminée; il y a peu de chance que la
syphilis l’ait épargnée.
Cette sèche énumération de ces six déplorables contaminations se
passe de tout commentaire. Elle démontre l’urgence du contrôle
prophylactique des permissionnaires, mesure qui est prescrite par
les règlements, mais qui est trop souvmt éludée, lors des départs
du front, s’opérant sur un grand nombre de soldats.
F. -H. Renaut.
Observations cliniques et étiologiques sur les cas de typhus soignés à
l'hôpital permanent de la marine de Sidi- Abdallah, par le 0“’ René
PoïEL, médecin de l” classe de la marine, médecin traitant de l’hô¬
pital permanent [Archives de. médecine navale, 1“' semestre 1917,
p. 440 et 2® semestre 1917, p. 14).
Le typhus a été apporté dans les hôpitaux de Sidi-Abdallah par
les soldats serbes, évacués en Tunisie après la retraite d’Albanie.
Toutefois, les premiers cas qu’il fut possible de diagnostiquer
furent observés sur des infirmiers français des navires-hôpitaux et
des formations sanitaires de Sidi-Abdallah (février et mars 1916).
Chez les Serbes, faméliques et épuisés par une longue retraite, le
typhus a revêtu, au début, des formes tout à fait anormales, sans
exanthème ni fièvre, et, bien que l’attention fût particulièrement
attirée sur ce point, il a passé d’abord entièrement inaperçu. C’est
seulement en présence de cas non équivoques, constatés chez des
Français, qu’on fut amené à affirmer l’existence du typhus chez les
604
REVUE DES JOURNAUX
Serbes el à le dépister sous les formes, tout à fait anormales, où il
se dissimulait.
Le nombre total des cas de typhus a été pour l’ensemble des hôpi¬
taux de la Place de Bizerte, de 528, dont 486 Serbes et 42 Français ;
31 malades, 24 Français et 7 Serbes, ont été traités par le sérum
antiexanthématique, dont les résultats cliniques sont longuement
exposés dans les observations des cas graves.
Il y a lieu de retenir l’attention sur les mesures de prophylaxie
qui ont été prises et qui ont pernpis d’arrêter, dans un délai relati¬
vement court, la marché de répi<Wmie. 11 s’en dégage d’ailleurs des
notions intéressantes au sujet de l’étiologie du typhus et on y trouve
la démonstration du rôle exclusif des ectoparasites dans la propa¬
gation de cette affection. , Partout où la lutte contre les poux a pu
être menée avec toute la rigueur voulue, aucun des cas de contagion
n’a été observé. Au contraire là où les circonstances n’ont pas per¬
mis de prendre toutes les mesures nécessaires contre les parasites,
l’entourage des malades n’a pas tardé â être contaminé.
A bord des navires-hôpitaux, chargés de transporter le plus rapi¬
dement possible les malades de Corfou à Sidi-Abdallah, aucune
mesure efficace de prophylaxie ne pouvait être prise, tant en raison
du grand nombre de malades hospitalisés que des difficultés maté¬
rielles inhérentes à la vie de bord et à la courte durée de la tra¬
versée. Il devait fatalement arriver que les infirmiers, en contact
avec les typhiques, fussent contaminés.
Dans les cas où la lutte contre les parasites a été incomplète,
c’est-à-dire quand elle a porté uniquement sur les parasites vivants,
mais en négligeant les lentes, ainsi qu’il est advenu dans les hôpi¬
taux complémentaires de Sidi-Abdallah, la contamination de l’en¬
tourage des malades s’est faite après un délai de 21 jours nécersaire
. à la transformation des lentes en parasites, à l’infection de ceux-ci
et à rinoubaljon de la maladie chez les sujets contaminés.
Enfin, quand les malades ont été complètement débarrassés de
tous les parasites et de leurs lentes, comme cela a eu lieu à l’hô¬
pital permanent de Sidi-Abdallah, aucun cas de contagion n’a pu
être observé dans leur entourage.
Ces considérations permettent de tirer la conclusion que, dans
l’épidémie en question, le pou seul est intervenu comme agent de
contamination.
On néglige les autres mesures de désinfection et de prophylaxie
concernant les malades et leurs excreta, selles, crachats, etc., dont
le rôle est nul, d’après l’auteur; ce qui est en contradiction avec
l’avis de médecins français (Deléarde et Halluiii); rapatriés d’Alle¬
magne, où ils avaient observé une épidémie de typhus ; ils pensent,
sans faits probants» d’ailleurs, qu’à côté de la contagion par les
poux, aujourd’hui admise, d’autres agents de contamination peu¬
vent exister, notamment les expectorations des malades (Revue d'hy¬
giène, 1916, p. 310). F.-H. Renaut.
REVUE DES JOURNAUX
605
Pathofjcnie et évolution de la diphtérie, par J. Danysz (la Presse
Médicale, 1917, p. 442).
La toxine sécrétée par les microbes qui, dans la diphtérie, se
développent sur les muqueuses de la gorge, pénètre dans le tissu
cellulaire sous-jacent et se combine avec l’anticorps normal de ce
tissu.
On admet généralement aujourd’hui qu’un organisme ne peut
être sensible à l’action d’un antigène, sécrétions du microbe, qu’à
la condition de trouver dans cet organisme une substance avec
laquelle il peut se combiner, et que c’est cette même substance qui
devient l’anticorps spécifique (l’antitoxine) que l’on trouve en excès
dans le sang des sujets immunisés. L’anticorps en excès ou l’anti¬
toxine ne serait donc autre chose qu’une surproduction de l’anti¬
corps normal.
Alors, deux cas extrêmes peuvent se présenter :
1“ La quantité ou la virulence de la toxine sécrétée correspond
exactement à la quantité d’anticorps normal qui peut la neutraliser
et la digérer sans trouble, et alors il y aura immunité locale et peut-
être aussi générale, si le processus dure assez longtemps pour que
les anticorps puissent se reproduire en excès et passer dans le sang
sous forme d’antitoxine;
2“ La quantité ou la virulence de la toxine sécrétée, ou encore la
rapidité de la sécrétion, sont trop grandes pour que le tissu cellu¬
laire puisse la fixer et la retenir; une partie de cette toxine passera
donc dans l’économie et produira des troubles graves qui, si on
n’intervient pas à temps, peuvent avoir une issue fatale.
Entre les deux extrêmes, on peut constater une infinité de réac¬
tions intermédiaires comme manifestations pathologiques et immu¬
nisations locales ou générales; toujours, l’immunité acquiîe sera
inversement proportionnelle à la gravité de l’atteinte.
Ces faits font ressortir la différence dans l’évolution de la diph¬
térie et de la plupart des autres maladies infectieuses. Il y a lieu
toutefois d’insister sur la signification exacte de la période d’incu¬
bation dans les états pathologiques causés par les antigènes.
On est convenu d’appeler période d’incubation le temps qui
s’écoule entre la contagion et l’apparition des premiers symptômes
bien nets ou, autrement dit, jusqu’au moment où s'établit la
période d’état de la maladie. De nombreux auteurs ont montré que,
dans la grande majorité des maladies infectieuses ainsi que dans
les états- pathologiques causés par des injections préparantes
d’hétéro-albumines ou, en un mot, par les antigènes, la période
d’élat coïncide presque exactement avec l’apparition des anticorps
spécifiques en excès dans le sang. Danysz a pu établir que la symp¬
tomatologie de tous ces états pathologiques est déterminée par la
nature et la localisation des réactions entre les anticorps et les
antigènes.
La période d’incubation peut donc être caractérisée par les réac-
606
REVUE DES JOURNAUX
lions des antigènes avec les anticorps normaux, la période d’état
par la réaction des antigènes avec les anticorps en excès.
Or, si on admet ces distinctions, on constate que, contrairement
à ce qui se passe dans la grande majorité des, maladies infectieuses
et dans tous les cas d’états anaphylactiques, dans la diphtérie et
dans les maladies analogues par la nature et l’action de leurs anti¬
gènes (tétanos, botulisme), les manifestations pathologiques appa¬
raissent pendant la période d’incubation, tandis que la période
d’état se confond avec celle de la guérison.
Ce fait s’explique tout naturellement, quand on constate que ces
toxines forment avec leurs antitoxines des composés absolument
neutres pour l’organisme, et que l’antitoxine en excès peut neutra¬
liser non seulement l’excès de toxine qui a pu passer dans la circu¬
lation, mais aussi, par sou action de masse, la toxine fixée eu
surcharge par les cellules malades.
F.-H.. Renaut.
Trois nouveaux cas de rage chez l’homme, par MM. H. Grenier ue
C.ARDENAL, médeciu-major, médecin-chef de Centre neurologique et
d’hôpital, Legrand, médecin aide-major, médecin adjoint àu Centre
neurologique, et Renoît, médecin auxiliaire, médecin-chef du Labo¬
ratoire de bactériologie de X... {La Presse Médicale, 191", p. S64).
Aux six observations de rage chez l’homme, intéressantes à plus
d’un titre, rapportées récemment par MM. Jourdan et Marchand
{Revue d'Hygiène, 1917, p. 513), les auteurs joignent trois cas nou¬
veaux, à propos desquels ils attirent l’attention sur quelques points
partîbuliers de l’évolution.
L’in(j,ubatioD, assez variable, peut avoir une durée moyenne d’un
mois et demi. Tandis que le début brusque est donné comme excep¬
tionnel, c’est le seul qui ait été observé et d’une façon très nette,
comme dans les six cas cités.
Les accidents bulbaires ont dominé la scène et, en premier lieu,
la dysphagie et les vomissements; quand l’hydrophobie manque,
c’est cette dysphagie qui doit donner l’éveil, car elle est souvent le
premier accident spasmodique ressenti.
MM. Jourdan et Marchand n’ont pas observé l’hydrophobie véri¬
table et ils s’élèvent contre l’impropriété du terme; évidemment,
il n’y a pas de phobie réelle, mais le mot est consacré par l’usage,
et, par analogie avec le symptôme décrit sous ce nom chez l’animal,
il mérite d’être conservé. Le spasme pharyngé devient souvent si
pénible que le sujet afune terreur invincible à l’idée d’absorber
iin aliment. Cette angoisse douloureuse n'est bientôt réveillée que
par le liquide, car, tandis qu’il y a de l'inappétence, la soif devient
intolérable, l’hydrophobie est ainsi constituée ; certes, l’expression
de spasme hydrophobique serait plus exacte.
Les signes médullaires furent minimes et les réflexes tendineux
se conservèrent intacts, cependant il existait des soubresauts mus-
REVUE DES JOURNAUX
culaires avec contractures passagères qui, firent penser au tétanos.
A aucun moment, il n’y eut de paralysie et la période paralytique,
décrite comme période terminale de la rage, semble une exception.
L’imagination populaire, entretenue par les récits des anciens
auteurs, a tbujours dépeint le malheureux rabique comme un déli¬
rant furieux, hurlant, mordant autour de lui et dont il fallait se
défaire dans le plus bref délai. Gomme son souffle était en outre
considéré comme contagieux, il était ficelé entre deux matelas et
mourait étouffé. Cet état suraigu doit être excessivement rare et les
symptômes cérébraux ne se traduisent ordinairement que par de
l’excitation plus ou moins grande, alternant avec des périodes de
dépression.
L’intérêt dominant de ces trois observations réside dans l’évolu¬
tion rapide du mat : en effet, elle a été de 48, 46 et 12 heures; il ne
semble pas qu’on ait signalé de cas aussi foudroyants que ce der¬
nier survenu chez une fillette de douze ans et demi. La terminaison
est arrivée dans les trois cas par syncope, comme c’est la règle dans
la forme spasmodique, celle-ci étant la seule à considérer prati¬
quement. F.-H. IIe.naut.
1 corredini anipediculari (Saoiiet contre les poux), par le
D" A. CoasiNi {Annali d'igiene, 1917, p. 364).
La presse italienne, tant scientifique que politique, a publié de
nombreux articles sur la lutte contre la pédiculose dans les troupes
en campagne. Le D*' A. Furno s’est spécialement occupé de la ques¬
tion au commencement de l’année 1917 et a soutenu que la destruc¬
tion des poux sur le soldai dans les tranchées ne pouvait s’obtenir
qu’en disposant des sachets antiparasitaires entre le linge de corps
et les vêtements de drap, après la désinfection de ceux-ci ; ces
sachets doivent contenir un mélange de 100 grammes de naphtaline
brute et de 2 grammes de créosote; le camphre, parfois employé,
n'a pas une action aussi efficace.
L’auteur reprend le sujet, pour donner plus de détails sur les diffé¬
rents dispositifs des sachets et sur leur composition. 11 décrit minu¬
tieusement les modes d’attache imaginés par les professeurs Pellizari
(de Florence), Pasini (de Milan) et Dacco; ce sont des systèmes de
ceintures, de bretelles et de scapulaires permettant de maintenir des
sachets sous les aisselles, devant et derrière le thorax, avec attaches
aux poignets et aux genoux pour certains, tout cela de telle façon
que les mouvements ne soient pas gênés et que le port de l’équipe¬
ment ne soit pas rendu incommode.
I.a base de la composition de ces sachets est généralement con¬
stituée par la naphtaline brute, additionnée de diverses substances
destinées à augmenter l’action parasilicide et parasitifuge de cette
dernière, créosote, crésyl, phénol, camphre, soufre, poudre d’euca¬
lyptus, et même iodoforme, malgré l’odeur parfois mal supportée de
ces derniers produits.
REVUE DES JOURNAUX
Les résultats de cette, pratique seraient excellents. Le dermato¬
logue Mibelli, envoyé en inspection sur le front, n’aurait trouvé que
S à 6 porteurs de poux sur 1.000 combattants ; il s’agissait de soldats
qui avaient abandonné leurs sachets ou qui avaient refusé de les
mettre. Les expériences de laboratoire démontrent neUefnent l’action
aniipédiculaire de la naphtaline brute.
Toutefois, la pénurie croissante des matières premières met
obstacle à la fabrication toujours croissante de ces sachets. Le
camphre est rare ; la créosote de hêtre a été remplacée par la créo¬
sote de goudron. La naphtaline brute est de moins bonne qualité et
devient parfois irritante pour la peau ; aussi est-il nécessaire de
contrôler ces produits.
La naphtaline 'éloigne aussi les puces, les punaises, les mouches
et les moustiques, ainsi qu’on a pu le constater en Albanie, et dans
ce cas particulier, elle devient un adjuvant de la lutte contre le
paludisme. F. -H. Renaut.
Le biberon de cristal, cause possible d’intoxication par le plomb, par
M. le D' Guerbet (de Rouen). {Bull.de l’Académie de Médecine, séance
du 6 août 1918.)
Depuis ces dernières années, on vend, comme biberons destinés
à la stérilisation du lait, des flacons de cristal qui ont la faveur'de
la clientèle aisée. Ces flacons sont bien faits et cassent, à ta stérili¬
sation, beaucoup moins facilement que les flacons de verre.
Les circonstances suivantes nous ont permis de constater que ces
biberons peuvent céder au lait de petites quantités de plomb.
Observation. — Un enfant de 3 mois est alimenté avec du lait sté¬
rilisé par un séjour de 20 minutes au bain-marie bouillant. Cet
enfant « prend du poids », ses fonctions digestives sont bonnes,
mais il présente une pâleur anormale de la face et sur plusieurs
points de son corps l’eczéma apparaît.
La mère, qui pratique elle-même la stérilisation du lait, fait un
jour la remarque suivante : après l’opération, le lait contenu dans
certains biberons est resté très blanc, tandis qu’il a acquis dans
d’autres flacons, une légère teinte gris jaunâtre. De plus, on con¬
state que, sur la paroi interne de ces derniers flaçons, il existe un
enduit brunâtre, mince, très adhérent, même après rinçage.
Nous examinons les flacons. Ils sont de deux origines différentes.
Les uns, ceux dans lesquels le lait reste blanc, sont en verre ordi¬
naire ; les autres, ceux dans lesquels le lait prend une teinte gris
jaunâtre, sont en cristal (14 p. 100 de plomb).
A partir du jour où ces remarques sont faites, seules les bou¬
teilles de verre sont utilisées pour la stérilisation du lait déstiné à
l’enfant.
Peu à peu le bébé reprend ses couleurs et l’eczéma disparaît.
Les phénomènes morbides constatés chez l’enfant étaient-ils attri¬
buables à une intoxication chronique et légère par le plomb ? 11 est
REVUE DES JOURNAUX
impossible de l’afürmer, aucun symptôme classique de saturnisme
n’ayant été relevé. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que le bébé
devait absorber, en moyenne, b milligrammes de plomb par jour
ainsi que le démontrent les analyses suivantes.
Recherches analytiques. — La recherche du plomb* fut pratiquée
sur le lait stérilisé au bain-marie bouillant pendant 20 minutes, soit
dans tes flacons de verre ordinaire, soit dans les flacons de cristal
incriminés.
Le lait provenant des flacons de verre ordinaire ne renfermait pas
de plomb; celui qui avait été stérilisé dans les flacons de cristal
contenait du plomb dont les proportions variaient entre 3 et 9 mil-
ligrainra-'S par litre {en Pb.), chiffres extrêraesde plusieurs dosages.
Quel peut être le niécanisme du passage du plomb dans 1« lait?
Nous pensons que la coloration gris jaunâtre du lait était due à
un sulfure de plomb, ainsi que l’enduit intérieur du flacon.
Au cours de la stéi ilisatîon du lait, on constate toujours la for¬
mation de produits sulfurés attribuables à une légère altération de
la caséine, mais ces produits sont, à notre avis, incapables de se com¬
biner directement avec le plomb du silicate.
En' effet, si l’on chauffe au bain-marie bouillant dans des flacons
de cristal de l’eau chargée d’hydrogène sulfuré, on ne constate pas
la formation de sulfure de plomb ; mais le sulfure de plomb peut se
former par une réaction secondaire ; si l’eau sulfureuse de l’expé¬
rience précédente est rendue légèrementalcaline ou si elle renferme
des chlorures, on constate, après chauffage ap bain-marie bouiilant
dans le flacon de cristal, la présence de sulfure de plomb.
On peut donc admettre qu’une alcalinité du lait ou que les chlo¬
rures® qu’il renferme puissent provoquer, au cours du chauffage, la
dissolution d’une petite quantité dé plomb qui passerait ensuite à
l’état de sulfure.
Conclusions. — Nous plaçant exclusivement sur le terrain de
l’hygiène infantile, il nous a paru que l’usage des bouteilles de cris¬
tal destinées à la stérilisation du lait, c’est-à-dire vendues comme
« biberons », devait être proscrit.
La circulaire du 19 juin 1878 (ordonnance de police du 2 juillet
1878) interdit « la mise en vente des poteries vernies à l’aide d’en¬
duit d’oxyde de plomb fondu ou incomplètement vitrifié, cédant de
l’oxydant de plomb aux acides faibles».
11 ÿ aurait lieu de dèmander, à notre avis, que l’addition suivante
fût faite à cette circulaire : « Toute verrerie de cristal, telle que
biberons, bouteilles, destinée à la stérilisation du lait sera inter¬
dite. »
1. Procédé Meillère. Journal de Pharmacie et de Chimie, 191V, p, 225.
2. La stérilisation du sérum physiologique dans des ampoules de cristal
donne lieu, le fait est bien connu, à la formation de chlorure de plomb.
KEV. d’hyg. XL — 39
610 REVUE DES JOURNAUX
La question du blé {Comptes rendus des seaneés de la Société de
Biologie, 1918).
La Commission d’alimentation de la Société de Bioloaie, dans
une série de séances tenues sous la présidence de M. Charles Richet,
a adopté les conclusions suivantes, tout particulièrement impor¬
tantes dans les circonstances actuelles :■
1» Le blé doit toujours être nettoyé, débarrassé des impuretés et
des graines étrangères qui s’y trouvent mêlées.
2” Les blés industriellement propres varient l^eaucoup de poids
et de qualités. Il importe de choisir'un type qui servira de base
pour tontes les mesures à prendre. On peut prendre comme type
un blé indigène moyen, pesant de 76 à 77 kilogrammes à l’hecto¬
litre.
3“ La mouture donne de la farine paniflable et du son. Mais les
procédés de la meunerie ne permettent pas de séparer d’une manière
parfaite les matières nutritives de l’amande des matières indiges¬
tibles de l’enveloppe. Quel que soit le taux d’extraction, il passe
toujours dans la farine quelques matières indigestibles et dans le
son une proportion notable de substances alirnt-nlaires.
4“ La valeur alimentaire des sons décroît progressivem'ent, à
mesure que le taux d’extraction s’élève.
5° Il ne faut pas confondre le son, résidu industriel de meunerie,
qui a toujours une valeur nutritive appréciable pour l’homme, et
l’enveloppe, élément anatomique du blé, qu’on n’obtient jamais
pratiquement à l’état pur.
6® L’expression légale de « farine entière » ne correspond à
aucune réalité précise, puisque la proportion de produits passant
au tamis 100.(100 mailles au pouce linéaire) dépend des conditions
de la mouture et peut varier dans de très larges limites.
7° ka Commission est d’avis que la seule manière de caractériser
une farine serait de déterminer, par une méthode physiologique
bien définie, la proportion d’ingestible qu'elle renferme. La méthode
de M. Devillers à la pancréatine ', bien qu’ encore à l’étude, paraît
mériter .l’attention.
8“ L’extraction à 8b p. 100 sur blé moyen est avantageuse et dési¬
rable, quand il n’y a pas lieu d’assurer une très longue conservation
de la farine. Elle ne laisse que 5 p. 100 d’indigestible, et permet
d’obtenir un bon pain. Elle accroît la quantité de farine disponible
pour l’homme, sans diminuer sensiblement la valeur alimentaire de
celle-ci.
Les parties du blé qu’on laisse passer pour obtenir des extrac-
1. Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, t. CLXVI, 29 avril 1918,
p. 700 ; Journal de Pharmacie et de Chimie, 7» sér. t. XVIII, juillet 1918,
BEVUE DES JOURNAUX
6U
lions plus élevées donnent des farines de moins en moins nutritives
et de plus en plus difficiles à panifier. Le son laissé aux animaux
per l’extraction à 85 p. iOO contient encore une proportion notable
de matières nutritives pour l’homme.
9» Pour passer de la mouture d’un blé type à celle de toutes les
autres sortes de blés et obtenir des farines de qualité comparable, il
sul'flt, les délégués de l’Association nationale de la Meunerie fran¬
çaise ayant été entendus, sans établir de règle théorique précise, de
travailler en pratique sur des moulins réglés pour la mouture sur
blé type, sans rien changer ni aux cylindres, ni aux bluleries.
lo» L’ad<lition de farines de succédanés à celle du blé est accep¬
table, à la condition que leur proportion ne soit pas exagérée et que
le mélange reste panifiable.
Appendice. — Examen de la valeur [nutritive des sons de meunerie.
Étant d mnée Ja pénurie de renseignements sur la proportion de
substances alimentaires restant dans les sons de meunerie, la Com¬
mission d’alimentation a demandé des analyses de ceux-ci à deux de
ses membres, MM. Kling et Lapicque.
Des échantillons de son ont été recueillis au moulin de l’Assistance
publique, le 8 juillet, dernier. Ils constituaient le résidu de la mou¬
ture au taux d’extraction de 82,5 p. tOO d’un mélange de 50 p. 100
de blé Plata et de 50 p. 100 de blé Manitoba, sans addition de
succédanés.
Les analyses ont donné ;
1. — Analyse de K. Kling.
TBL QUEL
SUPPOSÉ SBC
pour 100 grammes.
—
Humidité . . .
Il gr. 10
Matières azotées . .
16 gr. 40
18 gr, 45
Matières grasses . . .
Maiières saccbarifiablex par HCI dilué (glu-
4 gr.* 63
5 gr. 21
coseXOiO) . .
50 gr. 92
57 gr. 28
Matières non dosées et pertes .
3 gr. 87
Cellulose . . .
8 gr. 12
9 gr. 13.
Cendres .
5 gr. 39
6 gr. 06
Matières saccharifiables par les- diastases du
100 gr. »
100 gr. »
malt . .
23 gr. 28
26 gr. 19
Penlosaiies du son . .
Pentoses dans le liquide d'hydrolyse chlor¬
22 gr. 80
25 gr. 65
hydrique .
25 gr. 13
28 gr. 27
Peutosanes correspoudar.les .
22 gr. 11
24 gr. 87
Les, pentosanes ont été dosées par décomposition chlorbydrique
(34 à 35 p. 100 HCl à 22»), entraînement du furfurol formé et dosage
de ce furfurol par la phloroglucine.
612
REVUE DES JOURNAUX
II. — Analyses du laboratoire de M. Lapicque.
A. — Analyse de M. Devillers : Digestion artificielle
par la pancréatine.
pour 100 grammes
Humidité . . .
Après action de la pancréatine.
I. Portions solubilisées :
Matières azotées .
Mitières saccharifiables .
Matières non dosées .
II. ' Résidu insoluble .
TEL QUEL
tl gr. 71
10 gr. 45
30 gr. 31
17 gr. 83
29 gr. 70
11 gr. 84
34 gr. 33
20 gr. 19
38 gr. 64
B. — Expérience de M. Chaussin : Digestion par le chien.
Un chien de 8 kilogrammes, en équilibre de poids et au régime
d’entretien, après avoir été nourri de farine blanche, reçoit pendant
deux jours la ration quotidienne suivante :
Farine blanche . . ' . ISO grammes.
Son du moulin de l’A. P . , 50 ^
Caséine . . . 10 —
Sel . . 5 —
Le troisième jour, on lui donne :
Farine blanche . 190
et pas de son.
Les sell' s des trois jours sont recueillies, elles contiennent
47 gr. 93 (poids sec) de matières restant sur le tamis n® 160, dont
5 gr. 95 provenant de la farine blanche, d’après des déterminations
préalables, soit 41 gr. 98 dus au son. Celui-ci contenant 11 gr. 71
p. 100 d’eau, la proportion d’iridigestible pour 100 grammes de son
sec est donc de :
41,98X100
(100 — 11,71)
=47,5 p. 100.
I. — La riforma délia razione alimentare del.soldato e Veconomia
nazionale. Prof. Filippo Rho, tenente generale medico délia R. ma¬
rina {Annali d'igiene, 1917, p. 477).
II. — L’alimentazione delle truppe di terra italiane. Prof. dott. Ba-
GLioNi SiLVESTRo, tenente colonelle medico di complemento (iôid.,
p. 487).
III. — La riforma délia razione del marinaio occasionata dalle con-
dizioni di guerra, per il, dottor C. M. Belli, colonelle medico iiella
R. marina, libero docente d’igiene (ibid., p. 503).
I. — Les physiologistes allemands, avec Rubner, établirent la
ration alimentaire de l’homme, en se basant sur des expériences
limitées dans le temps et dans le nombre des sujets, et aussi sur le
HEVUE DES JOURNAUX
613
régime nalional habituel, fort spécial ; ils ailmirent qu’un homme
de 70 kilogrammes, soumis à un travail moyen, avait besoin jour¬
nellement de 2.631 calories fournies par 123 grammes d’aliments
azotés, 47 grammes de graisse et 337 grammes d’bydrocnrbui es. I5n
cas de travail fatigant, 3.Çb3 étaient Nécessaires avec 175 grammes
de substances azotées, 70 grammes, de graisse, et 556 giammes
d’hydrocarbures.
Ces chiffres furent généralement admis sans discussion, bien que
l’alimentaiion subisse de nombreuses variations suivant les lati¬
tudes et suivant les tempéraments ethniques; des populations ayant
une nourriture plus végétarienne, et fournissant cepnndant une
somme importante de travail, furent, considérées comme ayant un
régime insuffisant.
En 1903, Chittenden, de l’Université de Yale, après des expé¬
riences prolongées et répétées, démontra que la quantité des albu¬
minoïdes pouvait être réduite de 50 ou 60 grammes par jo^i, soit à
8,5 ou 9 grammes 5 d’azote; la quantité d’albuminè strictement
nécessaire à la réparation des éléments cellulaires pourrait ne pas
dépasser 27 à 28 grammes ; mais, dans la pratique et pour la col¬
lectivité, il convient de considérer comme règle la nécessité d’in¬
gérer un gramme de matières albuminoïdes par kilogramme de
poids du corps, soit en moyenne quotidienne de 60 à 80 grammes.
On peut considérer comme amplement suffisante pour la ration
de guerre du soldat la'quantité journalière de 90 à 100 grammes de
substances azotées, pour faire face aux exigences de la vie de cam¬
pagne. En Italie, la ration de viande est de 375 grammes en temps
de guerre, ce qui constitue un taux de 151 grammes' d’albumine
par jour.
L’albumine est certes de première importance dans la réparation
des tissus, mais il est illogique d’en imposer une quantité dont l’as¬
similation nuit au fonctionnement de l’estomac, du foie et des reins;
il est grandement temps pour les médecins de réagir contre les
conséquences désastreuses d’une alimentation trop carnée et de
faire une plus large place aux corps gras et aux hydrocarbures. 11
faut réduire la part trop considérable faite à la viande dans la ration
du soldat en campagne, qui bénéficierait' certainement d'une réduc¬
tion à 250 grammes, réduction dont les conséquences économiques
sont capitales dans les circonstances actuelles.
II. — La ration journalière de viande de bœuf du soldat italien en
campagne fut abaissée de 375 grammes à 250 grammes ; deux fois
par semaine, il y a distribution de poisson ou de viande de porc;
les pâtes ont été portées de 150 grammes à 200 grammes, quatre fois
par semaine ; les légumes frais sont distribués autant que possible à
raison de 200 grammes; on donne chaque jour 40 grammes de
fromage.
Le lard et l’huile ont eu les quantités fixées à 15 ou 20 grammes
«4
REVUE DES JOURNAUX
de l’un ou de. l’autre par jour ; l’huile d’olive, étant dans le goût
national', est distribuée de préférence, autant que le permettent les
approvisionnements. La tomate, fraîche on de conserve, est un con¬
diment presque indispensable aux habitudes populaires en Italie;
la ration Journalière est de grammes d’extrait coiidetisé.
La préparation des. aliments est particulièrement surveillée par
des équipes de cuisiniers de profession et toutes les précautions
sont' prises pour que la température soit conservée, malgré les diffi¬
cultés de la guerre de montagne ; sur le front, une composition con¬
densée de graisse, de tomates et d’épices permet l’assaisonnement
rapide du riz et des pâtes.
Enfin la ration de pain, réduite à 600 grammes, n’a donné aucune
constatation fâcheuse dans la résistance dès iroupes, d’autant plus
que des suppléments sont largement accordés suivant les besoins,
au cours d’opérations plus pénibles.
III. — Les mêmes causes d’obligations économiques ont fait dimi¬
nuer la ration du' marin de la flotte italienne, d’après les mêmes
bases scienti tiques ; l’auteur donne, dans des tableaux détaillés, les
éléments alimentaires de la ration au 1" juillet 1914 èi de celle au
i" février 1917 calculés par semaine et compare les prin' ipes nutri¬
tifs et l’énergie potentielle dés diverses denrées dans chacune de
ces deux rations. Les différences en moins portant surtout sur la
viande, sur le biscuit et les pâtes; le riz a été augmenté. Le résumé
des nombres indique 102 gr. 6 pour les substances azotées, 21 gr. 6
pour les graisses et 547 gr. 8 pour les hydrocai’bures avec un total
de 3.036 calories dans les 24 heures.
En prenant pour le, marin le poids moyen du corps de 70 kilo¬
grammes et l’appréciation de la nécessité de 40 calories par kilo¬
gramme pour un travail modéré, on obtient par la multiplication
des deux nombres la valeur énergétique de la ration, soit 2.800 ca¬
lories, chiffre que dépasse d’ailleurs celui indiqué ci-drssos.i
L’excellent état sanitaire de la flotte montre que la ration alimen¬
taire actuelle, tout en se rapprochant des goû>s végétariens de la
population italienne, est pleinement suffisante pour répondre aux
exigences du rude métier de marin. F.-B. Rbnaut.
Les intoxieatims, ■par les farines {cavses, prophylaxie), par. le D'' A .-F.
Plicque {Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques, 1917, p. 676).
Les accidents provoqués par les farines et les céréale^ ont toujours
occupé une grande place en hygiène sociale. Le diagno.stic précoce
des troubles occasionnés par les intoxications at tribuées aux avaries
du blé, du seigle, du maïs ou du riz, permet seul d’instituer la
prophylaxie individuelle et générale.
I.e bjé peut se trouver mélangé à des graines étrangères : ivraie,
mélampyre, nielle. Ce fait était même assez fréquent avant les
améliorations Culturales assurant mieux la propreté des terres et
REVUE DES JOURNAUX
615
avant le progrès des appareils de triage. Les altérations du grain,
provoquées par la carie et la rouille, sont l’aciles à reconnaître. Un
parasite animal, les anguillules, peut, dans les années humidns,
envahir !« grain dont il consomme tout l’amidon, mais le ver ne
semble jamais s’implanter dans l’intestin. L’échaulîement, la moi¬
sissure, le germaye prématuré des grains entraînent des altéra¬
tions dans ia farine, donnant un pain lourd à mie gluante et
visqueuse.
Le blé offre l’avantage de sa grande richesse nutritive, surtout
en azote; il renferme tO p. 100 de gluten au lieu de 3, chiffre des
autres céréales; c’est également cêtte abundance en gluten qui
assure au pain de blé sa masse légère, élastique, riche eu vacuoles,
facile à mastiquer et à iusaliver, par suite très digestible.
Pour remédier au défaut de la fermentation et du levage avec des
farines trop pauvres en gluten, il existait autrefois une fraude dange-
reU'Sf et fréquente : l’addition d’alun. Une autre fraude, l’addition
de sulfate de cuivre, fut souvent employée poui reftituer au pain la
belle coloration' blanche que lui font perdre les altérations du blé
ou le mélange d’autres céréales. Plus récenlment, le borax a été
employé pour restituer la blancheur aux farines douteuses, pour
obtenir avec des farines médiocres un pain de bel aspect.
Le seigle, dont la farine renferme à peine S p. tOO de gluten, est
deux fois moins riche en azote que le blé; le pain de seigle est
compact, mal levé et irrite l’intestin. Le seigle, cultivé dans des sols
moins riches résiste moins que le blé aux parasites végétaux, mais
sa tare fondamentale est l’intensité de son invasion par l’ergot, sur¬
tout dans les années humides. La séparation de l’ergot est minu¬
tieuse et exige quelque soin. Les épidémies d’ergotisme étaient autre¬
fois formidables; aujourd’hui, ce fléau n’est plus qu’un souvenir.
Mais, même en quantités minimes, l’ergot mélangé au pain peut
provoquer des troubles nerveux.
Parmi les autres céréales, l’orge renferme peu de gluten, aussi
donne-t-il un pain lourd, compact, gros.sier. L’avoine est encore
moins paniHabla. Le riz a souvent été accusé de produire le béri¬
béri. Le mgïs, altéré ou insuffisamment mûr. fut rendu responsalile
de la pellagre. En réalité, ces affections semblent dues moins à une
inloxicaiion qu’à une insuffisance alimentaire.
Les acci lents provoqués par les céréales de mauvaise qualité,
communs aulref is, sont devenus fort rares par les progrès de
l'agrii-ulture. Ceux-ci ont constitué la meilleure prophylaxie En
outre, l’exclusion de^ grains moisis ou germés, le soin plus grand
pour la conservation des grains sains excluent bien des causes
d’altérations.
^Même, quand des difficultés temporaires obligent à consommer
des farines douteuses, quand les denrées, quelles qu’elles soient,
doivent passer dans l’alimentation, l’hygiène peut encore beaucoup
pour rendre les intoxications moins fréquentes et moins graves.
616
REVUE DES JOURNAUX'
La première règle est de supprimer tous les produits toxiques :
aluD, suKate de cuivre, borax, qui ne font que masquer, sans la
supprimer, l’altératibn. Ensuite il faut cuire beaucoup le pain; dans
les grosses miches, la température maxima au monient de la cuisson,
n’atteint pas 60 degrés à l’intérieur; son effet stérilisateur est tout
à fait insuffisant. Il vaut mieux enfin réduire au maximum la ration
alimentaire, chercher avant tout à conserver une qualité satisfai¬
sante que de donner des aliments plus abondants mais malsains.
Une intoxication, inconnue en Erance, mais ayant sévi dans
l’Afrique du Nord, le lathyrisme, produisant des troubles médullaires
graves, est due au mélange de gesse chiche h la farine de blé ou
d’orge, mélange volontaire, au cours des disettes.
F.-H. Renaut.
Consommation après stérilisation des viandes saisies, par M. Babrier,
inspecteur général des Écoles vétérinaires (Annalesd’hygiènepubiique,
2® semestre, 1917, p. 172).
Il y aurait grand intérêt, en ce moment, à restituer à la consom-
maiion, après épluchage et cuisson à l’eau bouillante, les viandes
retirées de la vente et offrant encore de bonnes qualités alibiles.
Il e.st évident que le cheptel s’userait moins vite, que la population
s’alimenterait moins parcimonieusement, si l’on économisait les
milliers de tonnes par lesquels se chiffrent les quantités de viandes
encore très mangeables que le Service vétérinaire sanitaire est obligé
de retirer de la consommation, en raison du danger qu’il y a de les
manipuler ou de les ingérer sans certaines précautions préalables.
Pour le seul département de la Seine, la quantité annuelle des
viandes de boucherie saisies approche de 400.000 kilogrammes.
La simple cuisson dans l’eau bouillante, prolongée pendant une
heure au moins, suffit à rendre inoffensifs les parasites, microbes
et toxines que peuvent renfermer les viandes saisies. La mise en
œuvre de cette pratique, sous le contrôle du vétérinaire, autorise à
réserver pour l’alimentation celles d’entre ces viandes qui po.«sèdent
encore de bonnes qualités alibiles.
Depuis longtemps, dans certains pays étrangers, l’assainissement
des viandes saisies fait partie du domaine de la pratique courante,
au grand avantage de la population et de la police sanitaire.
En droit strict, la vente des viandes saisies et rendues inoffensives
par la stérilisation devrait être libre, sous la seule condition que la
dépréciation résultant de l’opération ne soit pas dissimulée à
l’acheteur. Mais, dans la pratique, on devine que l’absence de con¬
trôle conduirait à de graves abus.
Il faut que l’autorité administrative puisse garantir au public
l’efficacité de l’assainissement, effectué à l’abattoir même, sous la
responsabilité du service sanii aire. 11 convient, en outre, que l’ache¬
teur soit exactement renseigné sur la nature de la denrée alimentaire
offerte, qu’il sache où il pourra s’approvisionner, qu’i) ne soit pas
REVUE DES JOURNAUX 617
frauduleusement exposé à la consommer, à son insu, au prix de la
viande non dépréciée. De plus, la marchandise doit être cédée
directement au consommateur, en quantité limitée, et à l’exclusion
des revendeurs. Il est souhaitable, enfin, que les municipalités ne
soient pas portées à tirer des ressources spéciales de la vente de
ces viandes qui, bien que saisies; continuent à appartenir à leurs
propriétaires. Toutes ces exigences peuvent être aisément et écouo-
miquènient satisfaites dans chaque abattoir public.
Offrir des viandes provenant d’animaux tuberculeux peut appa¬
raître à certains comme une offense aux devoirs sociaux. Et cepen¬
dant, journellement, une nombreuse clientèle consomme, sous
l’estampille de l’inspection sanitaire, des viandes provenant de
milliers d’animaux tuberculeux, dont certaines parties ont été préa¬
lablement éliminées par saisies partielles. D’autre part, des viandes
de dernière qualité, sur la limite, sont vendues sur les marchés
forains de certains quartiers excentriques. Les viandes de qualité
très inférieure trouvent donc toujours preneur.
En période de guerre, dans les circonstances actuelles de restric¬
tion et de cherté, les pouvoirs publics ont l’obligation supérieure de
réserver d’office à l’alimentation celles des viandes saisies qu’on
peut rendre inoffensives par une coction suffisante et de ne laisser
livrer à l’équarrissage que celles impossibles à assainir sûrement.
Aussi, le Conseil d’hygiène publique et de salubrité de la Seine a
adopté, dans sa séance du 27 avril 1917, un vœu dans ce sens,
répondant aux nécessités de la situation présente.
F.-H. Renaut.
Ricerche sulla flora batterica intestinale dei pesci (Recherches sur
la flore bactérienne' de l’intestin des poissons), par le D’’ A. Azzi
(Annali d'igiene, 1917, p. 372).
Depuis quelque temps, la flore bactérienne de la mer a été étudiée
par de nombreux observateurs, qui ont décrit des espèces tout à fait
spéciales ces bactéries ont été trouvées non seulement à la surface
et près des côtes, mais aussi à de grandes profondeurs en plein'
Océan. Des recherches ont été faites sur la flore bactérienne de
l’intestin de certains poissons, et surtout du hareng, à l’occasion
d’intoxication alimentaire et de putréfaction rapide.
Azzi a étudié le contenu intestinal du Scyllium stellare, poisson
assez commun dans les eaux du golfe de Naples ; il expose la tech¬
nique suivie et les différents milieux de culture employés ; des fèces
de nombreux poissons sacrifiés, il a pu isoler 31 variétés de
germes, dont il décrit les caractères fondamentaux et la façon de
se comporter à l’égard de diverses solutions d’hydrates de carbone.
Les types se répartissent en coccus et en bacilles, isolés tantôt en
été, tantôt en hiver, d’autres à une époque quelconque de l’année.
Aucun de ces germes n’est comparable aux espèces de la flore bacté¬
rienne de l’intestin de l’homme et des animaux ; les formes étudiées
REVUK DES JOURNAUX
618
n’ont que de rares points de similitude avec les germes marins déjà
mentionnés par certains auteurs. F.-H. ReNaut.
L'acuité visuelle professionnelle du soldat, par M. lé P' K. Ginkstous,
lauréat de l'Institut et de l’Âcadémie de Médecine, médecin aide-
major de la® classe de l’armée territoriale, médecin-chef du service
d’ophtalmologie de la Place et du Secteur «l'Angers {Le Caducée,
1917, p. 122).
Les limites d’aptitude visuelle pour le service militaire ont subi,
depuis la mobilisation, une évolution rationnelle commandée
par la nécessité d’incorporer dans l’armée toutes les forces disponi¬
bles et utilisables. La limite supérieurp de la myopie a été él<-vée
de 7 à 8 dioptries. La correction de l'astigmaiisme par les verres
convexes est devenu réglementaire ; l’utilisation des vei res cylin¬
driques simples et des sphéno-cylindriques a été introduite d«ns
les services militaires d’ophtalmologie. Ces réformes heureuses ont
permis dp récupérer un nombre d’anciens exemptés ou «le réfor¬
més qui ne s’écarte guère, s’il ne le dépasse pas, du chiffre
de 20.000.
La notion de l’acuité visuelle n’a pas été modifiée; elle était
fixée à 1/2 de l’œil le meilleur et à 1/10 de l’œil le plus mauvais
pour le service armé; à 1/4 et 1/10 pour le service auxiliaire; la
limite de l’acuité visuelle compatible avec le service armé a été
abaissée à 1/20. L’utilisation dans les services auxiliaires de tous les
borgnes, sans difformité apparente avec prothèse oculaire, a été
ultérieurement autorisée.
Le règlement d'aptitude physique semble ne ti-nir compte
que de l’acuité visuelle physiologique à l'exclusion de l’acuité
visuelle professionnelle. Or', dans la pratique, la notion de l’acuité
visuelle pro^ssionnelle tend à se substituer de plu.' en plus à la
notion de l’acuité visuelle physiologique. Si celte dernière renseigne
sur l’état de la vision centrale, l’autre fixe sur l’aptitude à l’exer¬
cice d’une profession déterminée. Entre les deux, il n’y a pas
toncordance : les limites de l’acuité visuelle 'professionnelle sont
plus étroites que les limites de l’acuité visuelle phy.>«ioloyique, et
ce> limites sont infiniment variables avec le> différents métiers.
Pour le service militaire, le règlement néglige deux éléments
importants d’aporéCiation : l’affectation de l’hnmmeet l’acuité visuelle
binoculaire. 11 est dit, il est vrai, que toutei» b s armes ou services
ne nécessitent pas des aptitudes identiqu-s, puisque leurs attriiiu-
tions diffèrent et que l’autorité militaire répartit les hommes
conformément à leurs aptitudes et aux divers besoins. Mais ces
prescriptions denneurent le plus souvent théoriques, saut pour la
taille, le poids, la marche. A part l’aéronautique, où l’indication
est obligatoire, il n'est guère fait état de l’acuité visuelle pour
l’affectation de l’homme.
La fonction binoculaire nécessite un minimum d’acuité visuelle
REVUE DES JOURNAUX C19
de 1/5; si elle doit être considérée nomme une condiüon nécessaire
au service armé, le miidmura réglementaire de .1/2 pour un œil et
de 1/20 pour l'autre .est insuffisant, par contre, les exemptés pour
acuité de 1/5 de chaque œil se trouvent, par rapport « la percep¬
tion biiioculaire, dans de.» con>iitions meilleures. Cela démontre
que les conditions purement physiologiques d’acuité visuelle, qui
subsistent dans la réglementation actuelle, ne correspondent plus
aux conceptions scientifiques modernes.
Il est certain que raccoinplissemeiit du service .militaire ne néces¬
site pas, dans tohtes les alTectaiions, les'mêmes aptitudes visuelles.
Chacun devrait être utilisé suivant la capacité visuelle et selon la
classification suivante : acuité visuelle excellente, aéronauti (Ue,
pointeurs, observateurs, éclaireurs ; acuité visuelle supérieure,
artillerie, cavalerie; acuité visuelle ordinaire, troupes de rang,
infanterie, adcuinistratiou ; acuité visuelle inférieure, services
auxiliaires avec répartition dans les différents emplois d’après
l’indice visuel.
Chaque hotnme avait son coefficient visuel, facile à établir lors
de l’incorporation. La valeur de ce coefficient serait fixée pour
chaque catégorie, et chacun recevrait ainsi, par rapport à sa
capacité d’acuité visuelle, une meilleure utilisation.
F.-H. Renaut.
La àüinfezione df.i libri, per il dottor Mario Ragazzi {La îgiene délia
scueta, U®* 84, 85, 86', Genova,' 1917).
La question de la désinfection des livres est à l’étude depuis une
vingtaine d’années, alors que la transmission de certaines maladies
infectieuses a éié considérée comme possible, à la suite de la raani-,
pulntipn de volumes, mis à la disposition de convalescents ou
d’hospitalisés.
L’auteur donne un résumé des principaux travaux publiés sur la
matière, qui est mise au point par cet abondant exposé dont la biblio¬
graphie énumère cinquante sources, puisées dans 1rs meilleurs pério¬
diques italien» et étrangers.
La d<^siufection des livres constitue un problème assez complexe
en raison de la fragilité des diverses parties constituantes, papier,
impression, reliure, qui doivent être stérilisées par des agents de
pénétration sans subir d’altérations dans leur contexture.
Ragazzi, après avoir cité les différents procédés de désinfection
préconisés par les hygiénistes, mentionne les résultats de ses expé¬
riences personnelles sur 1 emploi de la formaldéhyde à l’égard de
divers germes susceptible» d'être déposés à l’intérieur des livres par
des malades et termine son mémoire par les con»idérations sui¬
vantes..
La vapeur d’eau, à 100“ ou sous pression-, est le moyen le plus
absolu pour détruire les micro-organismes; mais il ne peut être
appliqué aux livres reliés, ni répété souvent aux livres brochés; H
620
REVÜE DES JOURNAUX
exiae en outrp une installation qui ne peut être réalisée que dans
les bibliothèques importantes.
L’air chaud, sec ou humide^ donne des résultats incer^ins et
endoralmage les volumes; un temps assez long est en outre néces¬
saire, il faut des appareils spéciaux dispendieux; à défaut, il. y a des
dangers d’incendie pour atteindre la température de 70 à 80“.
Le mélange de vapeurs d’eau et d’alcool offre les mêmes incon¬
vénients,’ les mélanges gazeux, soufre, chlore, vapeurs nitreuses,
sont également dangereuses pour les opérateurs et pour les objets
soumis à leur action, d’autant plus que la désinfection reste incer¬
taine.
La formaldéhyde est l’agent qui réunit à une efficacité suffisante
une simplicité d’exécution qui permet de répéter l'opération autant
qu’il est nécessaire, sans altérer les livres, en réunissant des condi¬
tions favorables de temps et de fonctionnement, partout où cela est
nécessaire, en raison de la facilité d’installation de l’appareillage.
^ , F.-H. Renaut.
L'épuration des eaux d'égout, de décantation [dème civil, 1917, p. 168).
La station d’épuration installée à Mont-Mesly (près Créteil) pour
traiter par la méthode bactérienne les eaux des égouts de la région
située sur'la.rive>gauche de la Seine, en amont de Paris, est actuel¬
lement la plus importante de son genre en France. Le Génie Civil
en a donné une courte description eu 1911 *. Elle peut purifier 20 à
22 000 mètres cubes d’eau par jour, et des travaux sont en cours
pour porter ce volume à 32.000 mètres cubes en temps sec et à
44.000 mètres cubes en temps de pluie modérée, avec un maximum
horaire possible en cas d’orage de 3.060 mètres cubes, correspon¬
dant à- 73.400 mètres cubes par jour. <
Mais, si considérable que soit déjà par lui-même cet établisse¬
ment, il est surtout intéressant parce qu’il représente, en outre, une
expérience d" une très grande amplitude, entreprise dans le but d’en
étendre les résultats, s’ils étaient satisfaisants, à l’épuration des
eaux usées de toute la banlieue du département de la Seine, dont
le volume journalier est^valué à 400.000 mètres cubes '.
Chargé de l’exploitation de celle station et, pour partie, de l’étude
de l’extension du procédé à tout le département, M. Verrière, ingé¬
nieur des Ponts et Chaussées détaché au service de la Ville de Paris,
a été naturellement conduit à faire des expérjences nombreuses et
prolongées sur les moyens d’améliorer le fonctionnement d’un éta¬
blissement de ce genre et d’en réduire les dépenses de construction
1. Voir le Génie Civil du 4 mars 1911 (t. LVIII, n“ 18, p. 361).
2. L’instruction de ce projet touchait à sa fin avant la guerre et, en
juillet 1914, le Conseil général du département de la Seiue avait approuvé
le projet dans une limite de dépenses de 72.500.000 francs, à couvrir par
un emprunt spécial.
REVUE DES JOURNAUX
et d’exploitation au minimum compatible avec les exigences de
l’hygiène, exigences naturellement très grandes aux abords d’une
grande ville comme Paris.
Ces expériences ont été de deux sortes bien différentes, corres¬
pondant aux deux grandes diyisions à faire dans le processus de
l’épuration biologique, qui sont : .
1» L’élimination des matières en suspension dans l’eau, ou décan¬
tation ;
2” L’élimination ou la transformation des matières dissoutes.
L’examen des résultats de ces études et de ces expériences en ce
qui concerne la décantation des eaux d’égout a fait l’objet, de la
part de M. Verrière, d’un très important rapport qui n’occupe pas
moins de 145 pages dans les Annales des Ponts et Chaussées (1-1917).
Cet examen l’amène, d’ailleurs, tout naturellement : d’une part, à
exposer au sujet de la décantation les essais de théorie auxquels il
s’est arrêté, mais en ne leur attribuant qu’un caractère provisoire;
d’autre part, à passer en revue diverses solutions imaginées pour
séparer de l'eau les matières en suspension, et enfin à exposer dans
quelle mesure la décantation des eaux d'égout est nécessaire.
La conclusion d’un pareil travail, qui contient un grand nombre
de renseignements sur le traitement des eaux d’égout, ne saurait
être fixée en quelques lignes. Disons seulement que M. Verrière-
estime qu’il résulte de ses recherches que la nécessité de la décan-
tatioÈL existe toutes les fois qu’on ne péut écouler l’eau brute. Tan¬
tôt la décantation est seule indispensable, tantôt elle doit être
complétée par l’égouttage sur lits biologiques, à moins qu’on ne
choisisse le traitement par épandage.
Dans le cas du traitement biologique, la décantation sera suffi¬
sante si elle fournit un effluent à teneur limite de 60 milligrammes.
Une eau remplissant cette condition n’encrassqra que lentement
les lits de mâchefer où l’on traitera les matières dissoutes, et il sera
sans doute plus économique de se résigner à cet inconvénient que
de chercher à pousser plus loin la séparation des matières, par une
surdécantation dont l’auteur a montré les difficultés et le prix élevé.
Si l’on traite les eaux par épandage, on pourra se dispenser de
décantation préalable. Cependant, une telle opération pourra êtrç
avantageuse, car la dépense qu’elle entraînera aura comme contre¬
partie de permettre d’augmenter beaucoup la dose d’eau envoyée
sur les champs d’irrigation et de diminuer en proportion les dépenses
d’acquisition de ces champs.
622
VARIÉTÉS
VARIÉTÉS
SORTJE
DES MALADES COiNTAGIEUX DES FORMATIONS SANITAIRES
M. le sous-secrélàire d’État dù Service de Santé militaire
appelle, par la circulaire que noùs reproduisons ci -après, l’attention
sur les précautions et les mesures à prendre à l’égard de la sortie
des malades contagieux des formations sanitaires :
Les événements actuels imposent plus impérieusement que
jamais, à tous et en toutes circonstances, l’observation la plus
étroite des règles de l’hygiène et de la discipline hospitalières.
Indispensable en tout temps et d’application nécessaire à tous les
malades en traitement dans les établissements hospitaliers civils
ou militaires, cette discipline s’impose d’une manière encore plus
absolué quand il s’agit de malades contauieux, dont l’isolement
rigoureux à l’hôpital, prolongé aussi longtemps que la nature de chaque
maladie le rend' nécessaire, est l’a base fondamentale de toute pro¬
phylaxie.
En conséquence, il ne saurait être à aucun moment question,
quelles que soient les circonstances exceptionnelles ou jugées
telles, de laisser à l’initiative ou à l’appréciation des intéressés ou
de leurs familles, le soin- de décider à quelle date et dans quelles
conditions les malades contagieux pourront sortir de l’hôpiial. Il y
a lieu de défendre contre èux-mêmes et, avec eux, la collectivité,
ceux qui, par négligence ou par méconnaissance des règlements, se
feraient des propagateurs de contagion. Tolérées par faiblesse ou
par fausse sentimentalité, ces infractions à l’hygiène constitueraient
un vériiable danger public.
La sortie d’un malade contagieux, de l’hôpital civil ou militaire
dans lequel il èst en traitement, ne peut être décidée que par l’auto¬
rité compétente pour la prononcer et sur constatation certaine,
dûment établie par les moyens d'investigation classiques, que le
retour du malade dans le groupe civil ou militaire dont il fait partie
ne constitue pour ce groupe aucun danger de contagion.
L’autorité qui prononce ou approuve la sortie est responsable de
la décision prise.
11 importe d’ailleurs de rappeler au public que les malades atteints
de 'maladies contagieuses sont dangereux pour les sujets vivant à
leur contact, non seulement pendant la phase aiguë de leur maladie,
mais encore au décours de celle-ci et durant la période dite de con-
VARIÉTÉS
623
valescence, pendant un temps plus ou moins long, d’ailleurs variable
pour chaque mala lie, après la disparition des symptômes aigus.
Les prescriptions ci-dessus s’appliquent donc aux côntagieux en
période d'état et aux convalescents encore susceptibles de diffuser
la contagion; pour ces derniers, la durée de l’i>olement après la
guérison appnrente sera ûxée d’après les règlements en vigueur.
Qu’il s’agisse des malades proprement dits ou des convalescents,
si des circonstances particulières — dont, en aucun cas, les intéressés
ne peuvent êt'C jugi s — rendaient nécessaires les mesures d’excep¬
tion, telles que transfert des malades d’une salle à une autre ou d’un
pavillon dans un autre, évacuation sur un autre hôpital, etc., ces
mesures ne pourront être prises que sur l’ordiè de l’autorité norma¬
lement responsable de la discipline de l’iiôpital, au moment où vient
à se produire la circonstance exceptionnelle motivant une telle
décision. Sauf le cas de force majeure, l’avis du fervice médical de
garde dans rétablissement sera préalablement sollicité.
Le directeur de l'administration générale de l’Assistance publique
à Paris, les présidents et les membres des Commissions adminis¬
tratives des hospices, les directeurs du Service de Santé des régions
veilleront d’une manière rigoureuse à l’exécution intégrale des
présentes instructions.
LA LUTTE CONTRE LES GAZ ET L’HYPÉRITE
M. le sous-secrétaire d’Etat du Service de Santé militaire vient
d'inaugurer, au Val-de-Grâce, la première section de lavage et de
désinfection pour les hommes atteints par l’hypéfite.
Ces sections de lavage et de désinfection ont été constituées pour
lutter d'une façon efflcacé contre les gaz, et notamment contre
l’hypérite, que les Allemands emploient très souvent.
Ces groupes de désinfection ont pour but de faire de la prophy¬
laxie, c’est-à-dire d'empêcher, dans la mesure du possible, les
soldats atteints de souffrir des douloureuses conséquences de l’at¬
taque par les gaz. Si les gazés sont douchés et soignés dans les trois
hKires qui suivent uné émission de gaz ennemis, on peut consi¬
dérer, d’une manière générale, qu’il seront à l’abri de toute com¬
plication ultérieure.
Chaque groupe pour la désinfection des vêtements et le douchage
des hypérilés est mobile. Il sè compose d’un camion automobile et
d’une remorque. Le camion transporte la tente, l’installation des
parquets mobiles et autres accessoires. La remorque se compose
d’une étuve pour la désinfection des vêtements, et le montage de
l’installation lomplète peut se faire avec une grande rapidité.
62i
VARIÉTÉS
Quelques hommes de la section d’hyf-iène corporelle ont, ce matin,
monté l’installation des douches et mis sous pression l’étuve en
moins d’une’ heure et quart.
Le fonctionnement est des plus simples : Les hommes arrivent
dans une partie de la tente séparée de l’installation des douches.
Ils se déshabillent ; leurs vêtements sont passés dans les appareils
de ‘désinfection; eux-mêmes sont douchés et reprennent à la sortie
leurs linge et habits qui sont débarrassés de toute trace d’hypérite.
Une seule de ces installations peut traiter 100 hommes par heure,
et les appareils de désinfection peuvent traiter 40 filets complets
contenant les vêtements des soldats; 40 hommes peuvent passera la
fois à la douche.
C’est à M. Louis Mourier, sous-secrétaire d’État au Service de
Santé, que l’on doit cet ingénieux et nouveau traitement. Le 29 juil¬
let, il à demandé au service compétent de réaliser ces installations
nouvelles, et les ateliers généraux du Service de Santé ont réussi à
mettre sur pied ce groupe de désinfection et de lavage en moins
d’un mois et demi.
La première section de lavage et de désinfection part ce soir
même pour le front, dans la ...” armée. Le programme du Service
de Santé consiste à munir chaque division d’un de ces groupes
mobiles.
Paris. —_h. Maretheüx, imprir
Le Gérant : Pierre .Auoer.
REVUE
D’HYGIÈNE
ET DE
POLICE SANITAIRE
BULLETIN
TUBERCULOSE ET PUBLICITÉ MURALE
Du fait de la guerre, la tuberculose, un peu partout, a fait
des progrès notables.
Cette recrudescence de la maladie, en notre pays déjà si
éprouvé, est particulièrement angoissante.
Aussi, de tous côtés, s’emploie-t-on activement à combattre
le mal et à en limiter les conséquences funestes.
De tels efforts, du reste, n’auront pas été vains, et, dès à
présent, nous nous trouvons en droit d’espérer que de l’excès
même du mal sortira peut-être le salut.
Naguère encore à peu près inexistante, la lutte antitubercu¬
leuse a subi chez nous, en ces derniers mois, une transformation
des plus heureuses. De nouveaux facteurs sont entrés en jeu
pour l’entreprendre.
En particulier, les pouvoirs publics ont compris que dans une
question si importante et qui touche à la vie même de la nation,
l’indifférence n’était plus permise; qu’il était inadmissible de
compter pour la résoudre sur les seules initiatives privées;
qu’il y avait lieu, enfin, de créer sur des bases solides une
organisation antituberculeuse, judicieusement et méthodi¬
quement organisée, seule susceptible de faire reculer le fléau
et d’en réduire la menace.
Et c’est ainsi qu’en ces derniers mois se sont successivement
626
D-^ G. VITOÜX
constitués le Comité national et les Comités départementaux,
avec leur organisation d’infirmières visiteuses et de dispen¬
saires, qui rendent dès à présent dé si grands services, et que
le législateur, sur la proposition de MM. André Honnorat et
Fernand Merlin, députés, va se voir prochainement appelé à
examiner une proposition de loi « tendant à instituer des sana¬
toriums spécialement destinés au traitement de la tuberculose
pulmonaire et à fixer les conditions d’entretien des malades
dans ces établissements. »
Aussi ne saurait-on admettre que de tels etforts soient
entravés et rendus plus ou moins complètement stériles, pour
le seul bénéfice de quelques exploiteurs des misères humaines.
Mais, c’est là justement ce qui menace de se produire, si l’on
n’y prend garde et si l’autorité n’y met ordre rapidement.
A l’heure présente, en eÇet, et depuis déjà quelques semaines,
les malades tuberculeux, à Paris en particulier, mais certai¬
nement aussi ailleurs, sont mis en coupe réglée par quelques
médecins marrons, vraisemblablement associés à quelques
spéculateurs éhontés.
L’affaire, du reste, a été menée habilement.
Au cours de ces derniers mois, dans un journal parisien,
parurent de nombreux articles, tous employés à vanter les
mérites d’une méthode nouvelle de traitement de la tuber¬
culose.
Cette méthode, proposée paraît-il par un savant italien, et
qui utilise simplement et uniquement des injections de saccha-
rosei transformerait avec une rapidité extrême l’état des
malades dont elle amènerait la guérison clinique en un temps
remarquablement court.
On ne pouvait, en vérité, imaginer rien de plus séduisant et
de plus propre à capter la confiance des malades. Aussi, bien
que jusqu’ici les articles en question n’aient jamais procédé
que par affirmation, qu’ils n’aient jamais reproduit une seule
observation contrôlée, ils n’ont pas laissé de produire dans le
public une réelle émotion.
Celle-ci, est-il besoin de le dire, a été sa^^mment et bruta¬
lement exploitée.
Des cliniques spéciales se sont organisées, avec pignon sur
rue, et leurs tenanciers recourent sans vergogne à la publicité
la plus active.
C’est ainsi que, depuis quelques semaines, nous voyons
s’étaler sur tous les murs de grandes affiches multicolores
annonçant à tous que désorm.ais la tuberculose est détiniti-
TUBERCULOSE ET PUBLICITÉ MURALE
Trement vaincue, grâce au traitement par la saccharose du
professeur italien, que la guérison des tuberculeux est assurée,
quel que soit le degré de la maladie et quelle qu’en soit la
imodalité .
Mais ce n’est pas tout !
L’affiche ne suffit pas.
Ou recourt encore aux circulaires adressées à domicile par
‘la poste, si bien qu’actuellement tous les réformés de la guerre
pour tuberculose, en particulier, reçoiyent, par lettre affranchie
à quinze centimes, des propositions de traitement à prix réduit
^et avec facilités de paiement.
Or, les prix soi-disant réduits demandés pour un traitement
varient, suivant les cas, entre 100 et 300 francs.
A ce tarif, même au prix où est actuellement le sucre, on voit
•qu’il reste un bénéfice appréciable à l’entrepreneur du trai¬
tement.
Telle est la situation !
Il s’est produit en somme pour la tuberculose ce que nous
avons vu également se produire pour les affections'vénériennes.
Ces dernières, encore et toujours du fait de la guerre, ont été
multipliées à l’excès.
Les médecins soi-disant spécialistes, accoutumés à exploiter
la clientèle des malheureuses victimes de Vénus et à spéculer
communément sur le sentiment de pudeur mal placée qui
pousse trop souvent celles-ci à délaisser en pareille occurrence
leur médecin habituel, ont accru leur réclame sans mesure, si
bien que, reléguées naguère encore dans l’ombre -des urinoirs,
leurs affiches aujourd’hui s’étalent à foison sur tous les murs,
que leurs réclames sans vergogne envahissent la quatrième
page de tous les quotidiens, offusquant les regards de nos
femmes et de nos filles, et sollicitant de la plus regrettable et
de la plus dangereuse façon les malades apeurés.
Afin de mettre un terme à toutes ces ignominies, pour
s’opposer à ces véritables escroqueries accompliés jusqu’ici
impunément soiis le regard bienveillant de l’autorité, pour
protéger l’avenir de la race doublement menacée par les
progrès de la tuberculose et par ceux non moins effrayants des
afléclions vénériennes, ne se Irouvera-t-il pas quelqu’un ayant
le courage et la volonté de parler haut et net?
En ce temps où les moindres économies de papier sont si
précieuses, qu’on va jusqu’à rationner les journaux et limiter
leur développement, ne se trouvera-t-il point un député, un
sénateur, un ministre, pour demander d’urgence au Parlôment
628
D' NAVAHRE
l’arme qui fait défaut aujourd’hui pour accomplir l’œuvre de
salubrité nécessaire, c’est-à-dire la loi rendant désormais
impossible toute cetle publicité malsaine, la loi obligeant enfin
le médecin sans pudeur — il s’en trouve hélas, quelques-uns —
à ne plus trafiquer impudemment, de son diplôme, à respecter,
qu’il le veuille ou non, le traditionnel et magnifique serment
d’Hippocrate, qui constitue notre charte?...
D' G, ViTOOx.
MÉMOIRES
CRÉATION
d’un
MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE ‘
par M. le D' NAVARRE, député.
Dès la seconde année des hostilités, notre honorable collègue
et ami M. Paul Constans déposait, en son nom et au nom de
plusieurs de ses collègues,' une proposition de loi comportant
l’article unique suivant :
« Il est , créé un Ministère de la Santé publique.
« Tous les services de santé civile et militaire, d’assistance
et d’hygiène publiques sont placés sous la direction de ce
service. »
Les quelques lignes ci-dessous résumaient l’exposé des
motifs de cetle proposition de loi :
« Nous ne voulons pas faire le procès de l’organisation sani¬
taire de l’armée ; elle a soulevé de nombreuses critiques, mais
il n’est pas l’heure d’insister sur ses défauts.
« Nous voulons prendre la question plus haut. En ce moment
1. Rapport fait à la Chambre des députés au nom de la Commission
de l’Hygiène publique chargée d’examiner la proposition de loi de
M. Paul Constans (Allier) et de plusieurs de ses collègues (31 oclobre
CKÉAÏION D’UN MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE 629
la médecine militaire, les initiatives .médicales organisées et
privées, la médecine civile, l’assistance publique' et toutes les
œuvres ont une seule et même orientation, qui est de réparer le
plus vite et le mieux possible les terribles effets de la guerre
que nous supportons. Tout cet effort ayant une seule tendance,
pourquoi n’a-t-il pas l’unité de direction? Actuellement, toute
la médecine est militarisée en France, ou peu s’en faut ; la
plupart des médecins civils sont à l’armée, les hôpitaux sont
pleins de soldats, les Croix-Rouges sont militarisées : tout cet
immense barrage contre la mort, la maladie et l’infirmité
devrait avoir, dès maintenant, la forme ministérialisée, comme
tant d’autres services nationaux. »
Quelques semaines plus lard, à la suite de noire interpella¬
tion sur l’organisation et le fonctionnement du service de
santé, il fut créé, au Ministère de la Guerre, un Sous-Secrétariat
d’Élat du service de santé militaire.
Cette création apportait une sanction nécessaire à nos cri¬
tiques et à celles que la Commission d’hygiène publique avait
formulées dans son rapport général du 27 avril 1915, mais
était loin de constituer l’organisme indispensable dans lequel
devraient être centralisés tous les services d’hygiène publique,
de médecine civile et militaire d’assistance publique, ainsi que
toutes les œuvres d’initiative privée créées en vue de réparer,
pendant et après la fin des hostilités, les terribles effets de la
guerre mondiale.
La coordination de tous ces efforts est la condition première
de leur efficacité et de leur plein rendement. Pour arriver à ce
résultat, toutes ' les cèuvres intéressant la santé publique
devraient être réunies dans les mêmes mains et recevoir la
même impulsion.
D’ailleurs, la question n’est pas nouvelle, elle a été agitée
maintes et maintes fois, surtout au cours de l’élaboration de
notre législation sanitaire et depuis la promulgation de la loi
du 15 février 1902 sur la protection de la santé publique. Elle
a pris une orientation plus précise encore au fur et à mesure
qu’ont été édictées celles de nos lois sociales qui touchent plus
directement l’hygiène publique et la vie nationale.
Elle s’est imposée de nouveau à l’attention publique au len¬
demain de la promulgation de la loi sur l’institution de dis-
639
Dr NAVARRE
pensaires d’^giène sociale et de préservation antitubercu¬
leuse.
Il y a plus de vingt ans que notre regretté collègue et ami
Édouard Vaillant avait pris l’initiative de déposer, en son nom-
et au nom doses collègues du groupe socialiste, une proposi¬
tion de loi tendant à la création d'un Ministère du Travail, de
l’Hygiène et de l’Assistance publique.
Un an avant l’ouverture des hostilités, M. Mirman, alors
directeur de l’Assistance et de l’Hygiène publiques au Ministère
de l’Intérieur, chargé de faire un rapporteur ce sujet parla
Sous^Commission sofciale (section de la Commission dé la
dépopulation), concluait à la constitution d’un Ministère de
l’Hygièn'fe, de la Prévoyance et de l’Assistance sociales.
Ses conclusions étaient appuyées par des considérants qu’il
est utile de rappeler ici, parce qu’ils n’ont rien perdu de leur
valeur ni de leur actualité et que leur puissance se trouve encore
accrue par la leçon des événements :
«. Considérant que les services de l’hygiène publique sont
actuellement dispersés — et sans compter les Colonies, la
Guerre et la Marine — entre cinq Ministères et plus de dix
directions ;
« Que dans chacun de ces Ministères ils constituent des ser¬
vices accessoires et secondaires ;
« Que dans un grand pays, où la natalité décroît et où la
mortalité reste supérieure à celle de grandes nations voisines,,
il est indispensable qu’un membre du Gouvernement ait,,
devant le Parlement et devant la nation, la responsabilité dé
l’hygiène et de la santé publique ;
« Que, sans augmenterd’une unité le nombre des Ministères
et des directions actuelles, et par un autre aménagement des
services administratifs, il serait possible de constituer un
ministère de l’Hygiène, de la Prévoyance et de l’Assistance
sociales, où serait notamment concentré tout ce qui concerne
l’hygiène générale et l’hygiène alimentaire, l’hygiène de l’habi¬
tation et dés ateliers, de l’école et des établissements hospita¬
liers i
« Que, s’agissant de la lutte ou contre la mortalité infantile
ou contre la tuberculose, ce ministre, ayant, réunis sous la
main, les divers modes d’action, pourrait les mettre en jeu
CRÉATION D’UN MINISTERE DE LA SANTÉ PUBLIQUE 631
avec méthode et faire converger tous ces efforts vers un même
but;
« Que, placé à ce poste, il ne pourrait point, dans les conseils
du Gouvernement, ne pas rappeler en toute circonstance la
nécessité de la lutte à entreprendre pour enrayer l’alcoolisme;
« Que, par son action personnelle à Paris et en province, il
> entretiendrait et stimulerait la bonne volonté d’action des pré¬
fets, des municipalités et des œuvres privées ;
h Que cette concentration est nécessaire pour instaurer upe
méthode d’action vraiment rationnelle et féconde;
«■•Que cette réforme est, au point de vue de l’amélioration de
l’hygiène publique en France, en même temps la plus simple
et la plus urgente, que d’elle découleront nécessairement les
autres réformes indispensables, notamment en ce qui concerne
lés services d’inspection départementaux.
« Signale aux pouvoirs publics le haut intérêt qui s’attache¬
rait à ce qu’elle fût réalisée dans le plus bref délai. »
Dans sa séance du 25 juin 1913, la troisième section de la
Sous-Commission sociale a substitué, après discussion, au vœu
présenté par M. Mirman, le vœu suivant qui, tout en passant
sous silence la création d’un Ministère de l’hygiène publique,
considère que tous les dossiers qui s’y rattachent devraient
être réunis dans les mêmes mains.
« La Commission,
« Considérant que les services de l’hygiène publique sont
actuellement dispersés entre plusieurs Ministères, à titre, en
quelque sorte, de services accessoires et secondaires ;
« Estimant, d’autre part, que, dans un grand pays où la
natalité décroît et où la mortalité reste supérieure à celle des
nations voisines, il est indispensable de donner aux services
d’hy^ène la cohésion et l’unité d’action qui permettront de
lutter efficacement contre tous les fléaux qui contribuent à la
dépopulation ;
« Préconise de'la manière la plus formelle la concentra¬
tion logique et rationnelle de tous les services de l’hygiène
publique. »
Plus récemment notre honorable collègue M. Jules-Louis
€32
D' NAVARRE
Breton est revenu, sur cette question dans une proposition de
loi qu’il déposait le 19 mai 1916.
« On a souvent réclamé, disait-il, l’institution d’un Ministère
de l’hygiène publique ; j’en suis pour ma part très partisan et
seule la craint.e de trop augmenter le nombre des Ministères
m’empêche de préconiser celte création dans ma proposition.
Mais il est en tout cas nécessaire d’attacher enfin à cette grave
question de l’hygiène toute l’importance quelle mérite et si
l’on maintenait ces services au Ministère de l’Intérieur il serait,
tout au moins, indispensable de prévoir un Sous-Secrétariat
d’État de l’Hygiène et de l’Assistance publiques. »
Un Sous-Secrétariat d’État ne changerait rien à la situation.
11 ne pourrait, en effet, exercer son action sur tous les services
d’hygiène, de médecine et d’assistance, éparpillés dans les
différents Ministères.
' Nous venons d’ailleurs d’en faire l’expérience. Il existe actuel¬
lement deux Sous-Secrétaires d’Étaf préposés à l’hygiène et à
la santé publiques : l’un au Ministère de la Guerre, l’autre au
Ministère de l’Intérieur. t
Le Sous-Secrétaire d’Élat à l’Intérieur, appelé à répondre le
25 octobre dernier à une interpellation sur l’épidémie de grippe
si meurtrière qui sévit actuellement sur toute la surface du
territoire, déclarait expressément qu’il était appelé à répondre
de la gestion de services qui ne sont pas placés sous son autorité.
Pour l’application des mesures de défense et de prophylaxie
qu’il jugeait nécessaires, il avait dû solliciter des concours
étrangers à son département ministériel. Les circulaires dont
il a donné lecture à la Chambre émanaient l’une du Sous-
Secrétaire d’État du service de santé militaire, la seconde du
Sous-Secrétaire d’État à la présidence du Conseil, et c’est en
vain que la Chambre chercha le ministre responsable.
L’incohérence et l’anarchie sont si flagrantes dans l'organi¬
sation et le fonctionnement des services intéressant la santé
publique, que, pour en atténuer les inconvénients, le Ministre
de l’Intérieur s’est vu contraint d’en appeler à l’autorité du
Président du Conseil pour remédier à une situation inquié¬
tante.
A cet effet, une conférence interministérielle a été tenue à la
présidence du Conseil. Tous les services touchant à la santé et
CUÉATION D ÜN MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE 633
à l’hygiène, actuellement disséminés dans cinq ministères, se
trouvèrent ainsi momentanément réunis pour examiner l’en¬
semble des besoins et les mesures à prendre- pour les satis¬
faire.
« A la suite de cette réunion, a déclaré l’honorable M. Albert
Favre, Sous-Secrétaire d’Élat à l’Intérieur, des instructions
nettes ont été adressées par M. le Président du Conseil non
seulement aux différents Départements ministériels, mais
encore directement aux commandants des régions et aux direc¬
teurs des services de santé. »
Pour arriver à ce résultat il a donc fallu réunir pour un
instant, entre les mains d’un seul, tous les rouages concourant
à la sauvegarde de la santé publique, et cela, au cours d’une
épidémie qui sévissait d’une façon intensive depuis plusieurs
semaines.
Sous la pressionjjdes événements, on peut dire que le minis¬
tère de la Santé publique s’est bien trouvé constitué, pour un
instant, sous l’autorité du Président du Conseil, Ministre de la
Guerre. '
Or, que propose à la Chambre la Commission d’hygiène ?
C’est de rendre permanente cette centralisation qui ne fut
qu’éphémère en créant un ministère dont la nécessité n’est plus
à démontrer.
M. Clemenceau, président du Conseil, aurait pu procéder à
cette création en prenant possession du pouvoir. Il a voulu
sans doute en laisser l’initiative au Parlement, car lorsqu’il
constitua son premier ministère, le 25 octobre 1906, il n’hésita
pas à instituer par simple décret le Ministère du Travail, dont
le premier titulaire fut M. Viviani. Une partie de l’ancienne
proposition Vaillant recevait ainsi satisfaction. A l’appui de
cette création d’un ministère nouveau par décret, le Président
du Conseil invoquait les précédents et l’absence de disposition
constitutionnelle limitant sur ce point le droit du pouvoir exé¬
cutif.
Je sais bien que notre collègue M. Charles Benoist faisait
remarquer, à cette occasion, dans une proposition de loi qu’il
déposait le 8 novembre 1906, que ces procédés étaient d’es¬
sence monarchique.
« La tradition constante du régime républicain, disait-il, est
Df NAVAKRE
634
tout le contraire : qu’on se reporte à la loi du 27 mai 1791, à la
Gônstitutio» de l’an III (art. 150), à la Constitution de 1848
(art. 66). Et la logique veut qu’il en soit ainsi. C’est, en effet,
dans la conception monarchique du Ministre « serviteur du
roi », et responsable devant lui seul, que se justifie Ja création
d’un Ministère par acte unilatéral du pouvoir exécutif. »
Et il proposait à la Chambre de décider « qu’à l’avenir les
Ministères et Sous-Secrétariats d’État ne, pourront être créés
que par une loi ». Nous croyons que sur la nécessité de créer
un Ministère de l’Hygiène, de. la Santé et de l’Assistance
publiques l’accord est fait d’avance, et nous demandons à la
Chambre d’user, en pareille matière, de son droit d’initiative
qui ne peut être contesté.
Le Ministère nouveau ne serait pas, à vrai dire, une création.
Il réaliserait simplement la concentralion.rationnelle des ser¬
vices d’hygiène dans un Département ministériel qualifié. H
réunirait sous la main d’un ministre responsable et compétent
tous les services aujourd’hui dispersés dans six ministères
différents, où ils sont considérés comme accessoires et secon¬
daires en raison de la place relativement restreinte qu’ils tien¬
nent dans les préoccupations des ministres et dans la nomen¬
clature des affaires qu’ils ont à traiter et à diriger.
Il suffit, pour former ce Ministère de la santé et de l’hy¬
giène publiques dont l'importance sera si considérable, d’aller
prendre là où ils sont actuellement disséminés les éléments
qui doivent le constituer, line s’agit donc pas deles créer, mais
de les rassembler et de les coordonner.
Examinons entre quels Départements ministériels les diffé¬
rents services qui lui reviennent logiquement sont actuelle¬
ment répartis.
Ministère de l’Intérieur.
Salubrité publique et hygiène générale.
Conseil supérieur d’hygiène publique de France. — Conseils
d’hygiène et commissions sanitaires. — Réglementation sani¬
taire communale. — Alimentation en eau potable et inciné¬
ration des matières usées. — Mesures relatives aux immeu-
CRÉATION D’UN MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE 63&
blés. — Hygiène alimçntâire. — Hygiène industrielle et pro*
fessionnelle. — Alcoolisme.
Eaux minérales : autorisation des sources; déclaration
d’intérêt public et. périmètre de protection; surveillance géné¬
rale et inspectiota médicale des établissemènts' thermaux.
Établissements thermaux de l’État : administration des thermes
d’Aix-les-Bains; contrôle des établissements affermés; com¬
missaires du Gouvernement près de ' ces établissements.
Admissions gratuites. Fabriques et dépôts d’eaux minérales.
Stations hydro-minérales et climatiques (loi du 13 avril 1910).
Exercice de la médecine et de la pharmacie. — Sérums,
substances vénéheuses, remèdes nouveaux. — Conventions
médicales internationales. — Statjstique du personnel médical
et pharmaceutique. — Recueils des actes officiels et documents
intéressant l’hygiène publique.
' Prophylaxie et épidémies. i
Bureaux municipaux d’hygiène. — Services départementaux
d’inspection et de contrôle. — Déclaration obligatoire. —
Services de la vaccine. — Services de la désinfection. —
Services des épidémies ; mesures extraordinaires (art. 8 de la loi
du 15 février 1902). — Comptes rendus dds services d’hygiène.
— Comptabilité des dépenses résultant de l’application de la
loi de 1902. — Service sanitaire maritime : application des
lois et règlements spéciaux; personnel et matériel du littoral,
médecins sanitaires maritimes. — Conventions internationales
sanitaires. — Prophylaxie de la tuberculose. — Laboratoirfr
du Conseil supérieur d’hygiène. — Statistique sanitaire de
France : établissement et publication. — Émigration, départ
des navires à émigrants, visite des navires, transport des
émigrants par terre et par mer (actuellement à la direction de
la Sôreté générale). — Subventions aux sociétés de sport, de
natation (actuellement à la direction de l’administration
départementale et communale). — Hygiène hospitalière,
répartition des fonds prélevés sur les jeux pour subventionner
les communes en vue de travaux d’assainissement (actuelle¬
ment à la direction du contrôle et de la comptabilité).
‘ L'assistance aux malades, infirmes, incurables) indigents.
D‘- NAVARRE
Assistance obligatoire aux vieillards, infirmes et incurables.
Assistance médicale gratuite.
Hôpitaux et hospices. — Création et réunion de ces établis¬
sements. — Organisation des services hospitaliers militaires
dans les hôpitaux civils. — Bureaux de bienfaisance. — Règle¬
ment des budgets des établissements de bienfaisance ayant
trois millions au moins de revenus ordinaires (loi du 3 avril
1884). — Expropriation pour cause d’utilité publique. —
Comptabilité. — Emprunts des établissements de bienfaisance
tombant sous l’application de l’article 119 de la loi du 5 avril
1884. — Dépôts de mendicité. — Monts-de-piété. — Legs et
donations aux établissements ci-dessus indiqués. — Subven¬
tions à des institutions de bienfaisance et d’assistance par le
travail et à des œuvres anti-alcooliques. — Secours d’extrême
urgence.
Le service de l'enfance.
Comprenant ;
Le service ie s enfants assistés :
Enfants placés sous la tutelle ou sous la protection de l’Assis¬
tance publique; application de la loi du 27 juin 1904 et des
lois des 24 juillet 1889 et 19 avril 1898. — Décisions relatives
aux tarifs des frais de séjour dans les hospices dépositaires. —
Décisions sur les contestations relatives au domicile de secours
des enfants. — Rapatriement des enfants assistés, r— Éduca¬
tion des pupilles difficiles ou vicieux; application de la loi du
27 juin 1904. — Dons et legs faits aux départements pour les
enfants assistés. — Règlement annuel des dépenses du service.
— Liquidation de la subvention de l'État.
La protection des enfants du premier âge.
Application de la loi du 23 décembre 1874. — Autorisation
des dépenses. — Vérification des comptes annuels. — Comité
supérieur de protection des enfants du premier âge. — Statis¬
tique.
Les œuvres en faveur de l'enfance.
Orphelinats, Sociétés protectrices de l’enfance, Sociétés d’as¬
sistance maternelle. Gouttes de lait et consultations de nourris¬
sons, Sociétés de patronage, crèches et garderies, dispensaires
tlREATlON D’UN MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE 637
pour enfants malades, etc. — Reconnaissance comme établis¬
sements d’utilité publique, statuts, règlements, dons et
legs, etc. — Contentieux. — Répartition du crédit de subven¬
tions aux œuvres d’assistance maternelle et dè protection des
enfants du premier âge. — Répartition du crédit de subven¬
tions aux œuvres de préservation de l’enfance contre la
tuberculose. — Application de la loi du 11 avril 1908 concer¬
nant la prostitution des mineurs. — Loi du 22 juillet 1912 sur
les tribunaux d’enfants. — Assistance aux familles nombreuses
(loi du 14 juillet 1913). — Assistance aux enfants en couches
(lois des 17 juin et 30 juillet 1913).
Les établissements nationaux de bienfaisance administrés
sous l' autorité immédiate du Ministre.
L’Institution nationale des jeunes aveugles. — L’Institution
nationale des sourds-muets, à Paris. — L’Institution nationale
des sourds-muets, à Chambéry. — L’Institution nationale des
sourdes-muettes, à Bordeaux. — L’Hospice national des
Quinze-Vingts. — La Clinique ophtalmologique.
Lès Asiles nationaux de Vincennes et du Vésinet.
Les Maisons annexes à Paris des Asiles nationaux de Vin¬
cennes et du Vésinet.
L’Asile national Vacassy. — La Maison nationale de Cha-
renton. — L’Administration et personnel de ces établissements.
— Bourses, pensions, admissions gratuites et à prix réduits. —
L’Asile de la Providence.
La Distribution du crédit réservé aux indigents sans domi¬
cile de secours ne bénéficiant pas de la loi du la juillet 1893,
ni de la loi du 14 juillet 190S.
Les Rapports avec les Compagnies de chemins de fer en ce
qui concerne les transports des aliénés, des enfants assistés et
des indigents admis à la clinique nationale des Quinze-Vingts,
en vue du remboursement des dépenses effectuées sur réqui¬
sitions.
Le Service des aliénés :
La Surveillance générale des établissements publics et privés.
— L’Organisation des concours pour le recrutement du per¬
sonnel médical. — L’Administration des asiles autonomes. —
€38
Df NAVARRE
Le Domicile de secours des aliénés. Les Sociétés de patro¬
nage. '
' Le Service des aveugles et sourds-muets :
Les Etablissements spéciaux. — Les Méthodes. d’éducation et
d’enseignement professionnels. — Les bourses dans ‘ces éta¬
blissements et dans les institutions d’anormaux et d’arriérés. —
Les Certificats d’aptitude pour l’enseignement des sourds-
muets. — Les Sociétés d’assistance, de placement et de
patronage.
Au Mimstère de l’Àgricultüre.
Mesures de protection contre la pollution des cOurs d’eau non
navigables et des nappes souterraines. — Suppression des
étangs insalubres. — Assainissement des terres humides et
insalubres. — Captage et utilisation des sources. — Déclaration
d’utilité publique des captages de sources et des dérivations
projetées par les communes. — Répartition entre les communes
du prélèvement spécial de 1 0/0 sur le Pari Mutuel.
Direction des services sanitaires et scientifiques et de la répression
des fraudes.
Services sanitaires des animaux domestiques.
Comité consultatif des épizooties. — Législation et police
sanitaire sur les maladies contagieuses du bétail. — Service
des épizooties. — Contrôle des renseignements fournis par les
préfets. — Rédaction et jpublicalion du Bulletin sanitaire hebdo¬
madaire. — Inspection générale des services sanitaires des
animaux à la frontière. — Inspection sanitaire du bétail
importé et des viandes fraîches aWtues venant de l’étranger.
— Inspection générale des services sanitaires vétérinaires
départementaux.
Laboratoires et stations de recherches et répression des fraudes.
A. — Législation.
Etude des propositions de loi et préparation des projets de
loi et décrets concernant la répression des fraudes sur les bois-
CRÉATION D'L'N MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE 63ii
sons, les denrées alimentaires, les produits agricoles, les pro¬
duits médicamentaux et hygiéniques, les eaux nainérales et les
marchandises en général.
Affaires contentieuses relatives à l’application des lois et
règlements concernant la répression des fraudes en général,
l’exercice delà pharmacie, la vente dés substances vénéneuses,
la fabrication et la vente des eaux minérales.
Application des arrêtés préfectoraux, concernant l’hygiène
alimentaire.
B. — Répression des fraudes.
Recherches des fraudes et falsifications portant sur les bois¬
sons, les denrées alimentaires.
Enquêtes annuelles sur la composition des vins, des laits,
des beurres, etc.
Examen du cahier des charges et fournitures de denrées ali¬
mentaires et boissons aux administrations publiques.
G. — Laboratoires.
Laboratoires pour la répression des fraudes.
Organisation et fonctionnement de l’inspection des phar¬
macies, drogueries, épiceries, établissements de vente de pro¬
duits hygiéniques, des eaux minérales naturelles etartificielles,
des substances vénéneuses.
Personnel et contrôle de l’inspection des fabriques de marga¬
rine et d’oléomargarine.
Règlement des frais de prélèvement, de transport et d’analyse
des échantillons prélevés en vue de la répression des frais
d’inspection.
Au Ministère do Travail et de la Prévoyance sociale.
A la Direction du Travail :
Le service de l’hygiène des ateliers.
A la Direction de la Prévoyance sociale :
Les habitations à bon marché avec leur conseil supérieur.
Au Bureau des statistiques et pensions :
640
Df NAVARRE
L’établissement des tablés de morbidité et de mortalité.
La Commission interministérielle des statistiques de la mor¬
talité et de la morbidité.
Démographie : tables de mortalité.
Statistique sanitaire (morbidité, mortalité).
Au Ministère du Commerce.
L’autorisation et l’inspection des établissements classés
comme dangereux ou insalubres.
Les autorisations aux agences d’émigration .
Au Ministère de l’Instruction publique.
L inspection médicale des écoles.
Education physique. '
Au Ministère des Travaux publics.
Pollution des cours d’eau.
L’incohérence d’une telle dispersion des services concernant
la santé publique est flagrante.
Exemples ; a) L’hygiène alimentaire relève du Ministère de
l’Intérieur qui en détermine la réglementation. Si des fraudes
sont soupçonnées dans les produits livrés à la consommation,
c’est le Ministre de l’Agriculture qui intervient pour les recher¬
cher et les réprimer.
b) 11 en est de même pour l’exercice de la pharmacie et les
produits pharmaceutiques.
Les autorisations sollicitées par les agences d’émigration
sont accordées par le Ministre du Commerce, et le contrôle
sanitaire sur les émigrants est exercé par un service du Minis¬
tère de l’Intérieur (Direction de la sûreté générale).
c) Dans les attributions du Ministère de l’Intérieur nous
trouvons : alimentation en eau potable, et nous relevons dans
celles du Ministère de l’Agriculture : captages et dérivations
des sources projetés par les communes.
d) C’est le Ministère de l’Agriculture qui a dans ses attri¬
butions la police sanitaire des maladies contagieuses du
CRÉATION D’UN MINISTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE 641
bétail èt le service des épizooties. Les mesures de prophylaxie
en ce qpi concerne la transmission à l’homme des maladies
provenant de ces animaux doivent être prises par ce Départe¬
ment ministériel.
Si une maladie est transmise par un animal qui n’est pas
classé dans la catégorie de ces animaux domestiques, le
Ministre de l’Agriculture se trouve dessaisi. Survienne, par
exemple une épidémie de peste, dont le rat est l’agent de
transmission : c’est au Ministre de l’Intérieur à prendre les
mesures nécessaires.
e) Aujourd’hui la lutte contre la tuberculose doit être menée
avec la plus grande énergie. Sans méthode, sans unité d’action,
les efforts de toutes les bonnes volontés, individuelles ou col¬
lectives, ne peuvent aboutir qu’à des résultats insuffisants. Un
tuberculeux soldat relève du Ministre de la Guerre, réformé il
passe au Ministre de l’Intérieur. Enfant, fréquentant les écoles,
il est sous la surveillance de l’Instruction publiquepar l’inspec¬
tion médicale des établissements scolaires; consommateur, il
peut contracter la tuberculose par une hygiène alimentaire
défectueuse ; usage dé viandes contaminées dans les abattoirs,
du lait provenant de vaches tuberculeuses, dans ce cas c’estau
Ministre de l’Agriculture qu’il doit demander aide et protec¬
tion. Locataire d’un logement sans air; sans soleil ou surpeuplé,
ouvrier travaillant dans un atelier ou magasin insalubre, c’est
le Ministre du Travail qui doit prendre sa défense contre la
tuberculose qui le guette.
|lous trouverions facilement des exemples analogues si nous
voulions passer en revue les œuvres d’assistance. Elles relè¬
vent selon leurs caractères et la catégorie des personnes qui en
bénéficient, de l’Intérieur, du Travail, de l’Agriculture, de
l’Instruction publique.
Comment, dans de pareilles conditions, poursuivre d’une
façon méthodique et intensive la lutte contre la tuberculose?
Où est l’organe du Gouvernement qui en a la haute direction et
qui possède les pouvoirs nécessaires au succès?
L’organisation, le fonctionnement et la direction du Service
de Santé militaire rentreront dans les attributions du Ministère
de l’Hygiène et de la Santé publiques.
RBV. O HYG. XL — 41
642
D' NAVARRE
On n’a pas oublié combien fut au-dessous de sa tâche la
Direction du Service de Santé militaire au début des hostilités.
La guerre l’a surpris en plein désarroi : le matériel manquait
et le personnel n’était pas préparé à faire face aux nécessités
du service qu’il allait avoir à remplir. L’administration de la
Guerre avait méconnu le rôle prépondérant que devaient jouer
les réserves médicales, c’est-à-dire les médecins civils de com¬
plément, dans la lutte gigantesque" qui allait s’engager.
La situation des médecins militaire de carrière n’était pas
souvent en rapport avec leurs titres scientifiques ou leurs capa¬
cités professionnelles. Trop souvent un médecin militaire qui
s’était signalé par des qualités étrangères à son art, qui s’était
montré, par exemple, bon comptable, éconohae avéré, était
promu de préférence au praticien ou au chirurgien qualifié.
Malheureusement, le grade en conférant l’autorité ne donne
pas, en même temps, les aptitudes et l’initiative qui jouent le
rôle essentiel dans Iqs soins à donner aux malades et dans la
chirurgie de guerre.
Les leçons de l’expérience nous ont enseigné une fois de
plus qu’il n’y a pas deux façons de comprendre l’exercice de la
médecine et de la chirurgie, l’une militaire, l’autre civile. Il est
regrettable que la loi du 16 mars 1882, en séparant les étu¬
diants civils et les étudiants militaires, ait aidé à créer deux
mentalités :
L’une favorisant l’épanouissement de toutes les facultés de
l’individu, son libre jugement, sa personnalité propre ; l’autre,
réprimant le libre essor de la pensée, imposant à chacun des
règles inflexibles qui font surtout de lui un subordonné ren¬
contrant à chaque pas des entraves que la science ne peut
tolérer sans être réduite à l’impuissance.
Dans l’attribution des grades aux médecins militaires de
complément, les mêmes errements ont été suivis. Déplus, au
moment de la mobilisation, des affectations les plus fantai¬
sistes ont été données à beaucoup d’entre eux, sans tenir
compte de leurs aptitudes ni de leur expérienceprofessionnelle.
Les galons devaient suffire à tout.
Quelques jours passés à divers intervalles dans un régiment
ou dans un hôpital militaire, pendant les périodes des vingt-
huit jours, avaient valq à certains des grades supérieurs, alors
CRÉATION D’UN MINLSTÈRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE G43
qu’on voyait à côté d’eux des professeurs agrégés des Facultés,
des chirurgiens des hôpitaux nommés au concours, des chirur¬
giens de carrière, relégiHés dans les grades parfois les plus
infimes, placés sous les ordres de leurs confrères moins quali¬
fiés. Que de deuils, que d’infirmités auraient pu être évités si,
faisant table rase des errements du passé, on avait apporté à
temps, dans l’organisation du Service de Santé, une méthode
rationnelle et scientifique.
Cette réorganisation ne peut être que l’œuvre d’un ministre
compétent et possédant l’autorité nécessaire.
11 ne fapt pas oublier que les médecins civils, dans la pro¬
portion de 90 p. 100, ont assuré le service en campagne et
dans les formations sanitaires.
Depuis les tranchées jusqu’aux hôpitaux les plus importants,
en passant par tous les échelons intermédiaires : postes de
secours, atinbulances divisionnaires, hôpitaux d’évacuation,
centres hospitaliers, les médecins de nos villes et de nos cam¬
pagnes, du plus éminent au plus humble, ont payé de leur per¬
sonne et fait preuve, souvent, des initiatives les plus heu¬
reuses.
Il n’est pas d’hôpitaux militaires, même les plus importants,
qui n’aient vu leurs services confiés aux médecins et aux chi¬
rurgiens de nos hôpitaux civils.
C’est à ceux-ci également qu’a été confiée l’inspection des
services chirurgicaux aux armées.
On peut dire que la dualité de la médecine militaire et de la
médecine civile a été abolie par la force des événements.
La guerre n’a pas permis, durant ces quatre dernières années,
d’établir d’une façon précise la situation démographique de
notre pays.
La France, aujourd’hui victorieuse, va pouvoir faire le bilan
de sa natalité et de sa mortalité générale ; elle aura à perfec¬
tionner ses moyens de défense contre la maladie et la mort.
Avant les hostilités notre natalité était déjà très affaiblie et
notre mortalité insuffisamment réduite par rapport aux autres
nations.
Favoriser l'augmentation de la natalité, diminuer et suppri¬
mer le plus possible les chances de maladie et de mort préma-
644 A. TRILLAT
tarée ; combattre l’insalubrité sous toutes ses formes et dans
tous les domaines, public et privé; tel a été de tout temps le
programme des défenseurs de la santé publique.
Ce programme s’impose plus que jamais à l’attention des
pouvoirs publics à qui incombe l’obligation d’assurer le relève¬
ment démographique et social de la nation.
De toutes parts on voit les initiatives privées, les organisa¬
tions sociales faire effort pour se préparer à cette œuvre pri¬
mordiale de salut.
Il nous paraît nécessaire de ne pas se laisser se disperser les
efforts d’ordre public ou privé, de les coordonner sous la direc¬
tion d’un ministre responsable qui établira les programmes et
en assurera l’exécution.
Afin de réaliser l’unité de vue et l’unité d’action dans l’orga¬
nisation et le fonctionnement de tous les services intéressant
l’hygiène etla santé publiques, pour les soumettre à un contrôle
efficace, pour faciliter la liaison avec le pouvoir central de
toutes les œuvres concourant au môme but, nous avons l’hon¬
neur de vous.proposer d’adopter l’article unique dont la teneur
suit :
Proposition de loi.
Article unique. — Il est créé un ministère de la Santé
publique. Tous les services de santé civile et militaire, d’assi¬
stance et d’hygiène publiques sont placés sous sa direction.
ROLE DE L’AIR EXPIRÉ
DANS LA TRANSMISSION DES ÉPIDÉMIES
par M. A. TRILLAT
Membre du Conseil d’hygiène publique et de salubrité
du département de la Seine.
On admet généralement, comme en font foi les récentes pres¬
criptions concernant la grippe, que la transmission de cette
épidémie se propage surtout sous la trajectoire directe des
- AIR EXPIRÉ DANS LA TRANSMISSION DES ÉPIDÉMIES 645
particules détachées du mucus qui tapisse les voies aérieunes
du pharynx et du nez ou des alvéoles pulmonaires, sous l’in-
flueuce de la toux ou de la parole.
Cette conception n’implique pas le rôle important de l’inter¬
médiaire de l’air ni celui des influences extérieures, tels que
l’humidité, la pression, la température, tout autant de facteurs
dont la superposition exerce une action favorisante sur la con¬
stitution épidémique. D’après cette conception, on serait tenté
de croire que l’ensemencement n’a lieu que dans le voisinage
immédiat du foyer de contamination. Cependant, l’observation
journalière dans les hôpitaux et nos familles nous montre
des cas fréquents de maladies transmises à distance sans inter¬
vention de personnes ou d’objets contagionnés. Journellement
on voit éclore, sans contage immédiat, des atteintes isolées ou
groupées, et des cas de poussées sporadiques.
Ce phénomène si obscur de la contagion, surtout dans le
cas d’épidémie à forme de virus filtrant, s’explique plus faci¬
lement si l’on admet le rôle important de l’air non seulement
comme agent de transport des microbes, mais aussi comme
agent de multiplication, quand cet air renferme les éléments
nécessaires à leur alimentation. C’est le cas de l’air expiré dont
je ne saurais trop faire ressortir l’importance *.
Pour mieux me faire comprendre, je suis obligé de rappeler
brièvement mes travaux antérieurs. C'est ainsique j’ai démontré
expérimentalement que les microbes de l’air jouaientle rôle de
noyaux de condensation d’humidité et qu’à la suite de ces
essais j’ai admis l’existence de nombreuses gouttelettes micro¬
biennes en suspension dans l’atmosphère. En cet état, les,
microbes sont extrêmement sensibles aux influènees exté¬
rieures, un rien les tue, mais un rien les vivifie : sous cette
forme vésiculaire, l’humidité dont ils sont entourés dissout les
substances gazeuses qui peuvent leur servir d’aliment de for¬
tune. C’estainsi que les gaz de la respiration peuvent entretenir
• la vie des microbes en suspension dans l’air pur.
Ayant étudié les dimensions et la vitesse de chute des gout¬
telettes microbiennes, j’ai pu établir notamment que la chute
1. A. Tbillat. — Sur le rôle de l’air expiré dans ta transmission des
épidémies. Revue d’hygiène et de police sanitaire, 1915, p. 127.
646
A. TRILLAT
était d’autant plus rapide que le coefficient de saturation de
l’air était plus élevé. D’après les essais, les goultelettes se
forment d’autant plus facilement que le noyau de condensation,
c’est-à-dire que le germe est plus petit : cette considération
d’ordre physique est importante, car elle permet de déduire
que les résultats expérimentaux obtenus avec des germes
visibles au microscope doivent s’appliquer à plus forte raison
aux. plus petits, aux invisibles, c’est-à-dire à ceux de la grippe
ou de l’influenza. La multiplication des gouttelettes micro¬
biennes, sous- l’influence de circonstances favorables, forme
un véritable nuage invisible dont le régime est soumis à toutes
les lois de la physique et de la météorologie. Ainsi la tempéra¬
ture, le degré hygrométrique, la tension de la vapeur d’eau, la
radioactivité ont une action sur la tenue, la condensation ou le
dédoublement des gouttelettes.
Parmi les aliments gazeux que j’ai désignés par simplifica¬
tion sous le nom de « gaz aliment », l’air fraîchement expiré,
dont j’ai étudié sommairement la composition, convient non
seulement à la conservation des microbes, mais à leur multi¬
plication. Enfin, je ferai encore remarquer que les gouttelettes
microbiennes échappent à l’action de la pesanteur : leur mul¬
tiplication, qui peut être instantanée comme dans un exemple
que j’ai cité, forme un nuage entraînable par l’air et dont les
particules peuvent être sélectionnées.
Les gouttelettes avec les microbes qu’elles contiennent ont
la propriété d’être attirées par les surfaces froides. Le refroi¬
dissement, brusque d’un point de nuage a pour efiet de les
localiser en ce point : c’est un sitnple phénomène de condensa¬
tion. Le rassemblement des germes peut encore être provoqué
par les mouvements giratoires de l’air qui se produisent con¬
stamment sous l’influence de l’agitation ou d’un écart de tem¬
pérature de deux couches d’air voisines.
A la lueur de ces observations, un des côtés mystérieux de
la contagion semble donc pouvoir être éclairé au moins pour,
une partie. L’air des locaux habités est constitué par une
ambiance extraordinairement favorable à l’ensemencement des
microbes, puisque l’air expiré dans un local fermé, par exemple,
fournit d’une part le taux d’humidité nécessaire pour amener
le voisinage de saturation d’un espace clos facilitant ainsi le jeu
AIR EXPIRÉ DANS LA TRANSMISSION DES ÉPIDÉMIES 6i7
<ie la condensation et d’autre part fournit aussi les aliments
gazeux dont le poids, quoique infinitésimal, est encore supé¬
rieur à l’ordre de grandeur des microbes.
Telle est la théorie qui se déduit de l’ensemble de mes tra¬
vaux. J’ajouterai que la question si intéressante de la variation
de l’activité des germes au cours d’une épidémie et de leur
-accession à la virulence doit être vraisemblablement aussi en
relations avec les causes extérieures que j’ai énumérées et la
composition chimique de l’air expiré qui est essentiellement
variable selon l’âge, le sexe, l’état de santé, etc. Bien entendu,
le terrain de culture de l’organisme humain, que je n’ai pas à
examiner ici, a toujours un rôle prépondérant.
La contamination d’un Organisme sain dans le voisinage
d’un sujet en puissance de contagion peut avoir lieu de deux
façons : par le contage direct sous la trajectoire des particules
projetées par le malade et par le contage indirect au loin de
tout le local habité. Au premier cas correspondent les microbes
•qui préexistent ; au deuxième ceux qui sont nés. En réalité on
voit par là que les deux systèmes de contagion ne sont pas des
frères ennemis : l’un n’est que l’extension de l’autre et lui
tend la main .
On comprend ainsi après ces explications comment un ap¬
partement habité peut être contagionné dans toutes ses par¬
ties. Les particules aqueuses en suspension dans la chambre
d’un malade, qui est généralement plus chauffée que les cham¬
bres voisines, ont une tendance, comme dans les essais de labo¬
ratoire, à se localiser dans les pièces voisines plus froides où
■elles contamineront l’air et les objets à moins d’éviter cette
migration microbienne par un isolement parfait, mais difficile*.
La propagation de l’épidémie à distance peut encore avoir
lieu d'une autre façon.: par l’intermédiaire des objets et sur¬
tout des vêtements. Les expériences ont montré que ces der¬
niers pouvaient non seulement leur servir de support, mais
aussi de terrain de culture.
I. A. Tbillat. — Sur le principe d’une méthode destinée à diminuer la
•contagion des maladies transmissibles par l’air dans les salles de ma¬
lades et les lieux habités. Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1914,
p. 812.
A. TRILLAT
La mulliplication des germes dans un tissu et la faculté que
possèdent les gouttelettes microbiennes de s'en détacher dé¬
pendent, comme je l’ai expliqué ici, de l’aptitude plus ou moins
grande du support à emmagasiner dans leurs interstices d’hu¬
midité et les émanations gazeuses des glandes sudorales, éma¬
nations qui leur servent d’aliments. C'est ainsi qu’on a pu
classer les objets par ordre de « susceptibilité » à contracter
pour ainsi dire les germes de la maladie ; la laine et les che¬
veux, soit dit en passant, étant classés parmi les plus suscep¬
tibles.
La contamination d’un vêtement par le dépôt de gouttelettes
microbiennes se produit surtout lorsque l’on pénètre d’un en¬
droit froid dans une chambre de malade chaude et chargée de
buées respiratoires : le vêtement joue alors le rôle de surface
refroidissante et devient apte à ensemencer l’air d’un autre
local, si les circonstances sont favorables.
La conclusion pratique qui se dégage de ces observations est
qu’à côté des prescriptions d’isolement et de désinfection, il
serait utile d’envisager l’évacuation des buées respiratoires des
chambres de malades et des lieux d’agglomération. Un sem¬
blable résultat peut être obtenu, soit par des courants d’air
bien appropriés, soit par l’emploi de surfaces refroidissantes
comme je l’ai déjà proposé, soit par des appareils d'aspiration.
L’enlèvement complet de l’humidité de vêtements par l’expo¬
sition au soleil ou par une source de chaleur est recom¬
mandable.. Enfin, je ferai remarquer que les anciennes pra¬
tiques de fumigation et de désodorisation, encore couram¬
ment usitées chez le peuple, ne sont pas à rejeter, car en l’ab-
seace d’une désinfection absolue, elles sont capables de saturer
les gaz aliments et de gêner par leurs émanations plus ou
moins antiseptiques l’évolution microbienne*.
1. Bibliographie : Bulletin de l'Académie de médecine, 15 octobre 1912;
17 novembre 1914 ; 16 février 1915 ; 8 mai 1915 ; 20 juin 1916. Cet article
peut être considéré comme un résumé des travaux originaux que j'ai
publié depuis 1905 dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences
soit seul, soit en collaboration de M. Sauton ou de M. Fouassier.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE 649
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
PENDANT LA QUATRIÈME ANNÉE DE GUERRE
DANS LE CAMP RETRANCHÉ DE PARIS
par U. le professenr A. PINARD.
Ainsi que je l’ai fait tous les ans depuis le début de la guerre,
je vais avoir l’hobneur d’exposer à l’Académie le fonctionne¬
ment de l’Office central d’assislance maternelle et infantile dans
le camp retranché de Paris pendant la quatrième armée de guerre.
Je suivrai pour cela le plan adopté dans mes précédentes com¬
munications *.
De l’organisation et du fonctionnement de l’Office central
d’assistance maternelle et infantile
PENDANT LA QUATRIÈME ANNÉE DE GUERRE.
Pendant cette quatrième année de guerre, aucune modifica¬
tion importante ne fut apportée à l’organisation primitive de
l’œuvre *. Et, plus que jamais, il m’apparaît que cette organi¬
sation devra être conservée à Paris et adoptée dans toutes les
villes où l’on voudra vraiment protéger d’une façon efficace les
mères et les enfants nécessiteux.
Certes, de par le fait de la continuation des hostilités, la Pro¬
tection maternelle et infantile est devenue et devient chaque
jour plus difficile. Mais, en même temps, elle devient plus
nécessaire et plus urgente. Je crois inutile d’en énumérer ici les
raisons. Pourtant, malgré la diminution du nombre des volon¬
taires de la Protection — diminution due à la fatigue des délé¬
guées et aussi , hélas ! pour un certain nombre d’entre elles, au
manque de ténacité dans l’effort — la Protection maternelle et
infantile fut à Paris et dans le camp retranché, pendant la qua-
1. Voir in Bulletin de l'Académie, 16 février et S octobre 1913 ;_S et 19 dé¬
cembre 1916; 18 décembre 1911, et Revue d'hygiène et de police sanitaire,
1911, p. 5 et 105.
2. Voir in Bulletin de V Académie, 16 février 1913, p. 6 : « Rûle d’une vo¬
lontaire déléguée de l’Office central dans les Maternités et les Mairies. »
■650
PROFESSEUR A. PINARD
trième anaée de guerre, grâce au dévouement incessant et inlas¬
sable des collaboratrices et des collaborateurs restés fidèles à
feur poste, ce qu’elle avait été pendant les trois premières
années, c’est-à-dire plus ordonnée, plus éclairée, et, par cela
même, plus efficace qu’elle ne l’avait été avant la guerre.
Je l’ai déjà dit maintes fois, je le répète encore et je ne me las¬
serai pas de le répéter : c’est l’organisation du réseau protec¬
teur ainsi que l’installation des Postes de protection dans les
Maternités et les Mairies, rdliés à une Permanence centrale, qui
■ont permis à l’Office de Protection maternelle et infantile de
remplir son programme et qui, à l’avenir, assureront le bon
fonctionnement de toute œuvre similaire.
La véritable Protection maternelle et infantile dans un village,
dans une ville ou dans une région ne sera jamais le résultat
d’un manque d’organisation ni, moins encore, ^e la fantaisie
— l’un coname l’autre ne pouvant aboutir qu’à une protection
incomplète.
Un court résumé de ce qui a été fait à la Permanence cen¬
trale, installée à la Maternité depuis le début de la guerre et qui
comprend aussi' les permanences de la Clinique Baudelocque et
de la Clinique Tarnier, permettra de se rendre compte de l’im¬
portance de cet organisme.
Du fonctionnement de la Permanence centrale
d’assistance maternelle et infantile
pendant les quatre premières années de la guerre '.
Femmes en état de gestation, sans ressources, placées dans les
ftefuges (permanents ou temporaires, municipaux ou privés) ' :
Pendant la l''» année de guerre . . . . ■. 4.484
Pendant la 2‘ année de guerre . 2.354
Pendant la 3' année de guerre . 3.47*2
■ Pendant la 4« année de guerre ..... 3.380
Total. . . 13.690
1. Cette Permanence centrale comprend également les Permanences
particulières de la Maternité, de la Clinique Baudelocque et de ia Clinique
Tarnier. Elle n’a cessé de fonctionner «n seul jour depuis le début de la guerre.
2. Les Refuges sont dits : de convalescence, ceux où les femmes restent
un mois seulement ; les autres dits : de m'eres,nourrices, ceux où les femmes
peuvent rester jusqu'au moment du sevrage de leur enfant.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
631
Femmes accouchées (mères nourrices) placées dans les Refuges
(permanents, temporaires, municipaux ou privés) :
Pendant la 1™ année de guerre . . . ; . 3' 904
Pendant la 2' année de guerre . . . . . 2.856
Pendant la 3' année'de guerre . 3.202
Pendant la 4' année de guerre . 2.596
Total. . . 12.558
Femmes interrogées, guidées, assistées à leur sortie de la Mater-
iernité et après cette sortie' pendant les quatre années de la guerre :
51,230 mères avec leurs enfants.
Donc, pendant les quatre premières années de la guerre, plus
de cent mille femmes et enfaéts ont été ainsi protégés à la Per¬
manence centrale de la Maternité.
De même que dans les trois premières années, des appuis ma¬
tériels et moraux, aussi puissants que précieux, furent prêtés à
l'Office, pendant cette quatrième année, par M. le Préfet de la
Seine, M. le Préfet de Police, le Conseil municipal de Paris et le
Conseil général de la Seine. Ce dernier fit plus et mieux encore
que les années précédentes, comme je vous le dirai plus loin.
Les femmes en état de gestation, les accouchées et les mères
nourrices du camp retranché n’eurent pas à sojiffrir du régime
des restrictions alimentaires. Des dérogations leur furent de suite
accordées, aussi bien par M. le Préfet de la- Seine que par M. le
Préfet de Seine-et-Oise. L’alimentation qui leur était nécessaire
leur fut également assurée dans les Maternités par M. le Direc¬
teur de l’administration générale de l’Assistance publique,
M. Mesureur.
Ce n’est pas tout. L’administration de l’Assistance publique
continua sa collaboration puissamment efficace à la protection des
mères nourrices. De plus, elle continue à accorder une subvention
pour chaque lit occupé par une mère nourrice dans les Refuges
qui ne lui appartiennent pas *. D’autre part, toujours grâce
à son concours, l’Office central possède un lazaret permettant
aux mères nourrices, obligées d’avoir recours à l’hospitalisation,
de faire le stage nécessaire, afin de ne pas contaminer les
t. Les Refuges reçoivent, pour chaque lit occupé, une subvention quoti¬
dienne de 2 francs, à l'Administration générale de l’Assistance publique.
PROFESSEUR A. PINARD
Refuges dans lesquels elles doivent être définitivement placées.
Ce lazaret a d’abord été installé à la Maternité de la Pitié; mais,
cette dernière ayapt été rendue à son affectation primitive dans
le courant de cette année, il a été transféré à la Clinique Baude-
locque.
Une fois de plus, j’exprime à notre collègue, M. Mesureur,
toute ma reconbaiesance. Mais, une fois de plus aussi, je me
permets de lui rappeler que bien des mesures nécessaires, indis¬
pensables, pour compléter l’assistance et respecter l’hygiène,
sont encore à prendre dans son domaine, lequel, particulière¬
ment au point de vue puerpéral, prend chaque jour plus d’im¬
portance, ainsi que je vais vous en donner la preuve.
Le rôle protecteur de l’Administration générale de l’Assistance
publique ne fit que grandir pendant la quatrième année de
guerre. 11 me suffira, pour en faire comprendre de suite l’impor¬
tance, de mettre en lumière ce fait :
Pendant la quatrième année de guerre :
31.26i2 femmes réclamèrent pour leur accouchement le se¬
cours de l’Assistance publique, soit dans les Maternités, soit
chez les sages-femmes agréées, soit à domicile :
1“ Dans les maternités . . 13.894
2“ Chez les sages-femmes agréées . 11.392
3“ A domicile par les médecins ou sages-femmes
du bureau de bienfaisance (assistance médicale). 3.776
Total . 31.262
alors que pendant cette quatrième année de guerre 32.125 nais¬
sances seulement furent enregistrées, à Paris !
Je crois utile de reproduire ici les tableaux indiquant, pendant
les quatre années de guerre, le nombre des accouchements à la
charge de l’Assistance publique et, en regard, le nombre total
des naissances enregistrées à Paris.
Naissances.
Du l" août 1913 au 1” août 1914 ... 48.197
— 1914 — 1913 . . . 37.085
— ' 1913 — 1916 . . . 26.179
— 1916 — 1917 .... 30.573
— 1917 — 1918 . . . 32.125
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE 653
Accouchements.
1» Dans les maternités et chez les sages-femmes agréées des
hôpitaux.
Du 1" août 1913 au 1"^ août 1914 . . . . 31.912 65,24
— 1914 — 1915. . . . 27.341 73,74
— 1915 — 1916 .... 19.139 73,10
_ 4916 — 1917. . . . 23.212 75,90
— 1917 — 1918. . . . 25.486 79,30
2" A domicile, par les soins de l’Assistance publique. Accou¬
chements par les médecins ou sages-femmes des bureaux de
bienfaisance.
Du 1" août 1913 au l" août 1914. . . . 6.540 13,26
— 1914 — 1915. . . . 7.253 19,54
— 1915 — 1916. . . . 5.790 22,10
— 1916 — 1917. . . . 5.272 17,24
— 1917 — 1918. . . . 5.776 18,00
3° Total des accouchements précédenis.
Du 1<"' août 1913 au l",août 1914. , . . 38.452 78,50
-r 1914 — 1915. . . . 34.594 93,28
— 1915 — 1916. . . . 24.920 95,20
1916 — 1917. . . . 28.484 93,14
— 1917 — 1918. . . . 31.262 97,30
Ces chiffres démontrent combien le rôle de l’Assistance
publique devient tous les jours plus grand et combien aussi
cette assistance est nécessaire, indispensable, jusqu’à l’heure où
la Maternité sera enfin honorée comme elle le mérite et comme
elle doit l’être. Puisse cette heure sonner demain pour assurer
le relèvement de notre natalité !
En attendant l’acte législatif assurant l’avenir matériel de
toutes lés naissances futures, il faut qu’à ce point de vue, l’orga¬
nisation de l’Assistance publique subisse des modifications pro¬
fondes. 11 faut combler au plus vite toutes les lacunes de son
statut actuel. 11 faut, et il est grand temps, que la démocratie ne
soit plus, ici comme ailleurs, un mot vide. 11 faut que la parole,
éloquente quelquefois, fasse place à l’action avertie et compé¬
tente. Il faut qu’on en finisse avec les moyens de fortune dont
quelques-uns rappellent encore trop les pratiques du Moyen
654 PROFESSEUR A. PINARD
âge, qui, en tout cas, sont insuffisantes et, surtout, indignes de
la solidarité.
Au Gouvernement actuel aussi doit aller notre reconnais¬
sance. C’est à lui que la population enfantine parisienne et du
camp retranché doit d’avoir pu, pendant cette quatrième année
de guerre, profiter encore du lait frais et pur du troupeau de
Paris. Les pauvres petits ont failli en êtrè privés !
Des administrateurs, ignorant la puériculture, comme tant
d’autres, hélas! avaient à maintes reprises proposé au début
de cette quatrième année de guerre la, suppression du troupeau
de Paris, par mesure d’économie'. A les entendre, ils avaient en
réserve assez de boîtes de lait conservé, condensé, concentré,
pour subvenir aux besoins de la population enfantine. Et il se
trouva une Commission, soi-disant compétente, pour les approu¬
ver. C’est alors que l’arrêt de mort du troupeau de Paris fut
signé. Heureusement, une intervention près du Président du
Conseil suffit pour en suspendre l’exécution qui aurait eu fala-
lement des conséquences désastreuses, en privant tant de mal¬
heureux enfants de la seule et irremplaçable nourriture qui leur
convienne, c’est-à-dire du lailfrais, non adultéré, ni contaminé
Le D'' G. Clemenceau a donné ainsi la preuve qu’il est resté le
philanthrope et le puériculteur averti s’étant révélé dans ses rap¬
ports au Conseil général de la Seine sur les Enfants assistés.
Il meplaîtàce propos — je nesais si, en agissant ainsi, j’aurai
l’approbation de tous, mais j’aurai toujours celle de ma con¬
science, et je pourrai en même temps affirmer ma reconnais¬
sance, — il me plaît, dis-je, deprocéder du haut de cette tribune
à une exhumation. Elle consistera à vous citer les quelques
lignes qui terminent le rapport, lu le 24 novembre 1875 par le
D'' G. Clemenceau, alors conseiller municipal de Paris *.
1. Pendant la quatrième année de guerre, les distributions dé ce lait
ont été faites à 153 établissements : 46 mairies, 43 crèches, 64 refuges de
femmes en état de gestation, de mères nourrices, à des consultations de
la Mutualité maternelle et à différentes œuyres d’assistance infantile-
Malgré toutes mes instances, la quantité de lait distribuée actuellement
est encore insuffilante. Je répète que, pour la vie de demain, il faudra assu¬
rer à la population enfantine nécessiteuse de Paris au moins une distri¬
bution quotidienne de quinze wtVfe litres de ce lait.
2. Rapport présenté par M. G. Clemenceau, au nom de la 3= Commission
sur le Service des Enfants assistés. Extrait du procès-verbal de la séancè
du 24 novembre, soir.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE 65.>
« Messieurs,
« Vous me pardonnerez difficilement de vous avoir imposé
ce long et fastidieux rapport, quand je vous aurai dit qu’il peut
se résumer tout entier en une seule pensée. Cette pensée par
laquelle j’aurais pu, à votre grand avantage, commencer et finir
à la fois mon travail, c’est la recherche de tous les moyens de
réduire la mortalité des Enfants assistés...
« Le problème avec lequel nous sommes aux prises est assu¬
rément une question d’humanité. Les malheureux êtres qu’une
implacable fatalité sociale semble avoir condamnés, dès avant
leur naissance, ont, au même titre que tous, un droit égal à la
vie, au travail, à l’honorabilité, et, pour tout dire en un mot, à
leur part de champ et de soleil dans la grande lutte pour l’exis¬
tence et la satisfaction des besoins légitimes. Et^nous, nous
avons le devoir, dans la mesure de nos forces, de leur assurer
tous ces biens. La charité n’a rien à voir ici : c’est une question
de droit pour eux, de devoir pour nous.
« Mais l’humanité, au sens général du mot, n’est pas le seul
mobile qui nous pousse. Vous ne comprendriez pas que nous
n’ayionspas constamment le regard tourné vers noire pays, que
nous ne lui rappoTlions pas toutes nos pensées, tous nos efforts.
Messieurs, on a prononcé un mot redoutable : on a parlé de la
Dépopulation de la France. Quoi de plus grave pour l’avenir de
la civilisation. Nous le disons sans forfanterie comme sans fausse
modestie, la République frapçaise représente dans le mqnde
des idées d’émancipation, de liberté, de justice surtout, qui ne
pourraient pas disparaître sans que l’humanité^ éprouvât un
irréparable dommage. Ainsi se confondent pour nous ces deux
devoirs supérieurs, le patriotisme et l’humanité! Arrachons nos
pupilles à la mort, ou, ce qui est pire, à la dégradation ; qu’ils
deviennent d’utiles citoyens, et si jamais le jour vient où la
patrie les réclame, qu’ils se souviennent de ce qu’elle aura fait
pour eux,|et qu’ils se lèvent pour la défense de la Justice et de
la Liberté ! »
Je me garderai bien d’ajouter le moindre commentaire : tout
le monde a compris que, dans ces lignes, le grand citoyen Cle¬
menceau ne s’est pas montré uniquement puériculteur.
S’il se montra toujours le protecteur des enfants, il n’oublia
656
PROFESSEUR A. PIXARD
pas les mères. C’est encore grâce à lui que les femmes en travail
purent être, comme pendant les trois premières années, trans¬
portées la nuit, en voiture automobile, des refuges ou de leur
domicile dans les maternités. Et, à ce propos, je m’en voudrais
de ne pas ajouter qu’au moment du bombardement de Paris p;ir
les gothas et les berthas, les conducteurs militaires eux-mêmes
voulurent contribuer à la protection des mères et des enfants
en blindant spontanément le camion militaire nocturne dont le
maintien est également dû au Président du Conseil.
Encore une fois, je dois rappeler l’effort constant et si tuté¬
laire de la Fédération des Cantines maternelles.
Contrairement à un certain nombre d'œuvres de Protection
qui furent atteintes de parésie sinon même de paralj'sie totale,
de par la durée de la guerre, la Fédération des Cantines mater¬
nelles non seulement maintint constamment son action, mais
encore la développa.
Malgré les difficultés du ravitaillement et la cherté croissante
des vivres, elle donna encore 6S9.626 repas, du 1" août 1917 au
1®' août 1918, aux femmes en état de gestation et aux mères
nourrices.
Le bombardement de Paris ayant provoqué l’exode d’un
grand nombre d’entre elles, la Fédération des Cantines mater-
nelleï favorisa, autant qu’elle le put, leur émigration en s’occu¬
pant spécialement de celles qui étaient déjà mères de famille
qu’elle installaten province avec leurs enfants. 'Voici les chiffres
indiquant le nombre des repas donnés par les Cantines mater¬
nelles pendant l’année qui a précédé la guerre et les quatre pre¬
mières années de la guerre.
Nombre de repas donnés par les cantrn’es maternelles.
En 1913 . . 245.365
D’août 1914 à août 1915 ........ 967.557
— 1915 — 1916 896.670
— 1916 •— 1917 686.441
— 1917 — 1918 659.626
La Fédération, des Cantines maternelles a donné depuis le
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
mois d’août 1914 jusqu’au !«' novembre 1918 : 3.394.765 repas
et dépensé 1.379.052 fr. 75 centimes.
Il m’apparaît qu’on ne saurait trop applaudir à ce magnifique
effort de protection si puissamment efficace et qui doit être
absolument continué.
Pour achever le résumé du fonctionnement de l’Office central
et montrer l’étendue de son action pendant la quatrième année
de guerre, je dirai que non seulement des subventions furent
accordées par l’Office à presque toutes les Permanences des
mairies de Paris et de la banlieue, ainsi qu’à de nombreuses
œuvres de protection maternelle et infantile comme précédem¬
ment, mais encore qu'il leur fut distribué, en quantité plus con¬
sidérable que par le passé : des layettes, des vêtements, des
chaussures, etc. En raison des subventions et des distributions
devenues indispensables de par la prolongation des hostilités et,
aussi, de par l’arrivée à Paris et dans le camp retranché de nom¬
breuses évacuées fuyant l’invasion angoissante de mai à juillet,
les dépenses, à peine suffisantes pour répondre à des besoins
pressants rendant l’assistance urgente, augmentèrent dans une
proportion considérable. Et la caisse de l’Office se faisait
tous les jours plus légère! Heureusement, là aussi, les Alliés, les
amis vinrent à notre aide, je pourrais dire à notre secours. Ce
fut principalement le Secours australien qui sauva la situation,
un moment, si critique. Et je suis heureux de le proclamer du
haut de cette tribune, étant certain que la population parisienne
et du camp retranché, l’apprenant, ne l’oubliera pas.
Voici dans quelle proportion CXustralie vint à noire aide,
la générale Michel reçut pour l’Office central ;
De Melbourne :
Du 16 décembre 1915 au 15 octobre 1917 . 356.300 fr. »
Du 18 octobre au 9 novembre 1918. . . . 95.159 fr. 75
Total. . . 451.459 fr. 75
De la Ligue franco-australienne de Sydney :
Du 18 décembre 1915 au 3 septembre 1917
Du 3 septembre 1917 au 24 juin 1918. .
‘ Total., .
Total du Secours australien, du 16 décembre 1915 au 24 sep¬
tembre 1918 : 602.122 fr. 25.
57.662 fr. 50
93.000 fr. ..
150.662 fr. 50
— 42
658
PROFESSEUR. A. PINARD
Ai-je besoin de dire notre infinie reconnaissance à nos amis
et alliés d’Australie? S’ils n’ont pas hésité à envoyer leurs fils en
France Terser leur sang pour la grande cause, ils ont, avec le
même empressement et la même générosité, enivert leur bourse
en faveur de nos petits Français et de leurs mères.
Au nom de tous ceux, mères et enfants, .qu’ils ont ainsi
sauvés, je leur exprime du fond du cœur notre profonde grati¬
tude.
Je me reprocherais de ne pas faire connaître, ici, toute une
catégorie de collaboratrices mérilantnotre admiration autant que
notre reconnaissance.
Oh ! celles-ci ne sont point des privilégiées de la fortune, loin
de là ! elles font partie de la légion des malheureuses mères
dénuées de ressources, à ce point que pour remplir un devoir
auquel elles ne veulent pas se soustraire, celui d’allaiter leur
enfant, elles son t obligées de réclamer l’aide de l’Office central de
protection maternelle et infantile, c’est-à-dire le logement et la
nourriture. Ce sont les bénéficiaires de nos refuges de mères
nourrices.
Eh bien, parmi ces infortunées, nous en avons toujours ren¬
contré, depuis le début de la guerre, qui ont accepté d’allaiter
un orphelin nouveau-né, en même temps que leur propre
enfant. Elles ont donc prouvé, ce faisant, que la pauvreté n’exclut
pas l’altruisme. A plus malheureux qu’elles encore, « pauvres de
la pauvreté suprême », elles ont donné leur sein et leur cœur,
devançant ainsi la Loi — qui doit être tutélaire, paraît-il — pour
les pupilles de la Nation.
Il m’apparaît que ce faitmérite d’être inséré dans nos Bulletins.
Une fois de plus, je vais essayer de rechercher si celte Pro¬
tection maternelle et infantile, telle qu’elle a été comprise et
instituée depuis le début de la guerre, telle qu’elle n’a cessé de
fonctionner jusqu’à ce jour, si tous ces efforts, tous ces dévoue¬
ments, toutes ces dépenses ont abouti à un résultat véritable¬
ment fructueux. Je persiste à croire plus que jamais qu’en agis¬
sant ainsi, je parviendrai à bien faire comprendre ce qui est
absolument nécessaire, indispensable et urgent pour la vie de
4emaia. <■ Le reflet dü passé éclaire l’avenir. »
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE 659
Comme dans mes précédentes communications, je vais com¬
parer l’état démographique de Paris pendant la quatrième année
de guerre avec celui des trois premières et aussi celui qui a pré¬
cédé la guerre,’ en prenant les chiffres publiés dans le Bulletin
hebdomadaire de statistique de la Ville de Paris.
La statistique complète des communes suburbaines et des
communes du camp retranché qui font partie du département
de Seine-et-Oise n’ayant point encore été publiée, je ne puis en
faire état. Mais, à propos des communes faisant partie du
département de Seine-et-Oise, je suis heureux de dire que, pen¬
dant la quatrième année de guerre, la Protection maternelle et
infantile fut assurée aussi effectivement et aussi efficacement
que pendant les trois premières années sous les auspices du
préfet, M. Autrand, et de M"*® Autrand et du nouveau préfet,
M. Canal, avec la collaboration incessante, aussi active qu’éclai¬
rée, de M. Marois, inspecteur départemental.
Les tableaux concernant la protection de l’enfance à Paris
pendant les quatre premières années de la guerre ont été réu¬
nis à la fin de cette communication.
Les remarques auxquelles ils ont donné lieu sont exposées
ci-après, dans l’ordre même de ces tableaux.
1. — Naissances.
L’augmentation des naissances constatée pendant les troi¬
sième et quatrième années de guerre n’implique pas sûrement
une augmentation de la fécondité parisienne. Nombre de femmes
habitant la banlieue, réfugiées ou évacuées, c’est-à-dire étran¬
gères à Paris, sont venues y accoucher. Les éléments nous man¬
quent pour préciser la proportion des accouchements dus aux
femmes autochtones ou étrangères.
Du mois de février 1917 au mois d’avril 1918, les naissances
à Paris s’étaient relevées à une moyenne de 675 par semaine.
En mai 1918, par suite des départs delà capitale, elles sont
tombées à 511. Toutefois, cette diminution n’a été que momen¬
tanée. Les naissances remontent vers une moyenne de 600, par
semaine.
PROFESSEUR A. PINARD
II. — Mortinatauté.
La mortinatalité a été plus nombreuse pendant la quatrième
année de guerre et s’est rapprochée de cë qu’elle était pendant
la première année de la guerre. Elle a suivi la progression sui-
jVante :
7,69 pour 100 en 1914;
6,63 pour 100 en 1915;
7,67 pour 100 en 1916;
7,15 pour 100 en 1917 ;
7,60 pour 100 en 1918.
III. — Mise en nourrice.
Le nombre des enfants mis en nourrice hors Paris avait subi
une baisse très considérable pendant la. première année de la
guerre. 11 s’est relevé dès la seconde année et il se maintient au
taux de 23 p. 100 du nombre des naissances.
31,00 pour 100 en 1914;
13,35 pour 100 en 1915;
22,32 pour 100 en 1916;
â3,92 pour 100 en 1917;
24,45 pour 100 en 1918.
IV. — Abandons.
Le nombre des enfants abandonnés pendant les 3 premiers
mois, qui avait subi une diminution sensible pendant la pre¬
mière année de la guerre, n’a cessé de progresser depuis la
deuxième.
4,98 pour 100 en 1914 ;
2,88 pour 100 en 1915 ;
5,21 pour 100 en 1916;
5,50 pour 100 en 1917 ;
5,58 pour 100 en 1918.
V. — Proportion des illégitimes.
L’augmentation du nombre des enfants illégitimes est sen¬
sible. En 1912, le nombre des illégitimes parmi les mort-nés
était de 29,30 p. 100; il est aujourd’hui de 38,35 p, 100.
DE LA. PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE 661
Pour les naissances vivantes, le nombre des illégitimes est
un peu moindre. De 23,80 p. 100 en 1912, il atteint, en 1918,
30,30 p. 100. Il y a donc aujourd’hui un enfant ülégitime sur
(rois, ce qui peut expliquer, jusqu’à un certain point, l’augmen- ,
talion croissante du nombre des abandons et des mises en nour¬
rice.
VI. — Mortalité de 0 a 1 an.
La mortalité infantile de 0 jour à Smiois pendant la quatrième
année de la guerre est devenue supérieure à ce qu’elle était
avant la guerre.
8.10 pour 100 en 1914 ;
7,41 pour 100 en 1915;
7,40 pour 100 en 1916;
8,00 pour 100 en 1917;
8,32 pour 100 en 1918.
La mortalité de 3 mois à 1 an a, au contraire, diminué sensi¬
blement :
7.40 pour 100 en 1914;
7,78 pour ‘100 en 1915;
7,59 pour 100 en 1916 ;
6.41 pour 100 en 1917 ;
5,64 pour 100 en 1918.
Il en résulte que la mortalité totale de 0 jour à 1 an, qui
était de 13,51 p. 100 en 1914, n’est plus aujourd’hui que de
13,96 p. 100.
VII. — Mortalité de 1 a 2 ans.
La mortalité de 1 an à 2 ans a également diminué. Elle a été
pendant la quatrième année de guerre inférieure à ce qu’elle
était avant la guerre ;
4,35 pour 100 en 1914;
5,12 pour 100 en 1915 ;
5,50 pour 100 en 1916;
5,90 pour 100 en 1917;
4.10 pour 100 en 1918.
662
PROFESSEUR A. PINARD
VIII. — Mortauté db 0 a 2 ans.
La mortalité infantile de 0 jour à 2 ans est de même infé¬
rieure à ce qu’elle était avant la guerre :
19,86 pour 100 en 1914;
20,36 pour 100 en 1915;
20,48 pour 100 en 1916;
20,25 pour 100 en 1917;
18,06 pour 100 en 1918.,
IX. — Mortalité aux divers âges entre 0 et 2 ans,
AVANT ET PENDANT LA GUERRE.
La quatrième année de guerre, malgré une légère augmenta¬
tion de la mortalité de 0 à 3 mois, est en diminution sensible
sur les années précédentes, pour les âges de 3 mois à 1 an, de
i à 2 ans et la mortalité totale de 0 à 2 ans.
X. — Marche des principaux facteurs de la mortalité
DE O A 2 ans depuis LA GUERRE.
La rougeole a fait de. nombreuses victimes :
1.368, parmi les enfants de 0 à 2 ans pendant les trois pre¬
mières années de la guerre. Elle a diminué de moitié pendant
la quatrième et elle est revenue au taux d’avant la guerre.
La coqueluche a eu une recrudescence pendant la deuxième
année de la guerre; elle a repris avec une certaine intensité
pendant laqualrième.
La rougeole et la coqueluche, à elles deux, ont causé, pen¬
dant les quatre premières années de la guerre, la mort de
2.194 enfants de 0 jour à^2 ans.
La débilité congénitale s’est abaissée d’une façon sensible
pendant la première année de la guerre. Elle prend, depuis
deux ans, des proportions inquiétantes. Elle a atteint la propor¬
tion de 4,55 p. 100. Elle cause à Paris la mort d’un millier
d’enfants de moins de trois mois chaque année.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE 663
La scarlatine et la diphtérie, après une poussée presque con¬
tinue pendant les trois premières années de la guerre, sont en
décroissance.
La méningite et la tuberculose ont diminué depuis la guerre.
11 en est de même des maladies des voies respiratoires, malgré
l’augmentation signalée pendant la quatrième année pour les
enfants de moins de 3 mois.
La diarrhée infantile se maintient en décroissance depuis trois
ans; elle a diminué d’un tiers. De 1.363 en 1914, les décès dus à
cette maladie sont tombés à 762 en 1918; d’où une diminution
moyenne de 600 par an.
XL — Marche des principaux facteurs
DE LA MORTALITÉ AUX DIVERS AGES
PENDANT LA QUATRIÈME ANNÉE DE GUERRE (1917-1918).
La mortalité de 0 à 3 mois a été augmentée de 0,12 p. 100,
, par rapport à celle de l’année précédente, par une augmentation
de la débilité congénitale et de 0,20 p. 100 par suite d’une pous¬
sée de broncho-pneumonie dans les mois de février, mars et
avril 1918.
La mortalité de 3 mois à 1 an accuse une diminution de
0,20 p. 100 dans la rougeole et 0,S7 p. 100 dans les maladies des
voies respiratoires.
La mortalité de 1 à 2 ans a bénéficié de diminutions sem¬
blables : 1 p. 100 dans les maladies des voies respiratoires et
de 0,80 p. 100 pour la rougeole.
XII. — Mortalité maternelle par les maladies puerpérales.
La mortalité maternelle puerpérale n’a pas augmenté pendant
la quatrième annéé de la guerre. Elle reste inférieure à ce qu’elle
était avant la guerre.
0,67 pour 100 en 1914;
0,46 pour 100 en 1915;
0,48 pour 100 en 1916;
0,50 pour 100 en 1917 ;
0,49 pour 100 eu',1918.
€64
PROFESSEUR A. PINARD
PROTECTION DE L’ENFANCE A PARIS
PENDANT LES TROIS PREMIÈRES ANNÉES DE GUERRE
1» DÔCÜMENTS STATISTIQUES
comprenant ceux de l'année ayant précédé la guerre
et ceux des quatre premières années de la guerre.
I
Tous ces documents, sauf ceux du tableau IV, sont extraits du
Bulletin hebdomadaire de statistique municipale de la Ville de
Paris.
I. — Naissances a Paris.
Naissances.
Du 1” août 1913 au 1" août 1914. . . . 48.197
1914 — 1915. . . . 37.085
— 1913 — 1916. . . . 26.179
— 1916 — 1917. . . . 30.575
— 1917 — 1918. . . . 32.125
Proportion, des naissances par rapport à celles d'avant la guerre.
Du 1®’’ août 1913 au l'® août 1914 .... 100,00
— 1914 — 1915 .... 75,82
— 1915 — 1916 .... 53,92
— 1916 — 1917 .... 62,50
— 1917 — 1918 .... 66,85
Moyenne des naissances par semaine.
Du 1«® août 1913 au l'® août 1914 . 927
— 1914 — 1915 . 713
— 1915 — 1916 . 504
— 1916 — 1917 . 588
— 1917 — 1918 . 618
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
€05
II. — Mortinatalité.
Pour 100
KOMBBE des naissances
annuelles
Du I" août 1913 au 1” août 1914 . 3.711 7,69
— 1914 — 1915 .... 2.460 6,63
— 1915 — 1916 .... 2.007 7,67
— 1916 — 1917 .... 2.191 7.15
— 1917 — 1918 .... 2.445 7,60
III. — Mises en nourrice hors Paris.
Du 1" août 1913 au l" août 1914. . . . 14.925 31,00
— 1914 — 1915. . . . 4.954 13,35
— 1915 — 1916. . . . 5.844 22,32
— 1916 — 1917. . . . 7.295 25,92
— 1917 — 1918. . . . 7.862 24,45
IV. — Abandons.
1» Dans les 15 premiers jours.
Du I" août 1913- au l'r août 1914 .... 11.336 4,31
— 1914 — 1915 .... 858 2,34
— 1915 — 1916 .... 1.098 4,19
— 1916 — 1917 .... 1.362 4,45
— 1917 — 1918 .... 1.390 4,33
2» De 15 jours à 3 mois.
Du 1" août 1913 au 1" août 1914 . 321 0,67
— 1914 — 1915 . 206 0,54
— 1915 — 1916 . 268 1,02
— 1916 — 1917 . 321 1,05
— 1917 — 1918 . 402 1,25
3» De 3 mois à 1 an.
Du 1« août 1913 au 1« août 1914 . 380 0,79
— 1914 — 1915 . 290 0,78
— 1915 — 1916 . 320 1,22
— 1916 - 1917 . 339 1,19
— 1917 — 1918 . 334 1,40
666
PROFESSEUR A. PINARD
Pour 100
NOMBRE des naissances
annuelles
4° Au delà d'un an.
Du D-- août 1913 au 1" août 1914. .... 1.716 4‘86
— 1914 — 1915 . 1.147 3,10
— 1915 — 1916 . 1.322 , 5,04
— 1916 — 1917 . 1.230 4,09
— 1917 — 1918 . 1.002 3,11
Total des abandons.
Du août 1913 au l'’’ août 1914 . 3.753 10,63
— 1914 — 1915 . 2.501 6,76
— 1915 — 1916 . 3.008 11,47
— 1916 — 1917 . 3.252 10,78
— 1917 — 1918 . 3.128 9,73
V. — Proportion des illégitimes.
1“ Enfants nés vivants ; 2» mort-nés ;
3° ensemble des naissances et des mort-nés.
Nombre des illégitimes depuis la guerre,
comparé avec celui de l'annuaire de statistique de 1912.
NAISSANCES ET MORT-NÉS
ANNÉE ANNÉE f.
1912 1914
Légitimes
36.789 34.191 5
Illégitime
. 11.448 10.732
Total .
48.277 44.943 3
Légitimes
2.572 2.371
Illégitime
1.054 1.011
Total .
3.626 3.382
Légitimes
39.361 36.562 2
Illégitime
% mort nés-' ' '
12.542 11.763
Total. ....
51.903 48.32S 3
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE 667
Pour cent des illégitimes depuis la guerre,
comparé à celui de l’année 1912.
RAISSAN'CES ET MORT-XÉS
1912
Aft'NéE
1914
1915
1916
m
Légitimes .
Illégitimes . .
1» Naissances :
Total .
70,85
22,15
70,73
22,25
68,60
23,10
64,50
28,65
64,75
28,15
93,00
93,00
93,70
93,15
92,90
Légitimes .
Illégitimes .
2° Mort-nés :
Total .
4,95
2,05
4,90
2,10
4,40
1,90
4,60
2,25
4,35
2,75
7,00
7,00
6,30
6,85
7,10
Légitimes .
Illégitimes .
75,80
24,20
7.3,63
24,35
73,00
27,00
69,10
30,90
69,10
30,90
3° Naissances et mort-nés :
Total .
100,00
100,00
100,00
100,00
100,00
Pour cent des illégitimes
dans chacune des trois séries précédentes.
PROFESSEUR A. PINARD
VI. — Mortalité infantile de 0 a 1 an.
Population enfantine deü à i an restée à l'intérieur de Paris.
Pour 100
No.MBBE des naissances
annuelles
Du août 1913 au 1« août 1914.' . . . 31.615 65,32
— 1914 — 1915. . . . 31.067 83,77
— . 1915 — 1916. . . . 18.971 72,47
— 1916 — 1917. . . , 21.593 70,63
— 1917 — 1918 . 24.263 75,50
Les nombres compris dans le paragraphe précédent ont servi
à l’établissement des pour cent des tableaux de mortalité qui
suivent.
NOMBRE Pour 100
. . du nombre
PRINCIPAUX FACTEURS DE LA MORTALITE > “68
DÉCÈS restés à Paris
Diarrhée et entérite.
1“ Enfants nourris au sein.
Du 1" août 1913 au 1" août 1914. ... 238
— 1914 — 1915. ... 257
— 1915 — 1916. ... 115
— 1916 — 1917. ... 153
— 1917 •— 1918. . . . 143
2° Autre mode d’alimentation.
Du 1" août 1913 au 1" août 1914. . . . 1.125
— 1914 — 1915. . . . 1.182
— 1915 — 1916. ... 481
— 1916 — 1917. ... 509
• — 1917 — 1918. ... 619
3" Total des décès.
Du 1" août 1913 au 1" août 1914.
— 1914 — 1915.
— 1915 — 1916.
— 1916 — 1917.
— 1917 — 1918.
1. Tout en reconnaissant que ces chiffres ne représentent pas toujours
la vérité absolue, loin de là, comme cause exacte de la mort, nous pensons
qu'ils possèdent, quand même, une signification de par la loi du grand
nombre.
1.363 4,31
1.439 4,63
596 3,15
662 3,05
762 3.14
0,75
0,83
0,60
0,70
0,59
3,56
3,80
2,55
2,35
2,55
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
669
PRINCIPAUX FACTEURS DE LA MORTALITÉ
NOMBRE
des
DÉCÈS
Débilité congénitale.
Du 1" août 1913 au 1" août 1914. ..... 1.356
^ 1914 — 1915 . 1.050
— 1915 — 1916 . 782
— 1916 — 1917 . 964
— 1917 — 1918 . 1.087
Affections de l'appareil respiratoire.
Du 1" août 1913 au 1®'' août 1914 . 961
— 1914 — 1915 . 823
— 1915 — 1916 . '525
— 1916 — 1917. .... 584
— 1917 — 1918 . 563
Maladies inconnues ou mal définies.
Du !■' août 1913 au l®' août 1914 . 598
— 1914 — 1915 . 697
— 1915 — 1916 . 432
— 1916 — 1917 . 527
— 1917 — ■ 1918 . 545
Tuberculose.
Du 1‘® août 1913 au 1®® août 1914 . 196
— 1914 — 1915 . 200
— 1915 — 1916. .... 154
— 1916 — 1917 . 111
— 1917 — 1918 . 120
Méningite simple.
Du 1'® août 1913 au 1®® août 1914 . 159
— 1914 — 1915 . 151
— 1915 — 1916 . 91
— 1916 — 1917 . 94
— 1917 ' — 1918 . 128
Rougeole.
Du 1®® août 1913 au 1®® août 1914 . 111
— 1914 — 1915. .... 271
— 1915 — 1916 . 115
— 1916 — 1917 . 120
— 1917 — 1918 . 72
du nombre
des enfants
restés à Paris
4,29
3,38
4,12
4,46
4,48
3,04
2,64
2,76
2,70
2,32
1,88
2,26
2,33
2,43
2,24
0,62
0,64
0,81
0,51
0,50
0,50
0,48
0,48
0,43
0,53
0,35
0,87
0,61
0,55
0,30
€70
PROFESSEUR A. PINARD
Four 100
OnTVPrDATTY PirTPnn
niT r 1 MnnTirtTiJ
du nombre
DÉCÈS
restés à Paris
Coqueluche.
Du 1" août 1913 au
l»-' août 1914. . .
. . 141
0,45
— 1914
— 1915. . .
. . 69
0,22
— 1915
— 1916. . .
. . 114
0,61
— 1916
— 1917. . .
. . 48
0,22
— 1917
— 1918. . .
. . 96
0,40
Scarlatine.
Du 1“' août 1913 au
1” août 1914. . .
. . 1
0,01
— 1914
— 1915. . .
. . 9
0,03
— 1915
— 1916. . .
. . 5
0,03
— 1916
— 1917. . .
. . 4
0,02
— 1917
— 1918. . .
. . 1
0,01
■ Diphtérie.
Du 1” août 1913 au
pf-août 1.914. . .
. . 19
0,06
— 1914
— 1915. . .
. . 15
0,05
— 1915
— 1916. . .
. . 6
0,03
1916
— 1917. . .
. . 9
0,04
— 1917
— 1918. . .
. . 10
0,04
Mortalité totale de 0
àlan.
Du 1" août 1913 au
1" août 1.914. . .
. . 4.905
15,51
— 1914
— 1915. . .
. . 4.724
15,20
— 1915
— 1916. . .
. . 2.830
14,93
— 1916
— 1917. . .
. . 3.123
14,41
— 1917
— 1918. . .
. . 3:385
13,96
VII.
— Mortalité de
l A 2 ANS.
Cette mortalité se rapporte au nombre des enfants nés et
restés à Paris pendant l’année qui a
précédé celle
du décès.
diminué des pertes
qu’ils ont faites
de 0 à 1 an. Ce nombre,
pour chacune des années, est indiqué
ci -après; il a
servi pour
l’établissement des pour cent correspondants.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
Enfants âgés de l à % ans restés à Paris.
Du l" août 1913 au 1" août 1914 .... 27.S96
— 1914 — 1915 .... 26.710
— 1915 -r . 1916 .... 26.343
— 1916 — 1917 .... 16.141*
— 1917 — 191.8 .... 18.470
NOMBRE Pour lOQ
J-, du nombre
PRINCIPAUX FACTEURS DE LA MORTALITE <*«S des eufauts
DÉcÉs restés à Paris
Diarrhée et entérite.
Du 1" août 1913 au 1" août 1914 . 94 0,34
— 1914 — 1915 . 106 0,40
— 1915 — 1916 . 83 0,31
— 1916 — 1917 . 54 0,33
— 1917 — 1918 . 61 0,32
Débilite congénitale.
Du 1« août 1913 au 1"^ août 1914 . 9 0,03
— 1914 — 1915 . 18 0,07
— 1915 — 1916 . 10 0,04
— 1916 — 1917 . 14 0,09
— 1917 — 1918 . 11 0,07
Affections de l'appareil respiratoire.
Du 1" août 1913 au 1” août 1914 . 470 1,70
— 1914 — 1915 . 472 1,76
— 1915 — 1916 . 481 1,84
— 1916 — 1917. ... 361 2,22
— 1917 — 1918 . 266 1,45
Maladies inconnues ou mal définies.
Du l»’' août 1913 au 1" août 1914 . 93 0,35
— 1914 — 1915 . 55 0,30
— 1915 — 1916. .... 111 0,41
— 1916 — 1917. .... 93 0,57
— 1917 — 1918 . 70 0,38
1. En 1915-1916, la population enfantine de 0 à 1 an est tombée de
31.067 à 18.971 et ses pertes ont été de 2,830 enfants.
672
PROFESSEUR A. PINARD
NOMBHB Four 100
J du nombre
PRINCIPAUX FACTEURS DE LA MORTALITÉ “«S deS eufants
DÉCÈS restés àFaris
Tuberculose.
Du l" août 1913 au 1" août 1914 ... 187 0,67
— 1914 — 1915 . 169 0,63
— 1915 — 1916 . 192 0,73
— 1916 — 1917. .... 125 0,76
— 1917 — 1918 . 99 0,54
Méningite simple.
Du 1" août 1913 au 1" août 1914 . 119 0,43
— 1914 — 1915 . 88 0,32
— 1915 — 1916 . 90 0,34
— 1916 — 1917 . 51 0,31
— 1917 — 1918 . 52 0,29
Rougeole.
Du août 1913 au 1« août 1914. ... 123 0,44
— 1914 — 1915. . . . 379 1,42
— 1915 — 1916 . 284 1,08
— 1916 — 1917 . 199 1,22
— 1917 — 1918 . 94 0,51
Coqueluche.
Du 1" août 1913 au 1»' août 1914 . 74 0,27
— ’ 1914 — 1915 . 45 0,17
— 1915 — 1916 . 171 0,65
— 1916 — 1917. . . . i 37 0,23
— 1917 — 1918 . 80 0,43
Scarlatine.
Du 1" août 1913 au 1" août 1914 . 5 0,02
— 1914 — 1915. .... 5 0,02
— 1915 — 1916 . 9 0,03
— 1916 — 1917 . 8 0,05
— 1917 — 1918 . 2 0,01
Diphtérie.
Du !'='• août 1913 au 1« août 1914, .... 30 0,10
— 1914 — 1915 . 31 0,11
— 1915 — 1916 . 2b 0,09
— 1916 — 1917 . 20 0,12
— 1917 — 1918 . 20 0,10
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
673
PRINCIPAUX FACTEURS DE LA MORTALITÉ
Four 100
du nombre
des enfants
restés à Paris
Mortalité totale de i à2 ans.
Du 1“' août 1913 au août 1914 . 1.203 4.35
— 1914 — 1918 . 1.368 5,16
— 1915 — 1916. .... 1.462 5,55
— 1916 — 1917 . 952 5,90
— 1917 — 1918. .... 756 4,10
VIII. — Mortalité de 0 a 2 ans
La colonne des pour cent contient la somme du pour cent de
la mortalité de 0 à 1 an et du pour cent de la mortalité de 1 à
2 ans.
PRINCIPAUX FACTEURS DE LA MORTALITÉ
Diarrhée et entérite.
1° Enfants nourris au sein.
Du 1" août 1913 au 1” août 1914 . 938
— 1914 — 1915 . 257
— 1915 — 1916 . 115
— 1916 — 1917. .... 153
— 1917 — 1918. .... 143
2“ Autre mode d’alimentation.
Du 1" août 1913 au 1” août 1914 . 1.219
— . 1914 — 1915 . 1.288
— 1915 — 1916 . 564
— 1916 — 1917 . 563
— 1917 — 1918 . 680
3» Total des décès par diarrhée et entérite.
Lu 1« août 1913 au 1=' août 1914 . 1.457
— 1914 — 1915 . 1.545
— 1915 — 1916 . 679
— 1916 — 1917 . 710
— 1917 — 1918 . 823
0,75
0,38
0,60
0,70
0,59
3,90
4,20
2,86
2,65
2,86
4,65
5,03
3,46
3,38
3,46
d’hyg.
— 43
674
PROFESSEUR A. PINARD
PRINCIPAUX FACTEURS
Débilité congénitale.
Du 1«>' août 1913 au 1" août 1914. .... 1.364 4,32
1914 — 191i). .... 1.068 3,41
1915 — 1.916 . 792 4,19
1916 — 1917 . 978 4,55
1917 — 1918 . 1.098 4,55
Affections de l'appareil respiratoire.
lu 1““' août 1913 au 1” août 1914 . 1.431 4,74
— 1914 — 1915 . 1.295 4,40
— 1915 — 1916 . 1.012 4,60
— 1916 — 1917 . 945 4,92
— 1917 — 1918 . 829 3,76
Maladies inconnues ou mal définies.
Du 1"- août 1913 au l»*' août 1914 . 691 2,23
— 1914 — 1915 . 752 2,56
— 1915 — 1916. .... 554 2,74
— 1916 — 1917 . 620 3,00
— 1917 — 1918 . 615 2,63
Tuberculose.
Du 1»' août 1913 au 1" août 1914. .... ' 383 1,29
— 1914 — 1915 . 369 1,27
— ■ 1915 — 1916 . 346 1,54
— 1916 — 1917 . 236 1,27
— 1917 — 1918 . 219 1,04
Méningite.
Du 1" août 1913 au 1" août 1914 . 278 0,93
— 1914 — 1915 . 239 0,80
— 1915 — 1916 . 181 0,82
— 1916 — 1917. . .' . 145 0,74
— 1917 — 1918 . 180 0,81
DE LA PROTECTION MATERNELLE
ET INFANTILE
PRINCIPAUX FACTEURS DE LA MORTALITÉ
ueTSs
Rougeole.
Du l" août 1913
au 1" août 1914 .
234
0,79
— 1914
— 1915 .
650
2 29
— 1915
— 1916 .
399
1,69
— 1916
— 1917 .
319
1,77
— 1917
— 1918 .
166
0,80
Coqueluche.
Du 1" août 1913
au !''■ août 1914 .
215
0,72
— 1914
— 1915. . . .
114
0,39
— 1915
— 1916. . . .
285
1,26
— 1916
— 1917 .
85
0,45
- 1917
— 1918 .
170
0,83
Scarlatine.
Du l" août 1913
au l'‘ août 1914 .
6
0,03
— 1914
— 1915 .
14
0,05
— 1915
— 1916 .
14
0,06
— 1916
— 1917 .
12
0,07
— 1917
— 1918 .
3
0,02
Diphtérie.
Du 1" août 1913
au août 1914 .
49
0,16
— 1914
— 1915 .
40
0,16
— 1915
— 1916 .
31
0,12
— 1916
— 1917 .
29 ’
0.16
— 1917
— 1918 .
30
0,16
Mortalité totale de 0 o 2
au.
Du l»-- août 1913 i
lu l" août 1914 .
0.108
19,86
— 1914
— 1915 .
0.092
20,36
— 1915
— 1916 .
4.293
20,48
— 1910
— 1917 .
4.08:;
20,31
— 1917
— 1918. ....
4.141
18,06
«76
PROFESSEUK A. PINARD
IX. — Mortalité aux divers âges, entre 0 et 2 ans,
AVANT ET PENDANT LA GUERRE.
Comparaison des cinq années
(1913-1914, 1914-1915, 1915-1916, 1916-1917, 1917-1918'.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE 6*7
XI. Marche des principaux facteurs de la mortalité
AUX divers AGES,
pendant la quatrième année de guerre (1917-1918)
pour cent.
XII. — Mortalité maternelle par les maladies puerpérales.
Naissances.
Du i" août 1913 au l»' août 1914 .... 48.197
— 1914 — 1915 .... 37.085
— 1915 - 1916 .... 26.179
— 1916 — 1917 .... 30.573
— 1917 — 1918 .... 32.125
Décès.
Accidents de la gestation et de l'accouchement, fièvre puerpérale,
péritonite, phlébites puerpérales.
Du l" août 1913 au l»-' août 1914 . 325 0,67
— 1914 — 1915 . 178 0,46
— 1915 — 1916 . 126 0,48
— 1916 — 1917 . 155 0,50
— 1917 — 1918 ... 158 0,49
PROFESSEUR A. PINARD
2» DOCUMENTS EXTRAITS DES ARCHIVES
DE LA CLINIQUE BAUDELOCQUE
XIII. — Durée de la gestation ou de la première vie
Seat considérés comme pouvant être à terme tous les enfants
expulsés neuf mois après les dernières règles. (Voir tableau
page suivante.)
RÉFLEXIONS ET CONCLUSIONS
En présence de tous ces chiffres extraits du Bulletin hebdoma¬
daire de statistique municipale, de la Ville de Paris, et des
Archives de la Clanique Baudelocque, quelles réflexions peuvent
et doivent surgir ? quelles conclusions doit-on en tirer pour
l’avenir ?
Les tableaux XI et XIII sont particulièrement intéressants à ce
point de vue. Ils renferment des chiffres qui s’accusent en relief.
Le tableau XI nous apprend que, de tous les facteurs de morta¬
lité de 0 jour à 3 mois, la débilité congénitale à elle seule cause
autant de morts que tous les autres facteurs nocifs, que toutes les
maladies. Alors que pendant la première année de guerre, le
nombre de ses victimes s’était considérablement abaissé, relati¬
vement à ce qu’il était avant la guerre, il s’est constamment
relevé depuis, et il prend, depuis ^deux ans, des proportions de
plus en plus inquiétantes.
Depuis deux ans, plus de mille enfants meurent de 0 jour à
3 mois chaque année de débilité congénitale!
Le tableau XIII nous montre que le nombre des enfants préma¬
turés, nés avant terme, c’est-à-dire avant leur développement
normal et complet — est égal à l'a moitié du nombre total des nais-
sancesi Est-ce une pandémie persistante et inconnue? Non. Nous
n’avons pas à rechercher ici la cause pathogène, le tableau XIII
explique le tableau X. Quoi qu’on en ait dit à cette tribune, plus
6«« PROFESSEUR A. PINARD
que jamais, j’affirme que la cause de la mortalité par débilité
congénitale est, pour la plus grande part, le fait de surmenage
pendant la gestation. J’en donnerai ,1a preuve dans un instant.
Mais avant, je veux dire que la mortalité infantile, par débilité
congénitale, enregistrée de Ojour à 3 mois, n’est qu’une partie
de l’ensemble des résultats désastreux causés par le surmenage
pendant la gestation. 11 y faut ajouter tous les avortements
causés par lui et qui ne sont pas enregistrés, puis encore, prin¬
cipalement, tous les prématurés qui survivent avec les tares
indélébiles de la prématuration et qui ne seront jamais que des
êtres faibles, sinon des déchets sociaux.
En dehors de tant d’autres preuves de cette assertion, con¬
nues des personnes compétentes, il en est une qui résulte de la
statistique d’un graphique de la Ville de Paris pendant les quatre
années de guerre.
Que démontre-t-elle mathématiquement? Que jamais les
enfants n’ont été plus vigoureux, plus beaux que dans la pre¬
mière année de guerre, c’est-à-dire que jamais la mortalité par
débilité cougénitale n’a été aussi faible. C’était à croire que la
plupart de ces enfants étaient issus de femmes ayantpassé leurs
derniers mois de gestation dans les Refuges dont je montrais
l’inQuence, ici même, en 1895 '. Hélas! cela ne dura qu’une
année. Dès la deuxième année, la débilité congénitale s’accusait
davantage dans les tables de la mortalité générale et ne cessait
de progresser depuis.
Il m’apparaît qu’il faudrait être atteint de cécité intellectuelle
pour ne point voir ici la cause de ce fait lamentable.
Qu’a-t-on pu observer pendant la première année de guerre ?
Le chômage forcé de toutes les travailleuses, autrement dit le
repos obligatoire pour les femmes en état de gestation.
Qu’a-t-on pu constater depuis? Au chômage a succédé le tra¬
vail intensif pour toutes les femmes travailleuses, pour les
femmes en état de gestation comme les autres, je pourrais dire
le travail forcé pour ces dernières, en déterminant des consé¬
quences funestes que je me suis hâté de vous faire connaître
ici même, en vous signalant particulièrement l’influence désas-
1. In Bulletin de l'Académie, le 24 novembre 1895.
DE LA. PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
treuse de l’entrée des femmes en état de gestation ou des
mères nourrices dans les usines. De là naon cri ; les usines,
tueuses d’enfants! N’était-ce point là mettre en évidence un
fait ayant une valeur expérimentale? Vous savez qu’il m’a été
répondu que mes inquiétudes étaient « exagérées » et « que
des mesures protectrices déjà avaient été prises et que d’autres
étaient en voie de réalisation et de préparation ‘ ».
11 s’en est suivie une discussion que je n’ai pas à rappeler et
le remarquable rapport de notre collègue Doléris dont vous avez
adopté les conclusions.
Est-ce que depuis cette époque les choses ont changé? Je
constatais en faisant, ici, ma communication sur la Protection
maternelle et infantile pendant la troisième année de guerre que
seules les circulaires, instructions et décrets ministériels avaient
vu le jour, mais que les femmes en état de gestation et les
mères nourrices travaillaient toujours dans les usines, où elles
n’étaient nullement protégées, pas plus dans les usines de
l’État que dans les autres -. Après vous avoir apporté la
preuve que ce qui, à ce point de vue, se passaità Paris, se passait
également partout ailleurs, je concluais ainsi ; « L'organisation
méthodique et complète de la -protection maternelle et infantile
n'existe pas en France. Elle est toute à créer ».
Aujourd’hui, je vous apporte quelques documents, qui vous
apprendront ce qui a été fait au sujet de ce qui nous occupe,
pendant la quatrième année de guerre, aussi bien dans les
usines de l’État que dans dilTérents établissements industriels et
commerciaux.
Le travail des femmes et principalement des femmes enceintes
DANS LES USINES DE GUERRE A TOULOUSE,
par M. le professeur Audebert
Le D'' Audebert, professeur de clinique obstétricale à la Faculté de
médecine de Toulouse, vient de publier, dans les Annales de Gynéco-
1. In Bulletin de l'Académie, 19 décembre 1914.
2. In Bulletin de V Académie, 12 décembre 1917.
3. In Annales de Gynécologie et d' Obstétrique, n» 3, xliii' année. Deuxième
série, t. XIII.
«82
PROKESSEUR A. PINARD
logie et d' Obstétrique, le rapport qu’il avait été chargé de faire par le
Comité de l’Alliance sociale d’Hygiène sur la Protection des femmes
enceintes dans les usines de guerre à Toulouse. Nul! n'était mieux placé
et plus qualifié pour remplir cette lâche.
Regrettait de ue pouvoir reproduire in extenso dans le Bulletin de
l'Académie ce magistral rapport, j’en extrais textuelleme'nt les parties
principales.
« Inutile d’insister, dit M. le professeur Audebert, sut l’intérêt du
sujet. Rien qu’à Toulouse, la population féminine des usines est une
véritable armée. A la fin de l’année 1917, les établissements nationaux
de guerre y comptaient 11.531 ouvrières ainsi réparties :
A la Pouidrérie, 4.175 ; , •
A l’Arsenal et à la Cartoucherie, 7.356.
A. ces 11.500 ouvrières de L’État, ajoutons les oOD femmes qui,
d’après le relevé officiel fourni par la Préfecture, travaillent actuelle¬
ment dans les* usines privées, nous obtiendrons le chilEre respectable
de 12.000 salariées travaillant pour la guerre.
Si nous faisons remarquer, en outre, que ces ouvrières sont presque
toutes jeunes et en pleine période d’activité génitale; que l’année
dernière, on a compté à la Poudrerie 311 femmes enceintes et 224 à
l’Arsenal et à la Cartoucherie, soit un total de .545 naissances qui
représentent le quart de la natalité toulousaine (2;031 naissances ont
été enregistrées à l’état civil en 1917); si Ton veut enfin réfléchir au
réle important que peut jouer cette armée féminine dans la lutte
contre la dépopulation, on comprendra que le Comité de l’Alliance
d’hygiène sociale ne pouvait rester étranger à cette question; il se
devait à, lui-même de l’étudier et de la solutionner au mieux des
intérêts du pays.
Le point de départ de ce rapport m’a été fourni par les observa¬
tions recueillies dans mon service, à la Clinique d’accouchements
de la Faculté, pendant Tannée 1917 et les premiers mois de 1918. J’ai
donc la bonne fortune de m’appuyer sur une série de faits dûment
contrôlés, d'une exactitude rigoureuse et d’une authenticité indis¬
cutable.
Avant d’aborder cette statistique fondameutale, j’indiquerai dans
un premier tableau comparatif l’évolution de fa grossesse chez les
femmes qui se sont longuement reposées. Le tableau II comprendra
le relevé des avortements et accouchements observés à la Clinique
chez les ouvrières des usines d’armenient.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
TABLEAU 1.
ÉVOLDIION DE LA GROSSESSE. CHEZ 106 FEMMES S ÉTAET LONCUEMEHT REPOSÉES.
{Registres de la Clinique d'accouchements, 1917.)
78 accouchements à terme, soit 73 p. 100.
!/■ 19 à 8 mois 1/2.
26 accouchements a.vant terme : 7 6 à 8 mois.
( 1 à 6 mois 1/2.
2 avortements.
!97 accouchements à terme ou près du terme (enfant robuste).
9 accouchements avant terme ou. avortements (enfant débile ou
mort).
Poids moyen des enfants de ces 104 femmes ) „
(avortements non compris). ( grammes.
TABLEAU II.
Évolution de la grossesse chez 145 femmes ayant travaillé
DANS LES CSINES DE GUERRE ET DANS DIVERSES INDUSTRIES.
{Registres de la Clinique d’accouchements, 1917 et premiers mois de- 1918.)
Sur 145 femmes ; <
66 accouchements avant terme, '
se décomposant ainsi : ,
3 mort-nés.
12 avortements.
Les accouchements à terme se répartissent ainsi, sur :
66 ouvrières
de la poudrerie . .
de la cartoucherie .
de, l’arsenal. . . .
des chaussures . .
des tramways. . .
22 acc. à terme ; 33 p. 100.
20 — — 1
3 - - I 50 p. 100.
Poids moyen des enfants de 130 femmes (avortements et mort-nés non
compris) ....
Poids moyen des
. 3.000 gr
Enfants des ouvrières de la poudrerie ... 2.770 gr
— — de la cartoucherie. . 3.110 gr
— — de l’arsenal . 3.225 gr
— — divers . 3.180 gr
La comparaison des tableaux I et H nous montre :
1» Que chez les femmes qui se son! reposées, 73 p. 100 des gros-
684
PROFESSEUR À. PINARD
sesses sont arrivées à terme, alors que chez celles qui ont travaillé, le
nombre des accouchements à terme n’arrive qu’à 43 p. 100;
2” Que le poids moyen des enfants de la 1'* catégorie s’élève à
3.260 grammes, tandis que, dans la seconde, il varie entre 2.770 et
3.225, avec une moyenne de 3.000 grammes.
Cetie influence néfaste du travail de la femme enceinte est trop
connue depuis les retentissantes communications de M. Pinard en
1893 et 1898 ', pour qu’il soit nécessaire d’y insister.
Mais, par contre, j’attirfe toute votre attention sur les deux faits
suivants, qui se dégagent de l’examen du tableau II :
1“ La grossesse est interrompue beaucoup plus souvent à la Pou¬
drerie qu’à l’Arsenal et à la Cartoucherie (33 p. 100 au lieu de
50 p. 100) ;
2“ Le poids des enfants de la Poudrerie est notablement inférieur :
2.770 grammes au lieu ;de 3.110 grammes (Cartoucherie) et de
3.225 grammes (Arsenal), chiffres qui se rapprochent sensiblement de
la normale, qui est 3.260 grammes daiis le tableau I.
Seule l’étude attentive des conditions du travail féminin dans ces
divers établissements pouvait me permettre de trouver l’explication
de ces faits. »
Le professeur Audebert, en présence de la différence des résultats
constatés à la Cartoucherie et à l’Arsenal s’est demandé et a recherché
pourquoi il n’en, était pas de même à la Poudrerie.
Tout en reconnaissant que le travail des femmes à la Poudrerie se
fait surtout debout, que les manœuvres de force y sont plus com¬
munes et que le surmenage doit y être plus intense, il incrimine
surtout l’intoxication de l’organisme maternel par les vapeurs d'alcool
et d'éther, imprégnant l’atmosphère de la Poudrerie et les vapeurs
éthérées étant plus nocives que les vapeurs alcooliques. Alors il
ajoute :
« Il y aurait certainement un grand intérêt à découvrir la grossesse
dès le début. Les accoucheurs savènt que beaucoup de femmes ne
sont fixées à cet égard qu’après quelques semaines, souvent même
quelques mois. Les unes, de bonne foi, ignorentréellement leur état,
d’autres le cachent dans un but trop facile à deviner. Elles continuent
à travailler la nuit, à se surmener, à faire des efforts répétés, à porter
des fardeaux sur le ventre. Dans ces conditions l’avortement pst
presque inévitable, puisque le traumatisme, sous sa forme la plus
dangereuse, vient s’ajouter à l’effet toxique des vapeurs éthérées.
Je me suis demandé si l’on pouvait imposer l’examen médical à
t. Voir in Bulletin de F Académie, novembre 1895 et Annal'es de Gynéco¬
logie, août 1398.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
toutes les ouvrières en âge d’activité génitale. Dans certain pays,
sans doute, on n’hésiterait pas. Mais je crains que cette- mesure, dictée
par l’intérêt supérieur de la race, ne répugne à nos habitudes indé¬
pendantes et individualistes. »
Élargissant le cadre de son étudè spéciale, le professeur Audebert
envisage aussi le travail des femmes en élat de gestation dans les
usines en général, dans les industries et les administrations publiques
ou privées.
Cette élude serait certainement incomplète, dit-il, si, prenailt à la
lettre le titre de ce rapport, nous nous en tenions exclusivement aux
usines de guerre.
Nous avons trop souvent l’occasion de constater qu’en dehors de
ces usines, qui ont du moins l’excuse de travailler pour la Défense
nationale, il est un certain nombre d'administrations privées ou
publiques où des réformes s’imposent sans délai.
Depuis longtemps, mais surtout depuis la guerre, se multiplient
les faits analogues à ceux que nous allons rapporter.
Les Chefs de certaine administration n’hésitent pas à exiger de
leur personnel féminin, qui compte toujours quelques femmes
enceintes, un travail de 13 heures par jour {de 5 heures à 20 heure»,
avec un repos d’une heure pour chaque repas). Le travail est
pénible et nécessite presque constamment la station debout. De
plus, ces femmes, enceintes ou non, doivent veiller une nuit sur cinq.
Dans telle autre administration dont tous les employés doivent
obligatoirement garder toute la journée l’attitude verticale, il y a deux
équipes : la première est sur pied de 8 heures à 12 ou 12 h 1/2, et
de 16 à 20 ou 21 heures; la seconde, de 6 h. 1/2 à 21 heures, avec
3 heures trois quarts pour les deux repas, ce qui donne un travail
effectif de 1 1 heures pro die.
, Les femmes enceintes sont ordinairement enrôlées dans la pre¬
mière équipe. Pas toujours. Voici un exemple de ce que j’avance :
j’ai observé récemment, à la Clinique, une primipare de 17 ans
qui, pendant les 6 premiers mois de sa grossesse, comme toutes ses
compagnes, devait figurer tantôt dans la première, tantôt dans ha
seconde équipe. Pendant le 7® et le 8“ mois, elle fit partie exclusive¬
ment de la première équipe. Conséquence : le 8 juillet dernier,
elle accouche, 3 semaines avant le terme, d’un prématuré de
2.780 grammes.
Huit jours après, le 17 juillet 1918, venait accoucher dans mon
service une employée de la même administration, qui, ayant travaillé
toute la journée de la veille (2® équipe), avait été soumise à des trépi-
68C PROFESSEUR A. PINARD
dations incessantes. Bésnltat : accouchement avant terme ; enfant de
2.5S0 grammes.
Quelle que soit d’ailleurs la durée de la journée, la circulaire dn
1" juillet 1917, que nous ne saurions trop approuver, dit textuelle¬
ment : « Le travail debout avec immobilité doit être prohibé. La
femme enceinte doit être occupée en station assise continue ou prédo¬
minante. »
La même circulaire ajoute cet autre article que certains employeurs
devraient méditer... et respecter : « Les modalités d’emplois compor-
taot...
K c) L’ébranlement de tout le corps et spécialement de l’abdomen
par chocs, saccades et trépidalions doivent être interdites. »
Il est difficile de comprendre que de pareilles pratiques soient tolé¬
rées par les pouvoirs publics.
Car remarquez qu’il s’agit le plus souvent d’administrations ou
d’industries importantes, utilisant un nombreux personnel. Loin de
donner à tous le bon exemple qu’on serait en droit d’attendre d’elles,
elles perpétuent au contraire de funestes habitudes contre lesquelles
M. Pinard s’est élevé depuis 20 ans et contre lesquelles protestent
depuis lors tous les accoucheurs et les pédiatres, n
Je reviendrai up peu plus loin sur les conclusions du rapport
de mon collègue, le professeur Audebert, que j’approuve dans
leur esprit, cela va sans djre, mais dans lesquelles à mon avis
il n’a pas encore été demandé le nécessaire, l’indispensable,
pour assurer définitivement la protection de l’enfant pendant la
gestation.
J’ai voulu faire état de ce rapport, non seulement en raison de
sa valeur intrinsèque, mais aussi pour prouver, une fois de plus,
que les prescriptions, bien insuffisantes encore, contenues dans
la circulaire du 1*”' juillet 1917 émanant du ministère de l'Ar¬
mement, sur la protection de la main-d’œuvre des femmes
enceintes dans les usines de guerre, ou de l’État, sont restées en
1918 à peu près lettre morte.
J’ai apporté à l’Académie, l’année dernière ’, les rapports de
M. le D'' Duclot, médecin principal à Indret {Quelques considé-
1. In Bulletin de l’Académie, 18 décembre 1917.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
rations sur le travail des femmes dans les établissements de la
Marine) et du Prunet {Sur les mesures nécessaires pour
assurer la protection de la santé des ouvrières des établissements
militaires de Bourges, sur le point d’être mères ou qui viennent
de l’être et la protection de la santé physique et morale de tous
les enfants de ces ouvrières) et ceux qui ont pris la peine de les
lire ont pu constater ce que réclamaient si éloquemment et si
justement mes confrères. Le professeur Âudebert, après avoir
constaté les mêmes faits, après avoir montré les mêmes lacunes
dans la protection maternelle et infantile, arrive aux mêmes
conclusions.
D’abord, qu’est-ce que cela prouve?
Cela prouve que, depuis juijlet 1917, il y a bien eu une circu¬
laire ministérielle concernant la protection de la main-d’œuvre
féminine dans les usines de guerre, qu’il y a Mencu aussi depuis
août 1917 une loi concernant l’allaitement maternel dans les éta¬
blissements industriels et commerciaux, mais que ni la circu¬
laire, ni la loi n’ont eu d’effet, parce que ni Dune ni l’autre — qui
ne contiennent qu’un semblant de prolection maternelle et infan¬
tile — n’ont été, et je puis dire, ne sont pas encore appliquées.
On a parlé, on a écrit, on n’a rien fait.
Quant aux conclusions du professeur Audebert ‘ que je re-
1. Ooncliiaions 'générales du rapport du professeur Audibert. — Le Co¬
mité de rnlltance d'hygiène sociale émet les vœux suivants :
« 1° L-s pouvoirs publics sont invités de la façon la plus pressante de
voter aussi rapidement que possible une loi rendant obligatoire le repos
du dernirr mois de la grossesse, actuellement facultatif.
Il 2» Celte même loi donnera à un médecin le droit d’imposer un repos
de deux ou trois mois, et même davantage en cas de besoin, à toute ouvrière
dont la gestation peut être coiiipromise par la continuation du travail.
Il Pendant ce repos imposé, l’ouvrière touchera au moins la moitié de
son sa'aire habituel.
Il 3° En raison de son importance, et pour donner aux décisions prises
pins d’aninrité, le service sera confié, dans chaque centre industriel, à un
médecin inspecteur choisi parmi les spécialistes qualifiés (gynécologues ou
accoucheurs).
Il 11 f .iidra, en outre :
Il 4» Incorporer dans une loi les pi-escriptions contenues dans la circu¬
laire du l'c juillet 1917 sur la protection de la main-d’œuvre des femmes
enceintes dans les usines de guerre, principalement en ce qui regarde: le
travail de nuit, la mutation d'emploi, la durée de travail, la prohibition du
travail drhout.
Il D° Engl.iber dans ladite loi non seulement les « usines de guerre», mais
PROFESSEUR A. PINARD
produis en noie in extenso, si elles dénotent d’excellentes in¬
tentions, ce qu’elles réclament est non seulement insuffisant,
mais j’ajouterai — mon collègue et ami me permettra de le lui
dire — inapplicable, et par cela même inefficace.
■ A propos de la première conclusion demandant qu’une loi
rende obligatoire le repos du dernier mois de la grossesse, je
pose simplement cette question : Quel est donc le médecin, qui
scientifiquement peut préciser l’existence du dernier mois de la
gestation? Quand commence ce mois, quand doit-il finir? Quel
est donc le médecin qui peut préciser, avec raison, quand la ges-,
talion peut être* compromise ou non par le travail ?
La deuxième conclusion demande que la loi donne au méde¬
cin le droit d’imposer un repos de deux ou trois mois,, et même
davantage en cas de besoin, à toute ouvrière dont la geslation
peut être compromise par la continuation du travail. Elle ajoute :
Pendant ce repos imposé, l'ouvrière touchera au moins la moilU'
de son salaire habituel. Donc, par cela même, la femme ayant
une gestation compliquée serait, d’après cette loi, non pas pro¬
tégée, mais condamnée à vivre avec la moitié de son salaire
habituel ! Et si, déjà, cette femme avait d’autres enfants, travail¬
lait non seulement pour pouvoir vivre elle-même, mais avait
besoin de travailler pour faire, vivre ses enfants, elle serait léga¬
lement réduite ainsi que les siens à la demi-portion.
Je pourrais commenter aussi les autres conclusions, mais je
m'arrête en me contentant simplement de répéter pour l’inslant :
une conclusion unique s’impose. Je l’ai déjà formulée bien des
fois ici même et plus souvent ailleurs. .l’y reviendrai tout à
l’heure.
Après avoir, suffisamment je crois, exprimé, démontré, prouvé
par des documents incontestables que dans les Établissements
d'Éiat, où .sont employées des femmes en état de gestation, pen¬
dant la quatrième année de guerre, on s’est contenté de prendre
encore toutes les usines, toutes les industries, toutes les admiiiistrationi,.
tous les services publics ou privés oui r.nt .recours r la m. .in-d’œuvre
féminine. ’ '
« 6“ Introduire dans ce même texte, comme dans la loi Strauss, des sanc¬
tions sévères contre les employeurs qui violeraient sciemment un des arti¬
cles de la loi.
<1 7“ Préciser que toute fem ne enceinte conservera, après mutation d’em¬
ploi, le salaire qu'elle gagnait précédemment. »
DE EA PKOTECriON MATEftNELLE ET INFANTILE 689
pour elles des mesures de protection — et quelle protection ! — sur
le papier, j’arrive à l’examen de ce qui a été fait au point de vue
de la protection maternelle pour celles qui sont occupées dans
les établissements commerciaux ou industriels, et dans les admi¬
nistrations privées.
Sur ce point, l’exposé sera court, pour la bonne raison qu’on
a continué à ne rien faire. La mesure prise au début de la
guerre, et allant à l’encontre de la protection : le suppression
des inspecteurs du travail, n’a pas été rapportée. Et c’était la
seule garantie des travailleuses! On l’a remplacée par la surveil¬
lance des contrôleurs de la main-d’œuvre !
. Abordons maintenant le chapitre des mères nourrices, et
voyons les résultats donnés par la circulaire ministérielle de
juillet 1917. D’après l’article l" de cette circulaire, exprimant les
vœux du fameux Comité du travail féminin, il faut :
« 1“ Que dans les usines employant des femmes et travaillant pour
la Défense nationale soit obligatoirement installée une chambre
d’allaitement avec berceaux, exclusivement réservée à l’enfant au
sein; que celui-ci y demeure entre les tétées et que la mère ait le droit
de quitter son travail une demi-heure le matin et l’après-midi pour
venir l’allaiter ;
Que ceci n’entralne aucune réduction de salaire. Si, de ce fait, l’ou¬
vrière éprouve une diminution de salaire, celle-ci devra être com¬
pensée par une prime d’allaitement;
2“ Que la mère qui allaite ne travaille que le Jour et seulement au
travail assis;
3“ Qu’en outre de la chambre d’allaitement, qui doit rester isolée,
il soit annexé, dans les établissements industriels de l’État et dans
les groupes d’usines, une crèche pour enflmts au biberon et une gar¬
derie pour enfants de seconde, troisième et quatrième année ; que,
pour prévenir la propagation des maladies contagieuses, une sur¬
veillance active s’exerce chaque jour à l’arrivée de l’enfant et que,
pour les enfants « douteux » des possibilités d’isolement individuel
soient envisagées. »
Je ne veux point contester la valeur théorique de cette circu¬
laire, mais, dans l'espèce, il s’agit d’envisager la pratique. Aussi,
j’çspérais que le Comité du travail féminin surveillerait avec
sollicitude l’application de celte réglementation, et ma confiance
HEV. d’hYG. XL — 44
PROFESSEUR k. PINARD
s’était accrue, en apprenant que des intendantes et même
des superintendantes avaient été nommées pour cet objet. On a
même mobilisé des médecins de la place de Paris, et non des
moindres, pour présider à l’installation des chambres d’allaite¬
ment. Je sais aussi que des dépenses dont j’ignore le chiffre,
mais qu’il serait intéressant de connaître, ont été effectuées. Jus¬
qu'à présent, nulle publication ne nous a fait connaître le
résultat de cette mobilisation bisexuée, en vue d’une action
'Synergique.
Aucune relation officielle n’ayant vu le jour à l’heure actuelle,
je me suis informé. M"''Mulon, docteur en médecine, Directrice
de la Pouponnière du Camouflage, qui a consacré à sa tâche
autant de ténacité que de dévouement, a bien voulu m’adresser
un rapport — ce dont je ne saurais assez la remercier — concer¬
nant le fonctionnement de l’œuvre qui lui a été conflée et dont
l’initiative revient au D'' Marchoux, alors médecin en chef de la
Place de Paris. Je vais extraire de ce rapport — que je ne puis
à mon regret reproduire in extenso — ce qu’il importe de con¬
naître au point de vue qui nous occupe.
Le bâ\iment a été construit par le génie militaire, la décora¬
tion extérieure et intérieure, unique en son genre, dit M“'‘ Mu-
lon, est dû à des artistes mobilisés dépendant de la section de
camouflage, l’administration fut d’origine militaire, l’ameuble¬
ment fut fourni par la Croix-Rouge américaine.
L’inauguration de l’établissement — retardée par la difficulté
de rassembler le matériel — eut lieu le fl décembre 1917, et le
31 août 1918, la Pouponnière avait déjà hébergé il enfants!
Voici le fonctionnement des 5 premiers mois :
Le !•' mois, S enfants inscrits donnent : 8T jours de présence.
Le 2* mois, 12 — — — 152 jours de présence.
Le 3' mois, 16 — — — 130 jours de présence.
Le 4« mois, 19 — — — 229 jours de présence.
Le 5° mois, 18 enfants; mais à peine furent présents de 3 à 5 jours. ’
Je reconnais que le fait s’explique par les débuts du bombar¬
dement.
Mais je ne puis m’empêcher de faire remarquer, en comparant
le nombre des inscrits et le nombre des présents, l’irrégularité
de la fréquentation de la chambre d’allaitement maternel.
DE LA- PHOTECTION MATEHNELLE et infantile (iOl
Au mois d’août 1918, une assiduité infantile était en voie de
développement, car d’après le rapport de M™' Mulon, il n’y avait
pas seulenaent 2t enfants inscrits, mais 21 effectivement présents
presque chaque jour ouvrable'.
U me plaît de dire que les enfants fréquentant cette Poupon¬
nière reçoivent tous les soins nécessaires et donnés avec une
sollicitude éclairée tout à fait remarquable par le directeur et
le personnel. « Tout le personnel soignant, me dit M”"’ Mulon,
dévoué comme il l’est partout, est composé de femmes ayant
appris la puériculture. »
Mais M““ Mulon est-elle satisfaite? On en jugera par la lec¬
ture de ces dernières lignes terminant son rapport :
« Si j’osais me permettre une opinion, je demanderais :
« 1® Que la loi de 1917 soit renforcée de sévères sanctions
contre les employeurs négligeant leur devoir afin que toutes les
mères puissent, lorsqu’elles sont obligées de travailler, avoir
néanmoins la joie de sauver leurs petits;
« 2“ Que la loi [de 1913 accorde aux travailleuses non plus
l’indemnité actuelle, mais une allocation correspondant exacte¬
ment aux salaires perdus;
« 3“ Qu’une caisse de maternité soit organisée, sur le prin¬
cipe de celle qui fonctionne en Italie, pour fournir une aide
matérielle très large aux travailleuses qui deviennent mères. »
Ainsi, cette chambre d’allaitement maternel, créée sous les
auspices les plus favorables, ayant à sa disposition des autorités
et des compétences exceptionnelles, est loin, bien loin, d’avoir
donné les résultats escomptés, malgré, je le répète, le dévoue¬
ment inlassable de sa Directrice.
Et je sais, d’autre part, que mon ami, le D" Marchoux, est peu
enthousiaste de cette tentative expérimentale.
11 serait extrêmement intéressant de connaître le prix de
revient de chaque jouTnée d’enfant, dans cet établissement, en
comprenant l’intérêt du capital nécessité pour la construction et
l’installation, mais je ne suis pas documenté sur ce point.
J’ai entendu parler d’autres tentatives qui auraient été faites
ailleurs, sous la direction de surintendantes, avec la collabora¬
tion dès puériculteurs militaires et civils, mais n’étant point
suffisamment documenté sur le sort de ces essais — qui n’ont
692
PROFESSEUR A. PINARD
pas été sans nécessiter quelque dépense — je m’abstiendrai d’en
dire plus aujourd’hui.
El je passe maintenant à l’examen de ce qui a été fait par
V initiative privée à&vis l' industrie, ^
Je connais au moins un industriel — et non des moindres — qui
a obéi à la circulaire du ministère de l’Armement, c’est M. André
Citroën.
11 a créé, pour sa magnifique usine du quai de Javel, une
chambre d’allaitement répondant absolument à tous les deside¬
rata : c’est une chambreMi’allaitement modèle.
Je lui suis très reconnaissant d'avoir bien voulu me donner les
renseignements que je vais vous faire connaître. Je lé cite tex¬
tuellement.
« 1“ Du l" juillet 1917 au l"'' août 1918, 112 enfants ont été
admis dans cette admirable pouponnière; la durée moyenne de
leur séjour a été de 8 mois;
« 2“ Les résultats obtenus jusqu’à ce jour ont été très satisfai¬
sants puisque je n’ai jamais eu à enregistrer d’épidémies, qu’à
aucun moment donné cette pouponnière n’a été fermée pour une
causequelconqueetqu’aucundécèsn’yestsurvenu jusqu’à ce joui ;
« 3“ Le nombre de femmes travaillant comme ouvrières dans
mon usine oscille entre 6.500 et 7.000.
« 4® Les frais de construction et d’installation de la poupon¬
nière se sont élevés à la somme de 500.000 francs;
« 5“ Chaque journée d’enfant revient à 8 francs, et en faisant
état de l’intérêt du capital nécessité pour la construction et l’in¬
stallation de l’établissement, à 12 francs. »
Je sais que des Sociétés métallurgiques ont eu l'intention de
créer des chambres d’allaitement maternel; j’ignore ou en sont
leurs projets". ;
J’ai eu l’honneur d’être appelé à donner des conseils à l’une
d’entre elles, et non des moins importantes, pour l’installation de
chambres d’allaitement et de garderies d’enfants. J’ai visité, pour
cela, un certain nombre de locaux. J’ai appris dans la suite qu’un
matériel d’ameublement considérable avait été acheté, ainsi que
de nombreuses layettes, mais j’ai de bonnes raisons de croire
que tout cela est resté sans emploi jusqu’ici.
J’espère que nos collègues qui nous avaient fait entrevoir de si
belles espérances concernant les initiatives de nombreux indus-
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE
trjels viendront nous dire un jour ce que sont devenues ces
espérances.
Que s’est-il passé dans les établissements commerciaux, au
point de vue de la protection maternelle et infantile pendant la
quatrième année de guerre dans le camp retranché de Paris?
Je n’ai pas la prétention de le savoir d’une façon complète et
absolument exacte. Aussi, ne parlerai-je que de ce qui s’est
passé dans deux grands établissements de Paris sur lesquels je
suis aussi bien documenté que possible, et les résultats sont par¬
ticulièrement suggestifs.
Ainsi que je l’ai fait connaître déjà, les grands magasins des
Galeries Lafayette ont installé, dès le 14 octobre 1913, une salle
d’allaitement pour leurs employées, dans « le but essentiel de
permettre aux mamans de remplir le premier de leurs devoirs,
sans être dans l’obligation de renoncer à leur profession ».
Pendant la quatrième année de guerre, la salle d’allaitement
fut déplacée pour la soustraire aux dangers des bombardements
et installée dans un immeuble voisin au 2' étage *.
D’après les renseignements qu’a bien voulu me fournir le
D'' Lehinann, « 105 enfants ont été admis à cette pouponnière,
« depuis l’ouverture de la salle d’allaitement jusqu’au
« l®'’ novembre 1918. Presque tous y sont entrés à 1 ou 2 mois et
« n’en sont sortis qu’au moment du sevrage complet entre 12
« et 15 mois ». J’ai pu constater, à maintes reprises, le parfait
état de, santé de ces enfants.
Mais je tiens aussi à faire connaître le prix de revient de
chaque journée d’enfant. D’après les renseignements qui m’ont
été fournis, le prix varie d& 8 à 1 0 francs par jour, sans compter
les frais. d’installation.
D’autre part, on peut constater combien est minime le nombre
des enfants bénéficiant de cette superbe crèche, malgré lesnoin-
breux avantages qui sont faits à leurs mères. Je reviendrai sur
ce point.
Voici maintenant ce qu’a fait la Direction du Bon Marché. —
Préoccupée de l’avenir de la race et de la prospérité du pays,
1. J’ai dit ailleurs, et j'ai grande satisfaction à le répéter, que l’installation
est aussi parfaite que possibie, sinon luxueuse, et que les enfants reçoivent
les soins aussi éclairés que dévoués du Df L. Lehmann et de la directrice,
jVjme Trépeau,
694 .
PUOFESSÈUR A, PINARD
voulant parer au danger quel présente la dépopulation, elle ii
pris en faveur des mères de son établissement les dispositions
suivantes :
La Dihkotiqn du Bon Marché, désireuse d’apporter son concours à
cette pensée patriotique et sociale, désireuse aussi de procurer une
aide efficace à son personnel féminin et de lui témoigner, une fois
de plus, sa sollicitude, a décidé qu'à partir du y"' avril 4947, il serait
accordé à toutes les dames, de nationalité française, faisant partie du
personnel du Bon Marché depuis 6 mois, travaillant dans la maison ou
lés dépendances et payées directement par la Caisse de cette maison :
1“ Une allocation de 200 francs pour chaque enfant nouveau-né; la
mère devra se reposer (pendant une durée approximative de quatre
semaines avant l’époque prévue pour l’accouchement ;
2“ Une allocation mensuelle de 420 francs par enfant pendant les dix
mois qui suivront l’accouchement,; pour encourager l’allaitement ma¬
ternel et pour permettre à la mère de famille de rester dans son inté¬
rieur et d’élever, elle-même, son enfant. Cette allocation serait ramenée
à 20 francs par mois et par enfant pour les mères de famille qui met¬
traient leur enfant en nourrice.
Quel a été le résultat enregistré depuis l’applicailion de ce beau
geste, de cette manifestation de solidarité et de patriotisme?
Alors qu’avant le 1" avril 1917, és mères sur 100 envoyaient
leurs enfants en nourrice, depuis le l" avril 1917 jusqu'à
octobre 1918, 85 femmes sur 100 allaitent leurs enfants en res¬
tant chez elles, et 15 les envoient en nourrice ! Combien ce fait
es t précieux à enregistrer pour l’avenir !
Une autre belle manifestation de. philanthropie éclairée a vu
le jour pendant la quatrième année de guerre.
Le Conseil général de la Seine, à qui la Protection maternelle
et infantile doit déjà beaucoup, poursuivant sa tradition tuté¬
laire en faveur des mères et des enfants les plus déshérités,
sachant combien il reste encore à faire pour ces malheureux,
vola une prime d’allaitement maternel pour toute mère privée
de l’appui du père et qui ne bénéficie pas de l’allocation mili¬
taire.
, C’est ainsi qu’on peut voir depuis quelques jours, sur les murs
de Paris, l’affiche que je me plais à reproduire ici :
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE ' 693
Prime d’allaitement maternel instituée par le Conseil général
DE LA Seine.
Toute mère privée de l’appui du père et qui ne bénéficie pas de
l’allocation militaire peut recevoir du département de la Seine un
secours mensuel pour l’aider à élever son enfant jusqu’à l’âge de
trois ans.
Ce secours est augmenté d’une prime de ,
Deux cents francs
payable à raison de cinquante francs par trimestre pendant lâ pre¬
mière année de l’enfant, lorsque celui-ci est élevé au sein par sa
mère.
Le paiement de la prime a lieu à l’expiration des 3®, 6®, 9® et
12® mois dé l’enfant, après constatation par un médecin de l’allaite¬
ment maternel et des bons soins donnés à l’enfant.
Les mères qui désirent bénéOcier de la prime d’allaitement maternel
sont incitées à en faire la demande dès la naissance de l’enfant.
Le Directeur de l'Administration générale
de l’Assistance publique,
G. Mesureur.
Ces différents documents sont aussi suggestifs les uns que les
autres, et je vais, en quelques mots, essayer de mettre en relief
leur signification.
D’abord, le consciencieux et important rapport du professeur
Âudebert est la preuve incontestable que dans les usines ou
manufactures de l’État des mesures sont encore à prendre, pour
que les femnjes en état de gestation soient protégées comme
elles devraient l’être.
Ce que j’ai dit de la chambre d’allaitement de l’usine Citroën
montre qu’un grand industriel, au moins, n’a pas hésité à obéir
plèinement aux circulaires ministérielles, au prix de grands
sacrifices. Or, pour beaucoup, ce sera une surprise de constater
combien peu d’enfants ont pu profiter de cette magnifique instal¬
lation. Je rappelle qu’il y a 6.S00 à 7.000 femmes employées dans
cette usine. Mais à ceux qui sont, depuis longtemps, en contact
aveqla réalité, ce résultat ne causera aucun étonnement. .
Les chambres d’allaitement ne peuvent être véritablement
utiles et n’auront de succès que dans des conditions ex eption-
696 PROFESSEUR A. PINARD
nelles, c’est-à-dire là où les mères demeurent, autour ou près de
l'usine où elles sont occupées, et à condition encore que l'atmo¬
sphère de l’usine et le travail auquel elles sont astreintes ne
puissent nuire à la production ht aux qualités de leur lait : les
mères redouteront toujours les fatigues d’un long transport de
l’enfant elles risques des intempéries pour ce dernier. Je n’in¬
siste pas pour le moment sur le danger qui menacera toujours
cette collectivité d’enfants, pas plus que sur l’importance des
sacrifices imposés aux industriels qui voudront créer ces orga¬
nismes.
Les lignes qui précèdent peuvent s’appliquer également aux
établissements commerciaux, ainsi que le prouve ce que j’ai dit
plus haut concernant les belles chambres d’allaitement des grands
magasins des Galeries Lafayetfë : grands sacrifices pour peu de
résultats.
Quant àlâ tentative philanthropique du Bon Marché, on nepeut
qu’y applaudir. Elle vise le véritable but qui doit être atteint,
c’est-à-dire que la mère nourrice puisse rester chez elle, dans son
foyer pendant toute la période d'allaitement.
Là, les sacrifices ne sont pas inutiles, les résultats le prou¬
vent, mais les puériculteurs réclament davantage. Si les mères
nourrices sont presque suffisamment protégées, les femmes en
état de gestation le sont encore bien moins. C’est une lacune
que je me permets de signaler aux généreux Directeurs de cet
établissement, tout en leur exprimantma gratitude.
De même, on ne peut que manifester la plus grande recon¬
naissance au Conseil général de la Seine. En s’intéressant, comme
il n’a cessé de le faire depuis longtemps, — ainsi que je vous en
ai donné la preuve * — aux enfants les plus malheureux, en
ajoutant aux secours préventifs d’abandon et aux secours men
suels, pendant trois ans, la prime d’allaitement maternel de
200 francs pendant un an, il a accompli un bel acte humain.
Est-ce à dire qu’il est pleinement satisfaisant? Je mentirais à
ma pensée, à ma conviction absolue, en répondant par l’affir¬
mative. Et je pense que les honorables membres dé celte
assemblée départementale ne rn’en voudront pas de leur dire
qu’ils n’ont fait que jalonner une petite étape de l’évolution
1. Voir le rapport G. Clemenceau de 1876.
DE LA PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE 697
civilisatrice. Ayant l’honneur de les connaître, je sais qu’ils
désirent faire plus et mieux encore.
Après avoir i^appelé l'organisation de l’Office central d’assis¬
tance maternelle et infantile dans le camp retranché de Paris,
pendant quatre années de guerre, après avoir exposé en détail
son fonctionnement, après avoir fait connaître et envisagé les
résultats obtenus, enfin après avoir caractérisé par quelques
exemples de tentatives de Protection maternelle et infantile dus
soit à l’initiative d’tine assemblée départementale, soit à l’initia¬
tive privée', toutes plus louables les unes que les autres, témoin
ou acteur de toutes ces manifestations, ayant quelques clartés
sur ce qui s’estfait ailleurs, je suis peut-être tant soitpeu qualifié
pour formuler une conclusion d’ordre général. En tout cas, je
vais la donner avec autant de sincérité que de conviction.
A l’heure actuelle, à Paris, aussi bien que dans toute laFrance,
la Protection maternelle et infantile est encore lamentablement
insuffisante. Et cela, malgré la diminution sans cesse accentuée
du nombre des naissances.
Faiblesse de Protection maternelle et infantile, faiblesse de la
Natalité, tels sont les deux grands maux menaçant le pays plus
que toutes les maladies. Ils ne disparaîtront que le jour où la
FONCTION DE REPRODUCTION SERA CONSIDÉRÉE COMME LA PLUS HAUTE
AUTANT QUE LA PLUS INDISPENSABLE DES FONCTIONS SOCIALES, OU
SERONT RECONNUS ET PROCLAMÉS LES VÉRITABLES DROITS DE l’ENFANT.
La Protection maternelle et infantile, telle qu’elle doit être,
n’existera pas avant le jour où toute mère sera assurée de pou¬
voir accomplir la Fonction de Reproduction dans toute sa plé¬
nitude et pendant toute sa durée.
Seule, la Nation, qui, par ses lois sociales, accomplira cette
révolutiou, aura mérité, en toute justice, le titre de Nation
civilisée.
698
ALIMENTATION UES TROUPES
ALIMENTATION DES TROUPES
(Comptes rendus de la Commission sanitaire des Pays alliés).
(Suite I)
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALCIÉS
80US-C0MU1SSI0N DE L’aLKMENTATION
Première séance. — 13 mars 194S.
M. LE Président. — Nous connaissions déjà, il faut le rappeler,
les chiffres des rations alimentaires dans les diverses Armées
alliées. Nous avions été frappés particulièrement, dans l’étude faite
par nous de ces rations, par le fait suivant : dans l’armée italienne,
la ration est moins élevée que dans les autres armées ; cependant
les rapports qui nous sont parvenus de même que les enquêtes
auxquelles nous nous sommes livrés ont démontré que cette ration
réduite répondait à toutes les exigences de la guerre. Pendant un
an, les soldats italiens ont pu, avec cette ration, supporter les efforts
énormes de la guerre, en montagne comme en plaine, accomplir
des travaux constituant de véritables tours de force. Devant ces
faits, une question se posait impérieusement (et M. le Médecin-
Major Langlois a été le premier à le faire ressortir) : Puisque l’or¬
ganisme humain est partout le même et obéit partout aux mêmes
règles physiologiques, comment la ration alimentaire peut-elle être
si différente suivant les armées? Peut-être cette différence n’est-elle
qu’apparente et illusoire? S’il y a différence dans la quantité de
nourriture fournie aux troupes, peut-être y a-t-il différence moindre
dans la quantité de nourriture réellement consommée‘1
Il s’agit donc, avant tout, de savoir : d’abord si la ration admi¬
nistrative arrive, bien entière aux soldats; puis si les soldats la
consomment entièrement.
C’est surtout pour élucider ce point que M. le Médecin-Major
Langlois a été chargé de dresser le nouveau questionnaire très
complet dont nous venons de recevoir les réponses.
M. le Médecin-Major de classe Langlois. — J’apporte ma con¬
firmation à la thèse de notre Président. Nous avons été surpris,
dans notre mission en Italie, M. l’Intendant BrIand, le D"' Geley et
moi, de l’excellente préparation, de l’excellente présentation des
1. Voy. p. 670 et suivantes.
COMMISSIUN SANIÏAIKK ÜKS PAYS ALLIÉS
aliments et du peu de déchets de consommation, explicable par le
goût excellent de ces aliments. La ration était toute consommée,
parce que préparée par des cuisiniers bien dressés et stables, con¬
formément au goût italien, avec un condiment délicieux, présentée
également dans des conditions parfaites.
Il nous a donc paru intéressant de chercher si, dans les autres
Armées, où les mêmes soins minutieux ne sont pas pris, peut-être,
on ne donnait pas trop pour que le soldat ait pratiquement assez;
si, en d’autres termes, il n’y avait pas, dans ces armées, un gros
déchet dû à une préparation ou une présentation moins parfaites
qu’en Italie. Pratiquement, le problème à résoudre est le suivant :
Est-il possible, en améliorant la ' préparation et la présentation,
d’obtenir un rendement meilleur tout en diminuant la ration ?
Malheureusement, les réponses au questionnaire ne nous donnent
pas satisfaction. Un coup d’œil rapide jeté sur ces réponses me per¬
met quelques critiques. D’abord les enquêteurs étaient intéressés à
trouver tout bien dans leurs propres unités ; en second lieu, ils ne
semblent pas avoir compris l’importance de la question des déchets.
C’est ainsi qu’ils ont sûrement sous-évalué considérablement des
déchets certains, tels que ceux de l’épluchage des légumes et du
désossage de la viande, qu’ils n’estiment parfois qu'à S où 0 p. 100,
alors qu’il atteint au moins 40 p. 100.
M. DE Cazotte. — Les enquêteurs ont été d’ailleurs dans l’impos¬
sibilité de résoudre certaines questions, telles que celles du poids
des hommes, du chiffre des calories, etc.
M. le Médecin principal de l” classe Maistriaü (Belgique). —
J’apporte les questionnaires remplis dans l’Armée belge.- Ils offrent
d’avantage d’avoir été confiés à des médecins compétents. Je vous
communique également un extrait de l’O. I. D. que m’a remis notre
collègue, le Médecin principal Hainaut :
« § 6. — De l’avis d’autorités médicales le régime alimentaire du
« soldat est trop carné.
« En outre, il ne serait pas assez souple, il ne permet pas de faire
« varier le régime d’après les fatigues subies.
« Les solutions ci-après pourraient être examinées :
« 1» réduire de 400 à 350 grammes la ration de viande moyennant
« paiement au ménage de la contre-valeur (12 cent.), ce qui per-
« mettrait d’acquérir d’autres denrées et de donner une alimeiita-
« tioii plus substantielle les jours de grande fatigue ;
(( 2“ remplacer dans la ration actuelle 50 grammes de viande par
« les suppléments ci-après : 15 grammes de café plus 20 grammes
« de .sucre et 25 grammes de pois, haricots ou 15 grammes de sain-
doux (G. Q. G., 3“ S»", n" 4171, du 14 mars 1918).
« Les autorités relevant directement de mon commandement me
700
ALIMENTATION DES TROUPES
« feront connaître, le 25 courant, leurs avis et considérations au
» sujet de ces modifications éventuelles à la ration du soldat.
« Prescription du H. D. — Les médecins-chefs des F. S. me feront
« parvenir leurs avis et considérations à ce sujet le 25 courant. »
M. le Médecin Aide-Major Geley. — Dans les réponses au ques¬
tionnaire, la question des déchets est celle qui a été la moins bien
traitée. Les enquêteurs l’ont visiblement considérée comme un hors
d’œuvre négligeable et n’ont pas saisi l’importance que lui attribuait
la Commission. Peut-être aussi n’auraient-ils pas volontiers fait état
des déchets de consommation, de crainte de provoquer dans la suite
des restrictions dans leurs unités.
Ml le Médecin principal Laffohgue (France). — Eu général, les
enquêteurs m’ont paru d’un optimisme un peu suspect. Il est pru¬
dent de ne pas trop tabler sur les résultats de cette enquête.
M. le Médecin-Major de l” classe Langlois. — Depuis six mois,
on autorise les chefs de corps à réaliser des économies, dans une
certaine jnesure, sur l’alimentation et on intéresse les hommes à
ces économies en leur distribuant une part des bonis en argent.
11 y a là une idée dont l’application peut être précieuse et per-
metfrait de voir dans quelles limites la ration peut être diminuée.
M. LE Président. — Les hommes diminueraient alors volontaire¬
ment leur ration. Ce serait là le point de départ d’une expérience
technique bien importante. 11 y a lieu de retenir et d’étudier cette
question.
S. E. le Lieutenant-Général Rho (Italie). — Rien n’est plus difficile
que l’appréciation des déchets. M. le Colonel Bblli, chargé de cette
enquête dans la Marine, vous dira les difficultés qu’il a rencontrées
et les résultats qu’il a obtenus.
Au point de vue des économies, on fait en Allemagne comme en
France. Le soldat est intéressé aux économies. Les bons d’alimen¬
tation non utilisés sont remboursables en argent.
En Italie, j’ai proposé de supprimer dans la Marine les boissons
alçooliques et de donner en argent, aux hommes, l’équivàlent de
leur coût. C’est également ce qui se fait dans la Marine hollandaise.
M. le Colonel Belli (Italie). — La Mission de MM. Briand, Langlois
et Geley a été frappée du peu de déchets alimentaires de la ration
italienne. Je confirme leur opinion. Pour la viande, le seul déchet
est calculé d’avance; il est de 25 p. 100 pour les os, la graisse, les
tendons. On tient compte de ce déchet dans le calcul des calories.
M. le Médecin-Major de l” classe Langlois. — 25 p. 100 de déchets
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS 701
font 100 grammes de viande désossée, dégraissée et entièrement
consommée. Est-ce bien cela?
M. le Colonel Belli (Italie). — Oui ; les autres aliments, riz et
p.âtes, donnent très peu de déchets. Les légumes frais donnent de
gros déchets d’épluchage, mais on ne compte pas ces légumes dans
le calcul des calories. Même l'es déchets sur les pommes de terre
sont négligeables, car on donne fort peu de ce tubercule.
Il n’y a pas de perte de cuisson, car les 48 p. 100 de perte appa¬
rente passent dans le bouillon on le jus. Quant au résidu laissé dans
les assiettes, il est nul. Seule la morue salée donne un résidu de
10 p. 100; mais ce résidu n’est fait que des arêtes et de la peau. Du
reste, on ne donne de morue qu’un jour par semaine.
Le riz donne un résidu plus important, environ 10 p. 100, car il
n’est pas aimé des méridionaux.
Il résulte de tout cela que la ration calculée se rapproche sensi¬
blement de la ration ingérée.
M. le Médecin principal Lakforgue (France). — Le peu de goût
des hommes pour le riz fausse les calculs des calories de la ration..
C’est un aliment important, dont on tient grand compte théorique-
mentvet qui, pratiquement, n’est pas utilisé.
M. le Médecin principal Inaba (Japon). — Pour être bon, le riz
doit être cuit à la vapeur. Nous avons une boîte de cuisson pour
12 hommes.
M. le Colonel Belli (Italie). — Les conclusions de mon enquête
sont les suivantes : le nombre de calories théorique de la nouvelle
ration est de 3.487. Le nombre réel (abstraction faite des déchets)
est de 3.303.
M. le Colonel Beveridge (Grande-Bretagne). — Au début de la
guerre, la ration anglaise laissait beaucoup de déchets, soit à cause
de l’excès d’aliments, soit à cause de la mauvaise préparation.
La ration a été réduite à plusieurs reprises. La viande était pré¬
cédemment distribuée à la dose de 366 grammes. Elle fut d’abord
ramenée à 453 grammes, puis à 360 grammes, y compris les os et
la graisse.
Si r))n enlève de ces 360 grammes 20 p. 100 de déchets, il reste
290 grammes. La ration entière donne 4.000 calories sur le front et
à l’arrière 3.500 calories.
Pour les travailleurs assujettis à de gros travaux, tels que les
forestiers canadiens, on donne une ration considérable équivalant
à 5.000 à 6.000 calories.
Les troupes indigènes ont une ration de 3.800 calories. Les pri¬
sonniers allemands soumis au travail ont une ration de 2.889 calo-
702
AIJMENTATIUN DES TItOÜPES
i-ies, qui peut être augmentée de ;i76 calories en cas de travail très
dur.
Les femmes auxiliaires, télégraphistes, dactylographes, blanchis¬
seuses, secrétaires, etc., ont une ration de 2.996 calories. Cette
ration comprend : 226 grammes de viande, 330 de pain, 15 grammes
dé thé, ou 30 de café ou 30 de cacao, 60 grammes de sucre, 7 de sel,
60 de jambon, 90 de confiture, 120 de légumes fraié, 360' de pommes
de terre, 60 de riz, 60 de lait condensé, .30 de fromage et 30 de rtiar-
garine.
On emploie beaucoup,, dans l’armée, à l’arrière, des femmes poûr
la cuisine. Le résultat est- excellent.
On a évité bien des déchets en réduisant la ration et en la prépa¬
rant conformément au goût des diverses nationalités.
Nous avons soin de recueillir les déchets de graisse et nous récu¬
pérons même la graisse des eaux grasses. On .se sert de ces graisses
pour la fabrication des munitions ou même pour faire de la marga¬
rine, en intéressant les hommes à ces récupérations.
Les feuilles de thé servent de combustible.
On utilise même la soudure des boîtes de conserve que l’on expé¬
die en lingots en Angleterre.
Enfin nous cherchons à extraire l’ammoniaque des urines et
nous en espérons un résultat important, parce qu’un homme urine
en 24 heures suffisamment d’ammoniaque pour la charge d’un obus
de 75.
On utilise même les cadavres de chevaux. Enterrés dans des
fosses à fumier, ils se décomposent en dégageant des gaz que l’on
recueille et qu’on emploie pour ^éclairage ou la force motrice.
Notre raiion ne contient pas d’alcool. Cependant, sur l’avis des
rajédecins et du commandement, on distribue 40 à 50 grammes de
rhum dans les tranchées de première ligne.
Nous donnons beaucoup de légumes frais, dont 180'grammes de
pommes’ de terre et des oignons frais, très antiscorbutiques. L’an
dernier, on distribuait une orange ou un citron par homme et par
jour.
Le riz est peu apprécié ; on en donne 30 grammes par jour sur le
front et 60 grammes à l’arrière.
On donne 30 grammes de fardne d’avoine, très appréciée des
Écossais, 30 grammes de margarine, 60 de fromage, 90 dç confiture,
90 de sucre au front (45 à l’arrière), 30 de lait condensé,, 7 de sel.
Comme équivalents, nous donnons, en cas de nécessité, à la place
de pain, du biscuit (1 livre de biscuit correspond à 2/3 d’une livre
de pain).
.. On distribue souvent, dans les tranchéés, une ration supplémen¬
taire de pain, de sucre, de cacao, ou de lait.
M. le Médecin principal Lafforgue (France). — Pourquoi donnez-
vous 90 grammes de sucre?
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS AELIÉS 103
M. le Colonel Beveridge (Grande-Bretagne). — A cause des pro¬
priétés énergétiques de cet aliment.
S. E. le Lieutenant-Général Rho (Italie). — Quelques faits montrent
que la puissance musculaire peut être entretenue ou/avorisée par
une alimentation réduite. i
Dans l’été 1917, des sports collectifs eurent lieu à Rome entre
Français, Anglais et Italiens. Les Italiens ont remporté les premiers
prix. Dans des régates, à l’étranger, les Italiens ont également rem¬
porté les prix.
Ils n’ont été en seconde ligne que lorsqu’ils ont rivalisé avec des
professionnels.
M. le Chirurgien de la Marine Boyden (Grande-Bretagne. — Con-
nait-on les aliments de substitution employés dans l’Armée alle¬
mande?
M. LE Président. — Non.
Deuxième séance. — /4 mars i91S.
M. LE Président. — S. E. le Général Rho nous offre, à titre d’indi¬
cation, une liste de 10 propositions, Je vous transmets ces proposi¬
tions "en faisant remarquer que notre Commission a surtout un
caractère administratif, plutôt qu’un caractère technique.
Le Gouvernement français a bien établi ce caractère administra¬
tif et la Commission l’a reconnu aussi en me désignant comme pré¬
sident, moi qui suis avant tout administrateur.
Je passe les propositions de S. E. le Général Rho à M. le D'' Poite¬
vin. Ce dernier, en effet, est l'auteiir du vœu adopté par la Déléga-
lion permanente, en novembre 1917, sur la question de l’alimenta¬
tion. C’est à lui qu’il appartiendra de rédiger les conclusions sur
lesquelles nous devrons statuer et que nous proposerons ensuite
aux Gouvernements alliés.
Toutefois et dès maintenant, je désire faire quelques remarques
sur deux des propositions du Général Rho.
L’une (la 10') affirme l’opportunité de la propagande en faveur
des restrictions alimentaires. C’est mon avis; mais j’estime que c’est
aux corps savants qu’appartient l’initiative de cette propagande.
Puisque S. E. le Général Rho est membre d’un haut Comité scien¬
tifique, nous le prierons de soutenir sa thèse auprès de ce comité
qui pourra lui-même influencer d’autres comités.
Une autre proposition (la 4®) a plus d’importance immédiate.
Elle vise l’opportunité d’intéresser les soldats aux économies sur
l’alimentatipn. Cela déborde aussi les attributions de la Commission,
Néanmoins je remercie S. E. le Général Rho, car plusieurs délé-
704
ALIMENTATION DES TROUPES
gâtions ont déclaré que la faculté demandée était déjà accordée
dans plusieurs armées. Donc la conviction a pénétré dans les pou¬
voirs publics que la ration alimentaire est excessive. Les pouvoirs
publics, dont le seul but et l’unique pensée sont la victoire, se seraient
opposés à pareille faculté s’ils l’avaient jugée en opposition avec
leur but primordial. Leur conviction est faite; mais ils ont à envi¬
sager des obstacles d’ordre politique et moral.
Notre rôle est d’encourager les Gouvernements dans leur con¬
viction ,et de les aider à se diriger vers la réforme, soit direcle-
ment, soit par des expédients comme celui dont nous venons de
parler.
S. E. le Lieutenant-Général Rho (Italie). — Voici d’abord mon
programme :
1” Unification des coefficients pour les calculs concernant la
composition des rations, en employant des facteurs qui expriment
la moyenne des analyses des denrées.
2“ Quantités maxima et minima d’albumines qu’on devrait livrer
aux troupes selon leur distribution dans les dépôts, sur les lignes
de cpmmunication et sur le front.
3“ Nombre de calories (maximum et minimum) qu’on devrait
livrer aux troupes selon leur distribution dans les dépôts, sur les
lignes de communication et sur le front.
4° Économies réalisables individuellement par les soldats en
renonçant à quelc^ues éléments de la ration, qu’on devrait leuV com¬
penser en argent, au moins en partie.
5° En cas d’extrême nécessité, quelles devraient être les limites
des réductions alimentaires qu’on pourrait atteindre.
6“ Opportunité d’unifier la quantité des principes alimentaires
dans les rations des matelots et des soldats qui se trouvent dans
les mêmes conditions à terre (dépôts, lignes de communica¬
tion, été.).
T Opportunité d’étudier et de formuler pour chaque nation
(Armée de terre et Marine) des types modifiés de rations inter-
changeablçs selon la disponibilité des deux éléments principaux de
È ration; c’est-à-dire : viande et blé ou autres céréales, en, y ajou-
nt s’il y a lieu des suppléments de sucre, de vin, etc.
8“ Limites de la quantité de l’alcool dans les rations.
9° Opportunité (s’il y ale moyen d’octroyer autrement uu nombre
suffisant de calories) de suspendre la distribution de toutes bois¬
sons alcooliques.
10“ Opportunité d’une propagande très active par les Sociétés
savantes qui s’occupent maintenant de la question de l’alimen¬
tation, surtout en forme populaire, avec de petites brochures,
dans le but d’influencer l’opinion publique, la presse quotidienne
et même la mentalité des officiers et des soldats.
A propos de. propagande, je signale à la Commission l’exemple
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS 705
donné par la Marine américaine dans la lutte antialcoolique. 1. 'al¬
cool est prohibé parmi les matelots et officiers et une « zone sèche »,
de 5 milles est dressée autour des dépôts de la marine.
- M. DE C.woTTE. — La' lutte antialcoolique est plus facile qu’ailleurs
aux États-Unis parce que plusieurs États ont déjà prohibé l’alcool
sur leur territoire. La prohibition légale facilite singulièrement
rétablissement de « zones sèches » pour l’Armée, établissement
difficile à réaliser en dehors des États-Unis.
M. le Docteur Poitevin. — La suppression du vin est absolument
impossible en France et personne n’y peut songer.
M. le Médecin principal Lapfobgue (France). — Le vin est pour la
race française un besoin impérieux ; elle a un atavisme cellulaire
qui lui impose ce besoin et fait qu’elle supporte, comme elle*le
désire, le vin. Il faut tenir compte de ce besoin.
M. le Docteur Poitevin. — D’ailleurs le vin, par l’excitation men¬
tale qu’il donne, favorise le travail. De plus, en donnant satisfaction
au besoin atavique dont a parlé M. Lafforgue, il est le meilleur
agent de lutte antialcoolique. Qui boit du vin n’a plus besoin
d’alcool. Dans les régions où l’on ne boit pas de vin, comme en
Normandie, on prend beaucoup plus d’alcool qu’ailleurs. L’exemple
du Havre est caractéristique et M. Siegfried, avec qui je causais
récemment, est dé mon avis ; dans cette ville on a fait des efforts
considérables pour lutter contre l’alcool. Le seul de ces efforts vrai¬
ment efficace a consisté à fonder des restaurants ouvriers où l’on
sert 1 /2 litre de vin sans augmenter le prix du repas. Les ouvriers
qui mangent à ces restaurants ont spontanément renoncé à l’al¬
cool. En France, c’est partout la même chose : le vin est l’ennemi
de l’alcool. C’est ce que semblent avoir compris les pouvoirs publics.
M. le Médecin Aide-Major Geley. — La thèse de M. Poitevin trouve
une remarquable confirmation dans les réponses à notre question¬
naire. Les soldats, interrogés sur leurs desiderata, demandent,
presque unanimement, qu’on remplace leur ration d’eau-de-vie par
1/4 de litre de vin.
M. le Docteur Poitevin. — Je n’en suis pas surpris. Les Normands
qui auront pris le goût du vin aux tranchées lui resteront fidèles et
renieront l’alcool.
(A suivre.)
REV. d’hYG.
XL — 45
REVUE DES JOURNAUX
REVUE DES JOURNAUX
Note sur l'assistance maternelle et infantile du quartier de Plaisance,
par M"' Chaptal {Bulletin de l'Académie de Médecine, séance du
24 septembre 1918).
Le quartier de Plaisance, qui fait partie du XIV' arrondissement
Je la Ville de Paris, et comprend à lui seul 79.084 habitants, était,
en l’année 1900, absolument dépourvu au point de vue de l’Assis¬
tance maternelle. La mortalité infantile y était considérable, et les
causes en étaient multiples dans ce quartier particulièrement dense,
dont les logements sont peu salubres. Mais les raisons principales
diP pourcentage considérable de décès avaient surtout pour cause
l’absence presque complète de nourriture au sein. En effet, d’après
les recherches effectuées à ce moment, cette nourriture ne dépas¬
sait pas une proportion de 20 p. 100 pour les mères élevant leurs
enfants elles-mêmes.
Quand, en janvier 1901, l’Assistance maternelle et infantile de
Plaisance fut créée en plein quartier misérable, 63, rue Vercingé¬
torix (où elle se trouve encore), cette œuvre avait pour but d’arriver,
par une assistance bien comprise, à relever la proportion de^mères
nourrissant elles-mêmes leurs enfants, et à diminuer la mortalité
des nouveau-nés. •
On commença par une consultation destinée aux femmes en¬
ceintes et nourrices, et très rapidement ou y ajouta, deux|fois par
semaine, une consultation de nourrissons proprement dite.
Tout au début, une Goutte de lait dut être adjointe à la consul¬
tation, et il fallut distribuer du lait de bonne qualité afin de contre¬
balancer, tout au moins, le mauvais effet du liquide jusque-là donné
à leurs enfants, sous le nom de lait, par des mères ignorantes. On
se servit, dès l’origine, de l’CEuvre philanthropique du lait, dont
les dépôts commençaient alors de s’organiser dans Paris. Mais
l’objet même de l’Assistance maternelle était, ainsi que nous l’avons
dit, d’augmenter la proportion du nourrissage an sein.
Pour y parvenir, on s’efforça :
1° D’instruire, dès avant la naissance de l’enfant, les femmes
enceintes, et de leur devoir de nourrir' elles-mêmes, et des avan¬
tages matériels qu’elles y peuvent rencontrer, lorsque la nourriture
est bien dirigée.
2“ De remetire surtout aux mères, chaque fois que cela était pns
sible, des bons d’alimentation destinés à elles-mêmes, au lieu de
leur donner sans discernement du lait qui n’aurait pu servir que de
prime au sevrage.
D'autre part, les consultations médicales, faites depuis l’ouver-
REVUE DES JOURNAUX 707
ture du dispensaire par M. le D'^ Ancelet, avec une compétence
spéciale doublée d’un très grand dévouement, furent les moyens
d’instruire, fréquemment, les femmes de l’hygiène et de l’alimen¬
tation nécessaires à leurs enfants. La pesée hebdomadaire venait
corroborer, par ses résultats, l’enseignement donné.
On pensa aussi qu’il serait i;tile de suivre. l’enfant non seulement
jusqu’au sevrage, mais encore jusqu’à l’âge de trois ans accomplis,
afin déconsolider les résultats oblenus pendant la période de nour¬
riture.
La création de la « Maison-Ecole d’infirmières privées », 66, rue
Vercingétorix, vint faciliter la tâche un peu rude de l’infirmière
directrice et lui permettre d’organiser solidement la visite à domi-
<5ile, indispensable pour l’influence hygiénique, en même temps que
pour connaître les besoins des familles ouvrières.
Petit à petit, l’CEuvre prenait corps, s’étendait et voyait grandir
son action et son efficacité : la mortalité infantile, calculée de zéro à
deux ans sur les enfants régulièrement suivis et assistés par l’CEuvre,
s’est peu à peu stabilisée aux environs de 2 1/2 p^ 100.
Mais ce n’est pas tout que de maintenir l’enftfnt en vie pendant
ses deux premières années, il importe de lui constituer une santé
résistante — ceci peut être obtenu principalement par la première
nourriture ; et la progression eonstaute du pourcentage d’allaite¬
ment maternel montre que l’Assistance maternelle et infantile de
Plaisance a atteint son but principal ; ce pourcentage, qui était de
^Op. 100 en 1901, s’est élevé à' 44 p. 100 en 1904, à 68 p. 100 en 1910,
à 71 p. 100 en 1915 et à 85 p. 100 en 1917.
Les dépendes de l’CEuvre né sont pas très considérables en pro¬
portion du résultat obtenu, cependant, elles ont passé de 1.467 fr. 30,
en 1901, année delà fondation, à_13.892fr. 52, en 1913, pour s’élever,
en 1917, à 45.760 fr. 30.
On doit ajouter que l’Assistance maternelle est aidée constam¬
ment par les diverses organisations voisines ou annexes qui con¬
courent au même but d’hygiène et de préservation à Plaisance; la
Maison-École d’infirmières privées avec ses visiteuses, la Crèche annexe
et son jardin, l’OEuvre des tuberculeux adultes avec ses consultations
et ses deux sanatoria, la Coopérative de consommation contre la vie
chère, la Société ant.nyme des logements de Plaisance avec ses quatre
maisons ouvrières pour familles nombreuses, le placement des en¬
fants à la campagne complété par l’ouverture d’une maison de soins
pour enfants déln'ats à Ballainvilliers, etc.
Le nombre des soins et visites à domicile a considérablement aug¬
menté depuis la guerre, par suite de la collaboration de l’Assistance
maternelle avec les services de la mairie du XIV® : visites et soins
aux pauvres du Bureau de bienfaisance, visites pour le contrôle de la
loi Strauss. Le nombre total de ces différentes visites s’est élevé en
1917 à 15.928.
REVUE DES JOURNAUX
L'enlèvement des ordures ménagères {Revue municipale, 21” année,
n” 649, p. 75). ,
A Miami, aux États-Unis d’Amérique, on a adopté, nous apprend
V American City, un nouveau procédé pour l’enlèvement des ordures.
Il comprend des chariots électriques pour le transport des réci¬
pients en métal appartenant à la municipalité pour garder les
ordures ménagères à la maison et un système perfectionné de
nettoyage et de stérilisation. Miami est une ville de 28.000 habitants.
Chaque semaine on enlève énviron 60 tonnes d’ordurè. On a fait
choix en cette circonstance de camions électriques, parce que l’on
est obligé d’avancer lentement et de s’arrêter souvent au cours de
la tournée. Ces camions construits spécialement sont à deux pla¬
teaux, et chacun de ces derniers est capable de porter cinquante
récipients, ce qui représente une charge maxima de cent récipients.
Un de ces camions a servi pendant plus de deux ans, et les dépenses
totales pour son entretien, en dehors du chargement des batteries,
n'ont pas dépassé 250 dollars (1.250 francs). Ue coût d’achat du
calmion avait été de 3.100 dollars (15.500 francs environ).
La ville de Miami achète elle-même les récipients et les fournit
gratuitement à chaque famille. Il est difficile de dire ce qu’ils coû¬
teraient actuellement, mais au dernier achat, ils revenaient en
moyenne à deux dollars (10 francs) la pièce. Ces récipients, qui ont
été fabriqués tout spécialement, ontun diamètre de quatorze pouces
et demi (0 m. 36), et une hauteur de vingt pouces (0 m. 50), y
compris les couvercles. Cette dimension suffit pour une semaine à
une famille ordinaire.
Quand un- chargement de récipients pleins arrive à l’incinérateur,
on les décharge d’abord dans la fosse aux ordures, puis oh les lave
dans une ouve à eau chaude, avec une brosse. Après avoir soigneu¬
sement frotté les récipients pour qu’il n’y reste plus rien, on les
placé en les retournant au-de.ssus d’un tuyau à vapeur, et on lâche
la vapeur jusqu’à ce qu’ils soient en quelque sorte stérilisés. Ce
traitement détruit tous les bacilles de putréfaction. Après avoir été
passés à la vapeur, les récipients sont égouttés et sont alors prêts à
être retournés à ceux qui s'en serven(.
Le camion électrique, en arrivant à l’incinérateur, décharge les
récipients pleins et prend immédiatement un chargement de réci¬
pients vides, ce qui économise beaucoup de temps. Un homme se
tient.de chaque côté de la rue quand le camion fait sa tournée ; il
prend un récipient vide sur le camion et le remplace par un plein.
Les récipients sont constamment couverts, et seul le maître de
maison les découvre. De cette façon on évite bien des inconvé¬
nients, par aucune ordure ne tombe dans la rue lorsqu’on les vide.
On a trouvé que ce procédé empêchait dans une large mesure les
mouches et les rats de se propager;
VARIÉTÉS
70^
VARIÉTÉS
CRÉATION D’ASILES POUR BUVEURS
De Tavis de tous les hygiénistes, pour détruire de façon cer¬
taine, l’alcoolisme, il est un moyen pratique et efficace* qui est
l’interdiction pure et simple de la yen le de l’alcool de bouche.
Par malheur, ce procédé certain que le Parlement s’est résolu
en 1915 à appliquer pour combattre un autre danger redoutable,
l’absinthisme, il se refuse à le mettre en œuvre pour combattre
l’alcoolisme.
Dans ces conditions, pour lutter contre le péril sans cesse gran¬
dissant des petits verres, force est de chercher des^ palliatifs.
Et voici comment et pourquoi, au cours de la séance de la Chambre
du 20 septembre 1917, la Chambre prononçait le renvoi à la Com¬
mission de l’hygiène publique d’un amendement de M. Lefas et de
plusieurs de ses collègues au proÿet de loi sur la répression de
l’ivresse publique, ainsi conçu : « La personne qui aura été con¬
damnée deux fois en police correctionnelle pour délit d’ivresse
manifeste pourra voir la peine d’emprisonnement commuée par le
jugement en détention de un à trois mois en vue d’un traitement
médical, dans un établissement approprié. »
La proposition de M. Lefas ne laisse pas d’être intéressante et
mérite au premier chef de retenir l’attention, encore que dans
l’état de notre législation elle soit loin de pouvoir donner tous les
bons effets qu’on en pourrait attendre.
L’amendement de M. Lefas prévoit, comme nous venons de le
noter, un internement dans un établissement spécial pour un temps
pouvant varier entre un et trois mois. Un tel délai est manifeste¬
ment insuffisant. Tous les médecins qui se sont occupés de la cure
de l’alcoolisme savent que pour désintoxiquer un alcoolique et
pour rééduquer sa volonté il est besoin au minimum de six mois, au
maximum de deux années.
Mais, ce sont là des délais que, dans l’état actuel de notre législa¬
tion, il est impossible d’utiliser pour réaliser pénalement l’interne¬
ment d’un buveur, lussi bien, les auteurs de l’amendement parlent-
ils seulement d’un internement .pouvant varier entre un et trois
mois, laps de temps toujours insuffisant pour réaliser la cure
désirée.
Est-ce à dire, en ces conditions, qu’il faille rejeter purement et
simplement l’amendement de M. Lefas et de plusieurs de ses
collègues? '
M. Gabriel Maunoury, au nom de la Commission d’hygiène
710 VARIÉTÉS
publique chargée d’examiner l’amendement, ne l’a point pensé. A
son estime, bien que la mise en vigueur de la disposition réclamée
par M. Lefas ne puisse avoir en elle-même une grande efficacité,
elle ne doit cependant pas’être écartée, car son adoption se trouvera
en somme constituer un acheminement vers l’établissement d’un
système pouvant être complété plus tard si les premiers résultats-
semblent favorables.
Dans ces conditions, en vue de favoriser la création d’asiles spé¬
ciaux, dans lesquels l’internement des buveurs serait volontaVre on
prononcé par le tribunal|ponr remplacer la prison, M. Gabriel Mau-
noury conclut son rapport par la proposition de loi suivante :
Article premier. — Il peut être ouvert par les particuliers ou les
.pollectivités qui satisfont aux conditions ci-après, des établisse¬
ments spéciaux pour le traitement des personnes qui abusent des
boissons alcooliques.
Art. 2. — Le directeur ou la directrice de l’établissement doit être
de nationalité française, âgé d’au moins trente ans, et n’avoir
jamais été condamné pour crime ou pour délit.
Les soins seront assurés par un docteur en médecine régulière¬
ment autorisé à exercer sa profession en France et n’ayant pas de
condamnation inscrite à son casier judiciaire.
Art. 3. — Toute personne appelée à diriger l’un de ces établisse¬
ments doit en faire la déclaration au greffe du tribunal civil de
l’arrondissement où l’établissement est situé avant d’entrer en fonc¬
tions. Récépissé lui sera donné de sa déclaration.
A cette déclaration seront joints : l’état-civil du déclarant, un
certificat de bonne vie et mœurs et l’extrait de son casier judiciaire.
Le directeur ou la directrice qui cesse ses fonctions en fait
immédiatement la déclaration.
Ces prescriptions s'appliquent également au médecin qui assume
la responsabilité médicale de l’établissement.
Art. 4. — Il est tenu par la direction, sur un registre coté et'
paraphé par le président du tribunal, un registre sans blanc ni
interligne, indiquant au jour le jour les personnes entrées dans
l’établissement, soit au titre du personnel attaché à ce dernier,
soit au titre de malades. Mention sera pareillement faite de leur
sortie.
Ce registre, ainsi que les personnes qui y sont mentionnées doi¬
vent être représentés à toute réquisition des autorités chargées de
la surveillance de l’établissement.
Le procureur de la République, sous le contrôle du procureur
général, est investi en permanence du droit d’inspection et de con¬
trôle desdits établissements, au point de vue de l’hygiène, de la
santé et de la moralité publique.
Le procureur de la République reçoit avis des personnes qui font
partie du personnel de l’établissement, en vue de demander leur
VARIÉTÉS
TU
casier judiciaire n® 1. Si quelque condamnation y figure, il doit en
prévenir le directeur de l’établissement sous le sceau du secret pro¬
fessionnel.
Abt. b. — Les tribunaux appelés à prononc.er une condamnation
en vertu des lois sur l’ivresse publique peuvent prescrire le séjour
du condamné dans un de ces établissements, pendant un délai qui
ne peut excéder deux ans.
Ils peuvent décider que la peine d'emprisonnement se confondra
avec cette détention.
Art. 6. — Toute personne désirant se placer volontairement dans
un établissement peut le faire en signant une demande d’admission
devant deux juges qui certifient que l’intéressé, au moment où il a
signé, avait pleinement conscience de la démarche qu’il faisait.
Art. 7. — En dehors d’u,g jugement aucune personne ne peut être
introduite ou retenue dans ces établissements contre son gré, sans
une autorisation du procureur de la République, si elle est mineure,
ou sans une ordonnance du président du tribunal rendue sur
enquête, si elle est majeure. Sont compétents ; le tribunal civil du
domicile de l’intéressé ' et celui où se trouve l’établissement en
question.
Art. 8. — Un règlement d’administration publique déterminera
les conditions d’application de la loi' à l’Algérie et aux colonies.
Art. 9. — Toute infraction aux dispositions des articles 2, 3 et 4
sera punie de 16 à 3.000 francs d’amende.
En cas de récidive l’établissement pourra ê tre fermé.
AMÉLIORATION DD LOGEMENT POPULAIRE ET INSTITUTION
. D’OFFICES PÜBUCS D’HABITATIONS A BON MARCHÉ.
Par une circulaire en date du 16 septembre dernier, M. le Mi¬
nistre du Travail et de la Prévoyance sociale a insisté auprès de
MM. les Préfets sur la question du logement populaire, dans les
termes suivants :
• La question du logement populaire, qui depuis de nombreuses
années a retenu l’attention des pouvoirs publics, a pris dans ces
derniers temps, du fait de la guerre, une importance considérable.
Il existe une crise du logement, et en particulier une crise du loge¬
ment populaire. Elle s’explique par l'exode des réfugiés des pays
envahis, le surpeuplement des centres industriels travaillant pour
la défense nationale, l’afflux de la main-d’œuvre coloniale et étran¬
gère, l’arrivée des troupes américaines. La population d’un certain
nombre de centres a subi un accroissement considérable auquel
n’ont pu toujours correspondre des disponibilités suffisantes de
712 VAniÉTÉS
logements. Cette crise, malgré les mesures spéciales qu’elle a pro¬
voquées, ne paraît pas devoir prendre fin avec la guerre. Il ne faut
pas perdre de vue que, depuis l’ouverture des hostilités, le mouve¬
ment des constructions est arrêté et qu’il ne reprendra pas sans
quelques difficultés, en raison de la rareté et de la hausse des maté-
riau.x et de la main-d'œuvre.
Or, dès la ün de la guerre, dès le retour des mobilisés, et sans
parler de la question si grave de la reconstilution des régions en¬
vahies, il faudra de nombreux logements. Il faudra refaire bien des
foyers détruits, reconstituer bien des familles dispersées. Le meil¬
leur moyen de hâter,. de faciliter la reconstilution des familles
atteintes par la guerre, n’est-il pas de leur donner un foyer attrayant,
un logis sain et économique ?
Et d’autre part, ainsi que d’a observé la Société française des
habitations à bon marché, après la guerre « le devoir social de com¬
battre avec la dernière énergie la tuberculose et l’alcoolisme, et de
régénérer au moyen du logement une lace affaiblie par les pertes
sanglantes qu’elle aura subies et les privations dues à la cherté de
vie, s’imposera avec un caractère d’urgence qui ne souffrira aucun
atermoiement ».
Le développement des habitations à bon marché, l’amélioration
du logement populaire, constituent donc, à n’en pas douter, un des
plus pressants problèmes d’après-guerre.
Pour la solution de ce problème, toutes les bonnes volontés doi¬
vent être mises en œuvre, toutes les ressources de la législation
doivent être utilisées. Dès maintenant, il est indispensable de pré¬
parer lapins large application poâsibte des lois sur les habitations à
bon marché et la petite propriété : lôis des 12 avril 1906, 10 avril
1908, 23 décembre 1912, 11 février 1914. Ces lois prévoient la colla¬
boration des départements, des communes, des comités de patro¬
nage des habitai ions à bon marché et de la prévoyance sociale, des
sociétés d’habitations à bon marché, dés sociétés de crédit immo¬
bilier, des caisses d’, épargne, des bureaux de bienfaisance, etc. Les
uns et les autres ont déjà rendu, dans le cadre tracé par le législa¬
teur, d’inappréciables services. Il faut étendre leur action. Vous
pouvez compter sur le concours de mon Administration pour secon¬
der les efforts que vous tenterez dans cet ordre d’idées.
11 est cependant un organisme qui est appelé à jouer un rôle par¬
ticulièrement utile dans la grande tâche qQ’il s’agit d’entreprendre'
et de réaliser et sur lequel je dois appeler votre attention : c’esl
ro/’/îce public d'habitations à bon marché.
L’article 11 de la loi du 23 décembre 1912 dispose qu’il peut être
institué sous ce' nom des établissements publics qui ont pour objet
l’aménagement, la construction et la gestion d’immeubles salubres,
l’assainissement de maisons existantes, ainsi que la création de
cités-jardins ou de jardins ouvriers. La loi spécifie que les immeu¬
bles construits par ces offices pourront comprendre des locaux à
VARIÉTÉS
713
usages communs, tels que buanderies, bains-doucbes, garderies
d’enfants, terrains de jeux et qu’il peut même y être annexé des
boutiques à destination commerpiale, pourvu qu’il n’y soit pas vendu
de boissons alcooliques.
Les offices publics d’habitations à bon marché sont créés- par dé¬
crets rendus en Conseil d’Étaf, à la demande soit d’un conseil mu¬
nicipal, soit des conseils municipaux de communes ayant à cet effet
constitué un syndicat en conformité du titre VIII de la loi du 5 avril
1884, soit d’un conseil général et après avis des comités de patro¬
nage des habitations à bon marché et de la prévoyance-sociale inté¬
ressés et du comité permanent du Conseil supérieur des habitations
à bon marché.
Je rappelle que les délibérations dés conseils municipaux ou des
conseils généraux relatives à là création d’offices publics doivent-'
assurer une dotation à ces établissements. La dotation dans sa forme
la plus simple consistera dans, une subvention, mais elle peut être
à la fois mobilière et immobilière ; elle doit être suffisante pour
faire face avec les autres concours assurés aux premières réalisa¬
tions envisagées.
La composition des dossiers à transmettre à mon Administration
en vue de la création d’Offîces publics d’habitations à bon marché
a d'ailleurs été réglée par l’instruction des ministres de l’Intérieur
et du Travail en date du 3 mai 1913, relative aux articles 11 à 33 de
la loi du 23 décembre 1912.
Grâce à la compétence des personnes qui sont appelées à com¬
poser leu'rs conseils d’administration, grâce aux concours financiers
que peuvent leur donner les départements, les communes, la Caisse
des Dépôts et Consigations, les caisses d’épargne, les bureaux de
bienfaisance et d’assistance, les hospices et hôpitaux, et, le cas
échéant, de généreux donateurs; grâce enfin à leur caractère
d’absolu désintéressement, les Offices publics seront à môme de
contribuer d’une manière particulièrement efficace à la construc¬
tion rapide de maisons salubres et à bon marché, destinées aux tra¬
vailleurs.
C’est pourquoi. Monsieur le Préfet, je vous serai très obligé de
vouloir bien, sans aucun retard, mettre à l’étude, dans votre dépar¬
tement, la création d’Offices publics d’habitatiôns à bon marché. 11
est nécessaire d’examiner, dès maintenant, les besoins locaux en ce
qui touche la construction de maisons ouvrières, de rechercher
les ressources indispensables pour faire face à ces besoins et de
déterminer les circonscriptions des futurs offices afin de pouvoir
saisir le Conseil général, dans sa plus prochaine session, de propo¬
sitions précises sur lesquelles il puisse se prononcer d’une manière
définitive.
Même dans le cas où un Office départemental existerait ou serait
en voie de fondation, vous auriez à examiner s’il ne conviendrait
pas d’inciter les Conseils municipaux des villes les plus importantes
VARIÉTÉS
714
du département à provoquer la création d’offices publics commu¬
naux d'habitations à bon marché.
Pour l’institution de ces Offlces, j’estime qu’il y aurait. de grands
avantages à faire appel à la collaboration des industriels de votre
département. Il est de l’intérôt aussi bien que du devoir de ceux-ci
de s’associer auç mesures destinées à faciliter le logement (Je leurs
ouvriers et par cela même de coopérer à l’œuvre des Offices publics
d’habitations à bon marché. Vous voudrez donc bien provoquer, à
votre Préfecture, la réunion des principaux industriels de votre
département pour leur exposer les conditions de fonctionnement
des offices, les services que ces établissements sont appelés à rendre,
le parti qu’ils doivent eux-mêmes en retirer et par suite le concours
moral et financier qu’ils doivent leur apporter, par exemple au
moyen de dons et en mettant à leur disposition soit des terrains,
soit des maisons existantes en vue de leur aménagement ou de la
création de cités-jardins et de jardins ouvriers.
A cette réunion préparatoire, vous ne manquerez pas d’appeler
les représentants du Conseil général et des Conseils municipaux des
plus importantes communes de votre département, ainsi (pie des
institutions qui s’occupent plus spécialement du logement ouvrier :
comités de patronage des habitations à bon marché, et de la pré¬
voyance sociale, sociétés d’habitations à bon marché, sociétés de
crédit immobilier, caisses d’épargne, bureaux de bienfaisance et
d'assistance, hospices et hôpitaux, etc.
De cette réunion devra sortir un plan d’action pour la construc¬
tion, d’habitations salubres et à bon marché et pour l’intHusiflcation
de cette construction. J’attacherais un prix particulier à ce que ce
plan d’action soit joint à chaque, dèmari de de création d’Office
public d’habitations à bon marché qui sera adressée à mon minis¬
tère.
Il importe qu’à bref délai le pays tout entier soit couvert d’une
sorte de réseau d’Ofüces publics d’habitations à bon marché, soit
départementaux, soit intercommunaux, soit communaux, qui,
chacun dans sa circonscription bien déterminée, rivaliseront de zèle
et d’activité dans l’intérêt commun.
Ainsi que vous le savez, les Offices publics d’habitations à bou
marché sont, aux termes de l’article 13 de la loi du 23 décembre 1912,
gérés par un Conseil d’administration composé de dix-huit membres,
dont six nommés par le Préfet, six désignés, suivant le cas, par le
Co'hseil municipal ou par le Conseil du syndicat des communes ou
par le Conseil général, et six élus par diverses institutions d’hygiène
et de prévoyance. Il est tout à fait désirable que vous réserviez
dans le Conseil d'administration des Offices publics une place aux
personnes qui auront contribué de leurs deniers à la constitution
du patrimoine de ces établissements et qui auront acquis ainsi des
titres incontestables à suivre l’emploi de leurs libéralités.
Un certain nombre d’Offtces publics d’habitations à bon marché
VARIÉTÉS
715
ont été déjà institués par application de la loi du 23 décembre 1912.
Bien que leur action ait été entravée ou ralentie par les événements
et qu’ils n’aiept encore pu donner leur mesure, puisque la guerre
les a surpris en pleine période d’organisation, des résultats fort inté¬
ressants n’en ont pas moins été obtenus : c’est ainsi que l’Office
public d’habitations à bon marché du département de la Seine a
manifesté une remarquable activité, qn’il a entrepris tout un
ensemble d’opérations en vue de la création de cités-jardins dès le
rétablissement de la paix et qu’il a même envisagé, afin de rendre
son action plus efficace, le recours à l’expropriation pour cause
d’utilité publique de terrains à acquérir.
A l’exemple de cet Ofûce, il est nécessaire de se mettre à l’œuvre
saus retard, sans .se laisser arrêter par les difficultés résultant de la
situation actuelle et des prix actuels de la construction ; ces diffi¬
cultés ne sont que passagères, et elles ne font d’ailleurs pas obstacle
à l’établissement immédiat d’un programme dont il est possible de
préparer et d’amorcer la réalisation par des acquisitions de terrains
ou de maisons, acquisitions qui peuvent être faites, dans certains
cas, à des conditions avantageuses, comme l’expérience l’a déjà
prouvé.
J’aime donc à espérer que des Offices publics d’habitations à bon
marché pourront être institués dans chaque département, suivant
le vœu du législateur, afin de concourir, dès maintenant, à l'œuvre
intéressante entre toutes du développement et de l’amélioration du
lopement populaire. '
Je vous prie de vouloir bien m’accuser réception de la présente
circulaire. Vous voudrez bien, en particulier, me faire connaître les
résultats des conférences qui se seront tenues à votre Préfecture et
les solutions positives qui en seront sorties.
L'ORGANISATION MÉDICALE DANS LES RÉGIONS LIBÉRÉES
En attendant que le service médical puisse normalement repren¬
dre dans les régions libérées, M. Louis Mourier, sous-secrétaire
d’Etat du Service de Santé, vient de procéder à une organisation
provisoire adaptée aux besoins auxquels il convient de faire face
tout de suite. Les grandes lignes de cette organisation sont les
suivantes :
Un médecin principal estdétaché auprès des préfets desneuf dépar¬
tements du Nord, du Pas-de-Calais, Ardennes, Somme, Aisne, Marne,
Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges, pour diriger, en liaison avec
l’autorité régionale, et sous l'autorité du commandement en chef,
le service sanitaire militaire mis à la disposition de l’autorité civile
116 VARIÉTÉS
(hospitalisation, soins à domicile, médicamenls, hygiène générale
et désinfection).
Un médecin-major est détaché auprès des sous-préfets des arron¬
dissements de ces neuf départements.
Dans chaque arrondissement, une ou même, si celaest nécessaire,
deux ambulances complètes, personnel et matériel, sont envoyées,
le médecin-chef remplissant dans les arrondissements autres que
les préfectures la fonction de délégué auprès du sous-préfet.
Enfin, trois seclionssanitaires seront attribuées à ces neuf départe¬
ments au prorata de leurs besoins; dans chaque département, le
médecin principal délégué réglera l’emploi et la répartition des
voitures automobiles à sa disposition pour l’ensemble du départe¬
ment.
DÉSIGNATION DE lyiÉDECINS ASSISTANTS D’HYGIÈNE
Au moment où il est procédé à la révision de la classe 1920, en
vue de renforcer l’action des médecins adjoints et conseillers tech¬
niques, le sous-secrétaire d’État du Service de Santé militaire a
décidé d’associer; de façon constante, à chacun d’eux un médecin
assistant d’hygiène, placé sons l’autorité directe du directeur (du
Service de Santé régional. Ce médecin, sous sa responsabilité per¬
sonnelle, sera chargé, d’une manière permanente, de la surveillance
rigoureuse des conditions d’application de toutes les prescriptions
relatives à l’hygiène générale dans les' casernementsi les cantonne¬
ments et les camps occupés par la troupe.
L’action du médecin assistant d’hÿgiène, non exclusive de celle
de l’adjoint technique, s’exercera en liaison étroite, d’une part avec
celte ,de ce médecin, d’autre part, avec celle des médecins-chefs de
sectèurs médicaux, des chefs du Service de Santé des places et des
médecins-chefs des dépôts de corps de troupe.
UNE NOUVELLE CLINIQUE
A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS
Un décret vient de paraître au Journal officiel qui transforme une
des deux chaires théoriques de Pathologie interne en line chaire de
Clinique des maladies infectieuses.
Lanouvelle clinique sera installée à l’hôpital Claude-Bernard, qui
a été construit il y a quelques années et se trouve situé à la porte
d’Aubervilliers. Constitué par une série de pavillons isolés et
VARIÉTÉS 717
pourvu de beftix laboratoires, il conviendra parfaitement à l’ensei¬
gnement auquel il va servir. Cet hôpital reçoit tous les malades de
Paris atteints d’affections contagieuses aiguës. C’est assez dire que
le recruftement y est assuré dans les conditions les meilleures pour
l’instruction des élèves. Le titulaire de la nouvelle chaire, le profes¬
seur Teissier, était, depuis plusieurs années, attaché comme médecin
à l’hôpital Claude-Bernard.
Par les observations qu’il a pu faire, par les recherches qu’il a
poursuivies et par les travaux qu’il a publiés, il était tout indiqué
pour le nouvel enseignement qui lui incombe. Cet enseignement
est d’autant plus important que la méconnaissance des maladies
contagieuses peut avoir les plus graves ;conséquences sociales. Une
erreur de diagnostic, en empêchant uh isolement nécjessaire, risque
de propager une épidémie. On doit donc approuver sans réserve la
nouvelle amélioration apportée à notre enseignement médical et
féliciter le Conseil de la Faculté de l’initiative qu’il a prise.
ÉCOLE SPÉCIALE D’ARCHITECTURE
Ces concours comprennent : 1“ Un concours final;
2“ Un CONCOURS d’architecte salubriste, comprenant : a) Salubrité
de la Métropole: Aperçu de l’îlpt aménagé; — b) Salubrité colo¬
niale : Tracé du cadre destiné à l’installation coloniale d’une déléga¬
tion de la Marine marchande ;
3“ Un concours d’architecte technicien, relatif à une localité
adjacente à la gare, et s’étendant aux différents services qui s’y
rattachent, à préciser en esquisse ; ,
4“ Un CONCOURS d’architecte pf.AisTiciEN, comprenant : l’aménage¬
ment du site choisi avec aperçus perspectifs déterminant la valeur
locale du motif en rapport avec l’ensemble de la cité; un projet,
aménageant la « Place de l’Entente » et prévoyant l’édification du
Ijilonument à la Société des Nations civilisées.
Concours final de 1918-1919.
Le programme du concours final est le suivant :
La Belgique, le Nord et l’Est de la France, bien d’autres régions
du continent présentent une suite importante d’agglomérations
victimes de violence assaillante. Il y aurait intérêt capital à repren¬
dre leur aménagement, en vue d’y répartir les libertés atmosphé¬
riques auxquelles astreint la santé collective, compris les horizons
spacieux que fait désirer une bea'uté locale, en rapport .avec la
salubrité signalée ici même. De la sorte, se trouve-t-on conduit à
citer : Béthune, Arras, Cambrai, Saint-Quentin, Laon, Soissous,
718 VARIÉTÉS
€hâteau-Thierry, Épernay, Châlons-sur-Marne, Vi#y-le-François,
Verdun, Reims, bien d’autres localités, et tant en Alsace que
chez nos alliés Belges ou autres, qui furent victimes de barbarie
teutonne et de saccages invraisemblables.
Les concurrents n’ont que l’embarras du choix : toute localité
ravagée réclame de l’Art conlemporain qu’il saisisse l’occasion des
ruines présentes, et dues aux volontés d’hégémonie allemande, pour
remédier à ses lacunes et pour y opérer des dispositifs en concor¬
dance avec les solutions que Science et Expérience ne cessent de
dévoiler.
En chacune des compositions, et quelle que soit la localité envi¬
sagée, les concurrents trouveront toujours motif aux améliorations
de bien-être et de beauté, que leur éducation technique ou d’artiste
incite à envisager.
Le ravage lui-même des Cités, en dépit des tristesses s’en déga¬
geant pour l’esprit impressionnable, est pourtant susceptible de
devenir parfois objet d’installations pittoresques, ou bien encore
de susciter des solutions visant à combler en partie les desiderata
plastiques. C’est là ce dont les imaginations poétiques de l’Art ne
sauraient trop subir l’influente générosité. De même le compositeur
devra-t-il, dans la mesure des convenances urbainbs, s’interroger
sur l’opportunité de spécialiser certain quartier: par exemple,
semble-t-il judicieux de chercher désormais à affecter un quartier
distinct aux voyageurs, et s’étendant au plus ou moins grand
nombre de services divers que la circonstance attirerait à portée de
la gare ou des différents emplacements qui serviraient de têtes aux
moyens de circulation rattachant les activités locales à l’extension
nationale, internationale ou mondiale de transports ou d’échanges.
Les concurrents auront donc à déterminer la cité de leur choix
personnel, et qu’ils entendent prendre individuellement pour
objectif; cela dans une région quelconque de l’Est français ou,
au delà, en Alsace-Lorraine, que l’on ne saurait dès maintenant
séparer, du territoire national; à moins' que le concurrent, intérefsé
par toute auti-e contrée victime de la barbarie, soit pourvu de ren¬
seignements assez explicites pour autoriser des études judicieuse¬
ment poussées.
Ils étudieront le plan en conformité des destructions signalétiques
et de façon à assurer aux habitations le maximum d’air et de
lumière pénétrant en toutes localités de l’agglomération, pour y
engager une lutte efficace contre les poussières délétères à la vie
humaine.
Abondance d’air et de lumière, voilà bien le trait incontestable de
tout aménagement moderne en ce qui concerne un disi ositif d’habi¬
tations agglomérées, au xx“ siècle. Et ces exigences sanitaires ont
pour déduction ou conséquence : des perspectives qui, pour l’obser¬
vateur judicieux, contribueront à une sorte de beauté se mesurant
à la participation d’étendue céleste.
VARIÉTÉS
Il convient d’insister sur la conviction que l’abondance atmosphé¬
rique demeure une directive dominante du programme : elle se
résout, finalement et conjointement, en surcroît de saute comme de
beauté.
Les compositeurs s’appliqueront à distinguer et préciser en plan
les localités subsistantes des anciennes Cités, fussent-elles même
d’apparence à peu près intacte. Ils apporteront, au contraire, toute
liberté intellectuelle de création, à l’aménagement de quartiers
neufs et absolument déterminés en leur destination, telle que nous
l’alléguions précédemment. Solutions qui sont là de nature à faire
que l’observateur saisisse, à première vue, tous les avantages de
santé que la Collectivité redevrait au nouvel aménagement.
Concours d’architecte saldrriste de 1918-1919.
SALUBRiré de la métropole.
Ilot salubre de la cüé reconstituée. — Les cités, à la reslitntion de
quoi se consacre le programme du concours final en 1918-1919,
feraient envisager bien des dispositifs concordant avec l’idéal d’habi-
talion salubre.
Cette salubrité se résume par trois traits urgents à distinguer et
approfondir, lesquels le résument et se réalisent, au moyen d’amé¬
nagements favorables :
1“ A l’aération et à l’enluminemeiit célestes de l’habitant comme
de son habitation;
2“ A l’alimentation en eau potable de chaque habitation distincte;
3° A l’évacuation de toutes usures provenant de la vie, en sorte
qu’elles n’exposent jamais à leur contamination : ni la santé de
l’homme, ni la pureté des eaux, à la source desquelles il est loisible
■de recourir.
Se reportant donc à la Cité qüe la liberté d’appréciation lui aura
permis de déterminer pour son concours final, l’élève en détachera
un quartier spécial de choix profondément réfléchi. Il s’attachera à
l’explicite définition des habitants que ce quartier comprend, de
même qu’aux traits signalétiques d’activités y jouant un rôle social.
Le concurrent en distraira un Ilot d’habitation, qu’il y aura lieu
de supposer limité de tous côtés par des voies publiques.
Salubrité de l’îlot. — L’aménagement de cet îlot devra répondre
aux desiderata d’hygiène atmosphérique, à la conception de quoi la
science de nos jours conduit finalement en faveur de tonte habita¬
tion urbaine. Et cela, par opposition anx sombres aspects dont les
dispositifs, dans le passé, demeurent à l’état de traiis à éviter.
Cet îlot-là serait à considérer tel un type, servant de repère aux
aménagements de rigoureuse conception en fait de propriéié privée.
Étude qui est de nature à présenter une sorte de fondement au
règlement général des villes, en ce qui concerne l’habilatioii inhé¬
rente à la superficie des territoires envisagés.
720
VARIÉTÉS
Désormais la densité des populations urbaines devra se ressentir
d’un esprit identique à celui que l’expérience fit aiitérieuiement
prescrire aux conditions de superficie, assignées dans les aména¬
gements d’assistance publique. 11 est par suite convenable que les
municipalités n’en soient plus jamais à tolérer d’habitation, au cas
où le nombre individuel excéderait le chiffre rationnellement pres¬
crit en raison du territoire superfiéiellement intéressé.
Études signalées à l'élaboration des concurrents. — En conséquence
de l’exposé qui précède, les travaux à produire comprendront :
1? L’aménagement des bâtiments dans l’îlot;
2o L’évacuation de toutes les usures ;
3» L’alimentation en eau pure.
Les chapitres stipulés ici soulèvent' bien des intelligencis qu’il y
aura lieu d’amorcer ou d’évoquer dans les travaux suivants :
Ensemble de l’îlot à une échelle qu’il appartient aux concurrents
de déterminer, dans la mesure des conditions matérielles que sa
■présentation peut bien permettre.
Et ledit plan visera :
1“ L’aménagement général des modes d’évacuation et des moyens
d’alimentation en eau pure ;
2“ Le dispositif de l'habitation elle-même à l’échelle de 0 m. 00;>
par mètre ;
Coupes et élévations à la même échelle ;
Aperçu perspectif ;
3o Détails se rapportant ; aux différents modes d’évacuation que
comportent les usures de vie ; à l’alimentation en eau que nécessite
la vie de l’habitant et à l’entretien matériel de l’habitation.
De même, pour les divers aménagements répondant à la réparii-
tion du chauffage, du gaz et de l’électricité, les concurrents auront
à en déterminer les modes de réalisation dansunplan dopt l’échelle
sera subordonnée aux conditîons d’étendue.
4“ Mémoire établissant l’esprit général du parti, évoquant les
principes qui lui ont servi de guide, énonçant les avantages sani¬
taires qui en résulteraient, analysant les traits de l’installation, en
ce qui touche ;
Lé chauffage, l’électricité, l’évacuation et l’épuration des eaux
résiduaires ou matières usées, l’alimentation en eau potable.
[225]
721
SOCIÉTÉ
DE MÉDECINE PUBLIQUE
ET DE GÉNIE SANITAIRE
Reoonnne d'atillté pnÉliçLue par décret du 8 mars 1900.
SÉANCE DU 23 OCTOBRE 1918.
Présidence de M. Jules Renault, président.
La séance est ouverte à dix-sept heures dix minutes.
M. LE Président. — Messieurs, depuis notre dernière séance, j’ai
le plaisir de vous annoncer des nouvelles qui seront agréables à la
Société ;
Notre collègue, M. le D'' Rouget, vient d’être nommé médecin ins¬
pecteur général de l’armée ;
M. le D' Bordas, médecin principal de 2* classe.
J’adresse âmes collègues, au'nom de la Société, nos plus vives
félicitations.
REV. d’hyg.
XL — 46
722 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [226|
Présentation de membre.
Institut Lannexongue d’hygiène sociale, présenté par MM. les
J. Renault et Borne.
Citation à l’ordre du jour.
Le Secrétaire général. — Avant de passer à l’ordre du joui', je
mlempresse de porter à la connaissance de la Société une lettre qui,
personnellement, m’a rempli de joie ; elle m’annonce la nomination
de notre ex'-ellent collègue et ami, M. le Couppey de la Forest, au
grade de chevalier de la Légion d’honneur. Nous avons tous, pré¬
sente 4 l’esprit, la magnifique attitude de notre sympathique col¬
lègue depuis le début des hostilités, et la citation que je vais vous
lire est un honneur pour nous tous :
« Officier dont la bravoure et le sang-froid ont fait l’admiration
de tous, pendant la période des durs combats du 16 au 20 août
s 1918.
« Le 16 août notamment, a entraîné sa compagnie à l’avant des
lignes allemandes dans un élan superbe, et a continué la progression
rendue difficile par le tir violent des mitrailleuses et le bombarde¬
ment.
« Grâce à son allant et à l’ardeur qu’il a communiquée à ses chas¬
seurs, une citation, la présente nomination, comporte l'attribution
de la croix de guerre avec palme. »
Ordre du jour.
L’ordre du jour appelle la communication de M. Marié-Davy.
[227J LE DROIT A L’EAU' POTABLE — LES VIDANGES 125
COMMUNICATION
LE DROIT A L’EAU POTABLE
. LES VIÜANGES, SERVICE PUBLIC
par M. MARIÉtDAVY.
Dans une précédente communication, j’avais attiré l’atten¬
tion de la Société sur les inconvénients ou plutôt lœ dangers
que présentaient à Paris et dans, le département de la Seine
les retards considérables apportés à la vidange des fosses d’ai¬
sances.
Cette situation ne se .limite pas à Paris, mais est, paraît-il, la
même dans les départements.
D’un autre côté, dans beaucoup d’immeubles, l’eau potable
est supprimée, soit par les propriétaires, soit par les Compa¬
gnies qui ne sont pas payées.
Je devais aujourd’hui traiter ce double sujet devant vous, et
je comptais vous apporter une communication étayée de docu¬
ments et suffisamment précise.
Malheureusement, l’épidémie de grippemet les services d’hy¬
giène à une rude épreuve, et je n’ai pu donner à mon travail le
temps nécessaire.
J’espère que, prévenu, notre Bureau aura pu modifier l’ordre
du jour ou désigner un autre collègue pour traiter la question.
Cependant, afin de tout prévoir, j’ai jeté sur le papier les
quelques idées et considérants ci-après, et je réclame votre
indulgence pour ce travail plus que hâtif auquel je n’ai pu con¬
sacrer que de* trop courtes minutes.
Cette question, d’ailleurs, vous la connaissez tous; elle a eu
une actualité presque menaçante il y a quelques semaines,
lorsque la dysenterie fit un certain nombre de victimes à Paris ;
moins primordiale aujourd’hui où la grippe sévit, elle reste
toujours inquiétante, car les causes subsisteront encorependant
une période que l'on ne peut évaluer.
124 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [228]
La situation est la suivante, aussi bien à Paris que dans les
départements :
1“ D’une part, dans de très nombreux immeubles la four¬
niture d’eau potable et même d’une eau quelconque a été sup¬
primée ;
2" D’autre part, la vidange des fosses d’aisances a été totale¬
ment suspendue ou considérablement retardée.
Il n’est pas nécessaire d’insister sur les effets désastreux au
point de vue de l’hygiène de telles mesures.
Les habitants privés d’eau potable s’efforcent de s’approvi¬
sionner d’eau avec le moindre dérangement possible. S’ils ont
à proximité une distribution publique, beaucoup iront y puiser
leur eau de boisson, mais certains préféreront pour un déran¬
gement moindre prendre une eau non potable plus proche, soit
pour leur alimentation totale, soit, au moins pour le lavage des
légumes, le lavage des vases servant à contenir le lait, le lavage
du beurre, etc.
Les eaux de rivières brutes, fournies par les Municipalités
pour le nettoyage des rues et les usages industriels, seront
ainsi mises dans la consommation avec leurs impuretés et leur
contamination, des puits abandonnés ou servant aux usages
non alimentaires et provenant de nappes souterraines dange¬
reuses serviront à nouveau à l’alimentation.
Les lavages et nettoyages des locaux, des cabinets d’ni-
sances, etc., diminueront en raison delà difficulté de se procurer
de l’eau, car, généralement l’eau non potable laissée à la dis¬
position des locataires) est placée au rez-de-chaussée et les
étages en sont dépourvus.
De plus, les chasses d’eau du tout-à-l’égout, très souvent
alimentées en eau de source, ne recevront plus l’eau nécessaire
à leur fonctionnement et le résultat sera l’accumulation des
matières ou, tout au moins, le désamorçage des siphons et la
communication directe des locaux avec l’égout.
Ainsi donc : Contamination des habitants par des eaux
impures, infection des locaux par séjour des matières et émana¬
tions des égouts, telles sont les conséquences presque inévi¬
tables de la suppression de l’eau dans les immeubles.
Lorsque ce sont les vidanges qui ne sont pas faites, les effets
[2291 le droit a L’EAU POTABLE — LES VIDANGES 72&
sont encore plus frappants et non moins dangereux. J’ai cité
dans ma précédente communication un immeuble parisien où,
la fosse débordant par les cabinets d’aisance du rez-de-chaussée,
les matières ruisselaient dans la cour, dans le couloir de la
maison et jusque dans la rue.
1“ L’eau et les vidanges sont payés par les propriétaires.
Ceux-ci, non payés par leurs locataires, souvent même ruinés,
ne peuvent plus faire face à la dépense qui leur incombe.
Les Compagnies des Eaux, non payées, interrompent l’ali¬
mentation.
Les Compagnies de vidange ne sont pas réclamées lorsque la
fosse doit être vidée.
Paris, la question a été solutionnée en ce sens que, lorsque
des plaintes parviennent à l’Administration, l’Administration
intervient, fait remettre l’eau dans les cabinets à tout-à-l’égout
et vidanger ces fosses d’office.
Un certain nombre de Municipalités, notamment dans le
département de la Seine, sans aller aussi loin que l’Adminis¬
tration parisienne, ont offert aux proprié tairesi de se substituer
à eux pour les paiements de l’eau et des vidanges, leur laissant
un temps indéterminé pour s’acquitter vis-à-vis des finances
municipales.
Ces tentatives ont eu peu de succès, les propriétaires refusant
de contracter une dette qu’ils n’étaient pas assurés de pouvoir
payer. En certains points même les propriétaires ont refusé en
bloc.
2® En ce qui concerne les vidanges, il existe une autre diffi¬
culté :
Les Compagnies concessionnaires manquent de chevaux et
leur personnel est très réduit par la mobilisation.
D’autre part, l’extrême cherté delà main-d’œuvre fait qu’elles
embauchent le moins possible.
11 en résulte qu’elles ne peuvent suffire même aux demandes
et que certaines sont défaillantes.
Les retards sont de plus en plus nombreux et de plus en plus
longs et l’on a même dû, pour alléger le service des voitures de
vidange, tolérer la projection des matières dans les égouts, pra¬
tique en tous points dangereuse et répréhensible.
726 . SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [230]
D’ailleurs les employés des vidanges n’hésitenl pas à em¬
ployer. des méthodes encore plus dangereuses, telles que le
déversement des tonneaux de vidange dans les rivières et les
terrains vagues.
Une telle situation ne peut se prolonger.
La fourniture dé l’eau potable est une des nécessités de l’hy¬
giène, il est inadmissible que des familles en soient privées.
L’évacuation des matières usées est-elle aussi une nécessité
et l’on ne peut admettre que ces matières s’accumulent, débor¬
dent des fosses et ruissellent jusque sur la voie publique.
On a pris des mesures pour assurer lé ravitaillement de la
population en pain et en autres denrées. Il est indispensable
que l’on prenne des mesures dé môme ordre pour la ravitailler
en eau potable et la débarrasser des excréta.
A une situation grave, née de la guerre, il faut des mesures
exceptionnelles, énergiques et rapidés, dont seuls les Pouvoirs
publics peuvent; assumer la responsabilité et assurer l’exécu¬
tion.
On a pris des mesures exceptionnelles, des mesures de
guerre, pour, assurer le ravitaillement de la population en pain
et en autres denrées.
L’eau pure est, elle aussi, une denrée de première nécessité
pouf la vie, et là santé publique serait gravement atteinte par
sa suppression.
Il , faut donc que l’on prénne des mesures exceptionnelles
pour qu’elle soit fournie à tous.
De même l’évacuation des matières usées est une nécessité
absolue de l’bygiène.
Puisque, pour diverses raisons, toutes nées de la guerre, elle
ne peut être assurée par la voie habituelle des Compagnies con¬
cessionnaires, il faut qu’elle soit assurée par des moyens excep¬
tionnels et c’est pourquoi celte communication a été intitulée ;
Les vidanges. Service public.
Discussions.
M. Émile Kebn. — La communication de M. Marié-Davy résume
les mesures qui s’imposent avec d’autant plus d’urgence que l’état
[231] LE DROIT A L’EAU POTABLE — LES VIDANGES 727
sanitaire est très mauvais, on se demande comment on a pu se lais¬
ser acculer à cette extrémité, — pour l’eau potable, chacun y a droit
et si les municipalités avaient fait leur devoir, cette question ne
pourrait plus se poser. — Dans l’espèce, les conduites d’eau potable
établies dans les maisons de certaines communes auraient été
barrées, pour cause de non-paiement, par la compagnie conces¬
sionnaire continuant à alimenter pourtant des bornes-fontaines
placées dans les communes.
Les habitants des maisons privées- d’eau, au lieu de la chercher
aux bornes-fontaines, placées à une certaine distance, prirent la
fâcheuse habitude de consommer l’eau de leurs puits, contaminés
par des infiltrations de matières de vidanges. La maladie se propagea
ainsi rapidement.
Le devoir des municipalités étant d'a.ssurer de l’eau potableiau
domicile de leurs administrés, afin qu’ils puissent en user commo¬
dément, il leur incombe tout naturellement aussi de prendre les
mesures nécessaires pour stériliser l’eau quand elle n’est pas propre
à la consommation. Les particuliers peuvent la faire bouillir et
éventuellement la décanter, mais c’est là une méthode aléatoirequi
ne peut être employée sur une grande échelle et il est plus rationnel
que les municipalités fassent le filtrage des eaux en grand, peur
enlever lés matières en suspens, le filtre ne pouvant faire que cela,
fassent ensuite la stérilisation par des procédés simples et expéditifs,
qui sont bien connus et fréquemment employés, de façon à rendre
les eaux absolument saines.
Quant à la vidange, il est tout aussi indispensable de l’assurer
d’une façon régulière, saine et expéditive. Mais la simple fosse de
vidange est une barbarie qui, depuis longtemps, aurait dû faire
place au tout-à-l’égout, ne devrait plus être qu’une rare exception,
parce qu’elle est une grande propagatrice de maladies. Si des circon¬
stances locales ne permettent pas l'établissement du tout-à-l’égoul,
on peut se servir de procédés faisant la séparation du liquide et. '
l’évacuation de ce liquide dans des conditions inolîensives. Qui
nous dit aussi que les ordures ménagères ne sont pas également
coupables dans les circonstances actuelles et que l’incinération de
ces ordures aurait détruit les germes des maladies qui font beaucoup
de ravages en ce moment ?
Enfin si les municipalités avaient fait leur devoir en appliquant
les lois et règlements en usage, toutes les communes seraient ali¬
mentées en eau potable et pourvues d’un système d’évacuation des
matières et des eaux usées aussi bien que d'un procédé expéditif
pour l'enlèvement et la destruction des ordures.
728 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [232]
M. Ghanjux. — Notre collègue, M. Marié-Davy, me semble avoir
tort de demander riadulgence pour son rapport qui n’en à pas
besoin, au contraire, car il met bien au. point la question posée, et
indique clairement la voie dans laquelle nous serons, à mon sens,
obligés de nous engager.
En effet, vous n’aurez pas à faire ce soir l’étude générale de l’ali¬
mentation en eau potable et de l’enlèvement des immondices, mais
à prendre position dans les déplorables conditions hygiéniques
actuelles.
Pour des raisons simplement pécuniaires, des populations ont été
privées d’eau, potable et condamnées à faire usage d’eaux conta¬
minées. C’est un crime social — je ne crains pas d’employer le mot
— et nous devons faire tous nos efforts pour le faire- cesser s’il per¬
siste,, en tout cas pour en empêcher le retour.
D’autre part, les entrepreneurs de vidanges ne peuvent plus assu¬
rer leur service ; les matières fécales sont versées sur la terre ; le
sous-sol est infecté; la nappe d’eau souterraine est contaminée. Il
y a là un danger grave pour le pays, pour la race, en raison des
fièvres typhoïdes et des dysenteries provoquées par cet empoison¬
nement de la terre et de, l’eau.
Pour enrayer le mal, des mesures énergiques s’imposent, et nous
sommes réunis pour les proposer et en demander l’application rapide
et énergique.
M. VïNCEY dit que la vidange des fossés et l’adduction en eau
potable sont d’une importance primordiale, en temps d’épidémies
où nous sommes.
En ce qui concerne la banlieue parisienne, de'louables efforts ont
été faits pour assurer la vidange dans les immeubles appartenant à
des propriétaires dépourvus de moyens pécuniaires. Les munici¬
palités font généralement les avances pour ce travail, se réservant
d’en récupérer le montant, lorsque les circonstances le permet¬
tront.
Pour ce qui est de l’eau potable, il y aurait un intérêt majeur à
proscrire l’usage des puits, presque toujours contaminés par les
fosses et égouts non étanches. Mais il faut pouvoir remplacer l’eau
des puits par les eaux flllrées de Seine ou de Marne.
De ce côté encore, une heureuse entente est intervenue entre
l’Administration et les compagnies des eaux, pour éviter la ferme¬
ture de la concession publique dans les immeubles où les proprié¬
taires ne sont pas en état, de payer l’eau. Les compagnies se
contentent de faibles acomptes mensuels, sauf à percevoir tout ce
qui leur est dû, lorsqu’il sera possible.
[233] LE DBOIT A L’EAU POTABLE — LES VIDANGES 129
Dans bien des localités, ces mesures sont complétées par l’entre¬
tien ou le rétablissement des bornes-fontaines, qui grèvent si
lourdement les budgets municipaux.
M. Bechmann. — Les très justes observations présentées par notre
ancien Président, M. Kern, ont porté sur des faits de deux ordres
différents : les uns, résultant de certaines conséquences de l’éfat .
de guerre, telles que le moratorium des loyers ou la difficulté
éprouvée par les entrepreneurs de vidange à s’acquitter de leur
service, et sur lesquels M. Marié-Davy — dans la note dont
M. le D'' Borne nous a donné lecture — se proposait, m’a-t-il semblé,
d’appeler spécialement l’attention de la Société ; les autres se
rapportant à la situation antérieure à la guerre, avec ses défec¬
tuosités manifestes, et provenant de l’application incomplète des
prescriptions de la loi qui a imposé à Paris l’écoulement direct des
eaux-vannes et des matières de vidange à l’égout, et l’épüration
gricole de la totalité des eaux d’égout, ou encore de la non-appli-
cation de la loi de 1902 sur la santé publique.
Pour les premiers, notre collègue, M. Vincey, très au courant des
mesures prises pour y parer, notamment en ce qui concerne la
région Est du département de la Seine, vient de montrer que d’une
manière générale on a pu en avoir raison,' grâce à l’intervention
administrative, qui a su prendre rapidement des mesures appro¬
priées.
Quant aux seconds, dont nous avons eu tant de fois i nous
occuper, c’est seulement après la paix que nous, pourrons y revenir,
afin d’obtenir alors — si faire se peut — des sanctions efficaces,
tant pour l’application intégrale à Paris de l’écoulement direct obli¬
gatoire, que pour celle des prescriptions de la loi sur la santé
publique dans les villes françaises en général, et l’achèvement de
l’opération commencée en 1890, pour l’épuration agricole des eaux
des collecteurs parisiens et demeurée inachevée faute de l’ouverture
des crédits nécessaires.
M. le D' Blanchetière. — Je n'examinerai pas la question à un
point de vue aussi général que - les précédents orateurs. Je ne me
demanderai pas ; que pourrait-on faire? mais bien : que peut-on
faire dans l’état actuel des choses ?
Gomme je l’ai déjà dit à une précédente séance, l’Administration
ne me paraît pas dépourvue de moyens d’intervention. Dans son
article 3, la loi du 15 février 1902 prescrit qu’en cas de danger
menaçant la santé publique, le Préfet du département peut ordonner,
les droits des intéressés demeurant réservés, l’exécution immédiate
130 SOCIÉTÉ DE MEDECINE PUBLIQUE [234J
des travaux réclamés par l’autorité sanitaire. E&t-cfr le cas en ce qui
concerne la suppression de l’eau dans les^ immeubles pourvus du
tout-à-l’égout et de l’enlèvement des vidanges dans' les autres
immeubles? Évidemment oui! Point n’est besoin d’être grand clerc
en matière d’hygiène, pour se rendre compte que le débordement
des matières fécales dans les cours et couloirs d’immeubles, dont
nous parlait: tout à l’heure M. Vincey, et dont j’ai moi-même été le
témoin, èn province, constitue- au premier chef un danger grave
pour la: santé publique, justiflant amplement'l’intervention préfec¬
torale. Si donc l’Administràtion ne fait rien, c’est, il faut bien le dire
qu’elle est résolue à , ne rien faire. Il est à remarquer, et J’insiste sur
ce point, qu’en appliquant rationnellement l’article 3, l’Admi¬
nistration n’engage pas A la légère les deniers publics, puisque la loi
de I90a garantit, par une hypothèque légale, les sommes déboursées
pour l’exécution dès travaux d’assainissement.
Euice qui concerne l’alimentation eu eau potable, les choses parais¬
sent se présenter dans des condition.^ différentes suivant que,
antérieurement au 2 août 1914, le propriétaire était tenu ou non de
fournir gratuitement L’eau à son locataire. Dans ce dernier cas, il me
parait bien évident, que le moratorium ne saurait imposer au pro¬
priétaire une: charge nouvelle.
Si, au contraire, les choses étaient telles, à la déclaration de
guerre, que' le propriétaire était tenu à la fourniture gratuite de
l’eau, il me semble que la- volonté du législateur, manifestée tant
dans les décrets moratoires que dans la loi du 9 mars 1918, main¬
tient cette obligation nonobstant le défaut de paiement des loyers.
Il paraît donc excessif que les concessionnaires suppriment l’eau au
locataire, eh dépit de la volonté du législateur, alors que la moindre
procédure d’exécution amènerait, dans la plupart des cas, le pro¬
priétaire à résipiscence.
J’ai' tenté de faire solutionner ce point de droit, en soutenant que
le propriétaire qui coupe l’eau dans ces conditions^se trouve dans le
même casque celui doul l’immeuble n’est pas relié à la canalisation,
il tombe ipso facto sous le coup du règlement sanitaire. Cette tlfèse,
admise à diverses reprises parle juge de simple police, s’est trouvée
écartée par le tribunal civil pourlequel l’existence d’un branchement'
sufilt à satisfaire aux exigences du règlement sanitaire. Je regrette
cette décision à laquelle il n’y a cependant qu’à se soumettre, en
attendant qu’une juridiction plus haute se soit prononcée dans un
autre sens, ou que les autorités compétentes aient modifié le règle¬
ment.
M. Rislbr. — Messieurs, ne pensez-vous pas qu’à ce remarquable
. [235J LE DROIT A LEAü POTABLE — LES \1DANGES 13J
débat auquel ont pris part plusieurs de nos collègues essentiellement
compétents, il faudrait un résultat pratique ?
On vœu qui sera, sans nul doute, admirablement rédigé et excel¬
lent comme idées, pourra être adopté à runauimité ; mais n’ira-t-il
pas rejoindre quantité d’autres vœux? Nous sommes en droit d’être
sceptiques à l’égard de la suite donnée par les pouvoirs publics aux
désirs exprimés de cette- manière.
Je suis frappé, au contraire, de ce que nos collègues ont dit à peu
près tous que les lois étaient excellentes, mais que -leur interpré¬
tation en avait empêché l’exécutiou.
Nous devons arriver à obtenir que la loi qui nous pai’alt bonne
soit obéie, et produise les effets utiles que nous en attendons.
Recherchons' donc quelles; sont les entraves apportées à l’exécution
de la loi ; trouvons les moyens de les briser, et soumettons des réso¬
lutions pratiquement conçues et faciles à exécuter aux pouvoirs
publics. Vous n’ignorer pas que nos administrations, et même nos
parlementaires ne détestent pas qu’on leur apporte la besogne foute
préparée et que, dans ces conditions, des réformés utiles sont quel¬
quefois/rapidement réalisées.
Je demande donc- qu’une Commission formée des hommes — je le
répète — particulièrement compétents que nous avons le bonheur de
posséder ici, /soit nommée, qu’elle se mette au travail de suite, et
nous prépare le plan que je viens d’esquisser.
J’ai éntendu dire qu’un- certain arrêt du Conseil d’Etat avait
empêché, par exemple, l’adoption généralisée du système du tout-à-
l’égout à Paris. Par quelle interprétation fâcheuse de la loi le Conseil
d’Étal a-t-il pu, donner aux propriétaires ces satisfactions si nui¬
sibles àda santé publique? Il y a lieu de le rechercher et de modifier
le texte ainsi interprété par le Conseil d’État, afin qu’il ne puisse
plus servir de base à la résistance antihygiénique.
On a parlé d’un point mal mis dans le texte de la loi ; que la Com¬
mission mette points et virgules Bien à leur place, puisque c’est cela
■qui est nécessaire pour que tant de vies humaines soient sauvées.
C’est, pour ifia part, le but que je vois avant tout.
Un de nos collègues a indiqué que la Ville de Paris n’avait pas
pris- les dispositions nécessaires pour que le tout-à-l’égout puisse
être réalisé. Notre devoir est de réclamer de la municipalité les
mesures indispensables pour que ce service puisse fonctionner d’une
manière parfaite.
Voilà le programme qui me semble indiqué pour les travaux de la
Commission, et je me permets d’insister encore une fois pour qu’elle
soit nommée le plus tôt possible.
in SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE ^236}
M. le D'' Borne se permet d’intervenir, en signalant à la Société
qu'il a eu récemment, dans son secteur, à s’occuper de ces deux
questions : « Eau potable et vidanges ».
Dans les communes d’Alfortville et Maisons-Alfort notamment, se
sont produits de nombreux cas de dysenterie.
Au cours de ses enquêtes, il n’a jamais constaté la fermeture des
fontaines publiques de la rue ; par contre, l’eau potable a été
supprimée, ainsi qu’il l’a été dit par plusieurs collègues, dans les
maisons, par les propriétaires.
Les habitants de ces communes, trop éloignés des fontaines
publiques, ont utilisé l’eau des puits, voire même l’eau des ruisseaux
de la rue.
Cette eau, sans ébullition, est employée pour la boisson et l’usage
domestique.
Les contrats passés entre les communes et les compagnies des
Eaux, ainsi que l’a démontré M. le D' Bordas, chef des services
techniques d’hygiène de la Préfecture de police, ne donnaient aucune
garantie aux habitants.
L’Administration a pris et continue à prendre les mesures néces¬
saires, pour que l’eau soit rétablie dans les immeubles qui en sont
privés.
Quant à la question des vidanges, elle a été et reste un véritable
danger.
Les compagnies de vidanges, manquant de cavalerie, de main-
d’œuvre, et n’étant plus payées parles propriétaires, ont fait leur
service très insuffisamment.
Dans ces mêmes communes d’Alfortville et de Maisons-Alfort, des
fosses d’aisances n’avaient pas été vidées depuis le début de la guerre,
elles débordaient dans les cours des immeubles. Les locataires, qui
du reste en temps de paix avaient déjà cette tendance, s’empres¬
sèrent de faire des trous, et les matières s’entassaient dans les
jardins, les arrière-cours, d’une façon dégoûtante! ! !
Les puits, très nombreux dans ces régions, et existant presque
toujours dans chaque jardin, furent contaminés par ces matières
fécales.
D’autre part, des nuées de mouches répandirent, dans le voisinage,
des germes morbides.
Il est donc facile d’expliquer la genèse de cette épidémie locale.
Dès la fin d’août, il fut demandé des mesures d’urgence aux
administrations municipales : vidanges, enlèvement et destruction
des matières fécales, accumulées dans les cours et les jardins.
Il y a quelques jours, lors d’une enquête dans la région, nous
eûmes la curiosité de visiter, à nouveau, certains immeubles où
t237] LE DROIT A L'EAU POTABLE — LES VIDANGES 733
■existaient des fosses d’aisance improvisées, et particulièrement dan¬
gereuses : aucune mesure n’avait encore été prise, toujours, paraît-il,
pour les mêmes raisons d’impossibilité et d'insuffisance de la part
des compagnies.
Cette situation est intolérable, et ne saurait se prolonger; elle est,
d’une façon formelle, la cause directe et indirecte de l’épidémie de
dysenterie qui vient de régner, et je demande à la Société de donner
son avis aux pouvoirs publics qui ont le devoir d’intervenir immé¬
diatement.
M. Granjüx. — Je suis tout à fait de l’avis de M. Borne, et je crois
que l’on pourrait émettre un vœu comme celui-ci :
« La Société de Médecine publique émet le vœu que l’autorité
prenne les mesures nécessaires : l® pour empêcher que là où existe
une'distribution d’eau potable, les habitants puissent en être privés
par décision des compagnies ; 2“ pour assurer les vidanges, quand les
entrepreneurs ne peuvent plus le faire. »
M. Louis Forest. — Je m’excuse de prendre la parole, n’étant
point technicien et n’appartenant pas à votre Société. Si je me
permets d’élever la voix, c’est parce qu’à la demande de mon voisin,
le DVv Marchoux, ou m’a prié de dire haut ce que je viens de lui dire
bas. Si je. suis ici aujourd’hui, c’est que j'ai, ces temps derniers,
•écrit dans le Matin un article sur le problème des vidanges; et qu’à
>la suite de cette publication j’ai reçu une invitation d’assister à
votre séance. Je n’ai pas manqué de m’y rendre, n’ayant pas d’autre
moyen de renseigner les autres que de me renseigner moi-même.
Les articles que j’écris au Matin me valent une grosse corrés-
pondance. Celui que j’ai fait imprimer sur la question des vidanges
m’a prouvé que le public se montrait très intéressé par la question.
On vient de parler de Paris, de la banlieue.- Et la province? Il y a
eu des migrations entières de populations. Qu’on songe seulement à
ce qui s’est passé le long de nos côtes où des villas ont été, toutes
chambres pleines, habitées un et deux ans de suite, alors que le sys¬
tème de vidange était prévu pour deux et trois mois de location par
an! Des villes ont doublé de population. On s’est préoccupé de
nourrir ces foules, mais on n’a pas songé aux résidus. La situation
^st donc grave partout.
J’ai entendu avec plaisir que les savants de la Société de Médecine
publique ne croient plus à l’Administration. J’ai constaté avec éton¬
nement qu’on y croyait encore aux lois. Or, les grandes lois d’hygiène
' n’ont absolument aucune chance d’être appliquées, si l’on n’obtient
pas le consentement permanent et éveillé des populations. S’adresser
734 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [238].
à l’Administration et au Parlement est tout à fait insuffisant, si l’on
ne s’adresse pas auparavant au public. Il y aurait de vasies propa¬
gandes à organiser. Nous vivons en démocratie et, dans une démo¬
cratie, rien ne se fait lorsque le public ne comprend pas les raisons
de l’acte. Aux États-Unis, on a le culte de la santé individuelle et
collective. En France, non. C’est par là qu’il faut commencer, si l’on
veut aboutir aux grands résultats d’eusemble.
Je signale les procédés de propagande de la Croix-Rouge améri¬
caine.- On peut s’adresser à elle, et je sais qu’on lui a déjà fait
signe ; mais il y aurait à étudier des moyens plus vastes. Je suis con¬
vaincu que si la Société de Médecine publique savait s’adresser à des
hommes de lettres, àdes publicistes, et attirer leur attention sur des
problèmes d’une urgence indéniable pour la santé de demain, il en
résulterait un grand bien, et pour l’œuvre que vous poursuivez ici,
et, par conséquent, pour le public. En ce qui concerne les maladies
épidémiques, l’ignorance est, pour le peuple français, plus perni¬
cieuse que le microbe.
M. Bechmann. — Nous partageons entièrement, et depuis bien,
longtemps, les excellentes idées qui viennent d’être émises au suje
de la nécessité d’üne propagande étendue en faveur des mesures
d’hygiène, qui laissent trop souvent encore nos populations indiffé¬
rentes, parce qu’elles en ignorent l’importance. Nous avons déjà fait
dans ce sens des efforts réitérés, .témoin les campagnes en faveur
des plans d’aménagement, auxquelles notre collègue, M. Risler, a
donné une si utile impulsion. Si nous avons obtenu quelques résul¬
tats, il n’en reste pas moins assurément encore beaucoup à faire.
Nous avons au surplus compris l’aide efficace que pourra nous
donner la Croix-Rouge américaine. Une Société, sœur de- la nôtre,
que j’ai l’honneur de présider en ce moment, l’Association générale
des Hygiénistes et Techniciens municipaux, s’est donnée à tâche
d'aider de toutes ses forces à la reconstitution des villes et villages
détruits dans les régions envahies, surtout en matière d’hygiène; en
préconisant notamment l’établissement de distributions d’eau et de
réseaux d’assainissement dans toutes les localités où des travaux de
réfection ou de reconstruction vont s’imposer; et, après avoir orga¬
nisé en 1916 l’Exposition de la Cité reconstituée, afin de créer un
premier mouvement d’opinion, elle vient précisément de rédiger
des tracts à la demande de la Croix-Rouge américaine, pour con¬
courir à la propagande que cette puissante Société se propose de
faire en faveur des mesures sanitaires à prendre lors de la réédi-
ficaiion prochaine.
[239J LE DROIT A L’EAU POTABLE — LES VpANGES 735
M. le D'' Blanchetière. — Il me paraît désirable de modifier légè¬
rement le texte du D'' Granjux, en faisant observer à l’Adminis¬
tration qu’il dépend, uniquement de sabonne volonté de résoudre la
question. Je propose donc la rédaction suivante :
« La Société de Médecine publique, constatant que l’article 3 de
la loi du 13 février 1902 permet aux autorités compétentes d’inter¬
venir utilement dans les cas où la santé publique est menacée, et
que le recouvrement des sommes engagées est garanti, aux termes
mêmes de la loi, par une hypothèque légale, émet le vœu . ». Ici
reprend la rédaction du D'' Granjux.
Après de nouvelles interventions de MM. Granjux, Vincey et Borne,
les conclusions suivantes ont été adoptées à la fin, de la séance ;
« La Société de Médecine publique, constatant que l’article 3 de
la loi du 13 février 1902 permet aux autorités compétentes d’inter¬
venir utilement dans les cas où la santé publique est menacée, et
que le recouvrement des sommes engagées est garanti, aux termes
mêmes de la loi, par une hypothèque légale, émet le vœu que
l’autorité prenne les mesures nécessaires : ^
1“ « Pour empêcher |que là où existe une distribution d’eau
potable les habitantsjne puissent en être privés par décision des
compagnies.
2» « Pour assurer les vidanges quand les entrepreneurs ne peu¬
vent plus le faire. »
— La séance est levée à 18 b. 50.
736
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBl.lQUE
[2401
Ordre du jour de la séance du 27 novembre 1918
(à n heures).
La Société de Médecine publique et de Génie sanitaire croit que
le moment est venu de s’occuper des réformes à introduire dans
les écoles pour qu’il y soit donné un enseignement pratique d’hy¬
giène. Elle prie ses Membres de s’intéresser à cette question et
d’apporter à la séance les propositions qu'ils jugeraient utiles de
faire pour arriver au meilleur résultat.
La question posée est la suivante :
« Comment pourrait-on faire pénétrer et appliquer l’hygiène dans
l’école? »
1» M. le D” Aymé, médecin principal de 1" classe des colonies en
retraite, ancien chef du Service de Santé du Sénégal, Cochinchine,
Cambodge. — Paludisme et Dragages.
2“ M. Gh-iindillon. — Water-closets collectifsj
3“ M. le D' Gouin, médecin aide-major de l” classe. — Prophy¬
laxie des maladies vénériennes dans l'armée américaine. — Contage
et prophylaxie des maladies vénériennes.
Le secrétaire général adjoint,
D' Borne.
Ae Président,
D'' J. Renault.
Le Gérant : Pierre .‘Vcgbr.
Paris. — L. Marethbux, imprin
REVUE
D’HYGIÈNE
E,T DE
POLICE SANITAIRE
!u.' .
WÉIWOIRES fc t rj» 2i
_
APPAREIL NOUVEAU A SULFURATION
POUR DÉSINSECTISATION ET DÉSINFECTION
par M. le D-- LOGHON.
L’étude pratique des divers appareils employés jusqu’ici
pour faire soit de la désinfection, soit de la désinsectisation,
soit les deux à la fois, nous a permis de nous rendre compte
qu’un modèle nouveau s’imposait, modèle ayant la facilité
d’être plus maniable qu'une étuve à vapeur ou à air chaud, et
plus complet qu’un appareil à soufre ou à formol ordinaire,
dont l’action est forcément limitée.
Quoique .nouveau, l’appareil proposé a déjà fait ses preuves
pendant la guerre, ayant été adopté par certains services mili¬
taires et civils, qui tous ont reconnu son utilité et ses avan¬
tages.
Il peut, en effet, à la fois faire à très bon compte de ladésin-
feclion rapide en surface et de la désinsectisation complète.
Très peu encombrant, d’un poids minime (10 kilogrammes), il
est susceptible de fonctionner partout, pouvant être transporté
facilement :dans tous_les milieu.x.
HEV. o’hyg.
XL — 47
738
Dr LQCHON
Un double principe a présidé à sa conception :
A. — Trouvert une disposition permettant la combustion rapide
de grandes quantités de soufre ;
B. — Renforcer l’action toxique de l'anhydride sulfureux,
formé parla combustion intégrale du soufre brûlé par la transfor¬
mation d’une partie de SG’’ en SŒ, c’est à-dire en anhydride
sulfurique naissant, gaz insecticide et microbicide puissant, et
qui, en même temps, est un antidote des qualités décolorantes
de l’anhydride sulfureux.
A. — En pratique, avec les moyens ordinaires employés
jusqu’ici, il était très diffioile de brûler dans une pièce close
une grosse quantité de soufre, car l’anhydride sulfureux qui se
dégage a précisément pour effet d’éteindre les flammes. Augsi,
quand un brûleur à soufre ordinaire a consommé effectivement
20 à 25 grammes de soufre par mètre cube, on a obtenu une
sulfuration maximum qui oblige, par sa faible densité, à laisser
en contact 12 heures au moins les objets à sulfurer, pour
obtenir un résultat quelque peu certain.
De ce long contact, résulte fatalement, pour les objets
exposés, une altération des couleurs, dorures, métaux, etc.
Avec l’appareil présenté, au contraire, grâce à une série de
foyers superposés utilisant la chaleur dégagée par chacun
d’euxi, gfâcfràiun tirage intensif, et grâce enfin à l’adjonction
d’une- poudre oxydante qui en brûlant dégage de l'oxygène
naissant, on obtient une' combustion rapide et complète de
masses. de soufre beaucoup plus considérables (100 à 120' gram-
mesidesoufre par mètre cube en moins de 40 minutes).
B; La. combustion de cette poudre oxy.lanle mêlée au
soufre en fusion O' pour conséquence, en outre, de l'ournir de
l’anhydride sulfurique naissant (SO”); gaz essentiellement
insecticide et morbicide, et ayant da propriété d'annihiler les
effets détériorants de SO* sur les objets soumis â son action.
Oh sait, en' effet', que le procédé' industriel employé potirla
fabri'oai.ion: de.SO^consisie à faire passer du gaz sulfureux (SO“)
sur une flumme ou de la mousse au platine rougie.
On sait aussi qu’une violette-décolorée par les vapeurs sul-
APPAREIL NOUVEAU A SULFURATION
739
fureuses, se recolore quand on ia trompe dans un bain d’acide
sulfurique léger.
Or, ce sont précisément ces deux phénomènes qui se produi¬
sent dans le fonctionnement de l’appareil. Par suite de son, fort
tirage et de la disposition des trous d’aération, les vapeurssSO*
émises sont constamment brassées et attirées sur les flammes
des foyers où la température est très élevée:(200° environ),) A“
leur passage, et en présence delà poudre oi^ànteen combtis-
tion qui donne sans cesse de l’oxygène naissant;. lés vapeurs
sulfureuses se transforment en vapeurs sulfuriques naissantes,
que»' de, multiples. analyses) chimiques ont permis -dè' retrouver .
danssuner proportion constante et sensiblement égale à 0,35,
à 0,40! p. lOOdu volume des gaz.
Uefmétange des gaz ainsi produit a un pouvoirûnsecticidifret
microbicidé très pui.ssant et très rapide. Il n’a pas dlac lion
détériorante, d’autant surtout que la durée de contact utile e,st
extrêmemenl réduite, en raison de la toxicité même dès-vapeurs
• (.30''440 minutes; au maximum).
Description DE l’appareil.
Construit d’après lés deux pprincipes décrits;, plus liaui,
rap|)iareil: se, présente, comme un pptil fourneau de 0 m. 50.de
hauteur, se divisant en »deuxipartîes qui se superposent comme
dèux;fûts de colonne (voir'fïgUTe).
La partie inférieure A repose sur un plateau iso'Jateur
d’incendieetcomprend, en allant de bas en haut, trois plateaux :
c (fond), c* (plateau à rigole), c’ (plateau à cheminée), plus deux
couronnes intercalaires d et d' .
La partie supérieure B forme couvercle cheminée et porte un
réservoir /■ destiné,. dans le cas de sUjlfuration ordinaire, à
servit lie « chambre de chauffe » et, dans les cas particuliers
où l’on veut associer aux- vapeurs soufrées; des vapeurs . de
formol ou tout autre produit évapoPable, à; recevoir les pro¬
duits à volatiliser..
Dans ci^s derniers cas, et seulement alors; ou se servira du
réchaud A alcool R, livré avec l’appareil, et qui se place suc le
plateau cheminée c'.
740
D>' LOCHON
Appareil a sulfuration.
Brevet L. D. B.
A, Fût inférieur.
B, Fût supérieur.
a. Plateau isolateur d'incendie.
P, Fond.
d‘, Couronne inter-alaire.
c‘, Plateau inoy n à rigole percée
de ti'OU' dVeouiement.
Couronne ini'rcaL.ire (alcool et
soufre d'am-nçage).
c-. Plateau à cheminée et à ri¬
gole pt-rcëe e troua d’éconle-
f, Réservoir formant four-rheniinée
([inur tout anllsiptiqiie éva-
pnrable).
h, Plate U supérieur f"i niant c m-
vcrcle, avec passag i-.iicuiaire
dra gaz.
S y' Rangées S' perp sé s de
ir-.iis périphériques (face aux
trois foyers)
i Cr. ciiets ne liaison de A et B.
j, l'oiiinée pour le tra sport.
R, Réchaud à alcool facultatif et indé, endant.
APPAREIL NOUVEAU A SULFURATION
U\
L’appareil comporte trois rangées de trous périphériques
g g' g' d’aération, correspondant à chacun des foyers.
Enfin, les plateaux c' et c' sont percés de petits trous d’écou¬
lement permettant au soufre en fusion de circuler librement et
d’alimenter les foyers.
Fonctionnement de l’appareil.
1° Après avôir cubé la pièce à désinfecter et désinsectiser,
préparer les quantités de soufre en canon et de poudre oxy¬
dante nécessaires :
à) 50 à 80 grammes de soufre par mètre cube, suivant
l’étanchéité du local ;
b) 6 grammes de poudre oxydante pour 100 grammes de
soufre employé";
2“ Retirer la partie supérieure B ;
3° Mettre sur la couronne intercalaire d' 60 à 80 grammes de
soufre en canon, grossièrement brisé, plus 30 à 40 cent, cubes
d alcool à brûler ;
4" Mettre sur le plateau c* le reste du soufre préparé d’après
le cubage de la pièce, l’arroser de quelques gouttes d’alcool à
brûler;
3" Disséminer le mieux possible sur ce soufre du plateau c‘ la
totalité de la poudre oxydante (6 p. 100 du poids total du
soufre) ;
6“ Replacer soigneusement la partie supérieure B,
Placer l’appareil ainsi préparé, bien d’aplomb, isolé, au
milieu de la pièce, enQammer l’alcool et fermer hermétiquement
le local dès qu’on s’est assuré que l’appareil est en bonne
marche, c’est-à-dire commence à dégager des vapeurs sulfu¬
reuses (3 ou 4 minutes après l’allumage).
L’alcool, en brûlant, enflamme le soufre : celui-ci ne tarde
pas à se liquéfier sur le plateau c*, à brûler et à tomber
enQammé sur la couronne d‘, de là successivement sur le pla¬
teau c‘, la couronne d et le fond c.
Après quelques minutes, le soufre en fusion circule sur tous
les plateaux et couronnes, représentant autant de foyers de
combustion intensive, entretenue par un vif tirage que
donnent les trois rangées de trous d’aération.
LOCnON
742
Pendant ce temps, la poudre oxydante se dissociant sous
l’action de lachaleur, meten liberté de l’oxygène naissant dont
une partie active la combustion et l’autre se combine à l’acide
sulfureux, pour produire SO*.
La combustion est achevée en 20 minutes, dans les petites
pièces, et en 30 ou 45 minutes,, dans les grands locaux où des
grosses masses de soufre doivent être brûlées.
Résultats pratiques obtenus. '
Les vapeurs SO'-pSO’ ainsi dégagées ont des propriétés
insecticides et microbicidesraanifestes et ne produisent aucune
détérioration des vêtements, couleurs, dorures, métaux, etc.,
quand on a soin d’opérer en milieu sec.
1“ Action sur les insectes et leurs lentes. — Nos expériences
plusieurs fois répétées avec des doses différentes de poudre et
de soufre ont permis de constater qu’avec une dose de 50 gram¬
mes de soufre par mètre cube et de 3 grammes de poudre oxy-
dante-tous les insectes (mouches, .punaises, moustiques, mites,
puces, /'edicuZi pübis, P .capitis, P.corporis, etc.), étaient tués
après 30 minutes au plus dé contact, c’est-à-dire 1/2 heure
après la fermeture de la pièce, quand on opère en chambre
hermétiquement close.
Les expériences faites à l’Institut Pasteur de Lyon, et sous
son contrôle sur, les lentes et les œufs de ces insectes, ont été
aussi conéluantes.
Des lentes (iP. corpom, P. pubis, P. capitis, des œufs de
punaises, recueillies à la consultation gratuite de l’hôpital
Saint-Pothin et à Desgeneltes) ont été mises dans des tubes à
essais et exposés durant 1 h. 45 minutes, 30.minutes, à l’action
des gaz sulfureux-sulfuriques de l’appareil. Tous les tubes
sulfurisés sont restés stériles, alors que les tubes témoins con¬
tenant une portion des mêmes lentes non soumises à l’action
des gaz ôclosaient dans les 4 à 7 jours qui suivaient.
L’action désinsectisante des vapeurs émises par l’appareil est
donc complète' et beaucoup plus rapi(ie qu’avec la plupart des
aùtresrméthüdes employées.
APPAREIL NOUVEAU A SULFURATION
T 43
2“ Aation sur les micro-organismes. — Les multiples expé¬
riences faites en premier lieu à l’Institut Pasteur de Lyon et
sous son contrôle, puis à Paris, au Laboratoire sérumthéra-
pique et antityphoïdique de l’armée, au VaLde-Grâce, ont per¬
mis de constater qu’avec des doses de bO grammes de soufre
par mètre cube et 3 grammes de poudre oxydante, l’anhydride
sulfuro-sutfurique avait une action morbicide très active et
constante sur tous les microbes asporolées pathogènes exposés
en surface.
Les tests imprégnés de bacilles virulents asporulés (diph¬
térie, Pneumocoques, Staphylocoques blancs et dorés. Typhi¬
ques, Paratyphiques, Streptocoques, Tuberculeux), mis en
contact :pendant 6 heures, 3 heures, 1 heure, 43 minutes,
30 minutes sont toujours restés stériles alors que les tests
témoins donnaient des cultures très vivantes dans.les délais et
conditions ordinaires.
Par contre les microbes à spores {Sublilis, Vibrion, Perfrin-
yens, etc.) n’ont pas été détruits, après une exposition plus ou
moins longue aux vapeurs sulfuriques, fait qui n’a rien d’anor¬
mal quand on connaît la résistance des spores que les désin¬
fections ordinaires ne peuvent détruire.
Nous avons résumé ici sous forme de tableaux récapitulatifs
les résultats des expériences faites soit à Lyon, à l’Institut
Pasteur, soit à Paris, au Laboratoire de l’Armée.
L’un . des tableaux (A) donne les résu Itats obtenus (en br.ûlant
uniformément 100 grammes de soufre et Ogrammes de poudre
oxydante par mètre cube) sur les microbes et parasites. Durée
du contact : 9 heures à 30 minutes.
Le.2“ tableau. (B) résume les expériences faites -en variant la
dose de soufre (80 à 30 grammes par mètre cube avec une
quantité proportionnée de, poudre, 6 p. lJOO)po.ur.une durée uni¬
forme de 30 minutes.
Les résultats, comme on le voit, sont fort nets avec 30 gram¬
mes de soufre, .les.cultur.es sont généralement détruites, le
Staphylocoque cependant ne l’est pas, il est seulement retardé
puisqu’il se développe après 50 heures d’étuve. Cette dose est
donc insuffisante et en pratique on doit fixer la xiase moymm à
D-- LOCHON
50 grammes de soufre par mètre cube et .3 grammes de poudre
pour avoir une désinfection certaine.
TABLEAU A. — Résultats des Cultures : + poiilif, 0 négalif.
Durée de l'exposition
duits par la combustion
fre, 6 grammes de poud
désinfecté.
aux gaz antiseptiques
de 100 grammes de
re oxydante par mètre
cube
B’'
6'‘
3''
2"
li'30
45"
30"
TÊMOn
1.
Microbes asporulés ;
B. diphtérique . .
B. typhique . . . .
Staphylocoque. . .
B. tuberculeux . .
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
-1-
-f
-f-
-h
11.
Microbes sporule's :
B. sublilis .
+
-f
-f
-f-
-1-
-t-
-f
-L
4-
lit.
Parasites :
Vivants (adultes). .
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
0
-f
-H
3“ Action chimique nulle sur les objets soumis à la sulfuro-
sulfuration. — Les vapeurs émises n’ont aucune action
décolorante ou destructive pourvu qu’on agisse en milieu
Les couleurs sont intégralement conservées, contrairement à
ce qui se passe pour les objets de couleur soumis aux vapeurs
de S0‘ seules.
Par suite des phénomènes et réactions chimiques ci dessus
décrits, SO’ naissant neutralise toute décoloration, c’est l’an¬
tidote placé à côté du mal.
De même sur les dorures et les différents métaux expéri¬
mentés, on ne trouve aucune action oxydante ou destructive
après plusieurs heures de contact.
Les étoffes, vêtements divers, tissus n’ont présenté aucune
altération après une exposition de 4 à o heures.
D'' LOCHON
Tif)
Enfin, les cuirs et /’ourrMJ'es quiisont altérés par les vapeurs
de formol et complètement détériorés par la vapeur d’eau des
étuves, sous pression, ne subissent aucun dommage quand on
les soumetaux vapeurs anhydres 50’+ SO’.
Toutefois, par excès de précaution, on conseillera d’entourer
les objets de valeur et de teintes délicates qui pourraient pré¬
senter des traces d'humidité avec une étoffe très serrée de
coton ou de la ouate hydrophile pour absorber toute humi¬
dité.
Précautions a prendre et conditions d’application.
L’appareil présenté étant très transportable, peut fonctionner
aussi bien dans un local quelconque que dans une chambre à
sulfuration spécialement aménagée. Toutefois celle-ci, par.Tai-
son d’économie doit être préférée quand les opérations sont è
répéter fréquemment (hôtels, hôpitaux, etc.).
Ces chambresà sulfuration sont faciles à aménager, il suffit
d’avoir un local hermétiquement clos de 6 à 8 mètres cubes,
avec une cheminée fermée par une trappe ou une fenêtre
ouvrable de l’extérieur et pouvant faire de la contreraération
avec la porte d’entrée.
Pour opérer dans un local quelconque, chambre d’hôtel, de
malade, salle d’attente, dortoirs, letc., il suffit d’avoir soin,
comme pour toute désinfection de calfeutrer toutes les issues
avec du papier collé. On s’organisera pour pouvoir faire en fin
d’opération une ventilation rapide et large.
A l’intérieur de la pièce on étalera au maximum les objets à
désinfecter, on ouvrira placards et tiroirs de façon à faciliter
l’accès des gaz dans toutes les cavités.
Très maniable, cet appareil paraît appelé à rendre de très
grands services dans la désinfection et désinsectisation des
wagons, voitures, salles d’attente, salles de malades, asiles de
nuit, nàvirets, -hôtels, hôpitaux, etc., et en général dans tous
les.locaux qui demandent une désinfection pratique et rapide,
une désinsectisation: sûre et efficace.
Bès son apparition il a été adopté par un certain nombre de
formations sanitaires., Iba fonctionné au Service des rapatriés
civils à-Évian, Annemasse, Thonon et Lyon.
APPAREIL NOLVEAU A SULFURATION
Il a servi à la désinfection et Tépouillage des trains civils
ramenant d’Allemagne nos malheureux compatriotes.
A Lyon, on peut le voir fonctionner dans plusieurs hôpitaux
et en gare des Brotteaux où il sert à désinfecter et désinsec¬
tiser le wagon-hôpital qui amène plusieurs fois par semaine les
malades rapatriés par la Suisse.
Là, plus que partout ailleurs, on a pu se rendre compte de la
non-détérioration des coussins, couleurs, vernis, cuivres, etc.,
car ce wagon de 2® classe aménagé, pour un service.spécial a
subi sans dommage une très grande quantité de ! séances 'de
désinfection.
Aussi sommes-nous persuadé que cet appareil, peut rendre
d’utiles services ; il est maniable, facile à transporter et. d’un
prix relativement minime.
Au point de vue pratique, il en existe deux modèles, un
pouvant désinfecter 100 à 120 mètres cubes environ et un
beaucoup plus petit, spécialement construit pour les espaces
réduits (fiacres, voitures d’ambulances, compartiments de
chemin de fer, etc.).
Ce dernier modèle peut rendre au corps médical tout spé¬
cialement des services personnels. Il permet en effet, avec une
organisation très simple et à la portée de chacun, une désinfec¬
tion at home très rapide et précoce des vêtements du praticien
qui/vient de voiruncontagieux, et peutainsi retrouver les siens
ou voir d’autres malades, sans craindre de leur rapporter
microbes pathogènes ou « hôtes indésirables »
748
ALIMENTATION DES TROUPES
ALIMENTATION DES TROUPES
(Comptes rendus de la Commission sanitaire des Pays alliés.)
(Suite >.)
M. le Colonel Belli (Italie). — En ce qui concerne le choix des
denrées alimentaires,. on ne peut soumettre les divers peuples à des
règles identiques. Tout s’y oppose. Il n’est pas jusqu’au chiffre des
calories qui ne varie, pour un aliment donné, d’une région à une
autre région. Il en résulte que 3.000 calories du matelot italien,
par exemple, ne correspondent pas en fait à 3.000 calories du
matelot anglais ou américain.
J’ai dressé deux tableaux du calcul des calories sur une base
rationnelle; je vous souinets ces tableaux ;
Albumine et calories calculées d’après les mêmes facteurs.
Ration de l'arrière.
ARMÉE OU MARINE
CALORIES
Nores
Armée américaine' .
Armée britannique
216,7
3.638,9
(cadre IV) ... .
126,9
3.326,6
On n'a pas compris dans ces
chiffres les augmentations éven¬
tuelles qui pourtant ont une va¬
leur alimentaire considérable.
Armée belge ....
163,9
3.213,6
Armée française . .
Armée italienne ;
140,3
2.673,9
On n’a pas compris l’alloca¬
tion qu’on donne au lieu de la
portion de viande et de pain di¬
minuée.
Ration de I9i7 . .
106,8
2.564,8
— nouvelle. .
154,8
2.803,0
Armée serbe ....
Marine française . .
133,3
2.610,8
Marine italienne . .
114,7
2.604,0
Ne sont pas compris les lé¬
gumes et les graisses qu’on
achète à l’aide de l’allocation de
0 fr. 10 par jour et par homme.
1. Voy. p. H70 et 697.
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIES
749
Albumine et calories calculées d'après les mêmes facteurs.
Ration de guerre.
ARMÉE OU MARINE
CALORIES
NOTES
Armée américaine .
216,7
3.658,9
Ces chiffres correspondent èi
la ration de garnison on de l’ar¬
rière. La ration de guerre est
établie par le coraman>iemént
d'après la ration de garnison.
Armée britannique
(cadre V) .
176,7
.1.829.5
Sans les suppléments.
Armée belge ....
3.781,9
Armée française . .
158,1
2.926,3
Sans les allocations en ar-
geut.
Armée italienne :
1917 .
155,2
2.917,0
Sans les suppléments aux
tranchées.
1918 .
165,7
3.303,0
Armée serbe ....
197,6
3.939,7
Marine française . .
La ration de bord ne peut pas
être calculée, étant distribuée
presque toute en argent.
Sans les légumes et les
graisses achetés avec l’alloca¬
tion de 0,25 par jour et par
homme.
Marine italienne . .
117,7
2.933,1
M. le Docteur Poituvin. — Le point de départ de notre apprécia¬
tion doit être moins le calcul des calories que la quantité des sub¬
stances alimentaires productrices de ces calories. Certaines de ces
substances donnent un nombre de calories variable : ainsi le riz,
le blé, etc. 11 faudrait donc un tableau de calories spécial à chaque
pays.
M. DE Cazotte. — Oui, mais il faudrait tenir compte du fait que
le blé que consomme notre Armée vient en partie d’Amérique.
M. le Médecin principal Lafforgue (France). — Ne pourrait-on
pas, avant tout, évaluer le chiffre de calories jugé nécessaire sui¬
vant les pays et suivant le climat, les travaux à exécuter, etc.
M. le Médecin principal de t” classe Maistriaü (Belgique). — Notre
enquête montrera précisément quel est ce chiffre.
M. LE Président. — Nous en sommes encore à l’enquête et non
aux conclusions. Or que nous prouve, avant tout, l’enquête que
150 ALIMENTATION DES TROUPES
nous poursuivons? d'afeord quiil y a des divergenues sur la ration
alimentaire. 11 s’agit de tirer au clair la raison d’être de ces diver¬
gences.
' La première idée qui vient à l’esprit, et que semblent corroborer
lesa-ésiiliats de l’enquête, c’est que. ces divergences sont plus appa¬
rentes que réelles. Les rations, différentes' en théorie, se rappro¬
cheraient en fait si l’on tenait compte de la consommation réelle
d’abord et de la teneur réelle des aliments en calories, ensuite. II.
importe de faire ressortir ce faU primordial.
M. laOôlonei BïTEMDGB (Grande-Bretagne). — En ce qui concerne
l’Armée britannique, je pense qu’il est possible de réduire la ration,
dans une certaine limite, à l’arrièrei Mais, au front; 4.000 calories
me: semblent nécessaires. Je reconnais, d'ailleurs, comme: m»S' coK
lègneâ, que le calénr des calories est compléxe, que les tables de
calcul varient suivant les pays et que, d’ailleurs, ces tables sont
incomplètes. Voici un mémorandum sur là ration suffisante dans
lesfArmées britanniques. de terre et de mer :
1? En ce qui concerne les Armées, britanniques de terre • et de
mer, nous ne croyons pas la ration excessive. Nous la pensons jus¬
tifiée par la nécessité de maintenir les hommes en bonne santé dans
les condiiions de la guerre.
Il ne faut pas oublier que beaucoup de nos marins et soldats sont
des jeunes gens dont la. croissance est incomplète; que beaucoup,
avant. d’entrer au-service, avaient souffert soit d’une alimentation
déflcitaire) soit d’occupations sédentaires déprimantes ou malsaines,
soit de conditions d’exislence-antihygiéniques.
Dans les camps d’entraînement, eu particulier, où les hommes
sont soumis à des travaux intensifs, la nécessité d’une alimentation
abondante, conforme aux besoins, capable d'augmenter la valeur
combative, çst d’une importanceiconsidérable. Aucun, effort'nè doit
être négli^ié.dans'ice sens-.
âtiiUne ration: ile.'4'.DOO calories; pour lesdroupos du. front ne peut
être regardée comme excessive. Même si les soldats augmentent dë
poids pendant leurs périodes, de. repos, ils dépensent l’excédent
d’énergie accumulé quand ils retournent aux tranchées. Nous
jugeigDs.dbnc qu'une certaine réserve est nécessaire, en vue préci¬
sément .de. périodes éventuelles de pénurie temporaire de nourri¬
ture dans les tranchées.
Pour lés hommes occupant des positions plus sédentaires, siir les.
lignes de communication, dans les camps de reims et l>‘s dépôts, il
n’est pas niable que la ration excède les bésnins. Chez eux, une
restriction rationnelle de nourriture ne saurait en rien nuiie à leur
santé et assurerait l’économie de nos ressouc' es nationales.
Une ration de valeur énergétique de 3.000 à 3.500 caloiies satis-
ferait^tèinementilèS: besoins des hommes places dans ces .condi-
tiopsi.
COMMISSION SANITAIRE DES PAÏS ALLIÉS 751
Pour la, Marine, la, ration réglementaire actuelle est ;de'2ilB4 <îalo-
l’ies par homme et par jour. Mais ce chiffre ne , concerae' pas les
graisses et autres articles que les hommes se procurent aux can-
Unes et qui portent la ration à une moyenne de 3 i 300 'calories .■
En outre, pendant les périodes de travail 'partioulièreaieBt. dür,
une ration supplémentaire de 1.332 caloriés est distribuée. La ration
journalière totale est ainsi portée, dans ces cas, à 41800 calories.
3“ L’énergie dépensée par l’homme doit lui être, de toute évi¬
dence, fournie par la nourriture; satis quoi elle estiprise^àux dépen
des tissus graisseux d’abord, puis des tissus vitaux eux'-mémes et
alors la valeur de l’homme est diminuée. De plus; les effèts d'une
alimentation insuffisante ne diminuent pas seulement là force et
l’endurance, mais provoquent le mécontentement < et rirritabilité,
d’où baisse de l’état moral.
Enfin, chez le soldat sous-alimenté, le pouvoir de- résistance aux
maladies de tout ordre diminue et, en cas de maladie, la conva¬
lescence se prolonge. La rareté relative des maladies parmi les
troupes en campagne, si remarquable jusqu’ici, au cours dè la
guerre sur terre et sur mer, peut être attribuée, dâns une large
mesure, à la quantité et à la qualité des rations fnurnies. Il est
reconnu que, de temps à autre, en raison de ceriainês nécessités
économiques, des réductions de nourriture sont inévitables; mais
il importe d’éviter toute diminution brusque. En dehors de toute
autre considération, cela pourrait donner à l’ennemi l’occasion de
créer, par les moyens de sa propagande, un malaise parmi les
troupes alliées, en attribuant ces réductions au succès de leur guerre
sous-marine.
4* Nous sommes d’avis qu’il faudrait faire de. plus grands efforts
pour améliorer les méthodes de préparation et de cuisson des ali¬
ments pour les hommes en campagne. Sans aucun doute, l’absènce
d’un personnel entraîné amène un gaspillage considérable. L’insti¬
tution d’écoles de cuisiniers dans les zones d’armées .nous semble
devoir constituer un progrès vraiment nécessaire au pnmt de vue
dé la suppression de ce gaspillage.
De telles écoles ont déjà commencé à être instituées dans notre
Armée, avec d’excellents ré.sultats.
5? Il est probable qu’avec la continuation de la guerre et. la réduc¬
tion du tonnage disponible, il sera nécessaire de modifier, par
l’introduction d’équivalents, les substances alimentaires qui forment
la ration normale dans les differents pays alliés. En ce cas il sera
nécessaire d’établir des échanges de ces substances entre fes pays
qui produisent plus spécialement les unes ou les aulie.-i.. Par
exemple, les pays plus par ticulièrement pr oducteurs de viande et
ceux, plutôt producteurs de céréales pourraient avec avantage tota¬
liser leurs ressources.
Nous pensons que cet aspect de la question devrait^ être étudié
avec soin par les administrations chargées du ravitaillement dans
152
ALIMENTATION DES TROUPES
les pays intéressés, d'accord avec les autorités de la Marine mili¬
taire et marchande.
M. le Médecin principal Laffobgub (France). — Laissons donc le
calcul des calories et ne tenons compte que des aliments en eux-
mêmes. Le problème qui se pose est le suivant : les 350 grammes
de viande du soldat italien suffirai eiit-ils au soldat français?
M. LE Prbsibewt. — 11 est un fait qui domine la discussion ; Par¬
tout il y aune tendance à la réduction des aliments. Peut-être les
rations seraient-elles plus rapprochées si elles étaient partout éga¬
lement consommées. C'est là le renseignement capital qui permet¬
trait de conclure.
M. le Médecin-Major de l''“ classe Langlois. — Un bon moyen de
se renseigner, de connaître si l’on donne trop d’aliments, serait
d’intéresser les hommes aux économies.
Si l’on remboursait en argent aux hommes les aliments écono¬
misés, les déchets par non-utilisation ou gaspillage disparaîtraient.
Par suite, on saurait quelle est, au juste, la ration nécessaire et
sulfisante.
M. le Médecin principal Lafforgue (France). — Je voudrais, à cette
discu«sion, une conclusion pratique, que nous pourrions soumettre
au Sous-Secrétaire d’Etat pour le Service de Santé.
M. LE Président. — L’important, en effet, est de dégager cette
conclusion, en la basant sur les faits acquis et non sur des concep¬
tions théoriques ou de laboratoire.
M. le Médecin principal de l'" classe Maistbiau (Belgique). —
Aussi cetie conelusion est-elle difficile à dégager. Les be.soins ali¬
mentaires varient avec les pays. Il y a un atavisme cellulaire pour
la viande comme pnu' le vin. C’est pourquoi on ne peut unifier la
ration de viande dans les divers pays.
M. le Docteur Poitevin. — Si les données recueillies ne suffisent
pas, nous ne devons p.is craindre d’en chercher de nouvelles et, au
besoin, de faire des essais, de provoquer des expériences. L’expé¬
rience la plus simple et la plu- séduisante consisterait à diie aux
hommes : « Ce que vous ne consommerez pas, ce que vous ne gas¬
pillerez pas ou ne jetterez pas, on vous le remboursera en argent.
Le pays ne songe pas à économiser sur votre nourriture. 11 voudiait
seulement augmenter votre péciile êu évitant des déchets qui ne
servent à rien. A vous de voir si vous voulez, par une attention
élémentaire, augmenter votre argent de poche. »
Si cet essai réu-isit, les données qut en ré.sulteront seront infini¬
ment préciéuses. Nous aurons ainsi profité du formidable champ
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS 733
d’expériences de la guerre pour contribuer aux progrès de la bio¬
logie.
M. LE Président. — Cette suggestion est évidemment pratique et
nous pourrions l’adopter.
M. le Médecin-Major de classe Langlois. — J’avais rédigé un
projet de vœu qui concorde précisément avec ces vues.
M. LE Président. — Je vous le demande pour le procès-verbal.
M. le Médecin-Major de 1" classe Langlois. — Vœu. — Après
enquête faite dans les diverses Armées alliées et observations
échangées au sujet de l’alimentation des troupes,, la Commission
sanitaire interalliée, sans vouloir entrer aujourd’hui dans la discus¬
sion théorique du nombre variable de calories nécessaires aux
divers organismes pour assurer intégralement la réparation des
pertes suivant les diverses conditions d’origine, d’existence, de
travail ou d’habitude, estime cependant que bien souvent les rations
réglementairement allouées dépassent sensiblement les besoins. 11
en résulte des dépenses exagérées non seulement en argent, mais
surtout en denrées.
Considérant qu’il importe, en même temps, de maintenir les sol¬
dats dans un état physique parfait et de réduire cependant au
minimum la consommation des denrées alimentaires, afin de sau¬
vegarder autant que possible les stocks d’approvisionnements, élé¬
ment essentiel de la résisiance des nations, la Commission croit de
son devoir de porter a la connaissance des Gouvernements alliés
les vœux suivants :
1“ Intéresser les consommateurs aux économies réalisées par
l'ordinaire afin d’éviter le gâchis d’aliments non consommés;
2“ Créer des écoles de cuisiniers afin que ceux-ci, instruits et
expérimentés, sachent utiliser et préparer au mieux les denrées
qui leur sont confiées et évitent ainsi que les aliments mal pré¬
sentés, mal assaisonnés ou mal cuits soient jetés par le consom¬
mateur;
3® Organiser des cours ou des ofQciers chargés de la surveillance
et de, l’organisation des ordinaires recevraient toutes les insiruc-
tions po^r la bonne exécution de leur service;
4° Doter les unités en campagne, de même que les casernes ou
établissements militaires du matériel nécessaire non seulement à
la bonne cuisson et à la bonne préparation, mais encore à la con¬
servation parfaite et à la présentation appétissante des aliments
préparés;
5“ Ne pas distribuer une ration fixe des aliments dits de « con¬
fort » (boissons fermentées, ration d’alcool, tabac, etc.), mais don¬
ner des bons periuetlant à l’homme de toucher soit tout ou partie
de là denrée en cause, soit la valeur représentative en argent;
REV. d’hvg.
XL — 48
754 ‘ ALIMENTATION DES TROUPES
Récupérer au maximum les matières, extractives des déchets,
résidus, immondices, etc., par l’élevage de porcs, lapins, vo¬
lailles, etc., par la culture de Jardins potagers, par l’extraction des
produits azotés de Turine, etc., etc.
M. le Colonel Beveridge (Grande-Bretagne). — Ne devons-nous
pas craindre que le soldat me fasse un mauvais usage de l’argent
distribué : par exemple, pour acheter de l’alcool en économisant
sur la nourriture ?
M. le Médecin-Major de !'■'= classe Langlois.' — Il suffira, pour
éviter ce mauvais usage, de ne pas distribuer immédiatement l’ar-
gènt ■•ëconora'isé; de le réserver, par exemple, pour le temps des
pérmissions.
"M/le Colonel Beveridge (Grande-Bretagne). — Je 'erai mon pos-
sible.pour expérimenter dans quelques unités.
M. le Docteur POttevin. — La question peut avoir une ftrosse
importance pratique; le.s 'Pays alliés ne seront jamais gênés par la
question d’argent, tandis qu’ils pourraient l’être, éventuelleménl,
par Celle des denrée'* alimen'aires. Ï1 est donc d’un intérêt général
■d’économiser celles-ci aux dépens de celui-là.
M.’tis Président. — Tous d’accord avec M. Pottevin, nous le char¬
geons de Cofidenser Cette discussion sous la forme d’un vœu.
Troisième séance. — 15 mars 4948.
M. le Médecin-Major de classe Langlois soumet à la Commis¬
sion : ,
i» ’Üiiemote sur Pélabliss* ment d’écoles de cuisiniers.
« Des écoles de cuisiniers militaires ont été oryanisées aux
!< Armées, une par division.
« Les cuisiniers des unités y font un stage autour de rôle.
« L’institution' paraît avoir donné jusqu’ici des résuliats satis¬
faisants.
2“''Üne note sur une expérience de réduction alimentaire lenté®
l'an dernier dans l’Armée française.
« DAns le but d’era'pêch ■ tout gaspillage de denrées et de réa¬
liser des économies sur les quantités distribuées, tout en assurant
au soildat en- campagne I almientaiion nécessaire, les distributions
gralUifes de Vivres sur le pied d’une ration 'fixe avaient été, à partir
dii-'-if^ avril. remplacées par fine indèmnité eu deniers repré-
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS
sentant la valeur de la raiion. Au moyen de cette indemnité, les
unités achetaient les 'guantités de denrées strictement nécessaires
à l’alimentation des hommes. Ceux-ci participaient à la répartition
des économies d’argent réalisées par l’ordinaire.
« Ce système a permis pendant sa période d’application (t" avril-
30 juin tOlT) d’atteindre, à des résultats fort appréciables. Pour l’en¬
semble des troupes en campagne, les économies ont atteint plus
de 10 p. 100 de la consommation antérieure pour le pain, environ
10 p. 100 pour la viande, 20 p. 100 pour le lard, 6 p. 100 puur le
café, 10 p. 100 pour le sel, 2,5 p. 100 pour le sucre.
« Pour des raisons d’ordres différents visant surtout la disci¬
pline, le général commandant en chef.a suspendu l’application des
dispositions dont il s’agit à partir du 1" juillet 1917.
« Le système a été appliqué à l’Armée d’Urient jusqu’au !''■ jan¬
vier 1918. »
H. le Médecin-Major de classe Langlois. — L’expérience re¬
latée dans la note que je viens de vous lire ne répond pas à l'idée
que se faitla Commission d’une expérience de réduction volontaire.
C’était une réduction imposée.
M. le Docteur Pqttevin. — De plus, cette réduction ne pouvait
qu’être mal accepiég, car le bénéfice réalisé était réparti entre
l’État et les hommes; encore les hommes ne devaient touOher ce
qui leur revenait qu’après la guerre.
Nous demandons, au cont' aire, que la portion de la ration réduite
soit compensée par des bons transformables, à la volonté des hom¬
mes. en aliments ou en argent.
.M. le Médecin principal de 1'’° classe Maisibiau (Belgique). — N’y
a-t-il pas lieu de craindre le trafic des bons? Ne faudrait-il pas
créer di-s bons nominatifs ?
M. 'le Médecin-Major de fv classe Langlois. — Les bons nomi¬
natifs compliqueraient trop les écritures.
M. le Docteur Poitevin. — 11 semble que le danger d’accapare¬
ment ou de trafic des bons soit facile à éviter par une surveillance
élémentaire et des sanctions aporopriées.
Au point de vue de la conception que nous nous faisons des essais
à tenter, noos trouvons, dans la note aiudaise que nous a soumise
M. le colonel Bevbridge, les indications précieuses.
Tout d’abord cette note fait observer, avec juste raison, qu’il ne
serait ni prodent, ni politique de diminuer l’alimentation des trou¬
pes de p.iem ère ligne.
Par coniroj nos collègues britanniques ont remarqué, ,pogi me
nous, et leur confirmation de notre point de vue..esL.amsi^,gi.ét;ipe
756
ALIMENTATION DES TROUPES
qu’opportune, que, dans des camps, lignes de communication et
dépôts, la ration intégrale est supérieure aux besoins.
Une économie sérieuse serait donc réalisable, sans nuire le moins
du monde à la santé ni au moral des armées. Il ne s’agit pas d’une
économie d’argent ; car les Alliés ne seront jamais arrêtés par la
question d’argent; mais d’une économie des denrées alimentaires et
des réserves nationales, économie qui nous semble capitale.
Une autre considération importante de la note anglaise est rela¬
tive aux substitutions et aux échanges alimentaires entre Alliés.
11 est capital, en effet, que les Alliés mettent en commun leurs
ressources et échangent rationnellement leurs produits respectifs.
Il importe qile les services intéressés et les autorités navales étu¬
dient sans retard les moyens pratiques d’assurer ces échanges.
Nous sommes également d’apcord, enfin, sur la question des cui¬
siniers, qui doivent être instruits dans des écoles pratiques et stabi¬
lisés dans leurs fonctions. En somme, nous arrivons à une parfaite
unanimité de vues. Tous nous croyons que des économies sont
nécessaires et sont possibles. Mais ne pouvant savoir quel est au
juste le quantum d’économies réalisables, nous deniandons que de.s
expériences soient faites pour arriver à connaître ce quantum.
M. le Médecin aide-major Gelev. — Voici un avant-projet de vœu
que j’avais préparé :
<< La Commission sanitaire des pays alliés, considérant :
« Que, de ses enquêtes minutieuses faites dans les diverses Armées
alliées et des discussions et échanges de vues consécutifs à ces en-
quêti-s, découlent les conclusions suivantes :
« 1» Les rations réglementaires allouées semblent dépasser souvent les
besoins ;
« 2“ Les rations, assez différentes quantitativement, en théorie, d'tm
pays à' un autre pays, sont, en fait, plus rapprochées si l'on tient
compte non de la ration distribuée, mais de la ration réellement con¬
sommée ;
<( Considérant, d’autre part :
« Que l’économie des denrées alimentaires est devenue l’un des
facteurs de la victoire; l’établissement d’une alimentation vraiment
rationnelle répondant non seulement à un besoin hygiénique mais
à une nécessité militaire ;
« Considérant enfin qu’il importe, au point de vue scientifique,
de profiter de l’immense champ d’observation de la guerre pour
contrôler les données théoriques si divergentes sur la physiologie
de l’alimentation, émet les vœux suivants ;
U 1“ Que l'enquête sur l'alimentation des troupes soit poursuivie et
étendue le pins possible ;
« 20 Que tous efforts soient faits, dans les Armées alliées, pour
védüire au minimum les déchets alimentaires.
.COMMISSION SANITAIIŒ DES PAYS ALLIÉS
« Pour cela, des écoles pratiques de cuisiniers devraient être éta¬
blies partout; les cuisiniers instruits devraient être stabilisés dans
leur fonction ; les aliments devraient être non seulement bien pré¬
parés, mais bien présentés et servis chauds même dans les tran¬
chées de première ligne, ce que rend possible l’usage des récipients
calorifuges déjà généralisé dans certaines Armées alliées ;
« 3° Qu'une expérimentation de réduction volontaire soit tentée dans
un certain nombre d’unités sélectionnées.
« D'après les vues de la Commission, l’expérience pourrait con¬
sister à réduire dans une certaine mesure les rations et à distribuer
aux hommes des bons qui donneraient droit, à leur volonté, soit à
un supplément des rations réduites, soit au remboursement en ar¬
gent de la valeur représentative des aliments non consommés.
« Sans entrer dans une étude détaillée des conditions de l’expé¬
rience, la Commission pense qu’elle devrait avoir lieu, non sur le
front, où elle serait impraticable et impolitique, ni dans les dépôts
où les résultats pourraient être viciés paæ trop de causes d’erreur ;
mais à l’arrière du front.
« Elle pense enfin que, tant pour éviter un mauvais usage de
l’argent à distribuer que pour éviter des erreurs d’appréciation sur
l’expérience en cours, les bons économisés devraient être payés
non immédiatement, mais à des occasions déterminéès, par exem¬
ple au départ des hommes en permission.
« Les médecins des unités en expérience devraient être invités à
suivre de près ces expériences, tant pour éviter des abus d’ailleurs
improbables que pour faire part de leurs observations sur la santé
des hommes, sur leur poids et généralement sur toutes les données
qU’ils seraient à même de recueillir. »
M. le Docteur Pottevin. — Je crois qu’il est préférable de pré¬
senter séparément les considérants et le vœu lui-même.
M. le Président. — C’est ce qui sera fait à la prochaine réunion
de la Commission. M. le D’’ Geley présentera un résumé des tra¬
vaux de la Sous-Commission et les considérations auxquelles elle a
abouti et M. le Poitevin présentera les vœux concrets.
Troisième session plénière.
Extrait du procès-verbal de la séance du 20 mars 1918.
M. le Président. — La Sous-Commission pour l’étude de la ques¬
tion de l’alimentation a terminé ses travaux. Je pi’ie M. le D"' Geley
de nous en exposer un résumé. ,
M. le Médecin aide-major Geley. — La Sous-Commission pour
l’alimentation a procédé à des échanges de vue très complets,
théoriques et pratiques, basés sur les études antérieures, sur les
158 ALIMENTATION DES TROUPES
enquêtes de la Commission, sur les réponses au questionnaire de
M. le médecin-major Langlois ; enfin sur l'expérience immédiate
dés délégués. '
La Sous-Commission a abouti à un accord complet, absolu, sur
un certain nombre de points.
1“ Tout d’abord, elle estime que la question alimentaire pi^sente
un intérêt primordial et doit rester au premier rang des préoccu¬
pations de la Commission comme des préoccupations des Gouver¬
nements alliés. En effet, l’économie des denrées alimentaires est
devenue l’un des facteurs de la victoire et l’établissement d’une
ration vraiment rationnelle répond non seulement à un besoin
hygiénique, mais à une nécessité militaire. De plus, au point de
vue exclusivement scientifique, il y a lieu de profiter de l’immense
champ d’observation de la guerre pour contrôler ics données théo¬
riques, si divergentes, sur la physiologie de l’alimentation.
2* En second lien, la Sous-Commission estime qu’il importe de
sei préoccuper activement de l’échange des produit^ alimentaires
entre pays alliés et d’établir cet échange respectif sur des principes
rationnels.
3» Après étude approfondie des rations alimentaires des Armées,
la'Sous-Commission est arrivée à cette conclusion bien établie que,
presque partout, sinon dans les tranchées de première ligne, du
moins à l’arrière du front et dans lés dépôts, ces rations semblent
dépasser les besoins.
La préoccupation des services compétents paraît être de donner
trop, de peur de ne pas donner assez. Il y a des déchets, dus soit
au gaspillage, soit à une mauvaise utilisation des produits distri¬
bués aux cuisiniers, soit aux résidus abandonnés par les hommes
par suite d’une préparation ou d’une présentation défectueuses des
aliments.
Il résulte de ce fait que les rations, assez différentes en théorie,
au point de vue quantitatif, d’un pays à un autre pays, sont, en fait,
plus rapprochées, si l’on tient compte non pas de la ration distri¬
buée mais de la ration réellement consommée.
Il importe’ donc, et la Sous-Commission pense que ce point est
capital, que tous efforts soient fait^, dans les Armées alliées, pour
réduire au minimum les déchets alimentaires. Pour cela, les moyens
suivants semblent les meilleurs : généraliser partout les écoles
pratiques de cuisiniers, déjà réglementaires dans quelques Armées;
stabiliser dans leurs fonctions les cuisiniers instruits; enfin assurer
une présentation aussi parfaite que possible des aliments. Les ali¬
ments devraient être servis chauds, jusque dans les tranchées de
première ligiie et la solution de ce problème est p issible par l’em¬
ploi systématique de récipients calorifuges portatifs.
4“ La. Sous-Commission, tout en déclarant que l’excédent de la
ration sur les besoins réels est certain, estime que nous n’avons pas
les éléments d’appréciation suffisants pour établir ce qu’est au juste
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS 759
cet excédent. Les enquêtes n’ont pas donné, à ce point de vue, le
résultat espéré.
La Sous-Comraission pense que le meilleur moyen de connaître
cet excédent serait de le rechercher par une expérimentation. Il
s’agirait d’une expérience de réduction volontaire, tentée dans un
certain nombre d’unités sélectionnées :
Dans ces unités, la ration, bien préparée et bien présentée, de
façon à être entièrement consommée, serait rationnellement ré¬
duite. Mais on distribuerait aux hommes des bons qui donneraient
droit, à leur volonté, soit à un supplément de l’aliment réduit,
qu’ils pourraient ainsi se procurer gratuitement aux coopératives;
soit à un remboursement en argent de la valeur représentative de
l’aliment économisé. De cette manière, les hommes auraient l’im¬
pression qu’on ne cherche pas à faire des économies à leur
détriment et il est à penser qu’ils collaboreraient volontiers à l’ex¬
périence.
En ce qui concerne le cadre de l’expérience, la SousTÇpmnii^sion
élimine naturellement le front de première ligne, où elle serait
impolilique et d’ailleurs impraticable. Elle pense, d’autre part; que
dans les dépôts il y aurait des causes d’erreur difficiles à éviter.
C’est donc à l’arrière du front que l’expérience devrait être tentée.
La Sous-Commission a discuté également les moyens d’éviter un
mauvais usage de l’argent distribué. Le moyen qui lui, a paru le
meilleur serait de payer les bons non pas immédiatement, mais à
des occasions déterminées ; par exemple, au départ des hontmes
en permission.
Une surveillance élémentaire suffirait, d’autre part, pour empê¬
cher le trafic des bons remboursables. Enfin, les expériences
devraient être suivies de près par les autorités compétentes et le
Service de Santé, tant pour éviter des abus, d’ailleurs improbables,
que pour pallier les causes d’erreur.
M. le Docteur Pottevin. — Voici comment j’ai rédigé le. vœu qui
paraît se dégager des délibérations de la Sous-Commission :
« I. — D’après les observations faites dans les diverses Armées
Alliées, il y a lieu d’insister à nouveau sur l’intérêt que présentent,
au point de vue de la bonne utilisation des denrées et de la préven¬
tion du gaspillage, dans les Unités.militaires :
« a) Les soins donnés à la préparation et à la présentation des
aliments ;
« b) L’instruction professionnelle et la stabilisation des cuisiniers.
« IL — Considérant qu’il est possible-de réaliser des rations équi¬
valentes sous des formes très variées, la Commission est d’avis
qu'il y a lieu de recommander aux Autorités compétentes des
Nations alliées, en vue d’utiliser au mieux le stock çommun, d’or¬
ganiser un système d’échanges de leurs productions; respectives.
« 111. — Laissant de côté les troupes directement engagées dans
760
ALIMENTATION DES TROUPES
les opérations de guerre et visant seulement les troupes de l’arrière
et la population civile, la Commission estime qu’il est possible de
faire, sans compromeltre en rien ni la santé ni le bien-être des
consommateurs, des économies sérieuses sur les quantités de
matières alimentaires actuellement consommées.
« La Commission n’est pas en état d’évaluer le taux de ces éco¬
nomies. Elle est d’avis que cette question doit être signalée à l’at¬
tention des Gouvernements alliés, en indiquant qu’il y, aurait lieu
de chercher à la résoudre par l’expérimentation.
U A titre d’exemple, on pourrait, dans certaines Unités choisies
comme se prêtant bien à l’observation, remplacer une partie des
denrées attribuées à l’ordinaire comme ration normale, par des
bons individuels qui permettraient aux hommes, soit de se procu¬
rer journellement aux coopératives des aliments de leur choix,
soit d’obtenir, à certaines époques déterminées, le remboursement
en argent. »
M. le Colonel Beveridge (Grande-Bretagne). — Au deuxième para¬
graphe on pourrait modifier la rédaction ainsi qu’il suit ; « ... en
vue d'arriver 'à une meilleure utilisation du stock commun, d'étudier
les moyens les plus efficaces pour organiser un système... »
M. le Professeur Robin (France). — Je voudrais ajouter moi-même
quelques observations sur les inconvénients de l’alimentation ani¬
male surabondante.
Si l’homme sain absorbait simplement la quantité de matières
alimentaires animales correspondant aux besoins de son orga¬
nisme, il y aurait équilibre parfait dans les réactions chimiques
qui entretiennent la vie. Malheureusement il est loin d’en être
ainsi et voici bien des années que je suis particulièrement frappé
par les dangers d’une alimentation trop abondante, surtout quand
celle-ci porte principalement sur les aliments animaux. Ces dan¬
gers ne menacent pas seulement les classes aisées, mais aussi les
classes ouvrières, ainsi que j’ai pu m’en assurer dans mon service
hospitalier, où les affections que l’on peut attribuer, au moins en
partie, à une alimentation animale trop réduite sont insignifiantes,
vis-à-vis de celles où intervient comme facteur un excès de nourri¬
ture animale.
Celle-ci surmène l’estomac et l’intestin, suractive les fonctions
hépatiques et la circulation et fatigue le rein par l’excès du travail
éliminateur qu’elle lui impute. Elle est génératrice de toxines dont
l’action néfaste s’exerce sur les voies d’élimination et sur l’orga¬
nisme tout entier. Elle est l’une des causes les plus actives de la
déminéralisation organique qui figure parmi les éléments du ter¬
rain sur lequel le bacille de la tuberculose peut se développer sans
entrave.
Un exemple : le poumon normal contient 12 grammes de matières
minérale par kilogrammes de poids, alors que le poumon tuber-
COMMISSION SANITAIRE DES PAYS ALLIÉS
culisé n’en i-enferme que 7 gr. 90, et le pnumon indique lui-même
l'importance défensive de la minéralisation, puisque dans le pou¬
mon encore sain d'un phtisique il y a surminéralisation avec 16 gr. 27
par kilogramme de poids. ‘ ■
En voici le mécanisme suivant lequel l’alimentation animale
exh^érée peut provoquer la déminéralisation.
Une ration alimentaire comprenant HO grammes d’albumine
contient 4 grammes de soufre qui, s’oxydant pour les 4/5 dans l’or¬
ganisme, donne 2 grammes d’anhydride sulfurique. Le phosphore
organique de HO grammes d’albumine donne O gr. 30 d’acide phos-
phorique. Les acides ainsi formés demandent pour être saturés
2 gr. 03 de hase, exprimés en potasse. Cette quantité est de beau¬
coup supérieure aux bases de la viande, de sorte que les acides
devront capter, pour se saturer et s’éliminer, des bases empruntées
à l’organisme lui-même. D’où la déminéralisation.
Mais celle-ci n’est pas le seul méfait de l’alimentation animale
surabondante. C’est elle qui est responsable de la plupart des étals
dyspeptiques, du moins comme cause occasionnelle; qui transforme
les dyspepsies nerveuses en dyspepsies chroniques, et c’est sous son
influence que tant d’entérites se développent.
Elle engendre l’insuffisance hépatique avec augmentation du
volume du foie, qui suit le surmenage de l’organe. Elle est la cause
effective de bien des hémoptysies chez les tuberculeux pulmonaires.
Elle provoque des spasmes vasculaires périphériques générateurs
d’hypertension artérielle et d’artériosclérose. Enfin, elle est à
l’origine des néphrites, puisque la fatigue du rein met cet organe
en un état d’opportunité morbide dont profiteront les infections.
Pour éviter tous ces accidents, il importe que la ration alimen¬
taire ne dépasse pas de 0 gr. 80 à 1 gramme d’albumine animale
par kilogramme de poids et par 24 heures la ration d’albumine sup¬
plémentaire devant être demandée aux albumines végétales. U
résulte du travail de M. Inaba Ryotaro que nos confrères japonais
sont déjà entrés dans cette voie, et la communication de S. E. le
Général Rho, aux conclusions de qui je me rallie entièrement,
montre que nos confrères italiens ont envisagé le problème de l’ali¬
mentation des troupes avec le même esprit. '
M. le Professeur Chanteuesse (France). — J’apporte à la Com¬
mission un échantillon de pain. Vous savez qu’on a déjà essayé
de faire du pain avec de la pulpe de pomme de terre cuite :
200 grammes pour 800 grammes de farine; ce pain était de consi¬
stance, d’aspect et de goût assez peu engageants. Celui que je pré¬
sente est fait avec les mêmes proportions, mais la pomme de terre
employée est crue et entière; on la lave, la brosse et la râpe sans
la peler et on l’ajoute à la farine. Il est très bon, comme vous pou¬
vez vous en assurer, et se maintient frais longtemps, car l’échan¬
tillon que voici a déjà 48 heures de date. Cette méthode serait
162’ ALIMENTATION DES :i'KOUPES
employée depuis longtemps déjà en Bourgogne. On envisage son
adoption à Paris.
M. le PaisiDBMT. — Personne nè deoiandant plus la parole sur
la qne^âon, de l’alimentation, je mets aux voix le voeu présenté par
la Sous-Commission, avec l’amendement apporté par là Délégation
de la Grande-Bretagne. (Le vœu définitif est adopté à Vunanimité.)
M'. le Docteur Pottevin. — Le vœu que nous avons émis tout à
l’heure comporte qu’il doit être possible de faire, sans compro¬
mettre en rien ni la santé ni le bien-être des populations, des éco¬
nomies .sérieuses sur les quantités de matières alimentaires con¬
sommées normalement. 11 constate aussi que notre Commission
n’est pas en possession de données permettant d’évaluer le taux de
ces économies, et indique qu’il y aurait lieu de chercher à résoudre
la question par l’expérimentation, ou plus exactement par des
observations méthodiques.
Le discours de M. le Président vient de nous apprendre que sur
l’initiative de la Société Royale de Londres; immédiatement suivie
par l’Académie dei Lincei, un Comité scientifique a été constitué en
vue d’étudier les problèmes relatifs à l’alimentation publique.
Cést-déjà, en quelque façon, la réalisation de notre vofeu.
La Société Royale de Londres, l’Académie dei Lincei et les Sociétés
savantes des pays alliés qui ne manqueront pas de se joindre à
elles obtiendront les moyens d'action nécessaires pour l’étude
entreprise.
M. le Lieutenant-colonel Buchanan (Grande-Bretagne). — Je par¬
tage entièrement votre avis. Mais je ferai observer que la Société
Royale s’occupe de l’aliibentation de lapopulation civile, qu’elle n’a que
des rapports limités avec l’armée et que, par conséquent, il lui serait
difficile de se livrer à une expérimentation au point de vue militaire.
M. le Docteur Poitevin. — Il n’y aurait que des avantages à ce
que les expériences que nous suggérons dans les milieux militaires,
parce qu’elles y sont le plus faciles à réaliser, aienè lieu aussi dans
des collectivités civiles.
M. le Président. — Les observations que vient de présenter
M. Poitevin me paraissent absolument justes. Je pense aussi que,
sur les bases dont il a indiqué les grandes lignes, ou sur d’autres
que l’examen plus approfondi de la questiqn peut faire apercevoir,
il' y a intérêt à rapprocher les travaux des Comités scientifiques en
formation et ceux que nous poursuivons de notre côté depuis déjà
de longs mois. Si donc la Commission entre dans ces vues et si elle
estime que la collaboration envisagée apparaît comme devoir être
féconde, je ne négligerai rien de ce qui dépendra de moi pour
qu’ell soit réalisée.
Je vois que la proposition rencontre la faveur générale et qu’elle ne
soulève aucune objection. Je la déclare donc adoptée à l’unanimité.
763
[à41].
SOCIÉTÉ
DI MÉDECINE PUBLIQUE
ET DE GÉNIE SANITAIEE
Reconnue d’utilité publique par décret du 8 mars 1^0.
Séance du 27 novembre 1918.
Présidence de M. le D‘’ Jules Renault.
La séance est ouverte à dix-sept heures.
ALLOCUTION
de U. le D'' Jules RENAULT, président.
Mes chers collègues,
Depuis notre dernière séance un grand événement s’est pro¬
duit : ce n’est pas encore la paix, mais 1 armistice est signé
dans des conditions telles que nous sommes en droit de penser
que les hostilités ne reprendront pas.
La Société de Médecine publique et de Génie sanitaire tient
à honneur d’adresser l’hommage de sa respectueuse admira¬
tion et de sa reconnaissance :
A M. Raymond Poincaré, président de la République, dont
le patriotisme clairvoyant a su choisir le Président du Conseil
qui convenait à la gravité de l’heure.
164 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [242]
A M. Georges Clemenceau, qui, à un âge où l’homme aspire
au repos, assuma la lourde et noble tâche de défendre la patrie
en danger. Par son énergie morale et sa foi patriotique, il sut
soutenir les vaillants, électriser les hésitants et résister comme
un roc aux vagues d’angoisse qui déferlaient autour de lui.
Dans l’avenir le plus lointain, l’Histoire redira à nos descen -
dants qu’il a sauvé la France, qu’il a sauvé l’humanité.
Au maréchal Joffre, le grand vainqueur de la Marne, qui
arrêta l’invasion des Barbares et lui assigna, dès le début delà
guerre, une limite infranchissable.
Au maréchal Foch, dont le génie abattit l’idole enclbutée des
Allemands, chassa nos ennemis de notre territoire et nous les
fit apparaître incapables de défendre le leur autrement que
par une capitulation précipitée et à tout prix.
Aux officiers et soldats. Français et Alliés, dont l’héroïsme
tenace a supporté les plus durs sacrifices pendant quatre ans et
permis de remporter la Victoire.
A nos morts, que nous pleurons et dont le souvenir estompe
notre joie d’une amertume attendrie. (As^enfimenf unanime et
applaudissements.)
Présentation d’un nouveau membre.
M. le D' Azoulay, médecin-inspecteur des écoles, présenté par
MM. G. Risler et le D'' Borne.
Nomination d’un nouveau membre.
A titre de membre adhérent :
L’Institut Lannelongue d’hygiène sociale, présenté par MM. les
D''s Jules Renault et Borne.
[243]
PALUDISME ET DRAGAGES
7G5
COMMUNICATIONS
PALUDISME ET DRAGAGES
par M. le D-- ATHE,
Médecin principal de !''• classe des colonies en retraite,
Ancien chef du Service de Santé du Sénégal,
Cochinchine et Cambodge.
Si je reviens sur un pareil sujet qui semblerait peu nouveau,
c’est que j’ai reçu de mon pays natal, Arles, un renseigne¬
ment très précis. Notre Administration routinière est, sur le
point, dans cette région très paludéenne, de recommencer
l’expérience malheureuse du canal de Saint-Louis du Rhône.
Le but de mon travail est d’empêcher cette nouvelle
erreur.
A la veille des grands travaux qui vont être entrepris après
la guerre pour l’aménagement des fleuves et des canaux, je
crois devoir signaler à la Société d’Hygiène et de Médecine
publique un fait bien connu de certains spécialistes, mais
ignoré encore du public et de beaucoup de médecins et
d’hygiénistes.
Ce fait en apparence paradoxal, mais bien démontré par de
nombreuses expériences, est celui des résultats bien différents,
produits en pays paludéens par les grands travaux de terrasse¬
ments quand ils 'sont exécutés à main d’homme par la pelle
et la pioche, ou par de puissan tes machines comme les dragues
modernes.
Dans le premier cas, le paludisme, qui semble exaspéré par
le mouvement lent des terres remuées, produit des ravages
épouvantables, tandis que, dans le second cas, ces mêmes
terres, brassées violemment par de puissantes machines et
rejetées sur les berges par des jets d’eau considérables, ne
produisent plus aucun accident sur le personnel exécutant ces
766 SOCIÉTÉ DE MÉDECaiSE PUBLIQUE [244]
travaux. A priori, ce fait semble paracfeASiU car, par l’éoorme
quan lité de terres bouleversées, ces travaux s&whleraient devoir
être plus dangereux.
Le cas le plus typique, à cet égard, a été celui dnnereuse-
ment à la drague du port de Sfax. Les dragueurs, tous Euro¬
péens,. purent jeter sur les berges des quantités considérables
de terre sans etre. inquiétés par le paludisme. Plus tard les
colons qui vinrent à la main remuer ces déblais pour construire
des maisons furent décimés par la fièvre paludéenne.
Un second fait, non moins caractéristique, est celui en
Cochincbine du creusement du Gho-Gao, le . grand canal de
navigation qui relie le fleuve de Saigon (au Mékong. Ce canal
fut exécuté, 'au début de notre occupation, par la réquisition,
dans toutes les provinces de la Cochincbine, de nombreux
coolies Annamites qui, quoique plus résistants que les Euro¬
péens au .paludisme, payèrent un large tribut à la maladie.
Après de nombreuses années, les Annamites ont conservé le
souvenir de l’énorme mlortalité entraînée par le creusenient de
ce canal., '
Dans cette même région, plus tard, les mêmes travaux faits-,
avec des dragues puissantes purent être accomplis sous la
direction du personnel européen assez nombreux. A ma grande
stupéfaction, ces travaux furent continués pendant plusieurs
années en conservant toujours un état sanitaire satisfaisant.
Quoique travaillant jour et nuit, malgré la présence de nom¬
breux moustiques et des dangereux anophèles, aucun dragueur
ni mécanicien européen n’t st mort de paludisme pendant louîe
la, durée, des travaux. Les quelques accès paludéens observés
tant sur lés Européens que sur les Annamites furent tous
bénins.
A Dakar, non loin du fameux marigot de Hahn qui s’était
acquis une si triste célébrité par les lormes redoutables, et
pernicieuses de son paludisme, des travaux à la drague ont
été faits pendant plusieurs années pour l’aménagement du pnrt.
' La mortalité fut insigniiiante, et, si quelques formes bénignes
du paludisme furent observées, on ne constata aucun accès
pernicieux, ni les typho-malariennes et les bilieuses hématu-
riques .si rebelles à lu thérapeutique. ■
Donc en, Tunisie, comme en. Côchinchine et aw Sénégial,'„l^s
1245]
PALUDISME ET DRAGAGES
76T
mêmes causes obt produit les mêmes résultats, et je me crois
en droit de conclure :
1® Que les grands travaux de terrassements en pays éminem¬
ment paludéens sont inoffensifs quand ils sont exécutés par des
dragues ; '
2“ Qu’ils sont terriblement dangereux quand ils sont faits à
la pelle et à main d’homme par les terrassiers les plus expé¬
rimentés.
Après avoir démontré par des faits indiscutables la première
partie de ces conclusions, il me sera encore plus facile de
démontrer la seconde, basée sur des faits, hélas ! trop nom¬
breux.
11 me suffira de citer le premier fait observé par moi, au
début de ma carrière, le creusement du canal Saint-Louis à.
l’embouchure du Rhône. Le »ra,vail fut fait à la main par des
terrassiers français et italiens au nombre d’environ 1.500 à
2.000.
Pendant toute la saison chaude, le nombre de malades
atteints de fièvres paludéennes fut si considérable qu’on dut
les évacuer sur tous.les hôpitaux de la région, Arles, Marseille,
Nimes, Avignon. Les équipes furent renouvelées plusieurs fois,
et le résultat fut toujours le même. En quinze ou vingt Jours
la presque totalité des ouvriers était indisponible. La morta¬
lité fut considérable et les travaux durent être Suspendus pen¬
dant toutes les saisons d été.
Je ne veux plus citer pour terminer que la triste expérienc,
faite à Madagascar en faisant travailler les troupes européennes
à des terrassements pour la construction des routes.
Résultat : 6.000 morts de paludisme. Je n’insiste pas pour ne
pas réveiller le douloureux souvenir de celte erreur colossale
en hygiène coloniale.
Ma lâche serait accomplie si je ne pouvais expliquer d’une
façon rationnelle et scientifique le mécanisme de Cette immu-
nisalioti spéciale qui se produit chez les ouvriers dragueurs
bouleversant'des terres palustres dans toutes les régions du
globe abondamment pourvues d'anophèles.
N’ayant pas eu à ma disposition l’outillage suffisant, ni peut-
être la compétence voulue pour élucider ce problème, je pré¬
fère ne pas me lancer dans des hypothèses risquées et latssçr
768
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[246]
le soin d’éclairer cette question aux bactériologues, ou ' aux
spécialistes du paludisme de l’école de notre grand Maître
Laveran.
Quant à moi, je me contente d’avoir exposé consciencieuse¬
ment les faits que J’ai observés dans ma carrière coloniale, et
crois pouvoir an conclure qu’il sera sage de tenir compte de
l’expérience du passé quand, après la guerre, on mettra en train
les grands travaux qui doivent améliorer ou transformer notre
système fluvial.
J’espère que nos administrations françaises, éclairées par
l’exemple de nos alliés américains, n’hésiteront pas à remplacer
la main-d’œuvre humaine par des machines qui nous procure¬
ront, sans grever notre budget, une double 'économie, et de
main-d’œuvre et de vies humaines.
Après la terrible saignéç jque nous venons de subir, cette
double économie s’imposera, et je crois faire œuvre utile en
signalant ces faits, peut-être un peu oubliés ou peu connus, à
l’attention de la Société d’hygiène et de médecine publique, et
par sa voix autorisée à toutes les autorités compétentes char¬
gées de l’organisation dés futurs travaux.
Discussion.
M. le D' Faivbe. — Le travail de M. le Aymé présente un grand
intérêt. Il serait désirable que la Société le transmette à la Munici¬
palité d’Arles, en attirant l’attention de cette Municipalité sur
l’importance des questions envisagées et en appuyant les solutions
préconisées pour les grands dragages.
M. RicHon. — Je m'associe pleinement à la proposition de M. le
D'' Faivre. L’importance du choix du mode de dragage est énorme
pour la protection de la santé publique contre le paludisme.
M. le D'' Goldschmidt. — Je regrette vivement que mon grand âge
ne nie^ permette plus en cette saison d’assister à vos séances,
d’autant plus que la question du paludisme portée à l'ordre du
jour m’intéresse particulièrement et que j’ai, en 1907, publié dans
notre revue* une étude à son sujet.
1. D. Goldschmidt. — Disparition de la fièvre paludéenne à Strasbourg
et dans ses environs. Revue d'hygiène et de police sanitaire, t. XXIX,
p. 417.
[247] PALUDISME ET DRAGAGES 769
La ville de Strasbourg et ses environs, y est-il dit, étaient autre¬
fois tributaires de la fièvre paludéenne. La maladie a disparu pour
ainsi dire complètement à. la suite d’assainissements du sol, de la
régularisation et de l'endiguement du Rhin, et surtout après la
construction du canal de dérivation des eaux de l’Ill dans ce lleuve,
qui a mis fin aux nombreuses inondations produites par le débor¬
dement de cette rivière, laissant derrière elles une quantité de
flaques d’eau stagnante.
Si beaucoup de marécages ont disparu au voisinage du Rhin et de
rill, il en reste cependant une forte proportion. La preuve en est
que les moustiques infestent encore le pays. Seuls les anophèles y
ont presque totalement disparu, alors qu’il existe encore un bon
nombre de ces eaux stagnantes à l’abri du vent qu’ils recherchent
pour le dépèt de leurs œufs.
J’ai demandé à diverses personnalités compétentes comment il
fallait expliquer cette disparition exclusive des anophèles, dans un
milieu où ils pourraient encore se développer et que d’autres
espèces de moustiques continuent à infecter; mais je n’ai pas
obtenu Jusqu’icf la solution de’ ce problème. Peut-être l’un de nos
collègues pourra-t-il la donner.
Parmi les moyens de destruction des moustiques, il y a lieu de
signaler, en plus de ceux indiqués dans l’instructif travail de
MM. Chantemesse et J. Renault {Revue d'hygiène, 1918, p. 279-298),
celui qui consiste à les rechercher l’hiver dans les caves, où ils se
réfugient par groupes, et de les flamber. Ce procédé a, paraît-il,
donné d’excellents résultats dans un village des environs de
Strasbourg, où les autorités l’avaient imposé.
M. le Dr M.\rchoüx. — La question traitée par le fr Aymé est des
plus importantes. -
Les grandes agglomérations de travailleurs employés aces terras¬
sements constituent de grands dangers de formation de foyers de
paludisme. L’expéi'ience du canal de Saint-Louis du Rhône en a été
une preuve malheureuse.
Le dragage mécanique ne nécessite qu’un nombre d’ouvriers
restreint et réduit au minimum les chances d’infection paludéenne.
— 49
^SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
1248]
no
WATER-CLOSETS COLLECTIFS
SYSTÈME DE LA « PORTE OUVERTE »
par"M. GANDILLON.
A l’encontre des autres systèmes de Water-Closets ou de
cabinets d’aisance, le système de la Porte Ouverte est caracté¬
risé par le maintien automatique de la porte à la position d’ou¬
verture, de telle sorte qu’on se rende compte, d’un seul coup
d’œil, si la cabine est ou non occupée. Cette disposition permet
de prendre possession d’une cabine libre sans hésitation ni
perte de temps. En outre, la surveillance du personnel s’en
trouve singulièrement facilitée.
Ces nouveaux Water-Closets se composent de cellules iden¬
tiques construites sur un même gabarit. Ils s’accommodent topt
spécialement de l’emploi économique et hygiénique du ciment
armé, les coiTrages restant les mêmes pour chaque cellule,
b’intérieur de chaque cabine est exempt de tout mécanisme et
ne comporte qu’un tuyau de chasse vertical en fer dont l’extré¬
mité inférieure est légèrement écrasée en queue de carpe.
L’évacuation des matières a lieu par des sièges à la turque en
porcelaine émaillée, qui sont desservis par des conduites en
grès vernissé aboutissant à des siphons individuels visitables
reportés en dehors des cabines. Ces siphons servent non seu¬
lement d’occlusion hydraulique interdisant le retour éventuel
d’odeurs, mais encore leur courbure permet de retenir les
matériaux étrangers tels que : montres tombées, outils dété¬
riorés et produits loupés. Les siphons individuels débouchent
dans un collecteur conduisant les matières soit au Tout-à-
l’Egout, soit dans une fosse septique.
Le dessus des cabines est constitué par une terrasse sur
laquelle se trouve une goulotte de distribution générale four¬
nissant l’eau à une série de compartiments correspondant
chacun à une cabine et renfermant chacun un siphon relié au
tuyau de chasse vertical. Cha.que porte, ferrée sur paumelles,
tourne sur gonds autour d’une tige ronde goupillée dans les
WATER-CLOSETS COLLECTIFS
P49]
ni
paumBlles. Cette tige est clavetée sur un mécanisme qui est
posé sur la terrasse et qui, au moyen d’un feuillard, agit direc¬
tement sur le siphon pour l’amorcer chaque fois qu’on ouvre
la porte, tout en restant sans action lorsqu’on la ferme. La fer¬
meture de la porte enclanche seulement le mécanisme.
Lorsque l’occupant quitte la cabine en soulevant le crochet
de -la porte, celle-ci s’ouvre d’elle-môme et, «déclanchant le
mécanisme, provoque la chasse d’eau du compartiment corres¬
pondant à la cabine. Ainsi à chaque évacuation de matières
correspond la chasse d’eau voulue. 11 est à remarquer que
dans les systèmes à réservoirs automatiques produisant des
chasses d’eau collectives intermittentes, réglées par exemple
toutes les demi-heures, ces chasses se produisent aveuglément
en laissant les matières s’accumuler dans le cas d’une fréquen¬
tation intensive des cabinets ou bien en agissant sans nécessité
et en perdant inutilement de l’eau dans le cas contraire.,
A la série des compartiments d’eau disposés sur la terrasse,
on peut adjoindre, pour un groupe important de cabines, un
autre compartiment alimenté aussi par la goulotte générale et
destiné à créer des chasses supplémentaires directement dans
le collecteur.
Un seulrobinet flotteur, branché sur la condiiitede distribu¬
tion d’eau, suffit à alimenter la goulotte et règle automatique¬
ment le débit nécessaire pour le fonctionnement collectif de
tout le groupe de Water-Closets.
Les goulottes et. compartiments sont munis de couvercles en
bois, de telle sorte qu’en hiver on puisse les recouvrir de paille
ou de fumier : l’expérience a démontré que, par ce moyen
très simple, on évitait radicalement les funestes effets de la
gelée, même par les froids les plus rigoureux.
La quantité d’eau nécessaire aux chasses est réglable : pour
la réduire, il suffit de diminuer la capacité du compartiment
d’eau en y logeant une ou plusieurs briques.
A la fois économiques, hygiéniques, robustes, d’une con¬
struction rapide, d’un fonctionnement simple et sûr, ces nou¬
veaux Water-Closets trouvent leur application parfaite dans
les Arsenaux, Usines, Casernes, Camps, Ecoles, Gares et
Marchés.
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[250}
Discussion.
M. le D'^ Mabchoüx. — Le point intéressant du système présènté à
la Société est le dispositif qui maintient la porte des cabinets
ouverte, et facilite la surveillance en rendant visible immédia¬
tement l’état dans lequel l’occupant de la cabine laisse celle-ci en
la quittant. .
M. le D'^ Bojine. — Ce système est déjà employé en plusieurs
endroits et a donné des résultats tout à fait satisfaisants, il était
donc intéressant d'e le présenter à la Société.
s M. Bezaolt. — Il y a une quinzaine d’années, on a préconisé des
systèmes de ce genre de déclanchement automatique de la chasse
d’eau par l’ouverture ou la fermeture de la porte. La maison Jacob
Delafon et les maisons anglaises en ont proposé différents modèles.
Ces systèmes n’ont paieu beaucoup de succès, car lorsqu’il s'agit
de W.-C. à l’usage'des ouvriers, il faut avoir le moins de.mécanismes
possible plus ou moins sujets à se détraquer. Cette chasse d’eau
subordonnée à l’ouverture de la porte a encore le grand inconvé¬
nient de'permeltre la gelée du réservoir en hiver.
En vérité, il vaut mieux avoir des chasses produites par des
siphons à départ automatique, dont on règle à volonté la fréquence
des départs.
M. le D' Gkanjux. — Il n’y a pas danà le procédé de M. Gandillon
de mécanisme mis à portée du public. Le point très intéressant du
système est, comme le dit H. Marchoux, que, la- porte étant main¬
tenue ouverte, on peut voir d’un seul coup d’œil si les cabinets sont
bien tenus. Dans les collectivités militaires, en pariiculier, cela est
très important.
M. le D' Chassevant. — Je partage absolument la manière de voir
de M. le D'' Granjux.
M-. LE Pbésident. — Le système de W.-C. de M. Gandillon est
Intéressant* et la Société enregistre cette communication et remercie
son auteur.
(251]
PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
773
PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
DANS L’ARMÉE AMÉRICAINE
par M. le D^ Jean GODIN,
Ancien chef du Centre de Dermato-Syphlligraphie de la XI* région,
Aide-Major de If® classe aux Armées.
I .
Thérapeutique des maladies vénériennes
< dans l’armée américaine.
Les Américains n’ont rien négligé pour assurer une théra¬
peutique rigoureuse et méthodique des maladies vénériennes.
Néanmoins, quelques particularités existent dans l’application
des traitements et méritent d’être signalées. Comme chez nous,
cette thérapeutique comprend deux temps bien distincts :
1® Le traitement de la matadie à la période contagieuse ;
2° Le traitement de surveillance et d'entretien.
§1-
A. — Traitement de la maladie a la période contagieuse.
a) Diagnostic. — Les examens de laboratoire ne sont pas
négligés; écoulements urétraux, sérosités ou pus d’nlcéra.lioDS
sont éliminés avant tout traitement (examen bactériologique
et sérologique).
Dans beaucoup die « Stations prophylaclics » il existe un
microscope; si ces dernières n’en possèdent pas, les frottis ou
sérums sont envoyés au laboratoire central de la base.
774. SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [252)-
b) Etablissements chargés de soigner les malades. — Ces cen¬
tres sont beaucoup plus nombreux que chez nous; en effet,
chaque hôpital de campagne, chaque formation sanitaire pos¬
sède un service thérapeutique ; en la circonstance le poste de
prophylaxie est le plus souvent choisi.
c) Personnel. — Le médecin chargé de ces 'traitements est
pris parmi des spécialistes et désigné par le médecin chef de
la base; il assure à la fois le traitement prophylactique et thé¬
rapeutique des maladies vénériennes.
d) Hospitalisation des malades. — Les Américains font beau¬
coup de traitements ambulatoires même dans la période conta¬
gieuse. Les malades ne sont hospitalisés que rarement, .seules
les affections vénériennes graves et compliquées sont suscep¬
tibles d’hospitalisation (les hommes atteints de maladies véné¬
riennes non gravement, nous dit la note américaine, suivront
leurs unités et y seront traités). En résumé, le malade suit son
traitement au camp ou à l’unité, participe aux travaux habi¬
tuels mais est privé de permission. En la circonstance le méde¬
cin envoie le nom du malade au commandant et demande que.
foute sortie lui soit refusée.
B. — Traitement de la blennorragie.
Les porteurs de gonorrhées aiguës, fébriles ou compliquées
sont hospitalisés à l’hôpital du camp, ou à l’infirmerie du
régiment.
Le traitement de la blennorragie peut se résumer ainsi :
a) On remplacera sur le méat le tampon de coton habituel,
qui arrête l’écoulement urétral, par la gaze ordinaire qui faci¬
lite à volonté ces sécrétions purulentes.
Premier temps. — Le protargol de 0,30 à 2 p. 100 constitue
le traitement de choix au début; trois injections quotidiennes
sont pratiquées.
Deuxième temps. — Dès que l’écoulement aura diminué, les
grands lavages au permanganate de potasse seront institués ;
le matin, un lavage à 1/3.000, le soir un lavage à 1/6.000.
1253] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 775
Troisième temps. — Dès que l’écoulement est réduit à une
simple goutte, faire deux fois par semaine un grand lavage à
1/6.000 (Aro’g). Le critérium de guérison d’une blennorragie
après traitement repose sur trois examens négatifs faits à une
semaine d’intervalle. Tel est en résumé le traitement type
préconisé par nos alliés. La blennorragie chronique trouve
les soins au Service d’urologie qui décide de l’opportunité
d’un traitement.
G. — Chancres srapLES.
Pas plus que pour la blennorragie, les Américains ne nous
apportent de traitement spécifique du chancre mou. La théra¬
peutique qu’ils considèrent comme préférable est la suivante :
a) 7Dessécher l’ulcère avec de la gaze et étendre, par-dessus,
le sel d’argyrol deux fois par jour; plus l’ulcère, ajoutent-ils,
est conservé sec, mieux il guérit ; les pommades sont plutôt
nuisibles.
b) Le nitrate d’argent à 5 p. 100 en solution appliquée deux
fois par jour est également très utile.
c) Les chancres mous sans complications (adénites, phi¬
mosis) sont traités à l’infirmerie.
D. — Syphilis.
Le novarsénobenzol (Billori) constitue le traitement d’assaut
en conjugaison avec le cyanure de Hg et l’huile grise. Ce der¬
nier médicament semble jouir d’un privilège tout spécial, et
est" employé avec le novarsénobenzol.
Il fait son apparition dès la première série avec la cinquième
piqûre de 914. Voici comment est réglé ce traitement conjugué
suivant deux types principaux.
a) Traitement d'assaut (première année). — Il est indiqué
comme suit et constitue la première série.
Première série. — La dose de la première série est de 5 à
6 grammes de 914; 0 gr. 15 de cyanure de Hg; 0 gr. 40 huile
grise. Le traitement dure quarante-deux jours.
776
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[254]
Première série : Traitement initial (Durée 42 jours).
914 Hg BUILB orisb
0,30
0,01
0,01
0,01
0,01
0,01
0,01
0,01
0,60 '
.... , 0,01
. 0,01
0,01
0,01
0,75
0,01
0,01
0,01
0,01
0,01
0,90
0,90
0,90
Total . 5,70 0,15
0,10
0,10
0,10
0,10
0,40
Le point nouveau de la méthode existe dans l’apparition de
l’huile grise en conjugaison avec le 914. Je n’ai pas à faire la
critique de la combinaison simultanée d’un sel insoluble de
mercure et d’un grand arsenical.
Après cette première série, le malade est mis au repos pen¬
dant trente Jours et commence alors le traitement d’entretien.
b) Traitement d’entretien. — Le traitement type de 'cette
seconde phase est donné par le tableau suivant : la deuxième
série dure vingt-neuf jours, l’huile grise est seule en conju¬
gaison avec le 914.
1255]
PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
m
Deuxième Série. — 914 et huile grise.
914
jour . 0,45
l"- jour . . . .
8* jour . 0,60
15' jour . 0,75
, 15' jour .
22* jour . 0,90
22' jour .
29” jour . 0,90
29' jour .
Total . 3,50
0,10
0,10
0,10
0,10
0,10
0,50
La deuxième série terminée, le malade est laissé au repos
pendant deux mois et demi. Au bout de ce temps, c’est-à-dire
six mois après l’apparitiop du chancre, un Wassermann est pra¬
tiqué sur' sérum et liquide céphalo-rachidien; quel que soit le
résultat, le traitement est continué.
Troisième série. — Elle est semblable à la seconde; le malade
est laissé ensuite trois mois au repos, et arrive à son onzième
mois. A ce moment nouvelle séro-réaction ; continuation du
Iràitement quel que soit le résultat sérologique.
Quatrième série. — Elle est semblable aux deux précédentes,
le malade termine ainsi sa première année.
Deuxième année. — Les quatre premiers mois de la deuxième
année sont des mois de repos; à cette époque la séro-réaction
est pratiquée et son résultat vient décider de l’opportunité de
continuer la thérapeutique d’entretien.
Si la séro-réaction est négative, pas de traitement.
Si la. séro-réaction est positive, reprise du traitement sui¬
vant le type de la deuxième série (huile grise et 914).
Au huitième mois de la seconde année nouvelle, séro-réac¬
tion, même conclusion : négatif, pas de traitement; positif:
reprise du traitement. '
A la fin de la deuxième année, dernier Wassermann qui est
71& SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE 1256]
définitif ; négatif : arrêt de tout traitement; positif : continua¬
tion du traitement.
Tel est le schéma de la thérapeutique antisyphilitique em¬
ployée par nos alliés et la valeur de contrôle fourni par le
Wassermann. Ajoutons que le Wassermann au point de vue dia¬
gnostic doit être pratiqué vers la troisième semaine de l’appa¬
rition d’une lésion suspecte. Si les examens par coloration ou
ultramicroscope ont été négatifs, un Wassermann sera fait une
fois par semaine jusqu’à ce que trois réactions aient été néga¬
tives. Les mêmes précautions de diagnostic sont prises vis-à-
vis des lésions cutanées aux muqueuses suspectes.
Moyens d’assurer le traitement d’entretien et la
SURVEILLANCE DES MALADES AYANT PRÉSENTÉ DES
AFFECTIONS VÉNÉRIENNES.
Ils sont assurés par :
a) La « Station prophylactic »,
b) L'envoi systématique de la fiche du syphilitique ou du véné¬
rien à sa nouvelle formation.
La station prophylactique a un double but ; prévenir et soi¬
gner; le médecin chargé du poste de prophylaxie assure le
traitement des hommes contaminés. L’existence d’un tel ser¬
vice par camp permet ainsi une thérapeutique d'entretien. De
ce fait le médecin chargé de la station prophylactique peut se
rendre compte de la valeur de la méthode préventive. Chaque
semaine, il envoie au médecin chef de la base un état du type
ci-contre (tableau page suivante).
Ce tableau indique si le traitement préventif a été fait ou
non, la date, et il permet ainsi d’apprécier les résultats de la
valeur préventive ou curative de la thérapeutique.
[257] PROPHYLAXIÇ DES MALADIES VÉNÉRIENNES 779
État envoyé chaque semaine.
NAME
RANK
1
i
D pj
21
S C
O i
Q
S
s
PROPHYLAXIE I
DiTB and HOUR
PLACE .
OP EXPOSC'RB
^ P
i
i i
gs
§ ^
P
<
S .
i
DATE
LABORATORY
lUlDIATIOII
Le dossier syphilitique suit le malade. — C’est un petit cahier
de douze pages où tous les renseignements nécessaires sont
indiqués; c’est le « syphilitic regis 1er ». Cette fiche médicale,
si l’homme vient à quitter la formation, « sera envoyée au
médecin de la nouvelle formation, de telle sorte qu’elle arrive
avant l’homme lui-même ».
Ces deux derniers points sont de la plus haute importance.
La multiplicité des services, leur création dans chaque cam¬
pement permet un traitement régulier. L’envoi systématique
du « register syphilitic » assure obligatoirement au malade la
reprise ou la continuation du Iraitement là où il se trouve. De ,
cette façon, les récidives sont évitées et par le fait le nombre
des invalidités dues à la syphilis secondaire disparaissent
presque.
Il est inutile d’insister davantage sur les heureux effets de
telles mesures.
Conclusions. — Je ne saurai Irop remercier ici M. le colonel
Forster, médecin chef de la b^se américaine, le major Walcker
SOCIÉTÉ DE MÉDECINÉ PUBLIQUE
[238]
et le capitaine Fox, chargés des services vénéorologiques de
la base américaine de la région de TOuest, pour l’amabilité
qu’ils ont mise à me donner tous les renseignements.
J'ai cru intéressant de résumer ces documents sur la mé¬
thode prophylactique et thérapeutique américaine pensant
qu’ils seraient peut-être pour tous un enseignement et aussi
un exemple.
II
La prophylaxie des maladies vénériennes
dans l’armée américaine.
« C'est une nécessité vitale pour tout
homme de l’armée américaine de se
maintenir dans le meilleur état physique.
Un soldai qui contracte une maladie véné¬
rienne non seulement endure un mal irré¬
parable, mais encore devient par ce fait
un soldat inutile, mais même- un embarras
pour l’armée. Il manque à tous ses devoirs
envers son pays et envers ses camarades. »
G. ù.'G. Américain, 2 juillet 1917.
G. Pbrshing.
Dès le début de leur entrée dans le conflit européen, les
Américains se sont préoccupés des maladies vénériennes.
. Les troupes américaines à leur arrivée dans les ports fran¬
çais ont payé un large tribut au mal vénérien.
Ce mal qui grandit sans cesse chez nous depuis le début de
la guerre devait s’abattre fatalement et surtout brutalement sur
nos nouveaux alliés. C’est ce qui arriva ; aussi le commande¬
ment américain n’a pas hésité à prendre tous les moyens pour
arrêter d’emblée le mal et préserver ses effectifs.
Deux méthodes s’offraient à eux :
la nôfre... la leur.
1. — Métbode française.
Au début, les Américains ont essayé ou plutôt ont subi de
juin à octobre 1918 notre système de réglementation, c’est-à-
dire nos lois, nos règlementssur la prostitution. Leurs hommes
[259] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 781
sont allés aux maisons de tolérance, se sont adressés aux filles
surveillées, aux clandestines.
Les résultats que les autorités américaines ont constatés ont
été désastreux. Les choses ne pouvaient continuer ainsi... les
maladies vénériennes faisaient des ravages, et certains contin¬
gents présentaient de 20 à 200 cas pour 1.000 de maladies véné¬
riennes. Il fallait agir et empêcher ces échanges vénériens.
Mais, avant de donner intégralement la méthode américaine,
il existe une phase de transition qu’il est nécessaire de con¬
naître; elle montre nettement les reproches mérités ou immé¬
rités que les Américains font à nos institutions intérieures.
Leurs reproches se résument ainsi : notre police sanitaire des
mœurs, nos règlements des maisons de tolérance ou de la carte
de la prostitution isolée sont insuffisants.
Est-ce là la condamnation du réglementarisme? Pas le moins
du monde ! Notre système, tel qu’il est appliqué, ne les satis¬
fait pas. Cela ne veut pas dire que le système réglement'ariste
soit condamné par nos alliés.
11 est bien certain que Ws maisons de tolérance dans les ports
où débarquent lès troupes américaines sont trop peu nom¬
breuses et ne possèdent pas assez de femmes et, ce qui doit se
produire, arrive ; les femmes ont des coïts trop nombreux, elles
deviennent de véritables « hôtes de passage » pour les germes
vénériens et l’on comprend le mode de contamination qui
résulte de sacrifices si fréquents. Cette sorte de contamination
« alternante » a frappé les Américains. A celte critique, ils en
ajoutent une autre, non moins sérieuse.
La maison de tolérance peut présenter des garanties au
point de vue syphilis, elle semble n’en présenter que très peu
contre les « gonorrhées » ; quiconque a visité sérieusement ces
femmes se rend'compte de cette vérité !
Enfin, reste la clandestine. Contre elle, les Américains ne
pouvaient évoquer aucun règlement, et, comme nous, ils
voyaient le danger de cette prostituée officieuse.
Toutes ces constatations, et d’autres qu’il serait inutile de
mettre ici, ont conduit les autorités américaines à proposer
aux pouvoirs civils français les mesures suivantes ;
Je les cite sans commentaires :
a) Fermeture des maisons de tolérance;
182 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [260]
b) Expulsion des prostituées coiûine telles ;
c) Expulsion des prostituées clandestines ;
d) Sanctions contre les prostituées expulsées qui tenteraient
de revenir';
e) Poursuite et fermeture des maisons clandestineset autres.
Ces propositions ne pouvaient réussir...
Les Américains trop respectueux de nos institutions sociales
et de nos « Libertés abandonnent complètement notre sys¬
tème réglementarisle, et puisqu’ils ne peuvent réglementer la
prostitution chez la femme, ils n’hésitent pas à créer un sys¬
tème réglementaire applicable à leurs propres soldats.
11. — Méthode américaine.
Elle est dictée par les conclusions du court exposé précédent
et se résume ainsi :
a) Empêcher le plus possible le.soldat américain d’avoir des
rapports avec les prostituées et les clandestines ;
b) Empêcher les germes vénériens de se développer après
l’inoculation possible, si le soldat a eu des rapports avec ces
femmes ;
c) Assurer l’application de ce système par des mesures dis¬
ciplinaires.
A. — Consigne des maisons, cafés borgnes, etc.
Les maisons de prostitution furent consignées aux hommes.
Au débutdejuinàoctobrelepoliceman réglaitles entrées, depuis
il les interdit; en outre les endroits de débauche, cafés borgnes,
sont consignés. « Ils sont indiqués aux hommes pour chaque
compagnie et leurs noms sont attachés bien en vue... cesquar-
liers sont consignés » (Note du 18 décembre 1917). Voilà déjà
un nombre respectable de femmes éliminées... mais reste la
clandestine, la racoleuse du trottoir, celle qui se prostitue au
grand jour; contre elle, les Américains ne peuvent rien, et
cependant iis savent que leurs hommes seront contaminés par
elles, et c’est pour les préserver après le « coït suspect » qu’ils
appliquent leur système prophylactique. ,
1261] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 183
B. — Système 'prophylactique:
Cette méthode, née en France dans les laboratoires de l’Ins¬
titut Pasteur, comme Sabouraud l’a si bien rappelé ces der¬
niers temps, essayée peut-être avec négligence dans l’armée,
quelques années avant la guerre, trouve son application rigou¬
reuse entre les mains de nos alliés et le secret de sa réussite est
tout entier dans les phrases suivantes :
« Les membres du coVps expéditionnaire sont invités à
demander le traitement nécessaire dans un des postes de pro¬
phylaxie dans les trois heures qui ont suivi leur imprudence...
celui d’entre eux (soldats) qui contractera une maladie véné¬
rienne se rendra coupable d’une infraction à l’article 96 des
lois de guerre. Il pourra être traduit en conseil de guerre pour
avoir contracté une maladie par négligence, se rendant ainsi
inapte à combattre et une punition sévère pourra lui être
infligée... une condamnation pécuniaire sera la meilleure
punition et sera préférable à l’emprisonnement » (Note améri¬
caine, juillet 1917).
« Ce qui caractérise cette méthode, c’est la sanction ; en
résumé, tout homme, dans les trois heures qui ont suivi le
coït, doit se présenter à la station prophylactique pour rece¬
voir le traitement; s’il ne se présente pa5 et s’il vient par la
suite à présenter une maladie vénérienn%, il est passible de
punition (en général, suppression de solde pendant trois
mois).
Poste de prophylaxie {Station prophylactic). — J’ai visité
plusieurs « stations prophylâctics », j’en ai vu le fonctionne¬
ment; qu’il me soit permis de remercier ici nos confrères amé¬
ricains, le major Walcker et le capitaine Fox, pour les rensei¬
gnements qu’ils m’ont donnés si cordialement.
Nombre de postes. — Les postes de prophylaxie sont installés
à l’entrée du camp; il n’y a qu’un poste par camp, mais il y en
a toujours un par camp; que celui-ci soit destiné àloger 14.000
ou même lo à 20.000 hommes. Dans les villes où il n’y a pas
de camp, mais où fonctionnent des services, il existe plusieurs
« stations prophylâctics ». De plus, ces postes sont installés
non seulement dans les ports de débarquement, mais encore.
184 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [262]
nous dit l'ordre américain : « dans toutes les places où nos
troupes doivent séjourner ».
L'inscription « Station prophylactic » est la seule indication ;
les postes sont installés dans des baraques ; le local affecté est
composé de trois pièces, une salle d’attente, une salle d’exa¬
men/un bureau; le personnel comprend : un médecin respon¬
sable avec un sous-officier et un ou deux sous-ordres.
Matériel. Fonctionnement. — «Traitement prophylactique. »
Tous ces postes se ressemblent et le mieux est de donner ici
in extenso la notice qui régit le fonctionnement et la composi¬
tion d’une station prôphylactique.
III. — Mémorandum n® 2 (Extrait américain, traduction).
I. — Instruction des aides : a) Le médecifa en charge sera
tenu responsable de l’instruction complète des aides dans les
stations prophylactiques. Cette instruction sera faite par
démonstration et ensuite par inspection fréquente et surveil¬
lance. Le médecin s’assurera que les aides donnent le traite¬
ment convenablement.
b) L’aide tst responsable de la propreté et du soin conve¬
nable de la station et de- son équipement.
II. — Equipement : a) D'amples quantités des objets néces¬
saires seront fournies à toutes les formations sur demande. Les
médecins devront prévoir les besoins futurs à temps pour
garder sous lamainles quantitéssuffisantes. Ces objets devront
être tenus prêts pour un usage immédiat.
■1“ Les seringues seront stérilisées en les faisant bouillir
lorsque la chose est faisable, autrement elles doivent demeurer
dans une solution de I/lOOO bichlorure de mercure ou une
solution bicarbonique de 3 p. 100 au moins pendant une heure
après usage. Lss solutions seront changées chaque jour. Toutes
les formations auront au moins six seringues stérilisées et tou¬
jours prêtes.
2® Une solution de protargol à 2 p. 100 sera conservée dans
une bouteille noire bien bouchée. Une quantité suffisante sera
versée à chaque fois.
3° L’onguent de calomel 30 p. 100 devra être prêt dans un
récipient avec une spatule en hois propre.
PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
185
i263'l
Les articles suivants sont considérés comme le minimum
nécessaire, pour une formation permanente ;
Un poêje à alcool ou à pétrole pour stériliser ;
Une bouilloire à stériliser avec couvercle j
Un récipient pour seringues propres;
Deux petits verres pour solution de protargol;
Quatre cuvettes de moyenne grandeur ; '
Une grande cruche pour eau ;
Trois bouteilles (environ 1 litre chaque), pour solution de bichlo-
rure ;
Une petite bouteille pour verser l’eau dans le lavage de la verge;.
Une bouteille de savon liquide;
Un pot de pommade de calomel;
Une bouteille (8 onces) à 2 p. 100 (Protargol solution) ; ou d’un sel
•d’argent équivalent ;
Six seringues pour verges à injection (seringue urétrale) ;
Quelques 'petites spatules en bois (à faire par les aides), pour
prendre le calomel;
Un paquet de papier gaze ;
Une cuvette et savon pour le lavage des mains des aides et des
malades.
IV. — Méthode pour l’administration
DE PROPHYLAXIE VÉNÉRIENNE.
1° Laver les parties génitales avec eau et savon.
2“ Laver les parties génitales avec bichlorure de mercure à
d/1.000.
3“ Examiner la verge pour maladie vénérienne.
4“ Faire uriner le malade. |
5“ Injecter une cuillerée à thé de protargol solution (ou sel
•organique d’argentéquivalent) dans l’urètre. Quand la seringue
est enlevée, le malade ferme l’ouverture de la verge avec son
pouce et index et retient la solution pendant cinq minutes
(l’injection doit être faite par l’aide).
6“ Etendre une cuillerée de pommade de calomel sur toute
la surface de la tête de la verge jusqu’au fourreau en arrière et
sûr toute la surface du prépuce. La pommade sera étendue par
frottement de trois minutes. Ceci fait, ce qui reste de la pom¬
made sera frotté sur tout le reste de la verge, la région pubique
et en avant du scrotum. Le prépuce est alors ramené en
REV. d’hVG. XL — 50
78fi SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [264 1
avant. Ne pas essuyer la pommade [la pommade dotit être ainsi
étendue par le malade sous la, surveillance de l’aide). .
7® Recouvrir la verge avec du papier gaze, et laisser en étal,
pendant trois heures, et le malade sera averti de se Retenir
d’uriner pour quatre heures.
V. — ÉTABLlSSEtHENT DE CARTES DE RECORD PROPRYLACTIC.
•l* Il est essen tiel que les caries soient établies^ dlune manière
convenable. L’écriture devra en être nette et lisible. Il est.pré-
fécable d’imprimeries lettres du nom du malade.
2® Toutes les cartes seront numérotées par série dans le coin
droit supérieur dans l’ordre dans lequel les traitements sont
donnés.
3° L’aide qui donne le traitement aura bien soin démarquer
la date et l’heure de la-visite, et la date etl’beuredu traitement
et de signer la carte dans l'espace réservé pour cela.
4" Si le malade X... a quelque maladie vénérienne- au
moment du traitement, ce.sera noté en haut de la carie, disant
quelle maladie (écoulement, chancre, etc.) et le médecin sera
prévenu le plus tôt possible.
O® Le médecin examinera chaque carte soigneusement et y
mettra ses initiales dans l’espace réservé pour cela.
6® Les instructions imprimées sur les cartes seront suivies
soigneusemenL
7® Tout manquement ou négligence dans les soins à donner
ou dans le record du’. traitement prophylactique vénérien sera
puni disciplinairement.
8®. l,es.. cartes seront conservées pendant Tkois imois, puis
détruites.
.9“ -Un reporLmensuel sur le nombre de traitements donnés
sern.£ait à ce bureau par le médecin en charge de chaque for¬
mation sur le « Report mensuel des maladies vénérienjne.s ».
. Remav,que. — iTelle.estJa notice, qui réglemente le.traitement
el.le/Tonctioiuieinent; ces, mesures sont incomplètes- et ..sont
après le: «.. coït. ».xe ,que^ le .préservatif » est ;pendanl.:-il'-fau-
dcait ' pour les. compléter ajouter üemploi d’xn .ga.r,gaEisme
antiseptique afin- d’éviter les chancres des' lèvres ou des amyg-
[265] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉÎ,’ÉJUENiVES 787
dales (je l’ai proposé ti M. le sous-secrétaire d’État au Service
de Santé. — Rapport mensuel, mars 1918).
Afoyensd’ assurer rigoureusement l'applicalion de celle méthode.
— En outre des visites sanitaires obligatoires avant, le .débar¬
quement des troupes, deS visites « bi-mensuelles » des troupes
de la garnison et des mesures habituelles, existent des ordres
spéciaux qui constituent des moyens de tout premier ordre
pour assurer la prophylaxie des maladies vénériennes et parti¬
culièrement l’application des systèmes de la « station prophy-
lactic » :
а) Les hommes qui débarquent ne peuvent bénéficier que de
permission ne dépassant pas trois heures; des permissions
seront rarement accordées.
б) , Les hommes reconnus malades sont consignés au camp
où ils continuent leur service en suivant leur traitement syphi¬
litique ou blennorragique, et l’hospitalisation n’est réservée
qu’aux cas graves.
c) Les hommes de l’équipage des navires reconnus malades
ne sont pas autorisés à débarquer; ils sontsoignés à leur bord.
d) Au retour de leur permission, les hommes doivent se pré¬
senter à l’entrée du camp, où un homme de garde les conduit
à la « station prophylactic « si l’interrogatoire a prouvé que
ces hommes ont eu des relations avec des femmes.
e) Les soldats en état d’ivresse « seront arrêtés par le garde
et dirigés sur la « station prophylactic » où le traitement pro¬
phylactique leur .sera appliqué par , le sous-of/îcier de garde.
f) L’ofGcier commandant le bataillon ou le régiment .est un
peurenduresponsable du nombre d’invalidités vénériennes sur¬
venues dans sa formation... Un rapport, en effet, indi<)uera au
moment du départ aux armées d’un contingent « la qualité, la
force de l’unité, le nom de l’officier qui la commande et le
nombre d’invalidités vénériennes découvertes ou contractées
par les hommes de cetÆe unité pendant son séjour dans les
ports de débarquement,., ces rnpports serviront de base pour
déterminer la valeur de ces officiers et l’opportunité de leur
continuer leur commandement. » (Note décembre 1917..)
-g) Tout homme qui contractera une maladie vénérienne
pourra être traduit en conseil de guerre 'pour avoir contracté
788 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [2661
une maladie par négligence, une condamnation pécuniaire
sera la meilleure punition (suppression de solde).
Tels aont, en résumé, les articles disciplinaires qui vien¬
nent permettre l’application rigoureuse du traitement médical
prophylactique employé dans les stations de prophylaxie.
VI. — Valeur DE LA MÉTHODE.
Avant l’application du système prophylactique, les Améri¬
cains avaient à déplorer un nombre important de maladies
vénériennes. Les chiffres étaient impressionnants. Certains
contingents avaient 20, 45, 67, 80, 85 et même 200 p. 4.000
d’invalidités vénériennes.
En octobre, la méthode est généralisée, lès maisons de tolé¬
rance sont consignées et nous constatons avec stupéfaction les
résultats suivants :
White garnison troops de X...
Nov. i917
Dec. 1917
Jan. 1918
New cases this month .
'56
59
62
Character ( Syphilis .
of 1 Cnancroïd ....
11
13
8
28
S
17
new cases ( Gonorrhée . . . .
32
23
40
Strengh ot Command .
1.807
2.830
5.613
Rate per 1.000 • • • ‘j
30,9
20,9
11,4
Black garnison troops de X...
Nov. 1917
Dec. 1917
Jan. 1918
New cases this month .
47
44
8
5 ■
12
0
of ] Chaiicroïd . . . .
29
14
4
new cases ( Gonorrhée ....
13
13
4
Strengh of Command .....
3.733
4.281
3.777
Rate per i.OOO .....
12,5
10,2
*2,11
[267J PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES T89
En mars 1918, les résultats sont encore plus surprenants et,
sur un effectif de 23.000, on trouve 64 invalidités vénériennes,
dont syphilis primaire (4 cas). .
La valeur de la méthode est donc indéniable et il est inutile
d’insister. Si maintenant on la compare aux systèmes prophy¬
lactiques employés jusqu’ici chez nous, elle est bien supérieure
et réunit des avantages appréciables.
Avantages de la « Station prophylaclic ».
Les Américains, par cette méthode, viennent renverser
toutes nos idées sur la prophylaxie des maladies vénériennes
et prennent le contre-pied de toute notre organisation sani¬
taire. Ils négligent complètement la réglementation de la
femme prostituée ou libre et par contre instituent un système
réglementariste chez l’homme, sans pour cela nuire en quoique
ce soit à, sa liberté. Les avantages que donne la méthode amé¬
ricaine sont de première importance au point de vue médical
et social.
Nos mesures prophylactiques sont en effet beaucoup plus
thérapeutiques que préventives etse bornent à ceci : « soigner
surtout à la période de contagion les malades atteints de mala¬
dies vénériennes pour éviter leur diffusion ». Dans ce sens, les
' efforts les plus louables ont été faits, mais il est préférable de
« prévenir une maladie »;
Enfin, un autre avantage, non moins important, nous est
apporté par cette méthode.
Les conseils d’hygiène, l’emploi du « traditionnel préser¬
vatif» constituent tout notre système préventif; les Américains
(je n’ai pas à chercher pourquoi) ont écarté l’emploi du préser¬
vatif; ne savent-ils pas, comme nous, que si ce dernier pré¬
serve des maladies vénériennes, il devient pac la suite un ter¬
rible engin de dépopulation? N’ont-ils pas pensé aussi, comme
nous, du reste, que le préservatif est rarement employé parce
que l’homme, avant le coït, est capable de toutes les impru¬
dences et qu’il ne recouvre sa sagesse et sa raison qu’après !
L'application de cette méthode est-elle possible chez nous?
Je ne sais quel accueil le poilu français ferait à l’inaugura¬
tion des postes de prophylaxie? Néanmoins l’expérience est à
790 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE 12681
faire. Comme chez nous, il ne peut s’agir ni de punition, ni de
suppression de solde pour assurer l’application rigoureuse du
traitement prophylactique, il faut simplement compter sur «la
crainte des maladies vénériennes », crainte qui envahit
l’homme après le coït.
Conclusions. — L^es Américains nous font entrevoir une
méthode prophylactique moderne? Appliquée aujourd’hui à
l’armée* elle donne des résultaits, appliquée demain dans la
société elle renforcera nos mesures réglementaristes. Pourquoi
si l’on crée, comme je l’ai demandé à M. le sous-secrétaire
d'Etat du Service] de Santé dans le rapport de mars 1918, des
stations prophylactiques dans l’armée, ne pas aussi les créer
dansies villes à l’usage des deux sexes.
La méthode est bonne, et on peut la compléter par l’em¬
ploi d?un « gargarisme » pour éviter les chancres de la bouche.
Les Américains nous indiquent une nouvelle voie, nous ne
devons pas hésiter à la suivre, et créer, non seulement dans
l’armée, mais encore dans la société, cet « établissement puri¬
ficateur » qu’est la « Station prophylactic ».
III
Contage et prophylaxie des maladies vénériennes.
Pour peu que l’on veuille rechercher minutieusement et sin¬
cèrement l’origine de la contagion des maladies vénériennes,
on est surpris, et obligé de constater combien les mesures de
prophylaxie et môme les règlements actuels de la prostitution
sont incomplets et souvent sans efifet. Or, la recherche des
contages est peut-être le seul élément que nous ayons pour
connaître et juger la valeur des méthodes prophylactiques des
maladies vénériennes.
Du 1" juillet 1916 au 1" avril 1918, j’ai soigné 1.889 véné-
(1) Â V..., en Champagne, j’ai pu voir dans un cantonnement où
séjournaient quelques jours des troupes américaines, la baraque portant
l’inscription « Station prophylactic ».
(209] PROPHTLAXIÈ DES MALADIES VÉNÉRIENNES TOI
riens. Sur ce nombre, 262 appartenaient à des syphilis anciennes
ou à, des cas à contage inconnu, tandis que les 1 627 autres cas
étaient des cas récents pour lesquels la contamination relevait
de l’intérieur.
Syphilis primaire . 678
Syphilis secondaire . . ■ . • . 419
Blenoorragie aiguë et Orchites. 460
Obancres simples ... ; . 70
Total des vénériens .... 1.627
Les malades atteints de ces affections sont des soldats;' des
ouvriers; Tous ont été hospitalisés. 11 semble intéressant de
donner leur situation de famille. Le tableau suivantpermet de
voir que les hommes. mariés sont assez nombreux, et Lincuppr-
tance sociale d’un tel nombre est assez signihcative.
a) Age et situation familiale et sociale des malades
(1.097 syphilis).
792
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
f27ü]
b) Blennorragie et chancres simples : 570.
Les âges n’ont pas été pris; seule la situation de famille est
retenue. Sur 570 vénériens, on trouve :
Célibataires . 317
Mariés . . . 213
Ce n’est pas le lieu ici de développer les remarques que
peuvent suggérer ces chiffres.
En résumé, chez ces 1.627 vénériens, on trouve :
- 1.053 hommes célibataires . . . Dont 736 syph. et 317 blennor.
574 hommes mariés . Dont 361 syph. et 213 blennor.
C'est entre dix-huit et vingt-cinq ans pour les célibataires que
la syphilis est le plus fréquente, et entre vingt-cinq et trente-
cinq ans pour les hommes mariés. '
I. — Origine du contage.
La recherche du contage est certes très difficile si l’on veut
obtenir le nom et l’adresse de la femme. Dans plus de la moitié
des cas, j’ai pu vérifier les renseignements fournis par le
malade. Mais on peut toujours savoir si la femme que le malade
accuse appartient à la prostitution offlciellé, à la prostitution
clandestine non surveillée, ou aux autres classes de la Société.
Dans les deux premiers cas, la femme a été rétribuée; dans le
dernier, il n’y a pas eu rétribution. Cet interrogatoire amène
donc fatalement à distinguer, quant à l’origine des contages,
deux catégories de femmes : les unes qui se font payer et les
autres qui ne réclament aucune rétribution. D’où les trois pro¬
stitutions suivantes :
I» a) Prostitution officielle (rétribuée) : Femmes de maisons de-
tolérance et femmes en carte,
6) Prostitution clandestine (rétribuée) : Filles de café, de brasse¬
rie, des rues, etc.
2“ Femme libre (non rétribuée) : Ouvrières d’usine, d’atelier, etc.
Modistes, dactylographes, etc. Femmes salariées. (Dans cette caté¬
gorie, rentrent la femme mariée, la femme légitime du mari qu'elle
contamine.)
L271] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 193
Cette distinction en 3 catégories est vraie tout au moins pour
les malades que j’ai traités, c’est-à-dire ; soldats et ouvriers
mis en sursis, constituant la clientèle hospitalière des centres
dermato-vénéréoiogiques.
Ce tableau met en présence les 3 prostitutions et montre
combien les règlements ou les moyens prophylactiques sont
insuffisauts. 11 montre aussi qu’ils sont de valeur différente
pour la syphilis et la blennorragie, et il prouve que dans plus
de moitié des cas, ni règlement, ni prophylaxie n’ont d’action .
Cette pénible constatation oblige à rechercher : quels sont les
points faibles de' la méthode actuellement pratiquée, comment
y remédier dans la prostitution rétribuée, et quels moyens
pourraient être essayés dans la prostitution libre non rétri¬
buée.
19i
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
A. — Maisons de tolérance.
M. le Faivre*, avec toute l’autorité et la compétence qu’il
possède en la matière, a trop bien montré les modifications
urgentes, nécessaires et, indispensables à apporter, tant dans
les règlements de la prostitution, que dans les locaux où elle
s’exerce. Je ne me permettrai d’insister que sur la valeur de la
visite médicale.
L’entente des ministères de la Guerre et de l’Intérieur. a réa¬
lisé des progrès appréciables en instituant une surveillance
médicale compétente et en créant des services annexes pour
les traitements de début et de sûreté des maladies véné¬
riennes.
a) Syphilis : .
En ce qui concerne la syphilis, les résultats ont été heureux :
Sur 11097 syphilis, 210 cas relèvent des maisons dé tolérance,
(pour les primaires, 114 sur 678, soit 16 p. 100; et pour les
secondaires, 96 sur 419, soit 22 p. 100), soit une moyenne dé
19 p. lœ.
Ces diilfres sont encore beaucoup trop élevés. Ils seront
diminués, j’en suis persuadé, le jour où dans toutes les villes
de France les femmes de maison et les filles en carte seront
examinées par un médecin réellement spécialiste, et plus
encore, le jour où les municipalités auront souci de l’hygiène
des: habitations et des quartiers de ces prostituées.
b) Blennorragies : «t
' La visite médicale, telle qu’elle est faite actuellement, n’a
pas assez de valeur, et j’ose dire qu’elle en a trop si elle est
faite bactériologiquement; les^ résultats sont alors déconcer¬
tants. Une femme, en effet, qui se prostitue tous les soirs, et
même plusieurs fois par soirée, avec des hommes différents,
.contracte fatalement et em peu de temps une blennorragie, et,
par la suite, présente un écoulement chronique pouvant deve¬
nir contagieux d’un moment à l’autre, pour de multiples rai¬
sons trop connues. Aussi l’examen clinique seul, s’il permet de
dépister les blennorragies aiguës qu’une femme ne peut dissi-
1. Revue d'hygiène, septembre, octobre, novembre 1917.
1213 1 PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 195
muler, est nettement insuffisant dans le cas des blennorragies
chroniques ou anciennes. Seuls les prélèvements : 1® du liquide
urétral; 2® des sérosités du col ou des culs-de-sac vaginaux,
peuvent donner des renseignements certains.
J’ai pu, sur 3i4 femmes, faire de double prélèvement, et les
examens, ^près coloration au Gram, ont donné des résultats
suivants :
FBHMES IXAMINËBS
{proslîfution
officielle) :
314
Les résultats positifs provenaient beaucoup plus souvent
■des prélèvements du col et des' culs-de-sac vaginaux que de
l’urètre.
Les visites étaient inopinées. Malgré cela, les femmes trou¬
vaient le temps d’uriner ou de se laver avec une éponge imbi¬
bée d’eau froide, ce qui rendait souvent l’examen difficile et le
prélèvement mauvais ou incomplet. Plusieurs de ces femmes
avaient déjà été hospitalisées pour blennorragies. A leur sor¬
tie, elles ne présentaient plus d’écoulement,- mais quelques
semaines après, nouvel écoulement, à gonocoque, bién entendu.
Nous en concluons que l'examen baclériologique esl indispen¬
sable pour dépister une blennorragie, et cela à chaque visite.
C’est à cette seule condition que la visite médicale de ces
femmes aura toute sa valeur.
Le nombre élevé des malades (blennorragie), contaminés
dans les maisons de tolérance, reconnaît encore une autre
cause. Actuellement les femmes en maison sont trop peu nom¬
breuses pour le nombre de clients qu’elles ont à satisfaire, et, de
CB fait, ont des coïts répétés, trop fréquents. Ne deviennent-
elles pas ainsi un hôte de passage pour les germes vénériens,
surtout blennorragiques, germes qui deviennent pour la suite
de la clientèle de la soirée la véritable source de la contagion?
11 n’est pas inutile de rappeler qu’entre chaque coït, la femme
ne prend jamais d’injection. (Je parle des maisons à bas prix,
■et ce sont les plus nombreuses.)
Aussi, dans de telles conditions, ne doit-on pas s’étonner
GONOCOQDES GOSOCOQUEG . NÉGATIVES
[intra- \extra-
cellùlaire) : cellulaire) :
55 108 151
796 ' SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [274]
que l'homme contracte beaucoup plus souvent dans les mai¬
sons de tolérance la blennorragie que la syphilis? Des mesures
hygiéniques s’imposent. En dehors de celles si bien énoncées
5ar M. Faivre, il en est d’autres qui peuvent avoir leur valeur,
’y reviendrai plus loin.
B. — Femmes isolées.
Cette femme, qui répond injustement au nom de « femme
en carte », est la plus abandonnée de toutes les prostituées.
Les règlements sont tels que la police inscrit cette femme, non
pas parce qu’elle se prostitue, mais parce qu’elle vole, qu’elle
racole, qu’elle fait du tapage, etc. C’est donc dans un but poli¬
cier et non médical que cette femme est mise en carte et sou-
rûise à une réglementation qui varie suivant chaque ville.
Cette femme, dès qu’elle est mise en carte, ne peut plus d’ail-
leur se prostituer dans les endroits habituels; d’autres femmes
non surveillées la remplacent : elle devient de ce fait un
chasseur muni d’un permis de chasse auquel on enlève un ter¬
rain de chasse. Aussi le nombre de ces prostituées est-il déri¬
soire : à Nantes, il y avait en 1916-1917 7ô femmes inscrites. 11
n’y avait donc, offieiellemeut à Nantes que 76 femmes à se
prostituer. La police ne connaît officiellement comme prosti¬
tuées que cette catégorie de femmes. Le tableau si documenté
de M. Faivre donne les mêmes proportions pour les autres
villes.
En août 1917, je proposais à M. le maire de la ville de Nantes
de modifier les règlements de la prostitution de la façon sui¬
vante : élargir l’inscription et lui donner un caractère médical
et non policier; classer les prostituées en deux catégories bien
distinctes ; 1“ la femme en carte que son racolage^scandaleux
oblige à soumettre au contrôle médical et policier; 2° la femme
clandestine non surveillée, que le fait seul de se prostituer
oblige au nom de l’hygiène à soumettre uniquement au con¬
trôle médical. Pour arriver à ce résultat, il faut autoriser cette
femme à se prostituer tout comme elle le fait maintenant, dans
les cafés, les cinémas et music-halls, à condition qu’elle le
fasse sans scandale, c’est-à-dire discrètement, mais l’obliger en
retour à se présenter à une visite médicale.
[275] PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 797
Celle femme acceptera ces conditions, si elle sait que les
règlements de la prostitution isolée ne lui seront pas appliqués.
Tout est là. Elle acceptera la surveillance médicale, si elle sait
que, la Jiolice distingue deux catégories de femmes : la femme
en carte soumise aux règlements, et la femme clandestine sur¬
veillée médicalement, et si elle sait encore que les services
médicaux feront la même distinction. Les locaux affectés à la
visite des femmes de maison ou des filles en carte ne doivent
donc pas servir aux examens médicaux imposés à la clandes¬
tine surveillée ; ils ne doivent même pas être dans les mêmes
quartiers. « On ne pourra obliger à la visite médicale une
ft clandestine prostituée » que le jour où on lui assurera cette,
visite dans un local propre et différent de celui des femmes
réglementées. »
De cette façon, le but sanitaire et social est atteint. Telle est
la propositiou que je soumis, en août 1916, aux autorités civiles
de la ville de Nantes. La lecture du beau travail de M. Faivre,
paru quelques mois après dans cette même revue (septembre-
octobre-novembre 1917), me confirma dans cette façon devoir,
et le 6 mars 1918, j’eus le plaisir de voir adopter mon pro¬
gramme dans une réunion que je provoquais et à laquelle
prirent part le commandement, M. le préfet et les autorités
civiles de la Xl“ région. A cette date, un rapport fut envoyé au
ministère de l’Intérieur. Depuis, ce système fonctionne,
paraît-il, à Nantes! Mon départ subit aux armées ne m’a pas
permis d’en observer les résultats.
, G. — Prostitution clandestine.
Ce que je viens d’écrire m’évite des redites. La clandestine,
qui est la vraie prostituée non surveillée, doit donc rentrer
dans la catégorie précédente, c’est-à-dire « Femmes clandes¬
tines surveillées médicalement, et non réglementées ».
Qu’importe à celte femme de passer une visite médicale une
fois par semaine, si on la laisse se prostituer demain là où elle
se prostituait hier, et si on lui fait passer la visite dans un local
différent de celui de la femme en carte? ebe aura vite choisi le
jour qui convient à sa hiérarchie, et la sélection se fera d’elle*
même.
198 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [216J
En résumé, la femme en carte et la. clandestine sont deux
prostituées bien distinctes : l’une se prostitue avec scandale,
L’autre le fait discrètement. Puisque la prostitution est de tous
les âges, il faut adapter aux différentes prostitutions des
méthodes également différentes.
D. — Femmes libres (non rétribuées).
, Déjà, avant la guerre, celte prostitution existait biernin peu ;
il est inutile de dire pourquoi elle a augmenté depuis. Actuel¬
lement, ces nouvelles prostituées-'entrent pour plus de moitié
dans les contages de syphilis :
1° Sur .678 primaires, 389 femmes appartiennent à cette caté¬
gorie, soit 57,2 p. 100 (sur ce chiffre, 29 femmes mariées
contaminaient un. apoant, et 33 femmes légitimes contaminaient
leur mari) ;
2° Sur 419 syphilis secondaires, 202 cas (soit 48 p. 100);
3® Sur 530 vénériens, 234 cas (soit 44 p. 100).
Au total : sur 1.097 syphilis, 591 sont dues à ces femmes,
soit plus de moitié; et sur 1.627 vénériens, 825, soit plus de
moitié.
Ces chiffres ne sont pas pour nous surprendre, mais plulôt
pour nous effrayer, et de ce fait, le problème de la prophylaxie
des maladies vénériennes, se pose sous un autre aspect pour
l’homme, et même pour la femme. Cette nouvelle clandestine,
cette prostituée, vit actuellement comme l’homme : elle
travaille, elle devient son égale; ses salaires sont élevés, elle
se suffit donc à elle-même, et la place qu’elle occupe dans
l’usine, l’atelier, etc., lui donne une nouvelle promiscuité. Il ne
faut donc plus s’étonner de voir la femme faire maintenant ce
que l’homme a fait de tous temps. Ces femmes ont un métier
et ne vivent pas de prostitution; elles se prostituent pour leur
bon plaisir, et aucune réglementation ne peut leur être appliquée ,
pas plus iqu’ù llhomme.
Néanmoins, il importe d’enrayer le mal. L’hygiène est
capable de limiter les progrès des maladies vénériennes, et
c’est avec timidité que j’ose proposer la vulgarisation de la
méthode prophylactique américaine, en vue de son application
à la société tout entière.
[2771
PUOPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES
799
II. — Proposition.
Les Américains viennent de rapatrier chez nous une méthode
prophylactique qui leur donne les meilleurs résultats : ils ont
abaissé en 5 mois leurs invalidités vénériennes (qui étaient de
20, 40, 80, 200 p. 1.000),'au taux de 2,11 p. 1.000.
Il est inutile de rappeler en quoi la méthode consiste : dans
les 3 heures qui suivent le coït, lavage des parties génitales et
périgénitales, injection intra-urétrale de protargol à 1 p. 100,
onction avec la pommade au calomel; j’ai proposé d’ajouter vu
gargarisme pour éviter les chancres buccaux.
Cette méthode est, avant tout, individuelle. Elle peut donc
trouver son application chez la prostituée isolée Ou en mai'^on,
et aussi dans la société. Elle renforce incontestablement la
méthode réglementaire et, au point de vue social, laisse loin
derrière elle le néfaste préservatif.
Application de la méthode prophylactique am&i'icaine.
a) Maisons de tolérance :
Rien n’est plus simple que d’exiger de la propriétaire et de
la femme de maison un petit nécessaire prophylactique. Le
médecin en surveillerait le bon état; des instructions affichées
dans chaque chambre indiqueraient le mode d’opérer, et le
double matériel prophylactique installé dans chaque chambre
servirait non seulement A la femme, mais aussi au client. -
b) Femme isolée réglementée et clandestine surveillée médica¬
lement non réglementée.
La réalisation est ici plus difficile, mais si les solutions, les
pommades sont distribuées gratuitement le jour de visite à ces
femmes, celles-ci appliqueront peut-être la méthode dans un
but de sécurité personnelle. Cette pratique sera bien établie le
jour où l'homme, également avisé, désirera trouver chez la fille
• de noce le nécessaire exigé.
c) Dans la société :
1° A l'armée. — Ayant pu étudier près des Américains les
résultats heureux obtenus dans les « stations prophylactiques »,
je n’hésitais pas, dès février 19L8, à proposer à M. Mourier,
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
|278]
sous-secrélaire d’Étatdu Service de Santé, d’essayer lamèthode
dans la Xl“ région. J’espère qu’elle sera appliquée un jour ; le
succès obtenu chez les Américains est un véritable 'ensei¬
gnement qu'on ne saurait négliger.
2“ Dans le civil : slationp7'ophy lactique publique. — 11 semble
ridicule, de proposer la création de « ^tâtions prophylactiques
publiques ». Rien n’est choquant dans le nom, qui peut être
conservé; nous voyons tous les jours, à la 4®^ page des jour¬
naux, des réclames autrement dangereuses et immorales. Or,
le but à atteindre est de préserver la société ; il faut donc lui
faire connaître les moyens de protection dont elle dispose, et,
par conséquent, donner une publicité discrète à ces instal¬
lations modernes, notamment- en obligeant les journaux à
indiquer la ou les stations prophylactiques, telle rue, tel
numéro, tel quartier, ouvertes jour et nuit. Cette publicité serait
quotiilienne. Le nombre des postes de prophylaxie serait
variable, suivant l’impostance de la ville.
« Ces établissements, devraiéni être d'emblée sous le contrôle du
ministère de l'Intérieur et constitueraient de véritables services
publics, afin d'ôter aux charlatans une nouvelle occasion
d'exfiloiler la société. Ces postes seraient confiés à des hommes,
des infirmiers mutilés, par exemple. Le directeur du Bureau
d’hygiène ou le médecin chargé de la surveillance et du trai¬
tement médical dans les services annexes seraient chargés de
les i nspecter à l’improviste et d’assurer un bon fonctionnement.
Que donneraient de telles organisations? D’autres plus expé¬
rimentés que moi pourront mûrir ou rejeter cette idée. Je crois
qu’avec certaines modifications dé détail, trop longues à déve-'
lopper ici, ces services donneraient d’excellents résultats. Ces
mesures prophylactiques sont « post coïtum »; or, il ne faut
pas oublier que l’homme ne craint les maladies vé,nériennes
qu’après le coït. Ces mesures prophylactiques paraissent donc
excellentes.
Beaucoup, peut-être, iraient demander à ces stations la pro-
teciion contre la mala lie reiloulée ; ceux qui, par timidité,
n’osrraienls’y présenter, appliqueraient eux-mêmes la méthode
ou frapperaient à la porte d’un médecin.
Ces stations prophyladiques apprendraient ainsi l'hygiène à
la société, et, devant cette vulgarisation, l’homme réclamerait
[219J PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 801
de la femme les mêmes soins hygiéniques. La méthode péné¬
trerait ainsi dans la maison de tolérance, dans la chambre de
la prostituée, rétribuée ou non rétribuée.
Conclusions. Elles peuvent être résumées ainsi ;
I. — Il existe trois prostitutions bien distinctes : la première,
réglementée par la police, surveillée médicalement (c’est la
prostituée de maison et la fille en carte); la deuxième, non
réglementée uniquement soumise à la visite médicale', libre de se
■ prostituer partout où elle voudra (sans scandale) : c’est la clan¬
destine prostituée. Ces deux premières prostitutions appar¬
tiennent à ce que nous avons appelé la prostitution rétribuée;
la /romème, libre, appartient à toutes les classes laborieuses et
autres de la société (hommes et femmes).
II. — A chacune de ces catégories, apporter des méthodes
prophylactiques différentes, et modifier les anciennes.
fl) Exiger l’hygiène de la maison de tolérance ; assurer la
surveillance médicale, non seulement par la clinique, mais
aussi par le laboratoire (blennorragie) ; dotef chaque chambre
de prostituée d’un double nécessaire prophylactique.
b) Réserver l’inscription de filles en carte à ces femmes qui
sont plus que des prostituées et que leur vie scandaleuse, faite
de vol, ou d’entôlage, oblige à soumettre à de telles mesures.
En outre, unifier pour toutes les villes de France les règlements
de la prostitution.
c) Distinguer très nettement la prostituée clandestine de la
femme en carte; ne pas la soumettre à l’inscription, la laisser
libre"de se prostituer dans les lieux réputés comme tels; exiger
d’elle la visite médicale.
d) Créer des salles de visites modernes, qui n’auront rien de
commun avec les locaux de la police, et qui seront différents
de ceux affectés aux prostituées réglementées.
e) Créer des postes de prophylaxie ; faire connaître la méthode
aux prostituées, l’enseigner à l’homme et mettre à sa dispo¬
sition, à la caserne et dans la société, des établissements où
l’on appliquera le système de la « station prophylactique »
américaine.
Je n’ai envisagé qu’un bien petit côté de la lutte contre les
maladies vénériennes, mais pour faire une bonne prophylaxie,
REV. d’uïG. XL — 51 ■
802 ' SbCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [280]
il faut savoir changer quelquefois de méthode. L’erreur, en
matière de prostitution, est toujours venue de la méconnais¬
sance de la hiérarchie des prostituées. Solon faisait une
distinction entre la diclériade, l’aulétride et l’hétaïre ; nous
avons oublié que ces trois catégories existent encore de nos
jours. Làest toute l’erreur.
En outre, les moyens prophylactiques ont toujours été plus
thérapeutiques que vraiment préventifs ; les maladies véné¬
riennes sont des maladies individuelles, les moyens de lutte
contre elles doivent donc avoir le même caractère.
Enfin l’hygiène reprend tous ses droits là où il ne peut être
question de réglementation, et elle doit être assurée par
l’application de la méthode de prophylaxie individuelle que
l’Amérique vient de rapatrier en France.
Discussion.
M. le U' Faivre. — M. le D' Gouin, qui est aux armées, m’a de¬
mandé de présenter en son nom à la Société trois communications,
dont deux relatives à la prophylaxie des maladies vénériennes et à
leur traitement chez les soldats américains; la troisième reproduit
les intéressantes observations faites par l’auteur alors qu’il était à la
tête du centre vénéréologique de Nantes. (Suit une brève analyse
des communications reproduites dans le présent numéro.)
Les intéressants renseignements donnés par M. le D'' Gouin sur
■ les stations pi’ophylactiques de l’armée américaine font souhaiter
que l’on obtienne chez nous de semblables résultats. Malheureuse¬
ment dans notre armée où M. Ghéron, alors qu’il était sous-secré-
taire d’Élat à la guerre, a fait une première application de la
méthode, les sanctions font défaut, et, sans sanctions, on n’obtient
rien. Peut être, à défaut de la privation de solde, dont il ne saurait
être question chez nous parce que, contrairement à ce qui se passe
chez les Américains, cette solde est insignifiante, pourrait-on priver
de toute permission de sortir le soldat qui a contracté une maladie
vénérienne sans ayoir cherché à se prémunir par le passagi- à la
station prophylactique?
Quel résultat donnera dans le milieu civil l’emploi de la méthode?
Nous allons le savoir. Sur la proposition de la Commission spéciale
constituée au ministère de l’Intérieur, une « station hygiénique
antivénérienne « vient d’être ouverte à l’Hôtel-Dieu, et une antre,
due à l’initiative de M. le Hudelo, vient de l’être à l’hôpital
[281J PROPHYLAXIE DES MALADIES VÉNÉRIENNES 803
Broca. Avis de ces créations est donné par le ministère de l’Inté¬
rieur aux chefs des grands établissements universitaires ou d’ensei¬
gnement libre fréquentés par de grands jeunes gens.
M. Richoü. — Les méthodes prophylactiques employées par les
Américains sont très intéressantes et donnent de bons résultats,
cependant j’ai pu me rendre compte personnellement que leur effi¬
cacité n’est pas absolue.
M. LE Président. — Les stations prophylactiques constituent un
réel progrès dans la lutte contre les maladies vénériennes, mais ne
suffisent pas à elles seules à solutionner la question. Il en existe
déjà un certain nombre, mais on n’y va pas.
II faut que l’éducation de la population soit faite et les indica¬
tions données par M. le D' Gouin sur les procédés américains sont
très intéressantes à ce sujet.
. J’approuve absolument la manière de voir à ce sujet de M. le
b.*' Faivre et les méthodes qu’il préconise.
Il est tout à fait indiqué de punir l'homme qui est atteint d’une
maladie vénérienne, non parce qu’il a eu le malheur d’être conta¬
miné, mais parce qu’il n’a pas pris de précautions prophylactiques
et fait usage des facilités mises à sa disposition dans ce but.
M. le D' Chassevant. — Les méthodes prophylactiques contre lés
maladies vénériennes mises en œuvre par l’armée américaine ont
été mises en œuvre avant la guerre dans l’armée française.
M. Chéron avait prescrit l’organisation des cabinets de prophy¬
laxie dans les infirmeries; les cabinets existent encore dans les
casernes et sont fréquentés, lorsque le médecin chef y tient la main.
A l'École polytechnique, par exemple, l’organisation de ces cabi¬
nets est très bien comprise, à proximité de chaque dortoir, en an¬
nexe aux lavabos, un petit cabinet est disposé avec bidet à eau cou¬
rante, bock à injection, permanganate et pommade au calomel.
Chaque année, à la rentrée, le médecin chef fait une conférence
sur les maladies vénériennes et leur prophylaxie ; ce n’est du reste
que l’application de règlements communs à tous les corps de
trqupe.
Les Américains ont ajouté l’obligation et des sanctions pécu¬
niaires à tout contrevenant. Il faut dire que la discipline américaine
est beaucoup plus slri’cte que la d sciplme irançaise. A ce point de
vue nous avons tout, à apprendre de nos alliés transatlantiques.
Le soldat américain est beaucoup plus respectueux des règlements
que le poilu français.
804
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
1282]
PROGRAMME DE TRANSFORMATION
de la Société de Médecine publique et de Génie sanitaire.
ACTION QU ELLE DOIT EXERCER
par M. le D'’ E. MARCHOUX, secrétaire général.
Jusqu’ici, la Société de Médecine publique et de Génie sani¬
taire a accompli avec honneur la tâche qu’elle s’était fixée lors
de sa fondation. Toutes les grandes questions d’hygiène ont
été étudiées et traitées par ses membres. Les discussions, qui
se sont produites dans son sein, ont servi à éclairer la marche
des administrations qui ont eu le souci des grands travaux
• exécutés depuis qu’elle existe.
Aujourd’hui, cette période ne peut pas être considérée
comme close. 11 y aurait de notables améliorations à apporter,
même dans les aménagements hygiéniques les plus complets
Mais ce serait perdre notre temps que de chercher à les obtenir
par les moyens que nous avons déjà employés. 11 nous faut, je
crois, changer de mélhode et diriger notre activité dans un
autre seps. Dans notre dernière réunion, un homme de beau¬
coup de sens et d’esprit essentiellement pratique, M. Louis
ForesI, nous disait avec raison que nous devions nous atta¬
cher à faire l’éducation hygiénique de la nation. Nous verrons
tous CCS perfectionnements, pour lesquels nous lutterions vai¬
nement aujourd’hui, se produire alors spontanément.
Noire Société, par l’ancienneté de son existence, par sa
couipoiition, par le nombre et la qualité de ses membres, est
mieux à même qu’aucune autre d’exercer une influence.
Si vous vous en souvenez, avant la guerre, dans le l" semestre
de 1914, j’avais eu l’honneur de soumettre à vos méditations
tout un programme, sur lequel nous devions discuter à la ren¬
trée. La guerre est survenue et d’autres préoccupations plus
graves ont pris la place de celles-là. .Maintenant que le drame
est terminé, maintenant que la victoire va faire surgir une
[2831 programme DE TRANSFORMATION DE LA SOCIÉTÉ 805
France nouvelle, le moment me paraît venu de reprendre le
projet ancien et de le soumettre à votre approbation.
Je vous propose d’entrer nettement dans la voie de l’action
et de ne plus limiter notre rôle à des discussions trop souvent
stériles. Une belle et florissante Société française, dont l’in¬
fluence s’est traduite par les plus heureux effets, doit nous
tracer notre route. Je veux parler du Touring-Club de France.
Pourquoi ne deviendrions-nous pas l’Hygienic-Club de France?
Vous me direz que la puissance du Touring-Club dépend du
nombre de ses membres et de la publicité dont il dispose.
Évidemment, nous comptons peu à côté de cette imposante
organisation. Mais l’avenir est à nous, si nous savons profiter
du courant d’opinion actuel.
Notre Société se compose de membres payant une cotisation
assez élevée qui en limite le nombre. Il nous faut admettre des
adhérents à S francs et organiser des Comités régionaux. Il
nous faut éditer nous-mêmes un bulletin d’information, de
propagande et de publicité. Nous en ferons le service à tous
nos adhérents et nous demanderons à chacun d’eux de se con¬
sidérer comme représentant qualifié de la Société pour faire
aboutir notre programme et pour signaler à notre bureau
central les campagnes à faire ou l'action nouvelle à exercer.
Je suis persuadé que nous trouverons tous les grands quo¬
tidiens, tous les périodiques prêts, à entreprendre avec nous
une véritable croisade. Nous savons déjà combien tous les
grands journaux se sont employés à faire l’éducation hygié¬
nique de la population française.
Notre programme est toujours, je tiens à le déclarer, sus¬
ceptible d’extension ou de modification. Il n’est fixe que dans
le but à atteindre. Actuellement il me paraît que nous pouvons
diriger notre action dans deux directions :
L’éducation de l’enfance et l’éducation de la population.
L’éducation de l’enfance n’est possible qu’avec le concours
de l’Université et du corps enseignant. Elle ne peut porter des
frùits que si elle sort de la théorie pour entrer dans le domaine
pratique. L’hygiène, comme la plupart des autres sciences, ne
s’enseigne pas avec des mots, mais avec des actes. Apprenons
aux enfants ce que sont l’ordre et la propreté. Nous aurons
acquis déjà un beau résultat qui amènera peu à peu le goût de
[284}
806 SOCIÉTÉ DÉ MÉDECINE PUBLIQUE
la netteté du corps, des -vêtements et de l'habitation; de la
bonne tenue des rues et des lieux de réunion ; de l’éloigne¬
ment des matières usées ou exerémentilielles.
Une maison d’école doit être saine et claire. 11 y en a encore
en France auxquelles manquent ces deux qualités essentielles.
A chacune d’elles, il conviendrait d’adjoindre un lavabo et
une salle de douches. Un vestiaire, avec, pour chaque élève, un
casier où,, en dehors des heures de classe, sont déposés son
sarrau'et ses chaussons, pendant tes classes, ses chaussures et
ses vêtements d’extérieur.
Une école doit avoir des tables et un parquet cirés; les murs,
blanchis à la chaux ou à la peinture à l’eau, doivent être entre¬
tenus constamment nets par des blanchissages fréquents. Tout
ce nettoyage doit être pratiqué par les élèves, pour qu’ils
sentent la nécessité d’en épargner la souillure. Les cactes,
tableaux, leçons de choses seraient mieux à leur place bien
classés dans une armoire, d’où les élèves les sortiraient eux-
mêmes pour préparer les cours auxquels sert ce matériel et où
ils les remettraient en ordre dès que la leçon serait terminée.
Les vieux papiers et les déchets de toute espèce seront au fur
et à mesure réunis dans un récipient et brûlés après la classe.
Les cabinets doivent attirer tout spécialement l’attention des
maîtres. C’est là que la souillure est la plus facile, c’est là que
la surveillance doit être la plus grande. •
Le petit nombre des enfants en bas âge, la pénurie de per¬
sonnel enseignant vont amener la suppression des écoles de
hameaux. Il faudra donc développer les cantines scolaires à la
campagne. 11 faudra obtenir que celles des villes deviennent
l’objet de soins particuliers.
Les écoles ménagères auront un rôle tout indiqué. Les
jeunes enfants, qui à peine savent manger seuls, doivent être
entourés d’attentions maternelles de la part des petites filles
de l’école voisine.
Enfin nos infirmières qui ont su montrer pendant la guerre
tant de dévouement à nos blessés, auront à cœur de contribuer
encore à la défense sociale en exerçant dans les écoles, et spé¬
cialement dans les cantines, l’œuvre de relèvement hygiénique
que, mieux que personne, elles sont à même de poursuivre. A
côté du maître il faut une intendante de l’hygiène.
[2851 PROGRAMME DE TRANSFORMa'tION DE lA SOCIÉTÉ 80T
Nos établissements d’enseignement secondaire- et même
d’enseignement supérieur ne sont généralement pas mieux
tenus que les écoles primaires. Ordinairement, les dortoirs
sont cirés, mais les escaliers, les couloirs, les salles de classes
et d’études ne le sont jamais. Les tables des réfectoires, même
à l’Ëcole normale supérieure, ne[sont jamais garnies de nappes.
L’ordre et la bonne tenue ne sont l’objet d’aucune surveil¬
lance.
Nous devons tendre à obtenir que les maîtres reçoivent, lors
des inspections, une note d’hygiène chargée d'un fort coeffi¬
cient. D’autre part, nous pourrions prévoir l’attribution de prix
en argent à décerner aux maîtres dont les établissements se
distinguent par leur bonne tenue.
Je n’en finirais pas si je voulais entrer dans le détail de toutes
les améliorations qui peuvent être apportées à l’étàt actuel.
Des tracts bien rédigés et concis peuvent être largement répan¬
dus pour servir de guides et l’initiative individuelle se chargera
de leur développement. Notre rôle sera de donner à ces initia^
tives la plus large publicité. '
'Vous parlerai-je des casernes, écoles d’un autre ordre? Il
nous faudra obtenir qu’elles soient ordonnées et propres. J’ai
vu au Brésil des casernes qui, comme propreté, laissaient loin
derrière elles quelques-uns de nos hôpitaux.
Je vois, pour l’éducation de la population, deux moyens à
employer rapidement.
1“ Utiliser l’esprit d’ordre et le goût de propagande que pos¬
sèdent les femmes.
A notre société masculine peut être adjointe une société
féminine. Des cours élémentaires d’hygiène précis, clairs et
concis peuvent être faits, tant à Paris que dans nos groupe¬
ments régionaux. Il appartiendra aux membres de notre société
de faire cet enseignement et de le rédiger pour lui donner
toute la publicité voulue.
2“ Veiller en particulier au commerce des matières alimen¬
taires, surtout de celles qui sont vendues toutes préparées ou
■ qui se consomment crues.
Nous savons combien elles sont l’objet de peu de soins.
Le pain est censé ne pas se salir ; qu’il tombe on le ramasse,
qu’il se macule on se contente de le brosser, on le porte sous
. S08 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE [28ti]
le bras avec des vêtements sales, des mains pas lavées, on le
dépose sur des tapis brosses à la porte des cuisines, etc.
Les gâteaux après être sortis du four sont toujours manipulés
avec lès doigts. 11 en est de même des produits de confiseries.
Combien les tuberculeux qui toussent dans leurs mains vont-ils
ensuite déposer de bacilles sur ces gourmandises que les
enfants ne consomment pas sans danger?
Que dire aussi de ces éventaires où se vendent soit à la porte
des magasins, soit dans les rues, soit dans les squares, des
bonbons ou des gbûters destinés aux enfants? Comme les
fruits des marchandés des quatre saisons ou ceux des étalages
disposés sur les trotloirs, ils sont, au bout d’une heure de vent,
recouverts du crottin de la rue.
N’y a- t-il rien à faire pour lutter contre ces habitudes? J ’estime
que si. .
La loi nous défend de discréditer les maisons mal tenues,
mais elle nous permet de recommander celles dans lesquelles
la manipulation est proprement faite. Comme le Touring-CIub,
nous pouvons les signaler en leut délivrant des panonceaux
très apparents.
Nous pouvons aussi faire fabriquer des voitures ou des
paniers à couvercles vitrés et les confier ou les louer à des ven¬
deurs spéciaux qui les promèneraient avec des affiches en
signalant les avantages.
Je ne veux pas m’attarder davantage dans l’exposé d’un pro¬
gramme dont je vous ai assez dit pour vous en faire comprendre
l’esprit. Il appartiendra à chacun de nous d’en proposer le
développement en même temps que les meilleurs moyens de
le répandre.
Discussion.
M. LE Président. — La communication deM. le D'" Marchoux étend
immédiatement le cadre du sujet mis à l’ordre du jour.
M. Marchoux, à côté de la question posée sur les moyens de faire
pénétrer et d’appliquer l’hygiène dans les écoles, met en discussion
la constitution même de la Société.
11 y a là une double question dont la seconde n’a pas été prévue
à l’ordre du jour.
[281] PROGRAMME DE TRANSFORMATION DE LA SOCIÉTÉ 809
M. Bonjean. — Il y a grand intérêt à mettre en discussion laques-
lion de l’hygiène scolaire à la Société de Médecine publique, et
j’appuie vivement la proposition de notre collègue M. Marchoux.
Je désirerai voir compléter le programme qu’il vient de nous
tracer en commençant par établir les conditions que doit présenter
la maison même de l’école, le type de l’école salubre.
Il faut inoculer à l’enfant le culte de la propreté et la crainte de la
matière fécale, par conséquent abolir ces charniers infects qui sont
les cabinets d’aisances des écoliers, qu’on relègue au fond des cours
comme si ces endroits, dès leur construction, étaient voués aux
odeurs infectes, aux dépôts en surface des matières, aux cultures
des asticots et partant des mouches. Souvent les cabinets d’aisances
peuvent être organisés et tenus comme ils le sont dans nos appar¬
tements, près des classes même, avec un lavabo à la sortie.
Nous en avons vu dans des écoles communales à l’étranger, il n’y
a donc rien d’impossible que cela soit réalisé chez nous.
Plus de ces couleurs de matières fécales sur les murs que l’on
voit partout, jusqu’ici même ! Cette couleur est un défi à la propreté,
une prime à l’ordure puisqu’elle masque les maculations. Des cou¬
leurs claires qui permettent de remédier immédiatement à la saleté.
11 y aura lieu également d’envisager la désinfection des locaux
scolaires aûn de lutter contre la propagation de la tuberculose.
Les habitudes de propreté, la crainte de la matière fécale seront
apportées au foyer par l’enfant.
L’enseignement de l’hygiène à l’école, dans une école salubre,
c’est la vraie façon d’obtenir des résultats féconds. En prêchant
l’hygiène devant des assemblées convaincues comme cela a lieu
généralement, nous faisons une œuvre à peu près stérile.
M. Granjüx. — Pour faire pénétrer et appliquer l’hygiène dans
l’école, il me semble que le meilleur moyen est de supprimer les
erreurs hygiéniques ayant cours actuellement. En voici une qu’il
serait urgent de faire disparaître.
A la campagne, les enfants forment au point de vue de l’hygiène
scolaire, deux groupes distincts : ceux qui prennent le repas de
raidi dans leur famille et ceux, dont le domicile étant trop éloigné
de la maison d’école, emportent le matin leur déjeuner dans un
panier. Ce dernier groupe est dans des conditions d’hygiène ali¬
mentaire si évidemment inférieures à celles du premier, que nom¬
breux sont les parents qui s’ingénient à trouver le moyen de faire
déjeuner au bourg leurs enfants.
Dans cet ordre d’idées nous avons vu dans une commune du
canton de Nérondes une cantine scolaire bien suggestive. Tous
810 SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBUQUE [288J
les enïants .sont tenus d’apporter une quantité déterminée da
légumes, pommes dei terre, haricots, etc.,, qui sont déposés à la
maison d’école, où à, midi un- repas chaud est seryi aux enfants, la
commune faisant les frais de la cuisson et de la préparation. Le
résultat est des plus encourageants et des plus suggestifs. Par
contre, les conditions regrettables dans lesquelles se trouvent les
ènfants qui ne peuvent rentrer déjeuner dans leur famillfe ont été
exagérées quand pour ces petits la ration de pain a été réduite à
200 grammes.
Par suite, un . certain nombre de nourriciers ont demandé à
l’œuvre Grancher de reprendre ses pupilles, ne voulant pas,.
disaient-ils, voir, souffrir les enfants qui leur étaient confiés. D’autre
part, les parents de ces enfants prennent prétexte' du moindre inci¬
dent pour ne pas envoyer leurs enfants à l’école. La situation est
donc fâcheuse à tous les points de vue.
Il y a là un enseignement qui s’impose à l’attention surtout au
moment où la grippe sévit si cruellement sur toute la population de
la France, et l’on ne peut s’empêcher de penser que les raisons
hygiéniques ayant motivé la création de cantines scolaires dans les
villes rendent encore plus nécessaire cette organisation à la cam¬
pagne, d’autant que sa réélisation y est bien plus facile.
Lé Conseil d’administration de la Ligue française d’hygiène sco¬
laire, saisi par nous de cette question, a été unanime pour recon¬
naître la nécessité des cantines scolaires à la campagne. Il a même
fait remarquer que ce pourrait être un moyen d’amorcer l’enseigne¬
ment ménager dont l’organisation s’impose incontestablement et
est réclamé à juste titre.
Dans ces conditions, il me semble que notre Société pourrait, elle
aussi, donner son adhésion au projet de réalisation obligatoire de
cantines scolaires à la campagne pour les enfants demeurant trop
loin de l’école pour pouvoir retourner dans leurs familles à l’effet
d’y prendre le repas de midi.
M. Bezaült. — Je suis, pour ma part, très heureux de voir porter
cette question à l’ordre du jour, mais je la vois à un point de vue
plus large que notre éminent collègue le D' Marchoux, car ce n’est
pas seulement l’hygiène à l’école qu’il s’agit de développer, mais
partout en général ; d’ailleurs notre collègue en convient implicite¬
ment, puisqu’il nous a parlé de la question des étalages* et de la
salubrité des habitations.
Voilà bientôt vingt ans que je m’occupe de travaux d’assainisse¬
ment des villes — j’ai eu l’occasion de discuter des questions d’hy¬
giène devant de nombreux Conseils ou Commissions d’hygiène.
[2891 PROGRAMME DE TRANSFORMATION DE LA SOCIÉTÉ Slt
devant des Commissions techniques — je fais partie, depuis long¬
temps, d’une Commission d’hygiène d’un arrondissement et du Con¬
seil d’administration d’un lycée de Paris.
C’est donc par expérience que j’ai formé l’opinion que je me
permets de vous exposer.
Avant d’aller plus loin, n’étant pas un scientifique, mais un simple
industriel, imbu avant tout d’idées pratiques et de réalisatio ns, jè
vous prie de m’excuser par avance, pour le cas où je froisserais les
opinions de certains d’entre vous, mais j’estime que la guerre, à
certains points de vue, doit nous servir de leçons, et qu’il a été
prouvé, une fois de plus, qu’il vaut mieux voir tes choses telles
qu’elles sont et dire ce qu’on croit être la vérité, plutôt que cher¬
cher à se faire illusion à soi-même.
Vous demandez comment on pourrait faire pénétrer et appliquer
l’hygiène à l’école ?
Vous avouez, par là, que l’hygiène n’est pas aussi répandue en
France qu’elle devrait l’être, qu’elle n’a pas la place qui logique¬
ment devrait lui revenir.
Combien de fois ai-je moi-même regretté les lacunes existantes
sur les pratiques d’hygiène, et constaté combien nous étions en
retard sur les pays voisins, dont la mortalité est sensiblement
moindre que la nôtre :
Si nous en étions seulement au taux de mortalité de l’Angleterre,,
nous gagnerions près de 100.000 habitants par an; cela serait pré¬
cieux, après le cataclysme que nous venons de subir.
Combien l’ignorance des masses est grande sur ce sujet; que d’er¬
reurs sont commises journellement! L’éducation est entièrement à
faire à cet égard.
L’existence du mal n’est pas douteuse et en hygiène, comme en
beaucoup d’autres choses, la meilleure façon de le guérir, est encore
d’en rechercher les causes, en remontant à la source.
Pour mieux faire pénétrer l’hygiène à l’école, il faut des moni¬
teurs. Où sont-ils formés? Où sout ceux qui devraient être formés
par les médecins ?
D’ailleurs, les études d’hygiène faites dans les Facultés de Méde¬
cine en dehors des questions de maladies contagieuses, sont des
plus restreintes.
Voyez dans la liste des récompenses à l’Académie de Médecine
celles réservées à l’hygiène, ne représentant pas, loin de là, la
dixième partie de la totalité.
On peut juger par cela quelle considération est faite de l’hygiène.
L’hygiène qui constitue un moyen préventif et devrait à ce titre
passer avant la médecine est reléguée au dernier plan.
812
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[290]
En Angleterre, aux États-Unis, en Allemagne chez nos cruels enne¬
mis eux-mêmes, un médecin de la Sinté publique (oh appelle ainsi
ceux» qui s’occupent particulièrement de l’hygiène des habitants de
la ville, est obligé, en dehors de ses études médicales, de faire deux
années d’études spéciales sur les questions d’hygiène.
Il y a quelques années, notre regretté collègue, M. le D’' Courmont,
voulut faire admettre ces méthodes à Lyon ; il se heurta à des bar¬
rières infranchissables.
Pour améliorer la situation et entrer dans la voie du progrès, il ^
ne faudrait pas ci'aindre de modifier certaines parties de l’ensei¬
gnement médical , afin que ceux qui doivent être des chefs, des ini¬
tiateurs en hygiène — les médecins — en parlent tous avec une
assurance inspirant la confiance et non pas avec hésitation, comme
cela arrive parfois.
Je voudrais voir, pour ma part, une école, un Institut d’hygiène,
plus grand que n’importe quelle Faculté, car le sujet est des plus
vastes : tout ce qui se rattache à la vie touche à l’hygiène.
En résumé, la haute direction de l’hygiène .devant appartenir aux
médecins, j’estime qu’il serait désirable d’augmenter sensiblement,
dans les Facultés de Médecine, les études d’hygiène ou de créer
entièrement des écoles d’hygiène, afin de former des professeurs,
des chefs qui, à leur tour, formeraient dans les écoles primaires
supérieures, dans les écoles secondaires supérieures, des moniteurs
d’hygiène qui iraient répandre, à travers le pays, les bonnes
pratiques, pour le plus grand bien de la l'ace.
M. Goldschmidt. — Voici mon avis relatif à la question portée à
l’ordre du jour ; « Cominent pourrait-on faire pénétrer et appliquer
l’hygiène dans l’école ? »
Exiger des maîtres et des maîtresses d’écoles qu’ils possèdent les
notions élémentaires d’hygiène; faire rentrer celles-ci dans le cadre
de l’examen pour les brevets d’enseignement.
Les instituteurs et les institutrices devraient : 1“ non seulement
être obligés d’enseigner à leurs élèves les règles de l’hygiène, mais
les appliquer à l’école en maintenant les locaux dans un parfait
état de propreté, de ventilation : 2“ demander d’autre part aux
enfants de se présenter en classe bien lavés et leurs habits, en bon
état . Insister pour qu’eux et leurs parents se plient à cette règle, et
à d’autres encore, en démontrant leur importance pour le maintien
de l’état de santé dans les familles.
Ce serait aux médecins inspecteurs des écoles de s’assurer que
l’enseignement de l’hygiène est donné de manière à porter réelle¬
ment des fruits à l’école et au dehors.
[291] PROGRAMME DE TRANSFORMATION DE LA SOCIÉTÉ SIS
Il ne faut pas s’attendre toutefois à un résultat immédiat, à cause
de l’indifférence, de la mauvaise volonté, de la résistance auxquelles
on se heurtera ici, comme dans d’autres cas — notamment en ce
qui concerne la vaccine — chez beaucoup de parents qui n’admettent
aucune ingérence dans leur manière d’agir et de vivre. C’est à la
longue seulement, quand ceux qui auront reçu les leçons d’hygiène
à l’école seront d’âge à en saisir l’utilité, que l’on pourra en
escompter l’application.
M. Marié-Davy. — La proposition de M. Marchoux,, relativement
aux modifications à apporter à la Société, est du plus haut intérêt.
J’ai l’honneur d’être membre honoraire d’une société d’hygiène
anglaise ; Le Royal Institule of Public Health de Londres.
Cette Société considérable possède un local particulier, des labo¬
ratoires, des salles de cours. Elle fait œuvre d’enseignement par
des cours à des élèves et par des conférences au public. Elle distri¬
bue des diplômes. C’est en réalité un institut d’hygiène qui dispose
de fonds importants et rayonne sur tout l’empire britannique.
Il serait intéressant de se procurer les statuts de celte Société et
d’étudier son fonctionnement et ses moyens d’action.
Beaucoup de nos collègues, d’ailleurs, ont eu l’occasion de con¬
naître le Royal Institute lors du Congrès qu’il a tenu à -Paris en
1913.
M. Fo.ntaine, inspecteur d' Académie. — Après avoir entendu les
précédents orateurs, je me félicite tout particulièrement d’avoir
été délégué par M. le directeur de l’Enseignement primaire du
ministère de l’Instruction publique pour prendre part aux travaux
de ta Société. Je serai heureux d’enregistrer les avis si compétents
qui pourront. être donnés à l’Administration que je représente et,
en échange, d’apporter les indications indispensables sur les lois
et règlements scolaires ainsi que sur le fonctionnement des servi¬
ces, si l’on veut aboutir à des réalisâtions.
D’une façon générale, je ferai remarquer que les mesures d'hy¬
giène prévues par les règlements scolaires s’accordent avec les dési-
dérata qui viennent d’ètre exposés, mais que l'exécution de ces
mesures rencontre sou veut, du fait des autorités locales, des obstacles
insurmontables. Quand une municipalité use de tous les moyens
d’atermoiement possibles pour différer la construction d’une école,
on finit quelquefois par se contenter des locaux qu’elle consent à
édifier pour arracher les enfants aux taudis dans lesquels ils s’étio¬
laient. L’entretien des immeubles, tel qu’il est prévu par les règle¬
ments, ne s'obtient que bien rarement. L’administration acadé-
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[292]
■SU
mique est pratiquement désarmée devant certaines oppositions dont
on peut citer des exemples tÿpiques. L'inspection médicale reste à
organiser et se heurtî, elle aussi, à des obstacles dé toutes sortes
dont on n’est pas encore arrivé à triompher.
Je terminerai en affirmant que les difficultés de la tâche ne
Tendent que plus nécessaires les efforts préconisés par M. le docteur
Marchoux.
M. le D'' ÛESPEIGNES, Directeur du bureau d'hygiène de Chambéry
(Savoie). — Vous attirez r'attention des membres de la Société sur la
question de l’enseignement de l’hygiène à l’école et vous sollicitez
leur avis sur les moyens de faire pénétrer et appliquer l’hygiène
dans l’école.
• Vous me permettrez de critiquer la méthode consistant à envi-
'sager séparément chaque partie de l’hygiène, de telle sorte que l’on
n’arrivera jamais ainsi qu’à obtenir quelque chose d’aussi inCon-
’stant et d’aussi incohérent que ce que l’op a actuellement ; où
l’hygiène est morcelée entre un si grand nombre de ministères
qu’il n’existe aucune cohésion èt que l’on aboutit à un échec
absolu de tous les efforts.
La première chose à faire, à mon humhle avis, avant d’envisager
des cas piirticuliers, serait d’édifier la trame solide de l’institution
de l’hygiène en France, et je suis persuadé que tout est à faire à ce
point de vue.
La mesure la plus urgente consisterait donc, selon nmi, à créer
sans aucun retard le ministère de l’Hygiène èt à y mettre à la tête
aion pas une, personnalité politique qui durerait ce que dureràit le
reste du cabiiièt, mais un hygiéniste Taarquant, s’étant signalé par
son activité et son initiative heureuse dans l’organisation de
l’hygiène :
Je réclamerais la presque inamovibilité pour le titulaire de ce
portefeuille qui n’a rien de politique, pour qui la régénération de
la race française va constituer un travail de longue haleine, et pour
l’entreprendre il faut être assuré que l’on n’est pas à la merci d’une
crise ministérielle.
Je réclamer lis aussi une compétence incontestable pour le titu¬
laire de ce poste, parce que j’estime que le meilleur des chefs est
celui qui, au besoin, pourrait remplacer chacun de si s subordonnés :
c’est la meill' Ure garantie qu’il snura se rendre compte au besoin par
luhmême de l’intelligence et du zèle de ses collaborateurs.
Ces collaburateurs eux-mêmes ne doivent pas être nommés par
proter.tion, mais on doit les recruter parmi les hygiénistes ayant
fait preuve d’activité et d’initiative.
[293] PROGRAMME DE TRANSFORMATION DE LA SOCIÉTÉ SIS
C’est du ministère de l’Hygiène que doit partir le mot d’ordre pour
toute la France; la décentralisation ici n’est pas du tout souhaitable,
et c’est à elle que nous devons le peu de résultats obtenus et leur
variété.
Quels sont les pouvoirs publics actuellement en matière d’hygiène ?
Le maire et le préfet.
Des collaborateurs et des conseils leur sont adjoints par la loi.
Les inspecteurs départementaux d’hygiène et les directeurs des
bureaux d’hygiène d’une part; les Commissions sanitaires et les
Conseils départementaux d’hygiène, d’autre part.
Les inspecteurs départementaux d’hygiène sont parfois des sujets
très distingués nommés au concours. Mais comme la loi n’a prévu
aucune condition pour leur recrutement, il se peut aussi, que ce
soient des incompétents, des fonctionnaires quelconques pouvant
même remplir fort bien leurs autres fonctions, mais que rien ne
désignait à cet emploi pour lequel ils n’ont pas la moindre aptitude.
Les directeurs de bureaux d’hygiène, au contraire, possèdent
tous une compétence certaine reconnue par le Conseil supérieur
d’hygiène publique de France. Tous sont entrés dans la carrière
avec des illusions et je crains bien que beaucoup les aient vite per¬
dues. Ce sont les seuls qui pourraient parler en connaissance de
cause, seuls ils devraient donner des ordres en ce qui concerne
Thygiène ; aussi, avec l’illogisme qui caractérise la plupart des lois
françaises, on ne leur a accordé aucun pouvoir et ils ont juste le
droit de s’abstenir, sous peine de voir leur prestige réduit à néant,
s’ils s’obstinent à faire, dans l’intérêt commun, des propositions
qu’on refuse de prendre en considération, dans un intérêt privé. Ils
sont les subordonnés de tout le monde et Ton peut parfois noter
cette anomalie qu’ils sont soumis au contrôle d’inspecteurs départe¬
mentaux de l’hygiène qui ne pourraient pas être nommés à leur
place, faute de titres suffisants.
Je vais aborder la question des assemblées sanitaires départe¬
mentales et je tremble un peu, car, à une réunion sanitaire pro¬
vinciale, pour avoir osé critiquer, avec preuves à l’appui, ces orga¬
nisations, j’ai soulevé l’indignation. Je risque encore une fois les
foudres de mes collègues, car j’ose espérer que la mentalité fran¬
çaise a été modifiée par les quatre années d’épreuves que nous
venons de subir : avant la guerre on traitait de mauvais Français
ceux qui, disant la vérité, prétendaient que nous n’étions pas prêts
pour la guerre. Je pense que maintenant on pourra dire la vérité
sans être exposé aux invectives de ceux qui préfèrent entendre tou¬
jours des louanges plutôt que des vérités.
Je ne connais pas la composition de tous les conseils départe-
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
[294]
mentaux d’hygiène et de toutes les commissions sanitaires ; je suis
persuadé que cette composition est réellement excellente dans
quelques grandes villes, mais je serais bien étonné si dans beau¬
coup de déparleraents leur compétence était bien réelle.
J’arrive à la conclusion de cette première partie de ma note : à
mon avis il y a urgence à créer .un ministère de l’Hygiène qui cen¬
traliserait toutes les branches éparses de notre organisation sani¬
taire (armée, marine, colonies, industrie, travail, écoles, etc.), qui
aurait à sa tête un ministre stable et compétent qui pourrait être
désigné par le Conseil supérieur d’hygiène publique de France, par
exemple.
Tous les collaborateurs du ministre seraient aussi des personnes
compétentes dans une branche de l’hygiène. Enfin l’application des
lois de l’hygiène serait totalement enlevée aux maires et surtout
aux préfets et serait confiée à des fonctionnaires sanitaires compé¬
tents, nommés par le ministre et ne dépendant que de lui.
Au nombre de^ ces fonctionnaires départementaux se placent en
premier lieu l’inspecteur départemental de l’hygiène et en deuxième
lieu les directeurs de bureaux d’hygièue qui pourraient recevoir une
autre appellation, par exemple celle de sous-inspecteur.
C’est avec le concours de ces fonctionnaires que devrait s’orga¬
niser l’enseignement de' l’hygiène dans les écoles.
Il est évident que lion ne peut songer à créer des professeurs
d’hygiène dans toutes les écoles en France, pas même dans chaque
chef-lieu de canton ; même en faisant appel au concours de tous les
médecins on ne parviendrait pas à organiser cet enseignement, car
on ne pourra jamais obtenir d’un médecin qu’au moment où il
devra faire son cours, il abandonne une parturiente ou ne réponde
pas à l’appel d’un malade gravement atteint.
Il est donc nécessaire d’avoir recours aux institutrices et aux
instituteurs ; mais si j’en juge par la façon dont les unes et les
autres, ou au moins la plupart, pratiquent les lois de l’hygiène, il
me semble qu’ils n’en connaissent pas lé premier mot et que la pre¬
mière chose à faire sera de leur enseigner l’hygiène afin qu’ils l’ap¬
prennent à leurs élèves.
Si tous passaient par l’école normale, il semble qu’il serait suffi¬
sant de confier l’enseignement de cette matière, dans ces écoles nor¬
males, à un hygiéniste, et l’inspecteur départemental d’hygiène me
semble tout' indiqué pour avoir le titre de professeur d’hygiène,
tout comme l’inspecteur départemental des services agricoles est
professeur d’agriculture.
Mais tous les instituteurs ne sortent pas de l’Ecole normale; le
moyen de les instruire tous en hygiène consisterait à les astreindre
[293] PROGRAMME DE TRANSFORMATION DE LA SOCIÉTÉ 817
à quatre ou cinq semaines d’études spéciales avec exercices pra¬
tiques, au chef-lieu du département de l’arrondissement pendant
les grandes vacances. Cours et travaux pratiques seraient dirigés
par l’inspecteur départemental qui serait secondé par des aides et
un diplôme de fin d’études; accordant certains avantages pécu¬
niaires ou d’avancement, serait .délivré à ceux qui subiraient avec
succès l’examen de fin de conférences. Les instituteurs seraient
défrayés par l’Etat, pendant cette période d’instruction spéciale.
Outre l’enseignement élémentaire de l’hygiène donné à tous
dans les écoles primaires, primaires supérieures, ainsi que dans les
classes de l'enseignement secondaire, il devrait être organisé des
cours d’adultes obligatoires jusqu’^ dix-huit ou vingt ans dans les¬
quels l’hygiène aurait une place prépondérante ; on ne craindrait
pas notamment, d’y faire traiter dans, une conférence spéciale faite
autant que possible par un médecin, la question de l’hygiène
sexuelle et de la prophylaxie des maladies vénériennes ; il n’est
que temps de réagir contre les préjugés hypocrites qui concernent
ces questions, dont l’intérêt ne le cède en rien à celles qui out
trait à la lutte antialcoolique et à la lutte antituberculeuse.
Je me résume : programme d’études hygiéniques élaborées au
ministère de l’Hygiène comprenant trois degrés :
1» Enseignement élémentaire pour les écoles primaires et les .
petites classes des lycées et collèges ;
2“ Enseignement moyen pour les écoles primaires supérieures,
les classes élevées des lycées et collèges, les cours d’adultes obliga¬
toires partout.
Ces deux degrés seraient enseignés par les professeurs et les
instituteurs assistés parfois de médecins ;
3“ Enseignement supérieur puur les professeurs, les instituteurs et
les élèves d’écoles normales, pour le public adulte. Ce degré com¬
prendrait des exercices pratiques; l’enseignement serait donné
pendant les grandes vacances et comporterait un examen de fui
d’études avec diplôme spécial.
11 serait professé parle professeur départemental d’hygiène et par
ses subordonnés immédiats, chacun dans leur subdivision respec¬
tive.
Nous avons vu que l’inspecteur départemental d’hygiène aurait
des collaborateurs également hygiénistes.
Il lui faudrait encore disposer d’un laboratoire au moins régional,
laboratoire bien outillé et pourvu d’un personnel suffisant et assez
rétribué pour pouvoir se consacrer uniquement à ce travail.
Il faudrait aussi qu’il puisse se déplacer avec la plus grande facl-
Jité en perdant le moins de temps possible; une automobile devrait
SOCIÉTÉ DE MÉDECINE PUBLIQUE
I296I _
4onc être constamment à sa disposition, aün qu’il ne fût passoumis-
àun 'horaire de chemin de fer insuffisant, ne lui laissant pas le
. temps nécessaire pour mener une enquête à fond, robligeant à
perdre inutilement de longues heures dans une gare, pour attendre
un train en retard.
Mais je m’éloigne de pins en plus du sujet et je m’attarde à
exprimer des désirs qui ne se réaliseront sans doute jamais .
Je n’ai pas eu la prétention de faire une étude approfondie de la
question, mais seulement d’exposer d’une façon sommaire, de
quelle manière, à mon humile avis, on pourrait remédier à l’appau¬
vrissement de notre population etsauvegarder l’avenir. .
M. LE Président. — Vous venez d’entendre différents orateurs au
sujet des propositions de M. Marchoux, tendant à- une orientation,
nouvelle de la Société.
Je pense que la question doit être renvoyée au Bureau pour
examen.
La question de l’hygiène à l’école, qui n’a pu être traitée à fond,
serait reportée à une prochaine séance.
Assentiment.
La séance est fermée à 19 heures.
Le Secrétaire général adjoint,
D' Borne.
Le 'Président,
D'' J. Renault.
TABLE DES MATIÈEES
ET DES NOMS D’AUTEURS
A
Abris parisiens contre les bombar¬
dements (Hygiène des), 388.
Alcool solidifié en chirurgie de
guerre, 461. Voy. Asiles.
Alcoolique (Enseignement anti)
dans les écoles, 152.
Alimentaire (Hygiène), vente des
spécialités pharmaceutiques, de
la saccharine, des produits en
poudre et de la confiserie-, 471. —
(Restrictions) actuelles, leur effet
sur l’accroissement en poids des
enfants, 337, 372. — (Restrictions),
384. — (Réforme de la ration) du
soldat, 612. — (Prescriptions gé¬
nérales de salubrité ^tendant à
prévenir les accidents d'intuxica-
tion), 199.
Alimentation des troupes, S70,‘697,
748.
Américaine (IMission) ;pour la lutte
contre la tuberculose en France,
299.
Amibiase (Petite .épidémie .d’) aur
le -front, 3Q4.
Analyses bactériologiques des-uacnx
de boisson (Valeur comparée
' des), 184.
Appareil improvisé pour .la désin¬
fection par la vapeur, 191. —
à sulfuration pourdésinsectisation
et désinfection, 737.
Arbinet. Appareil inaproviaé pour
la désinfection parla vapeur, 191.
Architecle-salubriste (Concours d’),
en 1917-1-918 à l’Ecole spéciale
d'architecture, 307.
Armée (Alimentation de 1'), 570,
612, 69'i, 748. — en campagne (Ma¬
laria des), 599. — d’Orient (Palu¬
disme à l'),' 481, 765. —américaine
(Prophylaxie des maladies véné¬
riennes dans 1’), 773. — Voy.
Maladies vénériennes.
Armement antituberculeux (Le nou¬
vel), 556.
Armistice (Signature de 1’), 763.
Asiles pour buveurs (Création d’),
709.
AssUtance maternelle et infantile
dans le quartier de Plaisance, 707.
Assistants d’hygiène, 716.
Aubertin. Cardiaques du front en
1917, 458.
Ay.me. Paludisme et dragages en
Orient, 765.
Azoolav. Prophylaxie des maladies
vénériennes, 32;t.
Am. Flore Jiactécienne de l’intestin
des poissons, 617.
B
Baoeioni SttvBSTRo. Alimentation
des troupes de terre itailieniies,
612.
Bahoeros. Hygiène dans la^recon-
struction des usines après la
guerre, ies poussièces inertes, 90.
Barbier. Prescriptions.générales de
salubrité ‘tendant à prévenir les
accidents d’iutoxication alimen¬
taire, 199. — Consommation,
après stérilisation, des viandes
•saisies, 616.
Babtow et Legeudre. Chloration,
procédé de stérilisdtioo ('es eaux
par le chlore . liquide,-. 1.
TABLE DES MATIERES
Beciimann. Droit à l’eau potable ; la
vidange service public, 129, 134.
Bblli. Alimentation du marin en
Italie, 612.
Benoist. Essai toxicologique des
eaux de boisson en campagne,
460.
Benoit. Voy. Gkenier de Cardenal.
Besançon. Prophylaxie de la grippe.
Bezadlt. Water-closets collectifs à
porte ouverte, 112., — Hygiène
dans les écoles, 809.
Biberons de cristal (Intoxication par
les), 608.
Bivouacs permanents et sanatoria
pour paludéens, 481.
Blaizot. Voy. Netter.
Blanchard (Décès de M™”), 322.
Bi.anchetière (De la). Hygiène des
abris parisiens contre les bom¬
bardements, 408. — Droit à l’eau
potable, la vidange service public,
729, 135.
Blé, 610.
Bombardements (Hygiène des abris
parisiens contre les), 388.
Bonjean. Hygiène dans les écoles,
801.
Bonnette. Fontaines en ciment armé
pour l’eau potable javellisée, 463.
Borne. Droit à l'eau potable; la
vidange service public, 131. —
Water-closets collectifs à porte
ouverte, 112.
Bouchet. Voy. Fcchs.
Bourdinière. Les leçons de la
guerre et les installations d’eaux
po^bles, 428. — Nouvel arme¬
ment antituberculeux, 556.
Briau. Histoire sanitaire du Creusot
depuis la mobilisation, 91.
Brulé et Hazard. Valeur comparée
des analyses bactériologiques des
eaux de boisson, 184.
Bussière. Paludisme et drainages,
490. — et VuizARD. Bivouacs per¬
manents et sanatoria pour palu¬
déens, contribution à l’améliora¬
tion de l’hygiène générale de l’ar¬
mée d’Orient, 481.
Buveurs (Création d’asiles pour), 109.
C
Camescasse. Lois de l’accroissement
en poids des enfants, effets des
restrictiousalimenlairesactuelles,
331, 312. — Prophylaxie des ma¬
ladies vénériennes, 310. — Hj’-
glène des ^bris parisiens contre
les bombardements, 403.
Candiotti. Air du cuirassé moderne
au point de vue bactériologique,
462.
Cardiaques du front en 1917, 458
Catgut (Résorption du), 302.
Cathoire. Crachoir individuel à
couverture et fermeture automa¬
tiques, 85.
Chaires de clinique de la tubercu¬
lose dans les Facultés de méde¬
cine, 461. — de clinique des ma¬
ladies infectieuses à la Faculté
de médecine de Paris, 116.
Chaleur (Résistance des éléments
vivants à la), 525.
Chantemksse et Jules Renault. In¬
structions pour la lutte contre les
moustiques et les maladies qu'ils
transmettent, 219.
Chaptal (.M"«). Assistance mater-
nfelle et infantile dans le quartier
de Plaisance, 101.
Chassevant. Prophj'laxie des mala¬
dies vénériennes, 101. — Usage
du savon en chirurgie septique,
158. — Enseignement antial¬
coolique daos les écoles, 156. —
Prophylaxie des maladies véné¬
riennes dans l'armée américaine,
802. — Water-closets collectifs,
772.
CHATELAIN (M“e). Voy. JeANSELME.
Chlore liquide (Stérilisation des
eaux par le), 1.
Chloration des eaux de boisson,
428.
CiAURi et Ignaccolo. Coloration po¬
lychrome du sang et de ses para¬
sites, 451.
Ciment armé (Fontaines en) ■pour
l’eau potable javellisée, 463.
Clinique (Chaire de) de la tubercu¬
lose dans les Facultés de méde-
TABLE DES MATIÈUES
cine, 467. — des maladies infec¬
tieuses à la Faculté de médecine
de Paris, 716.
Commission sanitaire des pays
alliés (Travaii.'c de la), 570, 748.
Conflserie (Vente des. produits de
■ la), 47L
Contagieu.Y (Utilité d’une bonne ven¬
tilation permanente dans un ser¬
vice de), 518. — (Sortie des ma¬
lades) des formations sanitaires,
622.
CoRSiNi. Sachet contre les poux,
607.
CoüTE.iUD. Tétanos et tétanophobie,
598.
Crachoir individuel à ouverture et
fermeture automatiques, 85.
Creusot (Histoire sanitaire du) de¬
puis la mobilisation, 91.
Cuirassé moderne (Air du) au point
de vue bactériologique, 462.
Cuivre (Travail du), 66.
D
Dage. Prophylaxie des maladies vé¬
nériennes, 371.
Danysz. Pathogénie et évolution
de la diphtérie, 605.
Décès : de M. Schneider, 95; de
M. Lepage, 95; de M. Mareschal.
134 ; de M. Perissé, 134 ; de M"» r;
Blanchard, 321; de M. Sanchez
Toledo, 478; de M. Mosny, 478;
de M. Maurel, 527.
Désinfection des livres, 619. — par
la vapeur (Appareil improvisé),
191. — (.\ppareil à sulfuration
pour désinsectisation et), 737.
Désinsectisation (Appareil à sulfu¬
ration pour) et désinsection, 737.
Despeigses. Enseignement de l’hy¬
giène dans lés écoles, 812.
Diphtériques (Traitement local des
porteurs de bacilles), ^87.
Diphtérie (Pathogénie et évolution
de la), 605.
Dispensaire unique pour la lutte
contre la tuberculose, et les ma¬
ladies vénériennes, 329.
Dragages (Paludisme et), 765. V.
Armée, Paludisme.
Duclot. Travail des femmes dans
les établissements de la marine,
300.
Dysenterie bacillaire (Epidémie de)
dans la Somme, 456.
E
Eaux (Stérilisation des) par le
chlore liquide, 1. — potables (Le¬
çons de la guerre et installation d’),
428. — (Chloration et javellisation
des), 428. — (Etude, des) servant à
l’alimentation de la garnison de
Bergerac, 432. — de boisson (Va¬
leur comparée des analyses bac¬
tériologiques des), 184. — de
boisson en campagne (Essai toxi¬
cologique des), 460. — potable
javellisée (Fontaines en ciment
armé pour 1’), 463. — potable
(Droit à 1’), 723. — d’égout de
décantation (Epuration des), 620.
Ecoles (Enseignement antialcoo¬
lique dans les), 152. — (Hygiène
dans les), 804. — (Enseignement
de l’hygiène dans les), 807.
Ecole spéciale d’architecture. Con¬
cours d’architects-salubriste en
1917-1918, 307.
Egout (Epuration des eaux d’) de
décantation, 620.
Eléments vivants (Résistance à la
chaleur des), 595.
Enfants (Lois de l’accroissement
en poids des), effets des restric¬
tions alimentaires actuelles, 337,
372. — (Le tabac et T), 386.
Enseignement antialcoolique dans
les écoles, 152. — de l’hygiène à
l’école, 807.
Epithéliomatuse multiple dissémi¬
née des ouvriers manipulant le
goudron, 417.
Faivre. Prophylaxie des maladies
vénériennes, 99, 363, 371, 801. —
TAB,LE DES MATIÈRES
Hygiène des aliria parisiens con¬
tre les bombardements, 410. —
Paludisme, et dragages, "65.
Familles nombreuses (Logement
des), 465.
Farine i Composition normalediaf;la),
610.— (Intoxication par les), 614.
Faogèhe. Etude des eaux servant
à l’alimentation de la garnison de
Bergerac, 432.
Femmes (Travail- des) dans les éta¬
blissements de la marine, 300.
Fontaihe. Hygiène dans- les écoles,
gl'2..
Fontaines en. ciment anmé pour
l’eau potable jaTéllisée, 463.
PoBEST. Droit à l’eau: potable, la. vi¬
dange- service public, 733.
Formations sanitaires (Sortie des
malades contagieux des), 621.
Fosses d’aisances (Nécessité d’as¬
surer la vidange régulière des),
515. — > à fiimier. sans moucbes,
563. V. Vidange;
Füchs et Boüchet. Petite épidémie
dl amibiase sur le.£r.out, 3ü4.
Fumier. (Fosse è) sans mouches, 553.
Fusées (Intoxications par- le cuivre
chez les. ouvrières labriquant des
corps.de), 66.
Gauppe. R'ésistance à la chaleur
des éléments vivants, 595.
Gandillon. 'ftfater closets' collectifs,
système de la porte ouverte, 770.
Gaudt. Maladies vénériennes à
l’armée, 601.
Gaz (Lutte contre les) et l’hypérite,
Ginestoüs. Acuité visuelle profes¬
sionnelle du soldat, 618.
Goldschmidt. Paludisme et dragages,
768. — Hygiène dans les écoles,
811.
Goudron (Epithéliomatose multiple
disséminée des ouvriers manipu¬
lant le), 417.
Goris et Holland. Résorption du
catgut, 302.
Güuin.. Prophylaxie des maladies
vénériennes dans l’armée améri¬
caine, 773.
Grall. Malaria des armées en canj-
pagne, 599.
Granjdx. La tabam et l'enfant, 386,
^ — Droit à l’èau potable, la vi¬
dange service public, 733. — Pro¬
phylaxie des maladies véné¬
riennes, 96, 101, 370. — Hygiène
dans: les écoles, 808. — 'Waterr
closets collectifs, 771.
Grenier de Cardenal, Leorano. et
Benoit. Trois nouveaux cas de
rage chez l’homme, 606.
- à Paris, 543.
Gcerbet. Intoxication saturnine par
les biberons de cristal, 608.
Güilhahd. Service de la vaccination
à Paris en 1916, 88.
H
Haoüenac. Voy. Loyone.
Habitations à. bon marché (Vœux
de la Société), 322, 324. — (Ihdem-
nité d’impôt pour les), 324 ; pen¬
dant et après la guerre, 136. —
(Vœux de la Société de médecine
publique etdegéniesanitaire), 152.
Hazaru. Voy. Brulé.
Hérelle (Expérimentation de la
méthode d’) au Maroc contre
Schistocerca pèragiina, 451.
Hôpital ^Utilité d’une bonne venti¬
lation. permanente dans un ser-
■vice de contagieux à T’), 518.
Hygiène à l’école (Enseignement
de T), 807.
I
lONACCOLO. Voy. ClAÜHI.
Incorporation (Influence des dates
d’) sur la morbidité et la morta¬
lité des jeunes soldats, 213.
TABLE DES MATIÈRES
823
lâflueaza à Paris en 19i8, 543. Voy.
Grippe.
Intoxication alimentaire (Prescrip¬
tions générales de salubrité ten¬
dant à prévenir les accidents d’),
V99, — par les farinfes, 61:4. — par
le plomb des biberons de cristal,
■608.
J
Javellisation des eaux de boisson,
428. V. Eaux, Gblore, Chloration.
Jeansblmr et Ghaielaxn. Epi--
déuiie de syphilis tâmiliaLe, 602.
K
Kebdrel (De). Voy. Ravadt.
Kern. Hygiène des abris parisiens
contre les bombardements, 4ii2,
407. — Droit à l'eau potable, vi¬
dange service public, 726.
Kohn-Abhesï. Prophylaxie des ma¬
ladies vénériennes, 372. — Re¬
strictions alimentaires, 383. — Le
tabac et l'enfant, 387.
Kroli'nitzky. Voy. Ravaüt.
L
Lapicque. Quelques principes phyr
sioiogiques pour une politique de
ravitaillement, 161.
Legendre '(René). Voy. Bartow.
Legrand. Voy. Grenier de Car-
DENAL.
Le Moignic et Sézart. Lipo-vaccin,
597.
Lepage (Décès de M.), 93.
Lhéritier. Voy. Sergent.
Lipo-vaccin, 597.
Livrés (Désinfection des), 6ijj.
Logement populaire (Amélioration
dii) et institution d’offices pu¬
blics d'habitations à bon mapcné,
711. — des familles nombreuses,
465. — Voy. Habitations.
Lotgne et Haouenal". Epidémie de
dysenterie bacillaire dans la
Somme, 436.
Lochon. Appareil nouveau à sulfu¬
ration, pour désinsectisation et
désinfection, 737:.
Loyers (Législation, sur les), 324.
M
Maladies vénériennes 'Prophylaxie
des), .96, 101, 370, 773;
Malaria des armées en campagne,
599. Voy. Paludisme.
Maraouano. Tuberculose et méde¬
cine militaire, 449.
Marchoux. Paludisme et dragages,
768. — Water-closets collectifs à
porte ouverte,. 771. — Projet de
transf6rmation. de' la. Société de
médecine publique et de génie
sanitaire, 816'. ^
Maresciial (Décès de M.), 134.
Marié-Davt. Restrictions alimen¬
taires, 383. — Hygiène des abris
parisiens contre les bombarde¬
ments, 388. — Nécessiié d'as¬
surer la vidange régulière des
fosoes d!aisances, 315. — Droit à
l'eau potable; la vidange service
public, 723. — Hygiène dans les
écoleSi 811.
Maurel. Contribution èt l'étude de
la pomme de terre, sa valeur
alimentaire, son utilisation pour
la panification, t04. — (Décès de
M.), 527.
Mémoires. MM. Edward Bartow et
René Legendre, Chloration, pro¬
cédé de stérilisation des eaux
par le chlore liquide, 1. — MM.
Netter et Blaizot, Note sur quel¬
ques cas de typhus éxanlbé-
matique à Paris, difficulté du
diagnostic pour un médecin non
prévenu, efficacité des mesures
préventives, existence d’untyphus
endémique bénin, 30. — M. Pé-
trovitch , Tuberculose pulmo¬
naire chez, les réfugiés serbes
en France, 51. — M. Peigney,
'MI3LE DES MATIÉUES
Travail du cuivre, observations
recueillies chez les ouviiéres fa¬
briquant les corps de fusées, 66.
— M. Cathoire, Crachoir indivi¬
duel à ouverture et fermeture au¬
tomatiques, 85. — M. Lapicque,
Quelques principes physiologi¬
ques pour une politique de ra¬
vitaillement, 161. — MM. Brulé
et Hazard, Valeur comparée des
analyses bactériologiques des
eaux de boisson, 184. — M. Ar-
binet. Appareil improvisé pour
la désinfection par la vapeur,
191. — M. Barrier, Piescrip-
tions générales de salubrité ten¬
dant à prévenir les accidents
d'intoxication alimentaire, 190. —
Etude comparée des maladies con¬
tagieuses pendant les sept pre¬
miers mois de service chez les
jeunes soldats des classes 1917-
1918 depuis leur incorporation
jusqu’à leur départ pour la zone
des armées; influence des dates
d’incorporation sur la morbidité
et la mortalité des jeunes soldats,
213. — Instructions générales sur
l’hospitalisation des militaires
tuberculeux et décisions consé¬
cutives à leur traitement, 227.
— MM. Ghantemesse et Jules Be-
nault. Instruclion pour la lutte
contre les moustiques et les ma¬
ladies qu’ils transmettent, 279. —
M. Thibiergp, Epithéliomatose
multiple disséminée des ouvriers
manipulant le goudron, 417. —
M. Wurtz, Vaccination précoce
des nouvesumés, 426. — M. Bour-
dinière. Les leçons de la guerre
et les installa’lions d’eau po¬
table, 428. — M. Faugère, Elude
des eaux servant à l’alimentation
de la garnison de Bergerac, 432.
— M. Bezançon. Prophylaxie de la
grippe, 529.’ — M. Itenault, Grippe
dite espagnole qui sévit en Suisse,
540. — M. Netter, L’épidémie d’in-
Uuenza de 1918, 543. — MM. Ser¬
gent et Lhéritier, Fosse à fumier
sans mouches, 353. — M. Bourdi-
nière. Le nouvel armement anti¬
tuberculeux et le concours du
corps médical, l’utilisation de
certains hôpitaux communaux
comme stations sanitaires, 556. —
M. Navarre, Création d’uu mi¬
nistère de la santé publique, 628.
— M. Trillat, Uôle de l’air expiré
dans la transmission des mala¬
dies, 644. — M. Pinard, Protec¬
tion maternelle et infantile pen¬
dant la quatrième année de
guerre dans le Camp retranché de
Paris, 649. — M. Lochon, Appa¬
reil nouveau à sulfuration pour
désinsectisation et désinfection,
737.
Mebi.in. Enseignement antialcoo¬
lique dans les écoles, 156.
Mignot. Evolution de la paralysie
générale chez les officiers com¬
battants, 301.
Militaires tuberculeux (Hospilali-
sation des) et décisions consécu¬
tives à leur traitement, 227. —
(OEuvre des Comités départemen¬
taux d’assistance aux), 561. Voy.
Armée.
Mission américaine pour la lutte
contre la tuberculose en France,
299.
Mosny (Décès de M.), 478.
Mouches (Fosse à fumier sans), 533.
Moustiques (Instructions pour la
lutte contre les) et les maladies
qu’ils transmettent, 279.
Nav.vbbe. Création d’un ministère
de la santé publique, 625.
Netteb. Epidémie d’influenza à
Paris en 1918, 543. — et Blaizot.
Typhus exanthématique à Paris,
30.
Nogieb. Alcool solidifié en chi¬
rurgie de 'guerre, 461.
O
Officiers combattants (Evolution de
la paralysie générale chez les),
301.
Ordures ménagères (Enlèvement
des), 515, 723.
Organisation médicale dans les ré¬
gions libérées, 715.
TABLE DES MATIÈRES
Duvriers manipulant le goudron
(Epithéliomatose muUiple dissé¬
minée des', il7.
P
Paludisme (Epidémiologie et pro-
• phytaxie du) en Algérie en 1914
et 1915, 305. — d'Orient vu à
Marseille, 450.— et dragages, 765.
— et drainage dans la région
d’Eksissu, 490.
Paludéens (Bivouacs permanents et
sanatoria pour) à l’armée d'Orient,
481.
Panification (Utilisation de la
pomme de terre pour la), 104.
l'.\QUET. Défense départementale
contre la tuberculose, 325.
Paralysie générale (Evolution de
la) chez les officiers combattants,
301.
Pabexty. Habitations à bon marché
pendant et après la guerre, 150.
Peigney. Travail du cuivre, 66.
Pelades et tératologie dentaire, 452.
Pébissé (Décès de M.j, 134.
Pétbovitcii. Tuberculose pulmo¬
naire chez les réfugiés serbes en
France, 31.
Plicqck. Intoxication par les fa¬
rines, 614.
Plomb (Intoxication par le) par les
biberons de cristal, 608.
Poids des enfants (Lois d'accroisse¬
ment en), effets des restrictions
alimentaires actuelles, 337.
Poissons (Flore bactérienne de l’in¬
testin des), 617.
Pomme de terre (Valeur alimen¬
taire de la) et son utilisation pour
la panification, 104.
POTEL. Typhus, 603.
Poux (Sachet contre les), 607.
Produits en poudre (Vente des), 471.
Poussières inertes, 90.
l'ubllcité murale (Tuberculose et).
Rage chez l'homme, 006.
Hagazzi. Désinfection des livres,
019.
Rajat. Prophylaxie des maladies
vénérienne.s aux armées, orga¬
nisation et fonctionnement de
conférences avec projections lu¬
mineuses, 311.
Rayai t, DE Kerdrel et Kkolunitsky.
Paludisme d’Orient vu à .Marseille,
450.
Ravitaillement (Quelques principes
physiologiques pour une poli¬
tique de), 161.
Régions libérées (Organisation mé¬
dicale dans les), 715.
Renaui-t. Utilité d’une bonne venti¬
lation permanente dans un ser¬
vice de contagieux, 518. — Grippe
dite espagnole en Suisse, 540. —
Allocution à l’occasion de la si¬
gnature de l'armistice, 763. —
■Voy. ClIAXTEMESSE.
Restrictions alimentaires, 384. —
alimentaires actuelles (Effet des)
sur l’accroissement en poids des
enfants, 337, 372.
Rho. Réforme de la ration alimen¬
taire du soldat, 612.
RiaoT. Prophylaxie des maladies
vénériennes, 103.
Richoc. Paludisme et dragages, 765.
— Prophylaxie des maladies vé¬
nériennes dans l'armée ainéri-
Risi.er (Georges). Les habitations à
bon marché pendant et après la
guerre, 136. — Droit à l’eau po¬
table. la vidange service public,
730.
Rollaxd. Voy. Goris.
Roskam. Traitement local des por¬
teurs de bacilles diphtériques, 87.
S
Sabouraud. Pelades et tératologie
dentaire, 452.
TABLE DES MATIÈRES
82fi
Saccharine (Vente de la), 471.
S.tLMBENI. Voy. WlUAL.
Sanatorla pour paludéens à l’armée
d'Orient, 481.
S.A.NCHEz Toledo (Décès de M.), 478.
Sang (Coloration polychrome du) et
de ses parasites, 451.
Savon (Usage du) en chirurgie
septique, ISS.
Scelba-Sandesky. Travail mental,
457.
ScuxEiDER. (Décès de M.), 95.
Sergent (EoMONn et Etienne). (Epi¬
démiologie et prophylaxie du pa¬
ludisme en Algérie en 1914 et
1915, 305.
Sergent (Ed.bond) et Lhéritier. Fosse
à fumier sans mouches, 553.
Séz'ary. Voy. Le Moignic.
Société de médecine publique et
de qénie sanitaire. Séance du
26 décembre 1917, 93, 95. —
Séance du 23 janvier 1918, 133.
— Séance du 27 févriér 1918,
313, 321.— Rapport financier,
— Séance du 27 mars, 362. —
Séance du 24 avril, 388. — Séance
du 22 mai. 477. — Séance du
tobre 1918, 723. — Séance du 27 no¬
vembre 1918, 763.— (Programme
de transformation de la), 816.
Soldats (InHuence des dates d’in¬
corporation sur la morbidité et
la mortalité des jeunes), .212. —
(Acuité visuelle professionnelle
du), 618. Voy. Armée.
Spécialités pharmaceutiques (Vente
des), 471.
Stérilisation des eaux par le chlore
liquide, 1. Voy. Eaux. — des ■
viandes, 616.
Sulfuration (Appareil à) pour dé¬
sinsectisation et désinfection, 737.
Syphilis familiale (Epidémie de),
602. — Voy. Maladies vénériennes.
T
Tabac (Le) et l’enfant, 386.
Terrassements (Paludisme et', 490,
765.
Tétanos et tétanophobie, 598.
l'iUBiERGE. Epithéliomatose multiple
disséminée des ouvriers manipu¬
lant le goudron, 417.
Thierry (Henry). Hygiène des abris
pirisiens contre les bombarde¬
ments, 409.
Travail des femmes dans les éta¬
blissements de-la marine, 300.
Travail du cuivre, 66. — mental,
457.
Trillat. Rôle de l’air expiré dans
la transmission des épidémies,
644.
Troupes (.Alimentation des), 570,
698, 748. Voy. Armée, Soldat.
Tuberculose (Chaires de clinique
de la) dans les Facultés de méde¬
cine, 167. — (Œuvre des comités
départementaux d’assistance au.x
militaires), 561. — et publicité
murale, 625. — (Défense départe¬
mentale contre la), 325. — Un
seul et même dispensaire comme
moyen de lutte à la fois contre
la) et les maladies vénériennes,
329. — et médecine militaire, 449.
— chez les réfugiés serbes en
France, 151. — en France (Mission
américaine pour la lutte contre
la), 299. — (Hospitalisation des
militaires) et décisions consécu¬
tives à leur traitement, 227.
Typhoïdique (Vaccination mixte
anti) et antipara-typhoïdique .A et
B par une «eule. injection, 448.
Typhus, 603. — exanthématique à
Paris, 30.
U
Usines (Reconstruction des) après
la guerre, 90.
V
Vaccinations antityphoïdiques et
antiparatyphoïdiques A et B par
TABLE DES MATIÈRES
827
une seule injection, 448; par le
lipo-vaccin, 597, — contre la va¬
riole (service de la) à Paris, en
1910, 88; précoce des nouveau-nés,
4-26,
Vklu. Deu.vième campagne d'expé¬
rimentation de la méthodè d'Hé-
relle contre Schislocerea pere-
prina, 454.
Vénériennes (Prophylaxie des ma¬
ladies), 96, 523. — (Dispensaire
unique pour la lutte contre la tu¬
berculose et les maladies), 329.—
(Résolutions relatives à la prophy¬
laxie des), 363.— (Prophylaxie des
maladies) aux armées, organisa¬
tion et fonctionnement de confé¬
rences avec projections lumi¬
neuses, 511. — à l’armée, 601. —
(Prophylaxie des maladies) dans
l’arraée américaine, 773.
Ventilation -permanente dans un
service de contagieux (Utilité
d’une), 518. .
Viandes • saisies (Consommation
a près , stérilisation des), 616.
Vidange régulière des fosses d’ai¬
sances (Nécessité d’assurer la),
515. — Service public, 723,
^'INCEY. Vidange des fosses et ad¬
ductions en eau potable, 721.
Violette. Un seul et même dispen¬
saire comme moyen de lutte à la
fois contre la tuberculose et les
maladies vénériennes, 329.
Visuelle (Acuité! professionnelle du
soldat, 618.
ViTOüx. OEuvre des Comités dépar¬
tementaux d’assistance aux mili¬
taires tuberculeux, 561. — Tuber¬
culose et publicité murale, 628.
VixzAHD. Voy. Bussièbe.
w
Water-closets collectifs, système de
la porte ouverte, 770.
Win.iL et S.vLuiBExi. Vaccination
mixte antityphoïdique et antipa¬
ratyphoïdique A et B par une
seule injection, 448.
VVuBTz. Vaccination précoce des
nouveau-nés, 426.
TABLE DES FIGURES
1. Appareil de Darnell pour la chloration des eaux . i l
2. Appareil de Leavitt-Jackson . 12
3. Appareil de l’Electro Blanching Gaz Company . 13
4-3-6. Appareil Wallace et Tiernan . 14, 16, \1
1. Graphique dé chloration obtenue à Stanford (Gonn.) . IK
8. Camion automobile Wallace et Tiernan pour la chloration de
l’eau en campagne . lü
9. Schéma de l’installation d’expérience du Laboratoire dé phy¬
siologie du Muséum . 21
lû-n. Graphiques de la température dans des cas de typhus exan¬
thématique, à Paris ...... 33, 34, 36, 38, 40, 46, 47, 48
18-22. Appareil improvisé pour la désinfection par la vapeur . 191, 197
23-27. Accroissement en poids des enfants, effet des restrictions
alimentaires actuelles . 340, 3.3.S
28-40. Répartition du paludisme et drainage en Grèce . 492, 511
41-42. Fosse à fumier sans mouches . 534, 353
43. Appareil à sulfuration pour désinsectisation et désinfection . 737
Pans. — J.. Mahktueux, imprimeur, 1, rue Casselle.